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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 15:12
Didier Van Cauwelaert vers l'écriture romanesque 
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Quelques oeuvres choisies :

1- La demi-pensionnaire

Références : La Demi-pensionnaire, éditions Albin Michel, éditions Albin Michel, 1999, (ISBN 9782226108951), éditions Lgf, Collection Le Livre de poche, n° 15055, 224 pages, (ISBN 225315055X), 2001

 

L'amour, ce philtre mystérieux, réunit ici deux êtres très dissemblables pas forcément faits pour se rencontrer, de façon banale au cours d'un déjeuner. Il tombe immédiatement amoureux d'Hélène dont il s'aperçoit au dessert qu'elle se déplace en fauteuil roulant. Elle a pourtant tout pour elle cette jeune femme si sexy : championne de voltige aérienne, très gaie… et pas facile à draguer. Thomas est sous le charme, elle le bouscule, lui fait découvrir la liberté, ne serait-ce pas en fin de compte lui qui vivait en infirme et que Thomas, cet homme bien portant, avait besoin de cette femme pour pouvoir se réaliser ?

2- La maison des lumières

La Maison des lumières, éditions Albin Michel, 179 pages, 2009, (ISBN 978-2-226-19079-6).

Voir aussi le site : http://www.premiere.fr/Star/Didier-Van-Cauwelaert-382145

 

Le paranormal à l'aune de la science ou, comme se le demande l'auteur, comment recréer le bonheur dans la réalité ?
Jérémie Rex, ex star en herbe du petit écran, pénètre par effraction dans un tableau de Magritte "L'Empire des lumières" pour renouer avec Candice, la femme de sa vie, qui vit sa vie de son côté, « l'absurde a toujours une résonance émotionnelle » assure son ami Philippe Necker 1.

 

Elle, Candice, « a grandi dans le trop-plein d'attentions d'une famille admirable qui l'a étouffée, culpabilisée 2... » Il n'a pas su relever le défi, lui donner un amour plus fort que son passé. Lui Jérémie avec ce père trop tôt disparu, trop timide et cette mère si encombrante, si égoïste, si peu mère, ce demi-frère si mal à l'aise même s'il a 'pris sa place'. Des étrangers pour lui, des êtres qui n'ont pas de place dans sa vie 3.

Rejoindre vraiment Candice, c'est abandonner le réel, se glisser dans ce tableau de Magritte qu'elle aime tant, il fait d'abord un accident vasculaire, une NDE, une 'near death experience' puis fait une nouvelle tentative dans un labo privé en Suisse. Pour Candice, c'est une espèce de psyché qui lui renvoie l'image de sa vie 4. Il faut qu'il sa redonne une chance après des années de vacuité, de perte d'identité accentuée par la perte de Candice 5.

 

Qu'a donc hérité Candice de son enfance, d'une éducation fondée sur l'interdit et le don de soi ? L'auteur y voit trois possibilités : « forger les belles âmes, les vrais complexes et les grandes amantes. » (page 173) Et il y a toujours ce tableau de Magritte qui la fascine 6. Dans ses recherches sur ce tableau, Jérémie visite 'le jardin des musées' « construction en béton tubulaire, hésitant entre la maternelle, le centre des impôts et la maison d'arrêt. » (page 161)
Déception. Le sens profond de sa quête lui échappe mais l'essentiel est de retrouver Candice, la femme qu'il aime.

Candice pense à cette Marthe qui a si bien connu le peintre et que Jérémie a fini par retrouver : « Si Magritte peint toutes ces versions de sa maison après guerre, c'était peut-être pour l'aider à sortir de sa nuit intérieure... à retomber dans 'l'empire des lumières'. » Ainsi s'explique pour elle le titre du tableau.

Notes et références
  1. « Tout a un sens chez Magritte. Il y a une démarche, en tout cas. » (page 35)
  2. « Réduite à ses complexes d'infériorité, ajoute-t-il, condamnée de son point de vue à toujours décevoir les espoirs mis en elle. » (pages 86-87)
  3. Voir par exemple page 86
  4. « Ce tableau, c'est ta maison intérieure » commente-t-elle (page 106)
  5. Il faut « qu'il répare sa vie » lui conseille son ami Philippe Necker (page 81)
  6. Magritte qui disait que « l'illusion n'est pas là où l'on croit. »
3- Les témoins de la mariée
 

Les témoins de la mariée, éditions Albin Michel, 247 pages, mai 2010, (ISBN 978-2-226-20843-9), Librairie générale de France, coll. « Le Livre de poche », avril 2012, 184 p. (ISBN 978-2-253-16664-1)

Livre audio : Didier van Cauwelaert (auteur et co-narrateur), Sophie Loubière (co-narratrice), Stéphane Ronchewski (co-narrateur) et Pierre Tissot (co-narrateur), Les Témoins de la mariée, Paris, Audiolib, 15 septembre 2010 (ISBN 978-2-35641-244-7) .
Support : 1 disque compact audio MP3 ; durée : 5 h environ ; référence éditeur : Audiolib 25 0280 5. Le roman proprement dit est suivi d'un entretien avec Didier van Cauwelaert.

C'est d'abord l'histoire de cinq copains dont l'un, le photographe Marc Hessler a vraiment réussi, riche, célèbre et adulé : très belle réussite qui lui permet à 42 ans de mener grand train, de collectionner les maîtresses et les voitures décapotables les plus extraordinaires. Ses quatre copains en profitent largement, Marlène est devenue galeriste, Jean-Claude dirige un superbe hôtel, Lucas ne travaille plus et défend avec ardeur la cause tibétaine tandis que Hermann, dit Bany, joue à l'inventeur. La vie est d'autant plus belle que Marc tombe amoureux d'une belle chinoise de 19 ans, annonce dans la foulée son mariage avec sa dulcinée à ses quatre futurs témoins du mariage.

 

Mais un terrible drame survient : juste avant ce mariage tant attendu, Marc se tue au volant de sa Jaguar type E. Désemparés, ils vont tous les quatre à l'aéroport accueillir la belle Yun-Xiang qui n'est bien sûr au courant de rien. Le joli conte bascule dans la tragi-comédie. Ils se demandent bien comment lui annoncer la nouvelle, comment lui faire le moins de mal possible, persuadés qu'elle va s'effondrer en apprenant la nouvelle. Mais pas du tout, apparemment elle fait front et s'adapte fort bien à la situation. Eux-mêmes sont frappés de constater qu'ils se sentent libérés de cette amitié quelque peu paternaliste de Marc qui, sans qu'ils s'en aperçoivent, leur pesait et que faire leur bien malgré eux n'était pas une solution à long terme.

 

Ils se rendent compte aussi qu'ils sont tombés sous le charme de cette jeune femme dont ils ne savant rien. Qui est-elle vraiment la jolie fiancée de Shanghai ? Entre naïveté et manipulation, ils balancent. Il leur semble que Marc est toujours présent quelque part, ce qui accentue leur malaise.

4- L'orange amère

Référence : L'Orange amère, Éditions Le Seuil, Paris, 1988 Réédition Le Seuil/Points, 3 octobre 1995, 237 pages, (ISBN 2020259982)

 

« la vie, c'est comme l'orange amère, elle n'est bonne à manger que si l'on en fait des confitures » écrit Didier van Cauwelaert, la vie est un peu à l'image du bigaradier qui n'offre toute sa saveur qu'aux connaisseurs, à ceux qui vont plus loin que son amertume première.

 

Jeanne est née dans le petit village de Chavignin au pied des montagnes, elle a 14 ans et deux pères. Son avenir peut être restreint à l'horizon de ce village ou s'ouvrir au monde et démultiplier les possibles; le monde plein de promesses de celui de celui de l'adolescence mais comment concrétiser ces promesses, cette virtualité d'un monde qui semble ouvert ?
 
      

 

5- La vie interdite

 

Référence : La Vie interdite, Didier van Cauwelaert, , éditions Albin Michel, 373 pages, 1997, (ISBN 2-226-08879-2)

 

Thème éternel que celui de la vie après la mort et du grand questionnement eschatologique. Il s’appelait Jacques Lormeau dans sa vie terrestre somme toute assez courte au regard de la vie humaine puisqu’il est mort à trente-quatre ans, sans importance pour l’éternité où tout se nivelle. Dès les premières phrases, le climat est donné : « Je m'appelais Jacques Lormeau, 64, avenue des Thermes à Aix-les-Bains, j'avais trente-quatre ans, j'étais quincaillier. Je suis mort à sept heures du matin. Il est huit heures vingt-huit sur l'écran du radio-réveil, et personne ne s'en est encore rendu compte. »

 

Comment vivre sa mort se demande Didier van Cauwelaert qui développe dans ce roman l’un de ses thèmes préférés. Comment continuer non pas à vivre puisque c’est impossible mais continuer à exister à travers les autres, à travers ses familiers, à travers la femme aimée, se faufiler dans ses pensées, participer aux rêves de son enfant, faire en sorte qu’il y ait une ‘vraie’ fin, choisie en quelque sorte, ou acceptée.

Il y a aussi ceux qui vous le lâchent pas qui vous fourrent sans vergogne dans leurs fantasmes, il y a ce poids qui fait qu’on n’a qu’une vie, qu’il faut faire peu ou prou des choix douloureux qui renvoient aux possibles et génèrent selon les cas regrets ou remords.

 

Heureusement dans ce questionnement douloureux, il y a le style mêlé d’émotions et d’humour de l’auteur qui traite ce sujet difficile avec la hauteur, le détachement nécessaire à la structuration d’une tranche de vie, celle qu’a vécue Jacques Lormeau

bulaire, hésitant entre la maternelle, le centre des impôts et la maison d'arrêt. » (page 161)

 

     
6- L'enfant qui venait d'un livre

RéférenceL'enfant qui venait d'un livre, éditions Prisma, mars 2011, isbn : 9782810401475, roman de 120 pages et manga de 40 pages

 

Conception très novateur qui nous offre le dernier roman de Didier van Cauwelaert : le livre est associé à des tableaux de la peintre Soÿ et du dessinateur Patrice Serres. Il invente ainsi un genre littéraire nouveau qu'il appelle le Romanga.
Autre particularité : ce double livre roman et manga, est vendu au profit du traitement d'une 'maladie rare' la dystonie, maladie qui affecte les muscles et frappe les enfants.

 

L'auteur nous raconte une histoire bouleversante inspirée de la réalité, sa réalité d'écrivain quand il rencontre, au hasard des salons du livre, un homme qui lui parle de la maladie de sa fille, point de départ pour l'auteur d'un livre qu'il dédie aux enfants atteints de cette maladie, dont le produit des ventes sera reversé à l'unité de recherche des mouvements anormaux (URMA).

 

Le livre a des airs de roman policier qui met en scène garçonnet de 8 ans Zédérem, dont on ne sait d'où il vient et ressemble étrangement à un héros de manga qui porte le même nom. Il s'attache à une hôtesse d'accueil d'un salon du livre, disant sortir du manga. Apparemment, sa mère semble absente et il veut absolument aider une petite fille malade qu'il présente comme sa sœur. Et il semble bien que des gens en veulent à sa vie.

 

  ** Site officiel de Didier va Cauwelaert 

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 15:22

Prix Goncourt 2011 pour "L'art français de la guerre"

Alexis Jenni né en 1963 est professeur de sciences et vie de la terre (SVT) à Lyon. Son roman est la somme d'un travail de cinq années qu'il a proposé à Gallimard qui l'a immédiatement accepté et publié.

Selon Edmonde Charles-Roux, membre du prix Goncourt, seule une grande plume pouvait évoquer l'histoire coloniale de la France sous un aspect audacieux. De son côté, Patrick Rambaud, autre juré du Goncourt, pense que « C’est un roman naturaliste par sa méthode, musclé par son style, enlevé comme un chant, inspiré comme une méditation qui court sans jamais peser, atroce comme un procès verbal. »

 

« Depuis la fin de mes études, il y a vingt ans, j’ai écrit plusieurs choses qui n’ont pas marché. Alors je me disais que je resterais toujours un écrivain du dimanche, comme il y a des peintres du dimanche», confie-t-il à un journaliste de l'Est-Républicain.

 

Son livre raconte l'histoire d'un militaire de carrière Victorien Salagnon qui a connu le parcours de cette génération, la seconde guerre mondiale puis l'Indochine et l'Algérie. Il aurait voulu devenir peintre mais la guerre l'a rattrapé. Histoire de ces vocations virtuelles qui ont un goût d'amertume. C'est un bon élément, un guerrier qui fait ce qu'avait à faire, sans vrais états d'âme, c'est un luxe qu'il ne pouvait se permettre, sans non plus être dupe du comportement de ses frères d'armes.

Outre tous les aspects liés à la guerre et à ses horreurs, on y trouve aussi une belle peinture, sans concessions, de la ville de Lyon, son port d'attache.

 

Le thème auquel il tient le plus touche « à la question de la transmission », essentiel pour ce père de trois enfants aux origines suisses-allemandes, qui déjà en traitait dans ses deux œuvres précédentes. (non éditées) « Une partie de mon ascendance vient d’ailleurs, alors qu’il n’y a pas plus français que moi, dans l’idée typiquement française de service public, de passion pour la chose écrite », déclare-t-il pour expliquer l'importance de ce thème dans ses romans. Le débat sur l’identité nationale l'a beaucoup intéressé et aussi inspiré, bien qu'il avoue n'avoir aucune idée a priori sur la question, « je voulais amener à réfléchir » ajoute-t-il.

Ouvrage de référence
L'art français de la guerreDate de parution : 2011
Auteur : Alexis Jenni 
Éditions Gallimard, ParisISBN
640 pages
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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 11:29

Henri Béraud, une jeunesse lyonnaise

 <<<<<<<< Henri Béraud (1885-1958) ou le journalisme en littérature >>>>>>>>
 <<<<<<<< Henri Béraud, écrivain, polémiste et journaliste lyonnais >>>>>>>>
    << cf sa saga La conquête du pain   • • °°  ©     CJB   °° • • >>
    

tumb

 

S'il en est un dont le cœur n'a jamais quitté son terroir, c'est bien l'écrivain 'Henri Béraud. De son ami, cet autre écrivain lyonnais Gabriel Chevallier disait qu'il avait « la dent dure du Canut et les puissants poumons du Dauphinois.» Une dent dure qui allait lui coûter cher à la Libération.

 

En 1928, Henri Béraud publiait le premier volume de ses souvenirs intitulé "La Gerbe d'or". Un beau nom La Gerbe d'or, que son père avait choisi comme enseigne pour sa boulangerie située au cœur de la Presqu'île au 8 rue Ferrandière, entre les Terreaux et Bellecour'. Il disait qu'on n'est pas d'une ville -surtout une grande ville- mais d'un clocher. « Mon pays, c'est Lyon, mais mon village c'est Saint-Nizier, le sombre et sinueux lacis des rues qui serpentent entre les flèches de ma vieille église et la fontaine des Jacobins. » Il se souvient avec tendresse des immigrés italiens qui mettaient tant de couleurs et de chaleur dans les vieilles rues étroites du quartier. Il aimait aussi rappeler ses origines paysannes, ces villages du bas-dauphiné, Satolas et Hières-sur-Amby près de Crémieu où vivaient encore ses grands-parents, dont il tracerait l'histoire dans sa trilogie La conquête du pain.


tumbL'église Saint-Nizier, sa "chère" église

 

L'apprentissage scolaire chez les frères des écoles chrétiennes -sa mère y tenait- fut difficile pour cet enfant turbulent qui ne pensait qu'à courir les rues avec ses copains, «la rue montre la vérité vraie... » Très souvent, il partait livrer les bourgeois du quartier d'Ainay, qu'il juge sans aménité, « enfants de la banque et de la soie qui s'en allaient en silence vers les rues austères et sans boutiques de Perrache. [1] Ils sillonnaient la Presqu'île jusqu'au quai Saint-Antoine, dans les gravas du quartier Grôlée, derrière la vieille église Saint-Bonaventure, alors en pleine reconstruction, et jusqu'au Rhône sur les îles de gravier, aujourd'hui disparues. Quand il fréquenta l'école de la Salle au-dessus du Jardin des Plantes sur les Pentes de la Croix-Rousse, il découvrit le lacis des traboules qui s'insinuaient entre les immeubles, Le Griffon des Soyeux tout près des Terreaux, le quartier des Canuts où « les battants des métiers à tisser claquaient du haut en bas des maisons. En bas, dans 'la plaine', sous les arcs légers des ponts, le Rhône et la Saône frissonnaient, pareils à de la soie. »

 

Sa vie d'adolescent qu'il évoque dans le second tome de ses Mémoires « Qu'as-tu fait de ta jeunesse ? » c'est son apprentissage dans un atelier de "dessinandier" [2] rue Royale derrière la place des Terreaux, entre les places Tolozan et Croix-Paquet. Le nouveau groupe parle littérature et se réunit dans l'arrière salle de la brasserie Kléber place de la comédie. Il a trouvé sa voie et va bientôt lancer une revue qu'il intitule "La Houle". Avec ses copains Charles Dullin et Albert Londres, qui ne tarderont pas à s'illustrer dans le théâtre et le journalisme, il crée une petite académie Le-Pot-au-Feu et publie en 1903 "Poèmes ambulants" dans le style symboliste alors en vogue. Il fréquente les tavernes de la rue Bellecordière, surtout "la Ratière" [3] située entre Bellecour et l'Hôtel-Dieu.


tumb La rue Ferrandière où il est né

 

Les journalistes du Progrès de Lyon qu'il y rencontre lui permettent de placer des articles sur l'art et la peinture, réunis en 1909 et publiés sous le titre L'école moderne de peinture lyonnaise. [4] Jusqu'à la Première guerre mondiale, Henri Béraud et son équipe d'iconoclastes vont pourfendre la pusillanimité bourgeoise, les "Soyeux" qualifiés de "béotiens" et de "philistins" et l'un de ses membres éminents Gabriel Chevallier, écrira : « Henri Béraud, ce hardi garçon avait pris la tête de notre croisade contre la bêtise, l'ignorance et la veulerie d'une bourgeoisie qui ne pensait qu'à ses sous et que nous chargions de tous les crimes contre l'esprit. »

 

Dans ses chroniques, il décrit « sa ville », mosaïque de quartiers fort différents qu’il décrit ainsi : « Sur le plateau de la croix-Rousse, c’est l’architecture roide et claire des grandes maisons de Canuts, hautes fenêtres, escaliers larges, pièces carrelées. A Perrache, c’est la bâtisse d’aspect monacal… où l’on sent une odeur humide et des effluves d’encens. A Saint-Jean, les ruelles, les maisons "encorbellées", les frontons, ogives, niches et cadettes. A La Guille, l’âme faubourienne, le rue encore paysanne, les auberges logeant à pied et à cheval. »

 

Comme ses activités de journaliste ne nourrissent guère son homme, il s’établit comme antiquaire rue du plat, rageant contre la ladrerie des bourgeois, puis il crée sa propre revue, L’Ours. Il fustige toujours de préférence la bourgeoisie, celle de la Presqu’île bien sûr, mais aussi celle des « "nouveaux riches" », industriels et homme d’affaires établis dans le quartier des Brotteaux, qui se font construire d’opulentes villas sur le boulevard du Nord [5] donnant directement sur le parc de La Tête d’or . La guerre menace et Henri Béraud va bientôt être mobilisé pour se lancer dans « "la grande boucherie" » et avec nostalgie, il écrira son sentiment de l’absence : « Dès que j’ai perdu de vue la statue de Louis XIV (sur la place Bellecour), je ne suis plus moi-même. Avec une âme de nomade, je vis dans l’inertie casanière d’un percepteur de province. »

 

tumb   En arrière-plan, la boulangerie de la rue Ferrandière

 

Repères bibliographiques

  • "La conquête du pain", tome I Le bois du templier pendu, tome II Les lurons de Sabolas, tome III Ciel se suie, Les éditions de France, 1926-1933
  • "Souvenirs", tome I La Gerbe d’or, tome II Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?, tome III Les derniers beaux jours, Les éditions de France, 1928, Plon 1953
  • "Lyon d’hier et d’aujourd’hui" – Chroniques lyonnaises

Autres fiches à consulter :

 Louise Labé, Maurice Scève
 Bernard Clavel  
 STENDHAL à Lyon, Jean-Jacques ROUSSEAU à Lyon

Références
[1] Croix de guerre 14-18 et chevalier de la Légion d'Honneur.
[2] « On enseignait dans ma jeunesse — lorsque nous étions au front — que la guerre était moralisatrice, purificatrice et rédemptrice. On a vu quels prolongements ont eu ces turlutaines : mercantis, trafiquants, marché noir, délations, trahisons, fusillades, tortures; et famine, tuberculose, typhus, terreur, sadisme. »
[3] Gabriel CHEVALLIER a 19 ans en 1914, quand la guerre éclate. Il s’engage dès le premier jour. Simple soldat dans l’infanterie, il est blessé après un an de guerre, pendant la bataille d’Artois. Après un séjour à l’hôpital il retrouve les tranchées. Il y reste jusqu’à la fin de la guerre, au Chemin des Dames et dans les Vosges.
[4] Il exerça divers métiers tels que retoucheur de photographie, voyageur de commerce, journaliste, dessinateur, affichiste, professeur de dessin…
[5] Le groupe des Zignards comprenait aussi Jacques Martin, Adrien Bas, Charles Sémard, Philippe Pourchet...

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 10:49

L'itinéraire de Didier Van Cauwelaert vers l'écriture romanesque

DIDIER VAN CAUWELAERT entre Nice et Paris

           

Un niçois qui a une tête de Flamand, ce n'est pas courant à Nice où Didier est né le 29 juillet 1960 de parents d'origine belge, et dans la cour de récréation, on le lui fait crûment comprendre. Van Cauwelaert sonne étrangement pour des niçois surtout habitués aux consonances italiennes. Lui se veut un "rêveur lucide" mais la réalité de la vie quotidienne et de l'école est plus prosaïque et brutale. Les relations sont plutôt mauvaises avec ses camarades, jusqu'au jour où...

 

Il trouve l'ouverture, le moyen de se faire accepter, un peu par hasard, en racontant des histoires, avec sa faconde et son sens du spectacle, [1] en se faisant out à la fois plus Flamand et « plus Niçois que je n'étais », dit-il dans une  interview. [2] La découverte de ce talent change son statut, désormais on le respect et on recherche sa compagnie, « alors j'ai découvert que l'imaginaire pouvait arrêter la violence », conclut-il quelque peu péremptoire.

 

Processus déterminant dans son évolution car, ajoute-t-il, « je me sentais nécessaire. Ça m'a donné envie d'aller vers les autres. »Il est ainsi parvenu à dépasser sa condition de "vilain petit canard", puis de sublimer l'image d'un père paralysé en le transformant en héros magnifique et sacrifié. Son univers onirique de contes l'entraîne dès ses 8 ans vers l'écriture. Enfant plutôt précoce, il décide d'écrire des romans  et, ne manquant pas de suite dans les idées, inonde pendant des années les éditeurs de ses productions. [3]

 

Là encore, le hasard va mettre sur son chemin la grande actrice Greta Garbo dans un restaurant niçois et lui donner à son imagination féconde l'idée d'un entretien imaginaire  dont le magazine Télé 7 jours publiera de larges extraits. Bon début, mais il sera d'abord critique pour enfants à FR3 Côte-d'Azur, devant attendre encore quelques années avant qu'en 1981, un éditeur ne s'intéresse vraiment à lui. « Ce qui compte, c'est d'avoir toujours quelque chose à attendre » écrira-t-il dan son roman La vie interdite. [4] Son but est d'apporter un réconfort, surtout dans mes moments difficiles de la vie, « c'est pour cela, précise-t-il, que je suis un romancier de la reconstruction. » Il a besoin d'action et de fiction, « de questionner le monde » à travers ses personnages.

 

Pour écrire en toute quiétude, il s'est ménagé une thébaïde près de Paris, avec sa collection de voitures anciennes ben rangées au garage, juste au-dessus de la pièce où il écrit et puise son inspiration. Là, il travaille dans l'univers de Marcel Aymé, l'un des ses auteurs favoris, le bureau capitonné de vert et "le fauteuil de Marcel" acquis depuis quelques années. Son appétence pour le para normal s'explique d'abord par des accidents de la vie dont il répugne généralement à parler, laissant échapper cette remarque :  « Ce n'est pas possible que je sois encore en vie. »
 
      

 

Il raconte cependant qu'un jour, hospitalisé pour être opéré d'urgence, il se met en relation téléphonique avec un thérapeute qui le soumet à un travail mental intense lui évitant finalement l'opération. Cette idée de « second départ, » qui lui est chère, « est d'abord dans ma vie avant d'être dans mes livres. » Il y puise cette ambiance para normale où baignent nombre de ses romans : Jérémie Rex qui pénètre par effraction dans un tableau de Magritte dans La Maison des lumières, Hélène dans son fauteuil roulant, qui irradie de bonheur dans La Demi-pensionnaire ou Jean-Luc Talbot qui se demande comment vivre une histoire d'amour avec une jeune femme du XVe siècle, quand on est contrôleur des impôts à Châteauroux en 2008 dans le roman La nuit dernière au XVe siècle ou encore Jimmy à qui l'on annonce qu'il est le clone du Christ dans L'Evangile de Jimmy.

 

Roman étrange mêlant réalité et fiction dans L'enfant qui venait d'un livre associant textes , peinture et dessins dans ce qu'il appelle le Romanga. (mélange de roman et de manga)

 

    

Didier van Cauwelaert est un homme éclectique, curieux de s'exercer à toutes les disciplines de la littérature. Au théâtre, il est Molière 1997 du meilleur spectacle musical pour son adaptation du Passe-muraille, au cinéma, on compte pour l'instant 4 adaptations de ses romans, Un aller simple avec Jacques Villeret, Lorànt Deutsch, Barbara Shulz, L’Éducation d’une fée, Hors de moi et L’Évangile de Jimmy. Depuis 2010, il s'est attelé à écrire une saga en 4 volumes, Thomas Drimm, digne d'Harry Potter avec son jeune super héros qui veut sauver le monde et auquel bien sûr il arrive toutes sortes d'aventures, qui ouvre une nouvelle voie à la littérature jeunesse. [5]

 

Bibliographie sélective

 

Références

[1] Il consacrera plusieurs années au théâtre, joue Sartre et met en scène des auteurs contemporains comme Ionesco, Anouilh ou Beckett.

[2] Interview au magazine Lire en juin 2006.

[3] Son premier roman est l'histoire d'un 'serial killer' en culottes courtes qu'il envoie chez Gallimard. Puis ce sera la BD avec un scénario envoyé au peintre Marc Chagall, un voisin de son oncle, qui refusera. À 12 ans, il écrit le livret d'un opéra pour guitare qu'il envoie à Alexandre Lagoya. Nouveau refus...

[4]  C'est à 22 ans en 1982, que les Éditions du Seuil publieront son premier roman intitulé "Vingt ans et des poussières" remarqué par François Nourricier.

[5]  « Une saga aussi ludique que Harry Potter, l'humour et l'esprit critique en plus. » Julie Malore, Le Point.

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 19:25

Roger Vailland : Introduction biographique 

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Roger-vailland2.jpg

1- Présentation générale

Roger Vailland, très politiquement incorrect dirait-on de lui maintenant, comme l’écrivait déjà son biographe Christian Petr dans son livre « Roger Vailland, éloge de la singularité paru aux Éditions Du Rocher en 1995. Tour à tour journaliste et grand reporter, Résistant et communiste qui roulera en Jaguar à la fin de sa vie comme un pied de nez à son époque, drogué, amateur de cyclisme et de balades en montagne, ascète lorsqu’il écrit et libertin incorrigible,  voilà déjà une vue éclectique d’un personnage rempli de contradictions. Ses contradictions dont il fera le pain quotidien de son œuvre.

 

On pourrait tout aussi bien rajouter homme de culture féru d’architecture, ami intime du sculpteur Costa Coulentianos, du peintre Pierre Soulages ou du cinéaste Roger Vadim, scénariste de films, ex-surréaliste et adversaire du pape Breton comme du 'sous pape' Aragon, il prônait comme son cher Arthur Rimbaud le "dérèglement de tous les sens" .  Pour décrire sa vie, prenons des chemins plus classiques que celui qu’il prend dans son Journal intime.

2- Enfance et jeunesse

Il naît le 16 octobre 1907 dans une maison d’Acy-en-Multien, commune du département de  l’Oise à une vingtaine de kilomètres de Meaux, où son père a acquis en 1906 un cabinet de géomètre mais la famille part quatre ans plus tard pour Paris, 18 rue Flatters. Après la guerre en 1919, il faut reconstruire les villes largement détruites par les combats et les bombardements : ce sera Reims, alors en pleine reconstruction,  283 avenue de Laon.

 

Son père l’initie aux plaisirs de  la campagne, à Plutarque, Shakespeare ou aux Mille et Une Nuits. C’est là qu’il va créer avec quelques camarades de lycée un groupe  "Les phrères simplistes" dans la droite ligne du dadaïsme, qui sera ensuite récupéré par les surréalistes auxquels il faisait de l’ombre.

En 1925 ce sera Montmorency (13 bis rue de Joigny) quand Roger intègre Louis-le-Grand en classe d’hypokhâgne. Après le départ de la famille à Antibes,  Roger resté seul emménage chez sa grand-mère 7 rue Pétrarque à Paris pour préparer une licence de Lettres en Sorbonne.  Mais il préfère travailler, être autonome et, grâce à son ami Robert Desnos, il est embauché en 1928 à Paris-Midi et prend une chambre dans un hôtel de la rue Bréa.

 

Il fréquente alors le club du Bar du Château, 54 rue du Château, qui accueille maints artistes comme Prévert, Marcel Duhamel, Péret, Queneau ou Leiris. Puis en mars 1929, c’est le clash et son exclusion du groupe. Sa vie instable est à l’image de ses nombreux déménagements : en 1931, 1 rue Hautefeuille, face à la place Saint-Michel, un hôtel meublé fin 1933, 22 quai de Passy puis  au 38 rue de l’Université avec sa future femme  Andrée Blavette, qu’il surnomme Boule, en  alternance avec l’hôtel particulier des Blavette, 8 bis villa Léandre à Montmartre, où il reviendra fréquemment jusqu’à la guerre

3- Les années 'grises'

La pérégrination continue en 1936 où on les trouve chez la sœur d’Andrée, 2 allée Kléber au Vésinet, tout en ayant un appartement au huitième étage de la rue Manin, dans le 19ème.
 Après, c’est la débâcle et le journal qui se replie à Lyon fin 1940 où il habite 67 cours Gambetta près du Rhône quand le quartier de la Place du pont. Après une longue période de déprime, il va s’arracher à l’emprise de la drogue et entrer dans la Résistance où il retrouvera en particulier Aragon, lui aussi réfugié à Lyon dans la maison de René Tavernier, rue Chambovet à Montchat, quartier de Lyon dans le 3è arrondissement, aventures dont il se servira pour écrire le roman qui va le révéler au grand public, Drôle de jeu, prix Interallié en 1945.

4- Elisabeth et Meillonnas
Roger et Elisabeth

Mais cette notoriété soudaine ne le délivrera pas de ses difficultés à vivre, la passion ravageuse qu’il entretient avec sa femme Boule, qu’il décrira dans son deuxième roman Les Mauvais coups et sa vie de bohème parisienne.

 

Il faudra attendre la rencontre avec sa seconde femme Elisabeth Naldi et son engagement dans son combat communiste pour qu’il retrouve un certain équilibre. L’année 1954 semble une année phase avec la rupture définitive avec son milieu parisien, le mariage avec Elisabeth et leur installation dans un village de l’Ain, Meillonnas près de Bourg-en-Bresse. Mais deux ans plus tard, la rupture avec le communisme sera si douloureuse qu’il aura le plus grand mal à s’en remettre et à trouver un nouvel équilibre.

De Meillonnas son port d’attache, il va faire de nombreux reportages, faire des voyages avec Elisabeth en Italie d’où il va rapporter un roman La Loi qui lui vaudra l’attribution du prix Goncourt en 1957, en Afrique et à l’île de La Réunion en 1958 d’où il tirera un récit publié peu avant sa mort mais se retirera de plus en plus à Meillonnas, loin du bruit et de la fureur des villes et du monde. Il se tournera un moment vers le cinéma, des adaptations et des scénarios sur des œuvres de Sade ou de Laclos avec Les liaisons dangereuses 1960  mais il sen dégagera assez rapidement pour reprendre sa quête personnelle et solitaire à travers ses deux derniers récits-romans La Fête et La Truite, assez courts mais très denses, qui ont souvent été interprétés de façon erronée, y compris du vivant de Vailland qui s’en est souvent plaint.

Roger Vailland meurt le 12 mai 1964 d’un cancer à Meillonnas où il est enterré.

 

Roger Vailland et Pierre Soulages

Repères bibliographiques  


* Roger Vailland, ou un libertin au regard froid, l’imposante biographie d’Yves Courrière, éditions Plon, 1991, 976 pages
* Les Cahiers Roger Vailland, publiés par Le Temps des Cerises, 6 avenue E. Vaillant, 93500 Pantin

* Voir aussi la Médiathèque Élisabeth et Roger Vailland, 1 rue du Moulin de Brou, 01000 Bourg-en-Bresse, qui conserve le fonds Roger Vailland légué par Elisabeth.

 

* Autour de Roger Vailland : Daumal, Roy, Soulages,AG. Leduc, Meillonnas, élisabeth Vailland, éditions Books LLC, 96 pages, 31 juillet 2010, isbn 1159604797 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 18:29

Une anglaise à bicyclette : Présentation

    <<<<<< Voir aussi  Didier Decoin, "La pendue de Londres" >>>>>>>   

 

      Didier Decoin et Dominique Fernandez

 

Didier Decoin se veut d'abord un "raconteur d'histoires" qui dit justement : « Les histoires, c’est ce que j’aime depuis l’enfance. On me les lisait, j’en voyais au cinéma, et aujourd’hui c’est à mon tour de les raconter ». [1]
Il invite le lecteur dans un « mystérieux enchaînement des circonstances. »  [2]

 

Un photographe de guerre anglais Jayson Flannery recueille Émily, une petite fille de trois ans, après le massacre d’Indiens perpétré en décembre 1890 dans le Dakota du Sud aux États-Unis. Elle se prénommait alors Ehawee, enfant indienne de la tribu des Lakotas. Pris de remords, il l'emmène avec lui en Angleterre et l'installe chez lui dans un manoir du Yorkshire. Mais la suspicion s'installe dans le village et pour couper cours à toutes les rumeurs, à l'enquête de police, il décide de l'épouser... et leur offre une bicyclette.



tumbDidier Decoin au large de La hague

Dès lors, Émily passera des heures sur son vélo, faisant des rencontres inattendues comme ces deux adolescentes familières des fées qui se promènent le long de la rivière et qu'elles vont photographier. L'Angleterre de l'après Première guerre mondiale va se passionner pour cette histoire de fées extraordinaire qui viendra aux oreilles de Sir Conan Doyle, passionné de spiritisme. Mais sa rencontre avec Émily permettra-t-elle vraiment de démêler la vérité et les tendres mensonges des petites filles, les accords sur l'art du mensonge et les vertus de l'illusion. La vérité est affaire d'adultes et pas toujours bonne à dire.

 

« Derrière la vé­rité, il existe une autre vérité, laquelle est la vérité », a écrit un certain John B. Frogg, phrase que Didier Decoin a choisie pour figurer en exergue de son roman.
On retrouve dans ce roman nombre de références à ses livres précédents comme ces indiens qui rappellent John l'Enfer, le héros de son prix Goncourt, cette jeune fille comme Laurence, roman de ses débuts, le Londres de La promeneuse d'oiseaux ou la photo qui orne le livre, clin d'œil à Lewis Carroll et à son livre Lewis et Alice. 

Informations complémentaires

Commentaires

  • « Didier Decoin est de retour. Avec un roman superbe et étonnant. L'un de ses plus beaux livres, rien de moins. Au départ, il y a le massacre dIndiens de Wounded Knee, une Indienne adoptée puis épousée qui ne pense qu'a chevaucher sa bicyclette vers un monde merveilleux. Didier Decoin entremêle jeux identitaires et imaginaires. Et on y croit. » [Lire - Alexandre Fillon]
  • « Romanesque à l'extrême, le nouveau livre de Didier Decoin doit beaucoup à Dickens et à Conan Doyle, tel un délicieux hommage à la littérature anglaise de la fin du XIXe siècle. Après une extraordinaire ouverture en Cinémascope décrivant les champs de bataille du Dakota, l'auteur fait galoper son lecteur de New York à Londres, avant de changer de rythme comme on change de caméra ou d'objectif. Car il est souvent question de photographie dans cette œuvre où l'on s'interroge sur la vérité et les faux-semblants. »
    [Télérama - Christine Ferniot - 2/07/2011]

  Edition

"Une anglaise à bicyclette",  Didier Decoin,  publié le 1er juin 2011 aux éditions Stock, 360 pages, isbn 978-223-406264-1

 

Références

  • [1] ↑ Voir son interview par Christine Pinchard
  • [2] ↑ Voir l'article du Nouvel Observateur du 23 juin 2011

   

« Je les vois de mon cœur car mes yeux sont fermés. Mon amour au-dessus des fleurs n’a laissé que vent et nuage. »  (René Char)

 

Lewis et Alice : Présentation

 

Référence : Lewis et Alice , essai romancé de l'écrivain Didier Decoin, éditions Robert Laffont, 1992.

 

Ce livre né de l'imagination de Didier Decoin, repose rependant sur des données biographiques éprouvées, reprenant les épisodes importants de la vie de Lewis Carroll et de ses rencontres avec son Alice qui s'appelait Alice Liddell. Il, professait depuis peu au Christ Church College à Oxford quand il l'aperçut venant s'installer avec son père nommé recteur de cette université.

 

Pour développer son récit, Didier Decoin imagine que Lewis Caroll écrive à un autre écrivain qu'il admire Charles Dickens, alors au faîte de sa gloire en 1865-66, pour lui parler de sa vie, lui conter ses humeurs et surtout ses relations avec la belle Alice. Il placera en épigraphe cette citation d'Albert Camus : « Ainsi se tournera-t-il vers les époques de sa vie où l'amour de la vie se mêlait au désespoir de vivre. »

 

Les débuts de Lewis Carroll

Lewis Carroll, de son nom le révérant Charles Lutwige Dodgson, fut enseignant et ecclésiastique dans cet établissement le Christ Church College où il résida la majeure partie de sa vie. Mais la réalité est assez différente. Il ne dépassa jamais la qualité de diacre, ne se sentant pas à la hauteur pour bien servir Dieu. Il s'ennuya aussi assez rapidement dans l'enseignement des mathématiques -où pourtant il excellait- qu'il finit par abandonner en 1881.

 

Sa vie à Oxford

La grande affaire de sa vie fut ses rencontres avec une fillette de huit ans, l'une des filles du recteur de l'Université, qui l'impressionna fort quand il la vit. Lewis Carroll raffolait d'inviter chez lui des jeunes personnes pour prendre sagement le thé l'après-midi dans l'ambiance un peu compassée de ce milieu d'enseignement religieux. Ainsi fit-il avec les filles Liddell et bien sûr d'abord Alice. Lewis Carroll avait toujours éprouvé une grande réserve vis-à-vis des femmes, étant très timide et affligé d'un bégaiement pénible qui en faisait un homme taciturne et introverti. On ne lui connaît guère de relations amoureuses. Par contre, il s'intéresse aux jeunes filles nubiles, les invitant pour le thé après accord des parents dûment avertis, les prenant en photo, lui qui fut un excellent photographe amateur. Dans une ambiance bon enfant, on jouait, on se déguisait eu buvant force thé et en se gavant de gâteaux et de bonbons.

 

Le pays des Merveilles

On pourrait croire ces relations ambiguës; il n'en fut rien. Lewis Carroll se voyait en esthète admirant des elfes riants et chatoyants qui lui rendaient visite, gardant quand même leur quant-à-soi de jeunes filles bourgeoises bien élevées. Pourtant, pour une seule d'entre elles, il s'enflamma, allant par une belle journée de canotage- la fameuse ballade en barque sur l'Isis le 4 juillet 1862- jusqu'à inventer pour elle un fort joli conte pour la désennuyer un peu. C'est l'histoire d'une jeune fille qui s'enfonce dans le terrier d'un lapin et y découvre un autre monde, un monde féerique qui, une fois rédigé à la demande expresse de la demoiselle, deviendra Alice au pays des Merveilles, après s'être appelé à l'origine Les aventures d'Alice sous terre. Lewis Carroll n'avait envisagé ni d'écrire, ni de publier le récit des aventures d'Alice qui obtiendra pourtant un succès mondial et fera le renom de son auteur. Mais Lewis Carroll fuyait comme la peste les honneurs et les mondanités, continuant de vivre comme auparavant.

Malheureusement pour lui, Alice grandit et quand elle atteignit ses treize ans, il ne lui trouva plus guère de charme; elle ne le fit plus rêver. Mais il ne l'oublia jamais, elle resta sa muse pour toujours, ce qu'il écrit dans une lettre où il lui confie : « Depuis votre temps, j'ai eu une vingtaine d'amies enfants, mais avec vous ce fut tout différent. »

 

Sélection bibliographique

  • Lewis Carroll, une vie, Jean Gattegno, éditions du Seuil, 1974
  • Album Lewis Carroll, iconographie, bibliothèque de La Pléiade, éditions Gallimard, 1990
  • Alice's adventures in Oxford, Mavis Batey, Pitkin Pictorals, 1980

Œuvres primées de Didier Decoin

  • Le Procès à l'Amour, éditions du Seuil, 1966 (Bourse Del Duca)
  • Elisabeth ou Dieu seul le sait, éditions du Seuil, 1970 (prix des Quatre Jurys)
  • Abraham de Brooklyn, éditions du Seuil, 1971, (prix des Libraires)
  • John l'Enfer, éditions du Seuil, 1977 (Prix Goncourt)

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