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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 21:26

Jean Daniel, le fondateur de l'hebdomadaire Le Nouvel Observateuren 1964, ne sera jamais centenaire. 99 ans, c’est un bel âge quand même pour ce grand écrivain journaliste auquel  Emmanuel Macron a rendu un hommage national aux Invalides où, a-t-il dit, avec lui, « la France perd une conscience, de ces hommes qui font l'Histoire à la seule force de leur plume ». 
 

           
 

Il y eut bien sûr beaucoup d’hommages comme celui de Claude Perdriel son complice de toujours au Nouvel Obs qui « le considérait comme un frère » ou ses amis de gauche pour qui il était comme « une conscience… qui a participé à la décolonisation en Algérie, par des écrits autant que par ses actes et au risque de sa vie. »
 

       
L’hommage national par le Président de la république
 

Je me souviens de mon impatience de lire chaque semaine dans le Nouvel Observateur son éditorial, analyse des événements de l’actualité qui montrait toute l’étendue de sa culture et l’acuité de son esprit. Je me souviens aussi, écrits dans la même veine, de ses ouvrages sur l’actualité, sur ses rencontres avec les grands de ce monde où il avait ses entrées, ses autobiographies qui, au-delà des anecdotes, révélaient à quel point il était attentif à la marche du monde où il œuvrait à son niveau.
 


 

Il fut une grande conscience œuvrant pour la paix au Proche-Orient, cherchant à créer des liens et à lancer des ponts entre Israéliens et Palestiniens, avec obstination malgré les échecs. Une grande conscience pour le Maghreb et l’Afrique, lui le pied-noir, savait fort bien que l’avenir de l’Europe dépendait du développement de l’Afrique. Une grande conscience engagée dans l’indépendance des peuples, réalisant en 1963 réussissant une retentissante interview de John F. Kennedy, qui le charge d’un message pour Fidel Castro, ce qui lui vaudra une renommée internationale.
 

     
Avec Bernard-Henri Lévy                                       Avec Régis Debray
 

De celui qui avait le premier ouvert les portes de l'Obs à SOS Racisme, on peut affirmer qu’avec sa disparition, « c’est la gauche qui est en deuil… »
Du journaliste, il possédait la curiosité et le goût de la nouveauté, la quête de l’évènement.  « L’évènement sera notre maître intérieur » écrivit  un jour Emmanuel Mounier.
Il fut un gaulliste de gauche, comme on disait dans les premières années de la Vème république, figure de proue de la social-démocratie qui défendait l’idéal de justice sociale, position qui lui valut de nombreuses polémiques avec Le parti communiste.

 

                    
Mitterrand l’irrésistible                          Avec François Mitterrand

Perdriel a dit également de lui qu’il était « un grand journaliste. Il s'est révélé aussi grand éditorialiste et grand directeur de la rédaction. Jean était le garant de la ligne politique mais il était capable d'accueillir tous les points de vue, même les plus radicaux. »
 

        
Sarah Daniel sa fille                       Jean Daniel à Médiapart

Il fut l’ami de personnalités comme Pierre Mendès-France, de Michel Foucault ou encore de François Mitterrand. Il sut aussi faire participer au Nouvel Obs des gens de qualités, des intellectuels comme par exemple Michel Foucault, Roland Barthes, Claude Roy, Edgar Morin, François Furet, Jacques et Mona Ozouf

Au-delà du journaliste, Jean Daniel fut un écrivain respecté, publiant des essais, des ouvrages de réflexion en partant de son quotidien, de ses rencontres avec des personnalités, des événements qui ont marqué son époque.

 

 

"Avec Albert Camus, comment résister à l’air du temps ?" [1]

Jean Daniel
et Albert Camus se rencontrent  pour collaborer à la revue Caliban que dirigeait Jean Daniel. Camus, généreux comme à son habitude, lui proposa plus : il lui donna trois articles dont un sur Louis Guilloux et « la difficulté d’écrire sur la misère autrement "qu’en connaissance de cause". »

Camus l’encouragea aussi à se lancer dans l’écriture et publia son premier livre dans la collection Espoir qu’il dirigeait chez Gallimard.
 

           
                                            Avec Camus, comment résister à l’air du temps ?
 

De son côté, Jean Daniel fit connaître à Camus l’action de Pierre Mendès-France et favorisa sa venue à l’ExpressCamus intervint comme éditorialiste entre l’été 1955 et le début de 1956. Mais ils s’éloignèrent l’un de l’autre à propos de la guerre d’Algérie, Daniel penchant pour l’indépendance du pays. Dans une interview, Jean Daniel confia que « Après son prix Nobel, il m’a adressé un petit mot qui se terminait ainsi : "L’important est que nous soyons vous et moi déchirés". » [2] Après la mort de Camus, il écrivit régulièrement des articles sur celui qui, au-delà de leur brouille sur l’Algérie, se considéra toujours comme son ami. [3]

Jean Daniel participa à une mémorable table ronde intitulée "Autour d’Albert Camus" en compagnie de Michel Onfray et Bernard-Henri Lévy. [4]

 

       Jean Daniel à Lisbonne en 1975

 

De tout ce qu’a écrit Jean Daniel, ce sont sans doute ses œuvres  autobiographiques qui ont connu le plus de succès, en particulier Le Temps qui reste et Avec le temps. Les cinq ouvrages ont été regroupés en 2002 dans un recueil intitulé simplement Œuvres autobiographiques. [5]


Outre ses deux essais sur François Mitterrand [6], Jean Daniel a écrit plusieurs ouvrages sur l’actualité géopolitique comme L'Ère des ruptures, éditions Grasset, 1979, Cette grande lueur à l'Est en 1989, Lettres de France : après le 11 septembre en 2002, Israël, les Arabes, la Palestine : chroniques 1956-2008 en 2008 et Demain la nation, éditions du Seuil, 2012 [7]

 

    Avec Alexandre Soljenitsyne

Notes et références
[1]
Titre du livre que Jean Daniel a consacré à Albert Camus

[2] Jean Daniel, Le Monde, entretien avec Josyane Savigneau, 8 janvier 2018
[3] Voir par exemple son article du 7 janvier 1960 intitulé  "Parlons de lui" ou le hors série du Nouvel Obs paru en septembre 2017 et intitulé "Camus l’éternel révolté"
[4]  "Autour de Camus", Table ronde à l'Auditorium du Monde, avec Bernard-Henri Lévy, Michel Onfray et Jean Daniel, CD audio, éditions Frémeaux & Associés
[5] Œuvres autobiographiques parues chez grasset réunit Le Refuge et la source, Le Temps qui reste, La Blessure, Avec le temps, Soleils d'hiver, avec un index général
[6] "Les Religions d'un président" : regards sur les aventures du mitterrandisme en 1988 et son dernier livre paru en 2016, "Mitterrand l'insaisissable", aux éditions du Seuil
[7] À ces exemples, on pourrait aussi ajouter : De Gaulle et l'Algérie : la tragédie, le héros et le témoin, éditions du Seuil, 1986, Voyage au bout de la nation, éditions du Seuil, 1995, La Guerre et la paix : Israël-Palestine : chroniques, 1956-2003, éditions Odile Jacob, 2003, La Prison juive : humeurs et méditations d'un témoin, éditions Odile Jacob, 2003

Voir aussi mes articles :
*
Mes articles sur Jean Daniel et son oeuvre --
Biographie de Jean Daniel --

* Sur Albert Camus : Autour de Camus & Avec Camus, comment résister à l’air du temps ? -

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<< Ch. Broussas, Jean Daniel 2020 13/03/2020 © • cjb • © >>
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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 14:04

Soleils d'hiver : carnets 1998-2000, carnets autobiographiques

 

Après Le temps qui reste, Le refuge et la source, La Blessure, Le temps qui vient, Avec le temps, ces carnets constituent les ultimes réflexions de Jean Daniel sur les confidences d'un homme qui se penche sur sa vie, sur son passé, qu'on retrouve sur le chemin de la vie, qui nous dit combien il doit à un homme comme Albert Camus, et à d'autres aussi...
 

                     

Le titre sonne comme un clin d’œil à Albert Camus, un titre d’un astre qui évoque l’été mais qui parfois éclaire aussi les jours les plus sombres. Pour Jean Daniel, ce titre peut paraître mélancolique mais lui y voit comme une tentative de « résistance au temps ». C’est en fait le soleil de son enfance sous le ciel de l’Algérie, à Blida où il est né et a passé sa jeunesse, un soleil omniprésent quelle que soit la saison.

 

 Ce soleil d’hiver est bien présent, ne serait-ce que pour  « que l’hiver se souvienne que son règne n’est pas éternel… avec l’ambition de chasser les ténèbres. » Il représente aussi une promesse, un devenir dans l’ordre des possibles, comme André Gide découvrant « que sa jeunesse a été couverte de rides par ses parents et découvrant sur le tard qu’à l’instant même de la vieillesse, c’est sa jeunesse qui va commencer, » car pour lui  « seuls les soleils d’hiver me restituent l’intensité des aubes éphémères. »
L’ éphémère, c’est cette lumière de midi qui en hiver ne garantit pas la minute qui suit.

   

                    
 

Ce soleil, même pâle, est synonyme d'espoir car il dit préférer les « convalescences, les sorties d'enfer, les promesses de lumière sous la pluie, les enfants qui rient à travers leurs larmes, les regards du grand blessé soudain miraculé, l'irremplaçable médecin qui meurt en vous faisant signe que vous n'avez rien de grave et auquel vous fermez les yeux en étant en effet rassuré. » 

 

Lui, le juif incroyant, se sent plein de compassion y compris dans ce monde de détresse et de larmes, rejoignant la joie du chercheur qui constate la pertinence de ses travaux dans la découverte d'autrui. Il se souvient que dans sa jeunesse, il avait « chanté de l'été tous les éclats depuis les baies de Carthage jusqu'aux magies de l'archipel toscan » alors qu'aujourd'hui, c'est-à-dire arrivé à l'an 2000, date à laquelle se termine cette évocation, luit envers et contre tout dans ces soleils d'hiver quelque chose du passé qui évoque dans son esprit des promesses d'avenir.

 

            

 

« Camus, je me souviens… » écrit-il le 14 septembre, relatant ces moments difficiles où il apprend sa mort sur une route de l’Yonne dans la Facel véga qui devait le conduire à Paris. « J’ai toujours eu le sentiment d’avoir une dette à l’égard de  Camus et d’une certaine façon, c’est de cela dont je veux m’acquitter aujourd’hui. » Et cette dette, ce n’est pas seulement la contribution de Camus à la revue Caliban que Jean Daniel venait de lancer et les articles qu’il écrivit obligeamment à cette occasion.

 

                

 

Il constate que, curieusement, à l’aube du XXIème siècle, les analyses et les bilans sur le siècle passé se multiplient,  « au seuil de l’avenir, nous contemplons le passé. » Stalinisme et Shoah ont largement occulté l’affaissement de civilisations entières du fait du colonialisme.
Une nation peut en exploiter une autre : nous sommes loin du village planétaire. Jean Daniel a passé une partie de sa vie à combattre le nationalisme sans pourtant se résigner à ce que son pays se dissolve dans un ensemble où il perdrait son âme et sa volonté. Lui qui a toujours défendu l’indépendance de l’Algérie, pense que le général de Gaulle a été « le chirurgien d’un destin qui annonçait l’avenir. »
Et c’est bien dans cette vision du devenir algérien qu’il se différenciait de Camus qui aurait plutôt tendu vers un fédéralisme sauvegardant la diversité, une union qu’il proposait déjà dans sa proposition de Trêve civile.

 

                   

 

S’il nous parle de Bill Clinton englué dans l’affaire Lewinsky et d’Arafat par exemple, il nous parle aussi de ses goût pour le tennis, le cirque, le cinéma, les documentaires animaliers et de ses choix difficiles entre le livre et la télévision, entre l’écrit et l’image.
Umberto Eco ne lui a-t-il pas dit que « la télévision  rendait intelligents les gens qui n’ont pas accès à la culture et abrutissait  ceux qui se croient cultivés. »

 

Voir aussi
* Récap de Mes articles sur Jean Daniel --

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 21:44

 

 Référence : Jean Daniel, "Mitterrand l'insaisissable", Editions du Seuil, Septembre 2016, 331 pages

 

Ils se sont connus à l'époque où François Mitterrand briguait la présidence de la république en 1965. François Mitterrand est alors député de Château-Chinon,centre de la troisième circonscription de la Nièvre. Il a connu le purgatoire politique au début de la Vème république après une brillante carrière sous la IVème république où il fut en particulier plusieurs fois ministre de la IVe République, ministre de l'intérieur au temps du Front Républicain.

En 1965, premier retour en grâce  quand il parvient à mettre l'intouchable général de Gaulle en ballottage au premier tour de l’élection présidentielle, réalisant un excellent score au second tour.

 

       

 

Entre les deux hommes, ce sera le début d’un long compagnonnage, sinon d'une longue amitié. Ils se retrouvent sur bien des sujets. Sur le plan intellectuel et politique d'abord, ce sont des socio-démocrates, défendant les plus défavorisés, l'intervention de l'Etat-providence dans l'économie. On peut retrouver ces convergences dans les ouvrages politiques et les textes de François Mitterrand aussi bien que dans les livres et les éditoriaux de Jean Daniel.

 

          

 

Ils se rejoignant aussi dans les domaines littéraire et philosophique, assez distants vis-à-vis de Jean-Paul Sartre par exemple, ayant une appatence particulière pour la littérature et les grands auteurs français entre autres. En outre, on sent dans leurs écrits le souci du style, aussi bien dans leurs descriptions que dans leurs réflexions sur la littérature ou leur époque et l'évolution du monde. 

 

Jean Daniel dans son dernier ouvrage important, a voulu ce témoignage à la fois vibrant et parfois plus distant. Ce fut en tout cas une rencontre forte impliquant une relation complexe faite d’une grande complicité sur les sujets essentiels mais aussi ponctuée de longue périodes de silences.

 

 

 

Jean Daniel a patiemment compilé et sélectionnés les textes les plus significatifs écrits sur plus de trente ans, pour donner la plus juste image de l'homme Mitterrand, qu'on a parfois traité de "florentin", qu'on a dit aussi séduisant autant que séducteur. Il a tenté de le cerner dans ce qu'il avait de mystérieux, de plus intime, à la lumière de ce qu'il connaissait de lui, cette patience toujours renouvelée qu'il lui a fallu pour parvenir au pouvoir suprême en 1981.
Aucun tabou non plus sur les zones d'ombre de cet homme, de secrets en scandales, dominé par des amitiés authentiques.

 

On y sent une grande empathie pour l'homme que fut Mitterrand, tel qu'il le connut, tout en gardant le regard objectif du grand journaliste qu'il fut.

Voir aussi
* Récap de Mes articles sur Jean Daniel --

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:42

Les Œuvres autobiographiques de Jean Daniel

 

Jdaniel.jpg

Œuvres autobiographiques est un recueil de récits autobiographiques écrit par le journaliste et écrivain Jean Daniel, paru en 2002 aux Éditions Grasset.

 

Il comprend les cinq récits suivants augmenté d'un index général :

- 1973 : Le temps qui reste, essai d'autobiographie professionnelle
- 1977 : Le refuge et la source, carnets autobiographiques
- 1992 : La Blessure suivi de Le Temps qui vient, carnets autobiographiques (Grasset)
- 1998 : Avec le temps : carnets 1970-1998, carnets autobiographiques (Grasset)
- 2000 : Soleils d'hiver : carnets 1998-2000, carnets autobiographiques (Grasset)

Présentation

De ce recueil qui fait la somme de son parcours et de ses réflexions sur une durée de vingt trois ans, ce qui est considérable, Jean Daniel a écrit :

 

« J'ai vécu comme si l'histoire était tragique, ce que je crois toujours, mais en même temps comme si une étrange et fugace lumière brillait juste au moment où disparaissent chez les auteurs grecs les acteurs de la tragédie. Je me suis comporté comme si la maladie était inévitable mais porteuse de guérison, comme si la souffrance était le scandale grâce auquel pouvait renaître une ferveur enrichie. Nous autres Méditerranéens, nous avons sans doute appris du "monothéisme judéo-chrétien" que l'Histoire a un sens, aux deux acceptions du mot : signification et direction. Mais nous vivons comme si nous attendions le très païen "Éternel Retour" de tous les cycles. Un peu de Moïse et de Jésus la nuit, beaucoup de Socrate et de Nietzsche le jour. Nous aimons trop la vie pour ne pas apprivoiser la mort. »

Les cinq volumes des Carnets

De ce carnet autobiographique, Jean Daniel en fait ce commentaire : « Je ne me suis jamais imposé de livrer à ces carnets autre chose que des humeurs, et rien ne paraîtra plus capricieux que ce qu'ils contiennent. »

 

Et effectivement, les événements prennent place au gré de sa plume, certains événements importants à peine abordés ou ignorés, certains de ses amis qu'on pouvait s'attendre à rencontrer n'y figurent pas. Il s'en défend en précisant qu'il a déjà abordé tel thème ou parlé de tel ami dans d'autres écrits (éditoriaux, livres ou conférences). Certains par contre pourront être réutilisés selon les circonstances et au gré de ses besoins. Ainsi vont les récits biographique, selon la fantaisie de l'auteur.

 

Il précise par contre que « ces carnets se veulent surtout des contrepoints, des pensées en coulisses souvent suscités par le sentiment d'en avoir trop dit ailleurs, ou pas assez. Ce qui m'a conduit parfois à des indiscrétions, des confidences - des aveux. J'ai ainsi, sans le vouloir vraiment, réservé à ces pages des embarras et des remords, tel un peintre qui, au lieu d'inscrire ses repentirs sur un tableau, les réunirait à part dans un album spécial... »

 

Avec le temps était le livre qu'Elisabeth Guigou lisait ostensiblement durant la prolongation délibérée des débats sur le Pacs à l'Assemblée nationale en novembre et décembre 1998. [1]    

5- Soleils d'hiver - Carnets 1998-2000 - Éditions Grasset et Livre de Poche

« Celui qui n'a jamais feuilleté un livre d'images... par un midi de février, ne sait pas ce que c'est que le vrai soleil. » ("Avec le temps", page 614)

 

26 décembre 1997 - Soleil d'hiver en Tunisie - Avant le départ de Jean Daniel pour la Tunisie, son ami Jean Lac lui dit : « Alors, tu vas retrouver ton glorieux soleil d'hiver ? » Il aime par-dessus tout cette lumière qui triomphe du froid, « mon thème familier de la convalescence-renaissance. » ("Avec le temps", page 670)

 

Le soleil d'hiver, écrit Jean Daniel, il le considère comme une promesse et depuis quelque temps, il préfère les « convalescences, les sorties d'enfer, les promesses de lumière sous la pluie, les enfants qui rient à travers leurs larmes, les regards du grand blessé soudain miraculé, l'irremplaçable médecin qui meurt en vous faisant signe que vous n'avez rien de grave et auquel vous fermez les yeux en étant en effet rassuré. »

 

Il cite André Gide qui fut avec Albert Camus un guide pour lui, un Gide qui découvrit sur le tard « que sa jeunesse avait été couverte de rides assidûment tracées par ses parents » et qu'il s'apprêtait alors à vivre une vraie jeunesse. Lui l'incroyant se sent capable de rendre grâces même dans ce monde de détresse et de larmes, rejoignant l'euphorie du chercheur qui vérifie la véracité de ses travaux dans la découverte d'autrui. Il se souvient que dans sa jeunesse; il avait « chanté de l'été tous les éclats depuis les baies de Carthage jusqu'aux magies de l'archipel toscan » alors qu'aujourd'hui, c'est-à-dire à l'an 2000, date à laquelle se termine cette évocation, « seuls les soleils d'hiver me restituent l'intensité des aubes éphémères. »

Soleils d'hiver : entre photographie officielle d'une époque et petit traité existentiel [2]
Il existe deux grandes sortes de diaristes : ceux qui, comme Rousseau, décrivent leur MOI à l'infini et ceux qui, comme Montaigne, estime leur expérience unique et en même temps universelle. Jean Daniel est un peu deux deux. Et c'est pour ça qu'on l'aime, à travers ses portraits, ses commentaires sur l'actualité, ses rencontres du genre "Moi et Mitterrand", "Moi et Camus", "Moi et Bourguiba, Hassan II, Senghor"... alternant la peinture d'une époque et la note personnelle parfois surprenante.

Si les portraits n'offrent pas toujours un grand intérêt, la partie plus personnelle, ses confidences donnent un personnage attachant quand il évoque son rapport à la solitude, à l'abandon, au temps et à ce qu'il a d'inéluctable, quand il quitte le registre de la comédie et est vraiment lui-même. Il y développe un hédonisme rigoureux, le désir de vivre les instants précaires et irremplaçables qu'offre la vie, la douceur du présent liée à la fidélité au passé. C'est surtout le présent qui l'intéresse, temps insaisissable entre le fardeau du passé et la nébuleuse de l'avenir, ces "Soleils d'hiver" qui réchauffent l'espoir.
 

Voir aussi : Librairie Gaïa, Humanisme de Jean Daniel, Entretien avec Sartre

Notes et références

[1] Elisabeth Guigou Libération  et Elisabeth Guigou Assemblée Nationale

[2] d'après Robert Busnel, "Deux Daniel pour le prix d'un", L'Express du 16/11/2000

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:24

Les Religions d'un président est un essai biographique sur le président François Mitterrand écrit par le journaliste et écrivain Jean Daniel.

 

Présentation et contenu

Cet ouvrage sur François Mitterrand et son action comme président de la république pendant son premier septennat, que Jean Daniel a mûri pendant plusieurs années avant de le publier, est tout à la fois un livre biographique, un livre de souvenirs sur les nombreuses rencontres qui se sont déroulées entre les deux hommes et un livre de réflexions sur l'homme tel qu'il l'a connu et sa façon d'exercer le pouvoir.

 

Jean Daniel s'en explique déjà dans son ouvrage autobiographique La Blessure, ses rapports avec François Mitterrand ont toujours été complexes, empreints de distance et de cordialité, semés de périodes de réserves et de périodes d'étroits contacts. Avec sa connaissance de l'homme, du milieu politique et de la géopolitique, Jean Daniel tente de répondre à deux questions centrales sur la concomitance de ces deux évolutions :

 

- Lui qui vient d'une famille issue de la bourgeoisie provinciale et de la droite traditionnelle, pourquoi cet itinéraire politique qui va le mener à diriger la gauche et à la conduire au plus haut niveau ?

- Comment et à quel prix a-t-il ancré les idées de gauche dans les mentalités françaises ?

 

 

Presque dix ans après avoir publié L'ère des ruptures, Jean Daniel dresse un bilan du premier septennat de François Mitterrand, sur l'itinéraire d'un homme qui est aussi devenu, surtout après son élection à la présidence de la république en 1981, l'itinéraire de la gauche et de l'histoire du socialisme à la Française. C'est sur ce destin hors du commun, cette "force tranquille" qui a dominé le paysage politique de son époque, que Jean Daniel pose des « regards sur les aventures du mitterrandisme, » sous titre qu'il a donné à son ouvrage.

 

Le livre commence par un thème cher à l'auteur, l'air du temps, mode d'emploi, du titre qu'il choisira pour sa biographie sur son ami Albert Camus : Avec Camus Comment résister à l'air du temps. Il revient sur cette notion de 'résistance' aux idées et aux mentalités ambiantes dans le chapitre 9 : « Comment Mitterrand rejoint la hantise chrétienne de Charles de Gaulle et comment celui-là, dans la foulée de celui-ci, résiste au siècle... »

 

Pour lui, ce siècle naissant est marqué par un important phénomène de société : la mort des idéologies propres au XXè siècle le marxisme et le nazisme, laisse place à un retour des valeurs judéo-chrétiennes et aux tentations islamistes, ces deux renaissance de type religieux inquiétant profondément l'Occident. Même s'il ne pense pas que fondamentalement le racisme soit enraciné dans le cœur des hommes et « dans l'âme des sociétés, » il n'en pense pas moins qu'on ne peut l'extirper simplement en le condamnant. Pour lui, la société française dans son ensemble, a refusé de poser ce problème en tant que tel.

 

La politique, c'est trop souvent une vue engluée dans la gestion du quotidien. Les hommes politiques ont plus que d'autres le désir de durer, d'imprimer leur marque, de laisser un nom. Mais comme il le note de sa plume ironique et malicieuse, « qui se souvient du président (de la république) au temps de Flaubert ? »

 

          Jean Daniel.jpg

Section annexes

Bibliographie

Voir aussi

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:09

Jean Daniel : Les Miens, Gide, Camus, Mauriac, Sartre, Foucault et les autres...

 

 

Les-miens.gif.png . . . . Jean Daniel.jpg . . . . Jdaniel.jpg

 

Les Miens est un récit autobiographique, un ensemble de portraits tracés par le journaliste et écrivain Jean Daniel qui porte d'ailleurs en sous-titre les noms de quelques uns de ces hommes qu'il présente : « Gide, Camus, Mauriac, Sartre, Foucault et les autres... »

Référence : Jean Daniel, "Les Miens", Éditions Grasset, avril 2009, 270 pages, ISBN 978-2-246-74651-5

Présentation

Jean Daniel dans sa préface, évoque son « besoin d’évoquer certains des êtres qui ont illuminé mon existence me tenaille depuis que j’ai découvert qu’ils occupaient mes nuits.» Il parle de cette espèce de « grâce » qu'il a reçue et qui lui permet de revivre avec tous ses amis disparus « qui ont emporté une partie de moi-même et qui, de ce fait, me la restituent. » C'est aussi « un réconfort et une gratitude, » une façon de combler ce vide de l'absence qui a fait dire de Picasso à propos de Matisse : « Le jour où l’un de nous disparaîtra, l’autre ne saura plus à qui parler de certaines choses ». C'est ainsi qu'il leur parle et qu'ils lui tiennent compagnie.

 

Qu'ils soient amis ou adversaires, célèbres ou inconnus, intimes ou plus distants, « ils ont tous contribué à faire de moi ce que je suis et je les ai tous adoptés comme miens. »

Contenu et résumé

« Le jour où un instituteur a eu l'idée de nous demander de faire une rédaction sur le thème "Comment aimez-vous votre mère ?", j'ai eu la première révolte de mon enfance » confie Jean Daniel dans ce livre.

 

Jean Daniel, féru d'André Gide, [1] d'Albert Camus et de François Mauriac, adore cette phrase de ce dernier : « Un bon journaliste est d’abord un homme qui réussit à se faire lire […] le bon journalisme relève du dialogue. » Lui, le fondateur du Nouvel Observateur la reprend pour tracer son autoportrait et nous emmener dans son univers esthétique, politique et littéraire. Il nous offre d'intimes conversations avec ses disparus, comme il aimait aussi le faire dans ses Œuvres autobiographiques avec beaucoup d'affection mais sans complaisance, portrait de ceux qu'il admire, ces autres qui sont devenus les siens.

 

Il commence bien entendu par sa mère, [2] dont il a déjà tracé un portrait vibrant dans La Blessure pour parler ensuite des personnalités qui ont marqué sa vie, en commençant par Albert Camus bien sûr, à qui il a déjà consacré un ouvrage en 2006, [3] puis André Gide qui a tant marqué sa jeunesse, Pierre Mendès-France qui l'a tant guidé sur le plan politique (autant que le général de Gaulle, même s'ils se sont opposés), Jean-Paul Sartre ou Edgar Morin. [4] Les miens, ce sont aussi des figures aussi diverses que "François Furet" et "Germaine Tillon", "André Malraux", "Michel Foucault" et "Roland Barthes", "Roger Stéphane" et "Maurice Clavel", "Marie Susini", "Jules Roy", "Françoise Sagan" ou "Jacques Derrida"... une revue de quarante-trois portraits qui composent son univers personnel et nous donne souvent une couleur particulière de personnalités prises dans leur quotidien d'un simple moment, d'une simple journée passée en compagnie de Jean Daniel.

 

Il présente, il analyse avec la fine observation du grand journaliste de l'Express, Le Monde puis le Nouvel observateur, avec le cœur aussi d'un homme qui nous offre ces confessions comme un cadeau, avec une parfaite franchise et une grande probité, par petites touches qui le changent de l’exigence professionnelle de concision à laquelle doit s'astreindre le journaliste.

 

« Qu'est-ce qu'un homme qui compte ? Avec qui on se sent obligé de compter ? C'est quelqu'un dont les désaccords ne vous laissent pas en paix. J'ai rompu un jour, jadis, avec Camus sur l'Algérie et je ne m'en suis jamais accommodé. Je n'ai jamais rompu avec Pierre Mendès France, mais je me suis trouvé en désaccord avec lui sur de Gaulle. Je ne suis pas arrivé à m'y résigner. » (page 132)

 

Le Jean Daniel de cet ouvrage, c'est l'homme au ton de confidence qu'on trouvait déjà dans ses œuvres autobiographiques précédentes, l'écrivain du Refuge et la source qui, à cet âge où il peut repasser en esprit toutes les années, toutes les péripéties qu'il a vécues, nous livre cette quintessence de ses souvenirs.

 

Notes et références

[1] Voir aussi le portrait qu'il en dresse dans La Blessure pages 117-118
[2] Voir aussi dans "La Blessure" pages 138
[3]  Avec Camus : Comment résister à l'air du temps

[4] Voir aussi le portrait qu'il en dresse dans "La Blessure" pages 174-175 

Bibliographie

Voir également les fiches que j'ai réalisées sur ses ouvrages suivants :
- Œuvres autobiographiques, Éditions Grasset, 2002, qui réunit Le temps qui reste, Le refuge et la source, La Blessure, Avec le temps
- Jean Daniel (Rabaudy) : cet étranger qui me ressemble

 

Voir aussi
- Comment peut-on être Français ? Ecrits 1971-2011 sur l'immigration, le racisme et l'identité nationale, Jean Daniel et Hubert Védrine Voir l'article
- Les icônes de Jean Daniel et Jean Lacouture : Libération
- Ses éditoriaux au Nouvel Observateur, Son blog, Sa bibliographie

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 19:15

Le temps qui reste : Carnets de Jean Daniel, Tome I
Essai d'autobiographie professionnelle 

Œuvres autobiographiques


         

 

« Lorsqu'on voit ce que l'occupation allemande a fait comme ravage dans l'esprit français, on peut deviner ce que l'occupation française a pu faire en cent trente ans en Algérie. » Jean Daniel « "Le temps qui reste", » 1972

  • "Caliban" et Albert Camus

Au lendemain de la guerre, Jean Daniel et quelques amis décident de créer une revue littéraire qu'ils nomment "Caliban". Le mensuel lui donne l'occasion de rencontrer des gens qu'il apprécie et dont il espère le concours. C'est ainsi qu'il rencontre Camus qui a fait les premiers pas : « Après le sixième numéro, je reçus un coup de téléphone d'Albert Camus. "Caliban" disait-il l'intéressait et il se permettait de me faire un suggestion : celle de publier la maison du peuple de Louis Guilloux, un chef d'œuvre passé inaperçu. Bien entendu, j'acceptais mais je lui demandais d'en écrire la préface. Il rit, pensant peut-être que je ne perdais pas mon temps, et il m'invita à le voir à la NRF.» [1]

  • Jean Daniel et Bernard-Henri Lévy

Liés par un très grand respect mutuel, [2] ils se rencontrent tous deux alors que Bernard-Henri Lévy [3] revient du Bangla-Desh Il est tout de suite frappé par la ressemblance physique avec son père André Lévy et découvre au cours de leur discussion qu'ils sont nés la même année, à quelques heures d'intervalle dans des villages voisins de l’Algérie. Jean Daniel organise alors de "grands entretiens" entre Bernard-Henri Lévy et des "maîtres" comme Raymond Aron, Roland Barthes, Michel Foucault ou Albert Cohen.

 

C’est toujours sous l'égide de Jean Daniel que le Nouvel Observateur, creuset des tendances intellectuelles de la gauche, soutient le mouvement de la « nouvelle philosophie ». Paraissent ainsi de dures critiques contre Bernard-Henri Lévy, signées par exemple par Vidal-Naquet ou Castoriadis, Lévy ayant toujours un droit de réponse. Dixit le vif débat en juillet 2009 entre les deux hommes sur le problème du devenir du Parti socialiste.

  • Jean Daniel et Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre : Il faut dissimuler quand on fait de la politique, elle implique une contrainte de taire les choses. Prenez le cas Mélouza [4] : on a dénoncé les tortures dans les deux camps en se plaçant "au-dessus de la mêlée", résultat on a fait le jeu de de l'ennemi.

 

Jean Daniel conteste ce point de vue : les exactions du FLN étaient anciennes et bien connues mais là il s'agissait d'un acte particulièrement barbare que les intellectuels français ne pouvaient que dénoncer. (ce que reconnaît Sartre) La dénonciation de ces méthodes, si elles suscitent une désapprobation morale, n'en sont pas moins inefficaces. La bataille d'Alger est une victoire militaire mais aussi une victoire de la peur dans les deux communautés. [5]


Selon Jean-Paul Sartre, le FLN représente la révolution algérienne et on doit faire avec, le rejeter en bloc ne sert à rien. La difficulté est que justement, leur "jusqu'au boutisme" les dessert et qu'on n'a aucune action réelle sur eux. « Vous savez, on ne sait pas ce que eut le FLN, » ce qu'approuve Jean Daniel qui répond que l'organisation du FLN est totalitaire et fermée mais il conteste tout parallèle avec la Résistance française, la différence expliquant la dérive actuelle du FLN. L'erreur du FLN est de considérer l'Algérie comme une nation alors que ça été au mieux un état [6] et de vouloir reconstruire son passé, « l'ennemi n'est pas l'occupant, c'est le colonialisme. » Cette réflexion donne à penser à Jean Daniel que seule l'humiliation peut expliquer les réactions du FLN. [7]

 

Pour Jean-Paul Sartre, s'il est d'accord sur le fonds, si « l'Algérie révolutionnaire ne pourra se construire que grâce à la France », le problème est surtout d'ordre psychologique et de plus, que pouvons-nous promettre au FLN, quels engagements peut prendre la France ? S'ils veulent la rupture, c'est à cause de notre impuissance. Pour Jean Daniel, sans doute que l'Algérie réussirait mieux avec l'aide de la France mais pour l'instant, que feriez-vous si la paix ne dépendait que du FLN ?

 

Embarras de Sartre, il est pessimiste, même Fanon a coupé le contact, l'intransigeance du FLN, c'est qu'il ne se sent pas prêt à assumer le pouvoir et qu'il veut gagner du temps. Il craint que le terrorisme s'installe en France et qu'on entre dans un cercle infernal.

(Le temps qui reste, édition Stock, 1972, entretiens inédits du 13 janvier 1958)

 

Notes et références

 

[1] Jean Daniel, "Le temps qui reste", Gallimard, 1984, page 34

[2] « Ce remarquable essayiste, dont j’admire fidèlement l’impétueux parcours » écrivit Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur du 30 juillet 2009

[3] « On continuera longtemps de dire qu’il est, plus que bien d’autres, notre jeune homme » avait écrit BHL dans Le Point du 21 décembre 2006 en parlant de Jean Daniel
[4] Le massacre de Melouza fut perpétré par le FLN et visa les 303 habitants musulmans du village de Melouza (Mechta-Kasbah) en 1957, partisans du MNA, rival du FLN. La propagande due FLN accusa ensuite l'armée française de ce massacre - Voir L'histoire en question
[5] Pour une analyse approfondie de cette période, voir le livre de Jean Daniel "De Gaulle et l'Algérie", 'la tragédie, le héros et le témoin', Le Seuil, 1986

[6]  « Comme Charles-André Julien ajoute-t-il, et contre Jeanson. »

[7] Voir la vidéo Mohammed Harbi, Jean Daniel et Benjamin Stora :Une histoire franco-algérienne

 

Liens externes

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 19:05

Le refuge et la source

Référence : Jean Daniel, Le refuge et la source, éditions Grasset, 1977, Gallimard/Folio, 118 pages, 1979, Isbn 2070371212

Dans ce livre de souvenirs et d'humeurs comme il dit en parlant de ses Carnets, Jean Daniel écrit qu'il vivait en quelque sorte 'en sursis' «Comme si je devais retourner un jour dans la maison et retrouver les miens,  » Les Miens titre d'un autre de ses récits autobiographiques.

Il dit cette idée de provisoire qui lui collait à la peau, les combats livrés, les joies éprouvées et mêmes les amitiés qui à ses yeux sont si importantes, indispensables. Même ses rêves l'emmenaient jusque dans son enfance, dans la nostalgie de la maison familiale de Blida en Algérie, retrouvant les siens, recherchant une espèce de vérité qu'il ressent dans ces moments oniriques, comme mon refuge et ma source.

 

Depuis "Le temps qui reste", Jean Daniel montre qu'il n'est pas seulement un raconteur d'histoires biographiques mais aussi un écrivain qui brosse des portraits avec saveur et pose un oeil distancié sur son univers, sur ses proches et sur lui-même. Le refuge est marqué pour Jean Daniel et son père, juif attiré par le retour régénérateur à la terre, l’Algérie et Blida, la Méditerranée, et la Source, la judéité. Les sentiments à cette terre et aux siens représentent la présence irremplaçable du vivant dans son écriture, que transcrit la parole du père  : « Guéris vite, nous monterons sur la terrasse », dit son père, avec un grand et tendre sourire. C’était hier. C’est aujourd’hui. Je l’entends ».

 

Un jour, relate-t-il, François Mitterrand m'a dit : « Votre père, autoritaire et silencieux, tirant son autorité de son silence, au milieu de la grande table, en face de la place laissée vide, la place de l'ange, c'est mon père dans ma nombreuse famille. Depuis la lecture du "Refuge et la source", j'ai toujours voulu le dire ». [1]

Il revient ensuite sur ce livre auquel il tient particulièrement, en écrivant : « En fait, je n'ai jamais écrit qu'un seul livre personnel, "Le Refuge et la source", qui me contient tout entier et moi seul; qui est un hommage à la noblesse des personnages familiaux en termes de souvenirs d'enfance». [2]

Commentaires critiques

- « C'est un livre de la mémoire et de la mémoire brute : c'est là sa particularité et en un sens son audace. Il vient et s'assume dans une vie autre comme un coup de foudre. On dirait que Jean Daniel s'est trouvé par un accès subit, amoureux de son enfance. » Roland Barthes
- « Il fallait du courage pour venir à bout de sa pudeur. Et sa chronique, lapidaire comme une confidence échappée, c'est peut-être d'abord ceci : un acte de courage. » Jean-Marie Borzeix
- « Heureux Jean Daniel, celui qui a votre talent toujours neuf et celui d'avoir mal à une maison perdue, un livre secret et foisonnant. » Georges Buis
- « C'est important qu'il y ait ce morceau de tendresse et de fièvre douce, et qu'il nous apporté par Jean Daniel. » Michel Foucault
- « C'est un beau livre mais plus encore : un homme. » Pierre Viansson-Ponté
- « Des souvenirs de Jean Daniel qui palpitent à chaque page de son livre, on comprend en lisant qu'ils restent SON refuge au milieu des malaises et des épreuves d'aujourd'hui. Et que sa jeunesse évoquée avec tant de délicate émotion, c'est vraiment la source de cette sensibilité que nous aimons en lui. » Pierre Mendès-France

Bibliographie
  • Œuvres autobiographiques, (réunit le Refuge et la source, le Temps qui reste, la Blessure, Avec le temps, Soleils d'hiver), Éditions Grasset, 2002

Voir aussi les fiches que j'ai réalisées sur ses ouvrages suivants :
- Jean Daniel (Rabaudy) : cet étranger qui me ressemble
- L'Erreur
- Les Religions d'un président
- La Blessure
- Œuvres autobiographiques
- Avec Camus comment résister à l'air du temps
- Avec le temps

 

Notes et références

[1]  Voir son livre "Avec le temps", page 324

[2] Voir son livre "Avec le temps", Tanger 29 juillet 1989, page 389

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:55
L'ère des ruptures de Jean Daniel

Référence : Jean Daniel, "L'ère des ruptures", 332 pages, éditions Grasset, novembre 1979, ISBN 2246007631

Jean Daniel.jpg

« Je fus souvent tenté de préférer l’erreur qui rapproche à la vérité qui sépare ». ( L'ère des ruptures ) Tanger le 9 juillet 1989

«  En 1977, j'étais en face à Tarifa près de Gibraltar, et j'écrivais "L'ère des ruptures". La nature était plus sauvage, plus inquiétante à certains moments  ». ( Avec le temps page 385 )

 

Du haut de sa jeunesse, bardé de certitudes et de beaucoup d'illusions, Jean Daniel se lance dans la bataille politique pour faire triompher la gauche et ses idées. Il se veut à la fois témoin, ce qui le conduira vers le journalisme, et acteur pour apporter sa pierre à l'édification du socialisme.

 

Pour cela, il fallait d'abord regrouper des forces de gauche dispersées où le Parti Communiste jouer un rôle déterminant mais servait aussi de repoussoir pour une partie des électeurs, maintenant la gauche pour très longtemps dans l'opposition. Jean Daniel ne doutait pas de pouvoir un jour renverser la vapeur mais c'était sans compter sur la nature du communisme et l'évolution des mentalités.

 

Il a bien fallu alors constater ce qu'il appelle « ce grondement souterrain qui annonce lézardes, craquements, fissures, séismes, dans le soubassement commun de nos vies et de nos pensées, premier grand ébranlement sur le sol de nos certitudes.  » Regard sur l'ambivalence du monde, l'harmonie et la bonne entente d'un côté mais de l'autre la liberté confisquée par des états totalitaires ou des économies aliénantes.  [1]

 

C'est cette impossible union, cet écartèlement entre des réalités divergentes qu'il appelle l'ère des ruptures. Reste la liberté, celle de sa conscience, sans modèle de référence mais avec un avenir à écrire, celui de sa génération, avec une passion chevillée au corps et, comme disait son maître Albert Camus avec une grande lucidité sur leur responsabilité et la tâche à accomplir.

 

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Extraits de son ouvrage
« Lisbonne, juillet 1974. Le crépuscule enveloppe lentement cette place manuéline, l’une des plus belles du monde. Des jeunes militaires et quelques étudiants, encore dans l’ivresse de la révolution des œillets, y palabrent depuis des heures, sentant qu’ils vivent les privilèges épiques de l’Histoire. Je suis heureux d’y être, j’ai l’impression d’en être ». (page 13)

 

Bibliographie
Voir les fiches que j'ai réalisées sur ses ouvrages suivants :

Notes et références 

[1] « nous avons vu la violence se dévorer elle-même, l'univers totalitaire prendre, agressif, le deuil de ses modèles, l'Occident des sciences et le continent des pauvres inciter leurs fidèles aux refuges de la religion. » écrit-il

 

Liens externes
- Entretien avec Michel Foucault

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:48

L'Erreur, de l'écrivain et journaliste Jean Daniel

L'erreur ou la seconde vie de Sylvain Regard est le premier roman écrit par le journaliste et écrivain Jean Daniel.

 

Jean Daniel en 2011.jpg  

Introduction

Dans son livre L’ère des ruptures, Jean Daniel écrira aussi : « Je fus souvent tenté de préférer l’erreur qui rapproche à la vérité qui sépare ».

 

La raison de cette réédition, nous confie Jean Daniel, vient d'une certaine indulgence pour le héros de ce récit, à un âge où il faut bien 's'assumer', y reconnaître une partie de soi, un morceau de jeunesse qu'il n'est pas facile d'identifier. Brice Parain lui avait à l'époque promit un avenir littéraire s'il savait se libérer du fait « d'avoir eu une enfance comblée. » [1]

 

La préface d'Albert Camus

« Il est peu de premier livre dont, si vite, je me suis senti aussi proche. » Ainsi commence la préface qu'Albert Camus écrivit pour ce premier roman de son ami Jean Daniel. « L'angoisse de Bruxelles » dont il parle a des airs de brume des canaux d'Amsterdam, décor de La Chute. Mais ici, il s'agit d'une « angoisse en plein soleil », sujet du livre. Paradoxe.

« Le sujet de L'Erreur est justement cet affrontement et comment un homme, né pour vivre, peut trouver au-delà d'une certaine mort, une deuxième vie. » Là commence la seconde vie de Sylvain Regard.

Présentation

Sylvain Regard est un être de paradoxe. Apparemment, c'est un jeune homme pauvre, qui a un patron méprisable et un travail qui ne correspond guère à ses dons. Pourtant, « il vit comme un être comblé. » Il se sent privilégié, « le soleil brille pour lui », la guerre lui sert de révélateur et il aime ses succès féminins. Il rejette par-dessus tout l'injustice et la laideur. [2]

 

Au-delà de son engagement dans la vie politique, Jean Daniel pense à la question de la grâce -beauté et laideur, maladie et mort- mais les canons de la beauté n'ont-ils pas été définis par des hommes ? Si tout est politique, de tout temps, « tous les visionnaires ont préconisé une discipline de fer pour préparer le brasier rédempteur, inéluctable prélude à tous les paradis. » Il est donc sceptique sur le "tout politique" et prône la modestie car l'erreur est de croire que tout nous est dû. Se battre et rester modeste : « comprendre cela, c'est accéder à la deuxième vie. »

 

Sylvain Regard a décidé d'en finir, hanté par le souvenir de Louise qui s'est suicidée il y a pourtant bien longtemps. Il a rendu visite à François son oncle qui l'a bien connue, sans bien savoir pourquoi, Louise que la beauté avait négligée, condamnée aux "qualités morales" et François avait conclu : « La rançon de la joie n'est pas la souffrance, c'est la mort; dans la souffrance on finit toujours par s'installer. » Peut-être.

 

Sa décision est prise mais sur son chemin il va rencontrer des fâcheux. Sa sœur d'abord qui l'emmène chez ses beaux-parents. Pourquoi ne riait-il plus comme avant, lui demanda-t-elle, un bon rire, bienfaisant, qui fait « s'épanouir l'âme. » Un rire thérapeutique en somme. Puis il reçut la visite de son ami Max, désespéré par la maladie de sa femme, habitée de névralgies épouvantables. Il l'accompagne finalement à l'hôpital où elle doit suivre un traitement psychologique à base de rire collectif. Mais le rire thérapeutique n'agit pas, elle reste figée, sans un rire, pas même un petit sourire et le lendemain, elle met fin à ses jours et à sa souffrance.

 

Cette fin tragique provoque chez Sylvain comme une catharsis, Louise et la femme de Max sont désormais impuissantes contre la beauté de la nuit ou son « amour exclusif pour les petits matins. »

 

Sections annexes

Notes et références

[1] ↑ Jean Daniel reprend largement ce témoignage dans son livre Le temps qui reste
[2] ↑ Il prend aussi parti pour les offensés et les victimes parmi lesquels les Républicains espagnols. Bien que Jean Daniel s'en défende, il y a du Camus dans ce tableau qu'il dresse de son héros. [NDLR]

 

Bibliographie

L'ERREUR ou La Seconde Vie De Sylvain Regard, LGF, 1977, (ISBN 2-253-01563-6)

Lien externe

Librairie Gaïa
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