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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 21:48
Référence : Daniel Pennac, Bartleby mon frère, éditions Gallimard, collection Blanche, 96 pages, mai 2021

 
         

 
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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 15:21

Référence : Philippe Sollers, Légende, éditions Gallimard, Collection Blanche, mars 2021

 

              
Sollers et Julia Kristeva sur les marches du théâtre de Bordeaux en 2014

 

La société actuelle est « une société de l'indiscrétion générale » où la « discrétion est capitale. » Philippe Sollers

Une nouvelle fois, Philippe Sollers dénonce les troubles "obsessionnels" de son époque à travers une médiation historique mâtinée d'une bonne dose d’ironie coutumière. 
Il nous parle ici, dans sa "bibliothèque universelle", de
« ce qui doit être lu. » Et c’est bien l’étymologie du mot "légende".

Les choses peu à peu se sont délitées et tout va mal sur la planète Terre. Dominent désormais le système financier et bancaire, la technique qui entraîne en particulier une robotisation qui investit beaucoup d'activités, sévissent le sexe et la drogue.

En matière culturelle, la littérature classique disparaît progressivement, même si on ne s'en rend pas encore vraiment compte, mais en fait plus guère de gens continuent à écouter et à lire.
En matière écologique, la situation s'est aussi délabrée, le climat n'a jamais été aussi chaotique, les virus répandent leur ravages létaux.

 

            

 

Si ça continue ainsi, la Terre deviendra vite invivable, probablement dans une trentaine d'années. Cependant, une nouvelle mutation semble avoir commencer...

Philippe Solers confie dans une interview que la lecture est de plus en plus phagocytée par le numérique, même si l'on peut considérer que peu de livres méritent d'être lus. C'est une explication du titre "Légende", même si le livre peut être aussi "le commentaire d’une image constante en mouvement" et s'il fait référence à « La Légende des siècles » de Victor Hugo que l'auteur prend aussi comme personnage.

On peut également penser à l'essai que Gérard de Cortanze avait consacré à Sollers en 2007 et qu'il avait justement intitulé "Sollers, vérités et légendes".

 

                 
Roland Barthes Sollers écrivain                            Avec Christine Angot

 

Sollers veut mettre l'accent sur la dictature de la technologique, de la robotisation et les difficultés que ça implique dans l'évolution de la société, écrivant dans le chapitre "Désennui", « L’enfer est moderne, le paradis est classique. »

Il fait référence à un livre du XVIIe siècle, "Les douze clefs de la philosophie", ouvrage consacré à l'ésotérisme.
Il rappelle en l'occurrence que dans
"Désir", son roman roman, la présence de Louis-Claude de Saint Martin, « le philosophe inconnu ». Pour lui, l’ésotérisme est comme « un continent perdu, une force indestructible. »

 

         

 

Notes et références
Mozart version Sollers -- Légende --
Philippe Sollers et son œuvre avec Portrait du joueur et Casanova --
À propos de Machiavel -- L’Évangile de Nietzsche --
Portraits de femmes -- Médium -- L’Éclaircie --
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<< Ch. Broussas, Sollers Légende 13/03/2021 © • cjb • © >
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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 18:02

Référence : Philippe Claudel, Fantaisie allemande, éditions Stock, 170 pages, septembre 2020
A noter que les droits de ce livre ont été reversés à une association d’aide aux libraires.

 

« On voit toujours le monstre chez l’autre et jamais celui qui sommeille en nous. »

 

         
Philippe Claudel avec Kristin Scott-Thomas

 

Philippe Claudel  conjugue dans cette fiction qui pourrait être témoignage, le thème de la culpabilité lié à une certaine idée de l’honneur.

Pourtant avant la guerre, ce soldat allemand avait été enthousiasmé par une doctrine nazie qui le réhabilitait avec lui-même et avec la nation. Il avait participé à cette grande aventure de la renaissance du pays qui était aussi la sienne. Puis il avait commencé à prendre ses distances, refusant de se mêler du sort des prisonniers, contrairement à son ami Viktor.

 

                   

 

À la fin de la guerre, le père de Viktor, vieil homme infirme, figé sur son passé, revoit sans cesse une amie de jeunesse.  Irma Grese dont le maire, un certain Viktor (encore un), l’a fait entrer à la maison de retraite pour s’occuper de son père qui a le don de l’énerver tant il est lent et a la manie d’entonner l’hymne nazi.  
Entre ensuite en scène un autre Viktor (nommons-le Viktor 4) qui aurait participé à une rafle qui a concerné une jeune fille ayant réussi ensuite à échapper à la fausse commune.

 

           
Film Avant l’hiver : Daniel Auteuil et Kristin Scott-Thomas
Kristin Scott-Thomas et Elsa Zylberstein

 

Et puis voilà aussi un nom connu, Franz Marc, peintre et graveur renommé dont on ne sait s’il est mort à Verdun en 1916 ou si l’Aktion, chargée d’éliminer les handicapés, l’a exécuté en 1940. En tout cas, ce Franz Marc, dont un petit malin, un certain… Viktor détient des œuvres inédites, vaut son pesant d’or.

 

                   

 

Ces textes qui a priori n’ont pas grand-chose en commun sinon d’abord le fameux Viktor, nom récurrent dont on ne sait s'il se dédouble dans l'esprit de Claudel et l’Allemagne d’après-guerre, se font écho, renvoient à des événements douloureux qui ont une résonance insoutenable avec le passé. Une Allemagne qui voudrait bien oublier sans passer par la case deuil, comme l’écrit Claudel, dans une citation empruntée à l'écrivain Thomas Bernhardt, une Allemagne « à l’haleine de gouffre. »

 

 

On est ici face à cinq nouvelles qui par un jeu de miroirs parviennent à former un tout pour se transformer en roman.

Philippe Claudel s'en explique ainsi au micro de RTL : « Quand un peuple est aspiré dans cette énergie négative, on se rend compte que ça crée des trous noirs gigantesques tels que ceux que le nazisme a pu produire. Donc ce qui m’a intéressé, ce n'est pas de revisiter l'Histoire telle qu'elle est décrite dans les manuels et par les historiens les plus compétents, mais de voir justement comment l'Histoire au quotidien percute des hommes et des femmes, soit directement parce qu'ils sont pris dans la tourmente, soit des années ou des décennies plus tard»

 

     
Claudel aux Golden Globes de Los Angelès
 

Mes fiches sur Philippe Claudel
Document utilisé pour la rédaction de l’article Philippe Claudel, "Le rapport de Brodeck" -- L'archipel du chien --
Document utilisé pour la rédaction de l’article Philippe Claudel, "L'enquête" - Philippe Claudel, "L'arbre du pays Toraja" -

Document utilisé pour la rédaction de l’article Philippe Claudel, "Fantaisie allemande" -- 

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<< Ch. Broussas, Ph. Claudel Fantaisie 17/10/2020 © • cjb • © >>
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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 21:20

Référence : Boualem Sansal, "Abraham ou la cinquième alliance", éditions Gallimard, collection Blanche, 288 pages, octobre 2020

 

               

 

Depuis déjà une vingtaine d’année, Boualem Sansal, l’homme à la queue de cheval, n’a cessé de lutter autant par son œuvre que son action au quotidien, contre tous les extrémistes et d’abord contre l’intégrisme islamique. Il n’a pas eu de mots assez forts pour dénoncer cette situation et ses dérives.

 

  Boualem Sansal et Hédi Kaddour

 

En 2018, j'avais consacré une fiche à son précédent livre intitulé Le train d'Erlingen où les habitants attendent un train qui n'arrive pas et dont l'attente provoque une peur de plus en plus intense. Puis j'avais eu l'occasion de le rencontrer quand il est venu à Divonne parler de la vision qu'il avait de l'évolution des sociétés contemporaines et en particulier les différents aspects de l'intégrisme islamique.

 

           
L’écrivain israélien Grossman et Boualem Sansal ensemble pour un appel pour la paix

 

A cette occasion, il a largement évoqué la logique létale de cet intégrisme et le manque de réactions voire l'inertie des états européens face à cette menace insidieuse. En réponse à ma question concernant ses liens avec son compatriote l'écrivain Kamel Dadoud, il a confirmé que leur combat était commun et qu'ils avaient souvent été victimes de représailles de la part du pouvoir algérien. [1]

 

  Sansal à Jérusalem

 

Après en particulier Le Serment des barbares en 1999, paraît ce mois-ciAbraham ou la cinquième alliance où Dieu a passé en 1916 un nouvel accord avec un certain Brahim ou Abram, fils d'une tribu de Tell al-Muqayyar (l'ancienne ville d’Ur en Chaldée).

 

              

 

Repartant de la Genèse, le fameux Brahim-Abram, réincarnation d'Abraham, sillonne le Moyen-Orient alors en pleine guerre pour annoncer des temps meilleurs, conduire son peuple vers la Terre promise et fonder la cinquième Alliance. Dans cette Genèse revisitée, on nous brosse un Occident arrogant et sûr de lui-même et de sa diplomatie, concrétisée par exemple par l’accord Sykes-Picot ou les traités de Sèvres et de Lausanne et un Orient laminé par des potentats agressifs, des Hittites exterminateurs, de funestes religions.

Boualem Sansal nous offre ici une réflexion sur les faiblesses de la pensée religieuse face aux questionnements de notre époque.

 

            

 

Notes et références
[1] Boualem Sansal a connu beaucoup de problèmes après sa décision de participer à des manifestations culturelles où étaient présents des israéliens et son renvoi de l'université d'Alger après ses critiques du pouvoir et de l'islamisme radical. Malgré tout, il a toujours refusé de quitter son pays même s'il n'a cessé d'écrire en français.
Dans Le Serment des barbares, il dit que « l'algérien est un sabir fait de berbère, d'un arabe venu d'ailleurs, d'un turc médiéval, d'un français du XIXe et d'un soupçon d'anglais new-age. »

 

Voir aussi
Boualem Sansal, Le train d'Erlingen --
Les écrivains algériens et l'islam --

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<< Christian Broussas • Sansal Abraham © CJB  ° • 05/10/ 2020  >>
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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 22:18

 Référence : Philippe Djian, "2030", éditions Flammarion, 226 pages, 2020

« Écrire, c’est mettre de l’harmonie, c’est donner de la cadence au temps, du mouvement à l’espace, du swing à l’ennui. » Philippe Djian
 

       
 

 Comme souvent avec Philippe Dijan, les enjeux et les situations sont distillés un peu comme dans un roman policier. Ses personnages sont pris peu à peu dans les ressorts des événements faits d’errements et de remords.
De plus, vient se greffer le dérèglement climatique qui exacerbe les comportements dans ce roman de science-fiction qui se passe en 2030.
 

     
 

Les six personnages principaux de sa narration sont une nouvelle fois des torturés soumis aux flux et reflux de la vie, qui ont vécu des stratégies qui les ont déstabilisés.
Son héros Greg, un veuf proche de Lucie, son ado de nièce, est écartelé entre ses convictions et la réalité. Le militant écolo a de plus en plus de mal à travailler dans l’entreprise de son beau-frère Anton, second mari de sa sœur Sylvia qui a deux filles [1] et qui vend des  pesticides. [2]

De toute façon, « Il avait toujours su qu’Anton était une belle crapule, que le laboratoire qui portrait son nom ne s’embarrassait plus guère de probité ni d’éthique. » Il avait d'ailleurs pour lui falsifié les résultats d’une étude sur les pesticides.
 

        

La situation évolue quand il rencontre Véra, une belle femme, libraire et éditrice écolo, d'autant plus qu'un matin, Greg avait lu
un reportage réalisé il y a une dizaine d’années auparavant sur le combat en 2019, d’une "jeune femme aux nattes". Derrière le combat écologiste émaillé de remarques de l’auteur sur ce que pourrait devenir la terre à l’horizon 2030, on sent se profiler l’image de la jeune Greta Thunberg.
 

           
 

À travers le personnage de Greg, Philippe Djian affiche son pessimisme quant la capacité du genre humain à maîtriser son destin : « À moins de faire preuve d’un optimisme inébranlable, il n’y avait aucune chance de réparer les dégâts infligés à l’environnement- sans même parler des catastrophes humanitaires. Au fond, se disait Greg, c’était une histoire d’engrenage muni d’un cliquet anti-retours. Si certains s’employaient à limiter la casse, d’autres- plus puissants, plus roués, plus vénaux- s’empressaient de tout démolir. Une mécanique folle, que rien ne pouvait arrêter. C’était hallucinant. »
 

             

Quand on lui demande dans une interview pourquoi il avait écrit un livre de science-fiction. Il répond : « C’est venu d’un truc un peu bête, j’ai été très mal à l’aise avec les prises de position des "soi-disants" intellectuels français d’un certain âge sur Greta Thunberg, avec "de quoi elle se mêlait, qu’est-ce que c’est que cette petite idiote qui n’y connaissait rien"… J’ai trouvé que c’était insupportable, et je me suis dit : "J’ai envie de parler de ça !" En décalant de dix ans, j’ai trouvé que c’était l’idéal, elle a 30 ans quand le livre commence. »
 


 

Dans ce roman, Philippe Djian trousse toujours un récit dense et ramassé, aux personnages toujours aussi complexes, soutenu par un style incisif, disant benoîtement dans une interview : « J’essaie de faire du mieux que je peux… mais je ne veux pas que quelqu’un s’en mêle. »
 

Notes et références
[1] Aude, 20 ans, paralysée dans un fauteuil, et Lucie, 14 ans, militante écologiste
[2] Certains y voient un clin d’œil à Monsanto

 

Voir mes fiches sur Philippe Djian :
* "2030"
-- Chéri-Chéri -- Sotos -- Dispersez-vous, ralliez-vous --
* "Les inéquitables" -- "Oh" (prix Interallié 2012) -- "À l’aube" -- "Impuretés" --

 

Voir également
* La revue "Décapage", Flammarion, automne 2020 et son dossier "La panoplie de Philippe Djian" et la nouvelle inédite "Lueur".
*
Les indispensables : une brève présentation de 50 pour 100 (1981), Bleu comme l'enfer (1982), 37°2 le matin (1985), Doggy Bag (2005- 2008), Oh…” (2012).

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<< Christian Broussas • Djian 2030 © CJB  ° • 29/09/ 2020  >>
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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 20:58

Référence : Yasmina Khadra, Le sel de tous les oublis, éditions Julliard, août 2020

 

           

 

L’écrivain algérien francophone Yasmina Khadra publie Le sel de tous les oublis qui raconte l’errance d’un homme et les destins brisés au lendemain de la guerre d’Algérie. On y retrouve son obsession de « reconstruire les passerelles naturelles qui existent entre l’Orient et l’Occident » à travers des destins bouleversés par les tribulations de l’histoire.

Adem est instituteur dans la région d’Alger. Comme sa femme l’a quitté, il décide de partir, de prendre la route au fil de ses envies, sans but particulier. Au cours de son voyage, Il vivra de belles rencontres, partageant croyances et rêves pour une Algérie indépendante , verra de près la misère, en fait à la recherche de lui-même, même s’il a du mal à se l’avouer.

 

              
                                               Yasmina Khadra et Boualem Sansal

 

Cette Algérie fraîchement indépendante est omniprésente dans le roman et les protagonistes répugnent à remuer un passé douloureux,  à rouvrir des blessures à peines cicatrisées et cachant des fantômes qui peuvent ressurgir sans crier gare.
Adem en fera les frais.

Effectivement, Adem est un homme blessé qui a du mal à communiquer avec les gens qu’il rencontre tout au long de ses pérégrinations. On y côtoie par exemple pêle-mêle  un ancien forçat, un nain ermite, des tenanciers de bar et de hammams, des malades au fond d’un asile, que la vie a laissé ici ou là et que chacun supporte avec ses moyens.

 

           

 

On se doute des raisons de leurs difficultés à vivre, une guerre n’est jamais innocente, mais en tout cas, elles représentent un révélateur de la réalité,  dans une situation délicate d’une après guerre où il faut inventer un avenir.
Pour l’auteur, ces vies qu’il brosse sont des exemples, des symboles des individus que chaque société a tendance à laisser sur le côté de la route. 

 

      

 

Au-delà de la démarche d’Adem, témoin de son époque, c’est bien de l’avenir de l’Algérie dont il est question. Celui d’un pays qui émerge, gérant difficilement sa complexité.  Adem a représente aussi le côté moderniste et urbain de la société algérienne, plutôt rationnel que religieux, en bute aux traditionalistes. On se trouve face à une société de rupture prônant l’éducation des jeunes et l’émancipation des femmes.

Khadra pense que seul un amour partagé peut sauver ceux qui parviennent à s'accepter. « La vie est un navire qui ne possède pas de marche arrière. Si on n'a pas fait le plein d’amour, c’est la cale sèche garantie au port des soupirs. Lorsqu’on échoue là où les voiles sont en berne, on s’en veut amèrement de n’avoir pas laissé grand chose pour ses vieux jours. »

 


Yasmina Khadra, Frédérique Deghelt et Éric Orsenna

 

Voir mes fichiers sur l'auteur
* Le sel de tous les oublis -- Les hirondelles de Kaboul --
*
L'Olympe des infortunes -- L'outrage fait à Sarah Ikker --

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<< Christian Broussas • Khadre Oublis © CJB  ° 26/08/ 2020 >>
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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 19:02

Référence : Sébastien Spitzer, La fièvre, éditions Albin Michel, 315 pages, août 2020

 

« Les doutes détruisent. Les certitudes élèvent. » Sébastien Spitzer

 

         

 

Ce roman est parti d’une histoire vraie, une mystérieuse fièvre qui sévit en 1878 à Memphis aux États-Unis, qui tua un tiers de la ville en quelques mois. Une ville où il fait très chaud et où les moustiques abondent.
La française Annie Cook par exemple, a vraiment existé et vécu à Memphis où elle tenait une maison close huppée. Elle s’est investie dans la lutte contre la fièvre jaune au point d’être emportée par la maladie en 1878.

 

En juillet, Billy un homme meurt subitement dans la rue, première victime d’une épidémie qui va rapidement se répandre. Cet homme venait de sortir de la belle maison close appartenant à une certaine Anne Cook qui aura plus tard un rôle important. Keathing qui dirige le journal local, est un raciste avéré proche du Ku Klux Klan, rend compte de ce phénomène incroyable qui terrorise les habitants et introduit le chaos dans la ville.

 

            

 

Un ancien esclave, Raphael T. Brown, qui aspire à devenir un homme libre, va jouer un rôle central en défendant par les armes, une ville qui le rejetait.

Emmy a treize ans et vit à Memphis avec Émilia sa mère aveugle, symbole de cette mystérieuse maladie qui elle aussi frappe en aveugle. Elles vivent dans le quartier noir de la ville et si en théorie elles sont libres, ce n'est qu'un faux-semblant. Dans la réalité du quotidien, Émilia travaille pour une famille de blancs, en matière économique, on est très loin d'une quelconque égalité.

Emmy brûle de rencontrer enfin son père après des années d'attente. Mais rien ne va se dérouler comme elle l'espère, l'épidémie va la rattraper et elle ne verra jamais son père Billy, une des premières victimes de la fièvre.

 

             

 

La ville se vide rapidement de ses habitants qui se battent pour partir, obtenir une place dans un train. Puis le silence s'installe et surviennent les premiers pillages. Alors ceux qui sont restés s'organisent en milice. ce sont des noirs qui, pour une raison mystérieuse, sont immunisés contre la fièvre et défendent les demeures et les biens. Des caractères vont se révéler comme Keathing qui témoignera de leur courage dans son journal, le" Daily" ou Anne Cook qui va transformer son hôtel de passes en lieu d'accueil et de soins donnés par le docteur Mitchell. Un terrible parcours dont Emmy servira de guide tout au long des ravages de l'épidémie.

 

       Ces rêves qu'on piétine

 

À la lecture de ce roman, il est difficile de ne pas penser à La Peste d'Albert Camus, qui confronte des individus en apparence ordinaires, à un événement extraordinaire qui vont révéler leur vraie personnalité, entre ceux qui parviennent à se dépasser et ceux qui sont dominés par la peur et les événements. Il aborde aussi le thème du bien et du mal sous l’angle de la morale et du racisme particulièrement virulent à  cette époque aux États-Unis.

 

Voir aussi
Sébastien Spitzer, Le cœur battant du monde --

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<< Christian Broussas, Spitzer Fièvre 19/08/2020 © • cjb • © >>
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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 18:18
Philippe Claudel, né en 1962, est notamment l’auteur des Ames grisesla petite fille de monsieur Linh et Le rapport de Brodeck, prix Goncourt des lycéens en 2007.

L'auteur à Perpignan

Référence : Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck, éditions Stock, 2007, 978-2-298-00978-1

« Je ne suis rien, je le sais, mais je compose mon rien avec un petit morceau de tout» Le Rhin, Victor Hugo

Dans le village, on l’avait surnommé "De Anderer", "L’Autre", venu un jour de nulle part, sur ce chemin délaissé qui rappelait la guerre et de bien mauvais souvenirs. L’événement auquel Brodeck a été mêlé à son corps défendant  s’est déroulé en fait en deux épisodes. D’abord par le meurtre des deux animaux de "L’Autre", son âne et son cheval, jetés dans la rivière Staubi, puis à l’auberge Schloss, ce jour qu’on appelle pudiquement, à mots couverts "L’Ereigniës",  "la chose qui s’est passée." Ce soir-là, tout le village est impliqué, "ils" ont tous commis le pire, liquidé "L’Autre" pour d’obscures raisons qu'ils connaissent bien, enfouies au plus profond de la mémoire collective du village, avec le pauvre Brodeck pour témoin, « seul innocent parmi les autres. »

Pour Orschwir le maire, berger gardien de son troupeau d’électeurs, la mémoire est un des dangers les plus nocifs, aux terrible conséquences, lumière du passé qui occulte l’avenir et le rapport de Brodeck sera sacrifié au collectif, partira en cendres dans son grand poêle. En fait, et Brodeck s’en doutait, il était destiné à prendre acte, rapport administratif qui devrait d’abord transcrire la vérité pour préserver la bonne conscience des habitants du village, oublier, être une fin en sou et non à être diffuser pour laisser une trace.

              

Brodeck qui a définitivement perdu toute illusion, a ressorti la vieille, charrette, y a installé la vieille Fédorine, cette femme qui l’avait recueilli il y a si longtemps, sa chère Emélia qui avait toujours su qu’il reviendrait de l’enfer des camps et la petite Poupchette. Rien de plus. Les villageois vont enfin être entre eux, sans étranger pour les inquiéter, ils les ont tous "éliminés", et pour leur rappeler leurs turpitudes. Désormais, plus de bouc-émissaire non plus pour évacuer l’agressivité des dissensions.

Il y a comme une "réalité perceptive" qui s’exerce entre les individus, qui est comme l’objectif ultime que l’auteur donne aux rêves : « Je ne crois pas que les rêves annoncent quoi que ce soit… ils nous disent, dans le creux de la nuit, ce que nous n’osons peut-être pas nous avouer en plein jour. » (page 238)

Rien n'est clairement dévoilé mais, grâce à Brodeck qui, en parallèle du rapport officiel dont l'objectif caché est d'absoudre la population de sa responsabilité, tient aussi un autre rapport confidentiel celui-là, intime, qui mêle le fil de l'histoire à la trame de sa vie, qui transgresse la loi du silence imposée par le pouvoir villageois.
.
           

Citations
* « Tu sais écrire les mots, et comment ils peuvent dire les choses... »
* « Les hommes sont bizarres. Ils commettent le pire sans trop se poser de questions, mais ensuite, ils ne peuvent plus vivre avec le souvenir de ce qu'ils ont fait. Il faut qu'ils s'en débarrassent. » (le prêtre)
« ... la foule elle-même est un monstre. Elle s'enfante, corps énorme composé de milliers d'autres corps conscients. Et je sais aussi qu'il n'y a pas de foules heureuses. Il n'y a pas de foules paisibles. »
* « J'avais vieilli de plusieurs siècles dans le camp.... Les mêmes silhouettes et les mêmes visages osseux occupaient toujours le camp. Nous n'étions plus nous-mêmes. Nous ne nous appartenions plus. Nous n'étions plus des hommes. Nous n'étions qu'une espèce. »
* « Les hommes vivent un peu comme les aveugles, et généralement, ça leur suffit. Je dirais même que c'est ce qu'ils recherchent, éviter les maux de tête et les vertiges... »
* « Raconter ne sert (peut-être) qu’à entretenir les plaies, comme on entretient les braises d’un feu afin qu’à notre guise, quand nous le souhaiterons, il puisse repartir de plus belle. »

Commentaires critiques

* « Exempte du moindre pathos, son écriture est d’une virtuosité et d’une beauté stupéfiantes. Son propos humaniste n’en est que plus fort. Inoubliable. » Delphine Peras, L’Express
* « D’une écriture simple et limpide, formidablement construit, Le rapport de Brodeck est un livre magnifique –un roman, une fable, peu importe au fond- sur la question de l’altérité. » Patrick Nouchi, Le Monde
* « Philippe Claudel revient avec un livre envoûtant qui hante, poursuit et imprègne le lecteur. » Jean-Claude Raspiengeas, La Croix

        
 
  Voir aussi :

- 2002 : "Le Bruit des trousseaux", éditions Stock
- 2003 : "Les Âmes grises", Paris, Stock, 284 pages,isbn 978-2-234-05603-9, Prix Renaudot 2003, adapté au cinéma en 2005
- 2005 : "La Petite Fille de Monsieur Linh", Paris, Stock, 159 pages, isbn 978-2-234-05774-6
- 2007 : L'Enquête, Paris, Stock, 2010, isbn 2-23-406515-1

* Philippe Claudel : "Une cure de littérature" -
* Manu Larcenet : Le rapport de Brodeck en BD, éditions Dargaud, 2015

<<< Christian Broussas - Feyzin - 20 septembre 2013 - © • cjb • © >>>
                 <<< mise à jour 5 juin 2020 >>>
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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 18:43

Référence : Régis Jauffret, Papa, éditions Le Seuil, 208 pages, janvier 2020

« Un roman, une biographie trouée et amplifiée par la fiction. » Régis Jauffret

 

      

 

« Ces sept secondes de film ont réveillé l’enfant tapi dans les couches profondes de mon être, me donnant une inextinguible soif de père », confesse-t-il.

19 septembre 2018, Régis Jauffret aperçois dans un documentaire sur la police de Vichy son père sortant menotté entre deux gestapistes de l’immeuble marseillais où il a passé son enfance : « Ils semblent joyeux alors que le visage de mon père exprime la terreur. »  Des images datant de 1943. Son père, ni personne à sa connaissance, n’a jamais parlé de cet épisode pour le moins singulier et perturbant. « Moi dit-il, le conteur, le raconteur, l’inventeur de destinées, il me semble soudain avoir été conçu par un personnage de roman. »

 

         

 

De son père, il dit qu’il parlait peu et qu’il n’y avait pas d’échanges. Pas le genre de père avec qui on peut jouer au football, bricoler, ou avoir de vrais échanges car « c’était un père annihilé qui n’existait pas socialement. » Contrairement à son père, il dit être toujours « dans la projection totale, la surexcitation permanente, plus dans l’avenir qu’enfermé dans le présent. Le présent ne me suffira jamais. »

 


Régis Jauffret avec Legor Gran

Ces images qu’il découvre rompent l’indifférence qu’il professait à l’égard de son père, que même son décès n’avait pas modifiée. Mais elles lui donnent l’envie d’évoluer vers une meilleure image de lui. 
« Cette image était une sorte d’espoir. Lui qui n’était rien, là, il était quelque chose même si je ne saurais jamais quoi. »  

 

          
 

Pendant l’enfance  un fossé s’était creusé entre eux. L’écriture est en même temps l’occasion de se rapprocher de ce père et de constater cette distance et « cette étrangeté l’un à l’autre. » Le plus souvent, les souvenirs liés à l’enfance et aux parents sont plutôt positifs, ce qui n’est pas son cas. Pour lui, il existe les enfants aimés de leurs parents et ceux qui ne l’ont pas été. Son cas est plus ambivalent : une jeunesse somme toute assez heureuse, un père aimant mais souvent absent.

Et effectivement, c’est cette absence, le rôle effacé de son père Alfred qui fait que sa mère Madeleine assume tous les rôles et que l’enfant prend la place du père.

 

            
« Ce livre n’est que vérité, quand on ment et qu’on dit qu’on ment, on dit la vérité. »
 Régis Jauffret

 

Il avoue n’avoir jamais ressenti une douleur pareille lors de l’écriture d’un roman : « Pour moi c’est une aventure invraisemblable, je n’aurais jamais imaginé écrire ce livre. »
  

Parler d’Alfred et de Madeleine, c’est mettre de la distance avec Maman et surtout Papa, qu’il essaiera malgré tout de rejoindre, d’où le titre du livre car « cette mise à distance participe de l’effet de fiction, du romanesque et de l'universalité de l'ouvrage. »

 

Si on y trouve les éléments de décor propres à l’époque, le magasin Aux Dames de France avec son "escalier roulant", les scooters Lambretta et les tanks en plastique, l’essentiel réside dans cette dualité entre le travail de la mémoire et celui de l’imaginaire de l’écrivain, l’amour filial qui voudrait se libérer et un sentiment de culpabilité.

 

Il sait aussi que tout est lié puisque « à chaque fois qu’on se souvient le souvenir se modifie », ce passé, on peut avoir envie de le faire revivre  ou « le ranger selon l’humeur sur les rayons de notre chronologie comme les livres sur ceux d’une bibliothèque ».
On peut se demander finalement ce qui est le plus vrai : le roman et sa part de fiction, d’invention  ou les souvenirs souvent biaisés par les insuffisances de la mémoire. 

 

          

 

Voir aussi mes fiches
* Régis Jauffret, Microfictions 2018 -- Claustria  et Papa --
* - Claire Castillon Les Merveilles, Les couplets -- Ma Grande --
Couples et littérature --

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<< Christian Broussas, Jauffret Papa 14/01/2020 © • cjb • © >>
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10 janvier 2020 5 10 /01 /janvier /2020 23:09
  Daniel Pennac en 2018

« Écrire, c’est respirer, imposer un ordre esthétique (lié à notre propre cohérence) au chaos du monde. » Daniel Pennac

Son rapport l’écriture

Le cancre qu’il était a fini par  devenir un grand lecteur car la lecture fut pour lui un refuge, à une époque où on lui interdisait de lire. Puis, devenu professeur, il a fait apprendre par cœur des textes à ses élèves pour « les apprivoiser, se constituer une bibliothèque mentale qui n’est que matière à de futurs actes et créations. »
Il voulait que la lecture devienne pour eux une nécessité.



L’écriture est pour lui aussi une nécessité, autant de réminiscences à sa propre vie, même s’il les juge involontaires, un besoin d’expression qui a quelque chose à voir avec le rêve. L’important est également de garder le cap sans trop se poser de questions car « rien ne peut jamais marcher si l'on songe à tout ce qu'il faut pour que ça marche. »

     
« Si vous voulez vraiment rêver, réveillez-vous. »
Daniel Pennac


Ses personnages surgissent des traits de ses amis, « souvent romanesques en eux-mêmes » ou aussi de ses lectures : « Malaussène, par exemple, est né d’une lecture de René Girard. Mais les personnages sont peu de chose, des éléments de la phrase : « leurs noms apparaissent de manière à construire un rythme, à produire un effet. C’est le texte qui est vivant, pas eux. »

Cette fois, Daniel Pennac s’interroge sur les liens flous, imprécis entre l’esprit rêveur et l’acte d’écrire. Finalement, sa vocation trouve peut-être son fondement dans sa capacité à rêver. [1] Après une chute accidentelle qui le plonge dans le coma, l’auteur de la saga Malaussène explore ce monde où imaginaire et réalité ont tendance à se confondre, avec comme référence un hommage appuyé à Federico Fellini. [2]


« Nous sommes l'enfant de notre corps. » Daniel Pennac

Quelle part peut bien avoir le rêve dans l’écriture se demande Pennac ? Son point de départ est une citation de Federico Fellini, pour qui il a une tendresse particulière, en exergue de chaque chapitre. 

Pour lui, « dans la vie, il existe deux types de rêves : les rêves clos qui n'ouvrent sur aucune aventure de récit au réveil, et les rêves ouverts, à partir desquels on peut tirer un fil narratif et laisser à notre imagination la liberté de continuer jusqu'à plus soif. » En somme, des visions nocturnes qui peuvent avoir un prolongement quand l’esprit vagabonde pendant la journée.

   

Revenons à Fellini, car ce livre outre son parcours onirique, est aussi un hommage au grand cinéaste italien dont il écrit que « les rêves de Fellini sont directement cinématographiques comme ses films sont parfois oniriques. »

Les rêves, il se les approprie comme un matériau, comme souvent les romanciers pour qui tout peut devenir objet de fiction, « il arrive que … des êtres chers qui sont autour de vous au quotidien, qui sont très nombreux car je mène une vie tribale, envahissent mes rêves et viennent m'annoncer des nouvelles qui n'ont rien à voir avec la réalité mais qui peuvent m'inspirer des récits. »  

Cette disposition d’esprit est aussi importante pour la littérature enfantine qu’aime beaucoup Pennac, par exemple dans sa série Kamo. [3]



Il l'exprime ainsi clairement dans une interview : « Je citerai l’incroyable concentré de pertinence que représente la définition du réel par Lacan : " Le réel, c’est ce qui cloche ! " Ce qui implique que toutes les créations, aussi folles soient-elles, sont autant de tentatives pour rétablir l’ordre du monde... Tout acte de création, même né de la cervelle particulièrement désordonnée d’un Antonin Artaud, vise à remettre de l’ordre dans le réel ».

   Daniel Pennac et Juan Miro

Il évoque la relation entre le rêve et la fiction. Pour lui, le rêve ne souffre aucun temps mort, « tout y est image et sensation, le suspens à l’état pur », un matériau dont le romancier peut user en toute liberté. 

Son objectif, précise-t-il, était d’atteindre "le comble du suspens", un livre où les événements seraient  séparés de l’action et prendraient leur source dans la sensation. Un roman où "le tout est possible" tient le lecteur constamment en haleine, comme dans la vie où l’avenir est un ensemble de possibles dont seulement certains vont se réaliser.


Notes et références
[1] « Le rêve est pour moi le ferment de l’imagination. Il se déclenche sans nous demander notre avis, nous plonge dans les situations les plus échevelées… Une fois la lucidité revenue, je me sens autorisé à les transformer à mon gré, à nourrir mes romans de ces fragments d’inconscient. »
[2]
Fellini fut un grand rêveur, il notait ses rêves et les dessinait car il fut aussi dessinateur. Son ouvrage, Le Livre de mes rêves, représenta une source d’inspiration importante pour ses films.

[3] Les aventures de Kamo : t1 L'idée du siècle, t2 Kamo et moi, t3 L'agence Babel, t4 L'évasion de Kamo. On peut aussi ajouter Cabot-Caboche, L’œil du loup et Le roman d'Ernest et Célestine.

Voir aussi
* Un amour exemplaire --
* Mes fiches : Journal d'un corps, Mon frère et La loi du rêveur --

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<< Christian Broussas, La loi du rêveur 04/01/2020 © • cjb • © >>

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