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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 18:59

« A-t-on remarqué à quel point la musique rend l’esprit libre ? Donne des ailes aux pensées ? Que, plus on devient musicien, plus on devient philosophe ? » Nietzsche, Le cas Wagner

 

       
                                              Vladimir Jankélévitch à son piano

 

Vladimir Jankélévitch et la musique est une longue histoire, une histoire de sensibilité qui aide beaucoup à saisir celle du philosophe, de comprendre plus avant sa réflexion sur la Résistance où il aura largement sa place, la mémoire et le judaïsme.

 

 

Jankélévitch a beaucoup écrit sur la musique et les musiciens (voir références musicales à la fin de cet article), un ouvrage comme L’enchantement musical rassemble des textes peu connus qui ouvrent sur l’univers de l’homme et du philosophe. Même si dans sa vie, il a toujours tenu à bien distinguer les deux disciplines, ces écrits nous renseignent sur son goût pour certains musiciens comme Maurice Ravel ou Claude Debussy par exemple, auxquels il a consacré une monographie et sur ses choix en matière musicale.

 

     

 

Musique et musiciens

La musique tenait dans sa vie une place essentielle. Chaque jour, il jouait du piano, donnait des réceptions où il invitait des musiciens et collectionnait les partitions. Il pensait que le plaisir n’est jamais coupable et reste un moteur incomparable de l’âme humaine.

 

 

S’il fut un inconditionnel de Ravel, défendit Fauré, trouvant même son Requiem bien meilleur que celui de Verdi, la musique sérielle ne l’a jamais vraiment touché.
Il s’intéressa à l’œuvre de Claude Debussy qui considérait la musique comme essentiel dans la vie, plus que le théâtre ou la poésie. Il ne ménage pas non plus ses critiques contre « la musique prolétarienne » La symphonie des machines de Mossolov, se demandant ironiquement : « à quand la rhapsodie des hauts fourneaux, la sonatine des machines à coudre ? »  

 

       

 

Franz Liszt d’abord

Liszt serait celui qui a permis à « la France de se délivrer de Wagner». Ce qui lui plaît d’abord est que Liszt cherche à rapprocher les hommes, et en premier lieu au sein de l’Europe. Pour cela, il lui faut un langage commun et ce langage sera bien sûr la musique. Il voudrait « une Europe dans un monde déchiré et une Europe qui ne soit pas en même temps un Europe passionnelle et agressive. »

 

         

 

Jankélévitch s’attache à l’importance des Tziganes pour Liszt, ces hommes sans patrie, « ces prolétaires qui ne possèdent rien », opprimés et libres des contraintes de la vie civilisée, qui circulent dans toute l’Europe et de ce fait, jettent un pont entre les hommes.

Il étudie aussi ses talents de virtuose, sa contribution à l’art du piano, son jeu personnel dans l’échange des mains qui donne plus de puissance, car « pour exécuter ces cascades de notes, des procédés barbares deviennent nécessaires : le pianiste balaye les touches avec le dos de sa main, assène sur le clavier des coups éperdus ».

 

   

 

Musique et philosophie chez Jankélévitch

À travers son rapport à la musique,  on retrouve le Résistant, celui qui rejette l’inertie, qui agit selon sa conscience, libération de soi et d’autrui. Il s’appuie sur l’exemple de Paul Paray qui refusa de licencier des musiciens juifs et dirige La Marseillaise en 1942 à Lyon, . « Paray a eu de l’honneur pour tous les homoncules qui n’en n’ont pas eu ; dans ce marécage de Vichy-la-Honte où s’ébrouèrent tant d’affreux coquins et tant de polissons dynamiques. »

Son rapport à la musique est certainement lié intimement à son histoire, celle de l’exilé qui finit par accepter sa situation et qui, pour lui, reviendra pendant l’Occupation, ce qu’il appelle « le pathos de l’exil ». L’implantation dans un lieu définit une identité qui fait que la musique va devenir peu à peu nationale, propre à chaque pays. Ce phénomène explique «  la différence entre l’esprit rhapsodique et l’esprit symphonique » dit Jankélévitch, car « une rhapsodie est espagnole, basque, ibérique, slave, bulgare ou portugaise, mais une symphonie est héroïque ou pastorale ou fantastique », celle-ci se référant à « la corde qu’elle fait vibrer en nous,» au fameux pathos…

 

     



Liszt appartient à ce courant qu’il a plus accompagné qu’initié et cette tendance fait que « la musique elle-même devient alors une sorte d’acte insurrectionnel. » Pour JankélévitchLiszt n’est pas seulement un virtuose, c’est un humaniste « ennemi de la tyrannie, le défenseur des nationalités opprimées par la monarchie des Habsbourg, l’insurgé qui fait cause commune avec les martyrs, les révoltés, les exploités, les humiliés, les offensés. »
Et on pourrait reprendre la même démarche pour des musiciens comme Moussorgski ou Bartok.

 

     

 

Debussy et le mystère de l'instant

Vladimir Jankélévitch, dont l’œuvre a toujours mêlé philosophie et musique, veut cerner dans cet ouvrage le mystère de l’instant qui est central dans la musique de Debussy.

Le mouvement musical chez Debussy est dominé par la tension entre une phase descendante symbole de la profondeur et une phase ascendante symbole de lumière. Mais au-delà, l’essentiel réside dans cet instant indéfinissable, évanescent, qui surgit à partir du vide et du silence.

On peut le voir comme un instant bref et impalpable, qu’on peut définir comme une espèce d’éclair ou d’étincelle, cette insondable fraction de seconde où tout devient possible. Mais aussi qui est insaisissable, comme la lumière à la fois sublime au zénith et déjà sur le déclin.

Le génie de Debussy a été de réussir à traduire en musique ce qui est le plus impondérable à exprimer, à transposer ainsi sa sensibilité. Sa musique est comme une respiration, une pulsation, comme un reflet à la surface d’une eau dormante, ce "presque rien" comme disait Vladimir Jankélévitch [1], qu’il cherche inlassablement à représenter en notes de musique.

 

       

 

Notes et références
[1] Voir son ouvrage intitulé "Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien", éditions PUF, 216 pages, 1957

 

Ses écrits en matière de musique

* La Musique et l'ineffable, Armand Colin, 198 p, 1983
* Le Nocturne, Lyon, Marius Audin, 50 p. ; 1957, réédition Albin Michel
* La Musique et les heures. Satie, Rimski-Korsakov, Chopin, Le Nocturne, recueil de Françoise Schwab, Le Seuil, 293 p. 1988
* Gabriel Fauré et ses mélodies, Paris, Plon, 250 p, 1938, Nouvelle édition Plon, 1951, 350 pages et Fauré et l'inexprimable, De la musique au silence, Plon, 384 p., 1974, réédition Presse Pocket, 1988

* Maurice Ravel, Paris, Rieder, 130 p, 1939, réédition éditions Le Seuil, 192 pages, 1995
* Liszt et la Rhapsodie, essai sur la virtuosité, De la musique au silence, t. III, Plon, 183 p., 1979, réédition 1989 et Liszt, rhapsodie et improvisation, Flammarion, 1998

* La Vie et la mort dans la musique de Debussy, la Baconnière, 152 p., 1968
* Debussy et le mystère de l'instant, De la musique au silence, t.2, 1976, réédition 1989

Voir aussi mes fiches :
* Vladimir Jankélévitch, Biographie -- L'aventure, l'ennui, le sérieux --

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 13:47

Référence : Michel Onfray, La vengeance du pangolin, éditions Robert Laffont, 312 pages, novembre 2020

 

         

 

Onfray et le virus, un thème alléchant s'il en est, il fallait bien que notre philosophe s'empare du sujet et nous régurgite le résultat de ses cogitations. Et comme souvent, on n'est pas déçus, ne serait-ce que dans la façon d'aborder le sujet car ce « virus virtuel n'était pas la seule réalité avec laquelle nous avions à compter » écrit-il.

 



Onfray traite de la question avec son mordant coutumier, le désossant de son scalpel acéré... « du savon, du gel et un coude : nous étions prêts, comme en 40, le virus n’avait qu’à bien se tenir. » (page 31)

"Les masques dites-vous" ? tour à tour inutiles et même dangereux puis obligatoires, salutaires, voire providentiels. En réalité : un mensonge d’un Etat qui a préféré couvrir la pénurie.

 

   

 

Dans la veine de ses chroniques écrites ou jour le jour en fonction de l’actualité comme sa "trilogie" récente composée de Décoloniser les provinces, La cour des miracles et Zéro de conduite, Michel Onfray nous raconte sa vision de la crise sanitaire et économique.

Il fut parmi les premiers à alerter sur les dangers de ce virus alors que certains n'y voyaient qu'une nouvelle variante de grippe. Pendant le temps du confinement, Michel Onfray a tenu un "journal des événements" où il a noté faits et réflexions. Il y souligne en particulier les incohérences des politiques suivies et le rôle du Président de la république, les limites de l'idéologie libérale et de ses moyens économiques.

 

   

Dans ce domaine surtout,  le sacro-saint leitmotiv de rentabilité est subitement devenu obsolète, les carences de l'hôpital apparues sous la lumière crue de ses conséquences, la dépendance industrielle du pays dans certains domaines névralgiques a largement choqué l'opinion publique. En bon philosophe, il nous renvoie à des grands anciens comme Plutarque, Sénèque et Marc-Aurèle.

 

 

Il y voit une espèce de révélateur de l'état de nos sociétés, « des folies de notre époque » marqué par la faiblesse de l'État français et de son chef aussi bien que de l’Europe de Maastricht. Il n'est pas plus bienveillant envers les intellectuels, les philosophes qui ont choisi l'économie contre les personnes âgées, dénonçant les batailles stériles entre scientifiques, la dévalorisation de l’expertise et d'une médecine médiatique, les carences des journalistes à rendre compte de la réalité.

Il y descelle une complicité de journalistes pour faire diversion : « La télévision montre donc […] le village Potemkine fabriqué pour cacher le réel, la réalité du réel, la cruelle réalité de ce réel cruel qui est que "la France n’est pas capable de produire des masques autrement qu’en laissant des bénévoles les tailler dans des coupons destinés à des slips." » (page 215)

 

  

 

« Penser le virus » écrit-il en sous-titre, histoire de revenir à la condition humaine : la vie qui recherche la mort pour perpétuer la vie. Cette vie qui nous est si chère, la crise nous a rappelé qu'elle est en fait indifférente à notre sort ! Ce que nous dit Michel Onfray à sa façon : « Car tout ce qui vit sur la planète ne vit qu’en tuant […] C’est au prix de la mort que la vie va !  » (page 250) Ce qui finalement n'est guère plus réjouissant.

 

   
 

Voir aussi
* Les fichiers de mon site Catégorie Michel Onfray --

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22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 21:04

         
Edgar Morin chez lui à Montpellier, en novembre 2018
 

« Nous devons vivre avec l'incertitude. » Edgar Morin
 

Confiné dans sa maison à Montpellier pour cause de virus, Edgar Morin observe la société comme il l’a toujours fait, disant que « la crise épidémique doit nous apprendre à mieux comprendre la science et à vivre avec l’incertitude. Et à retrouver une forme d’humanisme. »

S’il ne prétend pas avoir prévu l’épidémie actuelle, il précise quand même que depuis déjà plusieurs années, la dégradation de la biosphère ne peut qu’engendrer des catastrophes.

 

      
 

Pour le grand public, la science est descendue de son piédestal. L e président de la république s’était entouré d’un bel aréopage de spécialistes, le conseil scientifique, tout allait rentrer dans l’ordre. Mais envolées ses belles certitudes : ils n’étaient pas fichus de se mettre d’accord, se contredisaient parfois sur les préconisations, les solutions à mettre en œuvre pour faire face à l’urgence sanitaire… autant de polémiques propres à instiller le doute dans l’esprit du bon peuple.
 

       
 

C’est pourtant cette dynamique qu’il faudrait lui expliquer. Certains débats ont par exemple permis de poser nettement le problème de l’alternative entre urgence et prudence. Ces débats ne sont pourtant pas récents qui avaient en leur temps alimenté les controverses à propos du sida. Et justement ces controverses représentent un aspect essentiel de la recherche pour qu’à force de confrontations, la science parvienne à progresser.
 

Selon Edgar Morin, le problème est que « très peu de scientifiques ont lu Karl Popper, qui a établi qu’une théorie scientifique n’est telle que si elle est réfutable, Gaston Bachelard, qui a posé le problème de la complexité de la connaissance, ou encore Thomas Kuhn, qui a bien montré comment l’histoire des sciences est un processus discontinu. »
 

     


Il faudrait d’abord qu’ils connaissent leur apport inestimable et cessent d’être dogmatiques avant toutes démarches pédagogiques. Cette démarche rejoint un des thèmes majeurs d’Edgar Morin basé sur la complexité des systèmes. Ce qui le conduit à cette réflexion : « La science est une réalité humaine qui, comme la démocratie, repose sur les débats d’idées, bien que ses modes de vérification soient plus rigoureux. »
Si la crise a une vertu, c’est bien qu’elle peut faire prendre conscience aux citoyens comme aux chercheurs, qu’aucune théorie scientifique n’est absolue, « comme les dogmes des religions, mais biodégradables... »
 

       

 

Cette interaction complexe entre catastrophe sanitaire et confinement, qui oblige à modifier nos comportements, devrait aussi nous inciter à réfléchir à la convergence entre les crises à la lumière du concept d’incertitude.
La  covid 19 nous met ainsi au cœur de l’incertitude, aussi bien sur son origine, ses cibles et ses conséquences socio-économiques.

 

La question centrale est qu’il faut apprendre à vivre avec ces crises cycliques. Avec l’aléatoire et l’imprévisible, alors qu’on nous a appris le contraire, alors que l’incertitude est vraiment le fondement de la condition humaine. Il n’existe aucune assurance absolue pour nous couvrir contre tous les aléas de la vie car « vivre, c’est naviguer dans une mer d’incertitudes, à travers des îlots et des archipels de certitudes sur lesquels on se ravitaille. »
 

       

 

Cette manière de penser est la résultante de son expérience, de ces événements improbables qui ont parsemé son existence. Fort de ce passé, il s'attend à ce qu'il se produise demain ou plus tard des faits qui le mettent dans des situations nouvelles auxquelles il lui faudra faire face en apprenant de nouveaux comportements.  
« Attends-toi à l’inattendu, » se répète-t-il souvent.

Il se dit préoccupé par les errements « du développement techno-économique animé par une soif illimitée de profit et favorisé par une politique néolibérale généralisée... qui provoquent des crises de toutes sortes. » Ce qui paradoxalement le prépare à affronter l’inattendu.

 


Caractéristiques du complexe

 

Le néo-libéralisme actuel accentue la détérioration des conditions de travail et il ne faudrait pas que la crise accentue le phénomène.

Cette crise a en tout cas conforté les élans de solidarité, le meilleur exemple étant bien sûr l'enthousiasme à l'égard du monde de la santé et cette expérience permettra peut-être de prendre du recul par rapport « à cette culture industrielle dont on connaît les vices. »

 

           
 

Mais au niveau mondial, il en est tout autrement, même si tous les pays étaient soumis à des problèmes écologiques identiques et qu'en plus, ils sont interdépendants. Tant que l'humanité ne se considérera pas comme « une communauté de destin, nous ne pourrons pas pousser les gouvernements à agir dans un sens novateur»

Cette crise peut permettre de se "désintoxiquer" de notre culture industrielle et de réactualiser des fondamentaux refoulés aujourd'hui tels que l'amour, l'amitié, la communion, la solidarité, éléments phare de la qualité de la vie. 

 

                  

 

Voir aussi mes fichiers
* Edgar Morin Mes philosophes -- Actualité et complexité --
* Edgar Morin, Les souvenirs viennent à ma rencontre --

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9 février 2020 7 09 /02 /février /2020 19:09
Référence : André Comte-Sponville, François L’Yonnet, éditions Les cahiers de l’Herne, 272 pages, janvier 2020



Être édité par est d’abord une reconnaissance, un hommage à une œuvre qui a un résonance particulière et est parvenue à une grande notoriété. Une quarantaine de contributeurs ont été choisis pour présenter la vie et l’œuvre d’André Comte-Sponville qui dit-on, a su par des idées aussi claires que son style, rendre la philosophie plus accessible au grand public, dans les principales dimensions qu’il a abordées, aussi bien la morale, la métaphysique, l’esthétique que la politique.

        
Michel Onfray & André Comte-Sponville

Il a peu à peu construit un corpus basé par la morale dans plusieurs ouvrages marquants dont sans doute le plus connu, intitulé  Petit traité des grandes vertus, paru en 1995, succès dû aussi à la volonté de vulgarisation de son auteur.

Il y défend l'idée qu'il vaut mieux parler des vertus que des vices car l'étique doit d'abord être une ouverture, une façon de s'élever dans l'introspection, passant en revue dix-huit de ces vertus qui sont indispensables à "l'honnête homme" du XXIème siècle.

          

Son intérêt tient certainement à son souci de placer la philosophie au centre des problématiques contemporaines. La philosophie est avant tout un « choix de vie », une discipline qui donne un cadre pour « mieux penser », permettent comme il dit de  « penser sa vie » et de « vivre sa pensée ».

   
Pensées sur l’art 

Il fait remarquer qu’aujourd’hui, nous sommes en quelque sorte « punis par là-même où nous n’avons pas péché car la surpopulation aboutit à une catastrophe écologique annoncée. » Même s’il est écrit dans la Bible « croissez et multipliez-vous ».

 
Pensées sur la connaissance Pensées sur l’amour  Pensées sur la liberté

Son credo se trouve sans doute dans cette pensée : « Un philosophe n’est pas là pour donner des leçons de morale, mais plutôt pour nous permettre de penser cette morale. » Il ajoute que « philosopher m’a permis de mettre ma puissance de pensée au service de ma faiblesse de vivre. »

Son goût pour la réflexion, la spéculation viendrait de cette référence remontant à sa jeunesse : « Quand j’étais jeune, je voulais être romancier. Mais ce détour par la fiction m’a semblé finalement un peu inutile. Au fond, la vie est tellement intéressante telle qu’elle est, que ce n’est pas la peine d’inventer des histoires. »
Si tant est que la littérature ne soit qu’un moyen "d’inventer des histoires".

                
Pensées sur l’athéisme                     Pensées sur l’homme

Son souci principal est de relier les œuvres des grands philosophes classiques aux réalités contemporaines. Il réfléchit à travers des thèmes classiques comme le bonheur (La plus belle histoire du bonheur), le sens de la vie (Pensées sur l’homme), la sagesse (Pensées sur la sagesse), la tolérance, l’humanisme sans dieu (Pensées sur dieu et Pensées sur l’athéisme) [1], la liberté (Pensées sur la liberté) ou encore l'art et la connaissance.

Dans son Traité d’athéologie, Michel Onfray le présente comme « un chrétien athée ». Lui se voit plutôt comme un athée qui sait cependant que l'athéisme reste une croyance, tout en étant un humaniste tenant à certaines valeurs morales et culturelles.
L’essentiel pour chacun est de rechercher la vérité de l’existence, ce qu’il nomme « L’insistance ou "insistantialisme" ». Pour cela, il faut qu’il abandonne les illusions qu’il se fait sur lui-même. C’est donc à la base un corpus matérialiste [2], aucune projection ne peut échapper aux contraintes du présent ou, pour dire les choses autrement, aucune transcendance n'échappe à l’immanence, et  aucune liberté ne peut faire l’économie du réel..

Dans la même logique, l’homme est indissolublement lié à sa condition, tenu par les principes d’identité et de raison, l’essence précède l’existence et exister vraiment dans toutes ses dimensions, c’est assumer la liberté d’être et d’agir dans le cadre de ses valeurs.

      
Essai sur Albert Camus      Devant sa maison de Coulouvray-Boisbenâtre dans la Manche
 De l'absurde à l'amour


Le dossier des cahiers de l’Herne est complété par un court texte de Comte-Sponville intitulé "L’anti utopie", reproduit ci-dessous, qu’il aurait pu sous titrer "Défense et illustration de la démocratie".

Il n'est pas impossible qu'aucune démocratie dans deux siècles n'existe plus nulle part, qu'il n'y ait plus dans le monde entier que des dictatures, des États totalitaires, militaires ou mafieux qui auraient supprimé toute liberté d'expression, toute élection, toute manifestation, toute grève, enfin, qui renierait indéfiniment par la violence, le bourrage de crâne, la terreur.

Songeons alors aux quelques démocrates qui subsisteraient clandestinement, ici ou là, qui se réuniraient peut-être parfois en secret. Lorsqu'ils penseraient au début du XXIe siècle, par exemple en France. Ils y verraient une époque merveilleuse où la presse était libre, où des débats contradictoires se multipliaient sur les chaînes d'information, où les réseaux sociaux pullulaient hors de tout contrôle ou peu s'en faut, où l'on pouvait voter contre le pouvoir en place, le renverser tous les cinq ans, manifester et faire grève pendant des semaines, se moquer du chef de l'État, appeler même à l'insurrection.

       

Cette époque qui leur paraîtrait rétrospectivement tellement enviable. L'une des plus libres que l'humanité ait jamais connue, c'est la nôtre. Cela n'empêche pas les souffrances, les difficultés et les inquiétudes, qu'elles soient écologiques ou sociales. Mais celles-ci, à l'inverse, ne doivent pas masquer la chance qui est la nôtre de vivre en paix dans une démocratie. 

Bref, ce que je veux suggérer par cette espèce d'anti-utopie, c'est que ce n'était pas mieux avant. On vivait moins bien et la parole était moins libre sous de Gaulle que sous Macron et que ça pourrait être bien pire demain ou après demain. 

Raison de plus pour veiller sur la démocratie comme sur la prunelle de nos yeux. Elle est notre bien commun et plus précieuse pour tout démocrate que ce qui nous oppose. 
Je me méfie des utopies qui font mépriser le présent. Puisse cette anti-utopie nous réconcilier avec lui et les uns avec les autres, non en supprimant les conflits qui font partie de la démocratie, mais en réduisant un peu la haine.

 
Pensées sur le temps           Pensées sur la sagesse           Pensées sur dieu

Notes et références
[1]
Voir aussi L'Esprit de l'athéisme, Introduction à une spiritualité sans Dieu, Albin Michel, 2006

[2] Voir aussi Du tragique au matérialisme, 26 études sur Montaigne, Pascal, Spinoza, Nietzche et quelques autres

Voir aussi
* Comte-Sponville dans La Manche --
* Paul Ricœur: Présentation -- Temps et récit -- La mémoire, l'Histoire, l'oubli --
* Sarah Bakewell, Sur Montaigne - Jean Lacouture, Montaigne à cheval -
* Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire -- Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel --

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 17:21

Référence : Michel Onfray Grandeur du petit peuple, éditions Albin Michel, 384 pages, janvier 2020
 

     

Tiens donc, voilà un intello qui défend le mouvement des gilets jaunes sans restriction, un peu seul dans le cénacle des penseurs de notre époque.
Certains ont parlé à leur propos de jacquerie comme ces révoltes  qui éclataient soudain, ravageaient tout sur leur passage comme un ouragan et s’éteignaient autant sous les coups du pouvoir que de leur absence de véritables objectifs.

 

Si la révolte des bonnets rouges n’a guère été qu’un feu de paille, réaction épidermique aux prétentions du pouvoir, celle des gilets jaunes fut d’une autre nature. Face à une classe politique qui ne représente plus qu’elle-même, ils se sont érigés  en alternative à la pratique actuelle qui crée une césure entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux sur lesquels il s’exerce, ce que Michel Onfray appelle le peuple et l’élite.

 

  

 

Position binaire si l’on veut, qui s’appuie sur l’image de la barricade, de deux camps qui s’affrontent, l’un représentant le peuple et l’autre les forces répressives à la solde de l’élite au pouvoir. Et de prendre franchement parti : « Je ne crains pas de dire que j'ai choisi le camp du peuple contre le camp de ceux qui l'étranglent. »

    

 

Il rappelle cette belle phrase de La Boétie, le pote à Montaigne : «Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres ! », qui doit devenir le crédo d’une gauche vraiment populaire.

 

    

 

Voici, avec son style inimitable, ce qu’il en dit :
Pour salir et discréditer le mouvement des gilets-jaunes, « le pouvoir a utilisé les moyens les plus déloyaux, mépris, mensonge, déconsidération… mais aussi leur a fait un procès en immaturité, « trop bêtes, trop provinciaux, trop incultes, trop illettrés, trop débiles, trop "beaufs", trop sous-diplômés, presque "affreux, sales et méchants". »

 

Les dominants, depuis Maastricht en 1992, « discréditent quiconque ne souscrit pas à l'Europe libérale », ceux qui récusent le rôle moteur de l’Union européenne dans le libéralisme économique et la marche à la mondialisation.  
« Le système maastrichtien a son clergé, énarques, polytechniciens, futurs dirigeants des grands corps formés dans le moule de l’idéologie libérale » qu’ils régurgitent par la suite. [1]

 

   

 

Il n’a nulle confiance en ce clergé comme il dit, qui pervertit le cœur du système : « Comme les sophistes grecs, cette caste peut soutenir n'importe quelle cause parce que leur formation met le paquet sur la forme, rien que la forme, tout sur la forme, et qu'elle se contente pour tout fond de l'idéologie dominante. Ces gros cerveaux de compétition sont ceux de petits perroquets. »

 

     
Onfray et Marcel Gauchet                             Onfray avec sa femme Dorothée

 

Michel Onfray pose le problème des rapports entre la démocratie représentative et la démocratie directe, la propention de la première à remettre en cause les valeurs de la seconde comme on a pu le constater avec la Constitution européenne "repêchée" après l'échec du "oui" au référendum ou l'abandon du nouvel aéroport de Nantes sans tenir compte du référendum local qui avait pourtant voté en faveur du projet à une large majorité.

 


Michel Onfray devant l’église St-Étienne le Vieux de Caen en 2016

 

Il reproche aussi au système de très mal représenter les plus défavorisés comme les Gilets jaunes en réduisant par exemple le référendum à la portion congrue ou en ayant la haute main sur le découpage électoral.
En fait, le pouvoir a peur de la démocratie directe. Pour lui, rien ne vaut de se frotter au terrain, on y apprend beaucoup de choses. La première revendication des Gilets jaunes par exemple, que l'on peut lire dans un document-tract concerne justement ce thème : « Nous voulons de la démocratie directe à tous les niveaux... »

Ce tract qui résume les revendications des Gilets jaunes est plus que ça, les grandes lignes d'un programme, « la feuille de route de la démocratie directe. » [2]

 

 

Notes et références
[1] Grands corps d’État, et aussi selon Onfray, « haute administration, université, journalisme, édition, direction des médias, conseil d'État, sans oublier la politique politicienne qui est le prolétariat de ces gens-là. »
[2] Huit points ressortent de ce cahier de doléances :
1-  Rétablissement  de l’ISF
2- Taxer le carburant avions et bateaux comme les voitures et baisser la taxe TICPE sur l’énergie domestique
3- Hausse des salaires et SMIC à 1600 € net
4- Supprimer la CSG sur les retraites
5- Aucune retraite en-dessous de 1400 € net
6- La Sécurité sociale à 100% et pour tous
7- Abroger le CICE qui sert surtout aux grandes entreprises
8- Taxer les grandes fortunes pour financer la transition écologique.

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14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 13:36

Michel Onfray, Théorie de la dictature, Orwell et l’Empire maastrichien, éditions Robert Laffont, mai 2019-07-21

« Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres. » La Boétie

 

    

 

Orwell et l’Empire maastrichien

Difficile, oui difficile de penser à gauche « en-dehors des clous marxistes. » À part Camus, Orwell est bien l’un des rares écrivains, à travers 1984 et La ferme des animaux, à avoir suivi cette "porte étroite" –surtout à l’époque- entre communisme et fascisme. [1]

 

   

Pour instaurer une dictature à notre époque, il faut nous dit-il, réunir 7 temps principaux :
- DÉTRUIRE LA LIBERTÉ : surveiller constamment, ruiner la vie personnelle, supprimer la solitude, se réjouir des fêtes obligatoires, uniformiser l’opinion, dénoncer le crime par la pensée ;
- APPAUVRIR LA LANGUE : pratiquer une langue nouvelle,  utiliser un double langage, détruire des mots, oraliser la langue…
- ABOLIR LA VÉRITÉ : agir sur l’idéologie, la presse et les fausses nouvelles.
- SUPPRIMER L’HISTOIRE : la réécrire, inventer la mémoire…
- NIER LA NATURE : jouer sur la frustration sexuelle, la procréation…
- PROPAGER LA HAINE : se créer un ennemi, fomenter la guerre…
- ASPIRER À L’EMPIRE : formater les enfants, gouverner avec les élites…

 

          
« Défendre son peuple, sa nation, son existence, son identité, ça n’est pas être xénophobe. »

 

Il traite à grands traits de l’évolution française depuis 1945, vingt pages seulement pour montrer les fractures qui ont configuré le paysage français en plus d’un  demi-siècle, ce qu’il appelle "l’Empire maastrichien".  À ce rythme, il fait l’impasse sur la quatrième république, faisant de cette période un duel entre gaullisme et communisme, il englobe les philosophes de la « french touch » (Foucault, Deleuze, Lacan…) et les Nouveaux philosophes (Bernard-Henri Lévy, André Glucsksmann…) dans une nébuleuse structuraliste dérivant dans un "gauchisme culturel". L’évolution récente, du "non" référendum de 2005 [2] au mouvement des Gilets jaunes, est pour lui l’expression d’une réaction du peuple contre les élites pro européennes.

 

               
Son livre sur Camus                                            À l’université de Caen

 

Théoriser la dictature

Onfray part du postulat qu’Orwell décrit dans 1984 la société totalitairequi est l’une des formes prises par ce qu’il nomme L’Empire maastrichien.
On trouve dans 1984 toutes les situations visant aussi bien les staliniens symbolisés par les grosses moustaches de Big Brother (pénuries, répressions… pages 34-35) que le nazisme (répressions ciblées, eugénisme), aussi bien que celles communes aux deux totalitarismes (pages 36-37).

Au-delà de ces caractéristiques, d’autres éléments se rapportent plus directement  à notre époque comme l’utilisation de l’hélicoptère par la police ou d’écrans pour surveiller et punir (comme disait Michel Foucault).  

 

Winston Smith, le héros de 1984, est membre du Parti, bien intégré, employé au ministère de la Vérité, qui réécrit l’Histoire et manipule les faits, organisant le mensonge d’État en vérité absolue. Mais peu à peu, il prend conscience de son aliénation et va tenir un Journal où il relate son expérience et témoigne de la situation.
Seul rayon de soleil : sa rencontre de l’amour avec Julia.

Il va aussi rencontrer O’Brien, personnage ambigu, privilégié, oligarque du parti qui lui donne à lire un ouvrage interdit sur le « collectivisme oligarchique » mais s’avérera être un agent infiltré.
Il sera le « dernier homme », pris puis torturé jusqu’à ce qu’il abjure et trahisse Julia. Il finira exécuté d’une balle dans la nuque.

 

Pour Michel Onfray, ce livre est comme une parabole des sociétés modernes gouvernées par des dictatures violentes ou même douces qui s’imposent par des méthodes de manipulation des individus qui finissent par adhérer au système et à se renier eux-mêmes.

 

A- DÉTRUIRE LA LIBERTÉ, « la servitude, c’est la liberté »
Autrement dit, comme les nazis, « le travail rend libre. »
1- Assurer une surveillance perpétuelle : « L’invention de l’imprimerie a facilité la manipulation de l’opinion, et le cinéma et la radio ont parachevé le processus. » [3]
2- Ruiner la vie personnelle : « Le développement de la télévision et l’avancée technique permettant d’émettre et de recevoir à partir d’un même appareil ont signé la fin de la vie privée. »

3- Supprimer la solitude : « … un penchant pour la solitude n’est jamais anodin. »
4- Aimer les fêtes obligatoires et les loisirs collectifs.
5- Uniformiser l’opinion en imposant cette uniformité.
6- Dénoncer le crime par la pensée en combattant l’incrédulité.

 

 B- APPAUVRIR LA LANGUE, « Réduire le vocabulaire »
7- Pratiquer une langue nouvelle pour réduire le champ de la pensée
8- Utiliser le double langage pour entretenir la contradiction
9- Détruire les mots : la parole doit devenir une logorrhée perméable à une idéologie véhiculée par une forme littéraire simplifiée : ce qui ne peut être nommé ne peut être imaginé.
10- Oraliser l’écrit : Pour tuer l’écrit, rien de mieux que de célébrer l’oral.
11- Recourir à une langue unique pour exercer un monopole
12- Supprimer la littérature classique

 

C- ABOLIR LA VÉRITÉ
13- Pratiquer une langue nouvelle pour réduire le champ de la pensée
13 b – Instrumentaliser la presse pour nier le monde réel
14- Propager de fausses nouvelles et les imposer comme vraies
15- Produire et inventer le réel

 

D- Supprimer  l’Histoire
16- Effacer le passé (comme le fait Winston)
17- Réécrire l’Histoire pour  que le mensonge puisse devenir vérité
18- Inventer la mémoire (comme le fait aussi Winston avec le personnage d’Ogilvy). Quand l’Histoire disparaît, la propagande apparaît
19- Détruire les livres très dangereux dans la logique d’une pensée unique
20- Industrialiser la littérature, les livres étant aussi une marchandise

E- Nier la nature
21- Éradiquer le désir
22- Séparer sexe et plaisir, promouvoir les succédanés (pornographie, presse people)
23- Créer le type physique idéal, genre bel aryen
24- Promouvoir la procréation médical

F- Propager la haine
25- Se créer un ennemi, choisir un bouc-émissaire comme ce Goldstein dans le roman d’Orwell

26- Fomenter des guerres, les élites étant plus "va t’en guerre" que le peuple
27- Recourir à la psychiatrie, toute rébellion est considérée comme une maladie mentale
28- Extirper l’humain de l’homme

G- Aspirer à l’empire – Brimer toute velléité d’autonomie
29- Des enfants coulés dans le même moule
30- Manipuler et noyauter la dissidence
31- Gouverner entre élites – Ploutocratie
32- Le progrès technique contre les hommes
33- Le vrai pouvoir est secret, sous-jacent

 

Théoriser la révolution (p 121)
Dans 1984, on trouve une référence à la notion de paradigme, mouvement d’une planète qui effectue une révolution complète… pour revenir à son point de départ. Autrement dit, pour le peuple une révolution ne set à rien et il n’a rien à y gagner.
Thèse qui est encore plus tranchée dans La ferme des animaux ; toute révolution a pour vocation d’être trahie et c’est le peuple qui en fait les frais.

 

Ce que dit La ferme des animaux (p 129)
Sage l’Ancien, qui passe pour un prophète,  incite tous les animaux à se révolter contre les hommes, chasser Jones, le propriétaire de la ferme des animaux. Au début tout va bien, les cochons, plus instruits, ont pris la tête du mouvement. Boule de neige et Napoléon définissent 7 préceptes : Tout DeuxPattes (les hommes) est un ennemi et tout QuatrePattes ou volatile un ami, il est interdit de porter des vêtements, de dormir dans un lit, de boire de l’alcool ou de tuer un autre animal.  Tous les animaux sont égaux.

 

Mais la participation des autres animaux est médiocre, les deux cochons leaders ne s’entendent pas et Napoléon finit par éjecter Boule de neige par la force. Il impose une dictature, secondé par Minimus et surtout son porte parole Brille-Babil. Après une tentative malheureuse de Jones pour reprendre le pouvoir, Napoléon et les cochons  ont désormais des ennemis pour conforter leur pouvoir Boule de neige comme ennemi de l’intérieur et Jones comme ennemi de l’extérieur. À la ferme, la répression s’accentue de jour en jour et le niveau de vie n’a jamais été aussi bas, obligeant Napoléon à mentir effrontément.
 

Les 7 préceptes initiaux sont ramenés à un seul « Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres. » Puis les cochons se mettent à marcher sur deux pattes et les autres animaux peuvent constater « qu’ils ont simplement changé de maître. » (P 160)
 

Commentaires de Michel Onfray
Sage l’Ancien fait irrésistiblement penser à Marx et ses idées à celles du Capital.  Il voit dans Napoléon, Boule de neige et Brille-Babil les figures de Lénine-Staline, de Trotsky et de Jdanov.

 

11- La liberté se rétrécit à travers les outils informatiques dédiés et les gigantesques bases de données que les individus constituent en partie eux-mêmes par leurs coordonnées et en s’exposant sur les réseaux sociaux, objets en l’occurrence de leur propre aliénation. « L’ordinateur quantique permettra à terme le traitement de milliards d’informations dans le nouvel espace infime des nanosecondes. »

12- Le langage est simplifié à des fins uniquement utilitaires. Il s’appauvrit peu à peu dans ses modalités et dans le sens général du texte pour rester "politiquement correct". (cf page 201)

13- Dans ce monde, il n’existe plus de vérité mais seulement ce qu’il appelle des perspectives, spéculations ouvertes sur des possibles invérifiables. Tout devient relatif et occulte les faites et les certitudes.

 

14- L’Histoire n’est plus enseignée comme autant de références chronologiques mais comme thématique sans points de repère. Elle est instrumentalisée et perd son rapport avec le réel.  Quand l’Histoire est niée, la propagande peut prospérer.

15- Contrairement à Michel Foucault qui traite de L’histoire de la folie et ou de Les Mots et les choses sans sortir de son bureau, il faut intégrer la nature pour intégrer le réel.

16- L’effondrement de la morale classique ou l’anonymat des réseaux sociaux génèrent des attitudes de haine. Ceci ne permet plus d’avoir de vrais débats dans des sociétés apaisées. Le libéralisme de l‘Union européenne est pour l’auteur une forme de darwinisme social qui, pour vendre toujours plus, finit par restreinte la liberté des individus, mis en fiches par tous les systèmes connectés.
 

On rejoint ainsi la critique de la société  libérale telle que l’avait fait Yvan Illich dans les années 60-70 avec L’Homme unidimentionnel, préférant vivre, en niant l’Histoire, un éternel présent. On rejoint aussi l’âne Benjamin de La Ferme des animaux, allergique aux moutons embrigadés aussi bien qu’aux chiens de garde des nantis qui défendent leurs privilèges.
 

Notes et références
[1]
Onfray renvoie à l’ouvrage de référence d’Annah Arendt Les Origines du totalitarisme publié en 3 volumes de 1951 à 1983.

[2] Référendum sur le Traité européen du 29 mai 2005 où le "non" obtint 54,68% de voix.
[3] Toutes les citations sont extraites de 1984, édition de Josée Kamoun parue chez Gallimard en 2018.

Voir aussi mon Site Michel Onfray --

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29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 21:07

     

 

Référence : Michel Onfray, Le crocodile d’Aristote, éditions Albin Michel, 256 pages, septembre 2019

 

Une histoire de la philosophie par la peinture

 

Après un essai sur la dictature, Michel Onfray nous propose 40 tableaux aux détails remarquables pour découvrir la philosophie à partir de la peinture.
Une histoire philosophique par l'intermédiaire d'un choix de tableaux.

Avec son dernier essai intitulé Le crocodile d'Aristote, [1] Miche Onfray se fait à nouveau pédagogue, comme par exemple dans son Antimanuel de philosophie en 2001.

 


Onfray face à Machiavel :
« J’y vois l’énergie d’un cerveau puissant  dont le flux nous parvient  par un regard qu’on n’oublie pas. »
 

À chaque tableau dédié à un philosophe est lié un épisode historique suivi d'une explication didactique. Au premier rang, ce sacré Socrate qui délaisse ses deux femmes pour ne regarder que les belles boucles blondes d’Alcibiade peint par Reyer van Blommendael, sert à évoquer Le Banquet et l’amour à travers l'approche des corps des jeunes garçons.


Puis le tableau de Rubens qui peint Démocrite et Héraclite dans deux attitudes contradictoires, le rire ou les larmes... où bien sûr il préfère le rire. [2]

 


Jean-Baptiste de Champaigne : Alexandre le Grand envoyant des animaux à Aristote

 

Michel Onfray a choisi des tableaux aux détails (ou analogons) très représentatifs parmi lesquels on peut citer :
 - Le crocodile d’Aristote peint par Jean-Baptiste de Champaigne ;
- L’encrier de Thomas d’Aquin de Botticelli ;
- La bague d’Erasme peint par Holbein le Jeune ;
- La main de Descartes de Frans Hals ;
- La robe de chambre de Diderot par van Loo ;
- La blouse de Proudhon de Gustave Courbet…,
C’est la façon à la fois simple et ludique qu’a choisi Michel Onfray pour aborder la philosophie à travers le détail significatif d’une œuvre picturale, de Pythagore, le mathématicien de Samos jusqu’à Jacques Derrida, le maître de la "déconstruction".

 

  

 

L’auteur s’interroge par exemple sur le portrait de Descartes par Frans Hals (1583 ou 1583 – 1666) qui met en lumière sur un fond sombre le visage du philosophe et,  dans le coin inférieur droit de la toile, une main tenant un chapeau d’une façon très curieuse sans que l’on sache pourquoi, sans raison apparente, sans que le peintre en ait donné la moindre interprétation.

 

     
Marx et Engels de Hans Mocznay
 

Autres exemples qui donnent une idée de la démarche de l’auteur :
- Pythagore et le pêcheur par Salvator Rosa (1615 – 1673) où les poissons symbolisent la doctrine de Pythagore et l’ironie du peintre qui utilise une citation inversée du Christ et des apôtres.
- Le crocodile d’Aristote de Jean-Baptiste de Champaigne (1631 – 1681) fait référence à l’empirisme du philosophe et son appétence pour les sciences naturelles.
- Les gants du Portrait de Machiavel par Santi di Tito (1536 – 1603) sont comme un poignard du machiavélisme.
-  La « tasse à thé de Marx » dans le tableau Marx et Engels de Hans Mocznay (1906 – 1996) renvoie à un Marx prônant le communisme et buvant le thé à Londres, dans un salon bourgeois.

 

 
Frans Hals Portrait de Descartes    Gérard Fromanger Portrait de Gilles Deleuze
Santi di Tito Portrait de Machiavel

 

On retrouve aussi son goût pour Montaigne et, comme il dit, de sa « religion rationnelle », pour Diderot qui préférait sa vieille robe de chambre à celle en soie luxueuse, offerte par sa mécène, pour Nietzsche et l'aquité de son regard si bien croqué par Munch.
Et même de Michel Onfray lui-même on a fait le portrait... guère flatteur si l'on en croit l'intéressé !

 


Pythagore et le pêcheur par Salvator Rosa

 

Explication : « Pour le peintre, il s’agit de dire le plus possible de choses à moindre frais formel. L’idéal est qu’une image concentre une vision du monde. C’est alors qu’apparaît l’anecdote, l’objet, la chose, le détail qui contient en substance la totalité de l’œuvre.

 

Car on le sait... "le diable est dans les détails". L’artiste doit découvrit l’objet qui symbolise l'ensemble comme par exemple la coupe de Socrate, la lanterne de Diogène, la dent de Foucault, le chat de Derrida... et bien sûr le fameux crocodile d'Aristote.
Une synthèse en forme de peinture... si l'objet fait sens.

 

 
                                  
     Le Buste d'Aristote

 

Notes et références
[1] Michel Onfray semble affectionner les références animales dans ses titres comme Le canari du nazi, La sagesse des abeilles ou Le miroir aux alouettes.
[2] Voir ma fiche sur "Le deuil de la mélancolie" --

 

Voir aussi
* mon Site Michel Onfray --

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 21:43

           
                             Hyperréalité et imagination

 

On sait bien que dans la société de consommation [1] les objets sont considérés comme un système de signes qui  jouent sur le statut social de l’individu. Jean Baudrillard a bien mis en lumière ce phénomène et l’a très tôt étendu à tous les domaines de la sphère sociale. Après des domaines comme la mode et la publicité, lieux de manipulation par les signes, c’est le réel qui est visé, marqué par la simulation et la parodie. [2]

 

Le simulacre atteint un summum quand il dépend uniquement de l’abstraction de l’algorithme. Le crime parfait (de la réalité) [3] écrit-il, « C’est celui d’une réalisation inconditionnelle du monde par l’actualisation de toutes les données, par transformation de tous nos actes, de tous les événements en informatique pure : la solution finale, la résolution anticipée du monde par clonage de la réalité et l’extermination du réel par son double ».

 

             

 

Analyste de la société de consommation [1] , Jean Baudrillard s'est aussi penché sur le monde dans lequel il vivait pour se centrer sur les grands défis de son époque, comme la prolifération des centres commerciaux, les mutations génétiques ou la spéculation mondiale. Au-delà de l'analyse de ces mécanismes et des conséquences de ces évolutions, il observe avec inquiétude l'effacement du réel.

 

Ce thème est d'autant plus actuel qu'il impacte de plein fouet la nouvelle génération, obnubilée par la prégnance des réseaux sociaux et des systèmes de communication de plus en plus performants. La réalité a tendance à se dissoudre dans un nouvel espace qui ne permet ni sens ni référent.

 

      

 

La réalité a peu à peu laissé place à une relation lointaine, distanciée, désincarnée, dans un univers virtuel. Baudrillard parle à ce propos de meurtre : « Il n'y a pas de cadavre du réel, et pour cause : le réel n'est pas mort, il a disparu.» Un « crime parfait » d'un virtuel qui ne s'oppose pas simplement au réel mais il postule à sa disparition pure et simple.

De pseudos qui changent noms et visages, l'univers personnel est envahi, phagocyté par la fascination des images, l'overdose d'interactions et de flux qui absorbent, dévorent toute forme de réalité.

 

           

 

D'une façon générale, nous sommes soumis à des simulacres : « Le simulacre c’est la copie à l’identique d’un original n’ayant jamais existé. » [4] Quelque chose d’impondérable qui se transforme en réalité.
Au départ, se connecter aux réseaux sociaux ne constituait qu’un support du réel, pour élargir et renforcer ses relations, avoir un nouvel outil pour par exemple être relié à ceux qui sont loin, et en quelque sorte, prolonger le téléphone.

 

          

 

Il se produit alors un renversement de logique, le virtuel se substituant au réel, devenant "le vrai", le vrai visage, la vraie vie, c'est ce que Baudrillard appelle "l'hyper-réalité". Il l'a décrit ainsi : « Le réel ne s'efface pas au profit de l'imaginaire, il s'efface au profit du plus réel que le réel : l'hyper-réel. Plus vrai que le vrai : telle est la simulation. »

 

       

 

Le réel est bien là quelque part mais sans consistance palpable. Impossible désormais de distinguer l'authentique de l'artificiel. L'image s'est brouillée dans le miroir de Dorian Gray mais cette fois, elle a été retouchée, plus vraie que vraie, trop vraie pour coller à la réalité. Mais justement, cette espèce d'idéal ne pourra pas toujours résister à la réalité.

 

Baudrillard passe ensuite de "l'hyper-réalité" à la "réalité intégrale". C'est le moment où « les choses perdent leur distance, leur substance, leur résistance dans l'accélération indifférente du système où les valeurs affolées se mettent à produire leur contraire. »

 

       

 

Il y a alors confusion entre réel et virtuel, tout jugement devient aléatoire, non fondé, sans plus de critères pour discriminer le bien du mal. Au-delà d'un certain pessimisme, Baudrillard nous invite ainsi à réfléchir et remettre en cause nos pratiques pour renouer avec l'essentiel.

 

Notes et références
[1] Voir Jean Baudrillard, La société de consommation, Gallimard, 1970
[2] Voir Jean Baudrillard, Le système des objets : la consommation des signes, Gallimard, 1968
[3]
 Voir Jean Baudrillard, Le crime parfait, éditions Galilée, 1995
[4] Voir Jean Baudrillard, Simulacres et simulation, Galilée, 1981

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 21:07

      

 

« Que quelque chose persiste en changeant, voilà ce que signifie durer. » Paul  Ricœur 1983

 

Paul  Ricœur s’est longuement penché sur le thème de L’IDENTITÉ, en particulier dans son essai Temps et Récit. [1] Les traits qui fondent notre personnalité sont nombreux. Ce ne sont pas seulement le physique et le caractère qui la définissent. Les complexes que l’on peut ressentir à ce propos nous empoisonnent parfois la vie quand ils prennent une certaine proportion. Ils peuvent même compliquer nos relations avec les autres.

Pour y voir plus clair, Paul  Ricœur nous propose une cartographie de notre identité, fondée sur deux concepts-clés : la "mêmeté" et la "ipséité".

 

        

Dans la Paul  Ricœur se trouvent tous les éléments stables, les invariants qui assurent la permanente à travers les circonstances de la vie et les années : les données physiques héritées des ascendants (morphologie et beaucoup de traits de caractère), ce qui nous permet parfois de reconnaître quelqu’un à certains traits que le temps n’a pas altéré ou parfois à une attitude, un port de tête ou un simple geste.

 

 L’"ipséité" est fondée sur le fait que nous ne cessons d’évoluer, même si ses plus petites manifestations ne sont guère perceptibles. Il suffit de comparer deux images d’une personne à des âges différents. De plus, elle ne vit pas forcément au même endroit, avec les mêmes personnes, dans le même environnement, surtout à l’époque actuelle où les gens sont plus mobiles et plus réceptifs aux sollicitations extérieures. 
L’"ipséité" définit cette évolution confrontée au "Je" immuable.

 

 

« La destination à la bonté est plus forte, plus profonde que le penchant au mal. » Paul  Ricœur

 

L’identité représente ainsi ce mélange entre ce qui demeure, "mêmeté", et ce qui est susceptible de fluctuer, l’"ipséité". Ces deux entités ne sont pas indépendantes, elles communiquent, elles se complètent, ce que Paul  Ricœur nomme "l’identité narrative".

Ce concept développé dans son livre Temps et Récit, lui permet de notre façon d’écrire le récit de notre vie tel qu’on se l’imagine. Mélangeant "mêmeté" et "ipséité", l’identité se constitue tout au long des narrations qu’elle génère.

 

               


Elle prend de l’amplitude, mêlant les deux concepts à travers l’histoire qu’on se raconte sur la manière de construire sa vie. Pour que ces mécanismes concourent à notre évolution personnelle, il vaut mieux éviter les deux écueils que sont la recherche de la perfection et la permanence des habitudes.

On peut ajouter que faire varier le récit de son histoire personnelle permet une meilleure compréhension de soi et aussi de posséder un levier pour faire évoluer les tenants de son identité.

 

         

 

Notes et références
[1]  Cet ouvrage publié en 3 tomes entre 1983 et 1985, développe l’idée que, à travers exemples et réflexions,  pour penser le temps, le mieux est d’en faire le récit qui contribue aussi à une meilleure compréhension de soi. 

 

Voir aussi mes fiches
* Paul  Ricœur, La mémoire, l'histoire, l'oubli --
* Paul Ricoeur, biographie --

 

<< Christian Broussas • °° Paul  Ricœur 3°° - Divonne - 2/07/2019 >>

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 22:15

Référence : Henri de Montvillier, Michel Onfray, le tribun de la plèbe, Introduction à sa pensée politique, Les éditions de l’Observatoire, hors collection, 144 pages, 2019

 

« Ce pouvoir que Paris inflige à la province, on doit en finir avec ça, on doit pouvoir laisser la parole au peuple» Interview, 11 avril 2017

 

    

 

L’objectif d’Henri de Montvillier est de démontrer que la pensée de Michel Onfray n’a jamais varié, qu’il n’est pas passé, contrairement aux allégations de certains journalistes, de la gauche au camp de la réaction ou même à la droite la plus dure. Au contraire, dans son essence elle est toujours la même, inspirée par deux écrivains dont il se sent très proche, Nietzsche et de Camus. [1]

À partir de leur pensée/parcours, il a élaboré une pensée de gauche libertaire qui se veut pourtant réaliste. Il rejette ainsi aussi bien une gauche qui ne renie pas le libéralisme qu’une gauche autoritaire tentée par le marxisme.

 

   

Michel Onfray part des aspirations du peuple –sans doute les connaît-il mieux que la plupart de ses confrères- intervenant dans le débat public avec ses formules tranchantes et son bagout qui ne plaît pas à tout le monde. Éric Fottorino dit de lui : « C'est toujours la même voix qui parle, tissée de savoirs et de révoltes, à fleur de peau et de conscience. Une voix engagée dont la spontanéité ne va jamais sans l'étude approfondie des textes, des idées, sans concession ni facilité. »

Il a en particulier exprimé sa pensée dans cette formule « Défendre son peuple, sa nation, son existence, son identité, ça n’est pas être xénophobe, » et dans son livre intitulé "La parole au peuple".

 

          

Être tribun du peuple, signifie d’abord affirmer sa fidélité au peuple d’où il vient, et dans la réalité être un exemple, initier des actions qui l’ancreront vraiment à gauche sans qu’on puisse lui contester ce qu’il est et ce qu’il fait. L’Université populaire ou celle du goût en sont les deux exemples les plus symboliques.

Il veut proposer un projet politique rompant avec les politiques traditionnelles de la gauche pour redonner le pouvoir au peuple, pouvoir confisqué par la bourgeoisie dominante depuis la Révolution française. Pendant la campagne présidentielle de 2017, il disait dans une interview qu'il fallait « Redonner un vrai pouvoir aux mairies, un vrai pouvoir aux départements, repenser la question des régions en terme de Parlement, penser l'État aussi de manière libertaire... »

 

   
De plus, par définition, le tribun s’érige en porte parole de ceux qui ne peuvent pas faire entendre leur voix, il est « la voix des sans-voix », celui en qui ils se reconnaissent. Et les gens ont tendance à le remercier pour son implication, à s’identifier à la personne et au discours du philosophe.

Ce besoin d’être compris et représenté montre bien les manques de la démocratie française, les limites du scrutin majoritaire, le pessimisme vis-à-vis de la classe politique, l’éloignement de la bureaucratie européenne.

 

         

Le résultat de cette situation est assez simple : de plus en plus d’électeurs refusent de voter ou préfèrent voter blanc. Exemple parmi d’autres : plus de 56 % d’abstention au second tour de la présidentielle de 2017, soit quelque 25 millions d’électeurs. Sans compter tous ceux, comme Michel Onfray, qui ne sont même plus inscrits sur les listes électorales.

 

En contrepartie, le tribun se doit d’être sans taches, d’une droiture absolue tout en montrant du doigt les compromissions, les promesses faciles ou la béance entre discours et réalité, les scandales qui entachent tout le personnel politique. Michel Onfray adore pratiquer "la chronique d’actualité" à l’occasion d’interventions à la radio et la télé ou d’interviews dans la presse écrite ou également de façon plus structurée dans des chroniques qui lui permettent de s’exprimer sur des faits d’actualité.

 

 

Notes et références
[1] * Voir en particulier mes fiches intitulées Onfray et Nietzsche -- Michel Onfray et Albert Camus --

 

Voir aussi
* Accès à mon site Catégorie Michel Onfray --
* Voir en particulier mes fiches Michel Onfray, Camus et l'ordre libertaire --

<< Christian Broussas • °° Onfray Tribun °° -- Divonne -- 26/06/2019 >>

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