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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 15:30

Référence : Sam Bernett, Les vielles canailles, éditions du Cherche midi, avril 2021

Son sous-titre, Un destin fabuleux, résume bien le propos de ces trois adolescents qui vont connaître un parcours extraordinaire que nul ne leur avait prédit.
Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc, un trio légendaire scellé par une amitié de plus de soixante ans !

Le Paris populaire à la fin des années 1950 où trois ados en blouson noir, l'uniforme à la mode de l'époque, traînent leur ennui et leurs rêves quelque part du  côté du square de la Trinité et le Golf Drouot. Johnny se prend pour James Dean, Eddy balance entre son travail de coursier au Crédit Lyonnais et chanteur de bal, Jacques, un fils de bonne famille, joue de la guitare et les décontractes.
A chacun sa partition.

 

         
 

Au-delà de cette amitié de jeunesse, d'un enracinement dans le même quartier parisien, de parcours différents, ce qui les lie c'est la guitare et la musique bien sûr mais aussi un certain rapport à la vie fait de fidélité, de complicité et d'un sacré sens de l'amour, souvent décalé chez Dutronc
 
En 2014, inspirés par leurs idoles américaines du Rat PackFrank Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis Jr –, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc se réunissent pour une série de concerts exceptionnels. Ils se retrouveront en 2017, pour une tournée et un ultime concert à Carcassonne.

C’est l’histoire du fabuleux destin d’un trio chanceux, qui a traversé toutes les épreuves et toutes les époques pendant plus d’un demi-siècle. Une histoire à peine croyable, mais où tout est vrai puisque tout est arrivé.

 

           

 

La rencontre entre Eddy et Johnny est connue et les deux compères n'ont pas résisté au plaisir de la raconter pendant leur dernière tournée. Une rencontre mouvementée à l'issue d'une surprise-partie où Johnny avait "emprunté" (sans doute par erreur) quelques bons vieux 45 tours des "pionniers du rock" auxquels Eddy tenait comme à la prunelle de ses yeux. Rencontre électrique donc, ce qui ne préjugeait en rien de leur future amitié qui ne s'est jamais démentie, Eddy étant par exemple le parrain de Laura, la fille de Johnny.

La rencontre entre Johnny et Jacques fut plus "fructueuse" si l'on peut dire puisqu'elle déboucha sur un petit trafic de disques 'récupérés" qu'ils écoulaient dans les surprises-parties de leurs quartiers.
Mais ce fut plus sûrement le Golf Drouot et la musique qui les réunirent, Dutronc remplaçant même au pied levé un des guitaristes des Chaussettes noires, alors indisponible.

Les Vieilles Canailles se produisent une première fois sur la scène de Bercy pour six représentations, du 5 au 10 novembre 2014. À l’été 2017, le trio refait une tournée en France, en Belgique et en Suisse. « Vieille canaille » vient du titre d’une chanson qu’Eddy Mitchell et Serge Gainsbourg ont interprété en duo en 1986.

 

           

 

Les Tournée Bercy 2014 et 2017
Entre les trois potes, c’est une belle interprétation équilibrée, sept titres pour chacun, ponctué de duos et de trios, chacun chantant deux titres en solo pour changer de style.


La tournée 2017 ne se déroule bien sûr pas dans les mêmes conditions, compte tenu de l’état de santé de Johnny. Elle débute par un concert au stade Pierre Mauroy à Lille. Tout se passe à merveille, même si Johnny est parfois obligé de chanter assis sur un tabouret et l'une des deux représentations données à Paris-Bercy est retransmise en direct à la télévision.

 

Ce qui les lie également, c'est leur goût pour le cinéma. Pour Eddy, sa connaissance encyclopédique du cinéma américain et sa "dernière séance" sont bien connus et il a tourné avec les plus grands réalisteurs français. C'est sans doute Betrand Tavernier qui lui a donné ses plus beaux rôles avec Coup de torchon par exemple. Pour Johnny, c'est plus mitigé, la mayonnaise n'a jamais vraiment pris avec le cinéma, Eddy commentera d'ailleurs (en toute amitié), « Johnny Hallyday était un acteur assez laborieux. » Jacques par contre, a comme Eddy joué avec de grands réalisateurs, assez impressionnant par exemple dans le rôle de Van Gogh.
Le seul film intéressant qui réunira Eddy et Johnny sera le film de Claude Lelouch intitulé "Salaud, on t'aime", paru en 1974.

 

Voir aussi mes fiches sur Eddy Mitchell :
Le dico de ma vie -- Un portrait de Norman Rockwell -- Eddy 2015 --
Eddy et ses héros --

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<< Ch. Broussas, Vieilles canailles 24/04/2021 © • cjb • © >
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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 20:32

             
                                                             Si, si, c'est bien lui !
 

Voilà quelques touches pour esquisser un portrait en creux d'un homme qui se livre peu, sinon de temps en temps au hasard d'interviews,  sans doute à la recherche de notes couleur menthe à l'eau. 

Eddy Mitchell parlant littérature, c’est assez inédit me direz-vous. On le croirait plutôt féru de BD, les deux n’étant apparemment pour lui pas incompatibles. Dans la biographie écrite par Didier Varrot, "Il faut rentrer maintenant", il avoue être un fan de l’écrivain Céline dont il dit : « Voilà un écrivain qui assène une baffe magistrale à la littérature. En une phrase, il vous raconte ce qu’un autre mettrait deux chapitres à écrire. Si vous prenez le passage sur l’Amérique dans "Voyage au bout de la nuit", dès la première phrase on y est. Il arrive à New York et il écrit: "New York est une ville qui se tient debout". Voilà, tout est dit, c’est extraordinaire. »

 

   

 

Concernant la cause des femmes, il nous livre son sentiment : « Je ne suis pas féministe mais l’évolution de la femme est l’une des plus belles évolutions qui soit parce qu’elle est juste. Je n’ai jamais compris l’inégalité des sexes. Nos grands-parents étaient vraiment à la ramasse pour accepter qu’une femme ne puisse pas avoir les mêmes droits qu’un homme. Le droit de vote, l’indépendance économique, la liberté de procréer ou non… Pour au moins cela, merci Mai-68. »

 

         
Les écrivains Louis-Ferdinand Céline (le préféré) et Tennessee Williams (le détesté)

 

Le cinéphile n'est plus à présenter mais le défenseur du western a aussi un regard critique sur certains aspects du cinéma comme on peut le constater à travers ces quelques remarques : « Avoir un avis définitif sur James Dean, qui n’a enchaîné que trois films, c’est aller un peu vite en besogne.» Ou bien : Soudain l’été dernier", [1] je m’endors au même moment. Et s’il s’agit de "Un tramway nommé désir", [2] j’ai du mal à garder mon sérieux. »
Décidément, Tennessee Williams et son théâtre sans doute trop intello à son goût, ce n'est pas sa tasse de thé.

 

       
Eddy dans "Coup de torchon"                          Les vieilles canailles

 

Sur le plan politique, on connaît son scepticisme, ce qu’il pense de François Hollande « l’ami molette » ou Sarkozy « l’ami talonnette ». Il observerait plutôt une certaine neutralité sans illusions, précisant : « Dès les années 60, la politique m’a donné la nausée. Je laissais courir, d’ailleurs je refusais de voter. L’idéal serait d’opter pour le vote blanc, à condition qu’il soit réellement comptabilisé dans les résultats électoraux. Un signal politique fort plus responsable que l’abstention. »

Mais quand même, le P’tit Claude de Belleville le titille toujours quand il précise : « Il est vrai que mon cœur serait plutôt à gauche. Mais quelle gauche? Aujourd’hui, j’en suis revenu. Non pas de tout, mais je suis tout de même désabusé en ce qui concerne la politique. (…) Je m’oblige à voter parce qu’il y a toujours le spectre du Front NationalMarine Le Pen est un tribun redoutable, méfiance! Et, excusez-moi de le dire, ce parti-là me fait toujours aussi peur. »
Une remarque qui a goût d’unité républicaine.

 


L’humour "schmolien" de la légende : « Pendant que vous y êtes, faites-moi la barbe ! » [3]

 

Et toujours cet humour plein d’ironie qui le caractérise, par exemple dans ce trait à propos d’un paparazzi pas vraiment doué qui avait refilé au journal "Voici" une photo prise sur une plage, le représentant accompagné de Muriel, sa femme légitime. Une photo avec cette légende: « Eddy Mitchell avec sa nouvelle compagne ! » Information que le journal n’avait pas cru devoir vérifier.
Conclusion d’Eddy : « J’aime tellement ma femme que je ne sors qu’avec ses sosies. »
Des mots qui font mouche... comme ceux de Céline.

 

              
Eddy  et Laurent Gerra                                Eddy et Muriel

 

Notes et références
[1] Film de Mankiewicz d'après une pièce de Tennessee Williams, sombre histoire basée sur la psychanalyse, avec Élizabeth Taylor, Katharine Hepburn et Montgomery Clift

[2] Célèbre film d'Elia Kazan d'après la pièce de Tennessee Williams avec Vivien Leigh et Marlon Brando, une histoire de ménage à trois assez lugubre dans le climat humide de La Nouvelle-Orléans
[3] Une caricature du futur Eddy, parue dans Risque-tout en 1956

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<< Christian Broussas • Eddy portrait © CJB  ° 06/05/2021  >>
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16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 06:33

Eddy va ensuite enregistrer un album atypique intitulé Grand Écran regroupant 16 de ses chansons de films préférées dont on peut extraire Frappe aux portes du paradis, une belle reprise de Bob Dylan sur des paroles d’Eddy et des chansons connues comme Si toi aussi tu m’abandonnes, Les feuilles mortes, Hier encore d’Aznavour ou Garde-moi la dernière danse de son ami Mort Schuman. [6]

  
 

En novembre 2009, Eddy Mitchell annonce simplement : « Ma tournée en 2010-2011 sera la dernière que j'effectuerai, » un an avant la sortie de son nouvel album au titre éloquent Come Back qui, outre ce titre, contient également L’esprit grande prairie composé par ses compères Souchon et Voulzy, Laisse le bon temps rouler qui rappelle Jambalaya et sur la difficulté à Avoir 16 ans aujourd’hui.

En octobre 2010, il entame une ultime tournée  intitulée Ma dernière séance, dans toute la France et se termine à l’Olympia par trois représentations.  Son album Héros sort en novembre 2013 avec les titres Les vrais héros,  Le goût des larmes et Léo, un titre inattendu dû à sa femme Murielle, un hommage à Léo Ferré.

On veut des légendes                           L'esprit grande prairie

En 2013, il participe au concert exceptionnel donné pour les 50 ans de la maison de Radio-France. L’année suivante, il joue avec Johnny dans le film de Claude Lelouch Salaud on t'aime et en novembre c’est le début de l’aventure des Vieilles Canailles avec Johnny et Dutronc.

En octobre 2015, c’est la sortie de Big Band,  son trente sixième album studio. En mars 2016, accompagné par un big band de dix-sept musiciens, il renoue avec la scène au Palais des sports de Paris pour 13 spectacles. 

Un album au « swing intemporel » dit-on, pointant le superficiel des réseaux sociaux dans « Je n’ai pas d’amis », avec humour certains médecins dans le grinçant « Combien je vous dois ? », une certaine forme de journalisme dans « Journaliste et critique », l’intrusion du monde virtuel dans « Avec des mots d’amour ». 

L’Amérique mythique est toujours là avec « Un rêve américain », rendant hommage à Frank Sinatra dans « Il faut vivre vite », et en adaptant sa chanson « Promets-moi la lune ». (« Fly Me to the Moon)

Deux ans plus tard, après la fin de la tournée des Vieilles Canailles à Bercy, c’est l’album La Même Tribu, volume 1 dont Le second volume paraîtra en mai 2018, revisitant ainsi en duos quelques uns de ses grands succès.

Voir aussi
Eddy Les adaptations –   Encyclopédisque -- Panorama de ses chansons -

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<<  Ch. Broussas, Eddy Discographie 14/12/2020 © • cjb • © >>
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16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 05:31

Pour les années 1990, seulement trois albums pourrait-on dire mais Mr Eddy part chanter en Arabie saoudite pour les soldats français, un concert finalement annulé par les saoudiens puis en 1993-94 il se produit dans quatre salles parisiennes [4], terminant par un concert-synthèse à Bercy.

Il participe à la bande originale du film Rock-o-rico dont il enregistre 4 chansons adaptées par son compère Boris Bergman. Il se tourne aussi largement vers le cinéma, tournant dans 7 films dont le fameux Le bonheur est dans le pré d'Étienne Chatilliez. [5]

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Rio Grande                                Un portrait de Norman Rockwell  

En tout cas, la qualité est toujours au rendez-vous avec des succès comme Rio Grande et 18 ans demain en 1993, Un portrait de Norman Rockwell et Mister JB (son hommage à James Brown) en 1996, J’aime pas les gens heureux et Décrocher les étoiles en 1999.

Ils contiennent également de petits bijoux moins connus comme Cœur solitaire, Te perdre ou Destination terre.

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J'aime pas les gens heureux                Décrocher les étoiles                   

Début 2000, il participe à l’action caritative Noël Ensemble où il chante le classique Noël blanc en duo avec Véronique Sanson et enregistre une version du Déserteur pour Ma chanson d’enfance dans le cadre d’une autre action caritative.

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Paloma dort                               Je chante pour ceux qui ont le blues

Puis sort l’album Frenchy dont il écrit le texte des 11 chansons sur des musiques de Pierre Papadiamandis, aidé les inséparables Michel Gaucher (Faudrait pas rester là) et Michel Amsellem (Au bar du Lutécia) avec notamment J’aime les interdits, La route 66 et Je chante pour ceux qui ont le blues.

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L'album "Franchy"                                       Au bar du Lutétia                  

Suit l’album Jambalaya conçut sur le même modèle, avec 11 textes écrits par Eddy sur les 12 chansons, pour l’essentiel sur des musiques de Pierre Papadiamandis, où l’on trouve les titres phare On veut des légendes et Ma Nouvelle Orléans. On y trouve aussi trois chansons interprétées en duo avec Johnny, Be bop e lula de Gene Vincent, Elle est terrible d’Eddie Cochrane (avec le concours de Little Richard) et On veut des légendes.   

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     L'album "Jambalaya"                                   L'album "Grand Écran"

* Retour à la 1ère partie : Retour 1 --

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<<  Ch. Broussas, Eddy Disco II 14/12/2020 © • cjb • © >>
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16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 05:19

Eddy Mitchell Discographie

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1963 est l'année où Eddy Mitchell se sépare des Chaussettes noires et se tourne vers une nouvelle carrière. Il rompt avec le son brut et minimaliste des Chaussettes noires, basé sur un trio guitares-batterie agrémenté souvent d'un saxo pour se tourner vers une diversification des instruments. 
Le style est plus "yé yé", même s'il puise largement dans le répertoire anglo-saxon et les textes, dont les adaptations qu'il signe, ne sortent guère des chansons d'amour.

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C'est le cas pour ses deux premiers albums parus en 1963 et c'est encore largement vrai pour les deux albums suivants parus en 1964 qui contiennent des titres phares empruntés aux "pionniers" comme  5 adaptations de Chuck Berry [1], 3 d'Elvis Presley, Little Richard et Buddy Holly.
Cette période se clos par le titre phare "Toujours un coin qui me rappelle" bien représentatif de son style d'alors.

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Ses tenues évoluent, deviennent "plus sages" et son jeu de scène également. Il disait en particulier dans une interview : « Je pense toucher un public qui aime la variété en général [...] Je ne ressens plus le besoin de me mettre à genoux sur scène, et si j'essayais, ça ne passerait pas. »

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Tu n’a rien de tout ça             C’est grâce à toi                      Sentimentale

Eddy évolue ensuite vers le rhythm and blues surtout dans l'album Du rock 'n' roll au rhythm 'n' blues. Ses rythmes subissent l'influence d'Otis Redding et de James Brown, et de la musique soul. En fait, il continue à alterner les chansons françaises, travaillant avec des auteurs-compositeurs comme Mort Schuman (Ma maîtresse d'école, Je défendrai mon amour, Et tu pleureras ), Guy Magenta [2]Jean-Pierre Bourteyre [3] ou Jean Renard (Je t'en veux d'être belle) et les adaptations dont il écrit souvent les textes.

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L'épopée du rock & Seul            Bye bye prêcheur           Fortissimo & De la musique

Les choses vont changer à partir de 1966 quand il va travailler avec deux musiciens qui vont beaucoup lui apporter, Jean-Pierre Bourteyre [3] avec qui il collaborait déjà, et surtout Pierre Papadiamandis, à partir de leurs premiers succès J'ai oublier de l'oublier, Seul et Je ne me retournerai pas. Eddy va aussi désormais structurer ses textes, aborder d'autres thèmes que l'amour et des textes où sa personnalité va pouvoir pleinement s'exprimer. J'ai tendant à dater ce tournant de l'album Perspective 66 avec la chanson, véritable credo qui lui servira d'étendard et fera de lui le représentant essentiel du rock français. Image qu'il peaufinera par la suite avec des chansons comme L'épopée du rock ou ses hommages musicaux à Otis Redding (Otis), James Brown (Mister JB), Jerry Lee Lewis (Le fils de Jerry Lee Lewis)...

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 Chacun pour soi & Alice            Le début de la fin               Et s'il n'en reste qu'un

Son parolier
Ralph Bernet [2] sur des musiques "rock" de Guy Magenta [2], jouera un grand rôle en confortant cette image de chanteur un peu à part qui défend ses valeurs avec Fortissimo où il faut vivre sa vie "fortissimo", Société anonyme, critique d'une certaine société libérale et dans une certaine mesure Bye, bye prêcheur. Duo créateur malheureusement interrompu par la mort prématurée de Guy Magenta.

L'album suivant, centré sur le duo Eddy Mitchell-Pierre Papadiamandis, atteint des sommets avec des titres phares comme Chacun pour soi ou Alice, et de beaux morceaux tels que Au-delà de mes rêves, Mes promesses ou Le début de la fin.

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Je n'aime que toi                               Otis                           Miss Caroline et Paul

Les années suivantes sont beaucoup plus difficiles pour Eddy Mitchell qui peine à se renouveler. S'il connaît encore quelques succès comme Je n'aime que toi (Moine, Papadiamandis) ou Otis, hommage à Otis Redding, il subit comme il dit lui-même « sa traversée du désert » qu'il a du mal à expliquer. Même le concours de son compositeur favori Pierre Papadiamandis, ne suffira pas à enrayer la désaffection du public. Les quelques réussites qu'il connaît alors, Miss Caroline et Paul en 1969, Les vieux loups et l'accident l'année suivante ou Alice au pays des amours en 1974, cachent une réalité en demi teinte.

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Les vieux loups, L'accident           C'est facile                   Alice au pays des amours

Cette difficile période peut aussi s'expliquer par la disparition à la fin des années 60 de trois de ses principaux auteurs-compositeurs, Jean-Pierre Bourteyre [3], Guy Magenta [2] et Ralph Bernet [2], créateurs expérimentés difficiles à remplacer rapidement. Les nouveaux auxquels il s'adresse seront sans doute trop nombreux pour donner une unité à l'ensemble.

Le déclic viendra sans doute de la tournée qu'on lui propose pour renouer avec le temps des Chaussettes noires. Pour lui, pas question mais ça lui donne l’idée de repartir sur ses fondamentaux, le rock, la country… avec Pierre Papadiamandis.

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                                                   C'est un rocker

1974, c'est le renouveau avec l'album Rocking in Nashville, la rencontre avec Charly mc Coy et la reprise de 4 Chuck Berry dont C'est un rocker et À crédit et en stéréo puis avec l'album suivant Made in USA qui contient Je vais craquer bientôt (Eddy-Papadiamandis) et Je ne sais faire que l’amour (Eddy-Mc Coy).

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Dès lors, Eddy va enchaîner les succès avec le couple moteur Mitchell-Papadiamandis  qui compose en particulier les 3 grands succès que furent La fille du motel (1976), La dernière séance et Il ne rentre pas ce soir (1978).
Les adaptations choisies par Eddy, qui en signe aussi les textes, complètent ce panorama avec bonheur avec notamment Sur la route de Memphis, Pas de boogie woogie, Et la voix d’Elvis, Tu peux préparer le café noir.

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La décennie suivante sera au diapason, avec une stratégie quelque peu différente qui sera désormais la marque de sa différence : des textes très travaillés qu'Eddy écrit sur des musiques le plus souvent de Pierre Papadiamandis, au fil de leur collaboration une véritable osmose se crée entre eux, parfois avec d'autres musiciens.

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Désormais, les adaptations qui avaient largement contribué à son succès de ses débuts, deviennent beaucoup plus rares. Les "pionniers du rock" s'éloignent pour donner naissance à un grand équilibre entre le texte et la musique. Le parolier Claude Moine s'affirme ainsi et se hisse à la hauteur du chanteur Eddy Mitchell.

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Les années 1980 seront très prolifiques d'où émergeront dans chaque album quelques titre phare comme Couleur menthe à l’eau et Happy birthday en 1980, Le cimetière des éléphants et Elle ne rentre pas ce soir en 1982, Comme quand j’étais môme, Le blues du blanc, Nashville ou Belleville en 1984, Manque de toi, Oldie but goodie, Vieille canaille en 1986, La peau d’une autre, 60-62, M’man en 1987 et Lèche-bottes blues, Under the rainbow en 1989.

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Accès à la deuxième partie : Suite 2 --

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 18:59

« A-t-on remarqué à quel point la musique rend l’esprit libre ? Donne des ailes aux pensées ? Que, plus on devient musicien, plus on devient philosophe ? » Nietzsche, Le cas Wagner

 

       
                                              Vladimir Jankélévitch à son piano

 

Vladimir Jankélévitch et la musique est une longue histoire, une histoire de sensibilité qui aide beaucoup à saisir celle du philosophe, de comprendre plus avant sa réflexion sur la Résistance où il aura largement sa place, la mémoire et le judaïsme.

 

 

Jankélévitch a beaucoup écrit sur la musique et les musiciens (voir références musicales à la fin de cet article), un ouvrage comme L’enchantement musical rassemble des textes peu connus qui ouvrent sur l’univers de l’homme et du philosophe. Même si dans sa vie, il a toujours tenu à bien distinguer les deux disciplines, ces écrits nous renseignent sur son goût pour certains musiciens comme Maurice Ravel ou Claude Debussy par exemple, auxquels il a consacré une monographie et sur ses choix en matière musicale.

 

     

 

Musique et musiciens

La musique tenait dans sa vie une place essentielle. Chaque jour, il jouait du piano, donnait des réceptions où il invitait des musiciens et collectionnait les partitions. Il pensait que le plaisir n’est jamais coupable et reste un moteur incomparable de l’âme humaine.

 

 

S’il fut un inconditionnel de Ravel, défendit Fauré, trouvant même son Requiem bien meilleur que celui de Verdi, la musique sérielle ne l’a jamais vraiment touché.
Il s’intéressa à l’œuvre de Claude Debussy qui considérait la musique comme essentiel dans la vie, plus que le théâtre ou la poésie. Il ne ménage pas non plus ses critiques contre « la musique prolétarienne » La symphonie des machines de Mossolov, se demandant ironiquement : « à quand la rhapsodie des hauts fourneaux, la sonatine des machines à coudre ? »  

 

       

 

Franz Liszt d’abord

Liszt serait celui qui a permis à « la France de se délivrer de Wagner». Ce qui lui plaît d’abord est que Liszt cherche à rapprocher les hommes, et en premier lieu au sein de l’Europe. Pour cela, il lui faut un langage commun et ce langage sera bien sûr la musique. Il voudrait « une Europe dans un monde déchiré et une Europe qui ne soit pas en même temps un Europe passionnelle et agressive. »

 

         

 

Jankélévitch s’attache à l’importance des Tziganes pour Liszt, ces hommes sans patrie, « ces prolétaires qui ne possèdent rien », opprimés et libres des contraintes de la vie civilisée, qui circulent dans toute l’Europe et de ce fait, jettent un pont entre les hommes.

Il étudie aussi ses talents de virtuose, sa contribution à l’art du piano, son jeu personnel dans l’échange des mains qui donne plus de puissance, car « pour exécuter ces cascades de notes, des procédés barbares deviennent nécessaires : le pianiste balaye les touches avec le dos de sa main, assène sur le clavier des coups éperdus ».

 

   

 

Musique et philosophie chez Jankélévitch

À travers son rapport à la musique,  on retrouve le Résistant, celui qui rejette l’inertie, qui agit selon sa conscience, libération de soi et d’autrui. Il s’appuie sur l’exemple de Paul Paray qui refusa de licencier des musiciens juifs et dirige La Marseillaise en 1942 à Lyon, . « Paray a eu de l’honneur pour tous les homoncules qui n’en n’ont pas eu ; dans ce marécage de Vichy-la-Honte où s’ébrouèrent tant d’affreux coquins et tant de polissons dynamiques. »

Son rapport à la musique est certainement lié intimement à son histoire, celle de l’exilé qui finit par accepter sa situation et qui, pour lui, reviendra pendant l’Occupation, ce qu’il appelle « le pathos de l’exil ». L’implantation dans un lieu définit une identité qui fait que la musique va devenir peu à peu nationale, propre à chaque pays. Ce phénomène explique «  la différence entre l’esprit rhapsodique et l’esprit symphonique » dit Jankélévitch, car « une rhapsodie est espagnole, basque, ibérique, slave, bulgare ou portugaise, mais une symphonie est héroïque ou pastorale ou fantastique », celle-ci se référant à « la corde qu’elle fait vibrer en nous,» au fameux pathos…

 

     



Liszt appartient à ce courant qu’il a plus accompagné qu’initié et cette tendance fait que « la musique elle-même devient alors une sorte d’acte insurrectionnel. » Pour JankélévitchLiszt n’est pas seulement un virtuose, c’est un humaniste « ennemi de la tyrannie, le défenseur des nationalités opprimées par la monarchie des Habsbourg, l’insurgé qui fait cause commune avec les martyrs, les révoltés, les exploités, les humiliés, les offensés. »
Et on pourrait reprendre la même démarche pour des musiciens comme Moussorgski ou Bartok.

 

     

 

Debussy et le mystère de l'instant

Vladimir Jankélévitch, dont l’œuvre a toujours mêlé philosophie et musique, veut cerner dans cet ouvrage le mystère de l’instant qui est central dans la musique de Debussy.

Le mouvement musical chez Debussy est dominé par la tension entre une phase descendante symbole de la profondeur et une phase ascendante symbole de lumière. Mais au-delà, l’essentiel réside dans cet instant indéfinissable, évanescent, qui surgit à partir du vide et du silence.

On peut le voir comme un instant bref et impalpable, qu’on peut définir comme une espèce d’éclair ou d’étincelle, cette insondable fraction de seconde où tout devient possible. Mais aussi qui est insaisissable, comme la lumière à la fois sublime au zénith et déjà sur le déclin.

Le génie de Debussy a été de réussir à traduire en musique ce qui est le plus impondérable à exprimer, à transposer ainsi sa sensibilité. Sa musique est comme une respiration, une pulsation, comme un reflet à la surface d’une eau dormante, ce "presque rien" comme disait Vladimir Jankélévitch [1], qu’il cherche inlassablement à représenter en notes de musique.

 

       

 

Notes et références
[1] Voir son ouvrage intitulé "Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien", éditions PUF, 216 pages, 1957

 

Ses écrits en matière de musique

* La Musique et l'ineffable, Armand Colin, 198 p, 1983
* Le Nocturne, Lyon, Marius Audin, 50 p. ; 1957, réédition Albin Michel
* La Musique et les heures. Satie, Rimski-Korsakov, Chopin, Le Nocturne, recueil de Françoise Schwab, Le Seuil, 293 p. 1988
* Gabriel Fauré et ses mélodies, Paris, Plon, 250 p, 1938, Nouvelle édition Plon, 1951, 350 pages et Fauré et l'inexprimable, De la musique au silence, Plon, 384 p., 1974, réédition Presse Pocket, 1988

* Maurice Ravel, Paris, Rieder, 130 p, 1939, réédition éditions Le Seuil, 192 pages, 1995
* Liszt et la Rhapsodie, essai sur la virtuosité, De la musique au silence, t. III, Plon, 183 p., 1979, réédition 1989 et Liszt, rhapsodie et improvisation, Flammarion, 1998

* La Vie et la mort dans la musique de Debussy, la Baconnière, 152 p., 1968
* Debussy et le mystère de l'instant, De la musique au silence, t.2, 1976, réédition 1989

Voir aussi mes fiches :
* Vladimir Jankélévitch, Biographie -- L'aventure, l'ennui, le sérieux --

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<< Ch. Broussas, Jankélévitch Musique 30/10/2020 © • cjb • © >>
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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 18:53

Concert à Divonne-les-Bains en novembre 2019

 
 Jean-François Zigel 


Beaucoup connaissent Jean-François Zygel par ses interventions à la télé (Les Clefs de l'orchestre, la Boîte à musique) et radio (La preuve par z).

Ses concerts ont la particularité de reposer autant sur des interprétations que des improvisations. C'est en quelque sorte sa signature, ce qui fait sa spécificité depuis toujours puisque après avoir été premier prix au concours international d'interprétation de Lyon, il a ensuite fondé la classe d'improvisation au piano au conservatoire de Paris.

Son dernier opus intitulé L'Alchimiste réunit chanson française et piano classique, décloisonnant les genres, comme il aime le faire.

Divonne-les-Bains l'Esplanade du lac

Il se souvient de sa découverte de Mozart avec un petit film intitulé "Mozart enfant prodige". Le soir même, il déclarait qu'il voulait "faire Mozart" ! Et il fit Mozart au piano, étonné au début qu'on lui propose de travailler sur des partitions alors que son cher Mozart s'en passait fort bien. Iconoclaste, pourquoi pas, affirmant que Mozart aimait (dans le désordre) « l'alto, sa femme, composer, manger, improviser, faire des blagues idiotes et être mauvaise langue. »


Divonne-les-Bains Le marché avec la poste et l'église  

Il aime mettre à bas ces anecdotes dénuées de tout fondement qui courent sur Mozart. Eh non, dit-il, Mozart n'est pas mort pauvre, son "Requiem" n'est pas sa dernière œuvre et le jour de son enterrement, il faisait très beau à Vienne

Le célèbre pianiste improvisateur plonge avec sa fougue et son brio habituels dans le monde de Mozart, composant un fameux menu entre de musique de chambre, de sérénades et symphonies et bien sûr mâtiné de ses fameuses improvisations.


Jean-François Zygel et l'orchestre des pays de Savoie


Il nous a offert un concert comme les aimait Mozart, alternant la fantaisie du piano solo, la puissance de l’orchestre symphonique, l’intimité des formations de chambre, l’humour des sérénades pour cordes…


 

Le menu est ainsi composé, à travers les improvisations, d'une "petite musique de nuit" et une "plaisanterie musicale" comme mise en bouche, un copieux "Concerto pour piano n°23" accompagné d'un "Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle" et un "Quintette pour piano, hautbois, clarinette, cor et basson", une incontournable "Symphonie n°40 mâtinée de la "Symphonie n°29"pour terminer en beauté.

Bon appétit !
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<< Ch. Broussas, JF Zygel Divonne 16/05/2020 © • cjb • © >>

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 13:39


« Il y a beaucoup de féminité chez Schubert »

 

Les hommages n’ont pas manqué pour la sortie du dernier album de Khatia Buniatichvili consacré à Schubert. Par exemple, pour The Observer, c’est « l’une des jeunes pianistes les plus passionnantes et les plus douées techniquement d’aujourd’hui » et pour Le Figaro, elle est « la pop star du classique. »

 

     



Cet album "Schubert" s’inscrit dans la logique de ses précédents albums, eux aussi consacrés à un compositeur unique, respectivement Liszt, Chopin et Rachmaninov et de ses deux autres enregistrements « Motherland » et « Kaleidoscope, » centré sur Moussorgski, Ravel et Stravinski.

 

             
   Khatia Buniatichvili joue Liszt         En duo avec le violoniste Renaud Capuçon

 

Pour ma part, j’ai déjà consacré une fiche à Khatia Buniatishvili, lors de la parution de son album  « Kaleidoscope » en 2016 où elle interprétait Stravinski, Moussorgski et Ravel. Au sommaire de ce disque, on trouve la dernière Sonate pour piano (D 960), les 4 Impromptus ainsi que la Sérénade (arrangée par Liszt) extraite du Chant du cygne (D 957).
De quoi satisfaire les plus exigeants, surtout avec l’interprétation très personnelle et tout en délicatesse de Khatia Buniatishvili.

 

Son but est toujours d’œuvrer pour décloisonner la musique classique, de faire en sorte de rendre grand public un album consacré à Franz Schubert. « On doit décomplexer les gens qui pensent que la musique classique n’est pas accessible, explique-t-elle, que ce n’est pas pour eux. Je joue pour tout le monde. Sinon ça n’aurait pas de sens de jouer de la musique ».

 

    
Khatia Buniatishvili joue Chopin                      L’album Mothertland [1]

 

Schubert, ça fait deux ans qu’elle pensait à lui consacrer un album, surtout parce que c’est un compositeur « plein de féminité » dit-elle, à la fois vulnérable, sensible et puissant dans sa créativité… une dimension « souvent négligé dans sa musique ».

 

Elle n’hésite pas à remettre en cause les références admises, précisant dans une interview : « Casser les codes, c’est créer. Quand on fait une interprétation, si on écoute trop les références et les "ce qu’il faut faire", rien ne se passe. Cela voudrait dire qu’il y a des indications "justes" alors que c’est un art très subjectif. Il faut être soi-même. Même si on nous critique pour ça ».

 

Elle admet qu’avec Schubert, elle n'a pas choisi la simplicité, précisant avec malice : « Il n’est pas facile à aimer si on ne maîtrise pas l’art de la patience, » visant aussi certaines critiques. Puis élargissant le sujet : « Dans la vie, on ne se sent vivant que lorsque de grandes choses ou de grandes émotions se produisent. Mais la beauté pourrait être cachée dans les petites choses, dans les nuances du quotidien. Dans la musique de Schubert, c’est pareil : il ne se passe peut-être rien, mais il se passe beaucoup de choses. » 

 

     
                                                        A Paris en 2019

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Liste des titres

1. I. Molto Moderato  --   2. II. Andante Sostenuto
3. III. Scherzo - Allegro Vivace Con Delicatezza
4. IV. Allegro Ma Non Troppo  --  5. No. 1 in C Minor

6. No. 2 in E-Flat Major  --  7. No. 3 in G-Flat Major
8. No. 4 in a-Flat Major  --  9. Standchen, S. 560 (Trans. from Schwanengesang No. 4, D. 957)

 

     
Khatia joue Beethoven, Liszt...

 

Notes et références
[1] 
Album aux tonalités très romantiques allant de Bach à Arvo Pärt, au climat intimiste souligné comme son interprétation du Clair de lune de Debussy, moins marqué comme l’Intermezzo Op. 117 N° 2 de Brahms ou une Danse slave de Dvorák jouée avec sa sœur Gvants.


Voir aussi
* Vidéo de présentation --

 

<< Christian Broussas – Khatia-Schubert- 10/05/2019 • © cjb © • >>

 
 
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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 14:40

Chostakovitch, un homme prisonnier de ses contradictions

Référence : Julian Barnes "Le Fracas du temps", éditions Gallimard, 208 pages, 2016, février 2018 (en français)

Le Fracas du temps paru en 2016 se déroule selon une rame historique qui pose la question de la liberté de l'artiste face au pouvoir à travers les difficultés rencontrées par le compositeur russe Dmitri Chostakovitch à l’époque de la dictature de Joseph Staline.

                  

 

« L'art appartient au peuple », disait Lénine… mais qu’est ce fameux peuple toujours mis en avant. Pour l’intellectuel, la situation devient vite intenable et le pouvoir soviétique, d’Alexandre Soljenitsyne à Andreï Sakharov en passant par Boris Pasternak, en a montré maints exemples.

 

 

A travers le personnage de Chostakovitch, on suit le parcours d’un homme fait d’humiliations, de frustrations et d’impuissance. Dmitri Chostakovitch est considéré comme l’un des plus grands compositeurs russes du XX ème siècle, avec par exemple son opéra "Lady Machbeth de Mtsensk", son aura internationale de NewYork à à la Suède et à l'Argentine, s’est d’abord senti à son aise dans la Russie soviétique avant de connaître la disgrâce.



  
Chostakovitch au Congrès pour la paix mondiale à New York, 1949
Chostakovitch avec sa femme à Berlin en 1972

 

Staline en personne déclenche les hostilités : Après une représentation de Lady McBeth de Mzenzk en 1936, il quitte ostensiblement la salle avec le Politburo avant la fin du spectacle, parlant  « du fracas en guise de musique, » étant bien sûr un expert es-musique ! Puis il lui porta l’estocade par un article violent dans la Pravda, parlant « d'une oeuvre titillant le goût perverti des bourgeois avec sa musique agitée, névrotique » Le musicien a peur d’une arrestation, pour lui-même, sa femme et sa fille Galya. Il  guette chaque nuit dans la cage d'escalier, sa valise à ses côtés, craignant l’arrestation.

 

          
                                                                                  

Ce ne fut en fait qu’un coup de semonce. Sauvé sans doute par son rayonnement international, il sera considéré comme "récupérable". Désormais, il se pliera aux règles de l’artiste "optimiste et au service du peuple", composant des musiques de film conformes aux canons en vigueur.

 

        
Julian Barnes et Ishiguro

 

Il avalera les couleuvres, allant jusqu’à attaquer malgré lui le compositeur Igor Stravinski, qu’il aimait et respectait beaucoup, en lisant à New-York à l'occasion du Congrès de la Paix en 1948, un texte de propagande imposé bien sûr par le Parti communiste soviétique, discours de pure forme auquel d’ailleurs personne ne fut dupe. Pas question de demander l’asile politique, sa famille étant restée en otage en Russie.

     
                                         Chostakovitch entre Wiener et Darius Milhaud

L'espoir d'une évolution après la mort de Staline, remplacé par Khroutchev, est vite déçu car même si le Parti le choisit en 1960 pour présider L'Union des Compositeurs de l'URSS, il est aussi tenu de prendre sa carte du Parti. Ainsi les apparences sont sauves mais il aimait à penser « qu’il  n'avait pas peur de la mort. C'était la vie qu'il craignait, pas la mort ».

 

    

 

Julian Barnes n’a pas seulement fait œuvre de témoignage mais aussi littéraire par ses notations précises et son style direct, utilisant une structure en trois mouvements, comme pour une symphonie classique, écho aux 15 symphonies qu'a composé Chostakovitch.

Comme dans ses partitions, chaque séquence musicale s'accorde parfaitement à la situation vécue par le compositeur et rien dans son écriture n'est superflu, pesé au poids des événements et des sentiments qui le traversent.

Tout au long de son récit, tout prend sens. Fait de différents fragments, le roman revient en cercles concentriques sur les moments forts qui en marquent la narration, traduisant bien ce que ressent Chostakovitch à chaque nouvelle phase de lutte contre l'adversité et la cruauté des choix qu'il doit effectuer.

 


Chostakovitch entre Rostropovitch et Richter en 1953 pour sa 10e symphonie en mi mineur

 

Voir aussi
*
France Culture : Chostakovitch (1906-1975) - Celui qui a des oreilles entendra --

<< Christian Broussas • °° Barnes °° -- 01/12/2018 >>

 
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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 14:15

Deux albums d' Hélène Grimaud sont sortis depuis son album Water sorti en 2016, tiré du spectacle qu’elle avait monté à New York dans la Park Avenue Armory avec Douglas Gordon.

Dans Water, Hélène Grimaud interprétait des pages de musiciens "classiques" comme Franz Liszt, Gabriel Fauré, Maurice Ravel, Claude Debussy et des œuvres de musiciens contemporains tels que Janáček, Berio, Takemitsu [1] et du britannique Nitin Sawhney [2] qui a écrit sept petites Water Transitions spécialement pour ce disque.

         
Ses deux derniers albums : Perspectives et Memory


En 2017, ce fut Perspectives, qui est un album de compilations comprenant en outre deux inédits, la Valse en la bémol majeur de Brahms et une transcription de la Danse des esprits bienheureux de Gluck. Elle disait déjà dans une interview en 2014 à propos de Bach : « Il y a une profondeur dans sa musique et en même temps une dimension universelle. C’est ce qui vous donne le sentiment d’être à la fois une poussière insignifiante et en phase avec le monde. »

Dans la Sonate pour piano en la mineur de Mozart ou plus directement dans les Danses roumaines de Bartók par exemple, elle sublime projette les rythmes populaires qui caractétrisent la musique tout en donnant le sentiment d'une grande improvisation.


Dans cette logique, BBC Music Magazine écrivait :  « Hélène Grimaud est une originale […] Ses tempi ou sa sonorité, bien que souvent inattendus, sont toujours l’expression authentique de ce qu’elle ressent dans la musique et de sa détermination à plonger sous la surface ».

      
Hélène Grimaud "new look" avec les cheveux courts

 

Son dernier album intitulé Memory sorti en septembre 2018, comprend des œuvres de Frédéric Chopin, Claude Debussy, Éric Satie et Valentin Silvestrov, [3] un album qui dit-elle « créent des climats de fragile réflexion, un mirage de ce qui a été, ou de ce qui aurait pu être ».

Son nouvel album Memory explore le pouvoir que possède la musique de ressusciter des images du passé, de les faire revivre dans le présent, d'activer des évocations enfouies d'une époque disparue out d’un lieu oublié.

Côté concerts, sa participation avec l’Orchestre symphonique de Göteborg a fait qu’elle a souvent joué en Scandinavie (Suède, Norvège, Danemark, Islande).

 

    

 

Ses prochains concerts seront centrés sur le Concerto n°4 de Beethoven et le Concerto en sol de Ravel, œuvres qu’elle reprendra dans sa tournée américaine prévue au printemps, interprétant également le Concerto pour piano de Schumann.

Pour le récital de la saison 2019, on retrouve en particulier Frédéric Chopin (Nocturne n°19 en sol mineur, Mazurka opus 17 en do mineur, Valse opus 34 en do mineur), Claude Debussy (Arabesque n°1, La plus que lente, Clair de lune de la Suite bergamasque, Rêverie), Érik Satie (Gnossienne n°1 et n°4, Six pièces froides IV & V – Danses de travers n°1 / En y regardant à deux fois), Rachmaninov Sonate n°2 et Silvestrov Bagatelle I & II.

 

À propos de son album Memory, elle pense que « la musique a un rapport profond à la nostalgie, à l’évocation du temps qui passe, à des mondes révolus, à tous ceux qui nous manque, qui ont fui, à des souvenirs qui ne reviendront pas, à des êtres qui ne reviendront plus. Alors grâce à la musique, tout ce qui était perdu, semble sauvé ». Elle ajoute en évoquant les mécanismes de mémorisation, « la mémoire est ce qui nous permet de faire le tri entre ce qui est important et ce qui l’est moins, ce qui est proprement mémorable s’établit par opposition à ce qui mérite d’être oublié ».

         

 

Notes et références
[1]
Luciano Berio (1925-2003) est réputé pour ses travaux expérimentaux et son travail de pionnier dans la musique électroacoustique.
Tōru Takemitsu (1930-1996), compositeur japonais, est passionné de musique française, en particulier Debussy, Satie et Olivier Messiaen. Influencé au départ par la musique sérielle, il s'oriente vers une vision plus classique de la composition avec des œuvres comme Rain Spell ou Quotation of Dream.
[2] Nitin Sawhney, né en 1964, est un compositeur anglais d'origine indienne, très éclectique, s’intéressant au jazz, au hip-hop, au "drum and bass" et au flamenco.
[3] Valentyn Vasyliovytch Sylvestrov est un compositeur ukrainien né en 1937 qui a écrit en particulier Drama, dont il dit : « J’ai essayé ici de sortir du ghetto de l’avant-garde, comme d’autres le faisaient aussi à l’époque. »
Auteur aussi de musiques de films comme Le Temps qui reste de François Ozon.



Voir mes fiches :
* Hélène Grimaud, De Chopin à Water -- Perspectives -- Musique en photos --
** Hélène Grimaud joue Brahms

Voir aussi les vidéos :
* Présentation de Memory - Rachmaninov concerto n°2 - Mozart concerto pour piano n°23 -
* Chopin, Berceuse  -- Bach, Prélude --

<< Christian Broussas • °° Hélène Grimaud 2018 °° -- 17/12/2018 >>

 
 
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