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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 21:25

Marcel Maréchal (1937-2020), acteur, metteur en scène et écrivain.

Pour le premier anniversaire de sa mort, c’est pour moi l’occasion de rendre à Marcel Maréchal l’hommage de l’adolescent que j’étais alors, fasciné  par cet homme dont les yeux brillaient dès qu’il parlait théâtre.
Un metteur en scène né, qui avait le théâtre dans le sang, c’est ainsi qu’il m’est apparu très rapidement.

 

                   
Au festival d'Avignon en 1973           Marcel Maréchal et Guignol

 

Je l’ai connu quand il était encore pion au lycée Chaponnay à Lyon, travail alimentaire qui ne l’intéressait pas vraiment. J’avais seize ans et lui vingt cinq je crois mais il avait déjà une sacrée expérience de son métier (pardon, de sa vocation) et une culture littéraire encyclopédique qu’il nous faisait partager. C’était un plaisir indicible de l’entendre discourir à l’infini de théâtre, des auteurs (surtout contemporains), de la mise en scène ou de l’interaction avec les acteurs.
Pour sûr, il était meilleur comme dramaturge que comme pion !

 

         
Avec Louis Guilloux             Dans le rôle de Cripure en 1967

 

Un vrai canut de la Croix-Rousse qui allait nourrir Lyon de théâtre, du Cothurne au théâtre du Huitième pendant quelque dix-sept ans, de 1958 à 1975.

Ah ! Le Cothurne. Une vraie référence alors, un théâtre de poche en pleine ville, rue des marronniers entre le Rhône et Bellecour, vraiment un théâtre de poche, l’expression n’est pas usurpée puisqu’on pouvait y loger… peut-être deux cents spectateurs… en serrant un peu. C'est là que j'ai pu rencontrer des comédiens débutants comme Pierre Arditi et sa sœur Catherine ou Bernard Ballet, son complice de toujours.



C’est là que j’ai découvert la mise en scène, avec quelques autres jeunets mordus de théâtre, à travers des auteurs que je connaissais peu ou pas du tout, théâtre de l’absurde aux costumes et aux décors minimalistes, l'humour décalé d'Obaldia, les pièces grinçantes d’Anouilh, celles de Jacques Audiberti comme L'Opéra du monde, Cavalier seul ou La Poupée…  de Samuel Beckett ou d’Eugène Ionesco. Pour Les Chaises par exemple, que Marcel prisait particulièrement, on avait tout simplement récupéré de vieilles chaises qu’on avait repeintes de couleurs vives… toutes ces chaises qui peu à peu, au fil du spectacle, envahissent tout l'espace de la scène.

 

               

Le regard amène et le sourire plutôt ironique, la tignasse bouclée et sa bonne bouille un rien enfantine, Marcel Maréchal avait les traits mobiles de l’acteur qui peut jouer tous les rôles. Il pouvait tour à tour être avenant, grincheux, tonitruant, il pouvait jouer aussi bien Scapin que Sganarelle, Fracasse que Falstaff, maître Puntila que Cripure.

 

Son domaine de prédilection, c'était d'abord la mise en scène. Là il se sentait vraiment à l’aise, dans son élément, donnant de sa personne, n’hésitant pas à faire l’acteur pour bien montrer ce qu’il voulait, la façon dont il envisageait tel ou tel rôle. Il a toujours voulu aller vers un spectacle complet, endossant le costume d'acteur et assurant la mise en scène.

 

Marcel Maréchal fut aussi une sorte de pionnier en matière de festivals d’été. Je me souviens d’un été où  je fus vraiment gâté, participant à la création des Estivales de Sail-sous-Couzan, une commune de la vallée du Lignon située entre Saint-Étienne et Montbrison. Je me retrouvai avec l’équipe qui monta La mort de Danton, une pièce de Georg  Buchner au sous-titre évocateur Images dramatiques de la Terreur en France, que Marcel Maréchal reprendra en 1969 au théâtre du Huitième dans une autre mise en scène.
Une pièce qui fut donnée dans l’enceinte du château (ou plutôt de ses ruines) de Sail. Une belle soirée où les dieux du théâtre… et le temps furent avec nous.

 

               
Le bourgeois gentilhomme       Avec Francine Bergé dans Cher menteur de Jerome Kilty

 

Marcel Maréchal devait aussi monter l'année suivante au festival de Sail, un spectacle intitulé "Shakespeare notre contemporain" inspiré de l'ouvrage éponyme de l'essayiste polonais Jan Kott, montrant toute la modernité de l'auteur classique par rapport aux crises du XXe siècle. De Shakespeare, il devait également proposer sa propre vision d'Hamlet et de Roméo et Juliette au théâtre du Huitième au début des années 70.

 

        
                                          Oncle Vania de Tchekhov

 

Je l’ai retrouvé ensuite avec bonheur au théâtre du Huitième dont il venait de prendre la direction, sans doute la plus grande scène lyonnaise d'alors, bien loin de l’époque héroïque du Cothurne, fidèle en tout cas à ses dramaturges préférés avec des mise en scène de La poupée et du Cavalier seul de Jacaues Audiberti, Le sang de Jean Vauthier ou Fin de partie de Samuel Beckett.



Plus tard, Marcel Maréchal espéra un temps revenir à Lyon pour prendre la direction du prestigieux théâtre des Célestins mais le destin en a décidé autrement...

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<< Ch. Broussas, Marcel Maréchal 07/06/2021 © • cjb • © >>
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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 21:35

       
Avec sa fille en 2012

 

Figure du « off Broadway » [1], ami de Jean Genet et de Samuel Beckett, Israël Horovitz (1939-2020) a beaucoup été influencé par le dramaturge Arthur Miller. Eugène Ionesco l’avait surnommé « notre doux voyou américain » et avait dit de lui : « Il est à la fois réaliste et sentimental. Je vous laisse donc imaginer à quel point il peut être féroce. »

 


"Lebensraum" à Avignon en 2014 

             

Il est surtout connu pour avoir écrit une dizaine de pièces de théâtre au succès international comme « Le premier », « L’indien cherche le Bronx » ou encore « Quelque part dans cette vie ».

 En France, son audience a été particulièrement importante avec des pièces interprétées par Gérard Depardieu, Pierre Arditi ou Line Renaud, comme le succès « Très chère Mathilde », joué à guichets fermés au théâtre Marigny en 2009 et rediffusée sur France 5 en 2020 à l’occasion du décès du dramaturge.

 

         
"Très chère Mathilde" avec Line Renaud et Samuel Labarthe

 

Cette pièce met face à face un américain paumé Mathias Gold qui vient à Paris pour prendre possession d’un hôtel du Marais que lui a légué son père, et Mathilde, 92 ans, qui l'a vendu en viager au père de Mathias et y vit avec sa fille Chloé.
Deux étrangers qui n’en sont pas, ce que Mathias va découvrir peu à peu. Elle accepte de l’héberger et lui montre des photos qui dévoilent leurs liens. Mathias et Chloé s’aperçoivent qu’ils ont été les laisser-pour-contre de l’histoire d’amour de leurs parents. C’est finalement ce psychodrame qu’ils vivent mal qui va les rapprocher.

 

         
Sa pièce "Opus Cœur" avec Marcel Maréchal et Nathalie Newman au théâtre Hébertot

 

Côté cinéma, plusieurs de ses pièces ont été portées à l’écran par Al Pacino ou encore Diane Keaton. Il a également écrit une trentaine de scénarios dont « Des fraises et du sang », prix du Jury au Festival de Cannes en 1970 ou « My old lady » en 2015 avec Kristin Scott Thomas, tourné à Paris où il a longtemps vécu.

 

         
Sa pièce "Le Premier"  au théâtre des déchargeurs

 

Ce qui le caractérise est un mélange de réalisme aussi bien dans son style que dans les thèmes qu’il développe, allié au recours à des techniques comme la parabole, la fable et le mythe.  

Israël Horovitz aimait beaucoup la France où il a longtemps vécu. En 2011, il a publié une autobiographie intitulée « Un New-Yorkais à Paris » et disait volontiers qu'il voulait se faire enterrer en France. Mais la vie en a décidé autrement et il est mort d'un cancer à New-York en novembre 2020.

 

         
"Paradis et autres poèmes"              Ionesco et Horovitz

 

Notes et références
[1] Spectacles joués à Broadway mais ne répondant pas aux critères réservés au théâtre de Broadway, basés sur des productions et des mises en scènes prestigieuses, le niveau des techniciens et des artistes.

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<< Ch. Broussas, Israël Horovitz 14/11/2020 © • cjb • © >>
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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 21:32

 

Référence : Jean-Claude Brisville, L’entretien de M Descartes avec M Pascal le jeune
Spectacle : Festival Théâtre sur un plateau, salle Salvert, Attignat/Montrevel en Bresse (Ain), août 2019
Acteurs et mise en scène Daniel et William Mesguish.



                     
                                                     Scène de L’entretien Descartes-Pascal

 

« Entretien entre eux hommes exceptionnel, deux intelligences hors norme qui ont chacun une vision particulière du monde. »

Jean-Claude Brisville s’est beaucoup intéressé aux personnages historiques contemporains qui se sont rencontrés (ou auraient pu se rencontrer) comme dans la plus célèbre de ses pièces, Le Souper, confrontation entre  Talleyrand et Fouché, qu’on a pu surnommer "les âmes damnées de Napoléon". Un dialogue succulent et une technique de Jean-Claude Brisville a utilisé plusieurs fois.



Cette fois, il s’agit des deux grands philosophes français du XVIIè siècle Blaise Pascal et René Descartes. Pas vraiment d’atomes communs entre les deux hommes c’est bien l’objet de la pièce, ce qui a dû intéresser Jean-Claude Brisville.

 

Ils sont aussi dissemblables que possible. D’abord, dans le port et la tenue. L’un arbore une tenue stricte, d’un gris aussi triste que la mine qu’il affiche. L’autre par contre, porte une espèce de redingote douillette multicolore, est tout sourire et semble en plein forme.



Très vite, le dialogue va se tendre entre eux. Blaise Pascal va orienter la discussion sur la question religieuse qui pour son interlocuteur semble être le cadet de ses soucis.  En fait, c’est pour cette raison qu’il est venu voir Descartes, lui proposer de signer une pétition en faveur de l’un des ses amis jansénistes, le père Arnault, qui défend une dont la dernière publication défend des positions radicales en matière de religion. 

 

                   
                                                          Scène du Souper

 

Après des échanges à fleurets mouchetés, Descartes décline poliment la proposition de son invité, ce qui n’est pas vraiment de son goût. Blaise Pascal est profondément blessé d’avoir été éconduit.
Le propos s’aigrit, Blaise Pascal récupère son par-dessus et fait mine de partir mais il est pris d’une malaise subit et doit s’asseoir. Il dit être en mauvaise santé, mourant sans doute avant Descartes, pourtant son aîné.

 

De fait, on découvre un Blaise Pascal en proie au doute, qui remet en cause l’important des mathématiques, lui le scientifique, portant aux nues le spirituel et le message de l’écriture. On découvre un Descartes qui se veut "au-dessus de la mêlée", passant le plus clair de son temps à l’étranger, se préparant après la visite de Blaise Pascal, à partir pour la Suède, invité par la reine Christine.

 

               
                                                               Scène de L’antichambre

 

La pièce, avec la confrontation en matière religieuse entre la tolérance de Descartes et l’intransigeance de Blaise Pascal, fait largement écho à une actualité trop souvent confrontée à la folie meurtrière et la volonté hégémonique de "fous de dieu".



Malgré la tension qui retombe à la fin de l’entrevue, il faut bien constater que chacun n’a fait qu’exprimer son point de vue et en fin de compte, est resté campé sur ses convictions, que leur discussion n’a fait que confirmer ce qu’ils pensaient déjà.

 

< Christian Broussas – Descartes Pascal - 5/08/2019 < • © cjb © • >>

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 16:15

 

Dario Fo et sa femme Franca Rame

Dario Fo, qui souvent joue et met en scène ses propres pièces, a renouvelé par son style le genre Commedia

dell’arte et la farce médiévale en privilégiant l'improvisation, la performance verbale et physique de l’acteur et la profusion de gags ou de jeux de mots. Il utilise tous les langages dont il peur disposer, un peu comme les plasticiens détournent des objets usuels pour en faire des objets d’art. On trouve ainsi dans ses textes le recours à des parlers populaires mêlés d'accents régionaux, de formules idiomatiques et même de phrases murmurées parfois inaudibles. [1]

Son théâtre se caractérise par une esthétique brute –certains disent grotesque- basée sur des allusions, des références grivoises ou parfois scatologiques, un grand sens de l'économie de mise en scène. Très souvent, un même acteur interprète plusieurs personnages, plusieurs rôles comme dans le théâtre grec antique, utilise quelques accessoires, porte un masque ou un accoutrement quelconque et un simple maquillage volontairement trivial ou bouffon.

De cette façon, Dario Fo a voulu se libérer des contraintes classiques de la représentation scénique pour en donner une parodie et faire ressortir sa nature artificielle, refusant de se lier à la réalité de la vie quotidienne, privilégiant le recours à l’invraisemblable et à l’invention. Il tend ainsi à « extérioriser » sa pièce en inscrivant le spectacle dans un environnement global, les acteurs par exemple apostrophant le public, faisant des commentaires sur les objets du décor, critiquant sans fard les contraintes des répétitions ou la progression dramatique de la pièce.

A travers des formes de comique, de fantaisie et de satire, son objectif se veut une contestation radicale de la société de son temps : dénonciation des mœurs de la bourgeoisie, du rôle du libéralisme, [2] du clergé [3] et de l’armée, [4] ce qui lui valut d’être souvent victime de la censure et qui culmina en 1962 dans un véritable « lynchage médiatique » lors de l’émission télévisée, Canzonissima, dont l’audience fut autrement importante que celle de représentations sur de petites scènes de théâtre.

 

Notes et références

[1] Par exemple, sa pièce Mystère bouffe est un spectacle inspiré des mystères et des jongleries populaires du Moyen-Áge, utilisant le Gremelot, un langage fait de dialectes et d’onomatopées pour susciter le rire ironique de l’auditoire.

[2] Sa pièce Faut pas payer, qui inaugure son propre théâtre en 1974, est une satire haute en couleurs et ironique du monde industriel et de la société de consommation.

[3] Par exemple dans sa pièce Le pape et la sorcière (Il papa e la strega) en 1989, charge anticléricale sur le thème d’une loi anti-drogue très répressive.

[4] Comme dans Isabelle, trois caravelles et un charlatan, histoire revue et corrigée de Christophe Colomb, contenant nombre des répliques moqueuses sur l’armée.

 

Faut pas payer ! (Non si paga, non si paga !, connue aussi sous le titre On ne paie pas, on ne paie pas !), 1973

Comédie qui se situe dans l’Italie des années soixante-dix à Milan, une ville qu’il connaît bien. Le fil conducteur est l’histoire d’un groupe d’ouvrières qui ne supportent plus l’augmentation du coût de la vie et, au comble de l’exaspération, décident de dévaliser le supermarché de leur quartier. Mais tout le mode réagit et se ligue contre elles, de leurs propres maris. La confrontation provoque de nombreux quiproquos comme cette femme qui, cachant ses menus larcins sous ses vêtements,  affirme qu’elle est enceinte pour berner tout le monde.

 

La pièce passe par la farce sociale pour parler des problèmes de société comme la délocalisation industrielle et le chômage, la faim ou l’absence de logement, le poids particulier imposé aux femmes au quotidien, les difficultés imposées aux plus défavorisés dans nos sociétés développées, tous ceux qu’on range pour simplifier dans le groupe du « quart monde ».

http://p2.storage.canalblog.com/25/96/714221/50624099.jpg   Faut pas payer ! avec Julie Jézéquel , Pascal Destal, Lorène Guillemin...

                                                                             Théâtre de la gargouille - Bergerac

 

Mystère bouffe, (Mistero buffo), spectacle théâtral joué pour la première fois en 1969 en Italie et en 1973 au Festival d’Avignon par le collectif Nouvelle Scène Internationale, dans une mise en scène d’Arturo Corso.

Dario Fo, Mystère bouffe. « Jonglerie populaire », traduit et adapté par G. Herry, Paris, Dramaturgie Éditions, 1984, postface de J. Guinot et F. Ribes.

 

Ce « Mystère » s’inspire d’une tradition italienne datant des XIIIème et XIVème siècles, genre alors en vigueur qui avait périclité au cours du temps. En usant de longs monologues, l’acteur explique et commente le contexte du texte qu’il entend jouer, en s’aidant de manuscrits ou de peintures murales médiévales. On y rencontre au fil du spectacle de multiples personnages, un jongleur, un fou, des joueurs, un ivrogne ou un vilain se mêlent à des soldats, un chef des gardes, y croisent des personnages bibliques comme un ange ou la Vierge Marie et même le pape Boniface VIII, caricature du message biblique. Autant de figures bouffonnes sur fond de mystère christique.

 

Spectacle total, sans plus de distinction entre la scène et le public, Dario Fo le jouait en communion avec ce public, n’hésitant pas à faire appel à lui, à improviser pour rendre le spectacle unique, usant d’un langage qui n’est compréhensible qu’à travers l'intonation et la gestuelle qui l'accompagnent Fo en profite pour dénoncer la récupération de l'histoire populaire par le pouvoir, la confection d’une histoire officielle qui occulte révoltes et soulèvements populaires.

 

Théâtre Jacques Cœur - Lattes (34)

 

Histoire du tigre et autres histoires, 1978

 

Monologue théâtral d’un soldat, un homme du peuple,  qui raconte le rôle providentiel qu’un tigre a joué dans ses aventures. Le peuple s’identifie au monde animal –celui du tigre chez les chinois- contre le monde politisé des puissants.

Au temps de la Longue Marche, l’armée chinoise de Mao se replie et laisse derrière elle un pauvre soldat blessé à un pied, très mal en point, gagné par la gangrène. Réfugié dans une grotte, il est sauvé par une tigresse qu’il aide à son tour mais il préfère aller s’installer dans un village… suivi de la tigresse et de son petit. Après bien des péripéties, ils parviendront tous à s’entendre. Unis, ils repousseront les envahisseurs, des armées de Tchang Kaï-Chek à celles du Japon, et même les soi-disant représentants du peuple qui finissent par s'enfuir, laissant le village en paix.

 

 Mort accidentelle d’un anarchiste, 1970

 

Dans cette pièce tirée de faits réels, Dario Fo transpose deux défenestrations : celle de l’anarchiste italien Andrea Salsedo par la police de New York en 1920 et celle de Giuseppe Pinelli par la police milanaise en 1969. [1]

 

« A la première lecture de "Mort Accidentelle d'un Anarchiste", j'ai été totalement émerveillée par l'humour et l'ironie avec laquelle Dario Fo traite un fait divers terrible: un cheminot anarchiste fait une chute mortelle, du 4ème étage d'un commissariat.... Le sujet de la pièce qui laisse augurer un drame devient au contraire le prétexte à une farce satirique sur la police, le pouvoir et la justice, nul n'est épargné... »

Ivola Pounembetti, metteur-en-scène, La Rochelle, 2013-2013

Positions inconciliables : « Suicide » conclut la justice, « meurtre » insinue la rumeur publique. Un fou s'introduit dans un commissariat jouant successivement différents personnages, un enseignant, un juge, un capitaine... jusqu'à embarquer tout le monde dans des situations inextricables qui impliquent diverses fonctions de l'Etat. Son action va peu à peu saper la version officielle et pousser tout ce beau monde dans ses retranchements, renvoyant chacun à sa propre responsabilité.

[1] En 1969, une bombe explose dans la Banque Agricole, à Milan. Et immédiatement, on arrête l’anarchiste Giovanni Pinelli, pour constater quelques années plus tard que l'Etat italien était largement impliqué dans cet attentat.

  

   

Affiches de la pièce à La Rochelle  et à Arcueil, théâtre de l’épopée

 

Récits de femmes, Dario Fo et Franca Rame, 1970

Deuxième volet de la trilogie "Récits de femmes" composé de « Nous avons toutes la même histoire », « Une femme seule » et « Couple ouvert à deux battant »

 

Elles s’appellent Marie, Gina ou Antonia, sont émouvantes et parlent de leur quotidien avec conviction et justesse ; elles se sentent souvent seules et ignorées, niées même dans leur condition féminine, confiant ainsi leur détresse et leurs espoirs. Seul le rire libérateur de Dario Fo peut à son tour désamorcer le tragique et nous faire réfléchir.  

« Nous avons toutes la même histoire » : Gina a oublié de prendre la pilule et le soir venu, son petit ami insiste pour faire l’amour avec elle. Et bien sûr, ce qui devait arriver… On s’insinue dans les états d’âme de Gina prise dans des sentiments contradictoires, entre tentation, désir et volonté de résistance qui la conduiront à finalement accepter cette maternité non désirée. 

Etats émotionnels ambivalents, conflictuels entre son besoin de caresses et la peur de tomber enceinte, jusqu’à rouler en boule un tissu qu’elle tient contre elle comme un nouveau-né.

« Une femme seule » : Marie est une femme au foyer comme on dit, plus considérée dans son rôle traditionnel d’épouse, plus objet sexuel et robot domestique que comme femme épanouie. Une femme engluée dans sa situation, une impasse sans espoir, coincée entre un beau-frère obsédé sexuel, lourdement handicapé et la violence de son mari.

« Couple ouvert à deux battant » : Histoire assez sordide du trompeur trompé, où le mensonge sert de conduite. Antonia est affligée de Massimo, un mari effrontément volage qui culpabilise et lui joue une nouvelle fois la scène du suicide. A bout d’arguments, il lui suggère de faire la même chose et de prendre à son tour des amants. Mais quand elle lui annonce qu’elle le trompe… c’est une tout autre histoire…

 

recit de femmes - theatre funambule

 

 

 

 

 

 

Récits de femme au théâtre du funambule, Paris 18ème 

 

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 13:50

Dario Fo et Franca Rame

Prix Sonning en 1981, Prix Nobel en 1997 

 

Franca Rame, la complice de Dario Fo Dario Fo et sa femme Franca Rame

Avec Dario Fo, c'est un saltimbanque qui entre au pays du Nobel et reçoit le prix Nobel de littérature en1997. Un prix qui lui fut décerné pour avoir entre autres « dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé le pouvoir et restauré la dignité des humiliés. » [1]

 

Doué en dessin et en peinture, il n'était pas spécialement destiné à devenir l'un des plus grands dramaturges italiens, un « homme de théâtre complet », l'égal de Goldoni, ce qui est pour lui le compliment suprême. Encore, et il l'a rappelé lors de son discours de Stockholm, il préfère entre tous un autre auteur italien Angelo Beolco dit Ruzzante, « un extraordinaire homme de théâtre de ma terre, peu connu ... même en Italie. Mais qui est sans aucun doute le plus grand auteur de théâtre que l'Europe ait connu pendant la Renaissance avant l'arrivée de Shakespeare. » 

 

Les sept premières années de sa vie, il les a relatées dans un roman picaresque dans le village de Mezaràt situé sur la rive italienne du lac Majeur."Mezaràt" signifie "chauves-souris" en dialecte lombard, surnom des contrebandiers et des pêcheurs qui vivaient la nuit, comme les chauves-souris justement, autoportrait «d'un Nobel en petit garçon, peint avec l'élan et le comique d'un grand maître, » écrira le journal  Repubblica delle donne. On y côtoie des souffleurs de verre et bien sûr la famille, un père cheminot et antifasciste, un grand-père horticulteur et truculent et une mère si sensitive, si affectueuse.

 

Il naquit en 1926 dans le village de Sangiano près de Varese en Lombardie du nord, où son grand-père qui était un "fabulatore" apprécié, l'initia très tôt au théâtre populaire et à la tradition orale mais il entreprit d'abord des études d'art et d'architecture à Milan avant de se lancer dans l'écriture. [2]

 

Sans elle, sans Franca Rame, il n'existerait pas, affirme-t--il.  [3]« Je dois mon Nobel à cette dame, sans elle je ne l’aurais pas eu ! » Il l'épouse en 1954 et depuis ils sont inséparables dans la vie, leur militantisme, ils assurent la mise en scène et  ont écrit plus de 70 comédies et quelque 300 monologues. [4] « Franca ne recule devant rien !  Elle a le courage d’exprimer certaines idées, certaines valeurs, la constance, le rationalisme, l’ordre au milieu de tout le désordre que j’organise à tout moment... » ajoute Dario Fo. Elle l'a payé cher puisqu'en 1973, elle est enlevée, torturée et violée par des militants d'extrême-droite, cachant cette terrible expérience jusqu'à ce qu'elle écrive et joue « Viol ».  

 

Pour faire bouger la société, ils refusent de poursuivre un rôle de bouffon de la bourgeoisie au pouvoir, ils jouent dans les usines et les maisons du peuple, s'inspirant de l'idée du TNP Théâtre National Populaire et des pièces de Bertold Brecht.

 

Pour éviter le plus possible les contrôles et la censure, -que la police arrache leurs affiches sur demande de l'église ou que leurs textes soient "expurgés"- ils s'organisent, les spectateurs deviennent des adhérents et chaque pièce est suivie d'un débat. Aux élections municipales de Milan le 29 janvier 2006, il obtient 23% des voix, restant conseiller municipal [5], « ce qui est certain, dit-il, c'est que je serai toujours là pour déranger.» [6]

Sur sa pierre tombale, il souhaite que l'on inscrive: «Le clown est mort. Riez ! »

 

   

      Le couple lors d'une manifestation en décembre 2005

 

Notes et références

[1] Voir sa présentation dans la Notice des prix Nobel

[2] Il travailla ensuite à la radio, y écrivant toute une série de monologues intitulée Poer nano ("Pauvre nain") et débuta comme acteur en 195.

[3] Franca Rame, issue d'une famille d'acteurs ambulants, est née à Parabiago, petite ville de la province de Milan

[4] Le 24 juin 1954, elle épouse Dario Fo à Milan dans la basilique Saint-Ambroise et de cette union naîtra leur fils Jacopo le 31 mars 1955.

[5] Sa femme Franca a été élue sénatrice du Piémont en 2006

[6]  Interview de Paola Genone en 2006

 

Bibliographie en français 

* Allons-y, on commence : farces, François F. Maspero, 1977
* Mort accidentelle d'un anarchiste, Paris, Dramaturgie, 1983
* Mystère bouffe : jonglerie populaire, Paris, Dramaturgie, 1984
* Histoire du tigre et autres histoires, Paris, Dramaturgie, 1984
* Récits de femmes et autres histoires, avec  Franca Rame, Dramaturgie, 1986
* Le Gai savoir de l'acteur, Paris, L'Arche, 1990
* Johan Padan à la découverte des Amériques, Paris, Dramaturgie, 1995
* Mort accidentelle d'un anarchiste ; Faut pas payer ! Paris, Dramaturgie, 1997
* Récits de femmes  : suite, Paris, Dramaturgie, 2002
* Le pays des Mezaràt : mes sept premières années ( et un peu plus),  avec Franca Rame, Plon, 2004

 

Voir aussi  

* Dossier sur Dario Fo  et Culture italienne

* Présentation de La parlerie grotesque

* Présentation de L'apocalypse différée

 

dariofo File:Dario Fo, Franca Rame, Jacopo Fo.jpg  

Char Dario Fo au carnaval de Viareggio                                            Naissance de Jacopo en 1955


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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 15:57

Bertold Brecht à Berlin-Est

        <<<<<<<<<<< Bertold Brecht(1898-1956) dramaturge allemand >>>>>>>>>>>
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Résidence Weissensee, Berlin           La maison de Buckow

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La maison de Buckow, salon                          Buckow, pavillon de jardin


Berlin-Est en 1948.
Après un long exil, Bertold Brecht, ce fils de la bourgeoisie d'Augsbourg en Bavière [1], revient à Berlin dans une Allemagne de l'Est en pleine gestation, dans une ville dévastée par la guerre, où ses stigmates sont encore visibles à tous les coins de rues. L'État, bienveillant envers le grand dramaturge et qui compte sur lui pour initier une "culture populaire" a mis à sa disposition la villa du Weissensee située dans une forêt près du lac. C'est une grande maison de style néoclassique avec colonnes et fronton grec et un vaste perron protégé par une marquise.

 

H Weigel Berliner ensemble.jpg

Il prit immédiatement la direction du Berliner Ensemble pour donner des spectacles au Deutsches Theater et triompha rapidement avec Mère courage en 1949 mais l'année suivante, la reprise d'Antigone reçut un accueil mitigée. Déjà se faisaient jour la différence de conception théâtrale entre Bertold Brecht et les responsables de la politique culturelle.

 

Brecht vivait alors avec la fidèle Hélène Wigel, la mère de ses deux enfants, mais aussi avec son actrice fétiche du moment Maria Eich. A la fin du mois de juillet 1950, Bertold Brecht emmène sa troupe en vacances sur les bords de la Baltique à Ahrenshoop, petite station balnéaire avec ses maisons étroites en bois. Ils flânaient dans les dunes, visitaient les curiosités locales comme la vieille église des pêcheurs, jouaient aux touristes. Les tracasseries de la police politique l'irritèrent au point qu'il partit un temps à Rostock participer aux répétitions du Don Juan de Molière mis en scène par Benno Besson. [2]

 

Le Brecht-Denkmal de Fritz Cremer Berliner ensemble.jpg

Statue de Brecht

Au début de l'année 1952, Bertold Brecht décide de s'éloigner un peu de Berlin et avec Hélène Weigel ils tombent tous deux sous le charme une grande propriété située au bord du lac de Schermützel, à une heure environ de la capitale, à Buckow, strasse 29. Ce lieu protégé leur rappelle la maison de Svobostrand qu'ils habitèrent pendant leur séjour au Danemark en 1933. Sur l'immense terrain parsemés d'arbres vénérables, deux maisons sont implantées.

 

Sur le haut, une grande demeure blanche à toit brun avec une grande baie vitrée en angle, un patio pavé et une serre. Hélène Weigel s'installe ici, dans la grande demeure entourée de pins et de rosiers sauvages tandis que Bertold Brecht préfère aller dans la maison du bas vers le lac, plus petite et bâtie en briques brunes, avec Maria Eich. Pendant que Brecht écrit ou lit Horace dans l'un des fauteuils de jardin installés près de l'eau, Maria apprend le texte de Coriolan dont les répétitions ont commencé ou glisse au fil de l'eau dans dans vieille barque, le long des roseaux.

 

Ils aimaient les rives sombres du lac par temps gris, qui tranchaient sur les roches d'un beau brun-rouge. Bertold Brecht discutait avec un invité Gyorgy Lukacs venu de la capitale, en fumant son éternel petit cigare. Il lui expliquait sa thèse centrale de "distanciation" fondée sur une démarche objective pour pouvoir prendre du champ, éviter les biais de la psychologie et une approche sentimentaliste. Parfois, son visage se durcissait quand il pensait à son premier fils mort sur le front russe. Avec son visage un peu lourd, ses chevaux clairsemés et ses courtes mèches rabattues sur les tempes, il avait des airs d'empereur romain. Dans son testament, il avait prévu de léguer le domaine de Buckow à sa fille Barbara plutôt qu'à son fils Stefan. Mais il vivra jusqu'en 1956, victime d'un infarctus le 14 août à Berlin après avoir reçu l'année précédente le "Prix Staline International pour la Paix".

 

Dans son poème "La Solution", il écrit cette phrase plein d'ironie : « J'apprends que le gouvernement estime que le peuple a "trahi la confiance du régime" et devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités. A ce stade, ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ? »

 

Notes et références

  1. « J'ai grandi en fils de famille / Mes parents m'ont mis un faux-col, / Ils m'ont habitué à me faire servir / Et appris l'art de commander. » (Verjagt mit gutem Grund, Gedichte IV, 141. Arche, Poèmes IV, 135. Traduction Gilbert Badia et Claude Druchet)
  2. : En 1954, le nouveau théâtre de Brecht, le Theater am Schiffbauerdamm, sera inauguré par Benno Besson, dans son adaptation de Dom Juan de Molière.

Repères bibliographiques

  • Hannah Arendt, "Vies politiques", Gallimard, 1974.
  • Walter Benjamin, "Essais sur Brecht", éditions Rolf Tiedemann, 1955, traducteur Philippe Ivernel, La Fabrique, 2003.
  • Jacques-Pierre Amette, "La maîtresse de Brecht", éditions Albin Michel, 2003

Voir aussi : Goethe à Strasbourg

Liens externes : * Poèmes de Brecht, * Biographie, * Photos de Buckow

 

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Bertold Brecht en 1947 . . . . . . . . . Sa tombe à Berlin

 

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Le Berliner Ensemble                                Scène de "La noce"

 

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 14:52

L'écrivain et dramaturge René de Obaldia

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tumb  René de Obaldia au théâtre de l'Oise en 1988

 

Dans une récente interview, René de Obaldia confiait à la journaliste qui l'interrogeait : "Je suis hanté par le mystère du mal". ref> Interview de Laurence Liban pour L'Express, publiée le 22/09/2011</ref> On l'appelle l'académicien le plus drôle du Quai Conti depuis qu'il a rejoint l'Académie française et qui pourrait dans la vénérable institution, lui contester ce titre ? Et il est vrai qu'il a toujours été un homme plein de fantaisie, d'extravagance même, soucieux de sa liberté en tout et d'abord dans sa verve et son franc-parler.

 

Quelques repères
 
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22 octobre 1918 Naissance à Hongkong
Mai 1940-45 stalag Sagan, Silésie
1955 Tamerlan des coeurs (roman)
1960 Genousie (théâtre)
1969 Les Innocentines (poésie)
1993 Exobiographie (Mémoires)
1999 Election à l'Académie française

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A la question « Comment votre œuvre résiste-t-elle ? » il répond avec son ironie coutumière : « Très bien. Dans l'ensemble, les spectateurs rient au même moment. Mais il peut y avoir des surprises... Et de partir dans une anecdote où dans "Du vent dans les branches de sassafras", quand Michel Simon provoquait les rires avec sa réplique « Jamais je n'ai été jeune" », Gino Cervi s'était servi d'une musique dramatique provoquant l'effet inverse. Relativité de la mise en scène et de la didascalie.

 

Sur son succès, même posture de recul : il parle d'un théâtre "vertical", comme dans Du vent dans les branches de sassafras' mais finalement, chacun prend ce qui lui plaît. Il a eu cette chance bénie pour un auteur d'avoir les comédiens qu'il voulait, Michel Simon qu'il a remis en selle après huit ans d'absence sur scène, d'autres qu'il appréciait particulièrement comme Rosy Varte, Maria Pacôme et Micheline Presle, qui ont créé entre autres Le Défunt ou également Jean Rochefort dans Genousie...

 

Curieux titre pour une pièce que ce Genousie, un peu comme pour Du vent dans les branches de sassafras, ce nom d'arbre qu'il découvre en lisant Fenimore Cooper et dont il aime le son, ces syllabes qui se détache si bien. Pour Genousie, ce mot provient d'un texte qu'avait aussi beaucoup intéressé Jean Cocteau, qui finissait par cette phrase : « Je baigne délicieusement dans le royaume de Genousie. »

 

Il se dit hanté depuis toujours par le mystère du mal, la cruauté des hommes que résume bien le dicton "Homo homini lupus"... (L'homme est un loup pour l'homme...). Dans Monsieur Klebs et Rozalie en 1975, Michel Bouquet en Monsieur Klebs rêve d'une nouvel homme, un "homme humain", dans le roman Tamerlan des cœurs en 1955, c'est le conquérant, le dictateur dont il montre la cruauté, un Tamerlan en séducteur tout en étant un homme très ordinaire jeté dans l'histoire extraordinaire de la Première guerre mondiale, symbole de cruauté suprême qui représente tourtes les époques, toutes les situations, d'où ce mélange de dates et d'époques dans son récit. Pour lui, « toutes les civilisations sont contemporaines. »

 

Interrogé sur sa réplique tirée de Du vent dans les branches de sassafras, « La vie ne m'intéresse pas outre mesure,  » il la reprend à son compte, éprouvant depuis toujours ce que l'écrivain espagnol Miguel de Unamuno appelle "le sentiment tragique de la vie". À côté des beautés du monde, de l'amour... demeure le Mal, celui absolu d'Auschwitz, l'homme abandonné du divin et le recours à une totale liberté de l'homme en la matière et pour lui, le recours à une forme d'humour qu'il nomme "humour espagnol" et définit comme une "ironie métaphysique", la "superbe drôlerie" de Cerventes ou celle de Ramon Gomez de la Serna qu'il adore.[1] Il est comme Miguel de Unamuno, ambivalent, auteur de L'Agonie du christianisme mais aussi du Traité de cocotologie, l'art de faire des cocottes en papier. Suprême exigence et tout aussi suprême dérision. Plutôt que du mouvement du théâtre de l'absurde dans la veine de Samuel Beckett, il se veut du "théâtre du mystère".

 

Il fait ensuite un incursion dans sa biographie, même si malgré ses traits essentiels qu'il dit relever de l'inné, son parcours avait eu quelque importance sur les thèmes qu'il aborde et les qualités de son écriture. Son père, consul du Panama à Hongkong, disparaît dans l'immensité chinoise avant sa naissance, sa mère rentre en France où elle le place en nourrice chez des ouvriers. Il rapporte cette anecdote, assez importante pour qu'il l'a conte encore à plus de 90 ans : « Un jour, j'ai été accusé d'avoir coupé les moustaches du chat. Or ce n'était pas moi. On m'a puni. J'étais prêt à mourir pour que l'on sache que ce n'était pas moi. Et j'ai mis le feu aux rideaux. »

 

Adolescent, il se voit, « inquiet et mystique, » l'état d'esprit de Lacordaire disant : « Mon âme est mystique, mon esprit est critique. » Il est élevé par une grand-mère très pieuse Honorine, plutôt rassuré alors car il sait que, quelles que soient les turpitudes de la vie, « le Christ est ressuscité » et l'espoir demeure. Certitudes d'adolescent que vont fondre quand, pendant la guerre, il "fera son devoir", sera fait fait prisonnier et découvrira à son retour les horreurs d'Auschwitz.

 

 
Obaldia.jpg

L'Académie française, ce n'était pas trop son truc au départ, il cite volontiers Flaubert écrivant «  Être contre l'Académie. Se présenter, » puis finit par se laisser convaincre. Il ne regrette pas, dit y rencontrer des gens passionnants de tous horizons, d'une tolérance exquise. Dilemme : son prédécesseur Julien Green refusant tout hommage posthume, il se tortura longtemps et finit par demander conseil à un dénommé Jean-Baptiste Poquelin, qui doit avoir l'expérience de ces situations depuis le temps.

À la question « Pourquoi écrit-il ? », comme demandaient les surréalistes, il répond malicieusement que c'est « pour faire des rencontres. » Et aussi pour tous ceux qui lui écrivent leur bonheur de recevoir ses œuvres, qui le remercient et écrivent qu'ils « se sont sentis allégés » en le lisant ou en allant voir ses pièces.

 

Notes et références

  1. Ramón Gómez de la Serna (1888-1963), est un écrivain espagnol "d'avant-garde", qu'on rattache souvent à la "Generación" de 1914 ou au Novecentismo, à l'origine d'un genre poétique, "la greguería".

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