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6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 14:51

Comment nous sommes devenus américains
 

Référence : Régis Debray, Civilisation, Comment nous sommes devenus américains, éditions Gallimard, collection Blanche, 231 pages, 2017
 

       
 

« Je me demande si tout ceci –l’Europe- ne finira pas par une démence ou un ramollissement général. "Au quatrième top, il sera exactement… la fin d’un monde". » Paul Valéry, Cahiers, 1939
 

Paul Valéry, qui savait les civilisations mortelles, ne souhaitait pas qu’on perde trop de temps à définir de vagues entités. Mais quand même, que représentent ces deux notions de culture et de civilisation ? La culture, c’est d’abord une singularité vitale enracinée dans un peuple et un sol, la civilisation est elle, inerte et sans racines. Pas de civilisation sans culture mais elle possède en plus « un grand rêve et une force mobile. »

 

    
 

Pour en évaluer les conséquences, Il faut une bonne connaissance de la situation géo-politique et historique du monde, ce qui devrait inciter, selon l’auteur, « les enfants de la télé qui nous gouverne à mieux étudier l’histoire et la géographie avant de se mêler d’affaires qui leur sont étrangères. »

 

L’Occident dominateur a bien rempli sa fonction de mythe, « qui est de changer une histoire en nature et la contingence en évidence. » L’évolution en son sein est due à la primauté de "l’homo economicus". En 1919, on trouvait une civilisation européenne avec en périphérie une culture américaine et en 2O17, une civilisation américaine dont les cultures européennes « semblent au mieux des variables d’ajustement. »
Comme disait le secrétaire d’état américain Dean Rusk, « Si vous ne faites pas attention à la périphérie, celle-ci change et devient le centre. »

 

              

De la CIA au Rap, en passant par Mac Do, on constate sans l’ombre d’un doute l’imprégnation de la culture française par les États-Unis, que Régis Debray analyse avec une ironie frondeuse, à travers  aussi bien la vie quotidienne et l'histoire de l'humanité. On part de la Grèce antique et  l'Empire romain pour évaluer les mécanismes  des transferts d'hégémonie pour mieux éclairer notre présent dans une démonstration  ambitieuse et fort bien documentée.
 

L’américanisation s’immisce partout. En 2008, les ministères furent évalués par une entreprise privée américaine, passant au-dessus de l’inspection des Finances. Á Sciences-Po, réformée elle aussi par une firme américaine, plus de la moitié des cours sont dispensés en anglais et le cours sur les politiques culturelles en France appelé « Cultural Policy and Management ».


On ne dit plus « prolétaires » mais « milieux défavorisées », « clochards » mais « SDF », « santé gratuite pour tous » mais « care ». On est passé au black-blanc-beur et « la quête de l’égalité a été remplacée par le mirage de la diversité et le sociétal a étouffé le social. »

 

           

 

L’idée essentielle de Régis Debray est que « l’Amérique c’est de l’espace tandis que l’Europe c’est du temps. »  Aux États-Unis, domine le symbole de l’Easy Rider alors qu’en Europe, c’était le terroir. [1] Maintenant, ce serait plutôt des espaces en Europe (salle d’attente, voies piétonnes, "open bars" et  "open spaces"  un peu partout. On passe du "Qui tu es" au "Où tu es" à travers la géolocalisation, le peuple et devenu une « population », alors que le peuple, c’est d’abord « une langue, des habitus, un passé, une gastronomie, du et des liens. »
 

Notes et références
[1]
Voir son essai intitulé
Éloge des frontières où il réhabilite la notion de frontière --
 

Voir aussi
* Commentaire de Libération et de Médiapart
* Régis Debray,
Un été avec Paul Valéry --

<< Christian Broussas Debray Civilisation - 05/10/2019 - © • cjb • © >>

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6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 12:12

« Monsieur, je ne vous aime point »

Référence : Roger-Pol Droit, Voltaire et Rousseau, une amitié impossible, éditions xx, 400 pages, octobre 2019

 

       Voltaire à Fernay

 

« Une amitié impossible » disait-on en parlant de Voltaire et de Rousseau. Entre eux, « les géants des Lumières », c'est comme chien et chat. Dans ce XVIIIe siècle au bouillonnement intellectuel, S'ils feignent parfois l'indifférence, ils se lisent, s'écrivent, s'admirent. Mais viendra un jour le temps du mépris, des échanges aigrelets, d'une haine méprisante.

Pas question de se rencontrer, ils sont si différents, l'un (Voltaire) adulé et plutôt mondain, affairiste et généreux, candide et manipulateur, en somme plein de contradictions, l'autre (Rousseau) tour à tour exalté et dépressif, ambitieux et renfrogné, agité par la passion et la liberté, en somme plein de contradictions (mais pas les mêmes) .

 

         



Ils jouent parfois les gloge-trotteurs, allant de Paris à Genève, où est né Rousseau, de Potsdam où Frédéric II invite Voltaire, à Londres ou ce dernier s'était un temps réfugié, hantant les auberges et les théâtres, discutant avec Diderot, d'Alembert ou Grimm, leurs amis communs.


Ils rencontrent aussi des femmes qui vont compter dans leur vie, comme la charmante Thérèse Levasseur et Madame de Warens pour Rousseau ou Madame du Châtelet et sa nièce madame Denis pour Voltaire.

 

La confrontation, elle se situe aussi à la hauteur de l'arrivisme voltairien pris entre progrès, richesse et scepticisme et l'espèce d'épicurisme rousseauiste, alliant nature, frugalité et vertu. Tout ceci n'est pas sans rappeler une autre confrontation, celle entre le "jouisseur" Danton et le rigoriste "Robespierre". S'ils sont comme tous les hommes, souffrant, riant et aimant, leur vécu est sans doute aussi une condition indispensable à la création.

 

 

 

L'approche voltérienne

De son vrai nom Jean-Marie Arouet, Voltaire est né dans une famille bourgeoise, a fait de bonnes études avant de se faire connaître parmi les libertins et anticléricaux de la Régence. Sa libre pensée lui vaut l'exil en Angleterre où il découvre les pratiques démocratiques. Revenu en France, il punlie ses Lettres anglaises. Avide d'honneurs, il fréquente la Cour de Versailles, devient l'historiographe du roi Louis XV et entre à l'Académie française en 1746 puis se lie avec le roi Frédéric II de Prusse, un « despote éclairé ».

Tout en étant au mieux avec la bourgeoisie intellectuelle, il reste viscéralement anti clérical et lutte contre l'intolérance aussi bien dans ses écrits que dans ses actions comme son rôle moteur dans l'Affaire Calas.

 

           

 

L'approche rousseauiste

Né dans la famille modeste d'un horloger protestant de Genève, Jean-Jacques Rousseau a vécu une jeunesse plutôt vagabonde avant de trouver refuge chez une bourgeoise chambérienne, Mme de Warens.

 

A Paris, il vit modestement, compose des opéras, fréquente les auteurs de l'Encyclopédie. Ce n'est que plus tard qu'il va se révéler comme une penseur analysant les fondements de l'inégalité (Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes en 1755 et l'importance des modalités collectives (Du contrat social en 1762).

Assez solitaire à la grande sensibilité, il part du constat que l'homme est bon à l'état de nature et c'est la vie en société qui l'a corrompu et lutte en particuler contre le droit de propriété. Il veut la démocratie et l'égalité de tous devant la loi, à travers un contrat social instrument du « peuple souverain ».

 

      

 

L'antagonisme entre les deux hommes

Voltaire est très mécontent que son cadet dénonce dans le Discours sur les sciences et les arts cette aristocratie qu'il défend. La dénonciation radicale des inégalités sociales de Rousseau lui déplaît profondément. Les lettres incendiaires vont fleurir entre eux, Voltaire allant jusqu'à reprocher  à Rousseau d'avoir abandonné les cinq enfants nés de son union avec Thérèse Levasseur. Rousseau répliquera en écrivant les Confessions.

 

Sur le plan des idées, c'est en 1755 la publication du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes qui va faire réagir Voltaire où son contradicteur pense que c'est la civilisation qui pervertit l'homme et en particulier le droit de propriété. Voltaire lui réplique : « Vous plairez aux hommes à qui vous dites leurs vérités, et vous ne les corrigerez pas. [...] Je me borne à être un sauvage paisible dans la solitude que j'ai choisie auprès de votre patrie où vous devriez être. » (Voltaire est alors près de Genève, la ville natale de Rousseau)

 

Rousseau aura une réplique grinçant, reconnaissant l'effet pernicieux de la civilisation (Le goût des sciences et des arts naît chez un peuple d'un vice intérieur) mais les choses étant ce qu'elles sont... « si j'avais suivi ma première vocation et que je n'eusse ni lu ni écrit, j'en aurais sans doute été plus heureux. »

 

 

D'une façon générale, on peut dire que le brillant et caustique Voltaire s'accommode fort bien des inégalités sociales et de la monarchie quand il n'encoure pas ses foudres, très anticlérical et dénonçant l'intolérance quand elle vient des catholiques.

Pour Jean-Jacques Rousseau, ce serait plutôt l'inverse, un homme sensible à la misère du peuple et aux injustices, torturé par l'écart entre ses idées et ses problèmes personnels. La solution qu'il préconise est d'instaurer la démocratie.

 

     

 

Voir aussi
* JJ Rousseau aux Pâquis à Genève --

<< Christian Broussas – RP Droit - 02/10/2019 - © • cjb • © >>

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 13:31

Référence : Le siècle des dictatures, sous la direction d’Olivier Guez, éditions Perrin, août 2019

« Les dictateurs sont des gens qui au départ sont des ratés. » Olivier Guez
 
D’où peut bien venir cet intérêt marqué pour  les dictateurs et leur parcours ? Pour y répondre, L'historien et écrivain Olivier Guez a dirigé cet ouvrage "Le siècle des dictateurs", qui dessine le portrait de vingt-deux dictateurs, parmi les plus célèbres ou moins connus.
    
Historien, écrivain et journaliste, Olivier Guez a reçu le prix Renaudot pour son dernier ouvrage La disparition de Josef Mengele. Dans cet ouvrage collégial, il a travaillé avec des historiens comme Nicolas Werth, Pierre-François Souyri, Bénédicte Vergez-Chaignon, Stéphane Courtois, Eric Roussel, Christian Destremau, des journalistes comme Jean-Christophe Buisson, Emmanuel Hecht, François-Guillaume Lorrain ainsi que Laurence Debray ou l’ancien ambassadeur et directeur de la DGSE Bernard Bajolet.

        
 
Si la dictature a toujours sévi dans le monde, elle a pris une ampleur particulière après la Première Guerre mondiale avec l'installation des totalitarismes soviétique et fasciste, puis la prise de pouvoir du nazisme favorisée par la crise économique de 1929. Sur tous les continents, ce genre de régimes centrés sur cette idéologie vont établir leur pouvoir sur un ordre impitoyable, générateur de guerres et d’exterminations d'un siècle qu’on a "fini" comme barbare.
 
« Il est remarquable que la dictature soit à présent contagieuse, comme le fut jadis la liberté. »
Paul Valéry, Regards sur le monde actuel

On connaît les causes et les mécanismes qui ont conduit à leur implantation, qui vont du coup d’état classique au noyautage et à une prise de pouvoir démocratique, qui sera très vite confisquée. Ces dictateurs, mêmes s’ils sont très différents, ont une vision très proche de leur rôle, fondée sur la banalisation de la terreur, un parfait mépris pour la vie humaine et la liberté individuelle. Ils prônent l’embrigadement dans des structures collectives au service du parti unique, un cloisonnement des catégories sociales, la prééminence de l’État et des structures intermédiaires devenues de simples rouages de transmission de l’idéologie du pouvoir.

L’unité en est assurée par Olivier Guez , maître d’œuvre de l’ensemble qui signe également une présentation des plus réussies.
        
                       
Une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945
Voyage au cœur du déclin américain
 

Interview d’Olivier Guez
« L’une des marques des dictateurs en 20ème siècle, c’est que la plupart d’entre eux suivent leur impulsion, leur désir, et ne mènent pas des politiques rationnelles » explique-t-il au micro de France Inter.


« En règle générale, tous ces hommes viennent de milieux très défavorisés, et sans vouloir faire de la psychologie de comptoir, ont des problèmes avec leur père. Ce sont des gens qui au départ végètent, sont des ratés. Mais à un moment, l’Histoire va faire que leur destin va basculer. Ce sont en général de fins tacticiens, des gens malins. À un moment, la porte du pouvoir va s’ouvrir. »

Selon Oliviez Guez , deux raisons essentielles expliquent l’émergence des dictatures au 20ème siècle : « la première vague se déroule en Europe, après la 1ère guerre mondiale qui anéantit quelque part des siècles de société civilisée et policée. De ce chaos naissent les premières dictatures. Puis, après la 2ème guerre mondiale, une deuxième vague de dictatures va toucher essentiellement le tiers-monde, suite à la décolonisation."

Ce 20ème siècle offre de nouveaux moyens aux dictateurs pour asseoir leur pouvoir : « Au 20ème siècle les dictateurs vont pouvoir Au 20ème siècle les dictateurs vont pouvoir mettre la main sur des appareils qui n'existaient pas avant, comme les médias, l’appareil économique. À partir de là, ils vont pouvoir faire absolument n’importe quoi, et en général le pire. […] Ce sont de grands metteurs en scène: à la fois ils racontent des histoires tout à fait farfelues, et de l’autre ils vont mettre en scène ces histoires. »

Selon lui, le peuple a aussi sa part de responsabilité : « On pense à l’Allemagne nazie. Hitler n’a pas la majorité absolue en 1933, mais il est porté par le peuple allemand. Mussolini aussi sera populaire dans les années 20 et une partie des années 30. Pétain, aussi, sera populaire. L’autre possibilité, c’est celle du coup d’Etat. »

Il est sceptique sur les effets positifs qu’ils pourraient avoir : « Ces dictateurs, en général, on un agenda économique de relance, de construction, de travaux publics. Mais assez rapidement on voit que l’économie déraille, et que ça se dirige vers des entreprises tout à fait extravagantes. »
Actuellement, « i
l y a une tentation autoritaire, c’est très clair, parce que l’Europe vit aujourd’hui une crise de modernité.Mais on n’en est pas encore à ce qu’on peut appeler des dictateurs, fort heureusement. »


« Ce qui fait la caractéristique de ces dictateurs au 20ème siècle, ce sont quand même des dizaines de millions ou de dizaines de milliers de victimes. On en n’est pas là. Orban n’a jamais organisé la déportation de qui que ce soit pour l’instant. Salvini boit des mojitos sur la plage mais n’a pas encore fait déporter qui que ce soit, en tout cas en masse. »

<< Christian Broussas – Guez Dictature, 19/09/2019 - © • cjb • © >>

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10 mai 2019 5 10 /05 /mai /2019 22:11

Référence : Régis Debray, un été avec Paul Valéry, éditions Équateurs, collection Parallèle, 176 pages, avril 2019

 

  

 

« J’ai voulu décongeler sa statue. » Régis Debray. [1]

Après Proust, Montaigne, Baudelaire, Hugo, HomèreFrance Inter a continué en 2018 sa série d’ « Un été avec ». Cette année, c’est Paul Valéry que nous présente Régis Debray.

 

       
          Paul Valéry (à droite) en compagnie du poète Reiner Maria Rilke

 

En 31 « interventions » (des émissions diffusées sur France Inter en 2018), Régis Debray parcourt l’homme Paul Valéry et son œuvre. [2] Il le fait à sa façon, avec une approche tout en finesse et l’érudition qu’on lui connaît. C’est ainsi qu’il nous permet de redécouvrir un écrivain bien oublié, comme dans ces quelques vers :

 

« Douces colonnes, aux
Chapiteaux garnis de jour,
Ornés de vrais oiseaux
Qui marchent sur le tour,
Douces colonnes ô
L’orchestre de fuseaux !
Chacun immole son
Silence à l’unisson. » Charmes, 1922 - Cantique des colonnes [3]

 

     
Un été avec Paul Valéry, avec Montaigne, avec Baudelaire

 

Entre Paul Valéry et Régis Debray, c’est une longue intimité qui les lie. Déjà rappelle Debray, Le Cimetière marin l’avait accompagné dans sa prison bolivienne en 1967 où, pour mieux supporter sa détention, il se récitait de longues tirades de ce poème : « En 1967, j’étais enfermé dans une petite cellule de deux mètres sur deux. Je récitais chaque jour quelques vers du Cimetière marin qui surnageaient dans ma mémoire, confie-t-il. J’évoque donc Valéry par fidélité à celui qui m’a soutenu. »

 

    
                                     Régis Debray avec Salvador Allende


C'est en tout cas une bonne occasion de  rafraîchir nos souvenirs puisés dans l’œuvre de ce penseur et de ce poète réputé aride.

« Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d'être et de n'être pas,
Car j'ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n'était que vos pas. » Paul Valéry Les pas --

 

On peut dire que Paul Valéry (1871-1945) fait partie de ces écrivains d’une autre époque, un grand écrivain dont la plupart des gens ont beaucoup de mal à citer ses œuvres principales. On a largement oublié qu’il fut un auteur aussi connu et reconnu, aussi important que ses contemporains Gide, Bergson ou Giraudoux. Il eut droit à des funérailles nationales, son catafalque exposé sous l’arc de triomphe et l’on sait qu’il goûtait fort son statut et aimait particulièrement les honneurs.

 

      

« Le poème, cette hésitation prolongée entre le son et le sens. » Paul Valéry

 

Régis Debray distingue « deux Paul Valéry : celui des petits classiques illustrés [...] et le sacripant drolatique, l'anar espiègle, le gamin salace aux mauvaises pensées, "l'esprit le plus méphistophélique de notre littérature", sans parler du coureur et du farceur. Oui, cela fait deux en un : le bienséant et le frondeur, l'homme d'institution et "l'irréconcilié". »

 

   

 

Son côté austère, on le retrouve dans sa capacité de travail, dans une vie rangée avec sa femme et ses deux enfants, même s’il eut une liaison avec la très mondaine Catherine Pozzi. Il voyageait peu, avait peu d’amis véritables, sauf le peintre Edgar Degas, l’écrivain Pierre Louÿs et André Gide avant leur brouille. Ce que Régis Debray appelle un « ascétique renonçant. ».


Mais il eut aussi son côté brillant, aimant les femmes et la vie en société, conscient de sa place majeure chez les écrivains de son époque, amateur de musique et de peinture. [4]

 

        
 

Il professa une certaine méfiance vis-à-vis de l’histoire, « L’histoire justifie ce que l’on veut… » a-t-il écrit, et cet européen convaincu vécut les deux guerres mondiales comme un fléau absolu. Peu avant sa mort en 1945, il écrivit ces phrases prophétiques : «  (L’Europe) vient de perdre sa domination séculaire sur l’ensemble du monde (…) il y a lieu de se demander, et ceci dans toute l’étendue de l’univers spirituel, si la continuité de la civilisation occidentale pourra être assurée et en particulier celle de la civilisation méditerranéenne, et si nous ne sommes pas arrivés à quelque état de décadence analogue à celui qui a atteint les civilisations successives dont nous parle l’Histoire. »


Déjà en 1927 n’avait-il pas écrit : « L’Europe aspire visiblement à être gouvernée par une commission américaine. Toute sa politique s’y dirige ». Il fut comme dit Régis Debray « un lanceur d'alerte ».

 

           

 

En complément :

Les meilleures citations de Paul Valéry
* « L’homme moderne est l’esclave de la modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude. » (Regard sur le monde actuel)
* « Le monde moderne a remplacé l’imagination par l’image. »
* « L’amour consiste à être stupide ensemble. »
* « Patauger, quelquefois c’est aussi faire bondir deux ou trois gouttes de lumière. »
* « La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regardent. »
* « La jeunesse est un temps pendant lequel les conventions sont, et doivent être mal comprises : ou aveuglement combattues, ou aveuglément obéies. (Monsieur Teste)
* « Traduire, c’est produire avec des moyens différents des effets analogues. » 
* « Les bons souvenirs sont des bijoux perdus. »
* « La meilleure façon de réaliser ses rêves est de se réveiller. »
* « Parfois je pense et parfois je suis. »
* « Le bonheur est la plus cruelle des armes aux mains du temps. »
* « Ma modestie est grande. Quand elle se hausse sur les pointes, elle arrive presqu’au nombril de mon orgueil. »
* « La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. »
* « La mémoire est l’avenir du passé. »
* « Prenons garde d’entrer dans l’avenir à reculons. »
* « La plus grande liberté naît de la plus grande rigueur. »
* « Une mauvaise expérience vaut mieux qu’un bon conseil. »
* « Le poète se consacre et se consume à définir et à construire un langage dans le langage. »
* « Ce qui m’intéresse m’est pas toujours ce qui m’importe. »
* « Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’opinion. »

 

Notes et références
[1] « J’ai voulu ranimer, décongeler sa statue, aller au-delà d’un nom célèbre pour révéler un homme que l’on connaît peu. »
[2]
Un été avec Paul Valéry, du lundi au vendredi à 7.55, sur France Inter pendant 5 mn. Réalisateur : Xavier Pestuggia. Lectures par Laurent Stocker et Yaël Elhadad.

[3] Introduction au poème : « L'harmonie des colonnes grecques née de rapports mathématiques définit une esthétique poétique fondée sur des règles. Elles font penser à des voix chantant à l'unisson. »
[4] Sa vision de la peinture : « La peinture permet de regarder les choses en tant qu’elles ont été une fois contemplées avec amour. »

 

 

Voir mes fiches :
+ Régis Debray, Civilisation --
+ Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire --
+ Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel --

Voir aussi :
+ Le cimetière marin -- La dormeuse --

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