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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 10:22

  Jacques-Pierre Amette : La maîtresse de Brecht

 JP Amette en 1978

Référence : Jacques-Pierre Amette, "La maîtresse de Brecht", éditions Albin Michel, 2003, isbn 2-253-11359-x

 

Cet ouvrage, "La maîtresse de Brecht", écrit par l'écrvain Jacques-Pierre Amette, qui lui valut le Prix Goncourt en 2003, est une biographie du dramaturge Bertold Brecht et de ses amours avec Maria Eich.

 

1948, année-phare dans la vie de Bertold Brecht. D'abord, son retour à Berlin après quinze ans d'exil, un retour chargé d'ambiguïtés puisque le nouveau régime communiste espère qu'il y bâtira un théâtre "prolétaire et socialiste". Mais aussi sa vie personnelle va être transformée par la rencontre avec Maria Eich. Nouvelles ambiguïtés car il ne sait pas bien sûr qu'elle l'espionne jour après jour, note ses faits et gestes, ses conversations, les gens qu'il voit et pirate son courrier.

 

Le jeune régime communiste se méfie beaucoup de ce transfuge des Etas-Unis et le fait surveiller par la Stasi sa police politique. Malgré les honneurs officiels, sa vie est compliquée dans ce monde de duplicité où il s'ingénie quand même à faire vivre le Berliner Ensemble et à imposer ses conceptions, même contre les canons artistiques officiels du Parti. Dans ce Berlin encore défiguré de l'immédiat après-guerre, on suit l'itinéraire de cet homme, Bertold Brecht, pris entre les rigueurs de son art et les nécessités du réalisme communiste.

 

De Maria, l'espionne désabusée, il nous dit "son incapacité à comprendre un monde binaire, tranché, dogmatique et froid (qui l'avait) réduite à un fantôme. Elle était une absence au monde."

 

         

Citations en épigraphe

"Des villes.
Au-dessous d'elle, des égouts;
A l'intérieur, il n'y a rien et au-dessus de la fumée.
Nous avons vécu là-dedans. Nous y avons joui de rien.
Nous nous sommes vite en allés. Et lentement, elles s'en vont aussi."
(Bertold Brecht - Sermons domestiques)

"Dans le petit matin / Les sapins sont de cuivre. Je les voyais ainsi, / Voilà un demi-siècle / Et deux guerres mondiales / Avec des jeunes yeux."
(Bertold Brecht)

Bibliographie sélective
  • "Les Deux Léopards", Prix Contre-point, 1997
  • "Passions secrètes, crimes d'avril", Prix CIC du Théâtre, 1992
  • "La Maîtresse de Brecht", Prix Goncourt, édition dite « du Centenaire », 2003
  • Prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco en 2007
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 10:54

Jean Vautrin, de son vrai nom Jean Herman, est un écrivain, réalisateur de cinéma, scénariste et dialoguiste français, né le 17 mai 1933 à Pagny-sur-Moselle qui a travaillé pendant plusieurs années pour le cinéma sous son nom véritable avant de prendre un nom de plume comme écrivain.

 

Peu à peu, il s'est éloigné du cinéma, du polar et du roman d'aventures pour se rapprocher de la littérature avec des œuvres comme Patchwork, qui obtient le prix des Deux Magots,  Un grand pas vers le bon Dieu qui reçoit en 1989 le prix Goncourt. En 1998, on lui décerne le prix Louis-Guilloux pour l'ensemble de son œuvre.

 

JEAN VAUTRIN : Un grand pas vers le Bon Dieu

tumb A lormont 2010 tumb A Pessac 2010

Présentation

« A Jan Doat qui demeure, selon sa volonté, "une main tendue à travers le silence. »

Citations en épigraphe "C'est dans ce que les hommes ont de plus commun qu'ils se différencient le plus."
(Blaise Cendrars - Aujourd'hui)
"L'homme ne doit jamais s'avouer vaincu, dit-il. Un homme, ça peut être détruit mais pas vaincu."
(Ernest Hemingway - Le vieil homme et la mer)

La parabole de l'eskimo (également en épigraphe), dans le style antiphrase
Un chasseur eskimo demande au missionnaire :
- Si je n'avais jamais entendu parler de Dieu ni du péché, est-ce que j'irais en enfer ?
- Non, puisque tu serais alors dans l'ignorance !
- Alors, pourquoi m'en avez-vous parlé ?

 

Résumé et contenu
Vautrin le cri du peuple.jpg
'

"Un grand pas vers le Bon Dieu", ce roman qui lui valut le prix Goncourt, est un roman d'aventures du genre picaresque comme on n'en rencontre plus guère aujourd'hui. Balade et dépaysement assurés.

Ce voyage en Louisiane, celle des Cadjins pris entre rêve et mélancolie, entre modernité et nostalgie, joie et spleen, se fait à travers des aventures picaresques, semé de personnages rabelaisiens au caractère rude, bien trempé, excessif même, une histoire qui se déploie sur trois générations entre 1893 et 1920.

 

D'abord le pionnier Edius Raquin en 1893, défricheur et coureur des bois, qui croit plus en Dieu qu'en l'homme, l'air rusé d'un maquignon qui jauge les autres d'un simple regard, puis son futur gendre qui porte un drôle de nom, Farouche Ferraille Crowley, sacré baroudeur qui nous entraîne chez les chasseurs de primes, qui traîne avec lui toutes les légendes du Far-West, tous les clichés des films hollywoodiens, et le marin du Nantuket, ancien harponneur jamais en veine d'aventures ou encore Palestine Northwood le fêtard.

 

Un voyage au pays de Louisiane ne s'accomplit pas sans musique, musique à la présence lancinante qui envahit le quotidien. Jim le petit-fils d'Edius Raquin, trouvé dans une poubelle de La Nouvelle-Orléans, deviendra Jimmy Trompette, le roi du ragtime et du blues, ces chants, ces musiques au son rocailleux, mélancoliques, qui vont peu à peu s'imposer. . "Il n'y a pas d'amour sans question" dit le narrateur. Des questions sur l'homme et sur sa destinée auxquelles sans doute chacun a sa propre réponse.

 

C'est un mode multiforme fait de gens venus d'ailleurs et de nulle part, drossés ici par les malheurs de l'Europe, déportés d'Arcadie, yankees, indiens créoles et métisses cherchant une patrie, une parcelle de terre et de bonheur dans le "parler français" de la Louisiane. Alors, comme on dit là-bas sur cette terre ouverte sur la mer, avec un brin de fatalité, "le bon temps roulera." Sur ces mots s'achève le récit de Jean Vautrin, mots d'Eddy Mitchell reprendra dans sa chanson Ma Nouvelle-Orléans, ajoutant ce trait d'espoir désenchanté qui leur est propre « Cajins, ça ira mieux demain. » [1]

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« Parler des rencontres essentielles, raconter les chemins de l'écriture, dire l'aventure des livres et des films, mesurer la vérité de l'amour, évoquer les amis, les maîtres, revoir les sourires à demi effacés, manger avec gourmandise, épeler le temps, sortir des nuages, réclamer justice, photographier les hommes, fouiller dans la vieille malle des souvenirs, renoncer à l'inutile, prêcher pour la liberté des esprits, lécher les blessures de l'homme abandonné sont de ma paroisse, » c'est ainsi que Jean Vautrin parle de sa vie dans l'interview qu'il a donnée à Noël Simsolo.

(Docteur Herman et Mister Vautrin, ensemble d'entetiens de Jean Vautrin avec Noël Simsolo, éditions Ecriture, 302 pages, octobre 2010

Vautrin chez lui à Gradignan près de Bordeaux

 

Informations complémentaires

Bibliographie sélective
"Billy-Ze-Kick", adapté au cinéma par Gérard Mordillat en 1985, 1974, "Mister Love", 1977, "Typhon gazoline", 1977
"Bloody Mary", adapté en bande dessinée par Jean Teulé en 1983, 1979, "Groom", 1981

"Canicule", adapté au cinéma par Yves Boisset en 1984, 1982, "La Vie Ripolin", 1987, "Un grand pas vers le bon Dieu", Prix Goncourt, 1989
"Symphonie Grabuge", Prix du roman populiste, 1994, "Le Roi des ordures", 1997, "Le Cri du peuple", Prix Louis Guilloux, 1998, "L’homme qui assassinait sa vie", 2001, "Le Journal de Louise B.", 2002

 

Lien externe

Ouvrage de référence

Un grand pas vers le bon Dieu, Date de parution : 1990
Éditions Grasset, Paris, 440 pages ISBN 2-246-40711-7
******************************** **************************************
   

Références

  1. Eddy mitchell, album "Jambalaya", "Ma Nouvelle-Orléans", paroles d'Eddy Mitchell (Claude Moine), musique de Pierre Papadiamandis
<<<<< Christian Broussas - Feyzin - 15 février 2012 - <<< © • cjb • © >>>>>>
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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 10:17

 

 

Saint-Florent-le-Viel dans ce qu'on appelle Les Mauges, [1] région du Maine-et-Loire, sur les bords de Loire, entre Nantes et Angers : le village où naît Louis Poirier, le futur Julien Gracq, le 27 juillet 1910 , rue du Grenier-à-Sel dans la maison du grand-père paternel.

 

Il restera toujours un homme de son terroir jusqu'à sa mort le 22 décembre 2007.  Après l'internat du lycée Clémenceau à Nantes, ses études le mèneront cependant à Paris où après Normale Sup, il obtiendra l'agrégation d'histoire. Tout en enseignant l'histoire à Quimper et Nantes, il commence l'écriture de son premier livre Au château d’Argol, que Gallimard refusera en 1937. Dès lors, il restera toujours fidèle à l'éditeur José Corti chez qui il publiera dix-huit ouvrages.


  L'écrivain Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, est né en 1910 à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire). Il est mort le 22 décembre 2007 à Angers.

La maison où il est né                         Gracq à Saint-Florent-le-Viel (© D.Drouet)


En 1925, à Saint-Nazaire il assiste très impressionné au lancement du bateau L’Ile-de-France, sur lequel il reviendra dans Préférences. En 1931, il se prend de passion pour la Bretagne qu'Henri Queffélec lui fait découvrir et deux ans plus tard, il se rend  en Cornouailles sur les sites des romans arthuriens.

 

Il est rattrapé par la guerre en 1939, mobilisé dans l'infanterie à Quimper puis dans le Boulonnais, à Dunkerque et en Flandre. Fait prisonnier en juin 40 et envoyé dans un stalag de Silésie, il tombe malade, est rapatrié sur Marseille et reprend son travail d'enseignant à Amiens puis à Angers. Sa vie se passera dès lors entre l'enseignement et l'écriture, professeur pendant vingt-trois ans -de 1947 à 1970-  au lycée Claude Bernard à Paris où il s'installera au 61 rue de Grenelle dans un appartement qu'il conservera jusqu'à sa mort.

 

Julien Gracq s'est toujours voulu un écrivain non conformiste, fuyant le cercle de l'intelligentsia parisienne et étant le premier à refuser le prix Goncourt qu'on venait de lui attribuer pour son roman Le Rivage des Syrtes.


  La maison de Julien Gracq est destinée à devenir une résidence d'écrivains et d'artistes - photo Ville de Saint-Florent-le-Vieil

Vue de Saint-Florent-le-Viel                    Gracq à Saint-Florent-le-Vie

 

Saint-Florent-le-Viel dans l'œuvre de Julien Gracq

C'est avec un œil de peintre qu'il aborde les descriptions qu'il fait de ces endroits qu'il a si bien connus. 

« Le plus bel aspect arborescent des rives de la Loire à Saint-Florent, je le découvre le long de l'île Batailleuse, en amont du Pont de Vallée: une grise et haute fourrure de saules, mousseuse et continue, doublée immédiatement en arrière par une muraille de peupliers. Le saule trempe aux eaux brumeuses et les marie aux berges aussi doucement que le petit-gris bordant la peau nue; le peuplier en arrière déploie sa voilure haute, avec cet air noble et sourcilleux qu'il a de naviguer toujours par files d'escadre: l'arbre de l'eau et l'arbre de l'air s'apparient et se conjuguent sur cette lisière tendre — et le soir d'été qui embrume légèrement et qui lie cette gamme éteinte des verts fait de ce coude de la Loire, à s'y méprendre, un bord de fleuve de Marquet. » (Lettrines, Pléiade, 2, 244)

 

Il regrette ces odeurs de Saint-Florent quand écrit-il, « mes ancêtres, de père en fils, étaient filassiers, fabriquaient de la corde avec le chanvre qu'on cultivait alors dans les îles et la vallée de la Loire. » Nostalgie de ces usines qui ferment en quelques années, rattrapées par le progrès technique, « j'ai vu fermer à Saint-Florent, il y a une quinzaine d'années, la dernière usine, je pense, qui traitait encore en France le chanvre. » Désormais dans l'île Batailleuse, finies ces petites futaies « d'un vert sombre si étrangement parfumées, qui donnaient au paysage de la vallée une touche luxuriante de plantation tropicale. » Finie aussi en septembre cette odeur enivrante [2] « des barges de chanvre roui qu'on poussait à l'eau immergées sous leur charge de sable, que les paysans chevauchaient pieds nus et amarraient à la berge comme des radeaux. » (Lettrines, Pléiade, 2, 261)

 

Il regrette aussi l'image d'un paysage qui lui paraissait immuable, éternel, le rideau d'arbres qu'il a pris l'habitude de contempler et sa déception le jour où ce paysage, soudain privé de ses arbres, perd son caractère familier. « L'image unifiée d'un paysage, du paysage natal par exemple, telle que nous la gardons en nous et la vérifions depuis l'enfance, est faite d'une combinaison de cycles périodiques aux rythmes très variés. [...]  Rien ne me déconcerta davantage que de voir mettre à bas, un beau jour, ces colonnes de mon Parthénon. Depuis, j'ai vu deux cycles complets se succéder dans cet ordre d'architecture — et un ragoût nietzschéen plus corsé venir épicer de façon significative la ritournelle simplette du cycle des saisons. (En lisant en écrivant, Pléiade, 2, 619) 

 

La maison et le panneau de la plate

 

La plate de la Loire : la promenade Julien Gracq, avec plaque et citation

« Aussi loin que remonte ma mémoire, Le bateau de mon père, la longue et lourde plate vert d'eau avec son nez tronqué, avec sa bascule à l'arrière qui servait de vivier pour le poisson, son banc du milieu percé d'un trou où l'on pouvait dresser un mât pour une voile carrée, a tenu dans ma vie une place presque quotidienne : il était amarré au quai de la Loire, à trente mètres devant notre maison; j'y sautais aussi familièrement, les rames sur l'épaule, les tolets à la main, que plus tard j'enfourchais ma bicyclette. » (Les eaux étroites, J. Gracq)

 

Julien Gracq : propos sur la jeunesse

«  La jeunesse n'est pas une période heureuse, des foules de possibilités s’offrent, d’où l’impression qu'on a, tous les jours de manquer dix occasions de faire des choses intéressantes.C’est cela qui assombrit la vingtième année et qui n’existe plus du tout à la cinquantième; ce qui rend la vieillesse supportable, c’est que les désirs se modèlent beaucoup plus sur les possibilités… »

 

gracqlieto.jpg

 

PS : Pour le centième anniversaire de sa naissance, « La maison et ses dépendances de l'écrivain Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire) vont devenir une maison d'écrivain à l'horizon 2013-2014, » ont annoncé le député-maire de sa ville natale, Hervé de Charette, et le président du conseil régional des Pays-de- la-Loire, Jacques Auxiette. Saint-Florent-le-Vieil accueille déjà les Rencontres Julien Gracq.

 

Notes et références

 

[1] Dans les Mauges, c'est à l'aménagement de la campagne que l'homme a communiqué un style, non aux villages. La sensibilité plus grande que je me suis toujours connue pour les aspects paysagistes, plutôt que pour les aspects monumentaux d'une contrée tient peut-être à ce que je suis né dans un bourg resurgi, banalisé et remis à neuf, des "dommages de guerre"... (Carnets du grand chemin, Pléiade, 986)

[2]  « car il n'y a pas de souvenir d'un parfum, c'est lui qui rouvre le souvenir. »

 

* Gracq, Terres d'écrivains

* Association Guillaume Budé

* Gracq à Roscoff

 

 

  Saint-Florent, Pierre Davy, éditions L'Apart, 95 pages, isbn 978-2-36035-113-8

 

 

  <<<<<<<<<<<<<<<<<<< Christian Broussas - Feyzin - 27 janvier 2013 - <<<<<<< © • cjb • © >>>>>>>>>>>>>>>>   


 

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:08

La conquête du pain Henri Béraud

L'écrivain et journaliste Henri Béraud

<< Henri Béraud : La conquête du pain, une saga lyonnaise *   © cjb ©  * >>
<<<<<< Présentation de ses romans historiques lyonnais en 3 volumes >>>>>>
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La conquête du pain, c'est sous ce titre que l'écrivain Henri Béraud publia ce roman historique sur quelques grands épisodes de l'histoire lyonnaise où il est né en 1885, au cœur de cette presqu'île qui restera toujours quelque part son port d'attache.

1- Le bois du templier

Le village de ses ancêtres, petit bourg de la banlieue lyonnaise (c'est encore à l'époque largement la campagne) où s'installa par la suite l'aéroport de Lyon-Satolas quand il eut déménagé de Bron, [1] Henri Béraud allait le mettre en scène dans le premier tome de La conquête du pain intitulé Le bois du templier. [2]

 

Les personnages, ce sont ses chers "magnauds" (qu'il écrit aussi magnos), les paysans pauvres de ce bout du Dauphiné qui vient se perdre dans l'agglomération lyonnaise. Il veut écrire « une longue épopée de misère », voyant déjà « se lever les ombres des manants de Sobolas. » [3] Et les mots vont venir tout seuls « pour animer cette grandiose histoire de pauvres gens. »

 

Sabolas à travers les siècles sera Le bois du templier, qu'il dédie à son ami Pierre Mac Orlan : « Le village que voici, tu l'as traversé : tes semelles ont foulé la poussière des Béraud et des Barge, serfs dauphinois. Et peut-être, sous les traits de quelque paysan, assis devant sa cabane et meulant sa faux, as-tu, chemineau des siècles et des mers, reconnu ton ami . » La vie des gens de Sabolas, tout au long de ces siècles qui s'étirent dans l'histoire, est une longue chronique de malheurs, apportés par la nature ou par les hommes, ponctués trop rarement de quelques embellies. La fascination d'Henri Béraud pour le monde paysan -lui qui est né en plein cœur de Lyon- s'exprime à travers cette collectivité qui survie malgré tout, et malgré l'exploitation des puissants.

 2- Les lurons de sabolas

Satolas eglise.jpg

L'église de Satolas

Mais les choses vont changer et le monde ancien va bientôt basculer dans la Révolution : « Quatre siècles durant, la voix des anciens avait dominé la vieille plainte. Maintenant, elle appelait les hommes de Sabolas et ceux-ci, regardant les fourches plantées dans les bottes de paille, aspiraient confusément au jour où la horde rurale se jetant sur les villes, irait saigner à la gorge ces luxueuses, ces corrompues, ces mangeuses de pain. »

 

L'histoire est en marche pour se déployer dans ce volume intitulé Les lurons de Sabolas. L'histoire locale du petit village de Sabolas allait rejoindre l'histoire nationale qui envoie son fracas formidable en un écho à peine affaibli jusqu'aux tréfonds des provinces. Pour écrire ce second volume, Henri Béraud s'installe dans le domaine du Val-Créc [4] y dominant la ville de Lyon et les méandre de la Saône sur les hauteurs de Vaise. De là, il peut contempler la Croix-Rousse, celle qu'on appelle "la colline qui travaille" [5] là où sont installés les "bistanclaques", les métiers à tisser la soie qui cliquettent toute la journée, maniant par les canuts au moins douze heures par jour.

 

Des conditions de travail dégradantes et des salaires misérables qui provoquent périodiquement des soulèvements de colère. Henri Béraud choisit pour thème central des Lurons de Sabolas les deux grandes révoltes des canuts de 1831 et surtout de 1834. [6] La colère des Sabolais et des lyonnais va, pour un temps, mettre le feu à la ville. Pour un temps seulement car toute révolte comme un feu de paille ne s'alimente et ne s'entretient qu'un temps.

 

Les plus déterminés des canuts se retranchèrent dans les deux forteresses croix-roussiennes de la place Rouville qui surplombe la Saône et celle de la place Colbert, la maison des Voraces, côté Rhône. La maison des Voraces, immeuble emblématique de Lyon que l'auteur décrit dans son style lyrique : « Partant du fond, une sorte de cage à flanc ouvert monte vertigineusement jusqu'aux nuages. Hui volées d'escaliers, obliques, parallèles, noirâtres, sordides, gigantesques, se superposent, portant tout en haut un cube de maçonnerie perché sous les toits comme un à l'équilibre... » Les 'magnos' aussi, ces fiers paysans de Sabolas, seront vaincus et se résoudront à vendre leurs bras aux manufactures, « autour de l'usine, les saisons tournaient, répandant tour à tour sur les champs le vert, l'or, la rouille et le blanc. »

  3- Ciel de suie

En octobre 1933, Henri Béraud publie le dernier volume de son récit historique intitulé Ciel de suie où l'action se répartit entre le monde industriel des canuts et de leurs patrons les soyeux, et le monde agricole dont Henri Mendras a prédit bien plus tard "la fin des paysans", fin annoncée des descendants des "magnos".

 

Avec Ciel de suie, on n'est plus dans la révolte mais dans le désenchantement de l'univers bourgeois de la fin du XIXè siècle. La scène est plutôt dans la comédie grinçante et franchouillarde à la Feydeau, aux lourds climats à la Mauriac, d'une bourgeoisie qui règne avec contentement sur la IIIè république.

 

Pour écrire ce volume, Henri Béraud s'est inspiré de "l'affaire Gillet", fait divers qui s'est produit à Lyon un peu après la Première guerre mondiale, c'est un drame bourgeois qui passe pour un accident de chasse. Noëlle, la jeune épouse d'Armand Giroud, potentat lyonnais suivi comme son ombre par son frère Claude, vit des amours très secrètes avec le neveu de son mari. "Est-il plus patient et plus subtil ennemi de l'amour qu'un mal aimé?" Jalousie et cupidité mèneront les amants au drame dans le silence policé d'une famille dont la volonté suprême est de rester contre vents et marées, honorable et respectée.

 

Henri Béraud mélange dans cette fresque sociale, la peinture à petites touches de la mentalité de ce milieu bourgeois, enlève les masques et démasque les intérêts, et une description de la région lyonnaise, de ses activités industrieuses. Il brosse un portrait sans concessions des frères Giroud, membres de la caste détesté des Soyeux qui cultive le secret, " les Inséparables, riant très fort, observaient Patrice en dessous, de cet œil mi-clos, où couvait, au coin des paupières, la ruse patiente et sans miséricorde".

 

On assiste ainsi au combat perdu d'avance entre la "gente sabolasienne" et les dynasties des entrepreneurs, retranchés alors dans leur fief du Griffon, cachés derrière la place des Terreaux : « De hautes maisons couleur d'averse et d'avarice y traçaient déjà ce gluant labyrinthe où, pour mieux se cacher, la fortune emprunte la visage de la misère

 

Notice biographique sur Henri Béraud :

Romancier, journaliste et polémiste né à Lyon, Henri Béraud est l’auteur d’une œuvre abondante : Le Vitriol de lune(1921) et Le Martyre de l’obèse (prix Goncourt 1922), Le Bois du templier pendu (1926), La Gerbe d’or (1928), Qu’as-tu fait de ta jeunesse ? (1941), Les Lurons de Sabolas (1932), Ciel de suie (1933). Grand reporter et observateur politique au Journal ("Ce que j’ai vu à Moscou" ; "Ce que j’ai vu à Berlin", 1925-1926), puis au Petit Parisien ("Faut-il réduire l’Angleterre en esclavage ?", 1934-1936), Henri Béraud devint le directeur politique officieux de Gringoire de 1928 à 1943. Condamné à mort en 1944 pour intelligence avec l’ennemi, sa peine fut commuée et il bénéficia d’une libération conditionnelle en 1950. Malade et partiellement paralysé, il mourut en 1958 dans sa maison de l'île de Ré.

 

Repères bibliographiques :

  • Henri Béraud, Ciel de suie, éditions Lugd, 93-95, rue Vendôme 69006 Lyon, 143 pages
  • Marcel Peyrenet, La Dynastie des Gillet : les maîtres de Rhône Poulenc' Paris, Le Sycomore, 1978

Références

[1] et rebaptisé depuis aéroport Saint-Exupéry, du nom d'un autre lyonnais célèbre.
[2] Qu'on trouve aussi sous le titre "Le bois du templier pendu"
[3] Satolas qu'il rebaptisé dans ses livre Sabolas
[4] Onomatopée évoquant le bruit émis par ces immenses machines qui obligeaient à construire des appartements de 4 mètres de hauteur. (qui font maintenant la joie des amateurs de mezzanines)
[5] par opposition à la colline de Fourvière qu'on appelle "la colline qui prie".
[6] Voir dans la rubrique "site internet", les liens sur l'historien lyonnais Fernand Rude et sur le roman de Bernard Clavel intitulé "La Révolte à deux sous".

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:00

ERIK ORSENNA : PRINCESSE HISTAMINE

  Présentation

tumb Orsenna en 2008 Orsenna en 2008
Princesse Histamine est un roman d'Erik Orsenna, publié en 2010, la vie d'une demoiselle de onze ans qui s'appelle Histamine.

On la dit insupportable cette jeune fille sans doute quelque peu excessive, qui pense que sa vie est déjà à son âge, assez dense pour qu'elle puisse écrire ses mémoires. Et, avertit l'auteur Erik Orsenna, ce n'est là que le premier tome. En tout cas, elle sait déjà que la vie est chose compliquée mais qu'elle peut malgré tout compter sur sa grand-mère Suzanne à qui elle ressemble par certains traits et quelques autres personnes de son entourage, et les animaux ses alliés.

Avec son inséparable grand-mère, elle va se lancer dans des recherches généalogiques qui vont la mener jusqu'à de curieux ancêtres qui se révèlent être des animaux...

 Ouvrage de référence

  • Princesse Histamine, Éditions Stock, Paris, 2010, ISBN 782234065000

Infos complémentaires

Bibliographie sélective
  • Erik Orsenna, "Madame Bâ", éditions Stock, 2003, isbn 2-213-61545-4
  • Erik Orsenna, "Voyage aux pays du coton", Petit précis de mondialisation, éditions Fayard, 2006, isbn 2-213-62527-1, (prix du livre d'économie)
  • Erik Orsenna, "Orsenna L'Avenir de l'eau", Éditions Fayard, Paris, 2008, isbn 2213634653
  • Erik Orsenna, "L'Entreprise des Indes", Éditions Fayard, Paris, 2010, 390 pages, isbn 978-2-234-06392-1
  • Erik Orsenna, "L'Exposition coloniale", Éditions du Seuil, Paris, 576 pages, 1988, isbn 2020122073
Notes et références
Liens externes

                <><><><><> CJB Frachet - Feyzin - août 2011 - <><><><><>  © • cjb •  © <><><><><>                              

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 13:58

Frédérick Tristan Tarabisco
                                                                <<<<<<<<<<< • • •°°°°°°°°°• • • >>>>>>>>>>>>>>
Tarabisco est un roman de l'écrivain Frédérick Tristan publié le 18 mai 2011 aux éditions Fayard,  collection Littérature française, 240 pages, isbn 2-213-64324-5

  

Présentation

Quel est donc cet homme qui se réveille dans la chambre 17 d’un hôpital psychiatrique ? Un SDF apparemment, comme on dit, retrouvé dans la forêt de Rambouillet. Des bribes de mémoire lui reviennent, lambeaux d’une vie antérieure dont il ne sait pas ce qu’elle fut, dominés par une enfance pas très heureuse avec un absent dont il se saisit pas les contours et une mère folle et castratrice. Un homme qui dit se prénommer Jean-Arthur et qui dans sa jeunesse était amoureux de sa sœur Eulalie. Portrait contrasté d'un schizophrène à l'histoire assez baroque. [1]

Il se revoie aussi enfermé dans son appartement, s’évadant d’une réalité qui lui déplaît dans des rêves extravagants faits d’amantes guatémaltèques et de princesses américaines, sur fond d’éruption volcanique ou de palaces géants. Il protège son intimité de défenses formidables pour se défendre du chaos ambiant, des intrigues de sa tyrannique grand-mère Théodine Tarabisco qu’il n’a pourtant jamais connue, de ses incursions impromptues dans ses rêves pour évoquer ses années de cantatrice d’opérette et d’âge d’or du music-hall, retrouver Eulalie, la femme idéale. Il lui faut alors pousser ses pensées oniriques pour faire reculer cette grand-mère jacassante et omnipotente qui gâche ses rêves. Personnages fictifs et personnages réels se mélangent alors pour déstabiliser un peu plus Tarabisco.

Le monde, le vrai monde bien concret, bien réel, devient « L’Immonde » et pervertit l’univers onirique du narrateur qui se transforme en satire de la réalité, cette « crème fouettée par de mauvais anges » avec l’aide de deux clowns, Ludion et Arpette, adaptes de Guignol. Une des clés essentielles se trouve sans doute dans cette phrase de Frédérick Tristan : « Tu es un cérébral adepte des trompe-l’œil, des mises en abyme et des décors pivotants. »

« Un jeune homme hanté par son passé familial. Des allers-retours incessants entre rêve et réalité. Un roman baroque et fascinant sur la schizophrénie par l’auteur des « Égarés », prix Goncourt 1983. » (web-tv-culture)
 

 Informations complémentaires

Bibliographie : Romans parus dans les années 2000

  • Les obsèques prodigieuses d’Abraham Radjec, Fayard, 2000
  • La Proie du diable, Fayard, 2001
  • Dieu, l’univers et madame Berthe, Fayard, 2002 et La Chevauchée du vent, Table ronde, 1991 ; Fayard, 2002
  • Tao, le haut voyage, Fayard, 2003
  • L'amour pélerin, Fayard, 2004 et Un infini singulier, Fayard, 2004
  • Le Manège des fous, Fayard, 2005
  • Monsieur l’Enfant et le cercle des bavards, Fayard, 2006
  • Dernières nouvelles de l’au-delà, Fayard, 2007
  • Le chaudron chinois, Fayard, 2008
  • Christos, enquête sur l’impossible, Fayard, 2009

Liens externes

  1. Voir l'article paru dans sens critique

              <><><><><> CJB Frachet - Feyzin - 10 février 2012 - <><><><><>  © • cjb •  © <><><><><>                 

  

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 13:54

Gilles Leroy Dormir avec ceux qu'on aime
                                                       <<<<<<<< ************ >>>>>>>> 
                  
"Dormir avec ceux qu'on aime" est un roman de Gilles Leroy paru le 5 janvier 2012 aux éditions du Mercure de France (filiale de Gallimard), 192 pages -isbn 978-2-7152-3213-6

Présentation

Un écrivain en voyage, qui est aussi le narrateur de cette histoire, de passage à Bucarest s'éprend immédiatement de Marian. Mais ils portent en eux des choses fort différentes, un lourd passé qui pour Marian, après des années de pesante dictature, relèvent de l'espoir et des "lendemains qui chantent", un désenchantement pour le narrateur qui ne croit plus guère à l'avenir, qui est plutôt sceptique face à la condition humaine.
Leur problème est justement de savoir comment ils pourraient s'y prendre pour se rejoindre.
 

Extrait et critiques

« Tomber amoureux, ce jour-là, foudroyé au contact d’une main, me rendit mes seize ans, exactement mes seize ans à Léningrad. Quiconque aura aimé sait ces choses-là entre mille : étreindre une main, c’est tout donner, d’un coup, sans prudence, sans contrat, sans rien. Tenir la main, tous les enfants le savent, n’est pas seulement s’accrocher au passage : tenir ta main, c’est tenir à toi, tenir de toi. Et plus je serre, plus j’entrecroise nos doigts, les entrelace, plus je te dis mon incommensurable besoin, un besoin tel que ta paume me renseigne sur toi. Sur ta paume, j’ai pu lire que tu étais quelqu’un de bien. »

  • Le Magazine Littéraire (Maialen Berasategui) : « Gilles Leroy est passé maître dans l'art difficile de la description sensuelle des amours masculines. Ses passions sont odeurs, touchers et murmures. »
  • Le Monde (Josyane Savignea) : « Qu'est ce qu'avoir un coup de foudre à 48 ans ? Qu'est-ce qu'aimer cet homme si jeune ? Ce ne sont pas les seules questions que pose ce beau récit, qu'on peut aussi lire comme une interrogation sociale et politique. »
  • Figaro Magazine (Isabelle Courty) : « Gilles Leroy renoue avec sa veine autobiographique en signant un magnifique chant d'amour. Exempte de tout sentimentalisme, son écriture cristalline dit avec une justesse vertigineuse la beauté des corps, la violence du manque, la jalousie absurde, l'impatience, l'apaisement éphémère. Tout ici n'est que sensualité. »

          

Informations complémentaires

Éditions

Lien externe

  • Présentation vidéo par Gilles Leroy
  • <><><><>Ch BROUSSAS Leroy - • © • cjb •  © <><><><>
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:11

Erik Orsenna et son œuvre

 

1- Voyage au pays du coton

2- L'entreprise des Indes

3- Sur la route du papier

4- L'exposition coloniale

...  Princesse Histamine... Et L'avenir de l'eau

 

1- Erik Orsenna, "Voyage aux pays du coton"

 

Erik Orsenna, de son véritable nom Erik Arnoult, est un romancier né le 22 mars 1947 à Paris. Son pseudonyme, Orsenna, est tiré d'un roman de Julien Gracq, le nom de la vieille ville du Rivage des Syrtes.

 

Orsenna en 2008

 

Voyage au pays du coton est un récit sur les effets de la mondialisation à partir du coton, matière première particulièrement sensible sur le marché international et de ce point de vue symptomatique des évolutions essentielles de ce début du XXème siècle.

 

« Précis de mondialisation » précise Érik Orsenna en sous-titre. Cette mondialisation, l’auteur est allé sur place l’étudier, chez les concurrents les plus importants, les principaux producteurs de coton ainsi que les enjeux de leur lutte.

 

Il s’est rendu en Afrique, au Mali en particulier, où on produit sans avoir les moyens de la recherche ou d’avoir une action sur les marchés, sur le fonctionnement de l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce), au Brésil et ses immenses moyens de production au Mato Grosso, en Ouzbekistan confronté à des difficultés écologiques considérables, et bien sûr en Chine et aux États-Unis où on raisonne plus en termes de marché que de production, où la recherche en biologie bénéficie de moyens considérables qui condamnent à brève échéance les petites productions des pays en voie de développement.

Notes et références
  • Erik Orsenna, "Voyage aux pays du coton", Petit précis de mondialisation, éditions Fayard, 2006, isbn 2-213-62527-1, (prix du livre d'économie)

 

2 ERIK ORSENNA : L'ENTREPRISE DES INDES

 

L'entreprise des Indes est un roman de Erik Orsenna publié le 1er mai 2010 sur le personnage de Christophe Colomb et ses voyages.Le narrateur n'est autre que Bartolomé Colomb, le frère du grand navigateur, qui travaille chez le grand cartographe maître Andréa. Christophe Colomb revient d'un dernier voyage, va se marier et avoir un fils Diego et mettre au point avec son frère « L'Expédition des Indes ». Il est persuadé de trouver le passage vers l'empire la Chine, l'empire du Grand Khan et les fameuses Indes de son Marco Polo.

 

Le roi Jean II du Portugal refuse de financer son nouveau voyage, conseillé par ses mathématiciens qui contredisent les calculs effectués par les frère Colomb. Mais ceux-ci jouent la concurrence et vont offrir leurs services au « roi très catholique » espagnol qui se laisse convaincre. C'est l'épopée de la conquête, l'époque où ces bons européens civilisés se livrent aux turpitudes, à la sauvagerie des conquistadors. En Europe aussi, le jour du départ, ce 3 août 1492, l'Espagne expulse les juifs, les prive de leurs droits pour les jeter sur les routes et sur les mers.

 

Tout la verve d'Erik Orsenna se donne libre cours pour dénoncer cette tragédie, la présenter comme une grande première de mondialisation pas si différente de elle qui marque le monde du XXIe siècle.

Ouvrage de référence

  • Erik Orsenna, "L'entreprise des Indes", Éditions Fayard, Paris, 2010, 390 pages, isbn 978-2-234-06392-1

3- Erik Orsenna, "Sur la route du papier"

 

<><><><><> Voir aussi Orsenna L'Avenir de l'eau & Voyage au pays du coton <><><><><><><>

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juin 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

 

Référence : Erik Orsenna, "Sur la route du papier", éditions Stock, 320 pages, mars 2012, ISBN 978-2-2340-6335-8

 

Erik Orsenna, spécialiste des matières premières, géographe et aussi grand voyageur, convie le lecteur à un nouveau voyage à la poursuite du papier. [1]

Après le pays du coton en 2006 puis L'avenir de l'eau en 2008, Erik Orsenna décrypte un nouvel aspect de la mondialisation, cette fois à travers l'histoire du papier. Ce papier, instrument vital de l'écrivain, outil de la mémoire et « "dépositaire de tous les anciens temps" » , outil toujours actuel sous diverses formes que la technologie met à disposition et qu'on recycle maintenant jusqu'à 60 %.

 

On part ainsi à la découverte de la bibliothèque murée de Dunhuang, ultime cité chinoise de la route de la Soie, qui contient les plus vieux papiers du monde, de la Bibliothèque nationale de France et ses anecdotes comme la maniaquerie de Victor Hugo n'écrivant Les Misérables que sur du papier azuré ou Les Travailleurs de la mer sur du papier blanc.

Il est optimiste sur l'avenir du papier et ne s’arrête pas à quelque funeste prévision, le déclin des journaux, la stagnation du support papier concurrence par des systèmes à écran. [2] On oscille entre la forêt canadienne et celle des Landes, du Japon, du Brésil, de l'Italie jusqu'en Inde, on entre dans la fabrication de cette « "soupe de fibres qu'on étale puis qu'on assèche". »

 

Commentaires critiques

« Infatigable voyageur, Erik Orsenna se penche à nouveau sur l'éclatement des frontières et des cultures, en regardant de près la fabuleuse histoire du papier et des livres. Un récit d'aventurier et d'écrivain. »
L'Express du 29 février 2012

 

« Une façon pour cet éternel voyageur de nous faire parcourir le monde et les époques. Et pour Erik Orsenna, l'écrivain, ce livre est aussi un hommage au papier, son compagnon privilégié de lecture et d'écriture". »
Marie Pujolas, France-TV du 2 mas 2012

 

Voir aussi

Ouest-France L'Express Présentation

 

Notes et références

  1. "Erik Orsenna est un intellectuel populaire et brillant qui fait comprendre à tous les enjeux du monde en marche", Ouest-France, 18 mars 2012
  2. Voir l'article "Orsenna, reporter jubilant" de Bruno Frappa dans La Croix du 29 février 2012

 


 

4- Erik Orsenna, "L'exposition coloniale"

 

"Cinq cents pages de sourires, de fous rires, et pas une méchanceté ! Rien qu'une cavalcade de cocasseries affectueuses, une gourmandise constante pour les douceurs de la vie !..."
Bertrand Poirot-Delpech, le Monde.

 

L'exposition coloniale est un roman de Erik Orsenna publié en juin 1988 sur le thème de la colonisation, qui lui a valu l'attribution du prix Goncourt.

 

Louis est un garçon obéissant et sa mère Marguerite voudrait qu'il devienne administrateur colonial. Il acquiesce bien sûr comme d'habitude, se prépare, se documente entre deux aventures sentimentales, mais au moment de partir, il ne peut s'imaginer dans ces pays lointains, prend peur devant la concrétisation de ce projet qu'au fond de son cœur,  il a toujours repoussé et il refuse finalement de s'embarquer. Et c'est son fils Gabriel, futur héros de deux autres romans d'Erik Orsenna, "Grand Amour" en 1993 et "Longtemps" en 1998, qui réalisera enfin le rêve de sa grand-mère.

 

Alors commence l'histoire d'un héros ordinaire qui se passionne pour les hévéas, le caoutchouc et les pneumatiques.

Erik Orsenna nous parle de Gabriel né en 1883, son enfance à Levallois, son amour pour deux sœurs Ann et Clara, figures de cette exposition coloniale qui est pour l'auteur " Un faux empire, des rêves trop grands, un spectacle pour les familles. " Elles lui feront visiter le monde en rêves et "appris des vérités insoupçonnées, par exemple que le caoutchouc ressemble à la démocratie, que sans bicyclettes jamais nous n'aurions perdu Diên Biên Phu, ou que les chagrins d'amour sont plus doux que la jungle... "

 

EO Expo coloniale.jpg

Ouvrage de référence
  • Erik Orsenna, "L'exposition coloniale", Éditions du Seuil, Paris, 576 pages, 1988, isbn 2020122073
Bibliographie sélective
  • Erik Orsenna, "Madame Bâ", éditions Stock, 2003, isbn 2-213-61545-4
  • Erik Orsenna, "Voyage au pays du coton", Petit précis de mondialisation, éditions Fayard, 2006, isbn 2-213-62527-1, (prix du livre d'économie)
  • Erik Orsenna, "L'avenir de l'eau", Éditions Fayard, Paris, 2008, isbn 2213634653
  • Erik Orsenna, "L'entreprise des Indes", Éditions Fayard, Paris, 2010, 390 pages, isbn 978-2-234-06392-1
  • Erik Orsenna, Princesse Histamine, Éditions Stock, Paris, 2010, ISBN 782234065000

           <<<<<<< Christian Broussas – Courmangoux, 4 avril 2012 - <><><> © • cjb • © >><<<

 

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 18:16

Patrick Modiano, une jeunesse en pointillés

              <<<<<<<< © CJB >>>>>>>>

Patrick Modiano, Grand prix du roman de l'Académie française 1972, prix des libraires 1976, prix Goncourt 1978, prix Cino del Duca 2010, prix Marguerite-Duras 2011.
« C’est l’oubli le fond du problème, pas la mémoire. » (Patrick Modiano)

 

Modiano en 2012.jpg Modiano Paris 2012.jpg Modiano en 2012

 

Aborder la personnalité complexe de Patrick Modiano, c'est d'abord tracer l'itinéraire tumultueux, sinueuse de ses parents et accompagner le jeune homme dans ses tribulations. Albert "Aldo" Modiano et Louisa Colpijn, [1] une flamande traductrice à la société "Continental", se rencontrent dans Paris occupé en octobre 1942. Lui a quelque peu trafiqué dans sa jeunesse, touché à la finance et au pétrole sans succès et a fini par ouvrir une boutique "chic" boulevard Malesherbes jusqu'au début de la guerre. [2]

Depuis début 1943, le couple réside à Paris 15 quai Conti près de l'Académie française, face à la Seine, mais leur fils aîné va naître le 30 juillet 1945 dans une maternité du "Parc des Princes", 11 allée Marguerite à Boulogne-Billancourt. [3]Ses parents mènent leur vie chacun de leur côté, lui tout à ses affaires, elle à ses tournées d'actrice et laissent les enfants, Jean-Patrick [4] et son frère Rudy, à leurs grands-parents maternels, des Belges flamands. [5]

 

   «Modiano paraissait désincarné, distrait»     Dans quelle éta-gère - 1    

Modiano et Françoise Hardy en 1969   Sa femme Dominique Zehrfuss et leur fille Marie

 

Repères bio

* 1945 Naissance à Boulogne-Billancourt
* 1957 Mort de son jeune frère Rudy        
* 1967 Premier roman, La Place de l'Etoile.
* 1970 Epouse Dominique Zherfuss          
* avec qui il a deux filles, Zina et Marie   
* 1973 "Lacombe Lucien" de Louis Malle
*1978 "Rue des boutiques obscures"      
* 2005 "Un pedigree", autobiographie     
* 2010 Parution le 4 mars de "L'Horizon"   
* 2012 Parution de "L'herbe des nuits"      

Adolescence chaotique, en nourrice à Biarritz pendant deux ans puis à Jouy-en-Josas, toujours avec son frère, chez une amie de sa mère "aux mœurs légères". Après qu'elle fût arrêté pour cambriolage, Patrick et son frère Rudy se retrouvent dans la lourde atmosphère familiale en février 1953, alternant avec leurs nombreuses absences, toujours pour les mêmes raisons, les affaires du père et les tournées de la mère. Le brusque décès de son frère Rudy en février 1957, alors âgé de dix ans, le laisse désemparé et marqué pour longtemps. [6] Pour lui va commencer la dure expérience de la vie de pensionnat, d'abord à Jouy-en-Josas à l'école du Montcel où il fugue plusieurs fois, puis à Thônes en Haute-savoie, au collège Saint-Joseph, aux conditions encore plus difficiles qu'à Jouy.


De retour à Paris en 1962, il se sent écartelé entre une mère au chômage qui l'a recueilli et un père qui s'est remarié et le rejette de plus en plus. Les années 60 sont formatrices, très présentes dans son œuvre, il a entre 17 et 22 ans et dit-il dans une interview, [7] « C’est mon moteur romanesque parce que c’était une période bizarre, chaotique. Je n’avais aucune assise familiale ou sociale. Ces éléments reviennent sans arrêt comme des rêves récurrents.  » Même s'il est inscrit à la Fac, après des années d'errance dans plusieurs pensions, il a arrêté ses études, reste à Paris où il occupe une chambre chez une mère toujours absente. « J’étais livré à moi-même. Une période de rencontres étranges, avec des gens plus âgés, qui me donnaient le sentiment d’un danger permanent. L’impression, n’étant pas majeur, d’avoir tout vécu de façon illégale, dans la clandestinité. »


A partir de l'été 1963, pour subsister il se livre à quelques trafiques, revente de livres volés, fausses dédicaces, demande de l'argent à son père et finit par se brouiller avec lui et surtout avec sa belle-mère qui lui voue une haine tenace. Sa chance, sa bonne étoile, c'est Raymond Queneau, un ami de sa mère, qui très tôt le prend sous son aile, le reçoit chez lui à Neuilly et l'introduit dans le monde littéraire, chez Gallimard en particulier. A la fin des années 60, il s'impose peu à peu comme un écrivain important, avec deux romans remarqués, La place de l'étoile en 1967 et Les boulevards de ceinture qui sera couronné par l'Académie française en 1972. Après la chanson qui lui vaudra une solide amitié avec Françoise Hardy, [8] il se tourne vers le cinéma, signant le scénario de Lacombe Lucien qui déclenche une polémique sur l'absence d'engagement du héros [9] et le ramène une fois encore à l'époque de l'Occupation.


Au temps de la communication où les artistes se mettent souvent en scène, le personnage dénote dans le paysage médiatique, sa longue silhouette un peu voûtée, « ses bégaiements menacés par l'aphasie, » a écrit un journaliste, ne le cèdent qu'à « sa prose tourmentée par les fantômes de l'Occupation. » N'a-t-il pas écrit lui-même : « Les trucs que j'écris, ce ne sont pas vraiment des romans, ce sont des segments, des trucs que j'ai pris, malaxés


Il a conservé quelque chose du solitaire, sans véritable réseau, ayant refusé de siéger dans des jurys ou des institutions prestigieuses et il a mis rapidement fait fin à son rôle d'éditeur chez Gallimard.Il se posera vraiment dans les années 1970 avec son mariage le 12 septembre 1970, avec Dominique Zehrfuss, la fille de l'architecte du CNIT Bernard Zehrfuss [10] et en novembre 1978, il reçoit le Prix Goncourt pour son sixième roman Rue des boutiques obscures.


Modiano patrick rudy 55.jpg            Patrick-Modiano-en-1978.jpg         Marie Modiano: "Ecrire est un besoin vital"   

Patrick Modiano avec son frère Rudy en 1955 et en 1978                          Sa fille Marie en février 2012


Repères bibliographiques 

Voir aussi

A la recherche de Dora Bruder


Notes et références 

  1. Connue comme actrice sous le nom de Louisia Colpeyn
  2. Le père aura de louches fréquentations pendant la guerre et s'enrichira dans le marché noir
  3. « Je suis né d'un juif et d'une Flamande qui s'étaient connus à Paris sous l'Occupation» écrit-il laconiquement dans "Pedigree"
  4. Son nom de baptême est en effet Jean-Patrick
  5. Ceci explique que la langue maternelle de Modiano soit le flamand
  6. Il dédiera tous ses premiers romans publiés entre 1967 et 1982 à ce frère trop tôt disparu. « Le choc de sa mort a été déterminant. Ma recherche perpétuelle de quelque chose de perdu, la quête d’un passé brouillé qu’on ne peut élucider, l’enfance brusquement cassée, tout cela participe d’une même névrose qui est devenue mon état d’esprit. » (Entretien avec Pierre Assouline). Il écrira encore dans son autobiographie "Un pedigree" : « En février 1957, j’ai perdu mon frère. (…) A part mon frère Rudy, sa mort, je crois que rien de tout ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur. »
  7. Site Lesinrocks, interview par Nelly Kaprièlian du 30 septembre 2012
  8. le romancier écrit en particulier un "tube" pour Françoise Hardy, "Etonnez-moi, Benoît !" puis une chanson pour Régine intitulée "L'Aspire-à-coeur"
  9. C'est en fait le réalisateur "Louis Malle" qui en supportera les conséquences
  10. avec qui il aura deux filles "Zina" en 1974 et "Marie" en 1978, poétesse et chanteuse

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 14:32

Jérôme Ferrari, "Le Sermon sur la chute de Rome" 


Jérôme Ferrari à Fozzano, décembre 2012

 

Référence : Jérôme Ferrari, "Le Sermon sur la chute de Rome", Actes Sud, 208 pages, 2012

 

Né en 1968 à Paris, Jérôme Ferrari a enseigné la philosophie en Corse, en Algérie et, aujourd'hui à Abu Dhabi. Auteur déjà de plusieurs romans, comme "Où j'ai laissé mon âme" et "Un dieu un animal", il a publié en août 2012 "le Sermon sur la chute de Rome" chez Actes Sud, sélectionné par de nombreux prix littéraires. (Il vient par ailleurs de co-traduire, du corse, un excellent roman de Marc Biancarelli chez Actes Sud, "Murtoriu")

 

« Le Sermon sur la chute de Rome », prix Goncourt 2012, se présente comme une méditation sur la vanité des actions humaines sur fond de pastis et de cochon, tout çà dans un bar de la montagne corse. L'auteur dépeint deux mondes qui évoluent en parallèle : celui du grand-père Marcel, vivant dans les colonies loin de sa Corse natale et celui de Matthieu qui désirent à l'inverse revenir "vivre au village" et entremêle ces deux histoires. Le destin en décidera autrement dans un chasser-croisé, ces deux trajectoires qui se croisent, et finalement Matthieu devra quitter la Corse pour toujours et Marcel à l’inverse, échouant dans ses expériences coloniales, sera contraint de revenir s'y établir.

 

C'est aussi l'histoire de deux amis dans leur bar, avec un bagage qui ne leur sert à rien -des études de philo à la Sorbonne- et ils se sentent « comme un homme qui vient juste de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n'a plus cours ». Mais, foin de philosophie, les deux copains Matthieu Antonetti et Libero Pintus décident de faire leur vie dans leur village d'enfance pour y façonner « le meilleur des mondes possibles » aurait dit "Candide" après Leibniz. La "convivialité " fonctionne bien au début, on boit, on chante, on s'amuse, on raconte les aventures coloniales du grand-père Antonetti, et les touristes affluent. Tout le monde est content sauf Aurélie, la sœur de Matthieu, qui voit d'un mauvais œil ce qu'elle considère comme l’idéalisme de son frère, son retour sur l’île et la reprise du bar du village.

 

Le titre, parabole de notre époque moderne, vient de loin : c'est paraît-il Saint-Augustin lui-même en 410, [1] avec son sens aigu de l'histoire et de la probabilité, qui a prononcé des sermons, non sur la montagne mais sur la chute de Rome quand ces sauvages de Wisigoths se permirent de piller une ville qu'on disait éternelle. Désenchantement dirait-on après l'optimisme patent de Leibniz : « Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien. »

 

Belle méditation drolatique en tout cas, même si elle peut paraître un peu littéraire, sur le testament de Saint Augustin, le vertige des civilisations qui oublient qu'elles sont mortelles, le sort du pastis noyé dans la mondialisation et surtout celui des cochons corses. De toute façon, comme il le dit dans une interview au Nouvel Observateur, « la Corse peut être un territoire de fiction comme les autres. »

 

Prix Goncourt 2012

 

Bibliographie
- Un dieu un animal, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2009, 130 pages, ISBN 978-2-7427-8108-9, Prix Landerneau 2009
- Où j'ai laissé mon âme, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2010, 140 pages, ISBN 978-2-7427-9320-4, Grand Prix Poncetton SGDL, 2010, Prix Roman France Télévisions, 2010

 

Voir aussi

* L'article du Nouvel Observateur : http://bibliobs.nouvelobs.com/rentree-litteraire-2012/20121108.OBS8639/jerome-ferrari-la-corse-peut-etre-un-territoire-de-fiction-comme-les-autres.html

 

Références

[1] Les sept parties du livre ont pour titres des phrases extraites de "La cité de Dieu" de Saint-Augustin


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