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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 17:37

Roger Vailland, fidèle à lui-même, joue avec ses contradictions, surtout à cette époque qu’on pourrait nommer sa « saison cinéma », [1] parce qu’il écrit alors plusieurs scénarios pour le metteur en scène Roger Vadim. [2]

        
La famille Vailland (avec sa soeur Geneviève et ses parents)

 

Période de réflexion, période de "vacance de l’écriture", surtout consacrée à une remise en ordre de son œuvre et de ses idées, qui débouchera l’année suivante sur la parution d’une compilation de ses textes centrés sur le libertinage, qu’il intitule Le regard froid où il revient à son cher XVIIIème siècle.  

Ce "libertin au regard froid" [3] a pris ses distances vis-à-vis du Parti communiste, Beau masque est déjà bien loin et il renoue avec le grandes figures qu’il connaît bien, Choderlos de Laclos [4] et le marquis de Sade. Ses scénarios seront d’ailleurs centrés sur ces deux auteurs, versions contemporaines intitulées Les Liaisons dangereuses 1960 et Le vice et la vertu en 1963, déclinaison moderne de la Justine de Sade. Retour à ses racines en quelque sorte, comme si le communisme n’avait été dans son parcours, qu’une parenthèse.

           
Les 2 films importants de Roger Vadim d'après un scénario de Roger Vailland

 

D’où cette réflexion qu’on trouve dans ses Écrits intimes sur L’homme bolchevik déchu, cet "homme de qualité" qui constituait son modèle, un peu honteux de montrer ce faste ostentatoire au camarade communiste qu’il doit rencontrer mai qui, d’un autre côté représente un défit au système capitaliste en utilisant ses symboles les plus édifiants, la Jaguar dans laquelle il se pavane avec sa femme Élisabeth et le luxe somptueux de l’hôtel Carlton où ils sont descendus :

« Cannes le 13 septembre 1962
Comme beaucoup d’intellectuels de ma génération (cela a même commencé au XVIIIème siècle), j’ai passé une bonne partie de ma vie à essayer de découvrir le "bon sauvage". Passage sans doute nécessaire aux esprits les  plus vifs des nations les plus organisés, etc.
 Entre Nice et Cannes avant-hier, dans ma Jaguar, X.,  mon idéal-sauvage bolchevik ne parvenait que mal à dissimuler sa peur. Et s’arrangea pour ne pas être descendu exactement au lieu de son rendez-vous, afin que le camarade avec qui il avait rendez-vous ne le voie pas descendre d’une Jaguar. »

     
Roger Vailland avec Roger Vadim       Chez lui, dans son bureau de Meillonnas

 

Derrière ses visites nocturnes et la rencontre avec son ex belle-sœur, point aussi les souvenirs amers de sa vie avec Andrée, sa première femme, relations qu’il a mis en scène dans son roman Les Mauvais coupsRoberte (son prénom dans le roman) se suicide à la fin comme le fera Andrée quelques mois avant ce voyage à Cannes qu’avait entrepris Roger Vailland et qu’il relate dans ses souvenirs. Derrière le ton badin, le propos factuel, sourd la blessure d’une passion ravageuse qui l’a marqué à jamais. D’où cette relation qu’entreprit Vailland dans ses Écrits intimes :

« Déjeuner avec Claire Brandeis [4] la sœur d’Andrée Blavette ma sauvage des années 36-46 qui s’est jetée du quatrième étage de la rue Auber. D’autres cherchent maintenant leurs sauvages parmi les paysans des pays sous-développés.
Après malentendu avec les call-girls du Carlton, nous avons fait l’amour dans son meublé sans eau avec Marie-Pierre, putain de la rue d’Antibes, 23 ans, toulousaine, noire, les traces du couvre-seins et du maillot encore plus mince, blancs, blessures, que Monique de Lyon, très gentiment…

Le déjeuner avec Claire (dont j’essayais de retrouver le nez droit, le beau front, dans le visage flétri sous les cheveux blancs) et son récit pourtant médiocre d’Andrée Blavette, sans me provoquer aucun mouvement du cœur (afflux de sang) m’avait étrangement alourdi, comme une pesanteur ventrale et, par affinité, avait angoissé Élisabeth, si bien que l’après-midi fut pénible, le temps ne s’éclaircit que peu à peu par la conversation et la légèreté ne fut reconquise qu’après nos caresses à Marie-Pierre. »

                         
Roger devant une œuvre de Costa     Avec sa femme Élisabeth dite Lisina

 

Le lendemain, il va s’installer avec Élisabeth pour 3 semaines sur l’île de Porquerolles chez le compositeur Jean Prodromidès. Comme ça lui est parfois arrivé, il repart chez lui à Meillonnas dès le lendemain pour reprendre son travail sur Le Regard froid. Dans sa jeunesse en 1926, il avait proposé à son ami Roger Gilbert Leconte d’ouvrir un restaurant près de Juan-les-Pins en lui disant « What a businessman » !

Roger Vailland allait bientôt arrêter toute collaboration avec le cinéma, ses déconvenues et ses juteux revenus pour se lancer dans la rédaction de La truite, son nouveau roman, qui sera aussi le dernier ; La Truite, cette naïade qui s’échappe toujours, prompte à glisser entre les doigts des hommes comme cette vie en train d’échapper à Roger Vailland.

        
Les liaisons dangereuses 1960                  Le vice et la vertu (1963)

 

Notes et références
[1] Sa "saison cinéma" est marquée particulièrement par : Les Liaisons Dangereuses (1959), de Roger Vadim, Et mourir de plaisir (1960), de Roger Vadim, d’après un roman de Sheridan Le Fanu, La Novice (1961) d’Alberto Lattuada, d’après le roman du Guido Piovene, Le Jour et l’Heure (1962)de René Clément, Le Vice et la Vertu (1963) de Roger Vadim, 325 000 francs (1964) de Jean Prat, d’après son propre roman.

[2]  Les Liaisons dangereuses 1960 (1959), transposition de l'univers de Laclos dans la haute bourgeoisie des années cinquante ; Le Vice et la vertu (1963) qui mélange personnages sadiens et période de l'Occupation.
[3]  Un "libertin au regard froid", titre de la biographie de Vailland écrite par Yves Courrière, éditions Plon, 1991
[4] Voir ma fiche Laclos par lui-même consacrée à l’essai de Vailland sur Laclos, parue sur Wikipedia
Voir aussi l’article d’Elizabeth Legros Regards de Vailland et Malraux sur Laclos
[5] Voir ma fiche Wikipedia consacrée à La Truite


Avec Jeanne Moreau

 

Références bibliographiques
* Roger Vailland et le cinéma --
* Jean Recanati, Esquisse pour la psychanalyse d’un libertin --

* Accès au site Roger Vailland --

<><> • • Christian Broussas • Vailland 1962 • °° © CJB  °° • • 2014 <><>

 

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 20:50

    Les Goncourt en mars 1861

 

 L'aîné Edmond de Goncourt naît à Nancy en mai 1822 et Jules son cadet de huit ans naîtra à son tour pendant les troubles politiques de 1830. Mais très vite, leurs proches disparaissent :  le père meurt alors qu'il sont tout jeunes et deux ans après, leur soeur est emportée par le choléra. En 1848, c'est au tour de leur mère de rejoindre son mari et sa fille. Edmond se sentira alors responsable de son jeune frère, « Ma mère, sur votre lit de mort, vous avez mis la main de votre enfant chéri et préféré dans la mienne, en me recommandant cet enfant avec un regard qu’on n’oublie pas. » dira-t-il avec émotion.

   La maison d'Auteuil

 Leur seule consolation, c'est de pouvoir abandonner un travail qu'ils ne prisent guère pour vivre assez confortablement de leur héritage et se consacrer pleinement à leur passion : l’art et la littérature. En fait, touche-à-tout des arts, ils s'essayent à différente formes d'arts,  le dessin et l'aquarelle, les techniques de l’eau-forte et de la gravure, s'improvisent tour à tour antiquaires -Edmond est un incorrigible collectionneur- historiens, journalistes et enfin...  romanciers.

 

 JPEG - 30.5 ko  

 

Le berceau familial

Le village de Goncourt    
 

 Goncourt est d'abord un village de Haute-Marne, "entre Champagne et Lorraine, sur les bords de la Meuse, c'est là que les frères Goncourt puisent leurs racines et passèrent toutes leurs vacances de jeunesse. La Papeterie acquise en 1786 par leur arrière grand-père, témoigne de ce passé familial à Goncourt et dans la commune voisine de Bourmont. C'est dans ce chef-lieu de canton qu'ont vécu leurs aïeux  Jean-Antoine Huot de Goncourt (1753-1832) qui sera magistrat de la Sûreté Impériale à Neufchateau, ses deux fils Pierre-Antoine Huot de Goncourt (1783-1867), officier d'artillerie sous l'Empire et député des Vosges aux Assemblées Nationales de 1848 et 1849, et Marc-Pierre Huot de Goncourt, père d'Edmond et de Jules. Les deux frères firent de nombreux séjours de 1834 à 1878 chez leurs cousins Labille à Bar-sur-Seine, qu'ils évoquent dans leur journal.

 

 Les deux frères se rendirent aussi souvent en vacances chez leur oncle qui habitait une superbe demeure du XVIIIème siècle, appelée maintenant La maison des Goncourt, située au n°2 de la place Jeanne d'Arc dans la petite ville de Neufchâteau dans les Vosges. 

 

       

La maison de Bar-sur-Seine                                La maison de Neufchâteau

 

Le Grenier des Goncourt à Paris XVIème

En 1868, à la recherche d’un peu de calme et de verdure, Les frères Jules et Edmond de Goncourt quittèrent la rue Saint-Georges dans le 9ème arrondissement pour aller s'installer dans la maison d’Auteuil située Boulevard de Montmorency. [1] Celle qu'on appela La maison des Goncourt  [2] se présentait comme un salon de peinture car chaque pièce correspondait à une collection spécifique. Edmond en fait le tour du propriétaire dans son livre La maison d’un artiste paru en 1880 avec grand souci du détail. [3]

 

 C'est un petit hôtel particulier sans confort les premiers temps, avant qu'ils fassent exécuter des travaux. Ils espèrent y trouver le calme au milieu de leurs œuvres d'art, notamment des bronzes japonais et des porcelaines de Chine. Le petit salon, tendu d'andrinople rouge, contenait des dessins, des lavis, des aquarelles d'Oudry, de La Tour, de Boucher, de Watteau et d'Hubert-Robert et Le grand salon, des terres cuites de Claudion. La salle à manger, permettait d'exposer des bronzes du XVIIème, l’escalier des albums japonais, le cabinet de toilette des porcelaines de Saxe et le boudoir, des tapis persans. Ils feront ensuite aménager le second étage pour exposer toutes leurs collections et recevoir le dimanche après-midi la brillante société littéraire formée notamment d'Emile Zola, Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, Huysmans, Théophile Gautier, habitués du fameux grenier des Goncourt.

 

 Jules n’en profitera pas beaucoup puisqu'il meurt  de maladie en  1870, Edmond lui survivant jusqu'en juillet 1896, victime d'un bain trop froid, dans les bras d’Alphonse Daudet à Champrosay dans l'Essonne. [4] Il faudra attendre la vente de la maison et la première réunion le 26 février 1903 des sept premiers membres du groupe, Huysmans, Octave Mirbeau, Léon Hennique, Gustave Geffroy, les deux frères Rosny et Paul Margueritte,  dans un salon du Grand Hôtel, près de l’Opéra [5] pour que naisse L'Académie Goncourt et son célèbre prix.

 

 Notes et références

[1] au 53 de l'avenue de Montmorency, devenu aujourd’hui le numéro 67

[2] La maison est devenue le siège de la Maison des écrivains et de la littérature (Mel), qui a pour vocation de fédérer les écrivains et de les représenter, de les défendre et, à travers eux, de promouvoir la littérature.

[3] Les chapitres ont pour titre: Le Vestibule, La salle à manger, les salons, l’Escalier, le Cabinet d’Extrême-Orient

[4] Acquise quelques années après le mariage d’Alphonse Daudet avec Julia Allard, originaire de Draveil, la maison de Champrosay est le lieu de villégiature estivale de prédilection de l'écrivain

[5] Rejoints plus tard par Léon Daudet, Élémir Bourges et Lucien Descaves

 

  

L'un des premiers déjeuners chez Drouant en 1926 avec notamment les frères Rosny (à droite, debout et assis)

 

Voir aussi

* Magazine littéraire        La maison des Goncourt 

 * Terre des écrivains et les Goncourt : La maison de l'avenue de Suffren, La crèmerie de la rue Saint-Georges

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 11:53

Georges Conchon, surtout connu pour avoir écrit L'état sauvage qui lui valut le prix Goncourt en 1964, est l'auteur de ce roman paru en 1983 intitulé Le Bel avenir.


   

 

Il se voyait déjà ministre, c'est dire si Régis Crozet semblait avoir un bel avenir. Et c'était normal : jusqu'alors, tout lui avait souri et il avait l'impression que l'avenir se pliait à ses désirs, à ses espoirs. Et il n'était pas le seul à le penser, faisant même des jaloux devant sa réussite si éclatante.

 

Mais un simple grain de sable peut gripper le plus bel engrenage. Pour comprendre, démonter les mécanismes du cercle vicieux qui va se développer, il faut plonger dans la société française de ces années d'après-guerre et dans cette famille bien sous tout rapport en apparence.

 

Georges Conchon nous entraîne dans cette société où se mêlent pouvoir des affaires et pouvoir politique, où derrière la face d'une bourgeoisie de bon aloi, se cachait une rouerie de paysan, dans ce pays corrézien stupéfait par l'énigme d'un assassinat.

 

« Conchon mord à belles dents dans le monde d'aujourd'hui. Son appétit est contagieux et nous, lecteurs, dévorons à notre tour Le Bel avenir. On s'amuse avec l'auteur de son intrigue policière à la Chandler, on s'émerveille de ses portraits féminins, tendres et sensuels, on déguste ses évocations régionales, qu'elles soient limousines ou parisiennes... Il faut pour cela le maître coup de main d'un vrai chef. »  Jean-Pierre Enard (VSD)


  Bibliographie

  • "La Corrida de la victoire", Albin Michel, 1959 - Prix des Libraires 1960
  • "La Banquière", Ramsay, 1980
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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 18:50

Patrick Rambaud, surtout connu pour avoir écrit La Bataille qui lui valut le prix Goncourt, a aussi écrit une chronique pamphlétaire sur la présidence de Nicolas Sarkozy.

 

tumb Patrick Rambaud en 2010    

 

Six tomes constituent actuellement cette série :

- Chronique du règne de Nicolas Ier : Chronique des six premiers mois de présidence de Sarkozy sous forme de pastiche de Saint-Simon, Paris, Grasset, 2008

- Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier, Paris, Grasset, 2009

- Troisième chronique du règne de Nicolas Ier, Paris, Grasset, 2010

- Quatrième chronique du règne de Nicolas Ier, Paris, Grasset, 2011

- Cinquième chronique du règne de Nicolas Ier, Paris, Grasset, 2012

- Sxième chronique du règne de Nicolas Ier, Paris, Grasset, 2013, "Tombeau de Nicolas 1er et avènement de François IV", voir L'Express-Lire

 

Déjà auteur du pamphlet Crise au Sarkozistan préfacé par Daniel Schneidermann, Patrick Rambaud récidive avec cette série.

 

A partir du style de Saint-Simon et d'un vocabulaire emprunté à l'Ancien Régime, il relate sous orme de pastiche ironique les six premiers mois de la présidence de Nicolas Sarkozy et y trace le portrait du président, de certains de ses ministres et de ses conseillers, figures marquantes du gouvernement et de ses proches.


         

 

Nicolas Sarkozy y est rarement nommé mais apparaît son forme de nombreuses expressions telles que « Notre bien-aimé monarque », « Son efficace Majesté », « Notre bouillant leader », « Notre stupéfiant souverain », « Notre prince » ou « Notre maître ».

 

Dans le tome II, Rambaud s'adresse au "sire-président" en lui donnant par exemple du "Votre Compulsive Grandeur", faisant référence à son goût du pouvoir où il va gouverner à la place du gouvernement et considérer les ministres comme quantité négligeable, affligé d"une maladie d'agir, une espèce d'activisme politique qui lui a joué bien de mauvais tours.

 

Il présente ainsi ce volume : "C'est parce que nous sommes nombreux à souffrir de votre règne, Sire, que j'ai entrepris de le raconter afin qu'en demeure les péripéties..." Nicolas Ier, savamment pris en mains par son habile nouvelle première dame, s'était assagi et est devenu plus tempérant. Mais n'est-ce pas qu'une apparence ?

 

Dans le tome III, L'automne semble se présenter sous de bons auspices mais voilà que tout bascule avec l'irruption de la bourse dans le paysage économique français et son effondrement. Adieu belles ambitions libérales et fiscales rattrapé&es par la crise qui suit sans crier gare. Il faut absolument montrer du doigt les responsables : ces 'traders' irresponsables, ces banquiers irresponsables qui plombent les politiques, à la "Vicomtesse de La Garde", au "Baron de Trichet". Nicolas Ier eut de nouveau recours à la parole pour conjurer le sort, de petits mensonges en fausses vérités, écumant la planète de Washington ou de Berlin au parc de Versailles, évitant avec attention tous ces lieux de plus en plus nombreux peuplés de RMistes et de chômeurs. « Après avoir couru la planète, le Prince dut se résoudre à courir son propre pays pour le réconforter... »

 

Dans le tome IV qui va de l’été 2009 à l’été 2010, la cote de Sa Majesté n'en finit pas de dégringoler. Les événements se succèdent à un rythme effréné au point que personne ne peut plus suivre.On passe allègrement de la bataille sans merci avec le Duc de Villepin aux déboires du Prince Jean, trop pressé de prendre le pouvoir, des mensonges aux rumeurs pour arrivée à une superbe culottée électorale, sur fond d'affaire Woerth-Bettencourt.

 

Dans le tome V, on retrouve la plupart des personnages précédents pris dans des événements tragi-comiques : de l’affaire Woerth-Bettencourt à DSK, des primaires du PS aux portraits savoureux de son style fleuri. Il vante l’élégance de Fillon duc de Sablé, cultivant les couleurs sombres, le jovial M d’Hollande baron de la Corrèze qui ne voulait pas devenir un sauveur mais un« normal rassembleur, ce à quoi il postulait très simplement. » Quant au prince Sarkozy qui nous gouverne, il réalisa « M. de La Bruyère… jusqu’à réussir à se tromper soi-même sur sa culture dont il était fort peu pourvu. Notre Prince immaculé, de plus en plus bas dans sa popularité, voulut prendre de l’élévation […] comme cette visite éclair au Vatican… puisqu’il y avait urgence à recoudre le vertu déchirée du Prince.



Bibliographie

  • "La Bataille", Grasset, 1997 - Prix Goncourt 1997 et Grand prix du roman de l'Académie française, la bataille de Wagram en 1809, vue à la loupe
  • "Le Chat botté", roman sur l'ascension de Napoléon Ier, Grasset, 2006

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 14:13

ERIK ORSENNA : L'Avenir de l'eau

 

L’Avenir de l'eau est un roman d'Erik Orsenna, publié le 22 octobre 2008, consacré à l'importance de l'eau pour l'humanité. Il constitue le tome II de son Petit précis de mondialisation après la parution de Voyage aux pays du coton. [1]

Cet ouvrage a obtenu le prix Joseph-Kessel en 2009.

Présentation

tumb Orsenna en 2008 Orsenna L'avenir de l'eau.jpg

 

L'eau est en train de devenir un enjeu essentiel pour l'avenir et ce n'est pas seulement d'avenir de l'eau dont il est question mais de sa distribution, de sa rareté relative avec tout ce que ce constat implique. La première est certainement la concurrence pour avoir accès à cette "source" vitale, avec le terrible danger de déboucher sur une "guerre de l'eau" pour s'emparer de cette ressource.

 

Pour faire le point, savoir où le monde en est actuellement, Erik Orsenna est allé voir sur place, Du Nil au Huang He (le fleuve Jaune), de l'Amazone à la Neste, un affluent de la Garonne. Dans d'autres régions du monde aussi comme l'Australie jusqu'au fleuve Brahmapoutre en Inde...

 

Il est intéressé par les techniques utilisées dans les zones de pénuries aquafères ou pour survivre dans le plus aride des déserts mais il constate surtout que s'aggravent les inégalités climatiques sur la planète terre.

 

Ouvrage de référence

  • "Erik Orsenna, L'Avenir de l'eau", Éditions Fayard, Paris, 2008, (ISBN 2213634653).

Notes et références

[1] Le livre est paru juste après le Congrès mondial pour l'eau qui s'est déroulé Montpellier durant l'automne 2008.

Divers

Bibliographie sélective
  • Erik Orsenna, "Madame Bâ", éditions Stock, 2003, isbn 2-213-61545-4
  • Erik Orsenna, "Voyage aux pays du coton", Petit précis de mondialisation, éditions Fayard, 2006, isbn 2-213-62527-1, (prix du livre d'économie)
  • Erik Orsenna, "L'Entreprise des Indes", Éditions Fayard, Paris, 2010, 390 pages, isbn 978-2-234-06392-1
  • Erik Orsenna, "L'Exposition coloniale", Éditions du Seuil, Paris, 576 pages, 1988, isbn 2020122073
  • Erik Orsenna, "Orsenna Princesse Histamine", Éditions Stock, Paris, 2010, isbn 782234065000
Liens externes

                     <<< Christian Broussas – Courmangoux, 4 avril 2012 - <<< © • cjb • © >>>

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 10:22

  Jacques-Pierre Amette : La maîtresse de Brecht

 JP Amette en 1978

Référence : Jacques-Pierre Amette, "La maîtresse de Brecht", éditions Albin Michel, 2003, isbn 2-253-11359-x

 

Cet ouvrage, "La maîtresse de Brecht", écrit par l'écrvain Jacques-Pierre Amette, qui lui valut le Prix Goncourt en 2003, est une biographie du dramaturge Bertold Brecht et de ses amours avec Maria Eich.

 

1948, année-phare dans la vie de Bertold Brecht. D'abord, son retour à Berlin après quinze ans d'exil, un retour chargé d'ambiguïtés puisque le nouveau régime communiste espère qu'il y bâtira un théâtre "prolétaire et socialiste". Mais aussi sa vie personnelle va être transformée par la rencontre avec Maria Eich. Nouvelles ambiguïtés car il ne sait pas bien sûr qu'elle l'espionne jour après jour, note ses faits et gestes, ses conversations, les gens qu'il voit et pirate son courrier.

 

Le jeune régime communiste se méfie beaucoup de ce transfuge des Etas-Unis et le fait surveiller par la Stasi sa police politique. Malgré les honneurs officiels, sa vie est compliquée dans ce monde de duplicité où il s'ingénie quand même à faire vivre le Berliner Ensemble et à imposer ses conceptions, même contre les canons artistiques officiels du Parti. Dans ce Berlin encore défiguré de l'immédiat après-guerre, on suit l'itinéraire de cet homme, Bertold Brecht, pris entre les rigueurs de son art et les nécessités du réalisme communiste.

 

De Maria, l'espionne désabusée, il nous dit "son incapacité à comprendre un monde binaire, tranché, dogmatique et froid (qui l'avait) réduite à un fantôme. Elle était une absence au monde."

 

         

Citations en épigraphe

"Des villes.
Au-dessous d'elle, des égouts;
A l'intérieur, il n'y a rien et au-dessus de la fumée.
Nous avons vécu là-dedans. Nous y avons joui de rien.
Nous nous sommes vite en allés. Et lentement, elles s'en vont aussi."
(Bertold Brecht - Sermons domestiques)

"Dans le petit matin / Les sapins sont de cuivre. Je les voyais ainsi, / Voilà un demi-siècle / Et deux guerres mondiales / Avec des jeunes yeux."
(Bertold Brecht)

Bibliographie sélective

  • "Les Deux Léopards", Prix Contre-point, 1997
  • "Passions secrètes, crimes d'avril", Prix CIC du Théâtre, 1992
  • "La Maîtresse de Brecht", Prix Goncourt, édition dite « du Centenaire », 2003
  • Prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco en 2007
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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 10:17

 

 

Saint-Florent-le-Viel dans ce qu'on appelle Les Mauges, [1] région du Maine-et-Loire, sur les bords de Loire, entre Nantes et Angers : le village où naît Louis Poirier, le futur Julien Gracq, le 27 juillet 1910 , rue du Grenier-à-Sel dans la maison du grand-père paternel.

 

Il restera toujours un homme de son terroir jusqu'à sa mort le 22 décembre 2007.  Après l'internat du lycée Clémenceau à Nantes, ses études le mèneront cependant à Paris où après Normale Sup, il obtiendra l'agrégation d'histoire. Tout en enseignant l'histoire à Quimper et Nantes, il commence l'écriture de son premier livre Au château d’Argol, que Gallimard refusera en 1937. Dès lors, il restera toujours fidèle à l'éditeur José Corti chez qui il publiera dix-huit ouvrages.


  L'écrivain Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, est né en 1910 à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire). Il est mort le 22 décembre 2007 à Angers.

La maison où il est né                         Gracq à Saint-Florent-le-Viel (© D.Drouet)


En 1925, à Saint-Nazaire il assiste très impressionné au lancement du bateau L’Ile-de-France, sur lequel il reviendra dans Préférences. En 1931, il se prend de passion pour la Bretagne qu'Henri Queffélec lui fait découvrir et deux ans plus tard, il se rend  en Cornouailles sur les sites des romans arthuriens.

 

Il est rattrapé par la guerre en 1939, mobilisé dans l'infanterie à Quimper puis dans le Boulonnais, à Dunkerque et en Flandre. Fait prisonnier en juin 40 et envoyé dans un stalag de Silésie, il tombe malade, est rapatrié sur Marseille et reprend son travail d'enseignant à Amiens puis à Angers. Sa vie se passera dès lors entre l'enseignement et l'écriture, professeur pendant vingt-trois ans -de 1947 à 1970-  au lycée Claude Bernard à Paris où il s'installera au 61 rue de Grenelle dans un appartement qu'il conservera jusqu'à sa mort.

 

Julien Gracq s'est toujours voulu un écrivain non conformiste, fuyant le cercle de l'intelligentsia parisienne et étant le premier à refuser le prix Goncourt qu'on venait de lui attribuer pour son roman Le Rivage des Syrtes.


  La maison de Julien Gracq est destinée à devenir une résidence d'écrivains et d'artistes - photo Ville de Saint-Florent-le-Vieil

Vue de Saint-Florent-le-Viel                    Gracq à Saint-Florent-le-Vie

 

Saint-Florent-le-Viel dans l'œuvre de Julien Gracq

C'est avec un œil de peintre qu'il aborde les descriptions qu'il fait de ces endroits qu'il a si bien connus. 

« Le plus bel aspect arborescent des rives de la Loire à Saint-Florent, je le découvre le long de l'île Batailleuse, en amont du Pont de Vallée: une grise et haute fourrure de saules, mousseuse et continue, doublée immédiatement en arrière par une muraille de peupliers. Le saule trempe aux eaux brumeuses et les marie aux berges aussi doucement que le petit-gris bordant la peau nue; le peuplier en arrière déploie sa voilure haute, avec cet air noble et sourcilleux qu'il a de naviguer toujours par files d'escadre: l'arbre de l'eau et l'arbre de l'air s'apparient et se conjuguent sur cette lisière tendre — et le soir d'été qui embrume légèrement et qui lie cette gamme éteinte des verts fait de ce coude de la Loire, à s'y méprendre, un bord de fleuve de Marquet. » (Lettrines, Pléiade, 2, 244)

 

Il regrette ces odeurs de Saint-Florent quand écrit-il, « mes ancêtres, de père en fils, étaient filassiers, fabriquaient de la corde avec le chanvre qu'on cultivait alors dans les îles et la vallée de la Loire. » Nostalgie de ces usines qui ferment en quelques années, rattrapées par le progrès technique, « j'ai vu fermer à Saint-Florent, il y a une quinzaine d'années, la dernière usine, je pense, qui traitait encore en France le chanvre. » Désormais dans l'île Batailleuse, finies ces petites futaies « d'un vert sombre si étrangement parfumées, qui donnaient au paysage de la vallée une touche luxuriante de plantation tropicale. » Finie aussi en septembre cette odeur enivrante [2] « des barges de chanvre roui qu'on poussait à l'eau immergées sous leur charge de sable, que les paysans chevauchaient pieds nus et amarraient à la berge comme des radeaux. » (Lettrines, Pléiade, 2, 261)

 

Il regrette aussi l'image d'un paysage qui lui paraissait immuable, éternel, le rideau d'arbres qu'il a pris l'habitude de contempler et sa déception le jour où ce paysage, soudain privé de ses arbres, perd son caractère familier. « L'image unifiée d'un paysage, du paysage natal par exemple, telle que nous la gardons en nous et la vérifions depuis l'enfance, est faite d'une combinaison de cycles périodiques aux rythmes très variés. [...]  Rien ne me déconcerta davantage que de voir mettre à bas, un beau jour, ces colonnes de mon Parthénon. Depuis, j'ai vu deux cycles complets se succéder dans cet ordre d'architecture — et un ragoût nietzschéen plus corsé venir épicer de façon significative la ritournelle simplette du cycle des saisons. (En lisant en écrivant, Pléiade, 2, 619) 

 

La maison et le panneau de la plate

 

La plate de la Loire : la promenade Julien Gracq, avec plaque et citation

« Aussi loin que remonte ma mémoire, Le bateau de mon père, la longue et lourde plate vert d'eau avec son nez tronqué, avec sa bascule à l'arrière qui servait de vivier pour le poisson, son banc du milieu percé d'un trou où l'on pouvait dresser un mât pour une voile carrée, a tenu dans ma vie une place presque quotidienne : il était amarré au quai de la Loire, à trente mètres devant notre maison; j'y sautais aussi familièrement, les rames sur l'épaule, les tolets à la main, que plus tard j'enfourchais ma bicyclette. » (Les eaux étroites, J. Gracq)

 

Julien Gracq : propos sur la jeunesse

«  La jeunesse n'est pas une période heureuse, des foules de possibilités s’offrent, d’où l’impression qu'on a, tous les jours de manquer dix occasions de faire des choses intéressantes.C’est cela qui assombrit la vingtième année et qui n’existe plus du tout à la cinquantième; ce qui rend la vieillesse supportable, c’est que les désirs se modèlent beaucoup plus sur les possibilités… »

 

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PS : Pour le centième anniversaire de sa naissance, « La maison et ses dépendances de l'écrivain Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire) vont devenir une maison d'écrivain à l'horizon 2013-2014, » ont annoncé le député-maire de sa ville natale, Hervé de Charette, et le président du conseil régional des Pays-de- la-Loire, Jacques Auxiette. Saint-Florent-le-Vieil accueille déjà les Rencontres Julien Gracq.

 

Notes et références

 

[1] Dans les Mauges, c'est à l'aménagement de la campagne que l'homme a communiqué un style, non aux villages. La sensibilité plus grande que je me suis toujours connue pour les aspects paysagistes, plutôt que pour les aspects monumentaux d'une contrée tient peut-être à ce que je suis né dans un bourg resurgi, banalisé et remis à neuf, des "dommages de guerre"... (Carnets du grand chemin, Pléiade, 986)

[2]  « car il n'y a pas de souvenir d'un parfum, c'est lui qui rouvre le souvenir. »

 

* Gracq, Terres d'écrivains

* Association Guillaume Budé

* Gracq à Roscoff

 

 

  Saint-Florent, Pierre Davy, éditions L'Apart, 95 pages, isbn 978-2-36035-113-8

 

 

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:08

La conquête du pain Henri Béraud

L'écrivain et journaliste Henri Béraud

<< Henri Béraud : La conquête du pain, une saga lyonnaise *   © cjb ©  * >>
<<<<<< Présentation de ses romans historiques lyonnais en 3 volumes >>>>>>
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La conquête du pain, c'est sous ce titre que l'écrivain Henri Béraud publia ce roman historique sur quelques grands épisodes de l'histoire lyonnaise où il est né en 1885, au cœur de cette presqu'île qui restera toujours quelque part son port d'attache.

1- Le bois du templier

Le village de ses ancêtres, petit bourg de la banlieue lyonnaise (c'est encore à l'époque largement la campagne) où s'installa par la suite l'aéroport de Lyon-Satolas quand il eut déménagé de Bron, [1] Henri Béraud allait le mettre en scène dans le premier tome de La conquête du pain intitulé Le bois du templier. [2]

 

Les personnages, ce sont ses chers "magnauds" (qu'il écrit aussi magnos), les paysans pauvres de ce bout du Dauphiné qui vient se perdre dans l'agglomération lyonnaise. Il veut écrire « une longue épopée de misère », voyant déjà « se lever les ombres des manants de Sobolas. » [3] Et les mots vont venir tout seuls « pour animer cette grandiose histoire de pauvres gens. »

 

Sabolas à travers les siècles sera Le bois du templier, qu'il dédie à son ami Pierre Mac Orlan : « Le village que voici, tu l'as traversé : tes semelles ont foulé la poussière des Béraud et des Barge, serfs dauphinois. Et peut-être, sous les traits de quelque paysan, assis devant sa cabane et meulant sa faux, as-tu, chemineau des siècles et des mers, reconnu ton ami . » La vie des gens de Sabolas, tout au long de ces siècles qui s'étirent dans l'histoire, est une longue chronique de malheurs, apportés par la nature ou par les hommes, ponctués trop rarement de quelques embellies. La fascination d'Henri Béraud pour le monde paysan -lui qui est né en plein cœur de Lyon- s'exprime à travers cette collectivité qui survie malgré tout, et malgré l'exploitation des puissants.

 2- Les lurons de sabolas

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L'église de Satolas

Mais les choses vont changer et le monde ancien va bientôt basculer dans la Révolution : « Quatre siècles durant, la voix des anciens avait dominé la vieille plainte. Maintenant, elle appelait les hommes de Sabolas et ceux-ci, regardant les fourches plantées dans les bottes de paille, aspiraient confusément au jour où la horde rurale se jetant sur les villes, irait saigner à la gorge ces luxueuses, ces corrompues, ces mangeuses de pain. »

 

L'histoire est en marche pour se déployer dans ce volume intitulé Les lurons de Sabolas. L'histoire locale du petit village de Sabolas allait rejoindre l'histoire nationale qui envoie son fracas formidable en un écho à peine affaibli jusqu'aux tréfonds des provinces. Pour écrire ce second volume, Henri Béraud s'installe dans le domaine du Val-Créc [4] y dominant la ville de Lyon et les méandre de la Saône sur les hauteurs de Vaise. De là, il peut contempler la Croix-Rousse, celle qu'on appelle "la colline qui travaille" [5] là où sont installés les "bistanclaques", les métiers à tisser la soie qui cliquettent toute la journée, maniant par les canuts au moins douze heures par jour.

 

Des conditions de travail dégradantes et des salaires misérables qui provoquent périodiquement des soulèvements de colère. Henri Béraud choisit pour thème central des Lurons de Sabolas les deux grandes révoltes des canuts de 1831 et surtout de 1834. [6] La colère des Sabolais et des lyonnais va, pour un temps, mettre le feu à la ville. Pour un temps seulement car toute révolte comme un feu de paille ne s'alimente et ne s'entretient qu'un temps.

 

Les plus déterminés des canuts se retranchèrent dans les deux forteresses croix-roussiennes de la place Rouville qui surplombe la Saône et celle de la place Colbert, la maison des Voraces, côté Rhône. La maison des Voraces, immeuble emblématique de Lyon que l'auteur décrit dans son style lyrique : « Partant du fond, une sorte de cage à flanc ouvert monte vertigineusement jusqu'aux nuages. Hui volées d'escaliers, obliques, parallèles, noirâtres, sordides, gigantesques, se superposent, portant tout en haut un cube de maçonnerie perché sous les toits comme un à l'équilibre... » Les 'magnos' aussi, ces fiers paysans de Sabolas, seront vaincus et se résoudront à vendre leurs bras aux manufactures, « autour de l'usine, les saisons tournaient, répandant tour à tour sur les champs le vert, l'or, la rouille et le blanc. »

  3- Ciel de suie

En octobre 1933, Henri Béraud publie le dernier volume de son récit historique intitulé Ciel de suie où l'action se répartit entre le monde industriel des canuts et de leurs patrons les soyeux, et le monde agricole dont Henri Mendras a prédit bien plus tard "la fin des paysans", fin annoncée des descendants des "magnos".

 

Avec Ciel de suie, on n'est plus dans la révolte mais dans le désenchantement de l'univers bourgeois de la fin du XIXè siècle. La scène est plutôt dans la comédie grinçante et franchouillarde à la Feydeau, aux lourds climats à la Mauriac, d'une bourgeoisie qui règne avec contentement sur la IIIè république.

 

Pour écrire ce volume, Henri Béraud s'est inspiré de "l'affaire Gillet", fait divers qui s'est produit à Lyon un peu après la Première guerre mondiale, c'est un drame bourgeois qui passe pour un accident de chasse. Noëlle, la jeune épouse d'Armand Giroud, potentat lyonnais suivi comme son ombre par son frère Claude, vit des amours très secrètes avec le neveu de son mari. "Est-il plus patient et plus subtil ennemi de l'amour qu'un mal aimé?" Jalousie et cupidité mèneront les amants au drame dans le silence policé d'une famille dont la volonté suprême est de rester contre vents et marées, honorable et respectée.

 

Henri Béraud mélange dans cette fresque sociale, la peinture à petites touches de la mentalité de ce milieu bourgeois, enlève les masques et démasque les intérêts, et une description de la région lyonnaise, de ses activités industrieuses. Il brosse un portrait sans concessions des frères Giroud, membres de la caste détesté des Soyeux qui cultive le secret, " les Inséparables, riant très fort, observaient Patrice en dessous, de cet œil mi-clos, où couvait, au coin des paupières, la ruse patiente et sans miséricorde".

 

On assiste ainsi au combat perdu d'avance entre la "gente sabolasienne" et les dynasties des entrepreneurs, retranchés alors dans leur fief du Griffon, cachés derrière la place des Terreaux : « De hautes maisons couleur d'averse et d'avarice y traçaient déjà ce gluant labyrinthe où, pour mieux se cacher, la fortune emprunte la visage de la misère

 

Notice biographique sur Henri Béraud :

Romancier, journaliste et polémiste né à Lyon, Henri Béraud est l’auteur d’une œuvre abondante : Le Vitriol de lune(1921) et Le Martyre de l’obèse (prix Goncourt 1922), Le Bois du templier pendu (1926), La Gerbe d’or (1928), Qu’as-tu fait de ta jeunesse ? (1941), Les Lurons de Sabolas (1932), Ciel de suie (1933). Grand reporter et observateur politique au Journal ("Ce que j’ai vu à Moscou" ; "Ce que j’ai vu à Berlin", 1925-1926), puis au Petit Parisien ("Faut-il réduire l’Angleterre en esclavage ?", 1934-1936), Henri Béraud devint le directeur politique officieux de Gringoire de 1928 à 1943. Condamné à mort en 1944 pour intelligence avec l’ennemi, sa peine fut commuée et il bénéficia d’une libération conditionnelle en 1950. Malade et partiellement paralysé, il mourut en 1958 dans sa maison de l'île de Ré.

 

Repères bibliographiques :

  • Henri Béraud, Ciel de suie, éditions Lugd, 93-95, rue Vendôme 69006 Lyon, 143 pages
  • Marcel Peyrenet, La Dynastie des Gillet : les maîtres de Rhône Poulenc' Paris, Le Sycomore, 1978

Références

[1] et rebaptisé depuis aéroport Saint-Exupéry, du nom d'un autre lyonnais célèbre.
[2] Qu'on trouve aussi sous le titre "Le bois du templier pendu"
[3] Satolas qu'il rebaptisé dans ses livre Sabolas
[4] Onomatopée évoquant le bruit émis par ces immenses machines qui obligeaient à construire des appartements de 4 mètres de hauteur. (qui font maintenant la joie des amateurs de mezzanines)
[5] par opposition à la colline de Fourvière qu'on appelle "la colline qui prie".
[6] Voir dans la rubrique "site internet", les liens sur l'historien lyonnais Fernand Rude et sur le roman de Bernard Clavel intitulé "La Révolte à deux sous".

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:00

ERIK ORSENNA : PRINCESSE HISTAMINE

  Présentation

tumb Orsenna en 2008 Orsenna en 2008
Princesse Histamine est un roman d'Erik Orsenna, publié en 2010, la vie d'une demoiselle de onze ans qui s'appelle Histamine.

On la dit insupportable cette jeune fille sans doute quelque peu excessive, qui pense que sa vie est déjà à son âge, assez dense pour qu'elle puisse écrire ses mémoires. Et, avertit l'auteur Erik Orsenna, ce n'est là que le premier tome. En tout cas, elle sait déjà que la vie est chose compliquée mais qu'elle peut malgré tout compter sur sa grand-mère Suzanne à qui elle ressemble par certains traits et quelques autres personnes de son entourage, et les animaux ses alliés.

Avec son inséparable grand-mère, elle va se lancer dans des recherches généalogiques qui vont la mener jusqu'à de curieux ancêtres qui se révèlent être des animaux...

 Ouvrage de référence

  • Princesse Histamine, Éditions Stock, Paris, 2010, ISBN 782234065000

Infos complémentaires

Bibliographie sélective
  • Erik Orsenna, "Madame Bâ", éditions Stock, 2003, isbn 2-213-61545-4
  • Erik Orsenna, "Voyage aux pays du coton", Petit précis de mondialisation, éditions Fayard, 2006, isbn 2-213-62527-1, (prix du livre d'économie)
  • Erik Orsenna, "Orsenna L'Avenir de l'eau", Éditions Fayard, Paris, 2008, isbn 2213634653
  • Erik Orsenna, "L'Entreprise des Indes", Éditions Fayard, Paris, 2010, 390 pages, isbn 978-2-234-06392-1
  • Erik Orsenna, "L'Exposition coloniale", Éditions du Seuil, Paris, 576 pages, 1988, isbn 2020122073
Notes et références
Liens externes

                <><><><><> CJB Frachet - Feyzin - août 2011 - <><><><><>  © • cjb •  © <><><><><>                              

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 13:58

Frédérick Tristan Tarabisco
                                                                <<<<<<<<<<< • • •°°°°°°°°°• • • >>>>>>>>>>>>>>
Tarabisco est un roman de l'écrivain Frédérick Tristan publié le 18 mai 2011 aux éditions Fayard,  collection Littérature française, 240 pages, isbn 2-213-64324-5

  

Présentation

Quel est donc cet homme qui se réveille dans la chambre 17 d’un hôpital psychiatrique ? Un SDF apparemment, comme on dit, retrouvé dans la forêt de Rambouillet. Des bribes de mémoire lui reviennent, lambeaux d’une vie antérieure dont il ne sait pas ce qu’elle fut, dominés par une enfance pas très heureuse avec un absent dont il se saisit pas les contours et une mère folle et castratrice. Un homme qui dit se prénommer Jean-Arthur et qui dans sa jeunesse était amoureux de sa sœur Eulalie. Portrait contrasté d'un schizophrène à l'histoire assez baroque. [1]

Il se revoie aussi enfermé dans son appartement, s’évadant d’une réalité qui lui déplaît dans des rêves extravagants faits d’amantes guatémaltèques et de princesses américaines, sur fond d’éruption volcanique ou de palaces géants. Il protège son intimité de défenses formidables pour se défendre du chaos ambiant, des intrigues de sa tyrannique grand-mère Théodine Tarabisco qu’il n’a pourtant jamais connue, de ses incursions impromptues dans ses rêves pour évoquer ses années de cantatrice d’opérette et d’âge d’or du music-hall, retrouver Eulalie, la femme idéale. Il lui faut alors pousser ses pensées oniriques pour faire reculer cette grand-mère jacassante et omnipotente qui gâche ses rêves. Personnages fictifs et personnages réels se mélangent alors pour déstabiliser un peu plus Tarabisco.

Le monde, le vrai monde bien concret, bien réel, devient « L’Immonde » et pervertit l’univers onirique du narrateur qui se transforme en satire de la réalité, cette « crème fouettée par de mauvais anges » avec l’aide de deux clowns, Ludion et Arpette, adaptes de Guignol. Une des clés essentielles se trouve sans doute dans cette phrase de Frédérick Tristan : « Tu es un cérébral adepte des trompe-l’œil, des mises en abyme et des décors pivotants. »

« Un jeune homme hanté par son passé familial. Des allers-retours incessants entre rêve et réalité. Un roman baroque et fascinant sur la schizophrénie par l’auteur des « Égarés », prix Goncourt 1983. » (web-tv-culture)
 

 Informations complémentaires

Bibliographie : Romans parus dans les années 2000

  • Les obsèques prodigieuses d’Abraham Radjec, Fayard, 2000
  • La Proie du diable, Fayard, 2001
  • Dieu, l’univers et madame Berthe, Fayard, 2002 et La Chevauchée du vent, Table ronde, 1991 ; Fayard, 2002
  • Tao, le haut voyage, Fayard, 2003
  • L'amour pélerin, Fayard, 2004 et Un infini singulier, Fayard, 2004
  • Le Manège des fous, Fayard, 2005
  • Monsieur l’Enfant et le cercle des bavards, Fayard, 2006
  • Dernières nouvelles de l’au-delà, Fayard, 2007
  • Le chaudron chinois, Fayard, 2008
  • Christos, enquête sur l’impossible, Fayard, 2009

Liens externes

  1. Voir l'article paru dans sens critique

              <><><><><> CJB Frachet - Feyzin - 10 février 2012 - <><><><><>  © • cjb •  © <><><><><>                 

  

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