Référence : Jonathan Coe,  "Le cœur de l’Angleterre", traduit de l'anglais par Josée Kamoun, éditions Gallimard, 560 pages, août 2019

Tragi-comédie à l'anglaise.

« L'histoire de Brexit a probablement à peine commencé.  »  Jonathan Coe

 

             

 

Après "Testament à l'anglaise" sur l'époque Thatcher et "Le cercle fermé" sur les années Blair, Jonathan Coe récidive cette fois avec "Le cœur de l'Angleterre" axé sur la question de savoir par quel cheminement le Royaume-Uni en est arrivé au Brexit. On retrouve dans ce nouveau récit les personnages chers à l'auteur, alors adolescents sous Thatcher, puis jeunes ambitieux sous Blair et enfin pleins de doutes au début des années 2010.

 

         

 

Jonathan Coe confie qu’il a écrit "Le cœur de l'Angleterre" selon les événements, au fil de la plume, à partir de la vie de quelques personnages comme l’éternel apprenti écrivain, le journaliste et son informateur, communicant du parti conservateur, une étudiante qui cherche l'amour, la mère de son ami...

 

       

 

Au-delà de l’actualité et de son ironie, Coe recourt à de petites histoires, des anecdotes particulièrement succulentes comme cette croisière pour retraités venus écouter d’obscurs écrivains et universitaires, la visite d'un site de production automobile où travaillait l’un des personnages, transformé en centre commercial où les anciens ne se retrouvent plus. 

 

         

 

Chaque chapitre possède sa tonalité, son atmosphère, tantôt assez délirante, tantôt plus nostalgique ou même plus comique. Certains sont particulièrement réussis telle la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres par exemple. Derrière ces personnages se profile le constat de l’incompréhension grandissante qui sévit dans la population, malgré parfois la communion des gens devant le même spectacle.

 

       

« Ce que signifie être Anglais est devenu une obsession pour moi. » Jonathan Coe

 

Question centrale pour Coe : que se passe-il dans ce pays, au cœur de cette Angleterre, qu'est-ce qui a permis le Brexit ?
Question subsidiaire sur la notion de groupe et ce qui le fait perdurer, qu’il définit ainsi : « Ce qui me tracasse... c'est que je n'arrive pas à savoir si on est en train de s'éloigner l'un de l'autre ou bien si on a toujours été loin et que je m'en aperçois seulement maintenant. »


Ne pas s’en tenir aux apparences, approcher la réalité, celle de ce couple qui semble être ce qu’il n’est pas : « Ils étaient là joue contre joue, collés l'un à l'autre, leur étreinte si longue que le pêcheur assis à quelques mètres aurait pu sans peine les prendre pour mari et femme redécouvrant la fougue de leur jeunesse, plutôt que pour ce qu'ils étaient, un couple d'amants à l'heure des regrets, en train de se dire adieu. »

 

         

« Le Brexit est une chimère. Une illusion. Un rêve. »  Jonathan Coe

 

Mais Coe sait aussi que les bons sentiments ne font pas une bonne politique. Le Brexit, c’est d’abord des individus qui ressentent une insécurité culturelle, ne se sentent plus chez eux dans leur pays, et des politiques qui occultent la réalité derrière de grands principes comme les bienfaits de la diversité.


Et si finalement le mérite de l’écrivain, avec son humour et ses anecdotes, sa façon d’aborder les choses, n’était pas d’abord de remettre un peu d’ordre dans les idées.

 

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<< Ch. Broussas, Cœur Angleterre UK 5/12/2019 © • cjb • © >>
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