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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 11:11

Avec Salammbô, publié en 1862, Flaubert nous transporte deux mille ans plus tôt, dans la Tunisie actuelle, « à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar ».

 

                
Adolphe Cossard, Salammbô, 1899     Tophet de Salammbô, stèle votive, IIIè siècle av.JC

 

Himilcar Barca, c’est avec son fils Hannibal les deux généraux les plus célèbres de Carthage, la grande rivale de Rome, qui lui fait de l’ombre et qu’il faut absolument raser.

Rome et Carthage se sont longuement affrontées pendant presque un siècle, de 263 à 146 av. J.-C., au cours de trois guerres dites « puniques », autre nom donné aux Carthaginois. Vaincue et détruite même dans ses fondations, Carthage disparaît et laisse à Rome le monopole en Méditerranée occidentale. De ce fait, elle permet les légions romaines de conquérir la Méditerranée orientale et hellénistique.

 

                  
                     G.A. Rochegrosse, Salammbô et les colombes, 1895

Mais ce qui intéresse d’abord Flaubert, c’est un autre épisode, la guerre des mercenaires, que les Carthaginois appelaient la « guerre inexpiable » (241-238 av. J.-C.). Hamilcar guerroie alors en Sicile et, sur place, le Conseil qui dirige la cité craint une rébellion des mercenaires qui n’ont pas été payés. Solution drastique retenue et utilisée par Hamilcar après son retour : les exterminer dans le défilé de la Hache, ce qui fera quelque 40 000 morts. Mais cette solution ne fera qu’affaiblir Carthage.

Le roman est dominé par les scènes de bataille qui sont homériques et guident le lecteur au sein des événements. La profusion des descriptions parvient même à desservir l’intrigue et on se trouve en présence d'une Salammbô assez effacée dans l'ensemble, manipulée par le grand prêtre Schahabarim.
Les guerriers comme Mathô, Spendius et Hamilcar représentent  vraiment la base de l’histoire et ce sont eux qui sont projetés sur le devant de la scène.

Flaubert s’est beaucoup documenté pour faire corps avec cette époque lointaine, au total une centaine de livres, dit-on. Il est aussi allé voir du côté de son ami et historien Jules Michelet, auteur d’une Histoire romaine publiée en 1831. Il a même entrepris en avril 1858, un voyage du côté de Carthage, s’imprégnant de l’atmosphère de la région pour mieux la restituer dans son roman.
C’est pour lui l’occasion de prendre ses distances avec le romantisme et de s’orienter vers le symbolisme.

 

                  
Salammbô par Mucha 1896    Salammbô par H.A. Tanoux 1921            
Léon Bonnat 1896 : Rose Caron dans le rôle de Salammbô

 

Un exemple du style "flaubertien" : Les mercenaires dans les jardins d’Hamilcar

« Les capitaines, portant des cothurnes de bronze, s'étaient placés dans le chemin du milieu, sous un voile de pourpre à franges d'or, qui s'étendait depuis le mur des écuries jusqu'à la première terrasse du palais...

Le palais, bâti en marbre numidique tacheté de jaune, superposait tout au fond, sur de larges assises, ses quatre étages en terrasses. Avec son grand escalier droit en bois d'ébène, portant aux angles de chaque marche la proue d'une galère vaincue, avec ses portes rouges écartelées d'une croix noire, ses grillages d'airain qui le défendaient en bas des scorpions, et ses treillis de baguettes dorées qui bouchaient en haut ses ouvertures, il semblait aux soldats, dans son opulence farouche, aussi solennel et impénétrable que le visage d'Hamilcar. »

Mes fiches sur Flaubert
Gustave Flaubert en Bretagne -- Le perroquet de Flaubert --
Flaubert, de Déville à Croisset -- Le dernier bain de Flaubert --
A. Un automne de Flaubert -- Flaubert le normand --

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<< Ch. Broussas, Salammbô 28/05/2021 © • cjb • © >
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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 14:56

Un été avec Proust, collectif sous la direction de Laura El Makki, Proust, 235 pages, mai 2014

 

       

 

« Le malheur, c’est qu’il faut que les gens soient malades ou qu’ils se cassent une jambe pour avoir le temps de lire La Recherche. » Robert Proust, le frère de Marcel, exagérait à peine. Cette extraordinaire saga nous ramène un siècle en arrière dans les beaux salons parisiens de la Belle Époque, sur la côte normande et la lagune de Venise.

 

 
Marcel & son frère Robert            Proust et Julia Kristeva

 

Au fait, de quoi nous parle-t-il dans ce roman fleuve qui fut l’œuvre de sa vie. De la pâte humaine, d’abord et surtout, la vie de gens aisés mais finalement très communs, de l’équivoque des rapports humains, de l’évanescence de la mémoire, les malentendus du sentiment amoureux, de l’imagination et des arts. « Chacun peut y abriter ses songes, y reconnaître des joies et ses peurs et même y découvrir quelques vérités, » peut-on lire dans la présentation.

 

     
Proust, Robert de Flers & Lucien Daudet
Marcel Proust et ses amis

 

Cet ouvrage est aussi une invitation à se connaître, à travers les chemins de l'écriture, pour faire surgir mots, phrases et images qui concourent à donner forme,  à concrétiser un univers qui s'adresse à tous.

Dans cet ouvrage collectif, chacun des huit auteurs qui ont consacré une étude à Proust,  se centre sur un aspect de l’œuvre.

 


Proust, Portraits


Antoine Compagnon évoque le temps, thème central de l’œuvre, dans ses différents aspects entre temps long et temps dithyrambique, entre temps perdu et temps retrouvé. Jean-Yves Tadié s’intéresse à ses personnages, le profil de la figure maternelle, Charles Swann, le baron de Charlus et Albertine.

 


Statue de Proust avec le sculpteur Edgar Duvivier et Gonzague St Brice

 

Jérôme Prieur présente ensuite au monde de Proust, le chroniqueur mondain qui s’assume n’oublie pas  de critiquer ces mêmes mondains. Pour parler d’amour, Nicolas Grimaldi cerne les sentiments amoureux autour des quatre thèmes du désir, de l’attente, de la jalousie et de l’illusion. Julia Kristeva, de l’imaginaire e de la sensation, retient le regard, le sommeil et le rêve.

 

Michel Erman s’intéresse aux lieux emblématiques de La Recherche, Combray bien sûr mais aussi Balbec, Paris et Venise, tandis que Raphaël Enthoven traite de Proust et les philosophes à travers Montaigne, Schopenhauer, Nietzsche et Albert Camus. Enfin, Adrien Goetz traite du rapport de Proust avec les arts, d’abord la musique et la peinture puis l’écriture et la lecture.

 

   

 

Marcel Proust et La Recherche : les 7 volumes

1- Duc côté de chez Swann
Le narrateur se remémore ses visites à Combray au temps de sa jeunesse, chez sa grand-tante, « La cousine de mon grand-père, chez qui nous habitions… »

Le narrateur se remémore à quel point l’heure du coucher était une torture pour lui ; cela signifiait qu’il passerait la nuit loin de sa mère, pour lui synonyme d’angoisse. Il ne se souviendra d’autres épisodes de ses séjours à Combray qu’à travers le célèbre épisode des fameuses madeleines, « … et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. »

Dans Un amour de Swann, le narrateur y relate la grande passion éprouvée par Charles Swann pour Odette de Crécy, tiraillé par la méfiance et la jalousie. Odette fréquente le salon des Verdurin d’où rapidement Swann est écarté et de ce fait, voit Odette de moins en moins. Il en souffre, comme le narrateur en souffrira plus tard, mais finit par s’en remettre et s’étonne d’avoir gâché une partie de sa vie pour cette femme.

Dans la dernière partie, on revient à Combray (le Cabourd de Proust) à travers les souvenirs du narrateur, quand il rêvait de Balbec mais aussi de Venise ou de Florence où il voulait se rendre mais en fut empêcher par la maladie.

De retour à Paris, il dut alors garder la chambre, rencontrant lors d’une de ses rares sorties Gilberte Swann. Il en fut vite amoureux, jouant avec elle et ses amis dans un jardin près de chez lui dans le quartier des Champs-Élysées, croisant un jour les parents de Gilberte et Odette, devenue madame Swann.

 

2-À l’ombre des jeunes filles en fleurs
À l’ombre des jeunes filles
en fleurs se passe d’abord à Paris dans la maison des parents de Gilberte Swann où il est invité. Finalement, sa relation avec Gilbert Swann ne dure pas. On le retrouve à Balbec avec sa grand-mère, qui lui présente une amie Madame de Villeparisis et son neveu Saint-Loup avec qui il se lie d’amitié, il ressent une impression de bonheur qu’il ne s’explique pas. Il rencontre aussi un Guermantes, le baron de Charlus, assez lunatique, dont il trouve le comportement bizarre. Il se fait beaucoup d’amies parmi toutes ces jeunes filles mais c’est Albertine qui l’intéresse.

              
                                      La recherche tome 1       La recherche tome 2

 

3- Le Côté de Guermantes
Le Côté de Guermantes
se déroule surtout à Paris, les parents du narrateur finissant par s’installer dans une partie de l’hôtel des Guermantes. Par l’intermédiaire de on ami Saint-Loup, il se débrouille pour se rapprocher de madame de Guermantes. Sa fréquentation du salon de madame de Villeparisis lui permet de donner une image particulièrement intéressante du faubourg Saint-Germain à cette époque. Il finit par atteindre son but en fréquentant le salon des Guermantes. Mais il est soucieux car la santé de sa grand-mère se détériore rapidement.

 

4- Sodome et Gomorrhe
Sodome et Gomorrhe permet de faire ample connaissance avec le beau monde du faubourg Saint-Germain. Sodome symbolise l’homosexualité qu’il découvre chez le baron de Charlus et son amant Jupien. Il lui semble avoir des sentiments contrastés pour Albertine, ce qu’il appelle « les intermittences du cœur ». Reparti une seconde fois à Balbec, il se remémore son premier séjour avec sa grand-mère qui vient de mourir.

Malgré des sentiments mitigés pour Albertine, il décide de l’épouser.

       
La recherche tome 3           La recherche tome 4

 

5- La prisonnière
La prisonnière, c’est Albertine qui vit à présent avec le narrateur qui se débrouille pour contrôler sa vie. Même quand elle sort, il s’arrange pour la faire suivre par une amie. Son comportement rappelle celuide Swann avec Odette dans Un amour de Swann. En fait, cet amour ne le rend pas heureux, il devient de plus en plus méfiant et jaloux. Il réalise que la jeune femme, malgré tous ses efforts, reste pour lui une étrangère, un mystère qui lui échappe. Mais leur vie commune dure peu puisque Albertine disparaît un beau matin.

 

6- Albertine disparue
Albertine disparue (ou La fugitive) raconte une souffrance amoureuse : Albertine, qui vivait en concubinage avec le narrateur, le quitte et fuit son domicile. Le narrateur tente tout pour qu’elle revienne, en vain : ce non retour devient alors l’occasion pour Proust de décrire les ressorts du jeu amoureux (indifférence, chantage, comédie de la rupture,.. .). Plus tard, le narrateur apprend la mort accidentelle d’Albertine, mais en même temps, qu’elle l’aimait toujours et souhaitait revenir.

               
La recherche tome 5           La recherche tome 6            La recherche tome 7

 

7- Le temps retrouvé
À Tansonville, le narrateur est dépressif parce qu’il se considère comme un écrivain raté et la lecture du Journal des Goncourt le conforte dans cette opinion. Ceci se passe pendant la Grande Guerre, époque où les gens, très préoccupés par la tournure des événements, se méfient des Allemands, sauf le baron de Charlus. Mais Saint-Loup, quant à lui, s’est engagé et se fera tuer au front.

Après la guerre, on retrouve le narrateur chez la princesse de Guermantes, ressassant son incapacité à écrire. Mais chez la princesse, dans le salon, le bruit cristallin d’une cuiller lui procure un certain plaisir qui lui rappelle les arbres d’Hudimesnil par exemple.
Mais cette fois, il se décide à analyser le phénomène qu’il a ressenti, bien décidé à décrypter cette sensation incompréhensible de bonheur.

C’est cette remontée impromptue dans la mémoire qui a le pouvoir de ressusciter le passé, et que seule l’œuvre est à même d’abolir les contraintes de Temps. Cette découverte lui permet de se lancer enfin dans la création d’une œuvre littéraire.

 

Voir mes fiches :
+
Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire, 2015
+ Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, 2017 --
+ Régis Debray, Un été avec Paul Valéry, 176 pages, 2019 --

 

 

Voir aussi
* Série Un été avec ... éditions Des Équateurs, Collection Parallèles
   Montaigne, 169 pages, mai 2013, Victor Hugo, 222 pages, avril 2016, Homère, 252 pages, avril 2018
* Jean-Yves Tadié, Marcel Proust - Croquis d’une épopée, Gallimard, 372 p.
* Julia Kristeva, Le Temps sensible. Proust et l'expérience littéraire, Gallimard, 1994, réédition collection "Folio Essais", 2000
* A la recherche du temps perdu : téléfilm de Nina Companez en deux volets (2010), avec Micha Lescot, Dominique Blanc et Didier Sandre
* Le siècle des Lumières --

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     << Christian Broussas  Avec Proust © CJB  ° 19/07/ 2020  >>
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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 14:49

Référence : Antoine Compagnon, "Blaise Pascal", éditions Équateurs/France-inter, Collection Parallèles. Un été avec..., 240 pages, juin 2020

 

    

 

« Lire Pascal peut nous aider. » 

 

Après Baudelaire et Montaigne, Antoine Compagnon nous propose de passer un été avec Blaise Pascal. Eux qui toujours défendirent la liberté d’esprit abordent les questions fondamentales liées à la condition humaine et son rapport à la société, à l’univers, au pouvoir, à la mort…

 

  Antoine Compagnon

 

En quarante et un chapitres (dont six inédits), Antoine Compagnon parle de Pascal et de ses idées, s’efforçant de nous aider à comprendre des formules parfois assez obscures, il nous guide aussi dans l’exploration des méandres de sa réflexion, balayant des thèmes aussi divers que la violence et la tyrannie confrontées à la vérité, que des facettes de l’esprit au juste milieu.

 

   

 

Malgré le côté théologien que certains lui reprochent, Pascal aborde les thèmes essentiels de l’homme contemporain tiraillé entre la science et la foi, confronté à un dieu qui cède au matérialisme, soumis à l’angoisse de la condition humaine.
Il nous présente aussi un Pascal joueur qui
« aimait les masques, les doubles, les pseudonymes [...]  Il faut imaginer un Pascal taquin, riant avec le duc de Roannez, Méré ou Mitton.  En tout mathématicien, il y a du potache. »

 

       

 

Les Pensées de Pascal contiennent des formules célèbres et incontournables comme le roseau pensant, les deux infinis, le pari ou le nez de Cléopâtre qui combinent deux talents exceptionnels : sa maestria à manier la langue et la rigueur de la pensée du  mathématicien et du physicien incomparable qu’il fut.
Certaines de ses sentences ont fait mouche, quand il écrit par exemple : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie, » « Qui veut faire l’ange fait la bête » ou « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point  ».

 

      

 

En général, Blaise Pascal apparaît plutôt comme un homme austère, comme la doctrine qu’il prônait, tourné vers la religion et marqué par sa conversion de 1654, qui affirmait qu'en dehors de Dieu, il n'y a que « vices, misères, ténèbres et désespoir ». Voltaire pensait que sa mélancolie l'avait perdu. Alors, qui était-il en réalité, au-delà de cette image stéréotypée qu’on a souvent de lui. C’est bien ce défi que l’auteur veut relever.

 

 

« Pascal parle beaucoup de Montaigne » dit Antoine Compagnon et « Pascal est un dialecticien, qui cherche à résoudre le conflit de la misère et la grandeur de l'homme ».

Contrairement à une idée reçue, pour lui, « Pascal, c'est la recherche du bonheur. »  Il passe en revue les moyens qui nous permettent de fuir les questions essentielles à travers le divertissement. Et cette pratique nous évite de réfléchir au sens de notre vie et à Dieu.
 Il met en avant sa facilité de manier la langue française : « Pascal est vraiment un très grand styliste, qui a traversé tous les artifices, l'un des plus grands de la langue française ».

 

           

 

Voir mes fiches :
+
Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire, 2015
+ Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, 2017 --
+ Régis Debray, Un été avec Paul Valéry, 176 pages, 2019 --

+ Montaigne à cheval -- Sara Bakewell, Sur Montaigne --
+ Charles Baudelaire, une jeunesse --

 

Voir aussi
* Série Un été avec ... éditions Des Équateurs, Collection Parallèles
   Montaigne, 169 pages, mai 2013, Proust, 235 pages, mai 2014, Victor Hugo, 222 pages,
   avril 2016, Homère, 252 pages, avril 2018
* François Sureau, "L'Or du temps", éditions Gallimard -- Le siècle des Lumières --

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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 20:51
L'exposition intitulée "Dans l'Intimité du génie"

 

La Maison de Victor Hugo est située dans un appartement de la Place des Vosges, dans un immeuble qui est l’ancien hôtel de Rohan-Guéménée. Victor Hugo y a vécu de nombreuses années, un peu plus de 15 ans entre 1832 et 1848. Sa visite permet une belle immersion dans le quotidien de cet immense écrivain et l’occasion de découvrir l’intérieur d’un appartement bourgeois de cette époque. 

      
L'art d'être grand-père, avec Jeanne & Georges

Cette exposition est le point d’orgue de la réouverture de la Maison de l’écrivain à l'été 2020 pour admirer l’ensemble après les grands travaux qui ont permis de lui redonner tout son lustre.

Il y écrivit plusieurs œuvres importantes dont Lucrèce Borgia, Ruy Blas, Marie Tudor, ainsi qu’une grande partie des Misérables. La table de travail surélevée sur laquelle il écrivait (toujours debout comme à Guernesay) est l’un des objets les plus emblématiques de l’appartement qui se présente  en forme de « L » et composé de sept pièces en enfilade.

  La table aux quatre encriers [1]

Après son départ en 1848, l'appartement a connu plusieurs transformations qui rendent difficiles d'en reconstituer le cadre d'origine, comme la disparition des couloirs et du balcon donnant sur la place. De même, la dispersion des biens de la famille Hugo en 1852 ne permet pas d'en reconstituer fidèlement le mobilier. 


   Le salon chinois

Paul Meurice, ami et exécuteur testamentaire de Victor Hugo, va créer avec la ville de Paris  le musée et ses collections qui ouvrira ses portes en 1903 à l'occasion du centenaire de la naissance de Victor Hugo. La collection se compose de dessins de l'écrivain, de photographies, de manuscrits, d'éditions...

   La bibliothèque

Le musée possède actuellement quelque six cents dessins de l'écrivain comme des paysages, des dessins satiriques, des caricatures, et la bibliothèque ne compte pas moins de onze mille ouvrages sur la vie et l'œuvre de Victor Hugo.

   
 Caricature de Victor Hugo                   Le salon

L'antichambre présente sa jeunesse, les premières années de son mariage avec Adèle Foucher et le salon rouge évoque son séjour place Royale (anciennement place des Vosges) à travers des tableaux et documents divers et permet d'admirer son buste dû à David d'Angers.

Le salon chinois et les deux pièces suivantes sont centrés sur l'exil de 1852 à 1870 avec présentation de son séjour à Hauteville House sur l'île de Guernesey et des photographies de la famille prises par son fils Charles Hugo et l'ami Auguste Vacquerie pendant son exil à Jersey entre 1852 et 1855.

     La salle-à-manger

Le salon chinois  a été l'occasion pour Victor Hugo d'exercer ses talents de décorateur. Il est entièrement décorée de "chinoiseries" illustrant les thèmes de sa maitresse Juliette Drouet, qui l'avait rejoint dans son exil à Guernesey, et qui habitait auparavant rue Sainte-Anastase dans ce quartier du Marais, tout près de l’actuel Musée Picasso.

     
Le cabinet de travail                             L'antichambre


L'avant-dernière salle est consacrée au retour de la famille à Paris en 1870, après la chute de Second empire et ses dernières années dans l'appartement de l'avenue d'Eylau à partir de 1878, à travers le mobilier d'origine.
La dernière salle reconstitue la chambre mortuaire de l'avenue d'Eylau, à sa mort en 1885.
La chambre à coucher était tendue d’une soie de couleur rouge. Pièce essentielle, le lit de style Louis XIII à colonnes torses, venait presque jusqu’à la cheminée. 

 
Son buste par Rodin                              Le salon rouge


L’ensemble assez chargé comprenait aussi une petite cheminée de marbre blanc avec un dessus de soie à festons, une pendule, deux chandeliers et un grand meuble à deux corps, où Victor Hugo  enfermait ses manuscrits. Vers la fenêtre se trouvait le haut bureau à écrire debout, avec les feuilles de Whatman, un plat encrier de Rouen à petit goulot avec une plume d’oie et  une soucoupe pour sécher l’encre encore fraîche.

  L'appartement de la place des Vosges

Victor Hugo recevait chez lui les grands écrivains de son temps. On pouvait ainsi y croiser Honoré de Balzac, Lamartine, Alexandre Dumas, Sainte-Beuve, Prosper Mérimée, Alfred de Vigny ou encore Théophile Gautier qui venaient volontiers au 6 de la place des Vosges

Outre son œuvre, il eut un rôle social considérable, surtout comme défenseur de la liberté de la presse, partisan de l’abolition de la peine de mort, militant pour les droits des femmes... 


Buste de Victor Hugo      Salon de l'avenue d'Eylau


En complément : autres demeures parisiennes
Parmi les résidences parisiennes de Victor Hugo, de celles qui subsistent, on peut citer :
- le 37 rue de la Tour-d'Auvergne (aujourd'hui au 41). De fin 1848 au coup d'État qui précipita son exil, Victor Hugo logea au premier étage de ce bel hôtel à la rotonde donnant sur un jardin, au bas des pentes de Montmartre. Juliette logeait non loin, rue Rodier.
- Quand il rentra d'exil dix-neuf ans plus tard, son ami Paul Maurice l'hébergea au rez-de-chaussée d'un hôtel particulier au 5, avenue Frochot.


    
Son écritoire                   La chambre de la rue d'Eylau (reconstituée)


Notes et références
[1]
Victor Hugo a composé en 1860 La table aux quatre encriers pour une vente de charité organisée par sa femme pour des enfants pauvres de Guernesey. Elle demande à son mari, George Sand, Alexandre Dumas et Alphonse de Lamartine de lui faire don de leur encrier. Lamartine envoie une petite boîte de verre pour le séchage de l’encre et George Sand ajoute un briquet. Chacun accompagne son envoi d’un autographe. Mais l'ensemble ne trouva pas d'acquéreur et c'est Victor Hugo qui l’acheta.


Mes fiches sur Victor Hugo
* Victor Hugo à Jersey et Guernesey --
* Max gallo Biographie de Victor Hugo --

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 20:32

       

 

Même s’il est né loin des Alpes, il est rapidement devenu un savoyard de cœur.  Henri Petiot, qui prendra comme nom de plume celui d’un graveur belge du XIXe siècle Daniel-Rops, agrégé d’histoire, commença sa carrière d'enseignant au lycée Vaugelas à Chambéry.

 

Son premier roman L’âme obscure paru en 1929, se passe dans la région, à Grenoble, Chambéry et Lyon en particulier tandis que Mort, où est ta victoire ? se déroule surtout dans l’Ain où l’écrivain se rendait souvent à la belle saison, à Rothonod, dans la commune de Chazey-Bons près de Belley. Sa santé fragile lui donnait une allure plutôt frêle et des paupières tombantes.

 

    

 

Il s’installa ensuite dans une maison baptisée "L’eau vive" à Tresserve près d’Aix-les-Bains où il avait une vue splendide sur le lac du Bourget où il écrira son œuvre maîtresse sur l’histoire de l’Église. Pour lui, le belvédère de la Chambotte, c’est le site qu’il appelle "Le balcon de l’irréel".

 

 Dans Mort, où est ta victoire ?, Laure Malaussène, une jolie jeune femme aussi déterminée qu’orgueilleuse, finit par trouver une sorte de sérénité après une vie intérieure compliquée, sous le masque de la respectabilité bourgeoise. Les paysages de l'Ain sont à l’image des sentiments qui l’agitent. On y retrouve aussi  des lieux qu’il connaissait bien, Saint-Pierre Sengelin,  sans doute la ville de Belley, Culoz et sa gare (un des principaux nœuds  ferroviaires de la région, Virieu-le-grand par exemple [1], le château de Barterand (qui vient du lac de Bartherand) a quant à lui pour modèle le château de Beauregard. [2]

 

Dans  Le Courtinaire, le héros est un homme dévoré de jalousie et que le péché obsède, ce que Daniel-Rops appelle « une maladie des sentiments ». Comme dans le précédent, même si quelques sont imaginaires, beaucoup existent réellement comme Aubarton et sa « longue maison basse que trois marronniers centenaires abritaient d’une ombre épaisse »  ressemble beaucoup à Rothonod. L’intrigue elle-même serait reprise d’une histoire locale…

 

             

 

Dans un article, Daniel-Rops lui-même a témoigné de son attachement à cette région :
« À longueur de journées, j’ai parcouru le pays. Du chemin de Pierre-Châtel, j’ai vu le Rhône rouler son eau d’opale au fond de la cluse où il gronde. Dans les vignes de Chemilieu et de Parves, les cerisiers étaient en fleurs et ce premier effort de la nature  pour vaincre la mort avait quelque chose de si pur, si impérieux, qu’il me sembla voir là l’image de ce brusque sursaut par laquelle une âme pécheresse s’arrache à soi-même, à la gangue des routines, à l’engourdissement de la nuit hivernale. »

 

La nuit du cœur flambant : une nuit à Chambéry
Cette nouvelle de Daniel-Rops nous transporte dans les rues chargées d’histoire du quartier ancien. À travers les déambulations de quatre jeunes gens fascinés par un homme mystérieux, on découvre la rue Basse-du-château avec son restaurant, la rue Croix d’Or avec son hôtel de La Pérouse et le cœur flambant de sa cour intérieure…

 

      

 

Il en parle ainsi dans une présentation faite devant les Amis du vieux Chambéry :
« Ce qui me frappa le plus, d’emblée, ce fut la poésie mystérieuse qui irradiait discrètement de ces paysages urbains, tels que Baudelaire les eût aimés. Il me souvient d’une vue nocturne des Portiques, alors assez mal éclairés par des becs de gaz avares : sous la pluie fine, l’artère majeure de Chambéry, totalement vide, semblait appartenir à un autre monde, un monde où le minéral seul était roi, et où l’homme ne pouvait que ressentir plus aiguë la certitude d’être fragile, éphémère voyageur sur la terre.


Ce fut une de ces soirées-là  que par hasard… je tombai sur le cœur flambant […] À la lumière jaune qui tombait d’une fenêtre, j’aperçus, pris dans le mur juste en face du corridor d’entrée, une étonnante sculpture baroque, un macaron hirsute, deux arcatures en forme de "S" encadrant un cœur d’où une flamme jaillissait. »

En 1955, lors de sa réception à l’Académie française, sur le pommeau de son épée, il fit graver… un cœur flambant.

 

           

 

Notes et références
[1]
D’autres lieux moins importants constellent aussi le récit, tels Luis, le lac noir de Conzieu, le lac d’Ambléon, les marais de Lavours et bien sûr le Rhône…

[2] Voir L’itinéraire bugiste de Laure Malaussène, revue Le Bugey, 2003

 

<< Christian Broussas Daniel-Rops - 02/09/2019 • © cjb © • >>

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 14:58

                 
                                                Sa statue à Genève sur l’île Rousseau

 

Après que Louis XIV eut révoqué l’Édit de Nantes en 1685, nombre de protestants quittèrent le royaume de France pour pouvoir exercer librement leur culte. La famille Fazy est de ceux-là et trouvent bientôt refuge dans la cité genevoise. Alliés aux Vasserot, ils vont avec bonheur se spécialiser dans la fabrication d’indiennes [1], en particulier Antoine qui s’établit à son compte aux Pâquis en 1706. Son entreprise prospère et en 1719, il va épouser en troisièmes noce Clermonde Rousseau, tante du jeune Jean-Jacques âgé de sept ans.  Clermonde est, écrit-il, « d’une réserve que depuis longtemps les femmes ne connaissent plus. » Ainsi, les liens entre les Rousseau et les Fazy vont se renforcer.

 

        
                                    Les rêveries, édition 1782


Bien longtemps après, dans Les Rêveries d’un promeneur solitaire, Jean-Jacques Rousseau  évoquera la famille de sa tante et racontera une anecdote, une farce que lui fit l’un de ses cousins par alliance, histoire qui, il faut bien le dire, le met en valeur et est tout à son avantage.

 

« J’allais presque tous les dimanches passer la journée aux Pâquis chez monsieur Fazy qui avait épousé une de mes tantes et qui avaient là une fabrique d’indiennes. Un jour j’étais à l’étendage dans la chambre de la calandre et j’en regardais les rouleaux de fonte : leur luisant flattait ma vue, je fus tenté d’y poser mes doigts et je les promenais avec plaisir sur le licé du cylindre quand le jeune Fazy s’étant mis dans la roue, lui donna un demiquart de tour si adroitement qu’il n’y prit que le bout de mes deux plus longs doigts ; mais c’en fut assez pour qu’ils en fussent écrasés  par le bout et que les deux ongles y restasses. Je fis un cri perçant, Fazy détourne à l’instant la roue mais les ongles ne restèrent pas moins au cylindre et le sang ruisselait de mes doigts.

 

                   
Partie d’une fresque sur Rousseau, métro Bastille    L'ïle Rousseau à Genève

 

Fazy consterné s’écrie, sort de la roue, m’embrasse et me conjure d’apaiser mes cris, ajoutant qu’il était perdu. Au fort de ma douleur, la sienne me  toucha, je me tus, nous fûmes à la carpière où il m’aida à laver mes doigts et à étancher mon sang avec de la mousse. Il me supplia avec larmes de ne point l’accuser ; je le lui promis et le tins si bien, que plus de vingt ans après, personne ne savait par quelle aventure j’avais deux de mes doigts cicatrisés ; car ils le sont demeurés toujours… »

Voilà une histoire exemplaire où le jeune Jean-Jacques devenu héros malgré lui, a le beau rôle, en tout cas dans la charmante version qu’il a réservée à ses lecteurs… 

Mais sa parentèle queyrassine  ne lui causa pas que des déboires, on trouve par exemple dans Julie ou la Nouvelle Héloïse le personnage de Fanchon Regard, venu tout droit de Fanchon Fazy, belle-fille de Clermonde Rousseau

 

                 
                                                     James Fazy

Notes et références
[1] Fabrication de toiles de coton peintes ou imprimées

Voir aussi
* Sur les Fazy : Antoine Fazy --  Daniel Fazy -- Henri Fazy -- James Fazy --

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 09:14

Après une première balade avec Julien Gracq [1] dans ma fiche Julien Gracq en Bretagne, je vous invite à une nouvelle balade en compagnie du prix Goncourt qui a passé plusieurs séjours dans cette région.

Alors professeur d’histoire-géographie à Nantes et Quimper, Julien Gracq balade en son premier roman intitulé « Au château d’Argol » où il décrit entre autres sa découverte de la pointe du Raz à l’automne 1937. C’est à l’École normale supérieure qu’il se lie d’amitié avec le Brestois Henri Queffélec (le père de Yann), qui lui fait découvrir le Finistère.

      
La pointe du raz     

     

Voici un extrait de ce premier volume des souvenirs bretons de Julien Graq :

« Le Raz. Quand je le vis pour la première fois, c’était par une journée d’octobre 1937, qui fut en Bretagne (c’était mon premier automne armoricain) un mois exceptionnellement beau. J’avais pris le car à Quimper ; il se vida peu à peu au hasard des escales dans les écarts du pays bigouden. Après Plogoff, nous n’étions plus que deux voyageurs ; nul n’avait à faire au Raz ce jour-là que le soleil qui devant nous commençait à descendre : il y avait dans le déclin de la journée dorée, comme presque toujours dans l’automne du cap, déjà une imperceptible suggestion de brume. La lumière était, comme dans le poème de Rimbaud - et comme je l’ai revue une fois avec B. en septembre sur la grève de Saint-Anne-la-Palud – [la lumière était] « jaune comme la dernière feuille des vignes ».

 

Le car allégé s’enleva comme une plume pour attaquer l’ultime raidillon qui escalade le plateau du Cap - alors indemne d’hôtels et vierge de parking - et tout à coup la mer que nous longions depuis longtemps sur notre gauche se découvrit à notre droite, vers la baie des Trépassés et la pointe du Van : ce fut tout, ma gorge se noua, je ressentis au creux de l’estomac le premier mouvement du mal de mer - j’eus conscience en une seconde, littéralement, matériellement, de l’énorme masse derrière moi de l’Europe et de l’Asie, et je me sentis comme un projectile au bout du canon, brusquement craché dans la lumière. Je n’ai jamais retrouvé, ni là, ni ailleurs, cette sensation brutale et cosmique d’envol - enivrante, exhilarante - à laquelle je ne m’attendais nullement.

 

          

 

Auprès du Raz, la pointe Saint-Mathieu n’est rien. Quelques années plus tôt - en 1933 - parti de Saint-Ives, j’avais visité avec L. le Cap Land’s End en Cornouailles. Il ne m’a laissé d’autres souvenirs que celui d’une vaste forteresse rocheuse, compliquée de redans et de bastions, qui décourageaient l’exploration du touriste de passage. Un château plutôt qu’une pointe, comme on voit dans la presqu’île de Crozon le château de Dinan, mais plus spacieux - moins un Finistère qu’un confin perdu et anonyme, trempé de brume, noyé de solitude, enguirlandé, empanaché de nuées d’oiseaux de mer comme une île à guano.

 

Ce qui fait la beauté dramatique du Raz, c’est le mouvement vivant de son échine centrale, écaillée, fendue, lamellée, qui n’occupe pas le milieu du cap, mais sinue violemment en mèche de fouet, hargneuse et reptilienne, se portant tantôt vers les aplombs de droite, tantôt vers les aplombs de gauche. Le plongement final, encore éveillé, laboure le raz de Sein comme le versoir d’un soc de charrue. Le minéral vit et se révulse dans cette plongée qui se cabre encore : c’est le royaume de la roche éclatée ; la terre à l’instant de s’abîmer dans l’eau hostile redresse et hérisse partout ses écailles à rebrousse-poil.

 

Depuis, je suis retourné quatre fois au Raz. Une fois, avec le président du cercle d’échecs de Quimper, nous y conduisîmes Znosko-Borovsky, célèbre joueur d’échecs, que nous avions invité dans notre ville pour une conférence et une séance de simultanées ; avec sa moustache taillée en brosse, il avait l’air d’un gentil et courtois bouledogue. Je ne sais pourquoi je le revois encore parfaitement, silhouetté au bord de la falaise, regardant l’horizon du sud : il y avait dans cette image je ne sais quoi d’incongru et de parfaitement dépaysant. Il ne disait rien. Peut-être rêvait-il, sur ce haut lieu, à la victoire qu’il avait un jour remportée sur Capablanca.

 

 

Chaque fois que j’ai revu la pointe, c’était le même temps, la même lumière : jour alcyonien, calme et tiédeur, fête vaporeuse du soleil et de la brume, « brouillard azuré de la mer où blanchit une voile solitaire » comme dans le poème de Lermontov. Chaque fois c’est la terre à l’endroit de finir qui m’a paru irritée, non la mer. Je n’ai vu le Raz que souriant, assiégé par le chant des sirènes, je ne l’ai quitté qu’à regret, en me retournant jusqu’à la fin : il y a un désir puissant, sur cette dernière avancée de la terre, de n’aller plus que là où plonge le soleil.

 

Notes et références
[1] Voir ma fiche Biographie de Julien Gracq --

 

Autres regards sur la Bretagne
"Yann Queffélec, l'océan, les mots", documentaire de Philippe Baron
Irène Frein, Souvenirs de jeunesse
* L’aber-Ildut de Yan Queffélec - La Granville de Louis Guilloux - Brest par Tanguy Viel --

 

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 16:16
William Wordsworth, poète romantique anglais

 

Le vendredi 25 mai 2012 par Christian Broussas.*

 

William Wordsworth naît le 7 avril 1770 à Cockermouth dans l'ancien comté de Cumberland (aujourd'hui comté de Cumbria). Sa poésie inaugure, avec celle de son ami le poète Samuel Taylor Coleridge, le romantisme dans la littérature anglaise, avec la parution de son recueil Lyrical Ballads en 1798 et plus tard avec son œuvre maîtresse Le Prélude, poème autobiographique centré sur ses jeunes années. Il sera toujours très lié à sa sœur, la poétesse Dorothy Wordsworth.

C'est en 1764 que John Wordsworth, son père, fut muté à Cockermouth et emménage dans une magnifique "maison géorgienne" appelée maintenant "Wordsworth House". Elle a été sauvée de la démolition en 1938, inscrite au National Trust et ouverte au public l'année suivante comme "mémorial de Worsdworth". Plus récemment en 2033-2004, elle a été entièrement réhabilitée dans son style du 18ème siècle. [1] 

 

Dove Cottage situé à Grasmere abrita William Wordsworth et de sa sœur Dorothy de 1799 à 1808, où il écrivit nombre de ses poèmes et où sa sœur tint son journal. En 1802 Wordsworth épousa Mary Hutchinson où naquirent leurs trois premiers enfants. Ils y recevaient souvent leurs amis, en particulier Walter Scott, Charles et Mary Lamb et Samuel Taylor Coleridge, l'ami intime. Dove Cottage est construit avec la pierre locale, des murs extérieurs blanchis à la chaux pour éviter l'humidité, un toit d'ardoises et des cheminées avec un dispositif anti-fumée. La maison fut préservée en 1891 par son inscription au "Wordsworth Trust" puis on créa en 1981 un musée et une bibliothèque consacrée au romantisme anglais.

 

Rydal Mount, dans le superbe site de Lake District, surplombant le lac Windermere et la rivière Rydal, fut sa dernière demeure qu'il occupa de 1813 à 1850. Cette demeure est d'autant plus intéressante qu'elle est toujours habitée par ses descendants et qu'elle a ainsi gardé son atmosphère initiale. On peut visiter la salle à manger située dans la partie de l'époque Tudor (1574) offrant un grand contraste avec les pièces rajoutées en 1750, ainsi que les chambres des parents, des enfants et son bureau aménagé dans le grenier.

A la mort de sa fille Dora en 1847, William et sa femme Mary plantèrent des milliers de jonquilles dans un champ appelé depuis le "Dora's Field" où les jacinthes succèdent aux jonquilles.
 

Références 

[1]  On peut y admirer la cuisine du 18ème siècle, les chambres d'enfants, le bureau de Wordsworth ainsi que le jardin et sa terrasse surplombant le fleuve Derwent où jouaient les enfants.

 

Repères bibliographiques

- "Ballades lyriques", suivies de Ode, pressentiments d’immortalité, éditions José Corti, 2012  

- "Le prélude et autres poèmes", éditions Gallimard, mai 2001, 289 pages, isbn 207032799X
- Poèmes de Wordsworth
-
William Wordsworth et ses 3 résidences principales : Cockermouth, Dove Cottage et Rydal Mount

 

Voir aussi

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 14:12
Par les champs et par les grèves 
Par les champs et par les grèves, par Gustave Flaubert et son ami Maxime Du Camp, est un récit de voyage en Bretagne, publié en 1881.
Référence : Édition originale 1881,  Réédition Pocket, 2002, isbn 2-266-11220-1

 

tumb tumb La Bretagne entre champs et grèves

 

Gustave Flaubert et Maxime Du Camp

Gustave Flaubert et Maxime du Camp sont deux jeunes amis, une amitié qui durera toujours, à l’image de Frédéric Moreau et de Deslauriers dans "L’Éducation sentimentale". Ils décident d’aller visiter la Bretagne, long voyage d’agrément s’étalant sur environ quatre mois, et ils partent tous deux sac à dos la 1er mai 1847, changement de climat jugé salutaire pour Flaubert qui souffre des nerfs depuis sa grave crise de janvier 1844.

Nous connaissons bien leur périple, aussi bien par la relation qu’ils en ont faite dans leur récit "Par les champs et par les grèves" [1] que par les lettres que Flaubert envoya à sa maîtresse Louise Colet. [2] Après être passés par le Val de Loire, ils arrivent à Carnac où Flaubert est surpris par l’importance et le mystère de ces alignements, se perd en conjectures sur cette civilisation qui a hissé dans de gigantesques efforts de tels symboles. « Voici donc, écrit-il mi figue mi raisin, ce fameux champ de Carnac qui a fait écrire plus de sottises qu’il n’a de cailloux. » (p. 90) Il flâne aussi sur le bord de mer, prend des bains de soleil sur la plage, contemplant « le soleil s’abaissant sur la mer qui variait ses couleurs… »

Ils donnent leurs impressions sur les contrées qu'ils traversent et les gens qu'ils rencontrent, émaillées de quelques digressions, intéressante évocation d'un récit qui nous entraîne essentiellement en Bretagne, but ultime du voyage, mais aussi en Touraine et dans l'Anjou.

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En route vers Saint-Malo

Ils remontent vers la presqu’île de Quiberon, « à gauche les îles d’Houat et d’Hoedic bombant sur la surface du pâle azur leurs masses d’un vert-noir, Belle-Île grandissant les pans à pic de ses rochers couronnés d’herbe et la citadelle dont la muraille plonge dans la mer… » Belle-Île qui l’impressionne par « la roche s’ouvrant dans toute sa grandeur montait subitement ses deux pans presque droits que rayaient des couches de silex et où avaient poussé de petits bouquets jaunes. »

 Voyage culturel aussi bien sûr : ils visitent la Vénus de Quinipily, statut de granit, femme dénudée « posant une main sur sa poitrine. » (p. 127) Les deux amis se rendent ensuite en Cornouaille, Quimperlé très agréable mais sans cachet, le grand marché de Rosporden, Quimper « le centre de la vraie Bretagne. » (p. 130 et 139) Quimper ville étape offre sa « belle promenade d’ormeaux le long de la rivière. » C’est la fête avec les rues tendues de drap de calicot, les cloches qui sonnent à toute volée, des pétales de roses et des juliennes semés sur les pavés ; un dimanche de fête avec une belle procession.

 Dans le sud du Finistère, ils trouvent une pluie tenace qui leur gâche la visite de Concarneau avec ses hautes murailles et « ses mâchicoulis encore intacts comme au temps de la reine Anne. » Ils traversent la forêt de Fouesnant sous une pluie battante et arrivent à Pont-L’abbé fort trempés. Flaubert est conquis par les nombreuses petites églises bretonnes fort pauvres mais ô combien émouvantes, par la ferveur religieuses de ses habitants, de ces églises « semble se concentrer toute la tendresse religieuse de la Bretagne. » Cette ferveur l’amène à cette réflexion : « L’ascétisme n’est-il pas un épicurisme supérieur, le jeûne une gourmandise raffinée ? »

 Le beau temps finit par revenir. De Crozon à Landévennec, « la campagne est découverte… une mousse rousse s’étend à perte de vue sur un sol plat avec parfois quelques champs de blé. » Á l’évidence, le paysage de cette région ne lui plaît guère. Après les étendues de landes, ils longent la crête d’un promontoire « qui domine la mer… se répandant du côté de Brest, tandis que de l’autre, elle avance ses sinuosités dans la terre qu’elle découpe, entre des coteaux escarpés, couverts de bois taillis. (p. 172)

Flaubert admira la côte sauvage

Brest et son port ne l’enthousiasment guère, même la mer lui semble assujettie à l’activité industrieuse des hommes. Le reste est à l’avenant, un théâtre désaffecté, « des églises déplorables, une place d’armes carrée »… seule éclaircie,  l’esplanade des derniers remparts, sa vue grandiose sur la rade et le large.

 « En s’écartant du littoral et en remontant vers la Manche, la contrée change d’aspect, elle devient moins rude »quand on entre dans le pays de Léon, plus fertile. « Saint-Malo, bâti sur la mer et clos de remparts semble une couronne de pierres posée sur les flots dont les mâchicoulis sont les fleurons. » Manifestement, il aime la ville et ses alentours, ira se recueillir sur la tombe de Chateaubriand sur l’île du Grand-Bé.

 Avant de quitter Saint-Malo, les deux amis font un crochet par Cancale, « aligné sur un quai de pierres sèches », où ils mangent des huitres et jouent aux touristes, faisant, note Flaubert, « chauffer ma guenille au soleil à faire le lézard... le corps inerte, engourdi, inanimé… » Par Dol et Pontorson, ils prennent la route du Mont-Saint-Michel qui se détache au loin sur son éperon rocheux. Il reste sans voix, plein d’admiration devant « la muraille de la Merveille avec ses tente-six contreforts géants […] Entre deux fines tourelles, la porte d’entrée du château s’ouvre par un voûte longue où un escalier de granit s’engouffre.» (p. 237)

 Á l’époque, le lieu n’est pas encore un centre touristique connu, Flaubert découvre un atelier de tissage dans la salle des Chevaliers et la nef de l’église sert alors de réfectoire aux prisonniers car le Mont reçoit encore de prison avec des cachots redoutés et inexpugnables. (détails p. 237-238)

Saint-Guénolé

De Combourg à Rennes

Leur périple breton continue par une visite-pèlerinage à Combourg dont l’enfance de Chateaubriand a été bercée. Ils trouvent le château en piteux état, aucune réfection n’ayant été entreprise depuis fort longtemps. Combourg : « Quatre grosses tours rejointes par des courtines… des meurtrières dans les tours, sur le corps du château de petites fenêtres irrégulièrement percées font des baies noires inégales sur la couleur grise des pierres. » Un large perron dessert un étage devenu rez-de-chaussée devant le comblement des douves.

C’est le tableau général qu’en dresse Flaubert quand il arrive au pied de l’édifice. Il est déçu par la vétusté des lieux et impressionné de retrouver l’intimité du jeune Chateaubriand : « Rien ne résonnait dans la salle déserte où jadis à cette heure, s’asseyait sur le bord de ces fenêtres, l’enfant que fut "René". Le second étage est à l’abandon. Il entre dans une petite pièce avec émotion : « C’était là sa chambre. Elle avue vers l’ouest, du côté des soleils couchants. […] Assis sur l’herbe, au pied d’un chêne, nous lisions "René". »

Le soir, ils flânent le long du lac, toujours sur les traces de Chateaubriand. Devant la fenêtre ouverte de sa chambre, il pense à cet homme « qui a commencé là et qui a rempli un demi-siècle du tapage de sa douleur. » (p. 244 à 249) Ils partirent fort tristes de Combourg pour aller découvrir Rennes. Déambulant le long de la Vilaine, ils assistent à un spectacle donné par une troupe locale. La fin du voyage approchait : « Bientôt allait finir cette fantaisie vagabonde que nous menions… le retour aussi a ses tristesses anticipées qui vous envoie par avance la fade exhalaison de la vie qu’on traîne. »

Pont-Croix

Pont-Croix où ils passent en 1847 et où ils sont contrôlés par les gendarmes

Conclusion

Pour Flaubert, ce voyage a été "une fort jolie excursion". Sacs au dos et souliers ferrés, ils ont fait tous deux 160 lieues dans des conditions parfois difficiles. Il est très satisfait de son expédition, impressionné par la mer, « le grand air, les champs, la liberté, j’entends la vraie liberté, celle qui consiste à dire ce qu’on veut, à penser tout haut à deux, et à marcher à l’aventure en laissant derrière vous le temps passer sans plus s’en soucier que de la fumée de votre pipe qui s’envole. »

En fait, il est désolé qu'il arrive à son terme son équipée à travers la Bretagne commencée un matin de mai 1847, deux écrivains à l'aube de leur carrière partant à l'aventure dans une région alors assez sauvage, loin de la 'civilisation', loin du tapage du monde, un peu comme Bouvard et Pécuchet, pour écrire aussi ce livre à 'quatre mains', Flaubert se chargeant des chapitres impairs et Du Camp des autres.

Notes et références

[1] Gustave Flaubert, "Par les champs et par les grèves", édition de poche Pocket n° 11574, 2002

[2] « J’ai fini le dernier chapitre de "La Bretagne" écrit Flaubert à Louise Colet courant septembre1847

Bibliographie

* Gustave Flaubert, "Correspondance", choix et présentation de Bernard Masson, Folio classique, Gallimard, 1988

* Claude Mouchard et Jacques Neefs, "Flaubert, une vie, une œuvre, une époque", éditions Balland, 1986

* Herbert Lottmann, "Flaubert", éditions Fayard, 1989, réédition collection Pluriel 

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 10:11

Référence : Claude Roy, Nous, éditions Gallimard/Folio, 1972, tome II de son cycle autobiographique

 

Vivre un grand amour aide à conjurer la morosité, Claude Roy rejoint ce rêve, concilier l'idéal et le réel, quand un jour terne de décembre 1940 il rencontre Claire Vervin dans le Vichy de l'Occupation. Lune de miel avecc ette femme qu'il aime et dont il apprend qu'elle est juive au moment où sont promulguées les lois anti-juives. « L'irruption de la tragédie politique dans l'enclos de l'alcôve.» (P 36)

 

Amour entre parenthèses, il est à la préfecture de police de Paris en août 1944 et chante La Marseillaise sur le parvis de Notre-Dame. Sa trajectoire communiste louvoie entre la défense de l'expérience soviétique contre le cynisme du libéralisme occidental et le sectarisme du Parti Communiste, les purges, les procès truqués, toutes ces couleuvres à avaler et défendre malgré tout, croire envers et contre tout. « Je ne voulais pas encore me rendre à l'évidence : il me semblait que ce serait me rendre à l'ennemi » écrit-il en guise de conclusion. (p 135) Mais entre le déçus, ceux qui s'éloignent doucement mais sûrement et les exclus, il ne restera pas grand monde de ses amis.

 

Ses amours de guerre avec Claire sont des amours de fugitifs, de garnis en hôtels meublés. Ils vécurent à Marseille “en phalanstère“ rue des Bons-Enfants [1] avec Albert Ollivier, Olivier Messiaen et quelques autres. A Nice, ce fut une maison pleine d'icônes louée à des russes blancs, à Antibes sur les remparts puis de nouveau Paris avenue Reille à Denfert-Rochereau près du réservoir de Montsouris.


Rue de la Chapelle
La rue de la Chapelle

 

Ils rejoignaient souvent chez eux Nusch et Paul Eluard  au 35 rue de la Chapelle dans une grande bâtisse sale et décrépite. Petit appartement peint en beige et gris, moulures 'belle époque' au plafond et cheminée de marbre, des tableaux et ds livres un peu partout. Un grand portrait de Nusch aux seins nus par l'ami Picasso et beaucoup d'autres tableaux, un vrai musée en désordre avec Max Ernst, Fernand Léger, Villon, De Chirico... et d'autres Picasso. Des sculpteurs aussi où domine un buste d'Eluard par fenellosa, entouré de statues océaniennes, africaines et de vases péruviens.


       nusch-nusch.1294405807.jpg

                                                          Nusch Eluard (1906-1946)

 

« J'ai retrouvé plus tard une atmosphère très proche dans l'atelier d'André Breton au 42 de la rue Fontaine » note Claude Roy. Ils s'entouraient de ce qu'ils aimaient, « leur coquille était à leur image. » Pour Eluard, la guerre était le mal absolu, celui contre lequel il fallait lutter en priorité, l'absolu passif du capitalisme. Discutaqnt un jour avec Max Ernst, Eluard s'aperçut qu'en 1917 ils étaient proches l'un de l'autre, chacun dans sa tranchée.


Avec Elsa, Breton, Éluard et Nusch   Elsa, Breton, Eluard et Nusch 

 

[1] La rue des Bons-Enfants a inspiré un roman éponyme à patrick Cauvin, qui a reçu le prix des libraires en 1990

 

<<< Christian Broussas - Feyzin, 9 mars 2013 - << © • cjb • © >>>> 

 

 

 

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