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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 16:15

 

Dario Fo et sa femme Franca Rame

Dario Fo, qui souvent joue et met en scène ses propres pièces, a renouvelé par son style le genre Commedia

dell’arte et la farce médiévale en privilégiant l'improvisation, la performance verbale et physique de l’acteur et la profusion de gags ou de jeux de mots. Il utilise tous les langages dont il peur disposer, un peu comme les plasticiens détournent des objets usuels pour en faire des objets d’art. On trouve ainsi dans ses textes le recours à des parlers populaires mêlés d'accents régionaux, de formules idiomatiques et même de phrases murmurées parfois inaudibles. [1]

Son théâtre se caractérise par une esthétique brute –certains disent grotesque- basée sur des allusions, des références grivoises ou parfois scatologiques, un grand sens de l'économie de mise en scène. Très souvent, un même acteur interprète plusieurs personnages, plusieurs rôles comme dans le théâtre grec antique, utilise quelques accessoires, porte un masque ou un accoutrement quelconque et un simple maquillage volontairement trivial ou bouffon.

De cette façon, Dario Fo a voulu se libérer des contraintes classiques de la représentation scénique pour en donner une parodie et faire ressortir sa nature artificielle, refusant de se lier à la réalité de la vie quotidienne, privilégiant le recours à l’invraisemblable et à l’invention. Il tend ainsi à « extérioriser » sa pièce en inscrivant le spectacle dans un environnement global, les acteurs par exemple apostrophant le public, faisant des commentaires sur les objets du décor, critiquant sans fard les contraintes des répétitions ou la progression dramatique de la pièce.

A travers des formes de comique, de fantaisie et de satire, son objectif se veut une contestation radicale de la société de son temps : dénonciation des mœurs de la bourgeoisie, du rôle du libéralisme, [2] du clergé [3] et de l’armée, [4] ce qui lui valut d’être souvent victime de la censure et qui culmina en 1962 dans un véritable « lynchage médiatique » lors de l’émission télévisée, Canzonissima, dont l’audience fut autrement importante que celle de représentations sur de petites scènes de théâtre.

 

Notes et références

[1] Par exemple, sa pièce Mystère bouffe est un spectacle inspiré des mystères et des jongleries populaires du Moyen-Áge, utilisant le Gremelot, un langage fait de dialectes et d’onomatopées pour susciter le rire ironique de l’auditoire.

[2] Sa pièce Faut pas payer, qui inaugure son propre théâtre en 1974, est une satire haute en couleurs et ironique du monde industriel et de la société de consommation.

[3] Par exemple dans sa pièce Le pape et la sorcière (Il papa e la strega) en 1989, charge anticléricale sur le thème d’une loi anti-drogue très répressive.

[4] Comme dans Isabelle, trois caravelles et un charlatan, histoire revue et corrigée de Christophe Colomb, contenant nombre des répliques moqueuses sur l’armée.

 

Faut pas payer ! (Non si paga, non si paga !, connue aussi sous le titre On ne paie pas, on ne paie pas !), 1973

Comédie qui se situe dans l’Italie des années soixante-dix à Milan, une ville qu’il connaît bien. Le fil conducteur est l’histoire d’un groupe d’ouvrières qui ne supportent plus l’augmentation du coût de la vie et, au comble de l’exaspération, décident de dévaliser le supermarché de leur quartier. Mais tout le mode réagit et se ligue contre elles, de leurs propres maris. La confrontation provoque de nombreux quiproquos comme cette femme qui, cachant ses menus larcins sous ses vêtements,  affirme qu’elle est enceinte pour berner tout le monde.

 

La pièce passe par la farce sociale pour parler des problèmes de société comme la délocalisation industrielle et le chômage, la faim ou l’absence de logement, le poids particulier imposé aux femmes au quotidien, les difficultés imposées aux plus défavorisés dans nos sociétés développées, tous ceux qu’on range pour simplifier dans le groupe du « quart monde ».

http://p2.storage.canalblog.com/25/96/714221/50624099.jpg   Faut pas payer ! avec Julie Jézéquel , Pascal Destal, Lorène Guillemin...

                                                                             Théâtre de la gargouille - Bergerac

 

Mystère bouffe, (Mistero buffo), spectacle théâtral joué pour la première fois en 1969 en Italie et en 1973 au Festival d’Avignon par le collectif Nouvelle Scène Internationale, dans une mise en scène d’Arturo Corso.

Dario Fo, Mystère bouffe. « Jonglerie populaire », traduit et adapté par G. Herry, Paris, Dramaturgie Éditions, 1984, postface de J. Guinot et F. Ribes.

 

Ce « Mystère » s’inspire d’une tradition italienne datant des XIIIème et XIVème siècles, genre alors en vigueur qui avait périclité au cours du temps. En usant de longs monologues, l’acteur explique et commente le contexte du texte qu’il entend jouer, en s’aidant de manuscrits ou de peintures murales médiévales. On y rencontre au fil du spectacle de multiples personnages, un jongleur, un fou, des joueurs, un ivrogne ou un vilain se mêlent à des soldats, un chef des gardes, y croisent des personnages bibliques comme un ange ou la Vierge Marie et même le pape Boniface VIII, caricature du message biblique. Autant de figures bouffonnes sur fond de mystère christique.

 

Spectacle total, sans plus de distinction entre la scène et le public, Dario Fo le jouait en communion avec ce public, n’hésitant pas à faire appel à lui, à improviser pour rendre le spectacle unique, usant d’un langage qui n’est compréhensible qu’à travers l'intonation et la gestuelle qui l'accompagnent Fo en profite pour dénoncer la récupération de l'histoire populaire par le pouvoir, la confection d’une histoire officielle qui occulte révoltes et soulèvements populaires.

 

Théâtre Jacques Cœur - Lattes (34)

 

Histoire du tigre et autres histoires, 1978

 

Monologue théâtral d’un soldat, un homme du peuple,  qui raconte le rôle providentiel qu’un tigre a joué dans ses aventures. Le peuple s’identifie au monde animal –celui du tigre chez les chinois- contre le monde politisé des puissants.

Au temps de la Longue Marche, l’armée chinoise de Mao se replie et laisse derrière elle un pauvre soldat blessé à un pied, très mal en point, gagné par la gangrène. Réfugié dans une grotte, il est sauvé par une tigresse qu’il aide à son tour mais il préfère aller s’installer dans un village… suivi de la tigresse et de son petit. Après bien des péripéties, ils parviendront tous à s’entendre. Unis, ils repousseront les envahisseurs, des armées de Tchang Kaï-Chek à celles du Japon, et même les soi-disant représentants du peuple qui finissent par s'enfuir, laissant le village en paix.

 

 Mort accidentelle d’un anarchiste, 1970

 

Dans cette pièce tirée de faits réels, Dario Fo transpose deux défenestrations : celle de l’anarchiste italien Andrea Salsedo par la police de New York en 1920 et celle de Giuseppe Pinelli par la police milanaise en 1969. [1]

 

« A la première lecture de "Mort Accidentelle d'un Anarchiste", j'ai été totalement émerveillée par l'humour et l'ironie avec laquelle Dario Fo traite un fait divers terrible: un cheminot anarchiste fait une chute mortelle, du 4ème étage d'un commissariat.... Le sujet de la pièce qui laisse augurer un drame devient au contraire le prétexte à une farce satirique sur la police, le pouvoir et la justice, nul n'est épargné... »

Ivola Pounembetti, metteur-en-scène, La Rochelle, 2013-2013

Positions inconciliables : « Suicide » conclut la justice, « meurtre » insinue la rumeur publique. Un fou s'introduit dans un commissariat jouant successivement différents personnages, un enseignant, un juge, un capitaine... jusqu'à embarquer tout le monde dans des situations inextricables qui impliquent diverses fonctions de l'Etat. Son action va peu à peu saper la version officielle et pousser tout ce beau monde dans ses retranchements, renvoyant chacun à sa propre responsabilité.

[1] En 1969, une bombe explose dans la Banque Agricole, à Milan. Et immédiatement, on arrête l’anarchiste Giovanni Pinelli, pour constater quelques années plus tard que l'Etat italien était largement impliqué dans cet attentat.

  

   

Affiches de la pièce à La Rochelle  et à Arcueil, théâtre de l’épopée

 

Récits de femmes, Dario Fo et Franca Rame, 1970

Deuxième volet de la trilogie "Récits de femmes" composé de « Nous avons toutes la même histoire », « Une femme seule » et « Couple ouvert à deux battant »

 

Elles s’appellent Marie, Gina ou Antonia, sont émouvantes et parlent de leur quotidien avec conviction et justesse ; elles se sentent souvent seules et ignorées, niées même dans leur condition féminine, confiant ainsi leur détresse et leurs espoirs. Seul le rire libérateur de Dario Fo peut à son tour désamorcer le tragique et nous faire réfléchir.  

« Nous avons toutes la même histoire » : Gina a oublié de prendre la pilule et le soir venu, son petit ami insiste pour faire l’amour avec elle. Et bien sûr, ce qui devait arriver… On s’insinue dans les états d’âme de Gina prise dans des sentiments contradictoires, entre tentation, désir et volonté de résistance qui la conduiront à finalement accepter cette maternité non désirée. 

Etats émotionnels ambivalents, conflictuels entre son besoin de caresses et la peur de tomber enceinte, jusqu’à rouler en boule un tissu qu’elle tient contre elle comme un nouveau-né.

« Une femme seule » : Marie est une femme au foyer comme on dit, plus considérée dans son rôle traditionnel d’épouse, plus objet sexuel et robot domestique que comme femme épanouie. Une femme engluée dans sa situation, une impasse sans espoir, coincée entre un beau-frère obsédé sexuel, lourdement handicapé et la violence de son mari.

« Couple ouvert à deux battant » : Histoire assez sordide du trompeur trompé, où le mensonge sert de conduite. Antonia est affligée de Massimo, un mari effrontément volage qui culpabilise et lui joue une nouvelle fois la scène du suicide. A bout d’arguments, il lui suggère de faire la même chose et de prendre à son tour des amants. Mais quand elle lui annonce qu’elle le trompe… c’est une tout autre histoire…

 

recit de femmes - theatre funambule

 

 

 

 

 

 

Récits de femme au théâtre du funambule, Paris 18ème 

 

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 13:50

Dario Fo et Franca Rame

Prix Sonning en 1981, Prix Nobel en 1997 

 

Franca Rame, la complice de Dario FoDario Fo et sa femme Franca Rame

Avec Dario Fo, c'est un saltimbanque qui entre au pays du Nobel et reçoit le prix Nobel de littérature en1997. Un prix qui lui fut décerné pour avoir entre autres « dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé le pouvoir et restauré la dignité des humiliés. » [1]

 

Doué en dessin et en peinture, il n'était pas spécialement destiné à devenir l'un des plus grands dramaturges italiens, un « homme de théâtre complet », l'égal de Goldoni, ce qui est pour lui le compliment suprême. Encore, et il l'a rappelé lors de son discours de Stockholm, il préfère entre tous un autre auteur italien Angelo Beolco dit Ruzzante, « un extraordinaire homme de théâtre de ma terre, peu connu ... même en Italie. Mais qui est sans aucun doute le plus grand auteur de théâtre que l'Europe ait connu pendant la Renaissance avant l'arrivée de Shakespeare. » 

 

Les sept premières années de sa vie, il les a relatées dans un roman picaresque dans le village de Mezaràt situé sur la rive italienne du lac Majeur."Mezaràt" signifie "chauves-souris" en dialecte lombard, surnom des contrebandiers et des pêcheurs qui vivaient la nuit, comme les chauves-souris justement, autoportrait «d'un Nobel en petit garçon, peint avec l'élan et le comique d'un grand maître, » écrira le journal  Repubblica delle donne. On y côtoie des souffleurs de verre et bien sûr la famille, un père cheminot et antifasciste, un grand-père horticulteur et truculent et une mère si sensitive, si affectueuse.

 

Il naquit en 1926 dans le village de Sangiano près de Varese en Lombardie du nord, où son grand-père qui était un "fabulatore" apprécié, l'initia très tôt au théâtre populaire et à la tradition orale mais il entreprit d'abord des études d'art et d'architecture à Milan avant de se lancer dans l'écriture. [2]

 

Sans elle, sans Franca Rame, il n'existerait pas, affirme-t--il.  [3]« Je dois mon Nobel à cette dame, sans elle je ne l’aurais pas eu ! » Il l'épouse en 1954 et depuis ils sont inséparables dans la vie, leur militantisme, ils assurent la mise en scène et  ont écrit plus de 70 comédies et quelque 300 monologues. [4] « Franca ne recule devant rien !  Elle a le courage d’exprimer certaines idées, certaines valeurs, la constance, le rationalisme, l’ordre au milieu de tout le désordre que j’organise à tout moment... » ajoute Dario Fo. Elle l'a payé cher puisqu'en 1973, elle est enlevée, torturée et violée par des militants d'extrême-droite, cachant cette terrible expérience jusqu'à ce qu'elle écrive et joue « Viol ».  

 

Pour faire bouger la société, ils refusent de poursuivre un rôle de bouffon de la bourgeoisie au pouvoir, ils jouent dans les usines et les maisons du peuple, s'inspirant de l'idée du TNP Théâtre National Populaire et des pièces de Bertold Brecht.

 

Pour éviter le plus possible les contrôles et la censure, -que la police arrache leurs affiches sur demande de l'église ou que leurs textes soient "expurgés"- ils s'organisent, les spectateurs deviennent des adhérents et chaque pièce est suivie d'un débat. Aux élections municipales de Milan le 29 janvier 2006, il obtient 23% des voix, restant conseiller municipal [5], « ce qui est certain, dit-il, c'est que je serai toujours là pour déranger.» [6]

Sur sa pierre tombale, il souhaite que l'on inscrive: «Le clown est mort. Riez ! »

 

   

      Le couple lors d'une manifestation en décembre 2005

 

Notes et références

[1] Voir sa présentation dans la Notice des prix Nobel

[2] Il travailla ensuite à la radio, y écrivant toute une série de monologues intitulée Poer nano ("Pauvre nain") et débuta comme acteur en 195.

[3] Franca Rame, issue d'une famille d'acteurs ambulants, est née à Parabiago, petite ville de la province de Milan

[4] Le 24 juin 1954, elle épouse Dario Fo à Milan dans la basilique Saint-Ambroise et de cette union naîtra leur fils Jacopo le 31 mars 1955.

[5] Sa femme Franca a été élue sénatrice du Piémont en 2006

[6]  Interview de Paola Genone en 2006

 

Bibliographie en français 

* Allons-y, on commence : farces, François F. Maspero, 1977
* Mort accidentelle d'un anarchiste, Paris, Dramaturgie, 1983
* Mystère bouffe : jonglerie populaire, Paris, Dramaturgie, 1984
* Histoire du tigre et autres histoires, Paris, Dramaturgie, 1984
* Récits de femmes et autres histoires, avec  Franca Rame, Dramaturgie, 1986
* Le Gai savoir de l'acteur, Paris, L'Arche, 1990
* Johan Padan à la découverte des Amériques, Paris, Dramaturgie, 1995
* Mort accidentelle d'un anarchiste ; Faut pas payer ! Paris, Dramaturgie, 1997
* Récits de femmes  : suite, Paris, Dramaturgie, 2002
* Le pays des Mezaràt : mes sept premières années ( et un peu plus),  avec Franca Rame, Plon, 2004

 

Voir aussi  

* Dossier sur Dario Fo  et Culture italienne

* Présentation de La parlerie grotesque

* Présentation de L'apocalypse différée

 

dariofo File:Dario Fo, Franca Rame, Jacopo Fo.jpg  

Char Dario Fo au carnaval de Viareggio                                            Naissance de Jacopo en 1955


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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 16:40

L'ECRIVAINE TONI MORRISON : SULA


     <<<<<<<< Voir aussi la fiche Toni Morrison >>>>>>>>


T Morrison.jpg

Référence : Toni Morrison, "Sula", édition poche 10/18, 188 pages, février 1993, isbn 2264021055

 

Ce roman raconte l'histoire d'une femme noire américaine, Sula qui vit alors dans un quartier réservé aux noirs dans l'état de l'Ohio, de 1919 à 1965, quartier noir nommé Le Fond dna la petite ville de Medallion. Sula est indépendante et décide de quitter Medallion pour découvrir le reste de l'Amérique et quitte alors son amie Nel. Quand elle revient longtemps après, tout a changé -elle aussi bien sûr- et son amie Nel est mariée et mère de famille.

Nel Wright et Sula Peace, toutes jeunes filles filiformes, eurent douze ans en 1922. Nel était plutôt claire -couleur de papier de verre mouillé- échappant aux quolibets les plus acerbes et au mépris des vieilles femmes championnes des histoires de métissage de leur communauté. Sula était plus sombre, d'un marron brun avec de grands yeux paisibles, des yeux purs pailletés d'or.

 

À travers le parcours de Sula et la description d'une communauté noire mise à l'écart par les Blancs, qui couvre une grande partie du XXème siècle, Toni Morrison développe ses thèmes favoris et le racisme propre à cette époque. Ses personnages sont à l'image de ces deux communautés antagonistes, qui s'ignorent le plus souvent, Sula, fille puis femme noire libre et donc à part, rejetée, Nel qui fait le choix contraire de se fondre dans les règles de sa communauté et de devenir épouse et mère conventionnelle.

 

Elle traite également la vie des femmes noires, vie d'autant plus difficile qu'elles sont femmes représentant le "sexe faible" et noires, c'est-à-dire considérées comme étant de "race inférieure". Elle décrit ainsi le racisme quotidien, insidieux, parfois brutal, où la peur et la solitude sont des composantes essentielles de la vie dans cette petite ville typique des Etats-Unis, où les femmes doivent lutter à la fois contre l'"ennemi", le blanc, mais aussi contre leur propre communauté qui leur a assigné une place qu'elle ne doivent pas quitter sous peine d'être rejetées.

 

Commentaires critiques
- "Sula, c'est l'histoire d'une amitié féminine, puis d'un désamour ; le portrait d'une paria qui invente avant l'heure, et pour son seul usage, la liberté brûlante de la femme moderne."
Manuel Carcassonne, Le Figaro littéraire 1993

- "Sula, c'est aussi le récit des passions et des liens qui se tissent et se brisent autour de trois femmes, trois générations, qui choisissent leur vérité contre celles des autres, affichent leur différence et se créent un espace de liberté."
La Quinzaine littéraire 1994

 

Liens externes
Femmes écrivains     Bebook         Zoom sur son œuvre


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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 13:44

Ernest Hemingway vécut dans sa maison de Key West, 907 Whitehead Street , située dans le sud-est des États-Unis, dans l'état de Floride. [1] entre 1927 et 1939. [2] C'est dans cette demeure de style colonial  franco-espagnol, dans ce lieu d'inspiration, qu'Ernest Hemingway a écrit  quelques-uns de ses plus romans les plus connus, comme « Mort dans l’après-midi » en 1932. [3] Auparavant, Hemingway avait occupé une chambre au-dessus du garage Ford de la rue Simonton.

 

En général, il réservait la matinée à son travail d'écriture dans un bureau aménagé au second étage de la maison où ont grandi ses deux  fils Patrick et Gregory. Là-bas, il fit notamment la connaissance de Charles Thompson et Joe Russell, un tenancier de bar, qui l'initièrent à la pêche au gros. [4] Il semble bien que ce dernier ait fortement inspiré le personnage de Freddy dans "En avoir ou pas", roman largement marqué par le Key West des années de crise,

 

Il fallut attendre l'année 1964 pour que la résidence soit transformée en musée et classée ensuite National Historic Landmark.

 

     le salon du deuxième  Le salon

Maison de Pauline et Ernest Hemingway, rue Whitehead à Key West

 

L'intérieur est surtout constitué de meubles que sa deuxième femme Pauline avait achetés lors d'un séjour en Europe, surtout de belles antiquités espagnoles du XVIIIe siècle. Il y recevait ses amis, en particulier l'écrivain John Dos Passos ou l'artiste peintre Waldo Peirce et sa famille. On y trouve aussi beaucoup d’objets et d’affaires personnels, son fauteuil fétiche venant de Cuba, des photos anciennes et des coupures de journaux, ainsi que sa célèbre machine à écrire Royal; les livres décorant les murs rappellent ses séjours à l’étranger.

 

A l'extérieur, on peut se promener dans les magnifiques jardins luxuriants ponctués de statues d’éléphants autour de la piscine d’eau salée, la première de Key West qui lui coûta si cher, disait-il, que son "dernier" penny y est  incrusté dans le ciment.

 

Les chats polydactyles qui entourent la maison "Hemingway" proviendraient de son chat nommé Snowball.  Après son divorce en 1940, il abandonna la maison de Key West et y revint rarement, séjournant alors surtout à La Havane.

 

Hemingway Days, Key West   

Hemingway à Key West             A son bureau                                  avec sa femme Pauline                      

 

[1] Hemingway Home and Museum, 907 Whitehead Street, Key West, FL 33040 – USA

[2] Il écrivit à Key West les trois-quart de ses œuvres, notamment L'adieu aux armes, Les neiges du Kilimandjaro, Les vertes collines d'Afrique ou Pour qui sonne le glas.
[3] C’est l’oncle de Pauline, Gus Pfeiffer, qui acheta en 1931 la maison de la rue Whitehead et l'offrit au couple comme cadeau de mariage

[4] Voir son roman "Le vieil homme et la mer"

 

la piscine à l'eau salée             vue du jardin

La fameuse piscine d'eau salée          Vue des jardins luxuriants

 

Voir aussi sur Hemingway :

* Hemingway à Paris ----  Ses lieux préférés  ----  1921-1923


Voir aussi mes fiches sur les écrivains américains :

* Toni Morisson, L'oeil le plus beauToni Morrison, Sula

* Saül Bellow, Ravelstein,


Hemingway et "Sloppy" Joe Russell

 

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 14:29

Isaac Singer lauréat du National Book Award en 1974 , prix Louis lamed
Prix Nobel de littérature en 1978

tumb Les frères Singer

Isaac Bashevis Singer, de son vrai nom Yitskhok-Hersh Zynger, né à Leoncin en Pologne le 21 novembre 1902, décédé le 24 juillet 1991 à Miami en Floride des suites d'un accident vasculaire cérébral, possède cette particularité d’avoir écrit ses romans en yiddish, et de les avoir traduits ensuite en américain. [1] Selon le jury de Stockholm, il reçut le prix Nobel de littérature « pour son art de conteur enthousiaste qui, prenant racine dans la culture et les traditions judéo-polonaises, ramène à la vie l'universalité de la condition humaine. »

tumbLa rue krochmalna Varsovie

L’enfance d’Isaac Bashevis Singer a d’abord baigné dans la culture juive, son père est un rabbin hassidique et sa mère fille de rabbin. Il vit à Varsovie rue Krochmalna [2] et poursuit ses études dans une école rabbinique où il reçoit une éducation où il apprend l'hébreu moderne et s'initie aux concepts de la Kabbale. Ils habitaient une maison fort modeste mais on venait souvent consulter son père Pinkas Singer qui n’avait pas son pareil pour résoudre conflits et querelles familiales. Le jeune Isaac était fasciné par ce père qu’il mettra en scène dans ses romans Le Tribunal de mon père et De nouveau au tribunal de mon père.

Il écrit d’abord en hébreu à partir de 1925 où il publie quelques nouvelles dans des revues yiddish, puis sa première œuvre Satan in Goray en 1932 mais peu après décide d’écrire désormais en yiddish. Fuyant l’antisémitisme qui sévit alors en Pologne, il s’embarque pour les États-Unis en 1935 avec son frère Israel Joshua Singer [3] qui sera lui aussi écrivain, et prend la nationalité américaine en 1943. En 1937, il rencontre et épouse Alma Haimann, une juive originaire de Munich, un amour qui durera qu’à la mort de Singer. Ses débuts aux USA sont difficiles, il se sent déraciné et étranger au mode de vie américain. " J'avais coupé toutes les racines qui me rattachaient à la Pologne et pourtant je savais qu'ici, jusqu'à la fin je resterais étranger."

A la fin de la guerre, les années difficiles continuent, marquées par le décès subit de son frère aîné victime d’une thrombose en février 1944 et son frère cadet en Russie, déporté avec sa femme et sa mère dans le sud du Kazakhstan.

tumbBarbra Stresand dans le film Yentl

Bien que Singer ait une œuvre importante à son actif, il est surtout connu du grand public pour sa nouvelle Yentl, adaptée au cinéma en 1983 avec Barbra Streisand dans le rôle principal. Il avait une sœur Hindele qui rêvait d'étudier comme ses frères mais elle souffrait de problèmes nerveux et son frère lui a dédié un livre intitulé "La séance". Il s’est aussi certainement inspiré de sa sœur Hindele pour créer le personnage de Yentl.

Isaac Bashevis Singer aimait dans ses romans manier la satire à partir de sa fine observation des mœurs juives et les effets du surnaturel à travers fantômes et esprits malins qui interviennent souvent dans ses fictions. Même s’il a évoqué l’Amérique dans ses romans, il prend le plus souvent racine dans la vie des Juifs en Pologne avant la Seconde guerre mondiale. Il fait du juif quelqu’un d’indécis en proie aux doutes, pris entre respect des traditions et les passions qui le dévorent dans une société où il cherche constamment sa place.

Notes et références

  1. Son ami Saül Bellow, autre prix Nobel de littérature, a largement participé à le faire connaître en traduisant une partie de son œuvre.
  2. Cet univers lui inspirera son roman Le petit monde de la rue Krochmalna.
  3. Israel Joshua Singer, le frère ainé et "mentor" de Isaac Bashevis Singer et d'Esther Kreitman. est né le 30 novembre 1893 à Biłgorajen Pologne et mort le 10 février 1944 à New York. Il est l’auteur de plusieurs romans dont D'un monde qui n'est plus en 1946.

Voir aussi

Quelques citations
« L'écriture n'a jamais qu'un but -de cela il était certain- toujours le même raconter une histoire. La narration en soi c'est le but. Elle est aussi un legs. Une bonne histoire a bien plus de signification qu'une douzaine de messages. »
« Une littérature sans passion, c'est comme du pain sans farine. Tout être humain même s'il est stupide, est infiniment riche en émotions. »
« Comme lecteur, il appréciait au plus haut point les enfants. Le fait qu'un livre a été écrit par le grand écrivain "X" n'a aucune influence sur un enfant, peu lui importent les critiques, les réclames, les opinions. Dans ses jugements, il est réellement indépendant. »

Bibliographie
- Tuszynska, A, Singer, paysages de la mémoire, Montricher, Les Editions noir sur blanc, 2002.
- Noiville, F, Isaac B.Singer, Paris, Stock, 2003.

Liens externes
- Bashevis.Singer.free
- Lettres d’Israël

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 14:06

TONI MORRISON ECRIVAIN AVANT TOUT

           <<<<<<<< L'écrivaine américaine Toni Morrison (née le 18 mars 1931) >>>>>>>>
                             <<<<<<<< Voir aussi Sula et L'oeil le plus bleu >>>>>>>>
                     <<<<<<<<<<<  • • •°°°°°°°°°• • •  >>>>>>>>>>>
T Morrison.jpg

Être une femme, afro-américaine de surplus, ne semble vraiment pas propice pour décrocher le prix Nobel de littérature. [1] C'est pourtant le destin de Toni Morrison, professeur de littérature puis éditrice qui a obtenu le prix Nobel en 1993. Rien ne la prédestinait à une telle reconnaissance internationale. Chloé Anthony Wofford naît le 18 mars 1931 à Lorain, petite ville dans l'état de l'Ohio, dans une famille ouvrière -son père est soudeur- , deuxième des quatre enfants de George et Ramah Willis Wofford.

Ses parents quittèrent le sud des États-Unis pour échapper aux difficultés liées au racisme et avoir dans l'Est de meilleures conditions de vie. A la maison, elle est très vite férue de littérature, et ses parents lui font rapidement découvrir la culture noire du Sud en lui transmettant leur héritage afro-américain. Elle restera à jamais marquée par son enfance, le communautarisme de la société américaine qui vire parfois à la ségrégation et au racisme, même si son cursus dans le système éducatif américain est exceptionnel.

Très tôt, elle s'intéresse à la littérature, assez éclectique dans ses goûts, allant de Jane Austen, Virginia Woolf à Tolstoï, en passant par des auteurs américains comme Faulkner. Après des études à la Howard University of Washington et à l'Université Cornell, elle enseigne l'anglais au Texas Southern University de Houston puis revient enseigner à Howard.

Toni Morrison 1986.jpg

Toni Morrison en 1986

Si sur le plan professionnel sa réussite est éclatante, son mariage avec un architecte jamaïcain Harold Morrison, rencontré lors de son retour à Howard, se dégrade rapidement. 1964 représente un tournant dans sa vie : elle divorce puis se consacre à l'édition à la Random House de New-York où elle va publier les ouvrages d'Angela Davis, d'Andrew Young ou une anthologie d'écrivains noirs The Black Book en 1973. Elle s'installe d'abord dans la petite ville de Syracuse [2] puis à New-York. En parallèle, elle continue d'enseigner l'anglais à L'Université d'état de New-York puis la littérature à L'Université de Princeton, une ville entre Philadelphie et New-York où elle va rapidement s'établir.

L'écriture est pour elle une vocation tardive. Elle publie son premier roman The bluest eye en 1970 à l'âge de 39 ans, [3] obtient un grand succès avec ses deux romans Sula en 1973 et Song of Solomon en 1977 [4] avant d'atteindre la reconnaissance internationale avec Beloved en 1988. [5]

Elle se défend d'être la représentante de la communauté noire, son porte-parole et elle résiste difficilement à la pression de son audience internationale, les journalistes lui posant toujours le même genre de questions sur ce sujet. Son œuvre s'y prête aussi. [6]

De son père, Toni Morrison a retenu la prise de conscience de son identité noire et des difficultés relationnelles entre les Noirs et les Blancs. Parlant de son enfance, elle dira : « mon père était raciste. Enfant en Georgie, il a été marqué par le comportement des adultes blancs; et toute sa vie, il eut le sentiment que c’était justifié pour lui de mépriser les Blancs, alors qu’eux n’avaient pas de justification pour le mépriser. » Lorsque démarre le mouvement des droits civiques au début des années soixante, elle fréquente des personnes comme Andrew Young [7] ou Stokely Carmichael [8] ainsi que des membres éminents des Black Panthers.

En 1984, elle est nommée à la State University de New York à Albany, où elle supervise de jeunes écrivains en troisième cycle et écrit sa première pièce de théâtre Dreaming Emmett, inspirée de la véritable histoire d’Emmett Till, un jeune noir tué par des blancs en 1955, accusé d'avoir sifflé une Blanche dans la rue. Apprenant qu'elle était lauréate du prix Nobel de littérature, elle déclara : « Ce qui est le plus merveilleux pour moi est de savoir que ce prix a enfin été décerné à un afro-américain. Gagner en tant qu’américaine est très spécial, mais gagner en tant que Noire Américaine est sensationnel. Et ce qui est aussi très important c'est que ma mère soit vivante pour partager cette joie avec moi. » Sur cet engagement qu'on lui a parfois reproché, c'est la romancière qui a répondu : «  Je ne pense pas qu’il y ait de vrais artistes qui n’aient jamais été engagés. Ils ont peut-être été insensibles à tel ou tel fléau, mais ils étaient engagés car l’essence d’un artiste est d'être engagé. »

tumb . . . Toni Morrison dans sa jeunesse tumb

  1. A ce propos, elle écrit : « Je pense vraiment que la gamme d'émotions et de perceptions auxquelles j'ai eu accès en tant que personne noire et que femme est plus grande que celle des personnes qui ne sont ni l'un ni l'autre. Il me semble alors que mon monde ne s'est pas rétréci parce que je suis une femme noire écrivain. Il s'est agrandi. »
  2. Située dans l'Etat de New-York
  3. Le roman raconte l'histoire d’une jeune fille noire, Pecola Breedlove, qui pense qu’avoir les yeux bleus serait pour elle une bénédiction. Mais elle sera cruellement déçue.
  4. "Sula", qui a obtenu le "National Book Critics Award", est l’histoire de deux amies noires, Sula, considérée comme une menace envers sa communauté, et son amie Nel, dans la ville fictive de Medallion, dans l’Ohio (où elle est née). "Song of Salomon" (la chanson de Salomon) qui lui vaudra le prix de "l’Institut Américain des Arts et des Lettres" est une chronique familiale qu'on a parfois comparée à "Racines" d’Alex Haley.
  5. Adapté au cinéma par Jonathan Demme en 1998 avec Danny Glover et Oprah Winfrey.
  6. Dans ses descriptions de l'univers réel ou imaginaire du peuple noir, Toni Morrison a rendu au peuple afro-américain son histoire morceau par morceau (l'académie du Prix Nobel)
  7. Qui travailla avec Martin Luther King et devint maire d’Atlanta
  8. Qui fut ensuite le leader du "Student Nonviolent Coordinating Comittee"
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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 13:58

Référence : Toni Morrison, "L'œil le plus bleu", éditions Christian Bourgeois, Collection Fictives, traduction Jean Guiloineau, 218 pages, octobre 1994, édition originale 1970, isbn 2-267-01243-x

            

Quand Claudia et Frieda hébergèrent la petite Pecola, c'était normal pour un dépannage, parce que sa famille se retrouvait "à la rue". Pecola Breedlove, petite noire d'un quartier pauvre, rêve d'avoir les yeux bleus. Ainsi, on la remarquerait enfin, c'est sûr. Elle serait plus belle et attirerait tous les regards. Sa famille serait réconciliée, finies les fugues du frère et les beuveries du père.

Aux yeux des blancs, elle n'existe pas, elle est transparente, ils ne la voient pas. Comme Maureen, blanche aux yeux si bleus et qui se trouve si mignonne. Et près du lac Erié, au-delà des aciéries où le ciel est taché d'orange, le ciel est toujours bleu.

    

Pauline Williams, la mère de Pecola et de son frère Sammy, venait du Kentucky et c'est peu après son mariage avec Cholly qu'elle s'installa à Lorain dans l'Ohio. Elle inculqua à sa fille cadette la respectabilité, c'est-à-dire « la peur des autres et de la vie. » Toutes ces femmes, Pailine, tante Jimmy qui a élevé Cholly, leurs amies qui plient l'échine et reçoivent des ordres de tout le monde, prennent comme elles peuvent leur revanche sur la vie. « En réalité, elles régentaient les maisons des Blancs et elles le savaient. »

La réalité pour Pecola est pire encore, elle se transforme en cauchemar le jour où son père Cholly commet l'irréparable. La réalité pour Pecola n'a vraiment pas les yeux bleus. Alors, elle est allée consulter Elihue, un drôle de type qu'on surnomme Soaphead -tête de savon- pasteur devenu « lecteur, conseiller et interprète des rêves » espèce de conseil-relation à la sauce psy. Mais Soaphead n'a que le pouvoir de faire croire aux autres qu'il possède un pouvoir, pas de donner à Pecola les yeux bleus.

Ces fameux yeux bleus, même si personne ne les voit, ELLE les verra et « désormais elle vivra heureuse » prédit Soaphead. Méfiance de ces enfants noirs envers les adultes, « considérant toute parole comme un code que nous devions percer et tout geste comme l'objet d'une analyse attentive » dit Claudia la narratrice. Et comme personne ne faisait attention à eux, ils étaient centrés sur eux-mêmes. Quant à Pecola, il ne lui restait que la folie pour se protéger des autres et du monde.

 

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 17:50

Biographie de l'écrivain japonais Yasunari Kawabata

La jeunesse de Kawabata dans la région d'Osaka

 
    

 

C'est à Osaka qui naquit Yasunari Kawabata le 14 juin 1899 pendant l'ére Meiji, dans une famille bourgeoise et cultivée. L'enfant né prématurément à sept mois restera fragile toute sa vie. Ses parents auraient pu jouer un rôle important dans sa vie, sa mère Gen issue d'une famille fortunée et surtout son père Eikichi grand amateur de poésie et de peinture, mais ils rapidement décéder tous les deux de tuberculose. Dès l'âge de trois ans, l'enfant est orphelin.

 

Yasunari Kawabata part vivre dans le village natal de sa mère à Tyosato dans la banlieue d'Osaka puis un peu plus loin à Toyokawa avec ses grands-parents paternels. Il s'adapte facilement à sa nouvelle vie et, à l'école primaire de Toyokawa, est considéré comme un brillant élève. Mais son grand-père Kawabata Sanpachiro, un notable local qui a vendu ses terres, fait des placements aventureux qui précipitent sa ruine. Le sort semble s'acharner sur cette famille puisqu'en 1919 l jeune garçon alors âgé de dix ans perd d'abord sa sœur Yoshiko, cette sœur dont il a dit "qu'il n'a gardé au fond du cœur aucune image," puis sa grand-mère en septembre.

File:Yasunari Kawabata 1917.jpg   En 1917

Resté seul avec son grand-père, il entre en avril 1912 au collège d'Ibaraki. C'est à cette date que se dessine sa vocation d'écrivain, mêlant une grande soif de lecture à ses premiers écrits. Il vivra huit années avec ce grand-père qui peu à peu s'affaiblit et devient aveugle. A son décès, il retourne à Toyosato chez un oncle maternel. Sa douloureuse expérience de jeune garçon confronté très tôt à la mort des siens marquera son œuvre avec ce rapport obsessionnel à la solitude et à la mort, qu'on retrouve dès 1916 dans Ramasser des ossements, au titre significatif, puis Les sentiments d'un orphelin ou encore Voiture funéraire dans les années vingt.

 

Son rapport aux autres est déterminé par l'image négative qu'il se fait de lui-même, complexé par un aspect malingre et un physique ingrat, il sera toujours tiraillé par une homosexualité refoulée qui lui fera d'abord aimer Kiyono l'un de ses condisciples au lycée de Ibaragi, jeune homme plutôt androgyne, aux traits gracieux et efféminés. Alors âgé de 19 ans, lors d'un séjour à Yugashima, station thermale dans la péninsule d'Izu, il ressent une "puissante émotion esthétique" pour une danseuse filiforme qui n'est pas sans lui rappeler Kiyono, et deviendra la source de son premier roman La danseuse d'Izu publié en 1926.

 

Cet épisode qui l'influencera tant qu'il retournera de temps en temps à Izu pendant une dizaine d'années, est récurrent dans son œuvre, depuis ses Souvenirs de Yugashima en 1922 jusqu'à des ouvrages plus connus comme Le grondement de la montagne ou Les belles endormies au début des années soixante.

 

Son fantasme de la femme éternelle va s'incarner dans une toute jeune fille de 14 ans Itō Hatsuyo, qu'il rencontre avec des amis puis revoit de temps en temps avant de subitement la demander en mariage. Ce qu'elle finira par refuser, le laissant désespéré, hantant longtemps son esprits et ses écrits. Ni ses succès littéraires, ni même la notoriété du prix Nobel [1] qui viendra couronner son œuvre en 1968, ne le délivreront de ses angoisses, de ses démons et du poids du passé. Il entamera avec son contemporain Yukio Mishima [2] un dialogue épistolaire plein d'enseignements sur leur génération, reflétant le déchirement d'un Japon écartelé entre le rejet du passé de leur jeunesse et le poids de la modernité.

 

Homme complexe et complexé, secret et plein de contradictions, se voulant à la fois en phase avec son époque et ancré dans ses traditions culturelles, patriote mais aussi féru de littérature occidentale, Yasunari Kawabata parviendra à transcender ce sentiment tragique de la vie qui l'habite, dans des nouvelles d'un style vif, alerte et épuré, courts récits qu'il appelait Tenohira non shōsetsu, les récits qui tiennent dans la paume de la main.

 

En 1972, Yasunari Kawabata est hospitalisé et sa santé devient de plus en plus précaire. Il choisit de mettre fin à ses jours le 16 avril dans le petit appartement qu'il habite parfois, au bord de la mer à Zushi, à proximité de Kamakura où il est enterré.


File:Yasunari Kawabata c1946.jpg    

Dans sa maison de Kamakura en 1946        Avec Mishima en 1946

 

Repères bibliographiques

 

- Pays de neige, traduit par Fujimori Bunkichi, texte français par Amel Guerne, 1960, Édition originale Livre de poche, 1982/Albin Michel, 1996

- Le grondement de la montagne, 1969, Édition originale Livre de poche, 1986/Albin Michel, 1988

- Le maître ou le tournoi de go, Édition originale Livre de poche, 1988/Albin Michel, 1992

- Les belles Endormies, Édition originale Livre de poche, 1982/ Éd. Albin Michel, 1983

- Tristesse et beauté, 1981, Édition originale Livre de poche, 1996/Albin Michel, 2000

- Kawabata-Mishima, correspondance 1945-1970, traduit et annoté par Dominique Palmé, préface de Diane de Margerie – 2000


    "Les belles endormies"

  

Autres fiches à consulter :
- Yukio MISHIMA à Tokyo

- Alexandra DAVID-NEEL à Paris, Toulon, Digne et en Asie

 - Marguerite Yourcenar : Yukio Mishima

Références

1.        Il fera à Stockholm lors de la remise du prix le 12 décembre un discours en forme d'hommage à son pays intitulé « Utsukushii nihon no watakushi » (Le beau Japon en moi)

2.        le 25 novembre 1970, Yasunari est bouleversé par l'annonce du suicide par 'seppuku' de son ami Mishima. Le 24 janvier 1971, il préside la cérémonie des obsèques publiques de Mishima au temple Tsukiji Honkanji de Tōkyō, et lit un extrait d'une lettre que son ami lui avait adressée le 4 août 1969 (voir leur correspondance page 223).

 

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 17:44

Kenzaburō Ōe entre Shikoku et Tokyo

Kenzaburō Ōe, écrivain japonais, prix Europalia 1989 et prix Nobel de littérature 1994 

Le jeudi 19 janvier 2012 par Christian Broussas.

 

 

S'il est une œuvre autobiographique, c'est bien celle de Kenzaburō Ōe, une œuvre pleine de son passé, sillonnée des traumatismes qui l'ont marqué.


Il a 20 ans quand survient la terreur absolue d'Hiroshima dont il retracera les suites dramatiques, les répercussions sur la population dans Notes de Hiroshima en 1965. On retrouve aussi son analyse du Japon de cette époque dans Notes d'Okinawa en 1970 et surtout dans Dix-sept ans où il tente d'approcher la mentalité d'un adolescent qui s'engage dans le néo-fascisme, devient un assassin et finit par se suicider.


Il a 28 ans à la naissance de son fils Hikari, handicapé mental qui « modifie son univers avec autant de violence qu'une explosion solaire. » Ses se font alors plus personnelles, plus sombres aussi, surtout dans Agwii, les monstres des nuages qui se suicide après avoir tué son enfant atteint d'une malformation cérébrale.


Sa jeunesse se passe à Ose (Oose ou encore Ozu), un village de montagnes « cerné par la forêt » dans l'île de Shikoku au sud-est de l'archipel nippon. Son enfance est plutôt difficile, marquée par la mort de son père bûcheron lors qu'il n'a que neuf ans, laissant une veuve et sept enfants. Dans un pays ravagé, fortement marqué par la guerre, il ressent un besoin de sécurité qui le fera se réfugier volontiers dans les arbres des forêts alentours et dans la proche montagne. Il poursuit ensuite ses études secondaires à Matsuyama, principale ville de la région. Contrairement à ses ancêtres qui n'ont jamais quitté leur île, il rejoint l'université de Tokyo pour étudier la littérature française que lui avait connaître sa mère, surtout deux auteurs qui l'ont le plus marqué François Rabelais et Jean-Paul Sartre sur qui portera sa thèse de fin d'études.


Dans les années 80, Kenzaburō Ōe revient sur les pas de sa jeunesse dans des œuvres inspirées par les paysages familiers de Shikoku où se dégage un Japon plus rural et communautaire, tout en développant ses idées à travers son héros Gii, sur la défense de l'environnement et une certaine forme de distance avec le réel qu'il déplore, la pacifisme dans ses romans Le jeu contemporain en 1979 (Dojodai gemu), M/T et le conte des merveilles en 1986 (M/T to mori non fushigi no monogatari) et Lettres aux années de nostalgie en 1989 (Natsukashii toshi e no tegami). « Écrire, dit-il, c'est marcher sur une corde raide. »


Dans une interview à L'Express en mars 2011, Kenzaburō Ōe affirme "reconnaître le danger du nucléaire", estimant que "C'est une catastrophe encore plus dramatique que les désastres naturels -car elle est due à la main de l'homme", et il espère que "l'accident à la centrale de Fukushima" sera salutaire et permettra "aux japonais de renouer avec les sentiments des victimes d'Hiroshima et de Nagasaki", mais surtout "de reconnaître le danger du nucléaire, (...), et de mettre fin à l'illusion de l'efficacité de la dissuasion prônée par les puissances détentrices de l'arme atomique".


(JPG)  Oe avec son fils

 

Christian.broussas at orange.fr

Repères bibliographiques

-- Un drôle de travail, Kimyō na shigoto, 1957
-- Gibier d'élevage (Une bête à nourrir) , Shiiku, 1958, prix Akutagawa
-- Agwii, le monstre des nuages , Sora no kaibutsu Aguii, 1964
-- Notes de Hiroshima, Hiroshima nōto, 1965
-- Une affaire personnelle , Kojinteki na taiken, 1965, éditions Stock, 1994
-- Dites-nous comment survivre à notre folie , Warera no kyōki wo ikinobiru michi wo oshieyo, 1966, éditions Gallimard, 1982
-- Le Jeu du siècle , Man'en gannen no futtobōru, 1967, éditions Gallimard, 1985
-- M/T et l’Histoire des merveilles de la forêt, 1986
-- Moi, d’un Japon ambigu , Aimai na Nihon no watashi, 1995), éditions Gallimard 2001
-- Le Faste des morts (Shisha no ogori, 1957, Hato, 1958, Seventeen, 1963, éditions Gallimard, 2005

 

Autres fiches à consulter :

 

-Yukio MISHIMA à Tokyo

-Marguerite Yourcenar : Yukio Mishima

-Gao Xingjian



(JPG)

<<< Christian Broussas - Feyzin, 28 mai 2012 - << © • cjb • © >>>> 

 

 

 

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 15:29

Nadine Gordimer

      

Nadine Gordimer est un écrivain sud-africaine née à Springs le 20 novembre 1923, qui a combattu l'apartheid et fut proche de l'ANC de Nelson Mandela et reçu le prix Nobel de littérature en 1991.

 

Son œuvre assez classique sur le plan formel qui célèbre les paysages sud-africains, sa diversité y compris ethnique, développe une vision d'une très grande psychologie qui ne doit rien à l'importance de ses engagements.

 

NADINE GORDIMER : Feu le mode bourgeois (The Late Bourgeois World), 1966

 

"Il existe des possibilités pour moi, certainement; mais sous quelle pierre se trouvent-elles ?" se demande Franz Kafka, question que reprend l'auteure en page de garde puis dans son roman.

 

L'histoire est celle d'un jeune couple de race blanche dans l'Afrique du Sud du temps de l'Apartheid. Un samedi matin, Liz Van Den Sandts -on sent ici les origines afrikanders- apprend par un télégramme le suicide de son ex-mari Max.

Max a eu une vie compliquée, en marge de la vie simple et facile des blancs qui dominaient le pays. Ancien terroriste, 'héros déchu' dira-t-elle de lui, dont elle a partagé les engagements au temps où ils étaient mariés. Pendant toute la journée, elle va devoir annoncer la nouvelle de son suicide à certains de ses proches : à Graham, tout d'abord, son compagnon, brillant avocat; à son jeune fils aussi, alors pensionnaire, qui a très peu connu son père, à sa grand-mère dont le grand âge la place un peu à part, et surtout à Luke, militant noir qui vient dîner ce soir-là.

 

Et les souvenirs vont affluer dans l'esprit de Liz, ils se diffusent en contrepoint de cette terrible réalité socio politique. "Chronique d'une mort annoncée' a-t-on écrit à propos de ce récit, où l'auteur brosse un tableau sans concession de cette bourgeoisie libérale sud-africaine qui défend bec et ongle ses privilèges sans grand espoir de réussite à plus ou moins long terme.

 

                    

 

Bibliographie

<<< Christian Broussas – Feyzin, 27 septembre 2011 © • cjb • © >>>
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