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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:19

La Vie de Tolstoï par Romain Rolland

<<<<<<<< Biographie de Romain Rolland sur l'écrivain Léon Tolstoï >>>>>>>
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La Vie de Tolstoï est une biographie critique de Léon Tolstoï écrite par Romain Rolland, prix Nobel de littérature 1915, publiée pour la première fois chez Hachette en 1921, en une version revue et augmentée en 1928 à l’occasion du centenaire de la naissance de Tolstoï puis rééditée en 1978 et en 2010 aux Éditions Albin Michel. [1] [2]

 

Cette biographie est d’abord un hommage de Romain Rolland à un auteur qu’il a aimé et estimé. « Cette grande âme » disait-il en l’évoquant. En trois ans, de 1885 à 1887, les grandes œuvres de Tolstoï sont traduites en français et publiées à Paris. « Jamais, s’exclame-t-il, une voix pareille à celle de Tolstoï n’avait encore retenti en Europe. »

Il va exercer alors une grande influence sur la jeune génération des intellectuels français, aussi bien pour l'originalité de ses idées que pour les fresques qu'il brosse de l'histoire russe à travers les deux œuvres maîtresses de la maturité que sont Guerre et Paix et Anna Karénine.


Romain Rolland et Tolstoï

 

1- Les débuts

Léon Tolstoï est un homme torturé qui ne s’aime pas. Déjà dans ses récits autobiographiques sur l’enfant et le jeune homme, « Adolescence » et surtout « Jeunesse », il se dépeint souvent de façon négative, se plaignant d’avoir « le nez si large, les lèvres si grosses, les yeux si petits [3], d’avoir un visage sans expression, des traits… sans noblesse. » [4] Il se juge sévèrement : « Mon grand défaut : l’orgueil. Un amour-propre immense, sans raison », avoue-t-il dans son Journal [5].

 

Écartelé, il joue tout à tour au stoïcien quand il s’inflige des tortures physiques et à l’épicurien quand il s’adonne à la m’avouer. « [6] En 1850, son rôle lui pèse et ses créanciers le harcèlent : il décide de rejoindre dans l’armée son frère Nicolas dans le Caucase. Il note dans son « Journal » les trois vices qui l’obsèdent :

 1) Passion du jeu – lutte possible
2) Sensualité – lutte très difficile
3) Vanité – la plus terrible de toutes

Il reste un être profondément religieux, le Caucase lui révélait « les profondeurs religieuses de son âme. » [7] En novembre 1854, il arrive à Sébastopol en Crimée pour faire la guerre à la Turquie, écrit le premier récit de « Sébastopol », une épopée sublime sur cette guerre, que les souverains goûtèrent fort dit-on. Deux autres récits suivront où l’héroïsme cédera la place à la peur des hommes et à l’horreur de la guerre. Le retour à la vie civile à Saint-Pétersbourg est difficile. Il éprouve du mépris pour ses confrères, Tourgueniev l’irrite. Ils se brouillèrent et Tolstoï mit vingt ans pour lui pardonner leur dernière dispute.

 

2- De Guerre et Paix à Anna Karénine

Il retourne dans son domaine à Iasnaïa Poliava s’occuper de ses paysans sans se faire beaucoup d’illusions sur la nature humaine, « sur ses faiblesses et sa cruauté. » [8]

 

En 1859, il écrit « Bonheur conjugal », « c’est le miracle de l’amour » : il épouse la jeune Sophie Behrs. Ce roman « se passe dans le cœur d’une femme… Avec quelle délicatesse », s’extasie Romain Rolland. Sa jeune femme est un soutien précieux, l’aide dans son travail de création, « elle réchauffait en lui le génie créateur. » Elle lui sert de modèle pour le personnage de Natacha dans Guerre et paix et celui de Kitty dans Anna Karénine. C’est dans cette ambiance paisible et familiale qu’il va écrire Guerre et paix (1864-69) puis Anna Karénine (1873-77).

 

Durant ces quelque douze années de sérénité conjugale, il donne ses meilleures productions. Même si pendant cette période, il est parfois pris de violents d’angoisse, comme cette nuit qu’il racontera dans « Le journal d’un fou' » (1883). Dans Anna Karénine, écrit Romain Rolland, Tolstoï a procédé de la même façon que pour Guerre et Paix en disposant autour d’une histoire centrale, « tragédie d’une âme que l’amour consume », les romans d’autres vies. Son intérêt réside aussi dans le portrait de Constantin Lévine qui est son incarnation. Tolstoï se projette dans son personnage, lui prête ses idées contradictoires, « son anti-libéralisme d’aristocrate paysan qui méprise les intellectuels, lui prête aussi sa vie à travers ses premières années de mariage et la mort de son frère Dimitri.

 

3- L'éloignement

« Je n’avais pas cinquante ans, écrit Tolstoï, j’aimais, j’étais aimé, j’avais de bons enfants, un grand domaine, la gloire, la santé, la vigueur physique et morale… Brusquement, ma vie s’arrêta. » [9] Les crises d’angoisse reviennent, qui le laissent dans un état de désespérance extrême, sans forces. Mais « un jour, la grâce vint… Il était sauvé. Dieu lui était apparu. »

 

Le mystique qu’il sera toute sa vie s’est imposé et, malgré sa condamnation du rôle de l’Église, il fait sien le message de l’Évangile. En 1882, il est à Saint-Pétersbourg pour le recensement et lui, l’aristocrate provincial, découvre la misère ouvrière de la grande ville. Il relatera cette expérience dans un essai au titre éclairant « Que devons-nous faire ? »

(1884-86) qui rejette loin derrière lui ses tourments métaphysiques. Ce tournant de sa vie, le retour du désespoir qu’il entraîne, l’éloigne de sa femme qui supporte de plus en plus difficilement ses difficultés, sa prostration. Pourtant, ils s’aiment toujours et elle lui écrit : « J’ai senti un tel accès de tendresse pour toi ! (Tout ce) qu’il y a en toi… éclairé par une lumière de compassion pour tous, et ce regard qui va droit à l’âme… Et cela n’appartient qu’à toi seul. » Belle preuve d’amour mais ils sont déjà trop loin l’un de l’autre pour qu’ils puissent se rejoindre.

 

4- Sa vision de l'art et de l'artiste

Dans Que devons-nous faire ? Tolstoï livre sa vision de l’artiste guidé par une force, un besoin intérieur, et son amour des hommes. Pour lui et dans le monde qu’il a sous les yeux, ils sont complices de l’inégalité du système actuel et de sa violence. Malgré les outrances dues à sa fougue, à ses certitudes, son essai Qu’est-ce que l’art ?, paru en 1897-98, il soutient que les savants et les artistes forment « une caste privilégiée comme les prêtres ». Pour être objectif, « pour voir clair », il faut s’en affranchir, mettre en cause ses privilèges, « se mettre dans l’état d’un enfant. »

 

Iconoclaste, il attaque un écrivain comme Shakespeare, publiant en 1903 un essai « Sur Shakespeare et le drame ». Mais prévient Romain Rolland, « quand Tolstoï parle de Shakespeare, ce n’est pas de Shakespeare qu’il parle, c’est de lui-même : il expose son idéal ». Tolstoï déplore que son époque dissocie l’art décadent des privilégiés et l’art populaire. Pour lui, le grand art doit tendre à réconcilier les hommes, « combattre par l’indignation et le mépris ce qui s’oppose à la fraternité. » Il donne l’exemple en écrivant ses Quatre livres de lecture, largement diffusés dans les écoles russes et ses « Premiers contes populaires. » [10]

 

5- Vers « Résurrection »

Á partir de 1884, Tolstoï va non seulement aligner nombre d’œuvres majeures [11], mais aussi changé de style. Il abandonne « l’effet matériel et le réalisme minutieux » et passe à une « langue imagée, savoureuse, qui sent la terre. » Son attirance pour le peuple lui fait goûter la beauté de la langue populaire, il aime parler avec ses paysans, « enfant il avait été bercé par les récits des conteurs mendiants. » En 1877, un conteur passe par Iasnaïa Poliana récitant des contes dont deux deviendront sous sa plume De quoi vivent les hommes ? et Les trois vieillards. (1881 et 1884) Il écrit un drame La puissance des ténèbres où nous dit Romain Rolland, « les caractères et l’action sont posés avec aisance. » [12]

 

La mort d’Yvan Iliitch est l’histoire d’un européen moyen de cette époque, un homme « vide de religion, d’idéal et presque de pensée, absorbé par sa fonction, dans sa vie machinale jusqu’à l’heure de sa mort où il s’aperçoit avec effroi qu’il n’a pas vécu. » Il découvre le mensonge qui l’environne, pleure son isolement et l’égoïsme des hommes. Sa vie aussi n’a été qu’un mensonge qu’il veut réparer avant qu’il ne soit trop tard. Petit rayon de soleil juste avant la fin.

La Sonate à Kreutzer est la confession d’une brute, un meurtrier taraudé par la jalousie. C’est une œuvre noire où il fustige l’hypocrisie, son héros Posdnichev s’élève contre l’amour et le mariage. Dans sa postface à La sonate à Kreutzer, Tolstoï écrira : « je ne prévoyais pas du tout qu’une logique rigoureuse me conduirait où je suis venu. »

 

6- Les années 1900

D'après Romain Rolland [13], Maître et serviteur (1895) est une œuvre de transition entre ses drames antérieurs et Résurrection. C'est l'histoire « d'un maître sans bonté et d'un serviteur résigné » qui sont surpris dans la steppe par une nuit de tourmente de neige et qui finissent par s'égarer. Le maître Vassili fuit d'abord, abandonnant Nikita son serviteur puis, pris de remords, il revient, se jette sur lui pour le réchauffer et le sauve. « Nikita vit, s'exclame-t-il ; je suis donc vivant, moi. » Il découvre ainsi la liberté dans la mort. [14]

 

De son livre Résurrection, il se dégage « le sentiment de l'écrasante fatalité » pesant sur tous, victimes et bourreaux. Tolstoï prête ses idées à son héros Nekhludov, prince riche et considéré, devant épouser une jeune femme qui l'aime et qui ne lui déplaît pas. Mais il rejette cette vie toute tracée, sa position sociale, abandonnant tout pour épouser une prostituée. Il continuera à se mortifier, même quand il apprend que sa femme, la Maslova, continue à se livrer à la débauche. Il veut à tout prix réparer une faute ancienne mais « Nekhludov n'a rien d'un héros de Dostoïevski.» Ce n'est qu'un homme ordinaire et médiocre, « le héros habituel de Tolstoï. »

 

À partir des années 1900, Tolstoï combat les évolutions qu'il constate dans la société russe. D'abord les libéraux dont les idées lui paraissent dangereuses, [15] qui parlent du peuple sans rien en savoir, « peuple, volonté du peuple. Eh, que savent-ils du peuple ? » Le socialisme n'est pas mieux loti, son but étant « la satisfaction des besoins les plus bas de l'homme : son bien-être matériel. » [16]

 

Lui croit à un nouveau christianisme « basé sur l'égalité et la vraie liberté. (La fin d'un monde) » Il se bat pour ses idées, pour que la terre appartienne à ceux qui la travaillent, défend ce qu'il nomme "le principe de non résistance", « ne t'oppose pas au mal par le mal » écrit-il à un ami en 1900. Cette conception chrétienne le rapproche de Gandhi qui prône une non violence active. [17] Il souffre pour ceux qui mettent en pratique ce précepte et sont persécutés par le pouvoir tsariste. [18]

 

Tolstoï quitta brusquement Iasnaïa Poliana le 28 octobre 1910 vers cinq heures du matin avec le docteur Makovitsky. Il passe au monastère d’Optina puis va voir sa sœur Marie au monastère de Chamordino. Ils en repartent pour se diriger vers Keselsk mais à la gare d’Astapovo, c’est là qu’il mourut en répétant : « Il y a sur terre des millions d’hommes qui souffrent ; pourquoi êtes-vous là tous à vous occuper du seul Léon Tolstoï ? »

Tolstoi.jpg

 

Bibliographie

  • Cahiers Romain Rolland n°24, Monsieur le comte, Romain Rolland et Léon Tolstoï, textes présentés par Marie Romain Rolland
  • Le journal de Valentin Boulgakov, dernier secrétaire de Tolstoï, Les œuvres libres, Éditions Arthème Fayard, 1924
  • 'Tolstoys Flucht und Tod' sur les derniers jours de Tolstoï, Eckstein-Fuelloep, Bruno Cassirer, 1925
  • Tolstoï, Henri Troyat, Paris, Hachette, collection Génies et Réalités, 1965
  • Confession, Léon Tolstoï, traduction Luba Jurgenson, Éditions Pygmalion, 1998, isbn 2-857-04559-X
  • Les Tolstoï : journal intime, Alexandra Devon, traduction Valérie Latour-Burney, Éditeur L’entretemps, 11/2006, isbn 2-912-87747-4

Références
[1] ISBN 2-226-00690-7
[2] ISBN 978-2-226-21863-6, avec une préface de Stéphane Barsacq
[3] Enfance (XVII)
[4] Jeunesse (I)
[5] Journal de Tolstoï, traduction de JW Bienstock
[6] Adolescence (XXVII)
[7] Lettre à sa tante Alexandra Tolstoï (3 mai 1859)
[8] Voir son Journal du prince D Nekhludov
[9] Extrait des « Confessions » (1879), tome XIX des Œuvres complètes.
[10] Voir Sur l’instruction du peuple(1862 et 1874), Quatre livres russes de lecture et Nouveau syllabaire (1875), Légendes pour l’imagerie populaire et Récits populaires (1885-86) Pour sa conception de l’art populaire, voir page 108 de cette biographie
[11] La mort d’Yvan Iliitch (1884-86), La puissance des ténèbres (1886), La sonate à Kreutzer(1889), Maître et serviteur(1895) et Résurrection
[12] Des caractères très fouillés : « Le bellâtre Nikita, la passion emportée et sensuelle d’Anissia, la bonhomie cynique de la vieille Matriona qui couvre maternellement l’adultère de son fils et la sainteté du vieux Akim à la langue bègue… »
[13] Voir biographie page 128
[14] « Et il sent qu'il est libre, écrit Romain Rolland, que rien ne le retient plus... Il est mort. »
[15] « La volonté collective d'une nation de plusieurs millions d'habitants par le suffrage universel, ne peut exister. (La fin d'un monde 1905-06) »
[16] Lettre au japonais Izo-Abe (1904)
[17] Voir Romain Rolland Mahâtmâ Gandhi pages 53 et suivantes
[18] Voir lettres à Ténéromo juin 1894 et à Gontcharenko 19 janvier 1905

<<<<<<<<<<< voir aussi Romain Rolland par Stefan Zweig >>>>>>>>>
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 13:32

Biographie de Romain Rolland

      <<<<<<<< Romain Rolland, romancier et essayiste >>>>>>>>
   <<<<<<<< Prix Nobel de littérature 1915  (1886-1944) >>>>>>>>
<<<<<<<< Voir aussi sa biographie Romain Rolland par Stefan Zweig >>>>>>>
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tumb  Portrait de Romain Rolland

 

Quel paradoxe pour cette "conscience de l'Europe", pacifiste impénitent, de recevoir le prix Nobel de littérature en pleine guerre, en 1915. Même si ses activités, son aura à l'étranger l'ont éloigné de son nivernais natal, il y reviendra souvent, dans son roman Colas Breugnon par exemple, une chronique dont l'action se déroule chez lui à Clamecy au début du XVIIè siècle. Colas est un simple menuisier qui adore son métier autant que ses amis et sa famille, et aussi la bonne chair. Il a construit sa maison tout près de celle où Romain Rolland a vécu, mais de l'autre coté de l'ancien canal.

 

tumb  Romain Rolland et sa sœur Madeleine

 

Sa maison natale à Clamecy, qui porte aujourd'hui son nom, se situait au 4 rue de l'hospice, voisine de celle de son grand-père le notaire Edme Courot, activité que reprendra le père de Romain. [1] La ville a évolué, l'ancien canal où Romain aimait contempler les convois de bois qui circulaient, est devenu au début des années 1900 la rue de la République, le lycée où il a étudié est devenu médiathèque. Sa mère, férue de musique, donnera cette passion à son fils qui introduira des références musicales dans ses œuvres et écrira des ouvrages sur la musique ainsi que des biographies de musiciens.[2] Il naquit en 1886 à Clamecy dans ce petit coin de Bourgogne, dans une vieille famille de notaires bourguignons mais, à la fin de ses études, décide de partir faire "ses humanités" à L'École française de Rome.


Son pacifisme jauressien s'inscrit dans sa définition d'un héros non-violent incarnant "la souveraine liberté de l'esprit créateur" qu'il mettra en scène dans sa grande fresque romanesque Jean-Christophe. C'est un homme de principes, principes rigoureux de son éducation qu'il va transcender et qui écrira « qu'on n'est pas sur terre pour penser bassement à son bien-être et travailler sans risques à amasser de gros sous. »

 

tumb  Sa maison natale à Clamecy (devenue musée Romain Rolland)

 

Ses parents se sacrifieront pour lui, allant jusqu'à quitter Clamecy, vendre l'étude notariale, pour Paris où il trouvera du travail dans une banque et où Romain pourra poursuivre ses études dans de meilleures conditions. La famille va déménager plusieurs fois tandis que Romain suit les cours de L'École normale supérieure. [3] De retour à Paris après son séjour au Palais Farnès à Rome, Romain Rolland revient à Paris où il parvient à faire représenter sa pièce Les loups, inspirée de l'Affaire Dreyfus qui obtient un bon succès en 1898. La période 1901-1903 est pou lui celle de décisions fondamentales. D'abord il divorce et emménage dans un petite appartement situé boulevard du Montparnasse et devient enseignant en histoire de l'art et en histoire de la musique. Il commence aussi sa grande fresque pacifiste Jean-Christophe qui le tiendra pendant neuf ans, énorme travail commencé le 7 juillet 1903 et terminé le 2 juin 1912. Elle paraîtra par fragments dans Les cahiers de la Quinzaine de son ami Charles Péguy pour être ensuite en un ensemble de dix volumes.

 

La guerre, à laquelle pourtant il s'attendait, va le surprendre en Suisse où il séjournera durant tout le conflit, luttant sans cesse pour faire prévaloir même en pleine guerre, les idées de paix et de non-violence, les valeurs qui étaient les siennes, n'hésitant pas à s'exposer aux attaques qui ne manqueront pas, surtout avec son manifeste pacifiste Au-dessus de la mêlée qu'il publie en 1915.

       <<<<<<< Voir aussi son ouvrage sur La Vie de Tolstoï >>>>>>

Repères bibliographiques

  • "Le musée d'art et d'histoire de Clamecy" qui possède des manuscrits de Romain Rolland ainsi que des meubles de sa maison natale et de la villa Olga à Villeneuve en Suisse où il a longtemps résidé.
  • "L'association Romain Rolland" qui siège dans le petit village de Brèves où il repose : 1 rue Colas Breugnon, 58 530 Brèves

Autres fiches à consulter :

 Romain ROLLAND à Paris, Villeneuve, Vézelay
 Romain ROLLAND et Colas Breugnon à Clamecy 
 

Références

  1. Les deux maisons ont été réunies pour constituer le musée Romain Rolland
  2. On peut citer sur la musique Musiciens d'aujourd'hui' et Musiciens d'autrefois en 1908, La Cathédrale interrompue en 3 volumes entre 1943 et 1945, une Vie de Beethoven en 1903 et une Vie de Haendel en 1910
  3. Ils habiteront successivement rue de Tournon, rue Monge puis au 13 de la rue Michelet
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 12:54

Le prix Nobel de littérature 2000 Gao Xingjian


Portrait de l'écrivain

Gao Xingjian (en chinois : 高行健 ou accentué : Gāo Xíngjiàn en pinyin) [1], à la fois peintre, écrivain et dissident chinois, est né le 4 janvier 1940 à Ganzhou, petite ville de la province de Jiangxi en Chine orientale et qui fut, après sa contestation du régime chinois, contraint de quitter son pays. Après des années de combat, il décide finalement de se réfugier en France. Artiste éclectique, il est également dramaturge, metteur en scène et a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2000.


Parcours erratique que celui de cet intellectuel qui s'est opposé à un régime dictatorial aussi dur que le régime chinois.

Gao Xingjian, fils d'une famille de la bourgeoisie -un père banquier, une mère qui s'occupe de théâtre- enfant éveillé et excellent élève, avait tout pour réussir. Mais la réussite ne l'intéressait pas vraiment et sa mère suscita très tôt son intérêt pour le théâtre et la littérature. Tout jeune enfant, il est confronté aux désordres consécutifs à la guerre et à l'invasion japonaise. D'abord élève au lycée américain de Nankin au début des années 50, il se lie avec Yun Zhong Yu, l'un de ses professeurs qui l'initie à la peinture moderne occidentale. Il poursuit avec succès ses études à l'Institut des langues étrangères de Pékin, attiré par la langue française, obtenant son diplôme en 1962 et traduisant en chinois des auteurs qui l'ont beaucoup influencé comme Eugène Ionesco, Antonin Artaud ou Henri Michaux. [2]

 

Gao Xingjian et Noel Dutrait

Son appétence pour l'esthétique de la littérature française, pour la théorie de l'absurde et les thèses d'Artaud en font déjà un suspect, un dissident en puissance qui passera six années en camp de rééducation pendant la Révolution culturelle entre 1967 et 1973. Dans son discours de réception du prix Nobel à Stockholm, il dira que « c’est la littérature qui permet à l’être humain de conserver sa conscience d’homme. » Il n'a décidément aucun goût pour l'art officiel du réalisme chantant la gloire du peuple, incompatible avec sa liberté d'esprit, ses conceptions théâtrales héritées de Brecht et d'Artaud, et de la littérature qu'il développe dans ses ouvrages Premier essai sur l'art du roman en 1981 et Pour une autre esthétique en 2001.

 

Si son théâtre de l'absurde rencontre le succès, si des pièces comme Signal d'alarme ou Arrêt de bus obtiennent la faveur du public, sa situation se dégrade peu à peu. Il rompt brutalement avec le milieu pékinois, part sillonner la région du Sichuan et entreprend de descendre le cours du Yang-tsé-Kiang jusqu'à son embouchure. Mais l'année suivante en 1987, il est quasiment expulsé de Chine et choisit la France dont il obtient la nationalité en 1997.

 

A Paris, c'est d'abord dans un appartement "blanc et dépouillé" que le prix Nobel vit, écrit et peint. "Du thé, de la musique, mais pas de livres, Gao veut se tenir à l'écart des tourbillons du monde." [3] Il s'est établi à Bagnolet, au dix-huitième étage d'une tour "avec une belle vue sur Paris." Puis, tout en conservant Bagnolet où il peint de grands tableaux, il déménage au premier étage d'un bel immeuble du centre de Paris, "cinq pièces de parquet, cheminées en marbre, moulures au plafond et murs blancs." Il a cependant conservé certaines habitudes, thé vert dans la journée et oolong [4] le soir.

 

"Je travaille par période de quelques mois -période de peinture ou d'écriture- " dit-il en évoquant sa vie à Paris. L'écriture l'oblige à s'isoler, se concentrer, "c'est une fuite, le refus du fracas de la vie quotidienne... c'est aussi un défi pour affirmer l'existence d'un individu, fragile." Cette remarque fait écho à cet échange tiré de sa nouvelle Une canne à pêche pour mon grand-père :

- Tu es seul ?
- Oui je crois, dans ce monde.
- Dans quel monde ?
- Dans le monde intérieur inconnu des autres.


Gao Xingjian s'adonne aussi à la peinture, même si sa confrontation avec l'Occident a modifié sa vision de l'art pictural, [5] abandonnant l'huile en 1978 pour l'encra dans la tradition de son maître Wang Wei, [6]variant à l'infini les tons du monochrome noir.[7] On retrouve cependant dans ses tableaux ce qui fait sa spécificité, la double influence de la technique chinoise du travail à la plume et des techniques occidentales d'effets de glacis et de profondeur. Dans ses périodes de nostalgie, il part se ressourcer à Taïwan, bien qu'il ait écrit dans son roman La montagne de l'âme que "le vrai voyageur ne doit avoir aucun objectif." Mais à Paris, il sait qu’il peut ratifier cette phrase extraite du même roman qui énonce cette vérité pleine de la sagesse orientale : « Loin de l’empereur, on a plus de liberté. »

 

Genzhou, sa ville natale
  • Référence bibliographiques
    • Œuvres théâtrales : Signal d’Alarme (1982), Arrêt d’autobus (1983), L’homme Sauvage (1985), L'Autre rive (1986), La Fuite et Dialoguer interloquer (1992)
    • Œuvres théâtrales en français : Au bord de la vie (1993), Le Somnambule (1995), Quatre quatuors pour un week-end (1999), Le Quêteur de la mort (2003), Ballade nocturne (2010)
    • Romans et nouvelles : La Montagne de l'âme (roman), 1990, Une canne à pêche pour mon grand-père (nouvelles), 1995, Le Livre d'un homme seul, 2000 (en français)
    • Essais : Premier essai sur les techniques du roman moderne, 1981, Pour une autre esthétique, 2001, Au plus près du réel ou la raison d'être de la littérature, 2001, Le Témoignage de la littérature, 2004
    • Divers : La Neige en août, 2002 (Opéra), L'Errance de l'oiseau, 2003 (Poésie), La Silhouette sinon l'ombre, 2003 et Après le déluge, 2008 (Films)
    • Œuvres théâtrales: voir la revue Trou et le site C. Bernard
  • Notes et références
  1. Le pinyin (拼音 pīnyīn) est une transcription phonétique en écriture latine du mandarin, langue officielle de la Chine
  2. Pour plus de détails sur sa vie, surtout pendant la Révolution culturelle, voir son récit autobiographique Le Livre d’un homme seul.
  3. Voir l'article de "Lire" repris dans "l'Express" d'avril 2004
  4. Le thé Oolong ou Wulong est un type de thé à oxydation incomplète. On le nomme aussi selon la couleur de son infusion : "Bleu-vert"
  5. "Ma première visite à des musées européens en 1978, confesse-t-il dans une interview, a bouleversé mon rapport à l'art. Jamais je n'avais admiré de chefs-d'œuvre à l'huile en original. Quelle luminosité, quelle intensité, quelle onctuosité !"
  6. 6. Wáng Wéi (王維)est un écrivain chinois du début du huitième siècle, poète, peintre et musicien chantant la nature et le bouddhisme.
  7. Il utilise des matériaux chinois traditionnels tels que le papier de riz et les pinceaux en poil de chèvre
Le thé "oolong"
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 09:53

L'écrivain Claude Simon

           <<<<<<<< Claude Simon le catalan (1913-2005) >>>>>>>>
<<< Prix Médicis pour "Histoire" 1967 et prix Nobel de littérature 1985 >>>
        <<<<<<<<<<<  • • •°°°°°°°°°• • •  >>>>>>>>>>>>>>

tumb Portrait de Claude Simon

 

La mère de Claude Simon, Suzanne Denamiel [1] descend d'une famille de propriétaires terriens ayant des vignobles près de Perpignan et de tradition militaire. Son père Louis Simon vient d'une modeste famille de vignerons jurassiens implantée aux Planches, hameau de la petite ville d'Arbois. Comment s'étonner dans ces conditions que Claude Simon parle de mésalliance pour une famille maternelle qui impose aux jeunes gens "d'interminables fiançailles" pendant lesquelles Louis Simon, jeune saint-cyrien, sera nommé à La Martinique, à Madagascar puis au Tonkin.

 

Son arrière grand-mère maternelle Louise Marianne Lacombe Saint-Michel est la descendante d'un général de la révolution et de l'Empire, député du Tarn à la Convention, qui fut membre du "Comité de salut public" après la chute de Robespierre en juillet 1794; un aïeul dont cette famille de tradition militaire est très fière. C'est l'une des cousines de Claude Simon qui va exhumer cette tranche d'histoire en découvrant dans l'hôtel familial de Perpignan la correspondance du général d'Empire Jean-Pierre Lacombe Saint-Michel. Et Claude Simon s'en servira pour en faire un élément central de son roman Les Géorgiques paru en septembre 1981, qui met en parallèle son ancêtre le général Jean-Pierre Lacombe-Saint-Michel appelé sous ses initiales LSM, l'écrivain George Orwell à Barcelone en 1936 [2] et Claude Simon lui-même, combattant en 1940 puis prisonnier. [3]

 

La naissance de Claude Simon un 10 octobre 1913 à Tananarive tient à un père capitaine d'infanterie de marine qui regagna la France l'année suivante en mai 1914. Ce père, le petit Claude n'aura pas le temps de le connaître, tué le 27 août 1914 dans la forêt de Joulnay près de Stenay dans la Meuse. La mère regagne alors Perpignan sa ville natale, logeant dans l'hôtel familial avec sa mère, sa sœur, son mari Henri Carcassonne et leurs six enfants, passant la belle saison aux Aloès, une propriété près de Perpignan sur la route du Canet, passant les vacances chez ses tantes à Arbois. Il fréquente alors le collège François-Arago à Perpignan, prenant le tramway quand il réside aux Aloès.

 

 

tumb Le lycée François Arago à Perpignan

 

Cette vie familiale rythmée par les études sera brusquement stoppée par la mort prématurée de sa mère, atteinte d'un cancer. A partir de 1925, il poursuit ses études à Paris au collège Stanislas, sous la tutelle d'un cousin de sa mère Paul Godet. [4] Évoquant cette époque, Claude Simon dira : « Dans ma vie, j'ai eu trois famille fort différentes : celle de ma mère (à Perpignan), celle de mes tantes à Arbois et celle de mon tuteur (Paul Godet). »

 

En 1930, il prend une décision lourde de conséquences : abandonnant le souhait de sa mère de préparer "mathématiques supérieures" au lycée Saint-Louis, il regagne Perpignan pour s'adonner à la peinture puis retourne à Paris, s'inscrit à l'académie du peintre André Lhote et s'initie à la photographie. En 1934, il a 21 ans et peut entrer en possession de l'héritage maternel. A la fin des années trente, c'est un homme qui se cherche encore, écrit très peu et s'adonne à la peinture pendant la période estivale à Perpignan. En 1936, il rejoint Barcelone, « Premier contact avec la violence pure, l'odeur de mort , » où il se voit plutôt comme un imposteur puis s'engage aux côtés des républicains espagnols en participant à des livraisons d'armes. Puis l'année suivante, il entreprend un long voyage à travers l'Europe, l'Allemagne nazie, le ghetto de Varsovie, la Russie soviétique, puis au sud en Grèce et en Italie.

 

Lui qui avait déjà connu une vie assez mouvementée va être rattrapé par la guerre. Le 10 mai 1940, il sera face aux blindés allemands avec la 4ème division de cavalerie et le 17 tombera dans une embuscade d'où il réchappera de justesse. Il est fait prisonnier à Solre-le-château près d'Avesnes-sur-Helpe dans le Hainaut et envoyé au stalag IV B à Mühlberg an der Elbe dans le sud du Brandebourg. Mais après quelques péripéties, il parvient en novembre à rejoindre Perpignan. Dénoncé à la Milice, il fuit et rejoint Paris, son appartement du boulevard Montparnasse où il est plus en sécurité. [5] Evoquant sa vie dans son discours de Stockholm lors de la remise du prix Nobel, il dira : « Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d’habitants de notre vieille Europe, la première partie de ma vie a été assez mouvementée [...] et cependant, je n’ai jamais encore, à soixante-douze ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n’est, comme l’a dit, je crois, Barthes après Shakespeare, que « "si le monde signifie quelque chose, c’est qu’il ne signifie rien" » - sauf qu’il est. »

 

tumb Claude Simon en 1940

 

Après la guerre, il sera vigneron dans les terres du Roussillon qui lui viennent de sa famille. L'année 1951 commence bien avec son mariage avec Yonne Ducing mais se finit mal par une violence attaque de tuberculose qui le laisse cloué au lit pendant plusieurs semaines dont il mettra deux ans à se remettre et dont il écrira : « J'ai vécu durant cinq mois allongé. Avec pour seul théâtre une fenêtre. Quoi ? Que faire ? Voir (expérience du voyeur), regarder avidement. La vue, la lenteur et la mémoire. » En 1956, il fait la connaissance d'Alain Robbe-Grillet à l'abbaye de Royaumont et deviendra un "compagnon de route" du mouvement du Nouveau Roman, écrivant « ce que nous avions en commun, c'était un même rejet du roman traditionnel et une estime réciproque. » Il ne cessera guère dès lors de préciser sa conception de l'écriture, l'argument d'un texte par rapport à la notion de récit et l'adaptation du style par rapport au narratif classique. [6]

 

Il se remarie en 1978 avec Réa Karavas et partage ensuite son temps entre les voyages, les colloques, les nombreuses conférences qu'il donne en Europe, aux États-Unis et au Canada, jusqu'en Inde et au Japon, et la maison de Salses dans le nord du département des Pyrénées orientales -les Corbières maritimes- dont il a hérité et qu'il va patiemment remettre en état à partir de 1963. Dans les dernières années de sa vie, il se partagera entre son appartement de la plage Monge à Paris dans le quartier latin et sa maison de Salses-le-château.

 tumb La place Monge vue par Claude Simon

 

Bibliographie

  • Années 40-50 : "Le Tricheur", Éditions du Sagittaire, 1945, "La Corde raide", Éditions du Sagittaire, 1947, "Le Sacre du Printemps, Calmann-Lévy, 1954, "L'Herbe", Éditions de Minuit, 1958
  • Années 60-70 : "La Route des Flandres", Éditions de Minuit, prix de l'Express, 1960, "Histoire", Éditions de Minuit, prix Médicis, 1967, "La Bataille de Pharsale", Éditions de Minuit, 1969, "Les Corps conducteurs", Éditions de Minuit, 1971, "Leçon de choses", Éditions de Minuit, 1975
  • Années 80-90 : "Discours de Stockholm", Éditions de Minuit, 1986, "L'Invitation", Éditions de Minuit, 1987, "L'acacia, Éditions de Minuit, 1989, "Correspondance avec Jean Dubuffet", L'Échoppe, 1994, "Le Jardin des Plantes", Éditions de Minuit, 1997
  • Années 2000 : "Le Tramway", Éditions de Minuit, 2001, "Archipel et Nord", Éditions de Minuit, 2009, "Quatre conférences", 1980-1994, Éditions de Minuit, 2012
  • Calle-Gruber Mireille, "Claude Simon Une vie à écrire", éditions du Seuil, collection Biographie, 2011, isbn 978-2-02100-983-5).

Autres fiches à consulter :
Quelques écrivains dans "Rhône-Alpes" : Maurice Scève, Louise Labé, Roger Vailland, Bernard Clavel
Site de l'Association des : Lecteurs de Claude Simon

 

tumb Le "Nouveau roman" [7]

tumb Simon en 1961 tumb

Références

  1. Qu'on trouve parfois écrit en deux mots De Namiel, qui viendrait d'une petite noblesse d'empire
  2. l'écrivain et anarchiste anglais George Orwell (O.), milicien républicain en 1936 à Barcelone, auteur du livre "Hommage à la Catalogne"
  3. Lacombe Saint-Michel avait été en 1810 gouverneur militaire de Barcelone dans une Espagne en guerre comme quand y séjournèrent en 1936 George Orwell et Claude Simon, ce dernier, descendant du général, combattant en 1940 dans la vallée de la Meuse où le général avait jadis exercé des commandements militaires
  4. D'une grande famille bourgeoise, Paul Godet est fils du sénateur Henri Godet et père du député Louis Godet, mort lui aussi au combat en 1914
  5. Il assistera chez Michel Leiris à la lecture de la pièce "Le désir attrapé par la queue" avec entre autres, Albert Camus, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir
  6. Parmi ses nombreuses interventions où il aborde le sujet, on peut citer : "Signification, roman et chronologie" à La Sorbonne en 1961, "Littérature : tradition et révolution" à Vienne en 1967, "La fiction mot à mot" au colloque de Cerisy-la-Salle en 1971 ou "Roma, description et action" à Göteborg en 1978
  7. On peut reconnaître de gauche à droite : Robbe-Grillet, Claude Simon, Claude Mauriac, Lindon, Pinget, Beckett, Nathalie Sarraute, Ollier
  <<<<<<<<<< Christian Broussas - Feyzin - septembre 2011 - <<<<<<< © • cjb • © >>>>>>>

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 09:41

L'écrivain Élias Canetti, prix nobel de littérature

Élias Canetti, de Roustchouk à Zurich
Élias Canetti, une jeunesse européenne, 1905-1921
Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - octobre 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

tumb        Elias Canetti Zurich portrait 1919.jpg
            Portrait de l'écrivain                             à Zurich en 1919

1) Roustchouk (1905-1911)

Roustchouk, ville bulgare sur le cours inférieur du Danube ; ville frontière puisqu’en face sur la rive gauche, commence la Roumanie. C’est dans cette très cosmopolite que naît en 1905 le futur prix Nobel de littérature Élias Canetti. La ville est une mosaïque de communautés et le jeune Élias fait partie de celle des juifs sépharades espagnols –ce dont sa mère est très fière- chassés d’Espagne au temps de la "Reconquista". Ses parents ont gardé l’habitude de parler l’Espagnol en famille, avec les enfants mais continuent à parler l’Allemand entre eux. [1]

Elias Canetti Roustchouk .JPG Roustchouk

Beaucoup de choses aussi rappelaient la Turquie, ses grands-parents étant originaires d’Édirne –qu’ils appelaient Andrinople- et le grand-père adorait chanter des chansons turques. Dans ce milieu très religieux, les fêtes comme Pessah (Pâque) ou le Sader tenaient une grande place et le jeune Élias de son rôle quand le grand-père lisait la Haggadah. [2] Les temps insouciants allaient bientôt se terminer en 1911, année de naissance de son frère George, quand son père trouva une opportunité à Manchester en Angleterre.

2) Manchester (1911-1913)

Peu de temps après leur installation à Burton road, son père mourut subitement. Le jeune Élias soutint comme il put sa mère recrue de chagrin, étant déjà très proches, et ils déménagèrent alors chez son frère aîné dans une grande maison sur Palatine road. Vint pour lui le temps de la lecture –il fut toujours un très gros lecteur- des histoires qu’il se racontait, laissant vagabonder son imagination sur le papier peint de sa chambre, et l’école de miss Lancashire sur Barlowmore road. Très vite, il s’exprima en anglais avec facilité, abandonnant l’Espagnol, sa langue natale.

 

Avant de partir pour Vienne où ils devaient s’installer bientôt, ils passèrent l’été en Suisse à Lausanne et à Ouchy où Élias aima beaucoup le lac, les voiliers qui le longeaient et les montagnes qui s’y miraient. Son initiation à l’Allemand –qui devait devenir son mode d’expression essentiel- fut l’œuvre de sa mère qui affectionnait cette langue qui, de plus, lui rappelait son défunt mari.

3) Vienne (1913-1916)

A Vienne, ils s’installèrent dans le quartier du Schüttel près du Wurstelprater, au n°5 de la Josef-Gall-Grasse. Il parlait désormais quatre langues, l’Anglais et l’Allemand couramment, le Français qu’il apprenait à l’école et l’Espagnol sa langue natale. Avec sa mère, il allait au Burgtheater dont elle raffolait et parlaient presque chaque jour de littérature. Mais ils furent vite rattrapés par la guerre et, après un incident, nul ne s’avisa encore peu la ville de Vienne, de parler anglais en public.

 

Pendant l’été 1915, ils retournèrent visiter la famille à Roustchouk puis séjournèrent à Varna sur la mer noire. La guerre touchait encore peu la ville de Vienne, Élias entra normalement au lycée près de Sophienbrüke. Il lui suffisait pour s’y rendre de longer la Prinzenallee. Malgré ces temps de guerre, ils partirent en Bavière à Reichenhall avec sa mère qui avait des problèmes de santé et firent des excursions à Nonn, au Köninsee et jusqu’à Berchtesgaden. Sa mère voulait partir habiter en Suisse à Zurich. Les deux frères d’Élias y résidaient déjà et, passant par Munich et Lindau, ils rejoignirent Zurich.

4) Zurich-Scheuchzerstrasse (1916-1919)

tumb       tumb

-  - -   Zurich-Tiefenbrunnen : la villa Yalta    --  - -    Zurich - Rämibühl, 1919-21

 

Ils s’installèrent dans deux chambres au 68 de la Scheuchzerstrasse au deuxième étage dans un immeuble en location puis déménagèrent trois mois plus tard au n°73 dans un appartement plus grand. A partir du printemps 1917, il fréquenta l’école cantonale de la Rämistrasse et discutait beaucoup littérature avec sa mère qui lui avait fait découvrir Charles Dickens qu’il dévorait ou Walter Scott qu’il ne prisait guère. Ils allaient aussi souvent à la grande librairie Roscher sur le quai de la Limmat et sont abonnés au cercle de lecture Hottingen.

 

Ses professeurs étaient « les premiers représentants qui m’apparaîtra plus tard comme la substance même du monde. » [3] Ils passaient l’été à Kandersteg et à Seelisberg dans un hôtel perché au-dessus de l’Urnersee et descendaient par la forêt jusqu’à Rütliwiese, cueillir des cyclamens dont sa mère aimait tant le parfum.

 

5) Zurich-Tiefenbrunnen (1919-1921)

Peu de temps après la fin de la guerre, Elias Canetti se retrouva dans la banlieue de Zurich, à Tiefenbrunnen dans la villa-pension Yalta située dans la Seefeldstrasse, tout près du lac, avec un grand verger derrière la maison. La famille est pour quelque deux années séparée, sa mère malade vivant au Waldsanatorium à Arosa et ses deux frères en pension à Lausanne. [4]

 

Pour rejoindre son lycée, il fut alors obligé de prendre le train jusqu’à la station de Stadelhofen, remontant ensuite la Rämistrasse. Souvent, il rentrait à pieds avec un camarade de classe Hans Wehrli par la Zollikerstrasse. Ils allaient souvent se promener en barque jusqu’à Kilchberg sur la rive opposée. Il allait aussi une fois par semaine rendre visite à sa grand-mère Arditti et sa tante Ernestine, la sœur aînée de sa mère, qui habitaient aussi Zurich.

 

Pour lui, la formation qu’il reçoit procède aussi d’une école de la vie, la réduction des préjugés de son éducation par une ouverture au monde. La richesse du genre humain –aussi bien dans sa grandeur que dans sa fragilité- il l’a découvre dans ses professeurs qui sont autant de personnages qu’il côtoie dans son quotidien, un kaléidoscope des faces de l’humanité qui nourrira son univers romanesque.

 

L’été, il part faire des excursions dans les vallées des Grisons. Dans le Domleschg, il grimpe jusqu’au sommet du Heinzenberg, « la plus belle montagne d’Europe, selon le duc de Rohan » précise-t-il, ou va visiter le château de Rietberg juste à côté. Mais il a un faible pour le Valais et dès l’été 1920, il revint à Kandersteg avec sa mère. Ils parcoururent le Lötschental, descendant à Goppenstein pour suivre la vallée de Ferden jusqu’à Blatten, le village le plus reculé.

 

Sa mère n’aimait guère la vie qu’il mène à Zurich, trop protégée, trop tournée vers les livres et le romanesque. Elle voudrait le placer face aux réalités d’alors, dans l’Allemagne à la dérive de 1920, et effectivement, l’année suivante, Élias Canetti dut partir poursuivre ses études en Allemagne, une nouvelle vie s’ouvrait devant lui, fort différente où, écrit-il, « je ne naquis qu’après avoir été chassé du paradis. »

 

Notes et références

  1. Ses parents avaient fait leurs études à Vienne, où ils s’étaient connus.
  2. La Haggadah ou l’histoire de l’exode des juifs d’Égypte, d’autant plus symptomatique qu’eux aussi étaient des exilés chassés d’Espagne par Ferdinand et Isabelle la catholique. [NDLR]
  3. Et il ajoute « Réaliser l’osmose entre individus et types –des personnages- c’est précisément l’une des tâches majeures du poète. »
  4. Sa mère avait été victime fin 1918 de la terrible grippe espagnole qui avait sévi dans toute l’Europe et, affaiblie par la maladie, avait contractée peu de temps après la tuberculose.

 

Bibliographie

  • Autobiographie (1971-1977) et 2003 :
   Tome I : La Langue sauvée - Histoire d’une jeunesse 1905-1921 (1977)
   Tome II : Le Flambeau dans l’oreille - Histoire d’une vie 1921-1931 (1980)
   Tome III : Jeux de regards - Histoire d’une vie 1931-1937 (1985)
   Tome IV : Les Années anglaises (2003)
  • 1935 : Auto-da-fé (1949, titré aussi La Tour de Babel), Die Blendung
  • 1960 : Masse et Puissance, Masse und Macht, essai, ISBN 2070705072

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Zurich, la Scheuchzerstrasse

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 10:21

Saint-John Perse

Saint-John Perse, prix Nobel de littérature 1960
Diplomate, ambassadeur de France (1887-1975)

Christian Broussas - Feyzin - octobre 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>


St john perse 1974 L Clergue.jpg   ST jPerse 65 Clergue.jpg         SJP roberrt petit-lorraine.jpg
             Portraits datant de 1974 et de 1965                                  Croquis de Robert Petit-Lorraine

 

Homme singulier que Saint-John Perse, se cachant derrière divers pseudonymes, [1] entre le grand diplomate qui a sous la troisième république durablement influencé la diplomatie française tout en créant une œuvre poétique qui, entre symbolisme et lyrisme, a marqué la composition poétique moderne. Homme double donc, même si officiellement son pseudonyme a pour rôle de séparer sa mission diplomatique de sa vocation poétique. Alexis Leger né le 31 mai 1887 à Pointe-à-Pitre à la Guadeloupe, décédé le 20 septembre 1975 à Giens dans le Var, diplomate français et Saint-John Perse, un des plus grands poètes contemporains couronné par le prix Nobel de littérature en 1960.

 

St John Perse souques pages pointe a pitre.jpg La maison Souques-Pagès de Pointe-à-Pitre

 

Fils d'Édouard Leger, avocat à Pointe-à-Pitre à partir de 1873, et de Marie Pauline Dormoy issue d'une famille de planteurs, Marie René Auguste Alexis Leger passe son enfance à Pointe-à-Pitre jusqu'en 1899 puis la famille s’installe à Pau dans les Pyrénées atlantiques, où il suit ses études au lycée Louis-Barthou puis à Bordeaux en 1904. Sa première référence est un ami de ses parents.

 

Son enfance s’écoule à la Guadeloupe, une enfance heureuse, d’abord dans l’îlet familial de Saint-Léger-les-feuilles, dans la petite ville voisine dans la rue des abymes puis dans les plantations de ses grands-parents : du côté maternel, l’Habitation du bois-debout sur la côte de Capesterre [2] et du côté paternel l’Habitation de La Joséphine en souvenir de l’ancienne impératrice. [3] Vers ses 11 ans, il est influencé par un ami de ses parents le RP Duss, grand botaniste qui l’initie à l’importance du langage, à ses nuances, lui parlant du nom savant et "vulgaire" des plantes, des noms si évocateurs, d’une puissance poétique si extraordinaire qui frappe l’imagination du futur poète.

 

Saint-John Perse 54 rue Achille René Boisneuf, Pointe-à-Pitre.JPG Sa maison natale rue Boisneuf à Pointe-à-Pitre

 

C’est le poète Francis Jammes, "l’ermite d’Orthez" qu’il rencontre à Pau, qui va l’influencer et le mettre en relations avec Paul Claudel, André Gide et les écrivains de la NRF. Il publie alors ses premiers poèmes à La Nouvelle Revue française en 1911 puis en 1925 son recueil le plus célèbre Anabase, s’abstenant après de toute publication pendant toute sa carrière de diplomate.

 

Son œuvre ne comprend guère de "je", de "moi", aucun égo, il ne parle pas directement de lui-même. Pourtant, ses principaux recueils de poèmes sont, dans leur essence, liés à sa biographie. L’exubérance d’Éloge rappelle les paysages antillais, « ô mes plus grandes fleurs voraces, parmi la feuille rouge, à dévorer tous mes plus beaux insectes verts !… les fleurs s’achevaient en des cris de perruche […] ô joie inexplicable sinon par la lumière. »

 

Il passe le concours des Affaires étrangères en 1914 et pendant cinq ans, de 1916 à 1921, nommé secrétaire d’ambassade à Pékin, il change radicalement d’univers. Il en profite pour voyager en Extrême-Orient, à travers la Chine, la Mongolie, en Asie centrale et jusqu’au Japon. C’est au retour d’un de ses voyages qui l’a conduit dans le désert de Gobi qu’il entreprend d’écrire Anabase, son œuvre la plus connue. Pour écrire, il dispose d’un calme absolu, un ancien temple taoïste dans les collines au nord-ouest de Pékin. À cette époque, il visite aussi l’archipel malais puis s’engage dans une croisière en voilier dans la Polynésie.

 

La puissance des éléments, le soulèvement des forces de la nature impriment son rythme à Vents. Le désespoir de quitter son pays et de devoir émigrer aux Etats-Unis après les décrets de Vichy le frappant, lui l’ancien ambassadeur de France, de déchéance et de radiation de sa nationalité, de confiscation de ses biens et de radiation de sa légion d’honneur, sa solitude transparaît dans son recueil Exil. On peut suivre son parcours à travers des photos, sur un bateau en partance pour l’exil américain en 1940, à Long Beach Island, « le lieu flagrant et nul » où il écrit Exil en 1941 et à Hundred Acre Island en 1945.

 

Leger, locarno 25 Henri Fromageot, Aristide Briand, Philippe Berthelot.jpg
St-John Perse (à gauche) et Aristide Briand (au centre) à Locarno en 1925

 

Le diplomate fera une brillante carrière qui sera comme une longue mise en veille de sa vocation de poète : secrétaire de la légation française de Pékin de 1916 à 1921, directeur du cabinet d’Aristide Briand en 1925 [4] et enfin secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, avec rang d’ambassadeur de 1933 à 1940. [5] En juin 1940, Paul Reynaud le démet brutalement de ses fonctions et Leger en est si blessé qu’il refuse toute nouvelle affectation puis choisit l’exil aux États-Unis. Profondément anti-gaulliste, il refuse toute collaboration avec son mouvement, travaille à la Bibliothèque du Congrès à Washington et dit-on, est très écouté par le président Roosevelt.

 

Dès lors, il va s’établir aux États-Unis, Il se marie avec une Américaine, Dorothy Russel, dédicataire de Poème à l'étrangère, qui a vingt ans de moins que lui et qu'il appelle "Dot" ou "Diane. Le prix Nobel qui lui est attribué en 1960, il le doit en partie à l’action de ses amis américains et de à Dag Hammarskjöld, le secrétaire général de l’ONU qui contribuent à faire connaître son œuvre à travers le monde.

 

A partir de 1957, il revient en France pour faire de longs séjours sur la presqu'île de Giens où certains de ses amis américains ont mis à sa disposition une propriété, « Les Vigneaux ». C’est là-bas à Giens qu’il va décéder le 20 septembre 1975 où il repose depuis.

<<<<<<<< • • • © cjb • • • >>>>>>>>
Notes et références
  1. Comme Saint Leger Leger en trois mots ou Saintleger Leger en deux, ou St L. Leger, et enfin Saint-John Perse à partir d'Anabase en 1924, recueil qui fut lui même signé un temps « St-J. Perse ».
  2. Plantation de cannes à sucre face aux îles des Saintes et de Marie-Galante, près de l’anse de Sainte-Marie où Christophe Collomb débarqua lors de son deuxième voyage
  3. Plantation de caféiers et de cacaoyers sur les hauteurs de Matouba au pied du volcan de La Soufrière
  4. Il est l'un des principaux auteurs des Accords de Locarno en octobre 1925
  5. Il a joué un rôle important lors de la conférence de Stresa en 1935 et, conservant ce poste pendant huit ans, il a assuré la continuité de la diplomatie française face aux aléas politiques.
Bibliographie

Ouvrages de Saint-John Perse
- Anabase (1924)
- Exil (1943) : Exil,, Pluies, Neiges, Poème à l'étrangère
- L'ordre des oiseaux (1962), réédité en 1963 sous le titre Oiseaux
- Pour Dante (1965)
- Chant pour un équinoxe (1971)
- Nocturne (1973)
- Sécheresse (1974)

Ouvrages sur Saint-John Perse
- Hommage à Saint-John Perse, Les cahiers de la pléiades, n° X, été-automne 1950
- Maurice Saillet, Saint-John Perse poète de gloire, Mercure de France, 1952
- Alain Bosquet, Saint-John Perse, éditions Pierre Seghers, 1953, 1ère édition
- Roger Caillois, Poétique de Saint-John Perse, éditions Gallimard, 1954
- Pierre Guerre, Saint-John perse et l’homme, éditions Gallimard, 1955
- Jean-Marc Tixier, Saint-John Perse à Giens, éditions Images En manœuvre, mars 2006, isbn 2849950459
- Renaud Meltz, Alexis Leger dit Saint-John Perse, Flammarion, 850 pages

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 19:08

L'écrivain Saül Bellow, gosse de Chicago

Saül Bellow, un juif européen aux Etats-Unis (1915-2005)
trois fois lauréat du National Book Award en 1953, 1964 et 1969
Prix international de littérature en 1965, prix Pulitzer en 1975 et prix Nobel de littérature en 1976

 

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Bellow avec son fils Adam à Chicago, .... avec son fils Daniel en 1970

 

Saül Bellow, prix Nobel 1976, « pour sa compréhension de l’être humain et la subtile analyse de la culture contemporaine dont il fait part ensemble dans son œuvre,» selon l'académie suédoise.

 

Saül Bellow est âgé de 9 ans en 1924 quand ses parents arrivent à Chicago, "sa ville", celle où se situent nombre de ses romans et leur donnera sa couleur. C'est une famille de déracinés qui a fui Vilnius en Lituanie et les persécutions juives pour émigrer à Lachine au Canada, dans la banlieue de Montréal [1] où Saül Bellow est né en 1915 puis rue Saint-Dominique dans le quartier juif et enfin à Chicago pour rejoindre un cousin. Même si la mort de sa mère quand il a 17 ans, a été un grand choc, c'est son père Abraham Belo qui l'influence alors, un père assez original, importateur d'oignons puis "bootlegger", dans la distillation et le trafic d'alcool clandestin. Mais aussi un homme romantique qui jouait du violon et lui lisait du Pouchkine, un conteur qui adorait évoquer sa vie à Vilnius.

 

Après l'époque "Chicago", sa jeunesse puis ses études dans les deux universités de la ville, Chicago University et Northwestern University où il étudie l'anthropologie et la sociologie, qui le marquera beaucoup, sa vie s'organise essentiellement entre l'état du Vermont et la ville de Boston. Sa vie sentimentale est marquée par cinq divorces, d'une première union naîtront 3 garçons, jusqu'à la dernière en 1989 avec une jeune femme de 31 ans Janis Freedman qui lui donnera une fille en 1999. [2]

 

L'espace urbain est pour Saül Bellow le symbole de la décadence de l'Occident, du dérèglement des grandes villes américaines, de leur laxisme, l'autocentration de ses intellectuels dont les plus représentatifs sont ses personnages Herzog et Humbold face à la lourde atmosphère de l'Europe communiste. [3] Il y décrit une New-York oppressante, à la chaleur accablante en été, [4] et surtout Chicago « massive, maladroite... sentant la boue et la décadence[5] mélange étonnant de taudis, de gratte-ciel et de son bruyant métro aérien. Ses héros sont pourtant souvent optimistes comme Sommler qui espère que l'homme porte en lui «une parcelle de l'esprit même de Dieu[6]


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Avec sa femme Janis en 1999                 Pour la remise du prix Nobel en 1976

 

L'homme de Bellow est à l'image de la société, il se veut rationnel et moral -ou qui se voudrait-tel- mais il est le plus souvent soumis à ses pulsions, à ses désirs, à ce qui lui échappe malgré tout dans ses rêves et ses souvenirs. Saül Bellow est bien à l'image des romanciers américains de sa génération [7] Les personnages féminins n'occupent qu'une place secondaire dans son œuvre, illustrant les stéréotypes sociétaux. [8] Si Joseph son héros n'imagine pas la femme dans ce qu'elle a de spécifique, son altérité irréductible, [9] il représente une part de son reflet, sa relation aux femmes et ses cinq divorces.

 

A propos de son roman La planète de M Sammler, Saül Bellow dit que « Sammler a connu le pire (la Shoa) et le meilleur de ce que pouvait lui offrir l’Europe en son temps ; il applique ces critères à l’Amérique en y ajoutant un sentiment de déplaisir à l’égard de ce qui l’entoure. » [10] Ce déplaisir qu’il évoque, c’est la dégradation du paysage urbain et la violence latente, omniprésente qui embrase un jour ou l’autre les Etats-Unis.

 

A 84 ans, avec son dernier roman Ravalstein bâti sur la biographie de son ami Allan Bloom, il retrouve le souffle de ses grands romans dans cette curieuse amitié entre Chick-Bellow et Bloom-Ravelstein, ces deux êtres si différents. La disparition de son ami, «dernière barrière entre lui et la mort, » Chick la vit comme la mise en scène de sa propre disparition, conforté par une soudaine grave maladie qui va libérer son écriture et lui permettre d’écrire cette biographie.

 

Dans son recueil de textes "Tout compte fait,", qu’il a sous titré "Du passé indistinct à l’avenir incertain", [11] Saül Bellow écrit à sa façon habituelle ironique et décalée : « Je n'ai pas su comprendre les choses que j'ai écrites, les livres que j'ai lus, les leçons qui m'ont été données, mais je constate que je suis un autodidacte des plus opiniâtres, que je brûle d'être corrigé. Il est très possible que je n'aie pas atteint mes buts, mais quelle satisfaction, néanmoins, que de s'être débarrassé de vieilles erreurs tenaces. Pour entrer dans une ère d'erreurs améliorées. »

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Université de Chicago et . . . . . . . . . . . . . la Chicago northwestern université

 

Christian.broussas - Feyzin - janvier 2012- <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

Réflexions et citations de l'auteur

- « Les habitants de Chicago sont très fiers de leur méchanceté. Il s'agit de la bonne vieille politique vulgaire, malgré leurs prétentions » Le New York Times du 6 juillet 1980
- « On présume généralement que toutes les péripéties et idées contenues dans un roman se fondent sur l'expérience personnelle et les opinions propres au romancier. » Le New York Times du 10 mars, 1994)
- « À ce moment il n'avait aucun message pour qui que ce soit. Rien. Pas un seul mot » Herzog, 1964
- « Il est étrange que les bienfaiteurs de l'humanité soit tous des gens amusants. En Amérique au moins, c'est souvent le cas. Quiconque veut gouverner le pays doit aussi le divertir. » Ravelstein, 2000
- « Les gens sont trop prosaïques et demandent: "Est-ce vrai ? Et si c'est vrai, est-ce que ça correspond aux faits ? Et si ça ne correspond pas aux faits, pourquoi pas ?" Alors, vous êtes pris au piège, parce qu'écrire un roman est presque comme écrire un biographie, mais pas tout à fait. Un roman est plein d'invention. » Interview dans la revue Time, 8 mai 2000)

Notes et références
  1. Lachine a été depuis rattachée à la ville de Montréal
  2. A rapprocher de ce qu’écrit son biographe Claude Lévy à propos de son roman "Le cœur à bout de souffle" : « Avec un instinct qui ne les trompe jamais, les héros de Bellow choisissent toujours la femme qui ne saurait les satisfaire et qui, tôt ou tard, les fera souffrir. »
  3. Voir son roman "L'hiver du doyen", le voyage en Roumanie en compagnie de sa femme d'origine roumaine Alexandra Ionescu Tulcea (Minna dans le roman)
  4. Voir par exemple son roman "La victime"
  5. "un homme en suspens", page 259
  6. "La planète de M Sommler" page 183
  7. cf Leslie Fielder, "Love and death in the American Novel", New-York, Criterion Books, 1960
  8. Par exemple, dans "Un homme en suspens', Ida ne s'intéresse qu' « aux plaisirs de l'apparat, aux divertissements et aux magazines de modes. (page 13) »
  9. Voir "Un homme en suspens", page 225
  10. Pierre Dommergues, "Entretien avec Saül Bellow", Le Monde, octobre 1972
  11. Saül Bellow, "Tout compte fait, ", Du passé indistinct à l’avenir incertain, éditions Plon, collection Feux croisés », 1995, 352 pages, isbn 2259181252
Sélection bibliographique
  • The Adventures of Augie March, 1953 – National Book Award; trad. J. Rosenthal: Les aventures d'Augie March (Flammarion, 1977)
  • Herzog, 1964 – Prix international de littérature, National Book Award; trad. J. Rosenthal: Herzog (Gallimard, 1966, 1975 et 1986)
  • Mr. Sammler's Planet, 1970 – National Book Award; trad. Henri Robillot: La planète de M. Sammler (Gallimard, 1972)
  • Humboldt's Gift, 1975 – Prix Pulitzer de la Fiction, traduction Anne Rabinovitch-Henri Robillot: Le don de Humboldt (Flammarion, 1978) (Livre de Poche, 1994)
  • More Die of Heartbreak, 1987 – trad.: Le cœur à bout de souffle (Julliard, 1989)
  • Ravelstein, 2000 – traduction Rémy Lambrechts: Ravelstein (Gallimard, 2004)
Etudes sur Saül Bellow
  • "Autour de Saül Bellow", sous la direction de Paule Lévy, Presses universitaires de Rennes, 150 pages, 2011, isbn 978-2-915751-41-3 : "Ce livre explore les multiples facettes de l’œuvre de Saul Bellow, tout en en soulignant la continuité et la cohérence".
  • Pierre Dommergues, "Biographie de Saül Bellow", Paris, éditions Grasset, 1967
  • Claude Lévy, "Les romans de Saül Bellow : tactiques narratives et stratégies œdipiennes, Paris, éditions Klincksieck, 1983

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Son buste à Chicago                         Avec Derek Walcott

Christian.broussas - Feyzin - janvier 2012- <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 19:04

Derek Alton Walcott l’antillais

Derek Alton Walcott, poète et dramaturge antillais
Prix Nobel de littérature 1992
Le jeudi 19 janvier 2012 par Christian Broussas.

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Son portrait ............ Square Derek Walcott à Castries

 

Derek Alton Walcott est né le 23 janvier 1930 dans les Antilles à Castries, la capitale de l’île Sainte-Lucie où il connaît une enfance misérable, devenu orphelin très tôt et recueilli par une famille métisse elle-même très pauvre qui se sacrifiera pour qu’il puisse poursuivre ses études. Il fait partie des écrivains issus d’une génération qui cherche son identité dans les prémices de la décolonisation et les bouleversements d’après 1945. Confronté très tôt à la pauvreté et à sa condition de métisse antillais, il cherche sa voie entre blancs et noirs, entre langue française et langue anglaise, entre culture occidentale et culture antillaise.

 

Il relatera son expérience existentielle dans "Une autre vie" en 1973, un long travail de mémoire dont il a dit « un homme vit la moitié de sa vie, la seconde moitié est mémoire. » Derrière les figures d’Anna, de Gregorias et d’Harry Simmons, symbolisant l’amour, l’art et la mort, se profile sa profonde interrogation sur son identité culturelle. « Qu’est-ce qu’un poète dans ces îles perdues des Antilles anglophones, sans tradition ni langue propres ? »

 

Le fait est qu’il soit peu connu en France tient sans doute à son style métissé comme lui, mélange d’anglais assez châtié et du parler populaire des Antilles, assez éloigné des conceptions stylistiques d’un Aimé Césaire qui l’a pourtant influencé.

Au début des années 50, il partira poursuivre ses études à La Jamaïque puis s’installera à Trinidad pour diriger un théâtre, de 1959 à 1976, et monter ses propres pièces. L’année 1981 représente un tournant dans sa vie : il part aux États-Unis enseigner à l’université d’Harvard puis à celle de Boston. En 1990, il atteint une audience internationale avec la publication de sa grande épopée lyrique intitulée Omeros aux accents homériques on l’a souvent comparé à L’Iliade- traité à la manière caraïbe. Dans ses œuvres théâtrales et poétiques, il évoque surtout la vie quotidienne et la culture de ces îles antillaises marquées par un métissage dû à une longue colonisation.

 

Depuis les années 2000, il a renoué avec le théâtre, avec sa chronique sur la vie d’Henri Christophe, le leader haïtien, publiant en 2009 une pièce inspirée de la vie de la prêtresse vaudou Marie Laveau. Avec le recul, il porte un regard tendre mais quelque peu désenchanté sur le pouvoir que peuvent exercer les hommes sur destinée : « Tout finit dans la compassion si loin de ce que le cœur a décidé. »

Dans son discours de Stockholm, lors de la cérémonie de réception du prix Nobel, il devait dire toute sa fierté pour cette première reconnaissance internationale [1] de sa culture : « Quel privilège de voir une littérature –une littérature unique en plusieurs langues impériales, français, anglais, espagnol- éclore d’île en île à l’aube d’une culture ni timide ni imitative, pas plus que ne le sont les durs pétales blancs de la fleur des frangipaniers. »

 

Christian.broussas - Feyzin - janvier 2012- <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>


Repères bibliographiques

  • Véronique Bonnet, De l’expérience à l’errance : écriture et quête d’appartenance dans la littérature contemporaine des petites Antilles francophones et anglophones ;
  • Régis Antoine, La littérature franco-antillaise, éditions Khartala, 1992

Autres fiches à consulter :

 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 19:00

Ivo Andrić 1892-1975) Prix Nobel de littérature en 1961           

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Sa maison natale à Travnik                         Sa maison à Višegrad

 

Dans sa nouvelle "Une lettre de 1920", Ivo Andrić évoque ainsi la Bosnie : « Ce pays pauvre et arriéré où vivent entassées quatre religions différentes aurait besoin de quatre fois plus d'amour, de compréhension mutuelle et de tolérance que les autres pays. »

 

Voilà qui résume bien le dilemme de la Yougoslavie et son démembrement, qu'heureusement, il n'a pas connu. Né en Bosnie dans une famille croate, il se présente comme serbe à partir de 1945 et s'installe à Belgrade. De ce point de vue, il est bien un pur produit de ce pays multiforme, un symbole des mélanges identitaires de ce pays des "slaves du sud".

D'une famille d'artisans pauvres catholiques, élevé chez les franciscains, il étudie l'histoire et la littérature à Zagreb, Vienne et Cracovie, soutenant une thèse sur la Vie spirituelle de la Bosnie, alors province turque en 1923. Parallèlement à sa carrière de diplomate, il construit patiemment une œuvre largement puisée dans sa vie comme ses deux romans les plus connus, "Il est un pont sur la Drina" et "La Chronique de Travnik" en 1945. [1]

 

tumb    Sa statue à Belgrade

 

Le premier, Il est un pont sur la Drina, se situe dans le village de Višegrad en Bosnie-Herzégovine, à la frontière serbe, où il passa une partie de son enfance, où le pont représente le point central entre les communautés serbes orthodoxes, croates catholiques, musulmanes et juives, symbole de cette vie « qui s'use sans cesse et s'effrite et pourtant dure et subsiste, inébranlable comme le pont sur la Drina. » Le grand cinéaste Emir Kusturica a entrepris de réaliser un film sur ce roman et de construire pour cela un village reconstituant la vie de l'époque. [2]

 

Le second, La Chronique de Travnik ramène à son enfance puisqu'il est né à Dolac, tout près de Travnik en 1892, mettant en scène conflits et drames à l'époque de l'occupation napoléonienne en 1807, avec un consul français qui lui permet de décrire Travnik comme un lieu de confrontation entre Orient et Occident.

 

Andrićev venac, rue et quartier du centre de Belgrade, la capitale serbe, doit son nom à Ivo Andrić. Cette rue piétonne dans sa partie centrale comprend aussi un musée mémoriel consacré à l'écrivain, ainsi que sa statue au pied d'une fontaine alimentée par un ruisseau artificiel.

 

tumb  Ivo Andrić et le pont sur la Drina à Višegrad

 

Notes et références

  1. Né à Travnik en 1892 dans une petite maison bosnienne traditionnelle devenue le musée Ivo Andric, il y est aussi enterré
  2. Voir l'article Kusturica

Voir aussi
50 ans après : http://www.bhinfo.fr/ivo-andric-50-ans-apres-son-prix,1855/

Vidéo : http://www.rts.ch/archives/tv/culture/preface/3461889-ivo-andric.html

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 13:43

Jean-Marie Gustave Le Clézio , citoyen du monde, France-États-Unis

JMG Le Clézio, prix Renaudot 1963, Grand prix de l'Académie française 1980, prix Nobel de littérature 2008

                                     <<<<<<< • • °°  • • °° © CJB °° • • >>>>>>>>>


JMG le-clezio-le-proces-verbal.jpg Le Clézio en 1963


Jean-Marie Gustave Le Clézio entre ses "terres d'écrivain" et ses "racines aquatiques". D'origine bretonne et mauricienne, il naît au bout de la Méditerranée à Nice le 13 avril 1940, de parents mauriciens, d'un père d'origine anglaise et d'une mère française née à Paris. Un franco-mauricien mâtiné d'anglais, à la double nationalité. Double aussi, homme de terre et homme de mer, son port d'attache sera la langue française : « Pour moi qui suis un îlien, quelqu'un d'un bord de mer qui regarde passer les cargos, qui traîne les pieds sur les ports, comme un homme qui marche le long d'un boulevard et qui ne peut être ni d'un quartier ni d'une ville, mais de tous les quartiers et de toutes les villes, la langue française est mon seul pays, le seul lieu où j'habite. » [1] Il passe les premières années de son enfance à Roquebillière, petit village situé à la rive droite de la Vésubie dans l'ambiance morose de la seconde guerre mondiale.

 

A sept ans, il va découvrir l'Afrique, après un voyage en bateau qui le conduit avec sa mère au Nigéria où il va retrouver son père, situation qu'il reprendra dans son roman "Onitsha" en 1991. [2] Cette Afrique qui le fascine toujours et dont il dit dans "L'Africain" : « L'arrivée en Afrique a été pour moi l'entrée dans l'antichambre du monde adulte. »[3] La famille s'installe de nouveau à Nice en 1949 et le jeune garçon habitué à la vie africaine se sent mal à l’aise, mal intégré dans cette ville où ils vivent plus comme des Mauriciens ou des Africains. Il poursuit ses études au lycée Masséna, tâte de la bande dessinée et lit beaucoup. Il préfère les récits d'explorateurs de Kipling ou de Conrad, fréquente le ciné-club Jean Vigo où il découvre tout un univers cinématographique fascinant quoique très éclectique et participe au "Club des Jeunes" où il rencontre des artistes comme Ben. Il se partage alors entre Nice, Bristol et Londres quand il publie à 23 ans son premier roman, "Le Procès-verbal" qui recevra le prix Renaudot en 1963 et sera le point de départ d'écrits marqués par sa colère, sa révolte contre un monde angoissant, dominé par la violence et l'argent, prêt à sacrifier la nature et les plus faibles.

 

En 1967, il est en Thaïlande comme coopérant d'où il est expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine. L'armée l'envoie alors au Mexique, à l'Institut d'Amérique Latine où il découvre, émerveillé, la vie des Indiens. Pendant 4 ans de 1970 à 1974, il partagera la vie de deux groupes, les Emberas et les Waunanas dans la jungle panaméenne. Là, il retrouve un meilleur équilibre, une sérénité retrouvée qui donnent à son œuvre une nouvelle impulsion. Il parcourt ensuite le pays, vit avec d'autres peuplades comme les Huichols dont il apprend la langue, découvre les textes sacrés et publiera en 1977 une traduction des Prophéties du Chilam Balam, ouvrage sur les mythes amérindiens. Il constate aussi amèrement que cette richesse a été en partie détruite par l'impérialisme des conquistadors, ce qui le conforte dans le rejet d'une certaine forme de civilisation occidentale dont il avait déjà vu les conséquences en Afrique. Devenu un fin connaisseur de la région du Michoacan située au centre du Mexique, il écrira une thèse d'histoire centrée sur ce sujet et ira ensuite enseigner aux à l'Université d'Albuquerque aux États-Unis dans l'état du Nouveau-Mexique où il s'établit avec sa femme Jémia et leurs deux filles.

 

JMG le-clezio-et-sa-femme-.jpg Le couple Le Clézio pour la remise du prix Nobel

 

Au début du XXe siècle, des problèmes économiques et familiaux obligent la famille à revenir en France. Son grand-père quitte ses fonctions de juge et part sur l’île Rodrigues à la recherche d'un hypothétique trésor et vers ses 15 ans, Jean-Marie va découvrir dans une valise les plans et les croquis amassés par son grand-père pour préparer l’expédition. Il se servira de cette histoire familiale pour écrire sa "série mauricienne" qui comprend essentiellement Le Chercheur d’or en 1985, Voyage à Rodrigues l'année suivante, La Quarantaine en 1995, Révolutions en 2003 et Ritournelle de la faim en 2008. Son intérêt pour la langue créole ne se démentira pas et il publiera avec sa femme Jemia, Les Sirandanesen 1990. Sa conception de l'écriture transparaît dans ce texte tiré de L’extase matérielle : « Les idées sont toutes objectives. C’est le réel qui donne naissance à l’idée, et non pas l’idée qui exprime ce qu’il y a de concevable dans la réalité. »

 

S'il vit assez souvent à Albuquerque, à la frontière des USA et du Mexique, où il enseigne, il séjourne aussi dans ses "lieux de mémoire" comme disait Bernard Clavel, à Nice la ville de son enfance qui est aussi une ville frontière entre France et Italie, à l’île Maurice, berceau de la famille et île multiculturelle, la Bretagne aussi, avec une certaine nostalgie de ses origines, ce qui nous vaut cette remarque : « je vis dans les lisières, entre les mondes ». Il retourne aussi volontiers à Paris y humer « l'air du temps », où il écrira en 1997 son roman Poisson d’or sur le thème de l’immigration en France et fait quelques séjours comme en Corée du Sud en 2008 pour enseigner la littérature française.

Notes et références
  1. Il écrira aussi : « Je suis assez itinérant, instable, pas très sûr de l'endroit où je veux habiter. »
  2. "Onitsha", roman, Gallimard, Paris, 1991, 250 pages, ISBN 2-07-072230-9
  3.   "L'Africain", portrait de son père, Mercure de France, « Traits et portraits », Paris, 2004, 103 pages, ISBN 2-7152-2470-2.
Voir aussi

Le Clézio et son œuvre,     Leduc et Le Clézio,     Voyage à Rodrigues

 

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