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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 14:06

 Référence : Erri de Luca, Impossible, éditions Gallimard, 176 pages, 20 août 2020

 

« Le monde s’est retourné comme un gant. Ce 20e siècle est un temps si périmé qu’il est incompréhensible pour ceux qui sont venus après. » Erri de Luca Impossible

 

L’écrivain Erri De Luca, né à Naples en 1950, est aussi poète et traducteur. Parmi une œuvre foisonnante, on peut retenir Montedidio en 2002, qui lui valut de recevoir le prix Femina étranger, Le poids du papillon en 2011 ou Le tour de l'oie en 2019.

 

     

 

« J'étais fait pour naître dans un fjord norvégien, pas dans une ruelle de Naples ! » dit-il dans une interview. Il fut un jeune plutôt taciturne, se mêlant peu aux autres. Selon lui, « l'isolement ne se décide pas, c'est une question de caractère, de terminaisons nerveuses. »

Qu’est-ce qui est impossible en fait, se mesurer à la grandeur de la montagne, la défier et surmonter ses aléas ou découvrir la vérité au-delà de la logique formelle et des apparences ? Il fut un alpiniste émérite (avant ses problèmes cardiaques), un amoureux de la montagne qu'il exalte par exemple dans son ouvrage Le Poids du papillon. (Éditions Gallimard, 2011)

De son père, il dira : « J'ai écrit les livres qu'il n'a pas écrits, j'ai escaladé les montagnes qu'il aurait voulu escalader. Je suis son fils parce que j'ai hérité de ses désirs. »

 

   
Trois chevaux      Montedidio (Le mont de dieu)  Le plus et le moins

 

On est dans les Dolomites, les Alpes italiennes, subitement sur un sentier escarpé, un homme chute dans le vide. Immédiatement, l’homme qui le suit donne l’alerte. Jusque là, rien de particulier, un accident de montagne tel qu’il s’en produit régulièrement dans cette région.

Problème : Ces deux hommes se connaissent très bien et ont un contentieux à régler. Militant dans un groupe révolutionnaire à l’époque de leur jeunesse, le premier avait livré le second et tous les autres à la police. Pour le magistrat chargé de l'affaire, c’est limpide, une simple question de vengeance après tout ce temps passé à ressasser sa rancœur.

 


Erri de Luca dans sa maison de campagne romaine

 

La vengeance est un plat qui se déguste froid, c’est bien connu. Comment le magistrat pourrait-il croire un instant que cette rencontre n’est que le fruit d’une coïncidence ? Mais l’homme niera farouchement et donnera du fil à retordre aux certitudes du magistrat.

 

  
Pendant son procès à Turin en 2015
À la Libreria Italiana de Paris en juin 2015 après son acquittement par le tribunal de Turin

 

Un face à face tendu entre un jeune magistrat et un vétéran de la Révolution qui fait partie « de la génération la plus poursuivie en justice de l'histoire de l'Italie. » Mais a Erri de Luca, nous ne sommes pas dans une histoire policière, nous somme dans la vie, dans une confrontation qui sert de support à une réflexion sur l’engagement confronté à la conscience, le concept de justice, l’amitié "à la vie à la mort" entre ces deux hommes et ce que signifie la trahison.

 

       

 

Sur son époque, il écrit dans Impossible que « le monde s’est retourné comme un gant. Ce 20e siècle est un temps si périmé qu’il est incompréhensible pour ceux qui sont venus après. [...] La seule manière de comprendre quelque chose est de recourir aux vies personnelles. L’histoire du 20e siècle est si écrasante, une histoire qui a opprimé, éparpillé les gens, on ne peut la connaître à travers les actes des gouvernements, les traités de paix ou de guerre.  »

 

    
                                       Le passionné d'alpinisme

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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 13:39

<<<<<<<<<<<< Poétesse et femme engagée •  >>>>>>>>>>
 

     
Timbre argentin à son effigie

 

« Quels mondes ai-je dans mon âme où je viens depuis longtemps demander des moyens pour voler ? »


Issue d'un milieu bourgeois,  -fille d'un industriel-brasseur argentin- cette argentine d'origine italienne née en Suisse près de Lugano, [1] va avoir une courte vie bien remplie marquée par le théâtre et la poésie.
En 1912, enceinte et contrainte de se réfugier dans l'anonymat, elle se retrouvera enseignante à Buenos Aires, travaillant également avec un groupe de théâtre de jeunes.

À vingt-quatre ans, elle publie en 1920 un premier recueil de poèmes intitulé Écrits pour ne pas mourir… qu'elle dédie « à tous ceux qui, comme moi, n’ont jamais réalisé un seul de leurs rêves ».

  

Elle va rapidement s'engager, devenant institutrice pour enfants attardés, femme en vue des bibliothèques populaires du Partido Socialista de Buenos Aires, puis journaliste. Les milieux intellectuels de Buenos Aires la reçoivent bientôt comme une diva. Elle intègre d’abord le groupe de La Pena, dans cet aréopage d'écrivains comptant entre autres Jorge Luis Borges, Luigi  Pirandello, Marinetti, qui se réunissait au café Tortoni puis rejoint ensuite le groupe Signós qui lui, se réunissait à l'hôtel Castelar, où elle rencontre Ramon Gomez de la Serna et Federico García Lorca.


Le ton romantique de ses premiers poèmes, où elle exprime avec sensualité toute la tension et toute la passion des rapports ambivalents entre l'homme et la femme, laisse place vers la fin de sa vie à une poésie assez noire dans l'ensemble, axée sur deux thèmes majeurs : la mer et la mort. Thèmes récurrentes dans son œuvre où les flots ont tendance à tout submerger, de ses premiers écrits des années d'après-guerre comme Frente al mar et Un cementerio que mira al mar jusqu'à Alta mar en 1934 et à son "testament", rêve prémonitoire intitulé Moi au fond de la Mer. Ses derniers textes sont plus travaillés mais moins spontanés, moins marqués par la sensibilité de ses débuts. [2]
Entre ses deux périodes dominées par la poésie, elle s'est consacrée à l'écriture d'articles journalistiques et de comédies comme El amo del mundo en 1927 et Dos farsas pirotécnicas en 1932.

 

      
                           Teresa de Jesus entre Alfonsina Storni et Gabriela Mistral

Est-ce vraiment prémonition ou volonté clairement mûrie, toujours est-il qu'Alfonsina Storni atteinte d'un cancer du sein depuis 1935 et se sentant diminuée, part s'installer dans un hôtel de Mar del Plata en octobre 1938 et se suicide comme dans son poème, entrant dans la mer jusqu'à progressivement s'y engloutir. Peut-être se remémore-t-elle le premier distique de son poème Dolor écrit 12 ans plus tôt :

 

« Je voudrais en cette soirée divine d'octobre
Longer la mer au-delà du rivage... »
 

Il se peut aussi que l'annonce en 1937 du suicide de son ami Horacio Quiroga, [3] ait joué un rôle dans sa décision, Horacio pour qui elle  écrira :

 

« Mourir comme toi, Horacio, pleinement
Et comme dans tes nouvelles, voilà qui est bien;
Une détonation bienvenue et le spectacle est terminé …

Laissons-les dire... »
 

Cette tragique disparition à l'age de 46 ans, si romantique de la part d'une poétesse, va inspirer d'autres artistes, en particulier la chanson Alfonsina y el mar, composée par Ariel Ramírez et Félix Luna, [4] chantée par de nombreux interprètes comme, pour les Français, Nana MouskouriMaurane, Nicole Rieu ou Bernard Lavilliers qui la reprit en 2010 sous le titre Possession dans son album Causes perdues et musiques tropicales.

Alfonsina Storni est parvenue à conquérir le milieu artistique de Buenos Aires, milieu qui est alors l'apanage des hommes. Elle est tout ce qu'une femme n'est pas : poétesse, avant-gardiste, journaliste et mère célibataire, refusant les conventions. Elle combattra toujours pour que la place des femmes soit reconnue dans la société argentine et pour qu'elles puissent librement décider de leur vie.

 

        
Biographie d'alfonsina Storni   Son monument Mar del Plata  Affiche du film "Alfonsina"

 

La poésie d'Alfonsina Storni
Je vais dormir (Voy a dormir, 1938) [5]

Dents de fleurs, coiffe de rosée,
mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
prépare les draps de terre
et l’édredon sarclé de mousse.
Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
Pose une lampe à mon chevet;
une constellation, celle qui te plaît;
elles sont toutes belles : baisse-la un peu.

Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
un pied céleste te berce de tout là-haut
et un oiseau esquisse quelques voltes
pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
s’il venait à me téléphoner
dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

       
                            
Alfonsina Storni et Horacio Quiroga


Les barques
Penser que pourraient, ces fragiles barques
S’engloutir sous les flots, sans un soupir
Voir s’approcher, la gorge à l’air
L’Homme, le plus beau, sans désir d’amour
perdre la vue, distraitement
la perdre sans jamais la retrouver
Et, visage tendu entre ciel et plage
me sentir dans l’oubli éternel de la mer 

***************************************************
Si cette nuit un baiser se pose sur tes yeux, voyageur,
Si un tendre soupir frissonne entre les branches,
Si une main délicate presse tes doigts
Te tient et te lâche, t'étreint et s'en va,

Si tu ne vois cette main, ni cette bouche qui embrasse,
Si c'est l'air qui tisse ce baiser de rêve,
Ô voyageur dont les yeux sont comme le ciel,
Dans le souffle du vent, me reconnaîtras-tu ?

 

    Gabriela Mistral et Alfonsina Storni

 

Moi au fond de la mer
Au fond de la mer
il y a une maison de cristal.
Sur une avenue
de madrépores,
elle donne.
Un grand poisson d’or
à cinq heures
vient me saluer.
Il m’apporte
un bouquet rouge
de fleurs de corail.
Je dors dans un lit
un peu plus bleu
que la mer.

Un poulpe
me fait des clins d’œil
à travers le cristal.
Dans le bois vert
qui m’entoure
-"din don din dan"-
se balancent et chantent
les sirènes
de nacre vert océan.
Et dessus ma tête
brûlent, dans le crépuscule,
les pointes hérissées de la mer.


Notes et références
[1] Elle est née le 29 mai 1892 à Sala Capriasca près de Lugano en Suisse, immigrant en Argentine à l'âge de 4 ans et décédée le 25 octobre 1938 à La Playa de la Perla, Mar del Plata en Argentine
[2] Souvent rattachée au courant du postmodernisme, elle a plutôt été influencée par Jorge Luis Borges et le poète nicaraguayen Ruben Dario.
[3] Horacio Quiroga est un écrivain uruguayen né en 1878 et mort à Buenos Aires en 1937
[4] Félix Luna a écrit Alfonsina y el mar en reprenant quelques vers de son dernier poème, sur une musique-boléro d'Ariel Ramirez
[5] Alfonsina Storni a écrit ce poème-testament 3 jours avant son suicide le 25 octobre 1938 en se noyant dans la mer à Mar del Plata en Argentine  


Bibliographie
* Recueil de poésies
 L'inquiétude du jardin des roses (La inquietud del rosal), 1916  --  La douce blessure (El dulce daño), 1918  --  Ocre (Ocre), 1925  --  Le monde des sept sources (El mundo de siete pozos), 1934  --  Mascarilla y trebol, 1938
* Pièces de théâtre
L'âme du monde (El amo del mundo), 1927  --  Dos farsas pirotecnicas, 1932


Références complémentaires
* Josephina Delgado, "Alfonsina Storni. L'essence d'une vie" (Una biografia esencial), 2001, réédition 2010
* "Alfonsina", film de Christoph Kühn avec Elda Guidinetti, Hernan Musaluppi... sur la vie et la carrière d'Alfonsina Storni, au-delà du mythe qu'elle représente.
* "Obra poetica completa", son oeuvre poétique, 1961
* "Nosotras y la piel", sélection de ses essais, publiée en 1998

* Voir aussi 
* Mes fiches sur Anne Wiazemsky, Tina Modotti --
* Mon site "Portraits de femmes"

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13 décembre 2019 5 13 /12 /décembre /2019 14:57
Primo Levi Conversations et entretiens - 1963-1987 -
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À l’occasion du centenaire de sa naissance

Référence : Primo Levi, Conversations et entretiens, 1963-1987, éditions Robert Laffont, Collection Pavillons poche, 508 pages, mai 2019
Annotations Marco Belpoliti, traduction Thierry Laget et Dominique Autrand

 

     
 

Pour célébrer le centenaire de sa naissance,  les éditions Robert Laffont rééditent Les Conversations et entretiens de Primo Levi, auteur de Si c'est un homme, dans la collection "Pavillons Poche".

Comme dit Marco Belpoliti qui a dirigé cette réédition, « Au lecteur de recueillir, derrière les mots de ces transcriptions, la vérité qui vibre dans les paroles de Levi et qui se manifeste sous le double aspect d’un optimisme inattendu et d’un pessimisme lucide. »

 

 

 

Repères biographies

Primo Levi naît à Turin en 1919. Chimiste de formation, il s'engage en 1943 dans le mouvement de résistance antifasciste italien, avant d'être arrêté puis déporté à Auschwitz en février 1944. Cette épreuve se retrouve dans son premier livre Si c'est un homme et nourrira son œuvre. C’est sa réédition en 1958 qui le fera connaître au grand public, autant comme témoignage que comme œuvre littéraire.

Tout en travaillant comme salarié, il publiera des livres comme La Trêve en 1963, La Clé à molette en 1978 ou Les Rescapés 1986, dernier essai publié de son vivant. Dans un style à la fois simple et précise, il y soulignait Primo Levi y soutenait l'intérêt du témoignage et pour lui une façon de survivre par l'écriture.
 



Il consacra sa vie à la lutte contre l'oubli et le négationnisme et s’est donné la mort en 1987. Primo Levi, qui confesse devoir à Auschwitz sa vocation littéraire, revient constamment sur les thèmes abordés dans Si c'est un homme. Il se voulait gardien de la mémoire, vigie contre le nazisme et l'antisémitisme.

Dans ce recueil d'entretiens provenant d’émissions radio ou d’articles de presse, il analyse les thèmes qui sont au cœur de son œuvre. Dans une quête autobiographique, il parle de son enfance dans le Piémont, de musique, de chimie, son premier métier, de l'écriture, d’informatique, de poésie…

 


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Primo Levi (1919/1987)  --  À partir d’un entretien (1986)

Dans une famille bourgeoise comme la sienne, on ne parlait guère de politique, de Mussolini ou d’un quelconque problème juif.

Son père avait travaillé en Hongrie et en France et savait ce que l'antisémitisme signifiait. Il avait assisté à la révolution de Béla Kun à Budapest, assez épouvanté par cette expérience, aussi parce que Béla Kun était juif. Son père avait également peur du communisme, surtout de la réaction au communisme juif. Il témoigne ainsi : « Je suis né et j'ai grandi dans un climat fasciste, quoique mon père ne le fût pas, il était hostile au fascisme pour des raisons superficielles : la mascarade, le défilé, le manque de sérieux lui déplaisait... »
« Mon père est mort en 1942... par bonheur pour lui, et pour nous, car il n'aurait pas pu survivre à ce qui est arrivé après. »

 

Primo Lévi a vingt-trois ans quand Hitler lança la "solution finale". Un an plus tard, il est arrêté dans le Val d'Aoste  non comme partisan mais comme juif, un choix qu’il assume. « C'est moi qui me suis fait connaître comme juif… Les miliciens qui m'avaient fait prisonnier m'ont dit : "Si tu es partisan, nous te collons au mur ; si tu es juif, nous t'expédions à Carpi." » Il voulait montrer qu’on pouvait être à la fois juif et partisan : « J'étais un juif, donc, que les juifs aussi sont capables de se décider à se battre. »

Il était un de ces partisans de la première heure, très peu armés et disposant de très peu de moyens. Au début, à Carpi-Fossoli les fascistes ne traitaient pas trop mal les prisonniers, leur permettant d'écrire, de recevoir des colis, leur répétant qu'ils les garderaient là jusqu'à la fin de la guerre. Mais il a ensuite été remis aux Allemands et l’on peut se demander d’où leur venait cette haine absolue envers les juifs.

À cette question centrale, il pense qu’il faudrait au préalable savoir « pourquoi les Allemands ont accepté Hitler. » Les livres des spécialistes ne sont d’aucun secours pour répondre à ce problème, « celui du consentement massif de l'Allemagne… Ceux qui ont refusé Hitler, on peut simplement dire qu'ils ne l'ont pas accueilli avec enthousiasme. Or, accepter Hitler c'était accepter aussi le programme de son antisémitisme. Le problème est là. »

Si l’Allemagne n’a pas connu de résistance véritable, il y a eu quand même quelques îlots comme ce groupe d’officiers de droite (la Rose Blanche), ce qui restait du Parti communiste… « S’il n'y a pas eu une (vraie) résistance, c'est aussi que c'était un pays policier modèle. » [1]


Le comportement des Allemands, précise Primo Lévi, est assez récent : « Les Allemands du temps de Goethe n'étaient pas ainsi, » pas plus que du temps de l’occupation prussienne telle que la présente Maupassant dans ses nouvelles, pas davantage durant la Première Guerre mondiale où les armées allemandes et françaises n'étaient guère différentes dans leur comportement.

Freud pensait que les Allemands étaient des « mal baptisés, » autrement dit résistaient à toute forme d'assimilation à la civilisation chrétienne. Ils faisaient irruption dans l’Histoire comme un ouragan, un prélat définira même Hitler comme un « Attila motorisé ».

 

Primo Lévi s’est donné comme ligne de conduite, surtout dans Si c'est un homme, de rester objectif et d’éviter tout jugement explicites, passant par le truchement du jugement implicite pour apporter son point de vue. D’une façon plus générale, il pense que « tous les jugements généraux sur les qualités intrinsèques, innées, d'un peuple ont une odeur de racisme. » Il s’intéresse aussi à la culture allemande, n’éprouvant aucune aversion innée contre les Allemands, « il n'y a aucun réflexe conditionné en moi. »

Il ne croit pas que, même dans l'Allemagne d’Hitler, il n’y ait jamais eu un antisémitisme répandu. Les juifs allemands étaient bien intégrés, ils formaient une bourgeoisie largement assimilée dans la nation allemande et n’étaient pas comme en Pologne ou en Russie, les victimes désignées des pogroms.

 

Notes et Références
[1] Primo Lévi renvoie au livre de Fallada, Chacun meurt seul qui permet de mieux comprendre ce qu'était l'Allemagne l’époque, Fallada antinazi, avait alors déjà écrit Petit homme, grand homme.

 

Voir aussi mon site sur Jorge Semprun --

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 16:15

 

Dario Fo et sa femme Franca Rame

Dario Fo, qui souvent joue et met en scène ses propres pièces, a renouvelé par son style le genre Commedia

dell’arte et la farce médiévale en privilégiant l'improvisation, la performance verbale et physique de l’acteur et la profusion de gags ou de jeux de mots. Il utilise tous les langages dont il peur disposer, un peu comme les plasticiens détournent des objets usuels pour en faire des objets d’art. On trouve ainsi dans ses textes le recours à des parlers populaires mêlés d'accents régionaux, de formules idiomatiques et même de phrases murmurées parfois inaudibles. [1]

Son théâtre se caractérise par une esthétique brute –certains disent grotesque- basée sur des allusions, des références grivoises ou parfois scatologiques, un grand sens de l'économie de mise en scène. Très souvent, un même acteur interprète plusieurs personnages, plusieurs rôles comme dans le théâtre grec antique, utilise quelques accessoires, porte un masque ou un accoutrement quelconque et un simple maquillage volontairement trivial ou bouffon.

De cette façon, Dario Fo a voulu se libérer des contraintes classiques de la représentation scénique pour en donner une parodie et faire ressortir sa nature artificielle, refusant de se lier à la réalité de la vie quotidienne, privilégiant le recours à l’invraisemblable et à l’invention. Il tend ainsi à « extérioriser » sa pièce en inscrivant le spectacle dans un environnement global, les acteurs par exemple apostrophant le public, faisant des commentaires sur les objets du décor, critiquant sans fard les contraintes des répétitions ou la progression dramatique de la pièce.

A travers des formes de comique, de fantaisie et de satire, son objectif se veut une contestation radicale de la société de son temps : dénonciation des mœurs de la bourgeoisie, du rôle du libéralisme, [2] du clergé [3] et de l’armée, [4] ce qui lui valut d’être souvent victime de la censure et qui culmina en 1962 dans un véritable « lynchage médiatique » lors de l’émission télévisée, Canzonissima, dont l’audience fut autrement importante que celle de représentations sur de petites scènes de théâtre.

 

Notes et références

[1] Par exemple, sa pièce Mystère bouffe est un spectacle inspiré des mystères et des jongleries populaires du Moyen-Áge, utilisant le Gremelot, un langage fait de dialectes et d’onomatopées pour susciter le rire ironique de l’auditoire.

[2] Sa pièce Faut pas payer, qui inaugure son propre théâtre en 1974, est une satire haute en couleurs et ironique du monde industriel et de la société de consommation.

[3] Par exemple dans sa pièce Le pape et la sorcière (Il papa e la strega) en 1989, charge anticléricale sur le thème d’une loi anti-drogue très répressive.

[4] Comme dans Isabelle, trois caravelles et un charlatan, histoire revue et corrigée de Christophe Colomb, contenant nombre des répliques moqueuses sur l’armée.

 

Faut pas payer ! (Non si paga, non si paga !, connue aussi sous le titre On ne paie pas, on ne paie pas !), 1973

Comédie qui se situe dans l’Italie des années soixante-dix à Milan, une ville qu’il connaît bien. Le fil conducteur est l’histoire d’un groupe d’ouvrières qui ne supportent plus l’augmentation du coût de la vie et, au comble de l’exaspération, décident de dévaliser le supermarché de leur quartier. Mais tout le mode réagit et se ligue contre elles, de leurs propres maris. La confrontation provoque de nombreux quiproquos comme cette femme qui, cachant ses menus larcins sous ses vêtements,  affirme qu’elle est enceinte pour berner tout le monde.

 

La pièce passe par la farce sociale pour parler des problèmes de société comme la délocalisation industrielle et le chômage, la faim ou l’absence de logement, le poids particulier imposé aux femmes au quotidien, les difficultés imposées aux plus défavorisés dans nos sociétés développées, tous ceux qu’on range pour simplifier dans le groupe du « quart monde ».

http://p2.storage.canalblog.com/25/96/714221/50624099.jpg   Faut pas payer ! avec Julie Jézéquel , Pascal Destal, Lorène Guillemin...

                                                                             Théâtre de la gargouille - Bergerac

 

Mystère bouffe, (Mistero buffo), spectacle théâtral joué pour la première fois en 1969 en Italie et en 1973 au Festival d’Avignon par le collectif Nouvelle Scène Internationale, dans une mise en scène d’Arturo Corso.

Dario Fo, Mystère bouffe. « Jonglerie populaire », traduit et adapté par G. Herry, Paris, Dramaturgie Éditions, 1984, postface de J. Guinot et F. Ribes.

 

Ce « Mystère » s’inspire d’une tradition italienne datant des XIIIème et XIVème siècles, genre alors en vigueur qui avait périclité au cours du temps. En usant de longs monologues, l’acteur explique et commente le contexte du texte qu’il entend jouer, en s’aidant de manuscrits ou de peintures murales médiévales. On y rencontre au fil du spectacle de multiples personnages, un jongleur, un fou, des joueurs, un ivrogne ou un vilain se mêlent à des soldats, un chef des gardes, y croisent des personnages bibliques comme un ange ou la Vierge Marie et même le pape Boniface VIII, caricature du message biblique. Autant de figures bouffonnes sur fond de mystère christique.

 

Spectacle total, sans plus de distinction entre la scène et le public, Dario Fo le jouait en communion avec ce public, n’hésitant pas à faire appel à lui, à improviser pour rendre le spectacle unique, usant d’un langage qui n’est compréhensible qu’à travers l'intonation et la gestuelle qui l'accompagnent Fo en profite pour dénoncer la récupération de l'histoire populaire par le pouvoir, la confection d’une histoire officielle qui occulte révoltes et soulèvements populaires.

 

Théâtre Jacques Cœur - Lattes (34)

 

Histoire du tigre et autres histoires, 1978

 

Monologue théâtral d’un soldat, un homme du peuple,  qui raconte le rôle providentiel qu’un tigre a joué dans ses aventures. Le peuple s’identifie au monde animal –celui du tigre chez les chinois- contre le monde politisé des puissants.

Au temps de la Longue Marche, l’armée chinoise de Mao se replie et laisse derrière elle un pauvre soldat blessé à un pied, très mal en point, gagné par la gangrène. Réfugié dans une grotte, il est sauvé par une tigresse qu’il aide à son tour mais il préfère aller s’installer dans un village… suivi de la tigresse et de son petit. Après bien des péripéties, ils parviendront tous à s’entendre. Unis, ils repousseront les envahisseurs, des armées de Tchang Kaï-Chek à celles du Japon, et même les soi-disant représentants du peuple qui finissent par s'enfuir, laissant le village en paix.

 

 Mort accidentelle d’un anarchiste, 1970

 

Dans cette pièce tirée de faits réels, Dario Fo transpose deux défenestrations : celle de l’anarchiste italien Andrea Salsedo par la police de New York en 1920 et celle de Giuseppe Pinelli par la police milanaise en 1969. [1]

 

« A la première lecture de "Mort Accidentelle d'un Anarchiste", j'ai été totalement émerveillée par l'humour et l'ironie avec laquelle Dario Fo traite un fait divers terrible: un cheminot anarchiste fait une chute mortelle, du 4ème étage d'un commissariat.... Le sujet de la pièce qui laisse augurer un drame devient au contraire le prétexte à une farce satirique sur la police, le pouvoir et la justice, nul n'est épargné... »

Ivola Pounembetti, metteur-en-scène, La Rochelle, 2013-2013

Positions inconciliables : « Suicide » conclut la justice, « meurtre » insinue la rumeur publique. Un fou s'introduit dans un commissariat jouant successivement différents personnages, un enseignant, un juge, un capitaine... jusqu'à embarquer tout le monde dans des situations inextricables qui impliquent diverses fonctions de l'Etat. Son action va peu à peu saper la version officielle et pousser tout ce beau monde dans ses retranchements, renvoyant chacun à sa propre responsabilité.

[1] En 1969, une bombe explose dans la Banque Agricole, à Milan. Et immédiatement, on arrête l’anarchiste Giovanni Pinelli, pour constater quelques années plus tard que l'Etat italien était largement impliqué dans cet attentat.

  

   

Affiches de la pièce à La Rochelle  et à Arcueil, théâtre de l’épopée

 

Récits de femmes, Dario Fo et Franca Rame, 1970

Deuxième volet de la trilogie "Récits de femmes" composé de « Nous avons toutes la même histoire », « Une femme seule » et « Couple ouvert à deux battant »

 

Elles s’appellent Marie, Gina ou Antonia, sont émouvantes et parlent de leur quotidien avec conviction et justesse ; elles se sentent souvent seules et ignorées, niées même dans leur condition féminine, confiant ainsi leur détresse et leurs espoirs. Seul le rire libérateur de Dario Fo peut à son tour désamorcer le tragique et nous faire réfléchir.  

« Nous avons toutes la même histoire » : Gina a oublié de prendre la pilule et le soir venu, son petit ami insiste pour faire l’amour avec elle. Et bien sûr, ce qui devait arriver… On s’insinue dans les états d’âme de Gina prise dans des sentiments contradictoires, entre tentation, désir et volonté de résistance qui la conduiront à finalement accepter cette maternité non désirée. 

Etats émotionnels ambivalents, conflictuels entre son besoin de caresses et la peur de tomber enceinte, jusqu’à rouler en boule un tissu qu’elle tient contre elle comme un nouveau-né.

« Une femme seule » : Marie est une femme au foyer comme on dit, plus considérée dans son rôle traditionnel d’épouse, plus objet sexuel et robot domestique que comme femme épanouie. Une femme engluée dans sa situation, une impasse sans espoir, coincée entre un beau-frère obsédé sexuel, lourdement handicapé et la violence de son mari.

« Couple ouvert à deux battant » : Histoire assez sordide du trompeur trompé, où le mensonge sert de conduite. Antonia est affligée de Massimo, un mari effrontément volage qui culpabilise et lui joue une nouvelle fois la scène du suicide. A bout d’arguments, il lui suggère de faire la même chose et de prendre à son tour des amants. Mais quand elle lui annonce qu’elle le trompe… c’est une tout autre histoire…

 

recit de femmes - theatre funambule

 

 

 

 

 

 

Récits de femme au théâtre du funambule, Paris 18ème 

 

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 13:50

Dario Fo et Franca Rame

Prix Sonning en 1981, Prix Nobel en 1997 

 

Franca Rame, la complice de Dario Fo Dario Fo et sa femme Franca Rame

Avec Dario Fo, c'est un saltimbanque qui entre au pays du Nobel et reçoit le prix Nobel de littérature en1997. Un prix qui lui fut décerné pour avoir entre autres « dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé le pouvoir et restauré la dignité des humiliés. » [1]

 

Doué en dessin et en peinture, il n'était pas spécialement destiné à devenir l'un des plus grands dramaturges italiens, un « homme de théâtre complet », l'égal de Goldoni, ce qui est pour lui le compliment suprême. Encore, et il l'a rappelé lors de son discours de Stockholm, il préfère entre tous un autre auteur italien Angelo Beolco dit Ruzzante, « un extraordinaire homme de théâtre de ma terre, peu connu ... même en Italie. Mais qui est sans aucun doute le plus grand auteur de théâtre que l'Europe ait connu pendant la Renaissance avant l'arrivée de Shakespeare. » 

 

Les sept premières années de sa vie, il les a relatées dans un roman picaresque dans le village de Mezaràt situé sur la rive italienne du lac Majeur."Mezaràt" signifie "chauves-souris" en dialecte lombard, surnom des contrebandiers et des pêcheurs qui vivaient la nuit, comme les chauves-souris justement, autoportrait «d'un Nobel en petit garçon, peint avec l'élan et le comique d'un grand maître, » écrira le journal  Repubblica delle donne. On y côtoie des souffleurs de verre et bien sûr la famille, un père cheminot et antifasciste, un grand-père horticulteur et truculent et une mère si sensitive, si affectueuse.

 

Il naquit en 1926 dans le village de Sangiano près de Varese en Lombardie du nord, où son grand-père qui était un "fabulatore" apprécié, l'initia très tôt au théâtre populaire et à la tradition orale mais il entreprit d'abord des études d'art et d'architecture à Milan avant de se lancer dans l'écriture. [2]

 

Sans elle, sans Franca Rame, il n'existerait pas, affirme-t--il.  [3]« Je dois mon Nobel à cette dame, sans elle je ne l’aurais pas eu ! » Il l'épouse en 1954 et depuis ils sont inséparables dans la vie, leur militantisme, ils assurent la mise en scène et  ont écrit plus de 70 comédies et quelque 300 monologues. [4] « Franca ne recule devant rien !  Elle a le courage d’exprimer certaines idées, certaines valeurs, la constance, le rationalisme, l’ordre au milieu de tout le désordre que j’organise à tout moment... » ajoute Dario Fo. Elle l'a payé cher puisqu'en 1973, elle est enlevée, torturée et violée par des militants d'extrême-droite, cachant cette terrible expérience jusqu'à ce qu'elle écrive et joue « Viol ».  

 

Pour faire bouger la société, ils refusent de poursuivre un rôle de bouffon de la bourgeoisie au pouvoir, ils jouent dans les usines et les maisons du peuple, s'inspirant de l'idée du TNP Théâtre National Populaire et des pièces de Bertold Brecht.

 

Pour éviter le plus possible les contrôles et la censure, -que la police arrache leurs affiches sur demande de l'église ou que leurs textes soient "expurgés"- ils s'organisent, les spectateurs deviennent des adhérents et chaque pièce est suivie d'un débat. Aux élections municipales de Milan le 29 janvier 2006, il obtient 23% des voix, restant conseiller municipal [5], « ce qui est certain, dit-il, c'est que je serai toujours là pour déranger.» [6]

Sur sa pierre tombale, il souhaite que l'on inscrive: «Le clown est mort. Riez ! »

 

   

      Le couple lors d'une manifestation en décembre 2005

 

Notes et références

[1] Voir sa présentation dans la Notice des prix Nobel

[2] Il travailla ensuite à la radio, y écrivant toute une série de monologues intitulée Poer nano ("Pauvre nain") et débuta comme acteur en 195.

[3] Franca Rame, issue d'une famille d'acteurs ambulants, est née à Parabiago, petite ville de la province de Milan

[4] Le 24 juin 1954, elle épouse Dario Fo à Milan dans la basilique Saint-Ambroise et de cette union naîtra leur fils Jacopo le 31 mars 1955.

[5] Sa femme Franca a été élue sénatrice du Piémont en 2006

[6]  Interview de Paola Genone en 2006

 

Bibliographie en français 

* Allons-y, on commence : farces, François F. Maspero, 1977
* Mort accidentelle d'un anarchiste, Paris, Dramaturgie, 1983
* Mystère bouffe : jonglerie populaire, Paris, Dramaturgie, 1984
* Histoire du tigre et autres histoires, Paris, Dramaturgie, 1984
* Récits de femmes et autres histoires, avec  Franca Rame, Dramaturgie, 1986
* Le Gai savoir de l'acteur, Paris, L'Arche, 1990
* Johan Padan à la découverte des Amériques, Paris, Dramaturgie, 1995
* Mort accidentelle d'un anarchiste ; Faut pas payer ! Paris, Dramaturgie, 1997
* Récits de femmes  : suite, Paris, Dramaturgie, 2002
* Le pays des Mezaràt : mes sept premières années ( et un peu plus),  avec Franca Rame, Plon, 2004

 

Voir aussi  

* Dossier sur Dario Fo  et Culture italienne

* Présentation de La parlerie grotesque

* Présentation de L'apocalypse différée

 

dariofo File:Dario Fo, Franca Rame, Jacopo Fo.jpg  

Char Dario Fo au carnaval de Viareggio                                            Naissance de Jacopo en 1955


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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 11:08

Italo Calvin, San Remo et Rome

 

Italo Calvino entre fantastique et réalisme

 

   

              012_La panchina di san Remo012

  Calvino dans sa jeunesse à San Remo           Calvino San Remo 1942 (2ème à droite)

 

Des deux premières passées à Santiago de Las Vegas, près de La Havane où il est né en 1923, Italo Calvino n'en garde aucun souvenir. Il passe son enfance à San Remo dans l'Italie d'après-guerre, curieux de la nature que lui enseignent ses parents, Mario son père agronom et sa mère Eva Mameli botaniste, curieux aussi du "boom" de l'immobilier durant ces années et la spéculation qu'il décrit dans son roman "La spéculation immobilière". A travers l'histoire romancée d'un exode rural, il traitera dans "Marcovaldo" l'influence du monde urbain sur les individus et sa propension à modifier leurs rapports à la nature.

 

Son parcours sera celui de beaucoup d'intellectuels, antifasciste, il combat pour la libération de son pays, rejoint la Résistance, les Brigades Garibaldiennes en 1943 puis le Parti communiste. S'il publie son premier livre Le sentier des nids d’araignée en 1947 grâce à Cesar Pavese, c'est en 1951 qu'il publiera son oeuvre la plus célèbre intitulée la   « trilogie des Ancêtres »  Le vicomte pourfendu ", " Le baron perché " et  " Le chevalier inexistant ".

 

Toujours comme beaucoup d'intellectuels, il rompt avec Parti communiste italien après l’intervention soviétique en Hongrie. Il vit ensuite ce qu'il appelle ses « années d'ermite » qu'il passe à Paris entre 1967 et 1980, rejoint le groupe l'OuLiPo [1] dirigé par son ami Raymond Queneau, se lie avec Georges Perec et Roland Barthes."Si par une nuit d’hiver un voyageur" est l’œuvre de Calvino la plus marquée par l’influence des théories de l’OuLiPo. Elle se compose de onze fragments qui constituent un vaste panorama  des formes romanesques, illustrant les mécanismes du rapport entre le lecteur et le roman. [2]

 

En tant qu’écrivain, Italo Calvino est à la fois un théoricien de la littérature, [3] un écrivain réaliste et, surtout pour le grand public, un fabuliste ironique, passant du néo-réalisme d'après-guerre à la recherche formelle puis à la littérature populaire. De l'esthétique de Calvino, Roland Barthes disait que ce qui transparaît est d'abord une sensibilité, dans ses notations « une ironie qui n’est jamais blessante, jamais agressive, une distance, un sourire, une sympathie. » [4]

 

Alors qu’il est en pleine préparation de ses Leçons américaines pour l’université d’Harvard, il meurt d'une hémorragie cérébrale à l'hôpital de Sienne le 19 septembre 1985 à l'âge de 62 ans. L’écrivain Salman Rushdie disait de lui : « Il met sur le papier ce que vous saviez depuis toujours, sauf que vous n'y aviez pas pensé avant." »

 
       Calvino et Jorge Luis Borges        

 

Quelques citations

«  Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire. » (Pourquoi lire les classiques ?)
«  C'est le propre de l'homme que d'attendre. De l'homme juste d'attendre avec confiance ; de l'injuste, avec crainte. » (Le Vicomte pourfendu)
«  Il mourut sans jamais avoir compris, après une vie toute entière consacrée à la foi, en quoi au juste il pouvait croire - mais s'efforçant d'y croire fermement, jusqu'à la fin. » (Le Baron perché)
«  Chaque fois que je cherche à revivre l’émotion d’une lecture précédente, j’éprouve des impressions nouvelles et inattendues, et je ne retrouve pas celles d’avant. » (Si par une nuit d'hiver un voyageur)
«  L'humain va jusqu'où va l'amour, il n'a d'autres limites que celles que nous lui donnons. » (La journée d'un scrutateur, page 94)
«  Je pense avoir écrit une sorte de dernier poème d'amour aux villes, au moment où il devient de plus en plus difficile de les vivre comme des villes. » (Les villes invisibles, préface)
«  Ils se taisaient: la buée parlait pour eux. » (Marcovaldo, page 59)

 

Notes et références

 

[1]  OuLiPo (ouvroir de littérature potentielle) : acronyme dû à l’essayiste Albert-Marie Schmidt, mouvement littéraire français comprenant notamment Raymond Queneau, Georges Perec, Jacques Roubaud, qui fit des recherches sur le formalisme littéraire et la notion de contrainte

[2] Dans la Mécanique du charme, Roland Barthes parle du « caractère réticulaire de la logique narrative ». Cette construction en réseau, faite de circuits, de chemins, de liens, est particulièrement à l’œuvre dans l’ouvrage de Calvino les Villes Invisibles, publié en 1972. Il dit lui-même de son livre : « Dans Les Villes invisibles… peu à peu ce schéma est devenu tellement important qu’il est devenu la structure portante du livre, l’intrigue de ce livre qui n’avait pas d’intrigue ».

[3] Voir par exemple ses deux articles : La mer de l'objectivité et Le défi au labyrinthe où il essaie de définir sa propre poétique dans un monde complexe et difficilement compréhensible.

[4] La mécanique du charme, préface du Chevalier inexistant  par Roland Barthes

 

Voir aussi

 "Dans la peau d'Italo Calvino", film documentaire réalisé par Damian Pettigrew avec Neri marcorè, produit par Portrait & cie, DocLab, participation de  ARTE et Yle. Une plongée dans la vie et l'œuvre de l'un des plus grands écrivains italiens du XXème siècle.
* Jean-Paul Manganaro, « Italo Calvino, romancier et conteur », éditions du Seuil, 2000
* Italo Calvino : La spéculation immobilière


      Calvino con la figlia Giovanna da piccola e la moglie Chichita  Calvino en famille

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