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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 21:32

Dans son essai biographique sur Henri Curiel, Gilles Perrault revient sur des séjours  de Roger Vailland en Égypte, en particulier à un moment clé où la royauté de Farouk est renversée par le coup d'état du général Néguib puis par Nasser.

 

« La vallée du Nil est le plus riche jardin du monde et le fellah le plus misérable jardinier. » Choses vues en Égypte, éditions Défense de la paix, août 1952

 

       
      Roger Vailland       Choses vues en Égypte                  Gilles Perrault

 

Mohamed Chatta, ouvrier du textile, est un des moteurs de la Révolution égyptienne dont Henri Curiel disait : « Je vois traiter comme des héros des gens qui n'ont pas fait le centième de ce qu'il a fait. » [1] Roger Vailland datait de sa rencontre avec Chatta sa décision de devenir communiste. Il connaissait aussi Gaby Aghion et avait obtenu d'elle des recommandations pour un séjour au Caire. « Roger était quelqu'un d'un peu farfelu disait-elle, et je pensais qu'Henri lui plairait. »

 

    
                                                             Bingo. Leur amitié ne serait rompue que par la mort. Vailland retrouvait en Curiel son romantisme, sa faculté d'enthousiasme, "le besoin contraignant d'un environnement de sensuelle féminité." Il l'admirait, aspirant à devenir lui-même un "vrai bolchévik", malgré ses contradictions. [2]

 


Portrait d'Élisabeth Vailland

 

Curiel et ses amis connaissaient Vailland de réputation et avaient lu ses livres. Il ne se laissa pas détourner par "les belles filles d'Iskra" mais c'est la visite du faubourg cairote de Choubra-el-Kheima qui fut le clou du voyage avec ses taudis et sa misère inimaginable. Vailland éprouva le même choc que Curiel. C'est là qu'il rencontra Mohamed Chatta et ses luttes syndicales. [3]

 

                   
                Roger et Élisabeth Vailland à Capri chez Malaparte



« Mon amour, mon amour, mon amour, nous sommes des lions et de vrais bolcheviks, mais ça semble devenir bien démodé. Il va falloir inventer quelque chose de drôle pour distraire notre vieillesse. Je t’embrasse comme je t’aime, c’est-à-dire comme le Vésuve et l’Etna combinés. »
"Écrits intimes", À Élisabeth, avril 1956 à Prague

 

Printemps 1950. Henri Curiel, persona non grata en Égypte, s'exile à Rome, assez isolé, attendant la visite des ses amis. Parmi eux, Élisabeth Vailland, la femme de Roger. Son mari est à Capri, hébergé par son ami Curzio Malaparte, devant la rejoindre à Rome à la fin de l'été.

« Une pièce sombre illuminée par son merveilleux sourire, se souvient-elle. Je lui dois quelques-unes des plus belles heures de ma vie. » Il lui fait lire ses auteurs préférés et ils en parlent longuement. L'air de rien, il savait expliquer les choses en vous mettant à l'aise... et toujours en évoquant l'Égypte. [4]

 

                  
Roger Vailland chez Seghers    Henri Curiel                  Curzio Malaparte

 

Dans la nuit du 22 au 23 juillet 1952 les Officiers libres du général Néguib renversent la royauté de Farouk. Tous les partis communistes crient à la dictature sauf... Curiel et son parti le MDLN. D'autant que se produit une bavure (ou une provocation) où deux syndicalistes sont exécutés. Vailland est sur place, envoyé du journal communiste Défense de la Paix, briffé par Curiel, il sait à quoi s'en tenir et va mettre les pieds dans le plat.

Il fouine et se balade avec le poète Kamal Abdel Halim, animateur du Mouvement de la Paix. Leur arrestation dans un village du delta sera largement médiatisé et ils seront vite relâchés.

 

« Les jardiniers du plus fertile jardin du monde ont perpétuellement le ventre creux; les fournisseurs de coton du monde occidental sont des loqueteux. » 
Choses vues en Égypte, éditions Défense de la paix, août 1952

 

De retour à Paris, Vailland est fêté comme un héros, contant son aventure « avec le lyrisme dont il était habité à l'époque. » Mais sur le fond, et contre la version officielle des communistes, Vailland soutint que le putsch reposait sur une véritable base populaire et le coup d'État une vraie Révolution. [5]

 

         
Vailland correspondant de guerre, 1944   
Mes fiches Vailland du Livre groupe de Wikipedia  --  Kamal Abdel Halim

 

Bien sûr, la presse communiste donna peu d'écho à un reportage plutôt gênant et la plupart des exemplaires de son livre témoignage intitulé Choses vues en Égypte, furent détruits dans un incendie. Selon Élisabeth Vailland, seuls les exemplaires du livre de son mari en furent victimes...
Mais on n'en voulu pas vraiment à Roger Vailland et ce d'autant plus que les communistes se rapprochèrent rapidement du progressiste et décidément très présentable Nasser qui avait succédé à Néguib.

 

Roger Vailland avait parfaitement analysé une situation qu'il résume ainsi : « Le corps des officiers égyptiens ne constituent pas une caste comme dans certains pays d'Amérique du sud ou en Turquie. La majorité des officiers sont issus de la plus petite bourgeoisie. Ils sont mal payés.

 

              
Écrits intimes       Roger et Élisabeth Vailland "colleurs d"affiches" - Bourg 1948

 

Par leur père, leurs frères, leurs parents, ils connaissent à chaque instant les misères et les revendications des boutiquiers, des fonctionnaires, des petits magistrats, de tout le menu peuple d'Égypte. Il n'y a pas de cloison étanche entre le corps des officiers et les sous-officiers, armature de l'armée; ils ont été victimes des mêmes humiliations de la part des instructeurs anglais dans une époque toute proche. Les soldats appartiennent aux couches les plus pauvres puisqu'il suffit d'un versement de 40 livres pour être exempté de service militaire.

 

Enfin, ce sont les ateliers de l'armée, où furent occupés pendant la guerre des dizaines de milliers d'hommes, qui depuis lors fournissent à la classe ouvrière égyptienne ses meilleurs militants syndicaux et politiques. L'armée égyptienne n'est donc pas séparée de la nation, ni incapable de refléter et de défendre les aspirations populaires. »

 

Roger Vailland n'oubliera pas ses amis les communistes égyptiens comme Chehata Haroun, celui qu'on appelait "le dernier des Mohicans", qui lui faisait visiter Le Caire comme un touriste. Il n'hésitera pas à recevoir pour des réunions dans sa maison de Meillonnas, des personnalités comme Henri Curiel accompagné de Didar Rossano et Khaled Mohieddine. [7]

 

          
Vailland, revue Europe   Vailland par Christian Petr

 

Notes et références
[1] Si le mot "héros" signifie quelque chose dans l'action politico-syndicale, Mohamed Chatta fut le héros de Choubrah-el-kheima... un homme courageux, inventif, infatigable.
[2] Écrivant par exemple dans son journal : « Acheté aujourd'hui un manteau de cuir qui sera épatant pour faire la révolution. »
[3] Voir Gilles Perrault, Un homme à part, pages 226-229
[4] Voir Gilles Perrault, Un homme à part, page 292
[5] Voir Gilles Perrault, Un homme à part, pages 315-316
[6] Voir Roger Vailland, Boroboudour, Choses vues en Égypte, éditions Gallimard, page 165
[7] Khaled Mohieddine fit partie du groupe des Officiers qui renversa le roi Farouk mais dut s'exiler après un putsch manqué contre Nasser

Voir aussi
Roger Vailland à Meillonnas --
Vailland, Engagement et écriture --

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15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 16:54

Référence : Andreï Makine, L’ami arménien, Éditions Grasset, 216 pages, janvier 2021

 

         

 

Un roman du prix Goncourt Andreï Makine est toujours un événement. Cette fois avec L’ami arménien, il revient sur un épisode qui l’a marqué lors de son séjour dans un orphelinat situé en Sibérie, qui part de l’amitié entre le narrateur, alias Andreï Makine, et Vardan, un jeune trop gentil pour ne pas devenir un bouc émissaire.

Parce qu’un jour le narrateur âgé de treize ans, a pris la défense de Vardan dans la cour de l’école, il est accueilli avec chaleur dans sa communauté située dans le quartier dit du « Bout du diable » peuplé de réprouvés, anciens prisonniers, aventuriers échoués ici, déracinés paumés « qui n’ont pour biographie que la géographie de leurs errances. » On y trouve comme écrit l’auteur, « des copeaux humains, vies sacrifiées sous la hache des faiseurs de l’Histoire, » comme cette brute déportée qui au camp s’occupait d’un oiseau blessé qui s’envolera un jour loin des barbelés.

 

                   
Makine en académicien              L'amitié Franco-russe avec Nadia Stettler

 

Il y rencontre des personnes qu’il n’est pas prêt d’oublier. Entre les deux garçons, c’est le départ d’une grande amitié faite d’aventures, de rêveries, d’espoirs en l’avenir. Une belle histoire s’il n’y avait eu la maladie de Vardan et la présence pesante du régime soviétique. Il découvre peu à peu à travers les récits de Vardan l'histoire tourmentée des Arméniens.

Dans cette communauté, il rencontre des personnalités attachantes comme Chamiram la mère de Vardan, sa sœur la belle Gulizar qui enflamme le cœur des hommes mais ne pense qu’à son mari emprisonné ou Sarven, le vieux sage de cette communauté arménienne. Elle s’est constituée pour soulager le sort de leurs proches emprisonnés en Sibérie, à 5.000 kilomètres de leur Caucase natal en attendant leur jugement pour menées anti soviétiques parce qu’ils avaient créé  une organisation clandestine réclamant l’indépendance de l’Arménie.

 

                   

 

Le narrateur, en défendant la vie de son ami Vardan, va lui aussi se mettre en danger, d’autant qu’un jeu au départ anodin de chasse au trésor, sera considéré par les autorités soviétiques, comme une participation active à une tentative d’évasion…

Voilà un roman qui conjugue la vie difficile d’une communauté exilée, victime d’une dictature et la puissance de l’amitié entre le narrateur et son ami disparu quand bien plus tard  il reviendra revoir ce lieu sinistre et se pencher sur les vestiges de son passé.

C’est sans doute aussi pour l’auteur une façon d’évoquer les conséquences du passage du temps sur ses souvenirs quand il écrit par exemple : « La force de ces souvenirs ne m'empêcha pas de constater l'effacement de la brève histoire qui avait transcrit dans nos cœurs la naissance et la disparition du "royaume d'Arménie". Parfois, comme longtemps après un naufrage, un fragment de ces journées d'automne refaisait surface, déjà lissé par l'indifférence de ceux qui ne les avaient pas connues. »

 

       
Avec Jeannette Seaver

 

Notes et références
Andreï Makine, Au-delà des frontières --

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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 14:27

Référence : Patrick Grainville, Les yeux de Milos, éditions Le Seuil, 352 pages, janvier 2021 

 

« Les mots de la langue française m’ont donné corps et chair, muscle et force, sang et souffle de verbe. Les mots sont mes seules armoiries, ma seule panoplie et mon épée. »
Patrick Grainville - Discours à l'Académie française -  

 

               

 

Patrick Grainville a une longue relation avec la peinture. Dans ma présentation de son roman Falaise des fous, j'avais ajouté un texte intitulé "Patrick Grainville et la peinture". Ce livre est d'abord un hymne à la peinture qui nous transporte à Étretat en particulier sur les pas de Claude Monet, Gustave Courbet et Eugène Boudin.

À l'été 2016, Patrick Grainville avait déjà publié une nouvelle intitulée « Balcon du bleu absolu », axée sur les deux peintres Pablo Picasso et Nicolas de Staël à partir de deux de leurs œuvres présentes au Musée d’Antibes : La joie de vivre et Le Concert.
Éléments qu’on retrouve dans le roman.   

 

 

A travers le personnage de Milos, on entre dans l'univers de deux grands peintres Pablo Picasso et Nicolas de Staël,  aussi importants que différents, au caractère et à la destinée sans commune mesure, réunis au musée Picasso qui se situe dans un château, face à la mer méditerranée. Nous sommes sur la côte d'azur à Antibes avec Milos qui poursuit des études de paléontologie et possède une particularité : des yeux fascinants d'un bleu magnifique qui attirent les femmes mais lui vaudront aussi beaucoup de déboires.

La couleur bleue des yeux de Milos qui semble fasciner aussi Patrick Grainville à travers ses teintes comme le bleu de France, celui du lapis-lazuli ou celui des expressionnistes allemands du "Cavalier bleu", son attrait dans la peinture de Renoir, de Vincent Van Gogh, de Raoul Dufy, de Nicolas de Staël, de Klein ou le bleu cobalt de Turner.

 

      
Pablo Picasso, La joie de vivre, 1946           Nicolas de Staël, Le concert, 1955

 

Nicolas de Staël, peintre de l'ombre, va se suicider dans son atelier situé tout près du musée tandis que Picasso, peintre lumineux, connaîtra des moments fabuleux avec sa compagne Françoise Gilot. Ces deux trajectoires opposées intriguent fortement Milos.
Il est aussi le pendant des amours mouvementés d'un Picasso aux multiples conquêtes, citons Olga, Dora, Françoise, Marie-Thérèse ou Jacqueline... qui rappellent ses rapports avec les quatre femmes qu'il a fréquentées, Zoé, Marine, Samantha et Vivie

 

          
« Il faut une seule passion pour unifier une vie, lui conférer un axe et l’aveugler pour la suite. »

Picasso n'y est pas ménagé. Si Nicolas de Staël était beau, grand aux yeux bleus, Picasso est décrit comme un « nain et trapu, vrillé, vissé dans la terre. Chauve, en short, torse nu. Ridé, fripé, vital et concentré... Les pommettes cuites au soleil. Narcissique et rieur. Il avait abandonné Olga, tué Dora Maar promise à la folie. Il exorcisait ses virulents délires dans les jeunes corps de ses amantes. »

 

                   
                             Œuvre d’Egon Scheile

L'ouvrage est tout à la fois un regard sur l'art et la société, une biographie de Pablo Picasso, omniprésent dans l'ouvrage, ou un roman sur la vie de Milos, l'archéologue globe-trotter.
Le tableau que l'auteur a choisi pour la jaquette est d'ailleurs un portrait de Marie-Thérèse Walter, datant de 1937, actuellement au Musée Picasso à Paris.
Il
termine en tout cas par "le rêve" de l'enterrement assez surréaliste de Picasso, une fresque pleine de surprises et très réussie. 

 

        

 

C'est un roman où le regard joue un rôle fondamental, le regard d'un homme qui, en tant que paléontologue, dans les pas de l’Abbé Breuil, le célèbre archéologue qui a découvert l’art pariétal, se penche avec passion sur l’origine de l’homme.
Accompagné de ses deux peintres fétiches, Milos poursuit son propre destin à Antibes et à Paris mais aussi en Namibie par exemple.

 

                
Bio de Egon Schiele          Avec Jean-Marie Rouart            Avec Dominique Bona

 

Mes fiches sur Patrick Grainville
* Falaise des fous -- Le démon de la vie -- Bison --

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<< Ch. Broussas, Grainville Minos 14/01/2021 © • cjb • © >
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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 13:27

 Référence : Mathias Énard, Le Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs, Éditions Actes Sud, 427 pages, octobre 2020

 

         
                                  Javier Cercas et Mathias Énard

« Journal d'un thésard à la campagne »

Mathias Énard nous avait donné l’habitude de nous balader vers Constantinople dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, vers Venise dans Désir pour désir, de sillonner le Moyen-Orient dans Boussole, prix Goncourt 2015 ou dans le Transsibérien dans L’Alcool et la Nostalgie, faire un tour dans l’ex-Yougoslavie dans Tout sera oublié et au Maroc dans Rue des voleurs. Dans ce nouveau roman, Mathias Énard, notre polyglotte des lointains, revient "chez lui" dans les Deux-Sèvres où il a grandi.

 

        

 

Pour nourrir sa thèse sur le thème de "la vie à la campagne au XXIe siècle", David Mazon un étudiant en anthropologie quitte Paris et s’installe à La Pierre-Saint-Christophe, village que l'auteur situe au bord du Marais poitevin, pour observer le microcosme local, le pittoresque de ses habitants, en tête de liste le Maire Martial, patron original de l’entreprise locale de Pompes Funèbres.
 



Il plonge tout de suite dans l’ambiance, logé à la ferme, nanti d'un deux-roues pour ses déplacements, fréquentant le Café-Épicerie-Pêche du village et le curieux maire-fossoyeur. Le laborieux David Mazon s’attelle à la tâche, à la rédaction d’un journal de travail où il inscrit les menus faits dont il est témoin et les mœurs des habitants pour mieux cerner ce qui fait toute la spécificité de la ruralité.

 

                   

David, installé à La pensée sauvage, dans une pièce au confort sommaire que leur loue Mathilde et Gary, un couple d'agriculteurs, commence son enquête par leur interview. Il poursuit par Arnaud, l'idiot du village capable de citer les grands évènements historiques à partir d'une date et sa cousine Lucie, divorcée luttant pour la défense de l'environnement. On est ainsi entraîné dans les histoires des familles du village comme le destin tragique d'aïeux de Lucie ou celui de Max, un ex prof des Beaux-arts au village depuis une dizaine d'années ou de nouveaux habitants représentés par un couple d'anglais.

 


Mathias Énard à Barcelone où il s’est installé
"Prendre racine" par Mathias Énard et Zeina Abirached

 

Ici, dans ce petit village, pendant trois jours se déroule le Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs, qui se tient dans le réfectoire monacal de l’abbaye de Maillezais, fréquentée jadis par Rabelais, véritable pied de nez à la mort où l’on s’adonne aux joies roboratives de la bonne bouffe et de la convivialité, de gargantuesques ripailles dignes de leur illustre prédécesseur.

On s’engage ainsi dans les pas de Balzac, dans cette chronique d’une nouvelle comédie humaine qui déploie ses tentacules dans le Poitou natal de l’auteur.

 

 

Voir aussi
* Mathias Énard, Boussole --

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<< Ch. Broussas, Énard Banquet 25/10/2020 © • cjb • © >>
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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 22:15

Référence : Amin Maalouf, Nos frères inattendus, 336 pages, septembre 2020

 

« Lorsque tout le monde s’agglutine autour d’une même opinion, je m’enfuis : la vérité est sûrement ailleurs. » Amin Maalouf, Léon l’Africain

 

         
Maalouf en académicien                  Avec sa femme Andrée

 

Ses derniers ouvrages, ainsi bien Les Identités meurtrières, Le Dérèglement du monde que Le naufrage des civilisations donnent une idée de son désenchantement : « J'avais des rêves dans ma jeunesse, confie-t-il dans une interview, des rêves pour mon pays natal, le Liban, pour l'Europe, d'universalisme aussi, et tout cela s'est écroulé»

 

    

 

Il module cependant son pessimisme en tant qu'écrivain qui a une toute autre mission :  « Si un écrivain doit être lucide, il n'a pas le droit pour autant de propager le désespoir, c'est contraire à sa mission. Dans l'un de mes romans, un personnage dit : Même quand on ne voit pas la lumière au bout du tunnel, il faut penser qu'on la verra à un moment donné. »

 

« Amin Maalouf ressuscite le miracle grec » titrait L'Express à propos de ce livre qui imagine ici un monde menacé par un cataclysme nucléaire et sauvé par des "rescapés d'Athènes".

 

          

 

Amin Maalouf prend ici pour prétexte un sujet classique de la science-fiction quand une société plus en avance se décide à envoyer des émissaires sur la terre, dont on peut douter des bonnes intentions. Des vaisseaux spatiaux pourraient-ils venir envahir notre planète.
Mais on peut aussi se demander si ces extra-terrestres n'avaient pas aussi les moyens d'empêcher la planète terre de courir à sa perte.

 

        

 

Antioche est une île imaginaire de l’archipel des Chirons sur la côte atlantique, qui est reliée à une autre île par un passage submergé à marée haute. Les deux habitants de l'île ont peu de contacts avec l'extérieur.

Y vivent Alec dessinateur et narrateur de cette histoire, Ève une écrivaine qui n'a connu qu'un seul succès et est venue rechercher la quiétude sur l'île et a vu d'un mauvais œil la présence d'Alec. Reste Agamemnon, curieux nom pour un simple passeur.

 

          

 

La vie aurait pu longtemps continuer ainsi mais un jour l'île n'a plus aucune communication, coupée d'avec le reste du monde. Alec pense à une bombe nucléaire que les terriens en conflit auraient pu lâcher. Il se décide à en parler à Ève qui partage son point de vue.
Mais en fait, il s'agit d'autre chose, étrange et difficile à accepter et Alec ne cache pas ses craintes quant aux suites possibles. 

 

      

 

Grâce à son ami Moro, proche du Président des États-Unis, il sait comment ça s'est passé, tout ce qu'on doit à ce peuple venu d'ailleurs, qui se réclame de la Grèce antique. Ils ont pu éviter un terrible désastre parce qu'ils sont détenteurs d'un savoir médical plus avancé que le nôtre.

Amin Maalouf utilise  avec bonheur la fiction et la parabole pour développer ses thèmes favoris qu'il avait déjà abordé dans des ouvrages précédents comme Les identités meurtrières et Le naufrage des civilisations.

 

 

À l’occasion de la journée du livre politique, Amin Maalouf déclarait récemment : « Tout cela (les incertitudes actuelles) provoque forcément une grande inquiétude. Mais cela suscite aussi, et il est permis de s’en réjouir, une formidable stimulation intellectuelle. Des écrivains et des chercheurs de toutes disciplines se penchent sur nos cités, nos campagnes, nos hôpitaux, nos écoles, pour observer, comparer, rendre compte, et suggérer des solutions. »

C'est ainsi que dans son esprit l'espoir renaît. Il trouve que « cette aspiration à la lucidité est réconfortante  » et cette émulation de la pensée un gage d'avenir.

 

Voir aussi sur Amin Maalouf
Document utilisé pour la rédaction de l’article * Nos frères inattendus --Amin Maalouf, Le naufrage des civilisations --
Document utilisé pour la rédaction de l’article * Monde et civilisations --

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 << Christian Broussas  Maalouf 3 © CJB  ° 15/10/ 2020  >>
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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 17:21
Référence : Érik Orsenna,  "Cochons, Voyage aux pays du Vivant", avec la participation du Dr Isabelle de Saint Aubin, Petit précis de mondialisation, tome VI, éditions  Fayard/Stock, 408 pages, 2020
 

« Le cochon est un miroir formidable. » Érik Orsenna

 

           


Voilà le tome VI de sa série intitulée Petit précis de mondialisation et centrée cette fois-ci sur notre ami le cochon. Fidèle à sa méthode, Érik Orsenna prend prétexte le plus souvent d'un animal  ou d'un végétal pour analyser la façon dont a évolué son rôle tout au long de l'histoire.

Dans ce nouveau périple au cœur du vivant, le cochon animal si proche de l'homme, fait office de symbole dans les grandes manœuvres de la mondialisation. On rencontreront aussi beaucoup d'autres animaux qui ont leur intérêt et posent des questions fondamentales dans le domaine de la santé, en particulier les chameaux, les canards, les pieuvres, les chauves-souris, reine de l’immunologie, et autres pangolin.
 
.
                 
Petit précis de mondialisation : tomes III à V
 

Dans la course à la mondialisation, il ne faut pas oublier que la vie reposant sur les humains, les animaux et les plantes, est un tout. Eh oui, écrit Orsenna, la terre n'est pas peuplée que d'humains. Elle fonctionne comme une copropriété dans laquelle les intérêts sont différents.

Ce cochon en question, à la génétique très proche de la nôtre, possède bien des avantages et pas seulement sa viande, son corps où dit-on, "tout est bon", il nous donne aussi des valves pour soigner nos petits cœurs et même de l'insuline pour contre le diabète. Mais ce bon cochon est aussi victime de l'élevage industriel et des pollutions, vecteur parfois de maladies que cache son corps.
 
.
         

Petit précis de mondialisation : tomes I et II
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Le cochon va ainsi nous entraîner de la Bretagne à la Chine, du roi Louis VI au Prix Nobel de médecine Jules Hoffmann, des "Métamorphoses" d’Ovide aux prédictions de George Orwell... ainsi que quelques virus qui sont aussi des êtres vivants.

« J'aime comprendre, je suis un élève perpétuel. »

Dans une interview réalisée en 2020, Érik Orsenna dit que trois questions lui semblent essentielles. D’abord le dérèglement de la planète dépassée par le rythme de la croissance. Ensuite l’augmentation des inégalités et l'absence, une moitié de l'humanité privée d’espérance, ce qui engendre la violence. Enfin, les critiques du système et de la vérité. Trois menaces cumulatives. Il conclut en précisant : « Quand on ne croit plus au savoir, on ne croit plus aux menaces qui pèsent sur la planète et on ne croit plus non plus que l'inégalité est profondément mauvaise et que ça tue l'espérance. Nous sommes dans une spirale qui peut être dangereuse. »

 

 

Érik Orsenna : Petit précis de mondialisation
 
* Tome VI : Cochons, Voyage aux pays du Vivant;
* Tome V : Désir de villes;
* Tome IV : Géopolitique du moustique;
* Tome III :
Sur la route du papier;
* Tome II : L'avenir de l'eau;
* Tome I : Le pays du coton; (voir Orsenna et son œuvre)

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<< Christian Broussas • Orsenna Cochons © CJB  ° • 29/09/ 2020  >>
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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 22:03

La plus folle enquête d’Aurel le consul
 

Référence : Jean-Christophe Rufin, Le flambeur de la Caspienne, éditions Flammarion, 336 pages, juin 2020
 

         
 

Jean-Christophe Rufin a eu plusieurs vies. D'abord médecin humanitaire une vingtaine d’années, un des fondateurs de MSF, Médecins sans frontières puis dirigeant de l’AICF, Action internationale contre la faim. Devenu diplomate, il se retrouve ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie. Puis il va s'engager dans l'écriture avec une vingtaine de romans, le prix Goncourt en 2001 pour son roman Rouge Brésil et son entrée à l’Académie française.
 

         
 

Son dernier roman nous entraîne dans Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, une des anciennes républiques soviétiques où Aurel le consul y goûte tout le charme de la capitale mais aussi le climat détestable d’un pouvoir corrompu lié aux mafias locales... qui ne va pas faciliter son enquête. Bacou, ville vraiment charmante, au doux climat et au luxe élégant... À la terrasse de cafés d'allure parisienne, le vin blanc est particulièrement savoureux, ville qui selon l'auteur, « ressemble au Paris du XIXe siècle, très très agréable»
 

Aurel Timescu, consul d’ascendance bulgare, travaille pour la France. Il apparaît en Guinée dans le roman Le Suspendu de Conakry en 2018 puis dans Les Trois Femmes du Consul, en 2019. Dans ce troisième roman, il se retrouve consul adjoint à Bakou en Azerbaïdjan, situation qui le réjouit, espérant y couler des jours heureux bien éloignés de ces lieux torrides qu’il déteste.
 

       
 

Mais sa vie là-bas va être bouleversée par la disparition de la femme de l'ambassadeur, morte en tombant des murailles d'une citadelle. Aurel est alors mêlée à une enquête dont le premier suspect n'est autre que l'ambassadeur lui-même, dont le train de vie depuis quelque temps est bien trop important pour ses capacités financières.
 

De plus, le responsable est particulièrement désagréable, décidé à se débarrasser d'Aurel et le personnel de l'ambassade a été traumatisé par le tragique accident survenu ici et qui a suscité parmi ses membres crainte et soupçon.
 

Aurel s'engage dans cette enquête avec son intuition habituelle qui va se heurter aux mafias locales et aux grands contrats internationaux. Ses développements vont se transformer en véritable affaire d'État. Mais sa pugnacité pour faire triompher la justice devrait aussi lui permettre de continuer à goûter la doucceur de vivre à Bacou.
 

      

Voir mes fiches sur Jean-Christophe Rufin

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 17:52

Référence : Les mondes possibles de Jérôme Ferrari, entretiens sur l'écriture avec Pascaline David, Actes Sud/diagonale, 172 pages, février 2020

 

 

Pour saisir les secrets de la création littéraire, une des meilleures façon est certainement de se "pencher sur l'épaule" d'un grand écrivain –Jérôme Ferrari en l’occurrence- pendant qu’il écrit.
Les points sensibles sont en effet importants, comme par exemple la définition précise des personnages, l'insertion des dialogues, la dynamique du fond et de la forme, les types de styles, le titre et les premières pages… sans parler de notions plus fines comme les différents points de vue narratifs, la structure ou la temporalité.


En préalable, pour savoir ce que Jérôme Ferrari entend par œuvre littéraire, commençons par déblayer le terrain, par "ce qu’elle n’est pas".

Donc pour lui, ce n’est certainement pas :
1) Une façon de satisfaire un « désir de se faire entendre et de partager son expérience. » Pas même un journal intime. Comme disait Gilles Deleuze, « Tout le monde a eu un chagrin d'amour, une grand-mère qui est morte. »
2) Pour les militants trouvant ce moyen pour défendre une cause.
3) Surtout pas pour ceux qui voudraient simplement divertir et n’envisager la fiction que comme un dérivatif.
4) Pas davantage à ceux qui n’y verraient qu’un exercice de style.


Voilà qui fait au moins du vide.
S'il y a une capacité nécessaire à l'écriture des romans, c'est celle de sortir de soi-même. Traduction : Si l’écrivain ne dispose que de « la langue, les mots », Il doit y avoir dans la littérature « un contenu cognitif » qui permet d’apprendre, de découvrir « un certain type de vérité ».
Sinon, ce n’est qu’un passe-temps.

 

                  
 

Jérôme Ferrari ne crois pas aux conseils mais « à la pratique … aux vertus de la lecture. Je crois à l'expérimentation. » Par contre, il n’existe aucune forme fixe, immuable.
Écrire est un long cheminement, semé de doutes et d’embûches, de nombreuses remises en cause.
Voilà pour les bonnes nouvelles.

 

L’écrivain est d’abord un grand lecteur, celui qui au préalable « a fait l'expérience de ce que peut la fiction littéraire ». Il est comme le peintre qui va copier les grands classiques au Louvre, pour s’en imprégner : « Il y a dans la création, je pense, une part énorme de digestion ».

La suite, c’est… comme disait Boileau « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage », écrire, faire ,refaire, expérimenter, « s'astreindre à un certain type de rapport avec soi-même ».

C’est aussi "L’effet miroir", avoir assez de confiance pour trouver celui qui pourra prendre assez de distance pour juger avec sérénité et objectivité du travail effectué.

 

              

 

Ces mondes possibles que propose le titre, sont la porte d’entrée aux romans de Jérôme Ferrari, un monde de fiction qui « ne devient jamais réel, » imposant « une certaine cohérence interne ». Le processus est d’abord un « choix illimité des possibles » qui se restreint peu à peu par l’action des choix narratif ou stylistique que fait l'écrivain, entraîné ainsi dans une logique où le texte lui impose « sa propre nécessité ».

Le texte possède une certaine dynamique propre, le processus d'écriture faisant souvent « surgir des nouveautés et de l'imprévu », l'écrivain étant de plus en plus tenu par son texte et la logique de déroulement de l'intrigue au fur et à mesure de son déroulement.

 

Pour le reste, en particulier pour « l’équilibre rythmique et phonique,  l'agencement de fils narratifs » dont parle Jérôme Ferrari, c’est affaire de choix et d’expérience personnels que de trouver cette harmonie qu'on peut comparer à une sauce mayonnaise réussie.
Jérôme Ferrari, définit quant à lui ce subtil équilibre ainsi :
« Lorsque plusieurs choses différentes ou bien dissemblables entrent en harmonie avec des moments de dissonance, c'est esthétiquement quelque chose qui me touche et que je trouve très puissant. »

 

       

Voir mes articles sur l'auteur :
* À son image -- Il se passe quelque chose -- Où j'ai laissé mon âme --
* Le sermon sur la chute de Rome -- "Le principe" --


Voir aussi
Sarah Burnautzki & Cornelia Ruhe, Chutes, ruptures et philosophie / Les romans de Jérôme Ferrari, Classiques Garnier, 2018

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<< Ch. Broussas, Ferrari Mondes possibles 08/05/2020 © • cjb • © >>
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9 février 2020 7 09 /02 /février /2020 21:04
Référence : Amin Maalouf, Le naufrage des civilisations, éditions Grasset, 336 pages, décembre 2019, Prix Aujourd'hui 2019

                

Amin Maalouf, un homme de conviction et… de prédictions. Petit rappel : il s’est inquiété le premier de la montée des Identités meurtrières puis dix ans plus tard, du Dérèglement du monde



Il pense maintenant que c’est la civilisation qui est en jeu.
L’Amérique apparaît à beaucoup de moins en moins crédible et l’Europe n’a plus l’aura pour être une référence morale. Pour le monde arabo-musulman, c’est encore pire, ensemble qui noie son désespoir dans les guerres intestines et le terrorisme.

 
Avec sa femme Andrée


Quant aux nations émergences qui se gobergent de leur rôle grandissant, de leur récent pouvoir, la Chine, l’Inde ou la Russie par exemple, ils ont allègrement endossé le costume de la mondialisation, le chacun-pour-soi et la loi du plus fort. Dans ces conditions, quid du climat, de l’environnement ou de la santé qui vont pourtant peser de plus en plus sur l’avenir de la planète, surtout si la solidarité n’arrive pas finalement à s’imposer.

Même s’il se veut parfois un peu plus optimiste, à travers son récit, son expérience et ses réflexions, il décrit les dérives qui risquent de conduire cette fois à des situations inextricables qui marquent "le naufrage des civilisations"

   

Selon Amin Maalouf, tout a commencé au Levant, ce bout d’Asie en Méditerranée.  L’événement initiateur dont il fait allusion, c’est la guerre israélo-arabe de juin 1967. Ce fut non seulement le traumatisme de la défaite, mais un coup asséné au nationalisme arabe qui va s’exacerber et s’incarner dans l’islamisme politique. « C’est à partir de ma terre natale que les ténèbres ont commencé à se répandre sur le monde. »
Et que tout a commencé.


      

Car 1979, c’est aussi et surtout en décembre, l’entrée en Afghanistan des troupes soviétiques « contre lesquelles le jihadisme moderne allait mener sa guerre fondatrice ». Même s’il prend des précautions, l’écrivain voit approcher des lendemains qui sont loin de chanter, « une longue période de tumultes, émaillée d’attentats, de massacres et d’atrocités diverses ».
Le pessimisme et la méfiance se généralisent.

Au-delà de ces deux guerres et la révolution Islamique en Iran, il pense que d'autres phénomènes ont joué un rôle majeur, en particulier  l'élection de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan qui marquent la fin de l'intervention de l'état dans l'économie avec le tromphe du libéralisme et la prééminence de l'égoïsme. 


   

Désormais, écrit-il, « aucun pays, aucune institution, aucun système de valeurs ni aucune civilisation ne semble capable de traverser ces turbulences en restant indemne ». Il répugne à penser que l’humanité restera sans réactions face à cette situation. 

De toute façon, le salut ne pourra venir que d’un rejet de nos « conceptions tribales de l’identité, de la nation ou de la religion » et de cet « égoïsme sacré » qui ruine l’avenir.

Selon Amin Maalouf, le problème central est celui de l'identité. Pour que les gens aient une image favorable d’eux-mêmes, ils doivent assumer les différents éléments qui forment leurs appartenances. Là se situe le nœud du problème et pour le résoudre, il faut faire en sorte que les gens puissent tisser des liens de solidarité entre eux pour pouvoir se référer à une appartenance commune à une entité comme la nation où on peut véritablement se sentir citoyen.

       

Voir aussi 
* Daniel Cohen, Il faut dire que les temps ont changé --
* Olivier Guez, Le siècle des dictateurs --
* Régis Debray, Civilisation et Du génie français --
* Thomas Picketty, Capital et idéologie --

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<< Christian Broussas, A. Maalouf 06/02/2020 © • cjb • © >> 

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13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 17:24

Référence : Jean Échenoz, Vie de Gérard Fulmard, éditions de Minuit, 240 pages,  janvier 2020
 

    
« Dans "Vie de Gérard Fulmard", Jean Échenoz crée un homme sans qualités mais héros de notre temps. » Télérama

 

Pourquoi pas une petit histoire policière pour pimenter le propos. Le détective privé Gérard Fulmard a ouvert un « cabinet d'assistance » à son domicile de la rue Erlanger à Paris.

D’un autre côté, on trouve la famille Terrail-Tourneur qui domine la FPI (Fédération populaire indépendante), Franck Tourneur  fondateur et président d’honneur du FPI, sa mère Nicole Tourneur, secrétaire générale du FPI et sa belle-fille Louise Tourneur.
Au moment où Gérard Fulmard  enquête sur Louise tourneur, Nicole Tourneur est enlevée.
 

               


Au sein du FPI, c’est la débandade : les factions se déchirent au gré des ambitions personnelles. Bref, un beau panier de crabes. De plus, Gérard Fulmard se révèle particulièrement incompétent, y compris dans sa filature de Louise Tourneur.

À FPI, La guerre de succession est déclarée, le groupe Mozzigonacci veut éjecter Louise Tourneur de la direction  que lui a promis son beau-père qui est amoureux d’elle. Tous les moyens sont bons, y compris le chantage qu'on lui impose à cause d’un dossier compromettant, y compris le meurtre puisque Gérard Fulmard est chargé d’éliminer Franck Terrail, le président d'honneur du parti.
 

La jeune Louise Tourneur qui est partie en Indonésie avec son amant pour changer d’air, finit dans la gueule d’un requin. Exit Louise Tourneur.  Cette disparition rebat les cartes au sein du FPIFranck Terrail apparaît comme le lien avec le clan Mozzigonacci.
 

         
« Chaque livre d’Echenoz est d’abord un abécédaire morcelé du monde, manuel de survie en milieu hostile. » Diacritik



Coup de théâtre, Nicole Tourneur réapparaît, plus vivante que jamais, trop heureuse de faire parler d’elle.  Mais à son retour, elle est rejetée par tout le monde, même son mari.
Nouveau coup de théâtre : le grand détective Gérard Fulmard a disparu de la circulation et le clan Mozzigonacci  est alors obligé de faire protéger Terrail par un homme de main pour le protéger de l'assassinat qu'ils ont eux-mêmes concocté.

 

       
Ses  biographies : Maurice Ravel, Nikola Tesla et Zatopek

Vous voulez un dernier coup de théâtre : le fameux détective Gérard Fulmard réapparaît avec l’intention d'occire Franck Terrail. Mais, lourdaud comme il est, c’est l’homme de main qui le blesse gravement d’une balle de revolver.
Un peu plus tard, on le retrouvera mort, étendu sur le pont Mirabeau.

 

     
« Je suis très fidèle au roman noir, il permet de parler du monde contemporain, de mettre en scène des drames, des passions. »
Jean Échenoz

 

La multiplication des procédés linguistiques qu'il utilise ne simplifie pas la lecture mais pimente le contraste entre style littéraire et style oral. Le récit n’en perd pas moins de l’émotion au profit d’un certain recul dû au refus d’Échenoz de se prendre au sérieux.  

 

Ce roman est l’un des plus sarcastiques et noirs qu’ait écrit Jean Échenoz, construit sur un humour dévastateur, méthodique, mêlé de sérieux ironique, un polar de jeux de mots et de situations, où « Jean Échenoz crée un homme sans qualités mais héros de notre temps », bâti avec « une précision virtuose » comme le note Nathalie Crom dans Télérama.

 

Voir mes fiches sur Jean Échenoz
Jean Échenoz et le postmodernisme et Postmodernisme et littérature --
Je m'en vais -- Envoyée spéciale --

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<< Christian Broussas, Échenoz Fulmard 13/01/2020 © • cjb • © >>
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