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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:42

Les Œuvres autobiographiques de Jean Daniel

 

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Œuvres autobiographiques est un recueil de récits autobiographiques écrit par le journaliste et écrivain Jean Daniel, paru en 2002 aux Éditions Grasset.

 

Il comprend les cinq récits suivants augmenté d'un index général :

- 1973 : Le temps qui reste, essai d'autobiographie professionnelle
- 1977 : Le refuge et la source, carnets autobiographiques
- 1992 : La Blessure suivi de Le Temps qui vient, carnets autobiographiques (Grasset)
- 1998 : Avec le temps : carnets 1970-1998, carnets autobiographiques (Grasset)
- 2000 : Soleils d'hiver : carnets 1998-2000, carnets autobiographiques (Grasset)

Présentation

De ce recueil qui fait la somme de son parcours et de ses réflexions sur une durée de vingt trois ans, ce qui est considérable, Jean Daniel a écrit :

 

« J'ai vécu comme si l'histoire était tragique, ce que je crois toujours, mais en même temps comme si une étrange et fugace lumière brillait juste au moment où disparaissent chez les auteurs grecs les acteurs de la tragédie. Je me suis comporté comme si la maladie était inévitable mais porteuse de guérison, comme si la souffrance était le scandale grâce auquel pouvait renaître une ferveur enrichie. Nous autres Méditerranéens, nous avons sans doute appris du "monothéisme judéo-chrétien" que l'Histoire a un sens, aux deux acceptions du mot : signification et direction. Mais nous vivons comme si nous attendions le très païen "Éternel Retour" de tous les cycles. Un peu de Moïse et de Jésus la nuit, beaucoup de Socrate et de Nietzsche le jour. Nous aimons trop la vie pour ne pas apprivoiser la mort. »

Les cinq volumes des Carnets

De ce carnet autobiographique, Jean Daniel en fait ce commentaire : « Je ne me suis jamais imposé de livrer à ces carnets autre chose que des humeurs, et rien ne paraîtra plus capricieux que ce qu'ils contiennent. »

 

Et effectivement, les événements prennent place au gré de sa plume, certains événements importants à peine abordés ou ignorés, certains de ses amis qu'on pouvait s'attendre à rencontrer n'y figurent pas. Il s'en défend en précisant qu'il a déjà abordé tel thème ou parlé de tel ami dans d'autres écrits (éditoriaux, livres ou conférences). Certains par contre pourront être réutilisés selon les circonstances et au gré de ses besoins. Ainsi vont les récits biographique, selon la fantaisie de l'auteur.

 

Il précise par contre que « ces carnets se veulent surtout des contrepoints, des pensées en coulisses souvent suscités par le sentiment d'en avoir trop dit ailleurs, ou pas assez. Ce qui m'a conduit parfois à des indiscrétions, des confidences - des aveux. J'ai ainsi, sans le vouloir vraiment, réservé à ces pages des embarras et des remords, tel un peintre qui, au lieu d'inscrire ses repentirs sur un tableau, les réunirait à part dans un album spécial... »

 

Avec le temps était le livre qu'Elisabeth Guigou lisait ostensiblement durant la prolongation délibérée des débats sur le Pacs à l'Assemblée nationale en novembre et décembre 1998. [1]


       

 

5- Soleils d'hiver - Carnets 1998-2000 - Éditions Grasset et Livre de Poche

« Celui qui n'a jamais feuilleté un livre d'images... par un midi de février, ne sait pas ce que c'est que le vrai soleil. » ("Avec le temps", page 614)

 

26 décembre 1997 - Soleil d'hiver en Tunisie - Avant le départ de Jean Daniel pour la Tunisie, son ami Jean Lac lui dit : « Alors, tu vas retrouver ton glorieux soleil d'hiver ? » Il aime par-dessus tout cette lumière qui triomphe du froid, « mon thème familier de la convalescence-renaissance. » ("Avec le temps", page 670)

 

Le soleil d'hiver, écrit Jean Daniel, il le considère comme une promesse et depuis quelque temps, il préfère les « convalescences, les sorties d'enfer, les promesses de lumière sous la pluie, les enfants qui rient à travers leurs larmes, les regards du grand blessé soudain miraculé, l'irremplaçable médecin qui meurt en vous faisant signe que vous n'avez rien de grave et auquel vous fermez les yeux en étant en effet rassuré. »

 

Il cite André Gide qui fut avec Albert Camus un guide pour lui, un Gide qui découvrit sur le tard « que sa jeunesse avait été couverte de rides assidûment tracées par ses parents » et qu'il s'apprêtait alors à vivre une vraie jeunesse. Lui l'incroyant se sent capable de rendre grâces même dans ce monde de détresse et de larmes, rejoignant l'euphorie du chercheur qui vérifie la véracité de ses travaux dans la découverte d'autrui. Il se souvient que dans sa jeunesse; il avait « chanté de l'été tous les éclats depuis les baies de Carthage jusqu'aux magies de l'archipel toscan » alors qu'aujourd'hui, c'est-à-dire à l'an 2000, date à laquelle se termine cette évocation, « seuls les soleils d'hiver me restituent l'intensité des aubes éphémères. »

 

Soleils d'hiver : entre photographie officielle d'une époque et petit traité existentiel [2]
Il existe deux grandes sortes de diaristes : ceux qui, comme Rousseau, décrivent leur MOI à l'infini et ceux qui, comme Montaigne, estime leur expérience unique et en même temps universelle. Jean Daniel est un peu deux deux. Et c'est pour ça qu'on l'aime, à travers ses portraits, ses commentaires sur l'actualité, ses rencontres du genre "Moi et Mitterrand", "Moi et Camus", "Moi et Bourguiba, Hassan II, Senghor"... alternant la peinture d'une époque et la note personnelle parfois surprenante.

 

Si les portraits n'offrent pas toujours un grand intérêt, la partie plus personnelle, ses confidences donnent un personnage attachant quand il évoque son rapport à la solitude, à l'abandon, au temps et à ce qu'il a d'inéluctable, quand il quitte le registre de la comédie et est vraiment lui-même. Il y développe un hédonisme rigoureux, le désir de vivre les instants précaires et irremplaçables qu'offre la vie, la douceur du présent liée à la fidélité au passé. C'est surtout le présent qui l'intéresse, temps insaisissable entre le fardeau du passé et la nébuleuse de l'avenir, ces "Soleils d'hiver" qui réchauffent l'espoir.

 

         

Voir aussi : Librairie Gaïa, Humanisme de Jean Daniel, Entretien avec Sartre

 

Notes et références

[1] Elisabeth Guigou Libération  et Elisabeth Guigou Assemblée Nationale

[2] d'après Robert Busnel, "Deux Daniel pour le prix d'un", L'Express du 16/11/2000

 

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:24

Les Religions d'un président est un essai biographique sur le président François Mitterrand écrit par le journaliste et écrivain Jean Daniel.

 

Présentation et contenu

Cet ouvrage sur François Mitterrand et son action comme président de la république pendant son premier septennat, que Jean Daniel a mûri pendant plusieurs années avant de le publier, est tout à la fois un livre biographique, un livre de souvenirs sur les nombreuses rencontres qui se sont déroulées entre les deux hommes et un livre de réflexions sur l'homme tel qu'il l'a connu et sa façon d'exercer le pouvoir.

 

Jean Daniel s'en explique déjà dans son ouvrage autobiographique La Blessure, ses rapports avec François Mitterrand ont toujours été complexes, empreints de distance et de cordialité, semés de périodes de réserves et de périodes d'étroits contacts. Avec sa connaissance de l'homme, du milieu politique et de la géopolitique, Jean Daniel tente de répondre à deux questions centrales sur la concomitance de ces deux évolutions :

 

- Lui qui vient d'une famille issue de la bourgeoisie provinciale et de la droite traditionnelle, pourquoi cet itinéraire politique qui va le mener à diriger la gauche et à la conduire au plus haut niveau ?

- Comment et à quel prix a-t-il ancré les idées de gauche dans les mentalités françaises ?

 

 

Presque dix ans après avoir publié L'ère des ruptures, Jean Daniel dresse un bilan du premier septennat de François Mitterrand, sur l'itinéraire d'un homme qui est aussi devenu, surtout après son élection à la présidence de la république en 1981, l'itinéraire de la gauche et de l'histoire du socialisme à la Française. C'est sur ce destin hors du commun, cette "force tranquille" qui a dominé le paysage politique de son époque, que Jean Daniel pose des « regards sur les aventures du mitterrandisme, » sous titre qu'il a donné à son ouvrage.

 

Le livre commence par un thème cher à l'auteur, l'air du temps, mode d'emploi, du titre qu'il choisira pour sa biographie sur son ami Albert Camus : Avec Camus Comment résister à l'air du temps. Il revient sur cette notion de 'résistance' aux idées et aux mentalités ambiantes dans le chapitre 9 : « Comment Mitterrand rejoint la hantise chrétienne de Charles de Gaulle et comment celui-là, dans la foulée de celui-ci, résiste au siècle... »

 

Pour lui, ce siècle naissant est marqué par un important phénomène de société : la mort des idéologies propres au XXè siècle le marxisme et le nazisme, laisse place à un retour des valeurs judéo-chrétiennes et aux tentations islamistes, ces deux renaissance de type religieux inquiétant profondément l'Occident. Même s'il ne pense pas que fondamentalement le racisme soit enraciné dans le cœur des hommes et « dans l'âme des sociétés, » il n'en pense pas moins qu'on ne peut l'extirper simplement en le condamnant. Pour lui, la société française dans son ensemble, a refusé de poser ce problème en tant que tel.

 

La politique, c'est trop souvent une vue engluée dans la gestion du quotidien. Les hommes politiques ont plus que d'autres le désir de durer, d'imprimer leur marque, de laisser un nom. Mais comme il le note de sa plume ironique et malicieuse, « qui se souvient du président (de la république) au temps de Flaubert ? »

 

          Jean Daniel.jpg

Section annexes

Bibliographie

Voir aussi

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:09

Jean Daniel : Les Miens, Gide, Camus, Mauriac, Sartre, Foucault et les autres...

 

 

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Les Miens est un récit autobiographique, un ensemble de portraits tracés par le journaliste et écrivain Jean Daniel qui porte d'ailleurs en sous-titre les noms de quelques uns de ces hommes qu'il présente : « Gide, Camus, Mauriac, Sartre, Foucault et les autres... »

Référence : Jean Daniel, "Les Miens", Éditions Grasset, avril 2009, 270 pages, ISBN 978-2-246-74651-5

Présentation

Jean Daniel dans sa préface, évoque son « besoin d’évoquer certains des êtres qui ont illuminé mon existence me tenaille depuis que j’ai découvert qu’ils occupaient mes nuits.» Il parle de cette espèce de « grâce » qu'il a reçue et qui lui permet de revivre avec tous ses amis disparus « qui ont emporté une partie de moi-même et qui, de ce fait, me la restituent. » C'est aussi « un réconfort et une gratitude, » une façon de combler ce vide de l'absence qui a fait dire de Picasso à propos de Matisse : « Le jour où l’un de nous disparaîtra, l’autre ne saura plus à qui parler de certaines choses ». C'est ainsi qu'il leur parle et qu'ils lui tiennent compagnie.

 

Qu'ils soient amis ou adversaires, célèbres ou inconnus, intimes ou plus distants, « ils ont tous contribué à faire de moi ce que je suis et je les ai tous adoptés comme miens. »

Contenu et résumé

« Le jour où un instituteur a eu l'idée de nous demander de faire une rédaction sur le thème "Comment aimez-vous votre mère ?", j'ai eu la première révolte de mon enfance » confie Jean Daniel dans ce livre.

 

Jean Daniel, féru d'André Gide, [1] d'Albert Camus et de François Mauriac, adore cette phrase de ce dernier : « Un bon journaliste est d’abord un homme qui réussit à se faire lire […] le bon journalisme relève du dialogue. » Lui, le fondateur du Nouvel Observateur la reprend pour tracer son autoportrait et nous emmener dans son univers esthétique, politique et littéraire. Il nous offre d'intimes conversations avec ses disparus, comme il aimait aussi le faire dans ses Œuvres autobiographiques avec beaucoup d'affection mais sans complaisance, portrait de ceux qu'il admire, ces autres qui sont devenus les siens.

 

Il commence bien entendu par sa mère, [2] dont il a déjà tracé un portrait vibrant dans La Blessure pour parler ensuite des personnalités qui ont marqué sa vie, en commençant par Albert Camus bien sûr, à qui il a déjà consacré un ouvrage en 2006, [3] puis André Gide qui a tant marqué sa jeunesse, Pierre Mendès-France qui l'a tant guidé sur le plan politique (autant que le général de Gaulle, même s'ils se sont opposés), Jean-Paul Sartre ou Edgar Morin. [4] Les miens, ce sont aussi des figures aussi diverses que "François Furet" et "Germaine Tillon", "André Malraux", "Michel Foucault" et "Roland Barthes", "Roger Stéphane" et "Maurice Clavel", "Marie Susini", "Jules Roy", "Françoise Sagan" ou "Jacques Derrida"... une revue de quarante-trois portraits qui composent son univers personnel et nous donne souvent une couleur particulière de personnalités prises dans leur quotidien d'un simple moment, d'une simple journée passée en compagnie de Jean Daniel.

 

Il présente, il analyse avec la fine observation du grand journaliste de l'Express, Le Monde puis le Nouvel observateur, avec le cœur aussi d'un homme qui nous offre ces confessions comme un cadeau, avec une parfaite franchise et une grande probité, par petites touches qui le changent de l’exigence professionnelle de concision à laquelle doit s'astreindre le journaliste.

 

« Qu'est-ce qu'un homme qui compte ? Avec qui on se sent obligé de compter ? C'est quelqu'un dont les désaccords ne vous laissent pas en paix. J'ai rompu un jour, jadis, avec Camus sur l'Algérie et je ne m'en suis jamais accommodé. Je n'ai jamais rompu avec Pierre Mendès France, mais je me suis trouvé en désaccord avec lui sur de Gaulle. Je ne suis pas arrivé à m'y résigner. » (page 132)

 

Le Jean Daniel de cet ouvrage, c'est l'homme au ton de confidence qu'on trouvait déjà dans ses œuvres autobiographiques précédentes, l'écrivain du Refuge et la source qui, à cet âge où il peut repasser en esprit toutes les années, toutes les péripéties qu'il a vécues, nous livre cette quintessence de ses souvenirs.

 

Notes et références

[1] Voir aussi le portrait qu'il en dresse dans La Blessure pages 117-118
[2] Voir aussi dans "La Blessure" pages 138
[3]  Avec Camus : Comment résister à l'air du temps

[4] Voir aussi le portrait qu'il en dresse dans "La Blessure" pages 174-175 

Bibliographie

Voir également les fiches que j'ai réalisées sur ses ouvrages suivants :
- Œuvres autobiographiques, Éditions Grasset, 2002, qui réunit Le temps qui reste, Le refuge et la source, La Blessure, Avec le temps
- Jean Daniel (Rabaudy) : cet étranger qui me ressemble

 

Voir aussi
- Comment peut-on être Français ? Ecrits 1971-2011 sur l'immigration, le racisme et l'identité nationale, Jean Daniel et Hubert Védrine Voir l'article
- Les icônes de Jean Daniel et Jean Lacouture : Libération
- Ses éditoriaux au Nouvel Observateur, Son blog, Sa bibliographie

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 19:15

Le temps qui reste : Carnets de Jean Daniel, Tome I
Essai d'autobiographie professionnelle 

Œuvres autobiographiques


         

 

« Lorsqu'on voit ce que l'occupation allemande a fait comme ravage dans l'esprit français, on peut deviner ce que l'occupation française a pu faire en cent trente ans en Algérie. » Jean Daniel « "Le temps qui reste", » 1972

  • "Caliban" et Albert Camus

Au lendemain de la guerre, Jean Daniel et quelques amis décident de créer une revue littéraire qu'ils nomment "Caliban". Le mensuel lui donne l'occasion de rencontrer des gens qu'il apprécie et dont il espère le concours. C'est ainsi qu'il rencontre Camus qui a fait les premiers pas : « Après le sixième numéro, je reçus un coup de téléphone d'Albert Camus. "Caliban" disait-il l'intéressait et il se permettait de me faire un suggestion : celle de publier la maison du peuple de Louis Guilloux, un chef d'œuvre passé inaperçu. Bien entendu, j'acceptais mais je lui demandais d'en écrire la préface. Il rit, pensant peut-être que je ne perdais pas mon temps, et il m'invita à le voir à la NRF.» [1]

  • Jean Daniel et Bernard-Henri Lévy

Liés par un très grand respect mutuel, [2] ils se rencontrent tous deux alors que Bernard-Henri Lévy [3] revient du Bangla-Desh Il est tout de suite frappé par la ressemblance physique avec son père André Lévy et découvre au cours de leur discussion qu'ils sont nés la même année, à quelques heures d'intervalle dans des villages voisins de l’Algérie. Jean Daniel organise alors de "grands entretiens" entre Bernard-Henri Lévy et des "maîtres" comme Raymond Aron, Roland Barthes, Michel Foucault ou Albert Cohen.

 

C’est toujours sous l'égide de Jean Daniel que le Nouvel Observateur, creuset des tendances intellectuelles de la gauche, soutient le mouvement de la « nouvelle philosophie ». Paraissent ainsi de dures critiques contre Bernard-Henri Lévy, signées par exemple par Vidal-Naquet ou Castoriadis, Lévy ayant toujours un droit de réponse. Dixit le vif débat en juillet 2009 entre les deux hommes sur le problème du devenir du Parti socialiste.

  • Jean Daniel et Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre : Il faut dissimuler quand on fait de la politique, elle implique une contrainte de taire les choses. Prenez le cas Mélouza [4] : on a dénoncé les tortures dans les deux camps en se plaçant "au-dessus de la mêlée", résultat on a fait le jeu de de l'ennemi.

 

Jean Daniel conteste ce point de vue : les exactions du FLN étaient anciennes et bien connues mais là il s'agissait d'un acte particulièrement barbare que les intellectuels français ne pouvaient que dénoncer. (ce que reconnaît Sartre) La dénonciation de ces méthodes, si elles suscitent une désapprobation morale, n'en sont pas moins inefficaces. La bataille d'Alger est une victoire militaire mais aussi une victoire de la peur dans les deux communautés. [5]


Selon Jean-Paul Sartre, le FLN représente la révolution algérienne et on doit faire avec, le rejeter en bloc ne sert à rien. La difficulté est que justement, leur "jusqu'au boutisme" les dessert et qu'on n'a aucune action réelle sur eux. « Vous savez, on ne sait pas ce que eut le FLN, » ce qu'approuve Jean Daniel qui répond que l'organisation du FLN est totalitaire et fermée mais il conteste tout parallèle avec la Résistance française, la différence expliquant la dérive actuelle du FLN. L'erreur du FLN est de considérer l'Algérie comme une nation alors que ça été au mieux un état [6] et de vouloir reconstruire son passé, « l'ennemi n'est pas l'occupant, c'est le colonialisme. » Cette réflexion donne à penser à Jean Daniel que seule l'humiliation peut expliquer les réactions du FLN. [7]

 

Pour Jean-Paul Sartre, s'il est d'accord sur le fonds, si « l'Algérie révolutionnaire ne pourra se construire que grâce à la France », le problème est surtout d'ordre psychologique et de plus, que pouvons-nous promettre au FLN, quels engagements peut prendre la France ? S'ils veulent la rupture, c'est à cause de notre impuissance. Pour Jean Daniel, sans doute que l'Algérie réussirait mieux avec l'aide de la France mais pour l'instant, que feriez-vous si la paix ne dépendait que du FLN ?

 

Embarras de Sartre, il est pessimiste, même Fanon a coupé le contact, l'intransigeance du FLN, c'est qu'il ne se sent pas prêt à assumer le pouvoir et qu'il veut gagner du temps. Il craint que le terrorisme s'installe en France et qu'on entre dans un cercle infernal.

(Le temps qui reste, édition Stock, 1972, entretiens inédits du 13 janvier 1958)

 

Notes et références

 

[1] Jean Daniel, "Le temps qui reste", Gallimard, 1984, page 34

[2] « Ce remarquable essayiste, dont j’admire fidèlement l’impétueux parcours » écrivit Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur du 30 juillet 2009

[3] « On continuera longtemps de dire qu’il est, plus que bien d’autres, notre jeune homme » avait écrit BHL dans Le Point du 21 décembre 2006 en parlant de Jean Daniel
[4] Le massacre de Melouza fut perpétré par le FLN et visa les 303 habitants musulmans du village de Melouza (Mechta-Kasbah) en 1957, partisans du MNA, rival du FLN. La propagande due FLN accusa ensuite l'armée française de ce massacre - Voir L'histoire en question
[5] Pour une analyse approfondie de cette période, voir le livre de Jean Daniel "De Gaulle et l'Algérie", 'la tragédie, le héros et le témoin', Le Seuil, 1986

[6]  « Comme Charles-André Julien ajoute-t-il, et contre Jeanson. »

[7] Voir la vidéo Mohammed Harbi, Jean Daniel et Benjamin Stora :Une histoire franco-algérienne

 

Liens externes

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 19:05

Le refuge et la source

Référence : Jean Daniel, Le refuge et la source, éditions Grasset, 1977, Gallimard/Folio, 118 pages, 1979, Isbn 2070371212

Dans ce livre de souvenirs et d'humeurs comme il dit en parlant de ses Carnets, Jean Daniel écrit qu'il vivait en quelque sorte 'en sursis' «Comme si je devais retourner un jour dans la maison et retrouver les miens,  » Les Miens titre d'un autre de ses récits autobiographiques.

Il dit cette idée de provisoire qui lui collait à la peau, les combats livrés, les joies éprouvées et mêmes les amitiés qui à ses yeux sont si importantes, indispensables. Même ses rêves l'emmenaient jusque dans son enfance, dans la nostalgie de la maison familiale de Blida en Algérie, retrouvant les siens, recherchant une espèce de vérité qu'il ressent dans ces moments oniriques, comme mon refuge et ma source.

 

Depuis "Le temps qui reste", Jean Daniel montre qu'il n'est pas seulement un raconteur d'histoires biographiques mais aussi un écrivain qui brosse des portraits avec saveur et pose un oeil distancié sur son univers, sur ses proches et sur lui-même. Le refuge est marqué pour Jean Daniel et son père, juif attiré par le retour régénérateur à la terre, l’Algérie et Blida, la Méditerranée, et la Source, la judéité. Les sentiments à cette terre et aux siens représentent la présence irremplaçable du vivant dans son écriture, que transcrit la parole du père  : « Guéris vite, nous monterons sur la terrasse », dit son père, avec un grand et tendre sourire. C’était hier. C’est aujourd’hui. Je l’entends ».

 

Un jour, relate-t-il, François Mitterrand m'a dit : « Votre père, autoritaire et silencieux, tirant son autorité de son silence, au milieu de la grande table, en face de la place laissée vide, la place de l'ange, c'est mon père dans ma nombreuse famille. Depuis la lecture du "Refuge et la source", j'ai toujours voulu le dire ». [1]

Il revient ensuite sur ce livre auquel il tient particulièrement, en écrivant : « En fait, je n'ai jamais écrit qu'un seul livre personnel, "Le Refuge et la source", qui me contient tout entier et moi seul; qui est un hommage à la noblesse des personnages familiaux en termes de souvenirs d'enfance». [2]

Commentaires critiques

- « C'est un livre de la mémoire et de la mémoire brute : c'est là sa particularité et en un sens son audace. Il vient et s'assume dans une vie autre comme un coup de foudre. On dirait que Jean Daniel s'est trouvé par un accès subit, amoureux de son enfance. » Roland Barthes
- « Il fallait du courage pour venir à bout de sa pudeur. Et sa chronique, lapidaire comme une confidence échappée, c'est peut-être d'abord ceci : un acte de courage. » Jean-Marie Borzeix
- « Heureux Jean Daniel, celui qui a votre talent toujours neuf et celui d'avoir mal à une maison perdue, un livre secret et foisonnant. » Georges Buis
- « C'est important qu'il y ait ce morceau de tendresse et de fièvre douce, et qu'il nous apporté par Jean Daniel. » Michel Foucault
- « C'est un beau livre mais plus encore : un homme. » Pierre Viansson-Ponté
- « Des souvenirs de Jean Daniel qui palpitent à chaque page de son livre, on comprend en lisant qu'ils restent SON refuge au milieu des malaises et des épreuves d'aujourd'hui. Et que sa jeunesse évoquée avec tant de délicate émotion, c'est vraiment la source de cette sensibilité que nous aimons en lui. » Pierre Mendès-France

Bibliographie

  • Œuvres autobiographiques, (réunit le Refuge et la source, le Temps qui reste, la Blessure, Avec le temps, Soleils d'hiver), Éditions Grasset, 2002

Voir aussi les fiches que j'ai réalisées sur ses ouvrages suivants :
- Jean Daniel (Rabaudy) : cet étranger qui me ressemble
- L'Erreur
- Les Religions d'un président
- La Blessure
- Œuvres autobiographiques
- Avec Camus comment résister à l'air du temps
- Avec le temps

 

Notes et références

[1]  Voir son livre "Avec le temps", page 324

[2] Voir son livre "Avec le temps", Tanger 29 juillet 1989, page 389

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:55

L'ère des ruptures de Jean Daniel

Référence : Jean Daniel, "L'ère des ruptures", 332 pages, éditions Grasset, novembre 1979, ISBN 2246007631

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« Je fus souvent tenté de préférer l’erreur qui rapproche à la vérité qui sépare ». ( L'ère des ruptures ) Tanger le 9 juillet 1989

«  En 1977, j'étais en face à Tarifa près de Gibraltar, et j'écrivais "L'ère des ruptures". La nature était plus sauvage, plus inquiétante à certains moments  ». ( Avec le temps page 385 )

 

Du haut de sa jeunesse, bardé de certitudes et de beaucoup d'illusions, Jean Daniel se lance dans la bataille politique pour faire triompher la gauche et ses idées. Il se veut à la fois témoin, ce qui le conduira vers le journalisme, et acteur pour apporter sa pierre à l'édification du socialisme.

 

Pour cela, il fallait d'abord regrouper des forces de gauche dispersées où le Parti Communiste jouer un rôle déterminant mais servait aussi de repoussoir pour une partie des électeurs, maintenant la gauche pour très longtemps dans l'opposition. Jean Daniel ne doutait pas de pouvoir un jour renverser la vapeur mais c'était sans compter sur la nature du communisme et l'évolution des mentalités.

 

Il a bien fallu alors constater ce qu'il appelle « ce grondement souterrain qui annonce lézardes, craquements, fissures, séismes, dans le soubassement commun de nos vies et de nos pensées, premier grand ébranlement sur le sol de nos certitudes.  » Regard sur l'ambivalence du monde, l'harmonie et la bonne entente d'un côté mais de l'autre la liberté confisquée par des états totalitaires ou des économies aliénantes.  [1]

 

C'est cette impossible union, cet écartèlement entre des réalités divergentes qu'il appelle l'ère des ruptures. Reste la liberté, celle de sa conscience, sans modèle de référence mais avec un avenir à écrire, celui de sa génération, avec une passion chevillée au corps et, comme disait son maître Albert Camus avec une grande lucidité sur leur responsabilité et la tâche à accomplir.

 

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Extraits de son ouvrage
« Lisbonne, juillet 1974. Le crépuscule enveloppe lentement cette place manuéline, l’une des plus belles du monde. Des jeunes militaires et quelques étudiants, encore dans l’ivresse de la révolution des œillets, y palabrent depuis des heures, sentant qu’ils vivent les privilèges épiques de l’Histoire. Je suis heureux d’y être, j’ai l’impression d’en être ». (page 13)

 

Bibliographie
Voir les fiches que j'ai réalisées sur ses ouvrages suivants :

Notes et références 

[1] « nous avons vu la violence se dévorer elle-même, l'univers totalitaire prendre, agressif, le deuil de ses modèles, l'Occident des sciences et le continent des pauvres inciter leurs fidèles aux refuges de la religion. » écrit-il

 

Liens externes
- Entretien avec Michel Foucault

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:48

L'Erreur, de l'écrivain et journaliste Jean Daniel

L'erreur ou la seconde vie de Sylvain Regard est le premier roman écrit par le journaliste et écrivain Jean Daniel.

 

Jean Daniel en 2011.jpg  

Introduction

Dans son livre L’ère des ruptures, Jean Daniel écrira aussi : « Je fus souvent tenté de préférer l’erreur qui rapproche à la vérité qui sépare ».

 

La raison de cette réédition, nous confie Jean Daniel, vient d'une certaine indulgence pour le héros de ce récit, à un âge où il faut bien 's'assumer', y reconnaître une partie de soi, un morceau de jeunesse qu'il n'est pas facile d'identifier. Brice Parain lui avait à l'époque promit un avenir littéraire s'il savait se libérer du fait « d'avoir eu une enfance comblée. » [1]

 

La préface d'Albert Camus

« Il est peu de premier livre dont, si vite, je me suis senti aussi proche. » Ainsi commence la préface qu'Albert Camus écrivit pour ce premier roman de son ami Jean Daniel. « L'angoisse de Bruxelles » dont il parle a des airs de brume des canaux d'Amsterdam, décor de La Chute. Mais ici, il s'agit d'une « angoisse en plein soleil », sujet du livre. Paradoxe.

« Le sujet de L'Erreur est justement cet affrontement et comment un homme, né pour vivre, peut trouver au-delà d'une certaine mort, une deuxième vie. » Là commence la seconde vie de Sylvain Regard.

Présentation

Sylvain Regard est un être de paradoxe. Apparemment, c'est un jeune homme pauvre, qui a un patron méprisable et un travail qui ne correspond guère à ses dons. Pourtant, « il vit comme un être comblé. » Il se sent privilégié, « le soleil brille pour lui », la guerre lui sert de révélateur et il aime ses succès féminins. Il rejette par-dessus tout l'injustice et la laideur. [2]

 

Au-delà de son engagement dans la vie politique, Jean Daniel pense à la question de la grâce -beauté et laideur, maladie et mort- mais les canons de la beauté n'ont-ils pas été définis par des hommes ? Si tout est politique, de tout temps, « tous les visionnaires ont préconisé une discipline de fer pour préparer le brasier rédempteur, inéluctable prélude à tous les paradis. » Il est donc sceptique sur le "tout politique" et prône la modestie car l'erreur est de croire que tout nous est dû. Se battre et rester modeste : « comprendre cela, c'est accéder à la deuxième vie. »

 

Sylvain Regard a décidé d'en finir, hanté par le souvenir de Louise qui s'est suicidée il y a pourtant bien longtemps. Il a rendu visite à François son oncle qui l'a bien connue, sans bien savoir pourquoi, Louise que la beauté avait négligée, condamnée aux "qualités morales" et François avait conclu : « La rançon de la joie n'est pas la souffrance, c'est la mort; dans la souffrance on finit toujours par s'installer. » Peut-être.

 

Sa décision est prise mais sur son chemin il va rencontrer des fâcheux. Sa sœur d'abord qui l'emmène chez ses beaux-parents. Pourquoi ne riait-il plus comme avant, lui demanda-t-elle, un bon rire, bienfaisant, qui fait « s'épanouir l'âme. » Un rire thérapeutique en somme. Puis il reçut la visite de son ami Max, désespéré par la maladie de sa femme, habitée de névralgies épouvantables. Il l'accompagne finalement à l'hôpital où elle doit suivre un traitement psychologique à base de rire collectif. Mais le rire thérapeutique n'agit pas, elle reste figée, sans un rire, pas même un petit sourire et le lendemain, elle met fin à ses jours et à sa souffrance.

 

Cette fin tragique provoque chez Sylvain comme une catharsis, Louise et la femme de Max sont désormais impuissantes contre la beauté de la nuit ou son « amour exclusif pour les petits matins. »

 

Sections annexes

Notes et références

[1] ↑ Jean Daniel reprend largement ce témoignage dans son livre Le temps qui reste
[2] ↑ Il prend aussi parti pour les offensés et les victimes parmi lesquels les Républicains espagnols. Bien que Jean Daniel s'en défende, il y a du Camus dans ce tableau qu'il dresse de son héros. [NDLR]

 

Bibliographie

L'ERREUR ou La Seconde Vie De Sylvain Regard, LGF, 1977, (ISBN 2-253-01563-6)

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Librairie Gaïa
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Référence : Jean Daniel, "L'Ami anglais"; éditions Grasset 1994 et Le livre de poche, Collection Folio n° 2753, 224 pages, octobre 1995, ISBN : 207039333X

 

Pour ce roman intitulé L'Ami anglais avec une préface de l'écrivain Claude Roy, Jean Daniel eut le bonheur d'obtenir le prix Albert Camus, son ami et son maître, qu'il a toujours révéré malgré une brouille à l'époque de l'Algérie. Ce livre que Jean Daniel avoue avoir écrit pour le seul plaisir de l'écriture, de raconter des histoires, se compose de trois textes où il en profite pour évoquer « la peur et de l'amour », « la guerre et l'amour », « la mort et l'amour. » . La préface est signée Claude Roy.

 

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Cet "Ami anglais" qui donne son titre au recueil se présente comme un héros digne du fameux colonel Lawrence. On y rencontre également un double meurtre qui a lieu dans l'Angleterre peu avant le début du débarquement. Puis l'histoire quelque peu bizarre de ce Maltais qui, peu de temps avant de mourir, demande à l'un de ses amis de remettre son héritage à une prostituée du Quartier Latin dans la liesse de la Libération avec ce sentiment de culpabilité qui est le lot de tous les hommes que la mort a épargné pendant la guerre.

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:34

Jean Daniel : Entretiens avec Martine de Rabaudy

                       Cet étranger qui me ressemble

Daniel-etranger.jpg                            Jean Daniel en 2011.jpg

 

Jean Daniel né Jean Daniel Bensaïd le 21 juillet 1920 à Blida en Algérie, est un écrivain et un journaliste français, éditorialiste dans l'hebdomadaire Nouvel Observateur qu'il a fondé en 1964.A travers ces entretiens, il revisite les petits et les grands événements de sa vie.

 

"Cet étranger qui me ressemble" remarque Jean Daniel à propos de l'image qu'il renvoie de lui-même. Est-ce bien lui cet homme encore jeune, cet homme mûr qui se lance dans la bataille et veut défendre ses idées ? La page de garde nous en donne un aperçu : 4 photos à des périodes différentes de sa vie, ce jeune homme sérieux à la cravate sombre, cet homme à l'air plutôt soucieux qui allume une cigarette ou celui-ci à la belle chevelure grisonnante. Dans la vie comme sur les photos, il a toujours cet air sérieux qui ne le quitte guère et lui donne un petit côté docte et professoral.

 

C'est au journaliste que d'abord il pense quand il place en épigraphe cette citation de François Mauriac tirée de ses œuvres complètes, tome IX parues en 1952 :


« J'ai pris le journalisme au sérieux : c'est pou moi le seul genre auquel convienne l'expression de "littérature engagée". La valeur de l'engagement m'importe ici au même titre que la valeur littéraire : je ne les sépare pas...»

C'est à la journaliste Martine de Rabaudy qu'il a décidé de confier ce bilan qu'il fait à plus de quatre vingts ans, cette qu'il a été et qu'il fut dans les aventures d'un enfant d'un siècle qui en compta de nombreuses, dont certaines qui ne sont pas à mettre au crédit de l'humanité. De la guerre à "La Blessure", il a eu sa dose de chance pour traverser les événements sans grand dommage, " Cette confiance insensée que j'avais dans mon étoile, " écrit-il dans "Le Temps qui reste". L'année 2004 marque pour lui, fondateur-directeur du Nouvel Observateur , le quarantième anniversaire de son hebdomadaire. « Aimer, dit-il aussi en pensant aux deux femme de sa vie Marie et Michèle, c'est s'attendrir sur les défauts de l'autre. »

 

" Lorsqu'on voit défiler sa vie, on se dit, devant certaines scènes : comment ai je pu ? Et devant d'autres : qui est cet homme ?..." Il revoit ainsi sans indulgence cet homme sûr de lui dans l'action et sceptique dans les idées, péremptoire et désenchanté, esthète et engagé, laïc et mystique, "gidien", "camusien" et "mendésiste". Du journaliste à l'écrivain, de l'écrivain au journaliste, il est cependant resté fidèle à son humanisme viscéral qui oscille entre la fin des utopies et les échecs de la décolonisation particulièrement douloureux pour lui, le pied-noir, cherchant ailleurs la voie d'un certain bonheur. Les honneurs, l'éditorialiste soucieux de son indépendance s'en méfie, la légion d'honneur acceptée après beaucoup de réticences sur l'insistance de François Mitterrand, et cette réponse à l'empressement du président Bouteflika : "Monsieur le président, après un tel accueil, et après l'émotion qu'il provoque chez moi, pour conserver néanmoins ma liberté l'esprit, je dois vous dire que je ne choisirai jamais entre la gratitude et la vigilance."

 

Martine de Rabaudy

 

Sur sa propension au narcissisme qu'on lui a parfois reproché, il répond par cette citation de Jacques Derrida : "Sans un mouvement de réappropriation narcissique, le rapport l'autre serait absolument détruit d'avance. Il faut que le rapport à l'autre esquisse un mouvement de réappropriation dans l'image de soi-même pou que l'amour soit possible par exemple". Pour surmonter, sinon régler, les contradictions les plus flagrantes, il "fait comme si" l'antisémitisme n'était pas inéluctable, "comme si" on était éternel, "comme si" on croyait à un humanité possible, "comme si" les artistes pouvaient sauver le monde des agressions de sa vulgarité. Ce n'est pas une méthode de Coué ou un fuite en avant, mais le besoin d'ancrer ses illusions dans la réalité et de progresser en conservant l'optimisme nécessaire.

 

"Jean Daniel ouvre les tiroirs secrets de sa mémoire" écrit Martine de Rabaudy. Comme souvent, il pense à Camus et à cette phrase tirée du Mythe de Sisyphe : "Un homme est plus un homme par les choses qu'il tait que par celles qu'il dit. Il y en a beaucoup que je vais taire". Pour une fois, il ne suivra pas le conseil de son ami. Le Nouvel Observateur , c'était pour ses fondateurs l'alliance de la politique et de la culture, de la tradition et de la modernité, de l'événementiel et de la spiritualité. "Jean Daniel en est toujours l'inspirateur et la référence." Comme tous ceux de se génération, il a été confronté à "L'Ère des ruptures" (paru chez Gallimard en 1979) [1] dont il tirera ce constat "qu'il nous faut désormais apprendre à mener notre vie d'homme sans modèle et sans avenir."


L'épitaphe de celui qui se déclare "un voluptueux puritain" est simple et limpide : "Jean Daniel, journaliste et écrivain français."

 

Jean Daniel

 

Structure de l'ouvrage
- Chapitre 1, La ligne de chance : « Cette confiance insensée que j'avais dans mon étoile. » (Le temps qui reste)
- Chapitre 2, De France-Observateur au Nouvel Observateur : « A ma petite-fille, je raconterai comment le Nouvel observateur a été fondé avec une vision idéologique et culturelle de lévénement. J'ai choisi des collaborateurs pour leur talent et leur optique esthétique autant que pour leurs opinions.  » (Avec le temps)
- Chapitre 3, Avec Jean-Paul Sartre : « Pourquoi ai-je désiré associer Sartre au premier numéro du journal ? Je me suis adressé à une légende, non à une pensée. J'ai voulu m'emparer pour le journal de quelques lambeaux de gloire et non recueillir un message auquel je ne croyais pas. » (La Blessure)
- Chapitre 4, Du pouvoir : « Tu as voulu le pouvoir, tu l'as eu, il est énorme, tu en as trop. » (La Blessure)
- Chapitre 5, L'éditorialiste : Mona Osouf : « Jean c'est l'édito et l'édito c'est Jean. »
- Chapitre 6, L'homme de gauche : « La gauche est une patrie. On en est ou on n'en est pas. C'est ainsi. » (Le Nouvel Observateur, 19/11/1964)
- Chapitre 7, De PMF à Mitterrand : « Ce qui m'attache à François Mitterrand, c'est qu'il me parle de la politique avec la distance d'un historien et de la littérature avec l'intimité d'un écrivain. » (Avec le temps)
- Chapitre 8, De l'amour : « Je suis né couvert de tendresses féminines et même lorsque j'en étais privé et par les seuls éloignements, je me suis senti imprégné de leur protection. » (Soleil d'hiver)
- Chapitre 9, L'Algérie comme une enfance : « Je n'aurais jamais pu dire comme mon ami d'enfance Jean Pélegri devait l'écrire plus tard, :"Ma mère l'Algérie. » (Avec le temps)
- Chapitre 10, Gide et ce grand Narcisse : « Le narcissisme ne consiste pas à se rouer supérieur, mais à trouver son infériorité intéressante, plus que celle des autres plus que l'éventuelle supériorité des autres. » (Avec le temps)
- Chapitre 11, La judéité : « Dans mon enfance, j'ai vécu la judéité comme une religion 'ségrégante' mais qu'on pouvait on non pratiquer, non comme un univers idéologique et encore moins comme une ethnie. » (L'ère des ruptures)
- Chapitre 12,Paraître ou disparaître : « Il faut que je triomphe de cette obsession des disparus. » (Avec le temps)

 

Bibliographie

  • "Jean Daniel, 50 ans de journalisme, de l’Express au Nouvel Observateur", Corinne Renou-Nativel, Éditions du Rocher, Paris, novembre 2005, 515 pages
  • Maison des journaliste : Actu
  • Présentation bibliographique : Librairie gaia
  • Jean Daniel : Interview sur son livre

Œuvres de Jean Daniel :
- Les Religions d'un président : regards sur les aventures du mitterrandisme, Grasset, 352 pages, isbn2-246-39991-2, 1988
- Œuvres autobiographiques, Grasset, 2002 : sont réunis les ouvrages suivants : le Refuge et la source, le Temps qui reste, la Blessure, Avec le temps, Soleils d'hiver, avec un index général
- Avec Camus : Comment résister à l'air du temps ?, Gallimard / NRF, isbn 2-070-78193-3, 2006
- Les Miens, Grasset, isbn 978-2224-674651-5, 2009
- Autour de Camus, Table ronde à l'Auditorium du Monde, avec Bernard-Henri Lévy et Michel Onfray sur CD audio (Frémeaux & Associés)

 

Références
[1] Voir l'article intitulé "Œuvres autobiographiques"

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 13:56

Dieu est-il fanatique ? par Jean daniel

 

Référence : Jean Daniel, "Dieu est-il fanatique ?" Essai sur une religieuse incapacité de croire, éditions Arléa, 224 pages, 1996, réédition Aléa poche, 09/1997, ISBN 2869593627 

 

  « La seule excuse de Dieu, c’est qu'il n’existe pas. » Stendhal

 

A un père dominicain disant à Albert Camus : « Vous n’avez pas besoin de baptême, puisque vous avez la grâce ! », Camus lui a répondu : « Je n’accepterai ni d’au-delà, ni d’ailleurs, car toute transcendance m’est étrangère. » [1]


Jean Daniel pose ici le problème du devenir de l'homme en précisant que « Je n’ai pas fui l’absolu en politique pour aller le chercher dans la religion. » Dans son ouvrage Avec le temps, Jean Daniel précise que s'il a écrit "Dieu est-il fanatique ?" « c'est en partie pour dire que l'individu pur, libre, détaché, n'existe pas ou existe très rarement. » Il faut admettre que :

 

- Il existe bien ce qu'on nomme un seuil de tolérance;
- Il dépend du nombre et de l'origine des immigrés;
- Il faut tenir compte du niveau, de la nature du pays d'accueil;
- On ne peut nier un besoin profond de protection de la part des individus;
- La nature du racisme est autant maladie que péché avec des remèdes mais aussi des condamnations. [2]
 

Comment concevoir à notre époque un Dieu qui semble si loin des illusions des humanistes ? se demande Jean Daniel, car les hommes maintenant s'éloignent du divin, se réfugient dans la Raison et le rationnel, ne veulent plus d'un dieu vengeur et "punisseur" qui bandit le courroux du péché, du purgatoire et de l'enfer, refusant d'abord l'enfer sur terre pour cette pauvre créature humaine.

 

Ils recherchent dans le mythe des raisons d'espérer et de tracer la voie d'un autre progrès qui scellerait un destin moins tragique, plus "rassurant". Mais voie étroite entre entre des hommes qui s'éloignent de Dieu et un dieu qui semble prendre ses distances avec les hommes. Reprenant les étapes de ce constat, son analyse de la Révolution française l'amène à penser qu'elle avait réussi à séparer les individus de leur communauté, ce qu'il juge comme une « stupéfiante dérive. » [3]

 

 

"Essai sur une religieuse incapacité de croire"

 

Citations, commentaires


« Des juifs, parmi les plus religieux, refusent avec horreur l'idée qu'il pourrait y avoir un lien entre l'Election (de leur peuple) et la persécution. La tentation est grande, puisque les bons auteurs voient un rapport entre le Déluge et les châtiments infligés par Dieu à l'humanité dévoyée. C'est d'ailleurs le fait dans tous les mythes du Déluge, qu'ils soient grecs, sumériens ou indiens : il s'agit toujours d'une manifestation de la colère divine. Dieu prend ses responsabilités : "C'est Moi qui blesse et C'est moi qui guéris" (Deutéronome 32, 39). C'est pourquoi, plus tard et pendant longtemps, les destructions du Temple, les persécuteurs du Ciel. Il a fallu, avec les exterminations nazies de la Shoah qu'advienne la paroxysme du Mal pour que, soudain pris d'effroi, les juifs ou plus simplement les hommes reculent devant l'idée qu'un Dieu, et surtout l'Unique et le Miséricordieux, pût utiliser des moyens si inhumains, extra-humains, anti-humains, pour exterminer des millions d'hommes créés à Son image...  » "Dieu est-il fanatique? " page 139


« Les hommes de la génération de Daniel ont vécu sous le signe de Prométhée et de Sisyphe. Prométhée symbolisait la foi dans le progrès par la science, l'histoire, la révolution. Quand la machine à remplacer les dieux s'est détraquée, Sisyphe est devenu la figure emblématique d'une humanité trouvant sa grandeur dans l'accomplissement d'une tâche absurde. Or il n'est pas facile d' "imaginer Sisyphe heureux". Dans un monde qui change à une vitesse accélérée, on se raccroche à l'élément solide de la tradition et des origines. Le besoin de Dieu est, avec le nationalisme, la manifestation de ce réflexe. Faut-il voir là la promesse d'un humanisme élargi, qui "respecte le divin sans sacrifier aux dieux", ou la menace de nouvelles guerres de religion? Il appartient aux hommes d'être dignes du Dieu qu'ils ont créé.  » "Le besoin de Dieu", L'Express du 16/05/1996


« "Le déraciné et le fanatique sont les deux figures emblématiques de la culture moderne" dit Hélé Béji. Je n'ai rien dit d'autre dans "Dieu est-il fanatique ?" En citant les critique de Simone Weil contre l'universel abstrait et de Kolakowski contre le village planétaire. Sauf que j'ai ajouté que "c'est souvent le déraciné qui devenait fanatique".  » "Avec le temps", page 600


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Notes et références

 

[1] Voir son article La seule excuse

[2] Voir "Avec le temps", page 569 (ed. Grasset)

[3] Voir "Avec le temps", page 571 (ed. Grasset)

 

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