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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 18:10

Complainte de retour d'exil : sous le signe d'Ulysse

Référence : Milan Kundera, L'ignorance, éditions Gallimard, collection Blanche,postface de François Ricard, 192 pages, avril 2003

    
                            kundera et sa femme Véra en 1973


Dans La lenteur, Milan Kundera mêlait aussi récit et essai, la vitesse thème dominant de notre époque, fait qu’on délaisse la préservation de la mémoire et la lutte contre l’oubli car écrit-il, « le degré de la vitesse est directement proportionnel à l'intensité de l'oubli ».

On retrouve une démarche identique dans L’ignorance dont l’auteur dit que ce n’est « 
ni un roman politique, ni un texte autobiographique ».  Il se sent sans doute à l’aise dans ce genre mixte entre essai (où il excelle dans Les testaments trahis ou L’art du roman) et la profusion romanesque comme dans La plaisanterie.

L’intrigue débute par la rencontre dans un aéroport, entre deux « dissidents » tchèques réfugiés à l'Ouest, qui retournent, le temps d’un voyage, dans leur pays d'origine. Même si « à mesure que des pans de sa vie s’effondrent dans l’oubli, l’homme se débarrasse de ce qu’il n’aime pas et se sent plus léger, plus libre », le retour au pays sera pour ces exilés, très difficile et compliqué.

 

                 

L'ignorance n’est pas ici manque de connaissance –ce serait trop simple- mais insuffisances de l’humaine nature, invisibles dans le train-train du quotidien, à l’abri du « rideau de la normalité ». Par exemple, ils doivent faire face à l'ignorance de leurs souvenirs respectifs.

Elle se révèle également dans des situations spécifiques comme la Terreur révolutionnaire en France. Cette ignorance est donc collective et existentielle et impacte la mémoire, et surtout le phénomène de l'oubli qui pour Kundera prend le pas sur le travail de la mémoire quand il écrit : « De quoi je me souviens ? De très peu de choses. Et l'autre ne se souvient pas des mêmes choses. C'est donc une non-rencontre  voilée par l'émotion. Mais, dès que la situation subit une vraie analyse, vous vous rendez compte de la présence de l'oubli. »

La confrontation entre la mémoire et l’oubli est essentiellement abordée à travers le destin de deux émigrants tchèques. Irena, veuve et mère de famille "exilée" depuis vingt ans en France et qui s’en trouve très bien. Après la mort de Martin son mari, elle a vécut avec Gustaf, un entrepreneur suédois et vit maintenant avec Josef, tchèque comme elle et ami d’enfance installé au Danemark. Comme souvent chez Kundera, ses personnages vont se croiser, s'aimer et se détester, se lancer dans une espèce de valse aux adieux, titre d’un autre de ses romans.

Le retour d’Irena rappelle à Kundera le retour d'Ulysse dans son Ithaque natal : personne ne demande jamais à l’émigrant de raconter son expérience. Mais le problème, c’est que le retour d'Ulysse à Ithaque n'est plus concevable à notre époque.

 

     
                                                     Kundera avec Philip Roth

 

L’histoire du pays conditionne largement le destin de ses habitants : 1918, Indépendance. 1938, tentative de résistance contre Hitler. 1948, instauration du communisme, 1968, parenthèse de libération, 1989, écroulement du communisme et instauration d’une république démocratique. C’est là qu’Irena elle revient à Prague et connaît « l'horreur du retour » car tout a changé. La réception qu’elle organise avec ses anciennes collègues lui permet de constater l’écart qui s’est créé pendant ses vingt ans d’absence, un monde qui « veut oublier à tout prix qu'on a souffert.»

Irena doit « déposer ses vingt ans de vie en France sur l’autel de la Patrie et y mettre le feu ». Mais elle en est incapable tant elle s’identifie à sa vie parisienne. Pour Joseph, sa véritable patrie serait plutôt le Paris où il a rencontré et aimé sa femme, décédée depuis.

Kundera met dans son récit les thèmes qui lui sont chers : le temps qui passe, la fragilité des souvenirs, les insuffisances de la mémoire, le poids de la nostalgie… la difficulté d’avoir une vraie relation, écrivant « les gens ne s'intéressent pas aux autres et c'est bien normal ! »

 

                  

 

Irena a suivi son mari à Paris, en 1968 et depuis elle fait les rêves de tous les émigrés : elle s’envole toutes les nuits vers son pays natal, comme dans les tableaux de Chagall où on voit des petits couples d’exilés qui flottent dans les airs au-dessus de leur village de Russie.

La ville de Prague aussi joue un rôle important, où tout se noue et se déjoue. Prague qui, au sortir du communisme, est devenue rapidement capitaliste et mercantile où Kafka devient la grande icône des marchands de tee-shirt...

 

        

 

Mais voilà, Irena rappelle trop à Josef son exil, sa souffrance. Elle, de son côté, éprouve beaucoup de mal à faire face à cette nouvelle situation et il se doute bien que rester ensemble signifie vivre dans les souvenirs, la nostalgie et les regrets, à se rappeler le bon vieux temps et à regretter que plus rien ne soit comme avant.
Josef sait qu’ils ne peuvent pas avoir d’avenir ensemble et il décide de partir, de laisser tout ce qui le ramène à la Tchécoslovaquie et aux années de l'exil.

 

Le thème de l'exil chez Kundera

Les personnages de Kundera sont tous, à un degré ou à un autre, des exilés, des êtres coupés de leur passé qui portent sur lui des sentiments contrastés, le rejetant ou voulant renouer avec lui. Le suédois Gustaf aime Prague parce qu’elle le libère de sa famille, certains Tchèques comme le frère de Joseph ou son ami N qui sont restés dans leur pays, y vivent comme frappés d’une espèce d’amnésie.

Le retour d’exil d’Irena et de Joseph rend leur intégration impossible ; Joseph deviendra ainsi un exilé pour toujours, veuf de sa femme aussi bien que de sa patrie. [1] On pourrait dire en généralisant que L’ignorance a pour thème la condition humaine confrontée à l’émigration et à un monde qui lui échappe.

 

Notes et références
[1] On pourrait dire la même chose de Ludvik dans La plaisanterie, Jaromil dans La vie est ailleurs, Jakub dans La valse aux adieux ou Tomas et Tereza dans L’insoutenable légèreté de l’air.
  

 

Voir aussi
* Jean-Dominique Brierre, Milan Kundera, une vie d'écrivain, éditions de L'archipel --
* Mes fiches sur Milan Kundera --
* Autres oeuvres : L'Immortalité -- Sa trilogie "tchèque" :  La plaisanterie -- La vie est ailleurs -- La valse aux adieux --

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 18:38

Référence : Yasmina Khadra, L'outrage fait à Sarah Ikker, Éditions Juillet, 2019

 

 
                                             Khadra dédicaçant son livre


L’auteur

Reconnu par des écrivains aussi prestigieux que les prix Nobel Gabriel Garcia Marquez, J. M. Coetze et Orhan Pamuk, Yasmina Khadra a été couronné deux fois par l’Académie française.
Adaptés au théâtre et en bandes dessinées, plusieurs de ses ouvrages ont été adaptés au cinéma, comme MorituriCe que le jour doit à la nuit (Alexandre Arcady, 2012), L’Attentat (Ziad Doueiri, 2013 et prix des libraires 2006) ou Les Hirondelles de Kaboul  (film d’animation par Zabou Breitman, 2019).
Il a également co signé les scenarios de La Voie de l’ennemi  et de La Route d’Istanbul, réalisés par Rachid Bouchareb. 

 

Le titre définit bien le thème du roman : quelqu’un a outragé, a sali Sarah dans son corps et son esprit. Pourtant rien ne semblait pouvoir mettre des nuages dans le ciel pur de Sarah et de Driss.
Mais quand le hasard s’en mêle, quand on se trouve au mauvais endroit au mauvais moment…

 

            

 

Présentation du roman

Sarah s’est recroquevillée sur elle-même, refermée comme une huitre. Que peuvent-ils maintenant devenir, qu’est alors leur couple dans cette tourmente ? Driss ne sait comment s’y prendre avec cette nouvelle Sarah qu’il ne connaît pas. Elle lui en voulait aussi de se préserver, de ne pas la veiller jour et nuit pour essayer d’exorciser ses démons, des images qui la persécutent. Driss n’entrevoit guère qu’une solution pour lutter contre cette dérive qui les hantent : : identifier celui qui a profané leur bonheur.

 

Sarah aurait tant aimé que son mari se réveille et qu’il la surprenne penché sur lui, pareille à une étoile veillant sur son berger. Mais Driss ne se réveillerait pas. Restitué à lui-même, il s’était verrouillé dans un sommeil où les hantises et les soupçons se neutralisaient, et Sarah lui en voulait de se mettre ainsi à l’abri des tourments qui la persécutaient.

Aucun ange ne t’arrive à la cheville, lorsque tu dors, mon amour, pensa-t-elle. Pourquoi faut-il qu’à ton réveil tu convoques tes vieux démons, alors qu’il te suffit d’un sourire pour les tenir à distance ? Couple comblé, Sarah et Driss Ikker mènent la belle vie à Tanger jusqu’au jour où l’outrage s’invite à leur table. Dès lors, Driss n’a plus qu’une seule obsession : identifier l’intrus qui a profané son bonheur conjugal.

 

           

 

Extraits d’une interview

Ce livre, confie Yasmina Khadra dans une interview qu’il a écrit d’abord ce roman par égard pour les « dames de Tanger », l’espoir un peu fou de voir un jour un Maghreb unifié et comme un hommage au roman policier, genre qu’il affectionne et qu’il voudrait réhabiliter.

 

Il est particulièrement affect par la corruption dont il dit « qu’elle relève de la rapacité… une sorte de boulimie qui trahit l’inconsistance des consciences.. » Il fustige cette soif éperdue de l’enrichissement qu’il constate et qui est sans doute due au renoncement aux valeurs positives.

Il dit ne jamais démarrer un livre « s’il  n’est pas déjà bien ficelé dans ma tête, » réfléchissant au comment structurer son texte et camper ses personnages.

 


« Lorsqu'on ne trouve pas un sens à son malheur, on lui cherche un coupable. »
Yasmina Khadra et Kamel Daoud

 

Il fait aussi référence à plusieurs films noirs car confie-t-il, c’est un grand cinéphile qui fonctionne « avec une caméra incrustée dans le cerveau. » Il faut qu’il visualise les scènes pour mieux décrire les situations et ses personnages. L’écriture et le cinéma à eux deux nourrissent son imaginaire et lui permettent de structurer ses romans un peu comme on le fera pour un film.

 

Et justement, il pense que toute adaptation, cinématographique ou théâtrale, est une chance pour un roman d’élargir son audience et de toucher d’autres publics, « si j’avais le talent de metteur en scène, ajoute-t-il, je réaliserais moi-même une grande partie de mes livres. » Si son roman finit par les mots « à suivre », ça signifie qu’il envisage effectivement une suite à ce premier tome des aventures de Driss, de Slimane… et d’autres personnages.

 

Voir aussi
* Les hirondelles de Kaboul --

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24 mai 2019 5 24 /05 /mai /2019 15:32

Référence : Philippe Djian, Les inéquitables, éditions Gallimard, collection Blanche, 176 pages, avril 2019

 

                  

« Je prend toujours du plaisir à faire des portraits féminin, c'est comme si je mettais les pieds dans un pays étranger. »

 

Inéquitables, selon le titre.
Selon Philippe Djian, son titre vient de "commerce équitable" et du double sens du mot "commerce" qui peut concerner aussi bien les relations humaines que les relations marchandes. « Je me suis dit, confirme l’auteur, que les relations entre mes personnages, leur commerce, donc, étaient terriblement inéquitables. »
Philippe Djian renoue dans ce roman avec un hommage aux femmes qu’on trouve par exemple dans  « Oh… » paru en 2012. 

 

      

 

On ne sait pas trop ce que fait Marc son héros, ce qu’il y a dans ses carnets de notes, en quoi consistent ses activités qui le conduisent au port ou en mer pour une partie de pêche. Mais en réalité, l’important dans ce roman, ce sont les femmes, certes malmenées par la vie et par les hommes, mais qui savent faire face, toujours vaillantes, jamais lassées.

 

Commençons par Diana, sa belle-sœur, veuve de son frère aîné Patrick, mort on ne sait trop dans quelles circonstances quelques mois avant le début de l’histoire. [1] Elle va mal, se remet difficilement d’une nouvelle tentative de suicide. [2] Il y a aussi Charlotte, mal mariée à Serge qui est également l’amant de Diana, Charlotte et son bras estropié dont Djian nous dit que « adolescente, elle avait eu la main arrachée par un train et la douleur était toujours présente, après toutes ces années… » Quant à Brigitte, Marc la trouva un jour inanimée,étranglée par Joël, son mari et frère de Diana. [3]

 

       

« Les plus intenses expériences de ma vie sont venues de l'écriture. »

 

En fait, ces personnages sont interdépendants, et même certains vivent ensemble, comme Diana et Marc. « Tous ont peur de vivre seuls, dit Philippe Djian dans une interview, ils ne supportent pas la solitude, mais tous ont peur de vivre ensemble. »

 

Malgré toutes les avanies qu’elles subissent, ces femmes sont bien les héroïnes de ce roman dégageant un climat fétide où Djian y voit « Une légère odeur de moisissure dans l’air, de végétaux fanés, d’algue morte », climat dégagé parfois par la pluie ou le vent marin. Il y a dans ces portraits qui se dégagent du texte quelque chose de ces bûches qui, devant Marc, se consument lentement « dans leur splendeur, dans leur infinie puissance, dans leur agonie triomphante. »

 

     

 

Entretien avec Philippe Djian –extraits- (Le bulletin Gallimard)

Leurs relations difficiles résultent de la dureté de leur existence…
«  Tous reviennent de loin, tout au moins ceux qui reviennent… La pauvre Diana a vécu un passé assez abominable avec son frère Joël, et son présent n’est pas meilleur puisqu’elle multiplie les tentatives de suicide depuis la mort de Patrick, son mari. Joël se révèle un dangereux psychopathe. Marc, le frère de Patrick, a de graves problèmes sexuels, et d’avoir trouvé des paquets de cocaïne échoués sur la plage va le plonger dans des problèmes bien plus graves… »

 

L’ambiance est plutôt au huis clos…
« Je reconnais avoir mis mes personnages dans des situations très difficiles ! En fait, le personnage principal n’est autre que Patrick, à la fois absent parce qu’il est mort et très présent puisque c’est précisément son absence qui provoque et qui explique tous leurs actes, y compris les plus fous. Sa disparition les a laissés orphelins, elle a totalement redistribué les cartes. »

 

« Ça m’intéresse moins la lumière. »

 

Votre style s’apparente à une espèce de décalage temporel…
« En effet, le premier mot du roman est " Mais ". À partir de là, au lecteur de reconstituer la scène qui a précédé ce " mais " qui introduit tout le reste ! J’ai voulu installer des rapports complexes dans des situations précises, mais non explicitées, tout en semant de petits indices qui vont germer au fil du récit, jusqu’au moment où l’on comprend ce qu’il y avait derrière, qui finit par devenir évident. »

 

Vous faites référence au groupe Sun Kil Moon…
« Sun Kil Moon est un groupe de folk rock dont les morceaux aux textes très longs sont autant d’ambiances, d’histoires de vie, et leur musique accompagne bien ce que vivent mes personnages. C’est la bande-son de ce roman, sa ligne mélodique, et j’incite le lecteur à l’écouter en fond sonore de sa lecture, comme je l’écoutais en fond sonore de son écriture. »

 



Notes et références

[1]  « Son frère lui manquait tellement, parfois. Ça le frappait sans prévenir, comme un poing qui écrasait son cœur puis le relâchait doucement. »
[2]  « Elle n’avait pas réussi à mettre un terme à ses jours, une fois de plus, mais là elle s’en était sortie en mille morceaux, le réveil avait été rude. Elle se regardait nue quelquefois, elle se plantait devant le miroir et restait de longues minutes à se détailler, à observer ce demi-monstre planté devant elle, cette improbable sirène en équilibre sur des jambes déglinguées, tordues, affreuses… »
[3] « Il découvrit Brigitte derrière le canapé, écrit Djian. Elle était bleue. Elle était morte »…

 

Voir mes fiches sur Philippe Djian :
- Philippe Djian, "Impuretés" -- "Oh" (prix Interallié 2012) -- 
- Philippe Djian, Chéri-Chéri -- Sotos -- Dispersez-vous, ralliez-vous –-
- Philippe Djian, À l’aube --

 

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8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 21:48

             Éric Fottorino

 

« Être seulement journaliste était insuffisant pour m'accomplir. J'avais besoin de raconter mon histoire, celle qu'on ne m'avait pas racontée. » Éric Fottorino

 

En parallèle à ses activités de journaliste, Éric Fottorino est un écrivain qui a écrit des essais et des romans.  Son premier roman, Rochelle, paraît en 1991 puis, parmi les plus importants, Cœur d’Afrique, Un territoire fragile (prix Europe 1 et prix des Bibliothécaires 2000), Caresse de rouge (prix François-Mauriac de l’Académie française 2004), Korsakov (prix du roman France Télévisions 2004, prix des libraires 2005), Baisers de cinéma (prix Femina 2007) et plus récemment Dix-sept ans, le portrait à la fois rayonnant et douloureux d’une mère inconnue.

 

           

 

Éric Fottorino : Baisers de cinéma

Il y a du Modiano dans cette atmosphère qui se dégage de ce roman, dans ce parcours dans différents lieux de Paris et surtout dans cette recherche éperdue de ses origines familiales.

« Tu dois ton existence à un baiser de cinéma » lui a dit un jour Jean Hector son père, chef opérateur de cinéma au temps de la Nouvelle vague.
Peu de temps après la mort de son père, il éprouve la curieuse sensation de la présence de cette mère qui cherche depuis toujours.

 

       
                                    Éric Fottorino natif de Nice

 

À travers l’image évanescence de cette mère inconnue, il tombe amoureux de Mayliss, une femme mariée mais assez libre et mère d'un jeune enfant. Mayliss ne paraît pas très amoureuse, lui donnant quand ça lui chante quelques moments de plaisir et d’amour auxquels il répond avec empressement en délaissant au besoin son travail. Il l’aime et comprend vite qu’il ne pourrait pas s’en passer.

 

     Avec sa fille Elsa

 

Depuis la mort de son père, l’avocat Gilles Hector fouille fébrilement dans ses affaires, dans son appartement de l’île Saint-Louis, à la recherche du moindre indice qui le mettrait sur la trace de sa mère. Il finit par découvrir des bobines de film qu’il visionne, fasciné par cette femme qui apparaît sur l’écran, mince silhouette aux yeux si expressifs. Dans les carnets de son père, il trouve aussi une référence à un établissement de soins pour maladies mentales situé à Mérignac près de Bordeaux

     

 

Sur place, il apprend que cette ancienne institution a été détruite par le feu à la fin des années 1960. La responsable serait une dénommée Marie Bordenave, disparue durant le drame. Gilles Hector est alors persuadé qu’il s’agit de cette mère qui l’avait tant obsédé.

 

Cette certitude provoque curieusement en lui un déclic comme s’il avait eu besoin d’un tel choc pour être délivré de son amour dévorant pour Mayliss avec qui il rompt brutalement.

 

         

 

Éric Fottorino : Dix-sept ans

Voilà un livre qu'Éric Fottorino aura mis longtemps à écrire, libéré enfin après plusieurs versions. Une biographie qui lui aura beaucoup coûté. [1]

 

Éric Signorelli, un professeur de droit, s'est toujours demandé pourquoi il n'avait jamais pu vraiment communiquer avec sa mère. Plus, il s'arrange pour faire comme si elle n'existait pas, exprimant ainsi la gène diffuse qu'il éprouve en sa présence  : « Depuis toutes ces années, ne rien se dire a été notre mode unique de conversation. Comment expliquer ce « désamour tenace » envers celle qui n'a été pour lui « qu’un visage flou, un profil perdu. »

 

      

 

Or un jour, sa mère va l'obliger à replonger dans le passé : Un dimanche elle réunit ses trois fils pour leur confier son grand secret : deux ans et demi après la naissance d’Éric, le fils aîné qu’elle a eu à dix-sept ans, elle a accouché d’une petite fille qu'on lui a prise aussitôt et confiée à un couple stérile.

   
                            Éric Fottorino journaliste : L'équipe du 1

 

Il éprouva alors l'impérieux désir d'aller à la rencontre de cette mère qu'il ne connaît pas, cette Lina alors si sémillante même si elle est rejetée par les siens, attirant des hommes qui s'empressent de la quitter.

On touche ici à la biographie de l'écrivain qu’il a souvent transposée dans ses romans. Son père, un étudiant en médecine juif marocain, est rejeté par sa famille. Il ne le rencontrera qu'à l'âge de dix-sept ans et mettra encore longtemps pour vraiment le connaître (cf Questions à mon père). À dix ans, sa mère se marie avec Michel, qui l'adopte, lui donne son nom et son affection (cf L’homme qui m’aimait tout bas).

 

Éric part pour Nice où il est né en 1960, sur les traces de sa mère pour reconstituer son parcours. Il découvre une très jeune femme qui s'est heurtée au diktat familial de la grand-mère. Enceinte, Lina est contrainte de se cacher aux alentours de Nice, car « sa mère ne voulait pas voir la honte grossir chez elle»  Puis le nouveau-né est placé en nourrice, séparé de Lina pour plusieurs mois.

 

Il se balade dans la ville et fait des rencontres qui l’aident à se rapprocher d’elle. Son enquête lui donne une autre vision de sa mère qu'il appelle désormais « petite maman ». Peu à peu, il découvre très ému, son histoire et veut aller vers des relations apaisées entre une mère et son fils qui vont enfin pouvoir « réparer leurs débuts manqués et renaître l’un à l’autre. »

 

     
Après le 1hebdo, les 2 revues d'Éric Fottorino : América et Zadig

 

Comme l'écrit Le Temps, « Éric Fottorino est un écrivain-soignant. [...]  Il a salué Michel, son père adoptif, suicidé d’une balle dans la tête, dans L’homme qui m’aimait tout bas. Il a célébré Moshé Maman, son père naturel, dans Le marcheur de FèsCes portraits étaient des boussoles sur la mappemonde des reconnaissances, une façon de tracer la voie quand tout s’embrouille. »
Et puis, il y avait aussi Lina, « cette trop craquante échappée du Blé en herbe de Colette… »

 

Éric Fottorino : Le marcheur de Fès

Éric prête ses jambes à son père adoptif qui voudrait une dernière revoir la ville de Fès au Maroc où il a laissé ses souvenirs de jeunesse. Aujourd’hui, il vit entre Barcelone et Muret près de Toulouse mais ne peut plus guère se déplacer.

 

Ce « pèlerinage », c’est donc Éric qui va le faire pour lui. Il va hanter les lieux de sa jeunesse même si tout a bien changé depuis. Des souvenirs confrontés à la réalité. Mais Éric n’a pas de souvenirs là-bas, il n’a que la réalité qu’il décrit. D’abord le Mellah où il n’y a plus de juifs maintenant, où Moshe-Moïse le fassi est devenu Maurice le français. Comme tous les siens. Je suis l'itinéraire de cette envie de France » conclut-il.

 

C’est toute la famille qu’il découvre ainsi, la présence insidieuse de son père Mardochée, de son grand-père Yahia le berbère, qui épousa jadis la nièce du grand Rabbin.

 

C’est aussi des lieux où ses ancêtres ont vécu, les souks, ces quartiers mystérieux comme  la Karaouine ou les Mérinides, ces lieux plus intimes comme la rue où son père vendait du charbon, le cinéma l’Empire ou leur premier appartement dans la ville européenne.

 

Éric furète, curieux, interrogeant le silence de leur vie. « C'est l'histoire d'un juif du Maroc qui dans l'exil n'a cessé ni d'être juif, ni d'être marocain ».

 

Notes et références
[1] « J'ai détesté écrire ce livre, affirme Eric Fottorino, c'était trop douloureux. Pendant des années, j'ai pensé qu'il n'existerait pas. Car je savais que j'allais traverser une douleur qui était celle de ma mère jeune fille et que, sur cette douleur, je n'avais plus de prise. »
Cette histoire intime et douloureuse a ainsi résisté à la plume de l'auteur. Une dizaine de versions successives et quatre ans de travail ont été nécessaires avant que le livre ne soit prêt à la publication. (RTS Info)

 

Voir aussi :
* Les écrivains et journalistes Jean Daniel, Roger Vailland --

 

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8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 20:26

Référence : Marc Dugain, Transparence, Éditions Gallimard, collection Blanche, 224 pages, avril 2019

 

                

« Le pouvoir des gérants d'internet est au-dessus de celui des nations. » Marc Dugain

 

Ça commence comme un polar.
Quelque part vers l’an 2120, la présidente française de Transparence, une société du numérique installée en Islande, est victime d’une tentative d’assassinat. Mais la police l’accuse de l’avoir mis en scène elle-même.

Pourtant, elle habite en Islande avec son mari et leur fils unique, une famille classique donc, à laquelle on n’a rien à reprocher.

 

Au départ, Transparence est une simple société collectant des données numériques sur les individus pour faciliter leurs rencontres amoureuses mais elle devient vite une entreprise stratégique qui s’apprête à mettre sur le marché le programme Endless, présenté comme si innovant qu’il permettrait de transplanter l'âme humaine dans une enveloppe corporelle artificielle.  Pour cela, la narratrice veut devenir le premier cobaye de l'expérience et pour cela, elle doit d'abord "tuer son enveloppe réelle".
 

       
 

Dans un monde menacé de réchauffement climatique, Transparence va devenir leader du secteur numérique et pourrait de ce fait jouer un rôle moteur dans le devenir de l'humanité.

 

Ce monde est de plus en plus dépendant de systèmes virtuels et de l’intelligence artificielle.  Ce roman d'anticipation qui nous propose une incursion dans le futur, en dit long sur les évolutions d’aujourd’hui et  les bouleversements dus à cette  révolution technologique.

 

           

 

Interview de Marc Dugain

Dans un livre précédent, L'homme nu, la dictature invisible du numérique, Marc Dugain disait qu’Internet et les nouvelles technologies nous font « perdre complètement notre vie privée parce qu'on devient totalement transparent ». De plus, il pense que les Américains voudraient bien pouvoir utiliser ces données stockées au départ pur des raisons commerciales.

 

Selon lui, le problème essentiel qui se pose est que « les géants de l'internet sont en fusion avec les services de renseignements américains. » Autrement dit, si un groupe comme Google fait campagne pour tel ou tel candidat, il a le pouvoir d’influencer grandement le déroulement des élections.

 Il ajoute  :  « C'est déjà ce qui se passe et le président chinois avait eu cette phrase  "Le patron de Google est plus important que le président des États-Unis... le pouvoir des gérants d'internet est au-dessus de celui des nations.  »

 

     

 

Mes fichiers sur Marc Dugain 
*
Transparence -- La malédiction d'Edgar --
Avenue des géants --
* L'emprise 1 -- L'emprise 2 --


Voir aussi 
* Gérard Mordillat, Ces femmes-làXénia -- Les vivants et les morts --

<< Christian Broussas – Dugain- 3/05/2019 • © cjb © • >>

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25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 19:58

Référence : Gérard Mordillat, Ces femmes-là, éditions Albin Michel, 384 pages, janvier 2019

« Gérard Mordillat capte, à travers une multitude de destins individuels, la puissance d’une action collective. Épique, politique et humaine : une fresque visionnaire. »

 

Après La Tour abolie et la biographie de Lucie Baud, première femme syndicaliste, dans son film Mélancolie ouvrière - adaptation du livre de Michelle Perrot , Gérard Mordillat lui dédie son nouveau livre, Ces femmes-là, paru chez Albin Michel. À travers une multitude personnages, il brosse le portrait d’individus livrés à une évolution de la société que personne ne semble maîtriser.

 

               
                                                 Portrait de Lucie Baud
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Malgré une présentation très nébuleuse de l’éditeur, Ces femmes-là s'annonçait comme une illustration du  combat des femmes contre le machisme mais aussi comme une critique virulente de la société actuelle.

Nous sommes en France en l’an 2024, au moment où le pays accueille dans la liesse les Jeux Olympiques d'été. Mais La belle République a bien changé, gangrenée par le populisme le plus étroit, teintée d’un brin de dictature.


Les Médias ont perdu toute autonomie, les mécanismes de surveillance sont omniprésents, confortés par la puissance des forces paramilitaires.

 

  

En gros, la liberté est plus que jamais menacée comme au temps de vichy mais les progressistes ont décidé cette fois d’organisation une grande manifestation au cœur de la capitale.

 

Cet événement sert de charnière, une cinquantaine de personnages évoluant avant, pendant et après cet épisode. Des personnages d’une très grande diversité allant de la femme de ménage d'origine maghrébine jusqu'aux ministres les plus influents du gouvernement. L’écart est de plus en plus important entre la démocratie formelle telle qu’elle se dégage des textes et la réalité quotidienne. L’état de droit laisse progressivement la place à l’état de fait.

 

Ce tableau, pour noir qu’il se présente, n’est pas seulement une vue de l’esprit de l’auteur mais une hypothèse qui repose sur des éléments puisés dans le vivier du présent. Cette anticipation repose en effet sur des données factuelles et s’inscrit dans la logique d’événements récents marqués par l’extension de l’ultra-libéralisme, la liquidation des services publics et le retour de l’individualisme, les lois qui privilégient la sécurité au détriment de la sauvegarde de la liberté, la montée des extrémismes.

 

 

C’est ainsi que les figures féminines vont se révéler. Jadis sous la coupe d’un homme, mari, patron…, elles prennent conscience que les nouveaux enjeux de la société les servent désormais et qu’il faut qu’elles profitent de cette conjoncture pour assurer à leur tour leur domination sur ce nouveau type de société qui leur est beaucoup plus favorable.

 

 

C’est un roman épique, une confrontation rageuse de personnages qui évoluent dans l’arène socio-politique, un bouillonnement éruptif qui agit comme un tsunami ou un volcan constamment en activité.

On passe rapidement d’un personnage à un autre, pas plus de quatre pages par personnage, avec alternance des points de vue pour maintenir la tension, densifier l’histoire et lui donner plus de signification, mettre en lumière les sentiments négatifs qu’éprouvent les individus, désir, jalousie, volonté de pouvoir sans repères moraux, violence individuelle et collective, contrôle généralisé...

 

              
              Xénia                            La brigade du rire               Rouge dans la brume

Gérard Mordillat et "Ces femmes-là" :

« J'ai une conviction profondément ancrée : la fiction marche toujours un pas en avant sur l'histoire. Mais je me considère comme un écrivain réaliste, car la réalité me dérange et me perturbe, et mon style s'appuie sur une structure narrative classique. L'action du roman Ces femmes-là se déroule autour de l'événement central du livre, une manifestation dans la rue. Il y a avant, pendant et après, qui forment les trois parties du récit : l'attente, le moment où tout se noue, et les conséquences sur chaque personnage. J'essaie de restituer la dynamique complexe d'un mouvement. »

 

« Le modèle qui m'inspire quand j'écris, c'est la poésie en prose. Le rythme est essentiel, il m'anime et fait bouger mes personnages. L'action se déroule au rythme de la phrase, j'espère que le lecteur ressent ce tempo. Un mot de trop, un verbe mal placé, et tout peut se casser la figure. Il faut une attention délicate et précise au rythme. Comme disait Giacometti, à qui on reprochait de faire des sculptures trop maigres, "j'enlève tout ce qui n'est pas nécessaire". »

 

      
                                                     Vive la sociale !

Mes fiches sur Gérard Mordillat :
* Les vivants et les morts -- Xénia - Ces femmes-là --

* Biographie de Lucie Baud --

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 11:08

Italo Calvin, San Remo et Rome

 

Italo Calvino entre fantastique et réalisme

 

   

              012_La panchina di san Remo012

  Calvino dans sa jeunesse à San Remo           Calvino San Remo 1942 (2ème à droite)

 

Des deux premières passées à Santiago de Las Vegas, près de La Havane où il est né en 1923, Italo Calvino n'en garde aucun souvenir. Il passe son enfance à San Remo dans l'Italie d'après-guerre, curieux de la nature que lui enseignent ses parents, Mario son père agronom et sa mère Eva Mameli botaniste, curieux aussi du "boom" de l'immobilier durant ces années et la spéculation qu'il décrit dans son roman "La spéculation immobilière". A travers l'histoire romancée d'un exode rural, il traitera dans "Marcovaldo" l'influence du monde urbain sur les individus et sa propension à modifier leurs rapports à la nature.

 

Son parcours sera celui de beaucoup d'intellectuels, antifasciste, il combat pour la libération de son pays, rejoint la Résistance, les Brigades Garibaldiennes en 1943 puis le Parti communiste. S'il publie son premier livre Le sentier des nids d’araignée en 1947 grâce à Cesar Pavese, c'est en 1951 qu'il publiera son oeuvre la plus célèbre intitulée la   « trilogie des Ancêtres »  Le vicomte pourfendu ", " Le baron perché " et  " Le chevalier inexistant ".

 

Toujours comme beaucoup d'intellectuels, il rompt avec Parti communiste italien après l’intervention soviétique en Hongrie. Il vit ensuite ce qu'il appelle ses « années d'ermite » qu'il passe à Paris entre 1967 et 1980, rejoint le groupe l'OuLiPo [1] dirigé par son ami Raymond Queneau, se lie avec Georges Perec et Roland Barthes."Si par une nuit d’hiver un voyageur" est l’œuvre de Calvino la plus marquée par l’influence des théories de l’OuLiPo. Elle se compose de onze fragments qui constituent un vaste panorama  des formes romanesques, illustrant les mécanismes du rapport entre le lecteur et le roman. [2]

 

En tant qu’écrivain, Italo Calvino est à la fois un théoricien de la littérature, [3] un écrivain réaliste et, surtout pour le grand public, un fabuliste ironique, passant du néo-réalisme d'après-guerre à la recherche formelle puis à la littérature populaire. De l'esthétique de Calvino, Roland Barthes disait que ce qui transparaît est d'abord une sensibilité, dans ses notations « une ironie qui n’est jamais blessante, jamais agressive, une distance, un sourire, une sympathie. » [4]

 

Alors qu’il est en pleine préparation de ses Leçons américaines pour l’université d’Harvard, il meurt d'une hémorragie cérébrale à l'hôpital de Sienne le 19 septembre 1985 à l'âge de 62 ans. L’écrivain Salman Rushdie disait de lui : « Il met sur le papier ce que vous saviez depuis toujours, sauf que vous n'y aviez pas pensé avant." »

 
       Calvino et Jorge Luis Borges        

 

Quelques citations

«  Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire. » (Pourquoi lire les classiques ?)
«  C'est le propre de l'homme que d'attendre. De l'homme juste d'attendre avec confiance ; de l'injuste, avec crainte. » (Le Vicomte pourfendu)
«  Il mourut sans jamais avoir compris, après une vie toute entière consacrée à la foi, en quoi au juste il pouvait croire - mais s'efforçant d'y croire fermement, jusqu'à la fin. » (Le Baron perché)
«  Chaque fois que je cherche à revivre l’émotion d’une lecture précédente, j’éprouve des impressions nouvelles et inattendues, et je ne retrouve pas celles d’avant. » (Si par une nuit d'hiver un voyageur)
«  L'humain va jusqu'où va l'amour, il n'a d'autres limites que celles que nous lui donnons. » (La journée d'un scrutateur, page 94)
«  Je pense avoir écrit une sorte de dernier poème d'amour aux villes, au moment où il devient de plus en plus difficile de les vivre comme des villes. » (Les villes invisibles, préface)
«  Ils se taisaient: la buée parlait pour eux. » (Marcovaldo, page 59)

 

Notes et références

 

[1]  OuLiPo (ouvroir de littérature potentielle) : acronyme dû à l’essayiste Albert-Marie Schmidt, mouvement littéraire français comprenant notamment Raymond Queneau, Georges Perec, Jacques Roubaud, qui fit des recherches sur le formalisme littéraire et la notion de contrainte

[2] Dans la Mécanique du charme, Roland Barthes parle du « caractère réticulaire de la logique narrative ». Cette construction en réseau, faite de circuits, de chemins, de liens, est particulièrement à l’œuvre dans l’ouvrage de Calvino les Villes Invisibles, publié en 1972. Il dit lui-même de son livre : « Dans Les Villes invisibles… peu à peu ce schéma est devenu tellement important qu’il est devenu la structure portante du livre, l’intrigue de ce livre qui n’avait pas d’intrigue ».

[3] Voir par exemple ses deux articles : La mer de l'objectivité et Le défi au labyrinthe où il essaie de définir sa propre poétique dans un monde complexe et difficilement compréhensible.

[4] La mécanique du charme, préface du Chevalier inexistant  par Roland Barthes

 

Voir aussi

 "Dans la peau d'Italo Calvino", film documentaire réalisé par Damian Pettigrew avec Neri marcorè, produit par Portrait & cie, DocLab, participation de  ARTE et Yle. Une plongée dans la vie et l'œuvre de l'un des plus grands écrivains italiens du XXème siècle.
* Jean-Paul Manganaro, « Italo Calvino, romancier et conteur », éditions du Seuil, 2000
* Italo Calvino : La spéculation immobilière


      Calvino con la figlia Giovanna da piccola e la moglie Chichita  Calvino en famille

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 11:42

    

La Ligne de courtoisie est un roman de Nicolas Fargues publié en janvier 2012 aux éditions P.O.L.

 

Le narrateur que décrit Nicolas Fargues est un écrivain en panne d'inspiration depuis plusieurs années. Il a pourtant été un écrivain reconnu qui a eu du succès mais tout ceci est bien fini et il est maintenant un écrivain bien oublié du public et des circuits littéraires. A 43 ans, il décide alors de rompre avec son milieu, d'oublier son divorce et d'aller vivre autre chose en Inde, à Pondichéry, inscrivant la distance, la différence entre lui et l'existence d'un homme en échec qu'il mène en France.

 

Avec sa femme et ses deux fils, il ne parvient plus à échanger et se sent maladroit, faible et sans grande autorité. Ce départ, s'il représente pour lui un nouveau départ dans la vie, un besoin d'aller vers les autres et de se retrouver, ne peut être finalement qu'une étape vers un retour dans une liberté redécouverte. Mais ce ne sera pas forcément suffisant. [1]


Relations critiques

« Nicolas Fargues dresse ici le portrait sarcastique d'un écrivain sur le déclin qui tente une renaissance en Inde et plonge dans l'enfer des autres. » -- Le Nouvel Observateur du 9/02/2012 --


« Fargues a le don de la description clinique qui rappelle le Robbe-Grillet des Gommes, capable de dépeindre un quartier de tomate jusqu'aux accidents de la pelure. Mais, plus que celui des choses, c'est dans le portrait, physique et moral, de ses frères humains que Fargues excelle. » -- Par Christophe Ono-dit-Biot, Le Point du 13/01/2012 --

 

« Si l'on s'amuse un temps des tribulations parisiennes - plus qu'indiennes - de ce personnage pusillanime et faussement détaché de tout, demeure une fois cette ligne de courtoisie franchie, un petit goût d'inachevé, malgré de belles prouesses stylistiques. » - Le Monde du 6/01/2012 -

 

Notes et références

[1]  Voir l'article de Marianne Payot dans l'Express du 9/02/2012

Lien externe
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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 11:29

Jean-Paul Enthoven L'hypothèse des sentiments

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L'hypothèse des sentiments est un roman de Jean-Paul Enthoven publié le 12 janvier 2012 aux éditions Grasset.

 

Vignette pour la version du 10 février 2012 à 16:39                   tumb

Présentation et résumé

Un roman qui s'ouvre un 23 juin, à Rome comme il se terminera le 23 juin de l'année suivante par un fait divers dont l'auteur dit qu'il est autobiographique, sur un histoire de valise rouge qu'un bagagiste d’hôtel a placé dans le coffre du taxi dans lequel Max Mills, scénariste, est en route vers l’aéroport de Fiumicino. Mais il y a eu interversion de valises, ce qu'il ne découvrira que chez lui à Paris. Il fait l'inventaire de cette valise appartenant à une jeune femme, des objets qui vont jouer un grand rôle dans ce roman : des soieries, des escarpins, un portrait de l’actrice Audrey Hepburn, un exemplaire d’Anna Karénine et surtout le journal intime d’une certaine Marion, épouse du baron Sixte d’Angus.

 

Bien sûr, l'histoire va se développer autour de ces deux êtres que le hasard a malicieusement rapprochés en un déploiement d'amour, d'éloignement, de plaisir et de sensualité. Leur parcours sera parsemé de rencontres inédites avec des personnages souvent particuliers, bizarres même, l'épouse d'un sénateur, un ex-banquier déjanté, un psychanalyste pervers, de belles italiennes et des types douteux, interlopes qui vont du proxénète au flic privé en passant par une voyante, des fantômes et la Vierge Marie, un Arménien aux mœurs douteuses... Roman où les lieux ont aussi leur part, Cinecittà au temps du grand cinéma italien, la Russie, les palaces de Monte-Carlo... tout cette profusion de sentiments et de sensations diffus, difficiles à caractériser, dont on se sait vraiment s'ils relèvent d'une réalité ou d'un vécu transfiguré.

 

Cette histoire romanesque se déroule en fait en trois étapes essentielles marquées par la rencontre imprévue, le hasard, la recherche d'un bonheur commun et cette hypothèse des sentiments, espoir d'une aspiration au possible, de sa concrétisation dans un dépassement de soi.

 

Sur un plan plus formel, Jean-Paul Enthoven utilise les ressources des techniques narratives, intégrant des pages du journal intime de Marion, des éléments d'écriture théâtrale avec répliques et didascalies, des références dans les notes de bas de page, les allusions à Lucrèce ou à Dino Risi, malaxant les ingrédients de son récit construit sur des malentendus, des coïncidences ou des retournements de situation.

 Critiques littéraires

« L'hypothèse des sentiments est un livre viennois : la ronde des affects, la corruption des âmes, l'ironisation du kitsch, l'art de la maxime, tout cela fait que ce navire romanesque croise dans des hauts-fonds à la Schnitzler ou à la Karl Kraus. C'est le plaisir que nous offre Jean-Paul Enthoven, auteur de caste autant que détective des sentiments. » (Le Point 24/01/2012)

 

« Jean-Paul Enthoven a des lettres, de l'esprit et du style. Son jeu de l'amour et du hasard est un divertissement qui pétille à chaque page. » (Alexandre Fillon - L'Express 24/01/2012)

 

« On reconnaîtra une indéniable qualité au roman de l'éditeur Jean-Paul Enthoven : son très joli titre, L'hypothèse des sentiments. On sera moins enthousiaste avec le reste de l'ouvrage qui n'a rien d'un grand mélo prolétarien ou d'un exercice à la Pierre Bergounioux. » (Baptiste Liger - L'Express 24/01/2012)

 

« L'Hypothèse des sentiments agacera, ou remportera les faveurs méritées. D'un côté, une foultitude de références (Flaubert, Dante, Cinecittà, Casanova masqué sous le nom de Seingalt, Stendhal…) gâtées par des notes en bas de page, une galerie de personnages de cet "entremonde" flirtant avec le stéréotype ; de l'autre, une intrigue qui fonctionne bien, servie par un art irréprochable du portrait et du descriptif. Enthoven, qui aime le latin, le sait: Habent sua fata libelli... » (Thierry Clermont - Le Figaro 8/02/2012)

Informations complémentaires

Liens externes : Présentation vidéo, Le Figaro

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 10:41

YVES SIMON ET SON ŒUVRE

 

 

Lors d’un gala avec sa femme

La compagnie des femmes

Livre de souvenirs qui affluent, road-movie d'un homme qui commence à sentir le poids des ans, « Léonie était jeune et moi qui vieillissais » écrit-il au début du roman. Pour faire le point, dresser un bilan, il veut aller sur la tombe de son ami Vincent...

 

Tout lui revient en mémoire : son enfance vosgienne plutôt pauvre dans un milieu ouvrier, un voyage au Japon, le rêve américain sur les traces de Jack Kerouac malgré les difficultés rencontrées, " c'est dans les voyages les plus hostiles que l'on mesure la part de chance que le monde veut bien nous accorder ", et la fête , oui surtout la fête avec Léonie.

Le périple continue, de Lyon à Avignon, d'Aix-en-Provence à Marseille, ponctué de rencontres, Lucien jeune homme triste qui le touche particulièrement, Camille une femme mûre et attirante qui tient un salon de thé, un prof de français en voyage lui aussi qui engage la conversation :

 

- Vous allez où ? finit-il par me demander lorsqu'on entra dans Chalon,
- Je n'sais pas...
- Comment saurez-vous que vous êtes arrivé ?

 

Il atteint enfin la grande bleue et ce sera le bout du voyage, sur la carte et pas forcément dans sa tête. La compagnie des femmes ne le quitte pas. Léonie est toujours là bien sûr, la belle antillaise à qui il pense et qui l'attend à Paris avec impatience.

 

Référence : "La compagnie des femmes", Yves Simon, Paris, Éditions Stock, collection Bleue, 283 pages, février 2011, isbn 2234069483


Voir aussi :

  • Yves Simon, Le Voyageur magnifique, éditions Grasset, 1988 - Prix des Libraires
  • Yves Simon, La Dérive des sentiments, éditions Grasset, 1991) - Prix Médicis
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