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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 16:15

 

Dario Fo et sa femme Franca Rame

Dario Fo, qui souvent joue et met en scène ses propres pièces, a renouvelé par son style le genre Commedia

dell’arte et la farce médiévale en privilégiant l'improvisation, la performance verbale et physique de l’acteur et la profusion de gags ou de jeux de mots. Il utilise tous les langages dont il peur disposer, un peu comme les plasticiens détournent des objets usuels pour en faire des objets d’art. On trouve ainsi dans ses textes le recours à des parlers populaires mêlés d'accents régionaux, de formules idiomatiques et même de phrases murmurées parfois inaudibles. [1]

Son théâtre se caractérise par une esthétique brute –certains disent grotesque- basée sur des allusions, des références grivoises ou parfois scatologiques, un grand sens de l'économie de mise en scène. Très souvent, un même acteur interprète plusieurs personnages, plusieurs rôles comme dans le théâtre grec antique, utilise quelques accessoires, porte un masque ou un accoutrement quelconque et un simple maquillage volontairement trivial ou bouffon.

De cette façon, Dario Fo a voulu se libérer des contraintes classiques de la représentation scénique pour en donner une parodie et faire ressortir sa nature artificielle, refusant de se lier à la réalité de la vie quotidienne, privilégiant le recours à l’invraisemblable et à l’invention. Il tend ainsi à « extérioriser » sa pièce en inscrivant le spectacle dans un environnement global, les acteurs par exemple apostrophant le public, faisant des commentaires sur les objets du décor, critiquant sans fard les contraintes des répétitions ou la progression dramatique de la pièce.

A travers des formes de comique, de fantaisie et de satire, son objectif se veut une contestation radicale de la société de son temps : dénonciation des mœurs de la bourgeoisie, du rôle du libéralisme, [2] du clergé [3] et de l’armée, [4] ce qui lui valut d’être souvent victime de la censure et qui culmina en 1962 dans un véritable « lynchage médiatique » lors de l’émission télévisée, Canzonissima, dont l’audience fut autrement importante que celle de représentations sur de petites scènes de théâtre.

 

Notes et références

[1] Par exemple, sa pièce Mystère bouffe est un spectacle inspiré des mystères et des jongleries populaires du Moyen-Áge, utilisant le Gremelot, un langage fait de dialectes et d’onomatopées pour susciter le rire ironique de l’auditoire.

[2] Sa pièce Faut pas payer, qui inaugure son propre théâtre en 1974, est une satire haute en couleurs et ironique du monde industriel et de la société de consommation.

[3] Par exemple dans sa pièce Le pape et la sorcière (Il papa e la strega) en 1989, charge anticléricale sur le thème d’une loi anti-drogue très répressive.

[4] Comme dans Isabelle, trois caravelles et un charlatan, histoire revue et corrigée de Christophe Colomb, contenant nombre des répliques moqueuses sur l’armée.

 

Faut pas payer ! (Non si paga, non si paga !, connue aussi sous le titre On ne paie pas, on ne paie pas !), 1973

Comédie qui se situe dans l’Italie des années soixante-dix à Milan, une ville qu’il connaît bien. Le fil conducteur est l’histoire d’un groupe d’ouvrières qui ne supportent plus l’augmentation du coût de la vie et, au comble de l’exaspération, décident de dévaliser le supermarché de leur quartier. Mais tout le mode réagit et se ligue contre elles, de leurs propres maris. La confrontation provoque de nombreux quiproquos comme cette femme qui, cachant ses menus larcins sous ses vêtements,  affirme qu’elle est enceinte pour berner tout le monde.

 

La pièce passe par la farce sociale pour parler des problèmes de société comme la délocalisation industrielle et le chômage, la faim ou l’absence de logement, le poids particulier imposé aux femmes au quotidien, les difficultés imposées aux plus défavorisés dans nos sociétés développées, tous ceux qu’on range pour simplifier dans le groupe du « quart monde ».

http://p2.storage.canalblog.com/25/96/714221/50624099.jpg   Faut pas payer ! avec Julie Jézéquel , Pascal Destal, Lorène Guillemin...

                                                                             Théâtre de la gargouille - Bergerac

 

Mystère bouffe, (Mistero buffo), spectacle théâtral joué pour la première fois en 1969 en Italie et en 1973 au Festival d’Avignon par le collectif Nouvelle Scène Internationale, dans une mise en scène d’Arturo Corso.

Dario Fo, Mystère bouffe. « Jonglerie populaire », traduit et adapté par G. Herry, Paris, Dramaturgie Éditions, 1984, postface de J. Guinot et F. Ribes.

 

Ce « Mystère » s’inspire d’une tradition italienne datant des XIIIème et XIVème siècles, genre alors en vigueur qui avait périclité au cours du temps. En usant de longs monologues, l’acteur explique et commente le contexte du texte qu’il entend jouer, en s’aidant de manuscrits ou de peintures murales médiévales. On y rencontre au fil du spectacle de multiples personnages, un jongleur, un fou, des joueurs, un ivrogne ou un vilain se mêlent à des soldats, un chef des gardes, y croisent des personnages bibliques comme un ange ou la Vierge Marie et même le pape Boniface VIII, caricature du message biblique. Autant de figures bouffonnes sur fond de mystère christique.

 

Spectacle total, sans plus de distinction entre la scène et le public, Dario Fo le jouait en communion avec ce public, n’hésitant pas à faire appel à lui, à improviser pour rendre le spectacle unique, usant d’un langage qui n’est compréhensible qu’à travers l'intonation et la gestuelle qui l'accompagnent Fo en profite pour dénoncer la récupération de l'histoire populaire par le pouvoir, la confection d’une histoire officielle qui occulte révoltes et soulèvements populaires.

 

Théâtre Jacques Cœur - Lattes (34)

 

Histoire du tigre et autres histoires, 1978

 

Monologue théâtral d’un soldat, un homme du peuple,  qui raconte le rôle providentiel qu’un tigre a joué dans ses aventures. Le peuple s’identifie au monde animal –celui du tigre chez les chinois- contre le monde politisé des puissants.

Au temps de la Longue Marche, l’armée chinoise de Mao se replie et laisse derrière elle un pauvre soldat blessé à un pied, très mal en point, gagné par la gangrène. Réfugié dans une grotte, il est sauvé par une tigresse qu’il aide à son tour mais il préfère aller s’installer dans un village… suivi de la tigresse et de son petit. Après bien des péripéties, ils parviendront tous à s’entendre. Unis, ils repousseront les envahisseurs, des armées de Tchang Kaï-Chek à celles du Japon, et même les soi-disant représentants du peuple qui finissent par s'enfuir, laissant le village en paix.

 

 Mort accidentelle d’un anarchiste, 1970

 

Dans cette pièce tirée de faits réels, Dario Fo transpose deux défenestrations : celle de l’anarchiste italien Andrea Salsedo par la police de New York en 1920 et celle de Giuseppe Pinelli par la police milanaise en 1969. [1]

 

« A la première lecture de "Mort Accidentelle d'un Anarchiste", j'ai été totalement émerveillée par l'humour et l'ironie avec laquelle Dario Fo traite un fait divers terrible: un cheminot anarchiste fait une chute mortelle, du 4ème étage d'un commissariat.... Le sujet de la pièce qui laisse augurer un drame devient au contraire le prétexte à une farce satirique sur la police, le pouvoir et la justice, nul n'est épargné... »

Ivola Pounembetti, metteur-en-scène, La Rochelle, 2013-2013

Positions inconciliables : « Suicide » conclut la justice, « meurtre » insinue la rumeur publique. Un fou s'introduit dans un commissariat jouant successivement différents personnages, un enseignant, un juge, un capitaine... jusqu'à embarquer tout le monde dans des situations inextricables qui impliquent diverses fonctions de l'Etat. Son action va peu à peu saper la version officielle et pousser tout ce beau monde dans ses retranchements, renvoyant chacun à sa propre responsabilité.

[1] En 1969, une bombe explose dans la Banque Agricole, à Milan. Et immédiatement, on arrête l’anarchiste Giovanni Pinelli, pour constater quelques années plus tard que l'Etat italien était largement impliqué dans cet attentat.

  

   

Affiches de la pièce à La Rochelle  et à Arcueil, théâtre de l’épopée

 

Récits de femmes, Dario Fo et Franca Rame, 1970

Deuxième volet de la trilogie "Récits de femmes" composé de « Nous avons toutes la même histoire », « Une femme seule » et « Couple ouvert à deux battant »

 

Elles s’appellent Marie, Gina ou Antonia, sont émouvantes et parlent de leur quotidien avec conviction et justesse ; elles se sentent souvent seules et ignorées, niées même dans leur condition féminine, confiant ainsi leur détresse et leurs espoirs. Seul le rire libérateur de Dario Fo peut à son tour désamorcer le tragique et nous faire réfléchir.  

« Nous avons toutes la même histoire » : Gina a oublié de prendre la pilule et le soir venu, son petit ami insiste pour faire l’amour avec elle. Et bien sûr, ce qui devait arriver… On s’insinue dans les états d’âme de Gina prise dans des sentiments contradictoires, entre tentation, désir et volonté de résistance qui la conduiront à finalement accepter cette maternité non désirée. 

Etats émotionnels ambivalents, conflictuels entre son besoin de caresses et la peur de tomber enceinte, jusqu’à rouler en boule un tissu qu’elle tient contre elle comme un nouveau-né.

« Une femme seule » : Marie est une femme au foyer comme on dit, plus considérée dans son rôle traditionnel d’épouse, plus objet sexuel et robot domestique que comme femme épanouie. Une femme engluée dans sa situation, une impasse sans espoir, coincée entre un beau-frère obsédé sexuel, lourdement handicapé et la violence de son mari.

« Couple ouvert à deux battant » : Histoire assez sordide du trompeur trompé, où le mensonge sert de conduite. Antonia est affligée de Massimo, un mari effrontément volage qui culpabilise et lui joue une nouvelle fois la scène du suicide. A bout d’arguments, il lui suggère de faire la même chose et de prendre à son tour des amants. Mais quand elle lui annonce qu’elle le trompe… c’est une tout autre histoire…

 

recit de femmes - theatre funambule

 

 

 

 

 

 

Récits de femme au théâtre du funambule, Paris 18ème 

 

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 13:50

Dario Fo et Franca Rame

Prix Sonning en 1981, Prix Nobel en 1997 

 

Franca Rame, la complice de Dario FoDario Fo et sa femme Franca Rame

Avec Dario Fo, c'est un saltimbanque qui entre au pays du Nobel et reçoit le prix Nobel de littérature en1997. Un prix qui lui fut décerné pour avoir entre autres « dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé le pouvoir et restauré la dignité des humiliés. » [1]

 

Doué en dessin et en peinture, il n'était pas spécialement destiné à devenir l'un des plus grands dramaturges italiens, un « homme de théâtre complet », l'égal de Goldoni, ce qui est pour lui le compliment suprême. Encore, et il l'a rappelé lors de son discours de Stockholm, il préfère entre tous un autre auteur italien Angelo Beolco dit Ruzzante, « un extraordinaire homme de théâtre de ma terre, peu connu ... même en Italie. Mais qui est sans aucun doute le plus grand auteur de théâtre que l'Europe ait connu pendant la Renaissance avant l'arrivée de Shakespeare. » 

 

Les sept premières années de sa vie, il les a relatées dans un roman picaresque dans le village de Mezaràt situé sur la rive italienne du lac Majeur."Mezaràt" signifie "chauves-souris" en dialecte lombard, surnom des contrebandiers et des pêcheurs qui vivaient la nuit, comme les chauves-souris justement, autoportrait «d'un Nobel en petit garçon, peint avec l'élan et le comique d'un grand maître, » écrira le journal  Repubblica delle donne. On y côtoie des souffleurs de verre et bien sûr la famille, un père cheminot et antifasciste, un grand-père horticulteur et truculent et une mère si sensitive, si affectueuse.

 

Il naquit en 1926 dans le village de Sangiano près de Varese en Lombardie du nord, où son grand-père qui était un "fabulatore" apprécié, l'initia très tôt au théâtre populaire et à la tradition orale mais il entreprit d'abord des études d'art et d'architecture à Milan avant de se lancer dans l'écriture. [2]

 

Sans elle, sans Franca Rame, il n'existerait pas, affirme-t--il.  [3]« Je dois mon Nobel à cette dame, sans elle je ne l’aurais pas eu ! » Il l'épouse en 1954 et depuis ils sont inséparables dans la vie, leur militantisme, ils assurent la mise en scène et  ont écrit plus de 70 comédies et quelque 300 monologues. [4] « Franca ne recule devant rien !  Elle a le courage d’exprimer certaines idées, certaines valeurs, la constance, le rationalisme, l’ordre au milieu de tout le désordre que j’organise à tout moment... » ajoute Dario Fo. Elle l'a payé cher puisqu'en 1973, elle est enlevée, torturée et violée par des militants d'extrême-droite, cachant cette terrible expérience jusqu'à ce qu'elle écrive et joue « Viol ».  

 

Pour faire bouger la société, ils refusent de poursuivre un rôle de bouffon de la bourgeoisie au pouvoir, ils jouent dans les usines et les maisons du peuple, s'inspirant de l'idée du TNP Théâtre National Populaire et des pièces de Bertold Brecht.

 

Pour éviter le plus possible les contrôles et la censure, -que la police arrache leurs affiches sur demande de l'église ou que leurs textes soient "expurgés"- ils s'organisent, les spectateurs deviennent des adhérents et chaque pièce est suivie d'un débat. Aux élections municipales de Milan le 29 janvier 2006, il obtient 23% des voix, restant conseiller municipal [5], « ce qui est certain, dit-il, c'est que je serai toujours là pour déranger.» [6]

Sur sa pierre tombale, il souhaite que l'on inscrive: «Le clown est mort. Riez ! »

 

   

      Le couple lors d'une manifestation en décembre 2005

 

Notes et références

[1] Voir sa présentation dans la Notice des prix Nobel

[2] Il travailla ensuite à la radio, y écrivant toute une série de monologues intitulée Poer nano ("Pauvre nain") et débuta comme acteur en 195.

[3] Franca Rame, issue d'une famille d'acteurs ambulants, est née à Parabiago, petite ville de la province de Milan

[4] Le 24 juin 1954, elle épouse Dario Fo à Milan dans la basilique Saint-Ambroise et de cette union naîtra leur fils Jacopo le 31 mars 1955.

[5] Sa femme Franca a été élue sénatrice du Piémont en 2006

[6]  Interview de Paola Genone en 2006

 

Bibliographie en français 

* Allons-y, on commence : farces, François F. Maspero, 1977
* Mort accidentelle d'un anarchiste, Paris, Dramaturgie, 1983
* Mystère bouffe : jonglerie populaire, Paris, Dramaturgie, 1984
* Histoire du tigre et autres histoires, Paris, Dramaturgie, 1984
* Récits de femmes et autres histoires, avec  Franca Rame, Dramaturgie, 1986
* Le Gai savoir de l'acteur, Paris, L'Arche, 1990
* Johan Padan à la découverte des Amériques, Paris, Dramaturgie, 1995
* Mort accidentelle d'un anarchiste ; Faut pas payer ! Paris, Dramaturgie, 1997
* Récits de femmes  : suite, Paris, Dramaturgie, 2002
* Le pays des Mezaràt : mes sept premières années ( et un peu plus),  avec Franca Rame, Plon, 2004

 

Voir aussi  

* Dossier sur Dario Fo  et Culture italienne

* Présentation de La parlerie grotesque

* Présentation de L'apocalypse différée

 

dariofo File:Dario Fo, Franca Rame, Jacopo Fo.jpg  

Char Dario Fo au carnaval de Viareggio                                            Naissance de Jacopo en 1955


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