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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 13:39

La caisse des dépôts, un monde à part, un secret bien gardé

Sophie Coignard, Romain Gubert, "Enquête sur le coffre-fort des Français", éditions du Seuil, 2016

        Les auteurs

 

On dit que la Caisse des Dépôts et Consignation -la CDC-  est un état dans l’État. Une délicatesse pour signifier qu’elle est à la fois LA puissance financière et en même temps, sous la coupe du ministère de l’économie et des finances et des plus hauts personnages politiques.



La CDC s’occupent de multiples tâches, et non des moindres. Elle veille sur l'épargne des Français et est même leur premier assureur, finance une partie des retraites, le développement des collectivités locales et le logement social.

 

Tout cela fait déjà beaucoup mais elle est aussi propriétaire de stations de ski comme La Plagne, Les Arcs, Tignes, du Futuroscope, du parc Astérix, de la salle Pleyel, des restaurants Quick ou encore du fort onéreux Théâtre des Champs-Elysées. On la trouve un peu partout.

 

Bien sûr, elle est très, très riche, c’est son pouvoir, un immense pouvoir. Derrière l’orgueilleux décor ultra moderne de sa façade de la rue de Lille, le jeu d’ombres chinoises peut se mettre en place. Dans les lambris de la république, sans ostentation. Sa communication, très au point, a fait son œuvre autour de thèmes aussi alléchants et consensuels que la promotion de la femme, l'aide aux P.M.E et P.M.I. ou encore le développement durable.

                  

 

Mais l’envers du décor, c’est l'Élysée qui peut y puiser à l’envi pour aider tel ami un peu gêné comme Luc Besson, François de La Brosse, Henri Proglio ou François Sarkozy. Autant d’obligés à qui on peut le rappeler à l’occasion… Rien n’est gratuit.
Avec Sophie Coignard et Romain Gubert, il fallait s’attendre à une enquête pleine de surprises… instructive et édifiante. Beaucoup d’interventions qui devraient sortir du cadre des activités de la CDC, comme les activités artistiques ou les "amitiés de la première dame" ou même certains rapprochements industriels.

 

Encore plus étonnant : la CDC a été accusée de fournir un soutien logistique aux djihadistes en Syrie. Ils gèrent des dizaines de milliards mais ne s’oublient pas au passage : notes de frais à rallonge, voitures de fonction, salaires incroyables complétés de nombreuses primes et parfois d’honoraires impressionnants... Et quand ce n'est pas directement eux, ce sont les amis du régime qui en profitent.

 

La Caisse des dépôts a même eu les honneurs du magazine allemand Spiegel, ce dont elle se serait bien passée : le 4 décembre 2015, Pierre-René Lemas est de fort méchante humeur. Il vient de lire cet article qui accuse sa banque… d’aider Daech. Rien que ça ! Une histoire de soutien logistique (indirect quand même) via Eutelsat, une entreprise qui s’occupe de transmissions satellites dont elle possède un bon quart du capital.

 

On apprend que les têtes pensantes de l’État islamique utilisent les services d’Eutelsat (entre autres) pour leurs communications en passant par des intermédiaires, revendeurs de matériel installés en Turquie, juste de l’autre côté de la frontière syrienne.

 

Le Spiegel précise en particulier que « si elles le voulaient, les compagnies de  téléphone satellitaires pourraient couper à tout moment les services utilisés par Daech » et ceci est d’autant plus « inconfortable pour le gouvernement français qui détient un quart de l’opérateur à travers la Caisse des dépôts, un établissement public ».

 

Et ce n’est pas la première fois que ce problème se pose.
En 2011, elle avait déjà été impliquée pour ses participations financières dans des entreprises accusées de faire des affaires juteuses avec des dictatures. [1]

 

Dans le même temps, la Caisse des dépôts avait été chargée de récupérer quelque 400 millions de dollars de la Fondation Kadhafi pour les répartir entre les victimes de l’attentat contre le vol UTA de septembre 1989 qui avait coûté la vie à 54 Français.

               

Revenons au fonctionnement interne et à ce qu’on appelle là-bas pudiquement les « énarques sur étagère ». Curieuses expression pour désigner ces hauts fonctionnaires (jusqu’à une cinquantaine de personnes !) grassement payés pour ne rien faire parce que, justement, on ne sait pas quoi en faire, étant sans affectation,  ambassadeurs ou préfets par exemple, sans poste correspondant à leur niveau ou "politiquement incompatibles".


« Atmosphère étouffante » dit l’un d’eux qui a été mis au placard pour avoir dans un rapport critiqué la stratégie de l’institution dans son domaine. Dans ces conditions, pas question lui avait dit son responsable, de devenir un jour sous-directeur, objectif ultime pour beaucoup semble-t-il, de l’ascension sociale.
Une ambiance et des pratiques pas vraiment motivantes.

 

Par contre ajoute-t-il, « beaucoup de personnes restent quand même à la Caisse des dépôts parce que c’est un des territoires de l’État où l’on gagne bien sa vie, sans compter les avantages en tout genre... »
Propos bien sûr très officieux dans ce milieu ouaté où un simple éternuement risque de faire trembler la maison.

 

Notes et références
[1] Par exemple le FSI (Fonds stratégique d’investissement), filiale de la CDC, actionnaire de Qosmos et Amesys qui vendaient des programmes de surveillance des opposants à la Syrie de Bachar el-Assad, ainsi qu’à la Libye de Mouammar Kadhafi.

 

Voir aussi
* Revue Challenges : Le fonctionnement anachronique de la CDC --

<< Christian Broussas – Val de Loire,  17/01/2017 < • © cjb © •>>

 

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 18:24

Rappel biographique

Jean Teulé a été tour à tour auteur de bande dessinée, travaillant ensuite pour la cinéma et la télévision avant de devenir écrivain. Il est en particulier l'auteur de Je, François Villon, prix du récit biographique, Le Magasin des suicides adapté au cinéma par Patrice Leconte, Darling adapté lui-aussi par Christine Carrière, avec Marina Foïs et Guillaume Canet dans les rôles principaux. Mais c'est surtout Le Montespan, prix de la Maison de la presse et grand prix Palatine du roman historique, qui l'a fait connaître du grand public, suivi de Charly 9, biographie revue et corrigée par l'auteur du roi de France Charles IX.

 

Fleur de tonnerre

Jean Teulé retrace dans ce livre le parcours d'Hélène Jégado, dit Fleur de tonnerre, l'une des grandes meurtrières de notre histoire, tueuse en série du milieu du XIXème siècle, qui empoisonna et décima des familles entières en Bretagne. "Vous avez trouvé là un sujet formidable, sur fond de légendes bretonnes et de culture éradiquée par la République, remarque la journaliste Natacha Polony dans une interview.

 

Epoque révolue puisqu'à l'époque, les paysans de Basse-Bretagne refusaient les autopsies, ce qui arrangeait bien l'empoisonneuse qui commit l'erreur d'aller sévir à Rennes, ce qui lui fut fatal. Jean Teulé remarque aussi qu'il a été obligé d'élaguer le bilan meurtrier de la cuisinière tant il était impressionnant. Dans ses recherches, il a découvert l'existence de chapelles baptisées Notre Dame de la haine ou un saint renommé Saint-Yves de Vérité, saint peu recommandable dont on devait flageller la statue pour exaucer ses voeux.

 

Quant à l'écriture de Jean Teulé, si Aymeric Caron est sensible à son style, "l'écriture, je la trouve formidable, c'est un mélange de classicisme, de punk et de rock," Natacha Polony trouve plutôt qu'il "manque de musicalité".

<<<< Christian Broussas - Jean Teulé - 22 avril 2013 <<< •© cjb © • >>>

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 17:19

La vraie vie est ailleurs est un ouvrage du sociologue et ancien député socialiste Jean-Michel Bélorgey, président à l’Assemblée Nationale de la Commission des affaires sociales et culturelles.

 


La Vraie Vie Est Ailleurs Histoires De Ruptures Avec L'occident de Jean-Michel Belorgey

 

Référence : Jean-Michel Bélorgey , "La vraie vie", éditions Jean-Claude Lattès, septembre 1989, 7-82-709-60718-6, 412 pages
Couverture Francesco Renaldi "La famille Palmer"

 

Sommaire
1- Quand le mythe se fait chair La nostalgie de l’état sauvage, La fascination de la Royauté primitive, Noces orientales, L’Orient des Sages
2- Un voyage initiatique Rituel de désertion et d’enracinement, Les étapes de l’initiation, Radioscopie d’une métamorphose, Impasses ou accomplissements

 

 

Présentation
Le sous-titre de cet ouvrage est très révélateur des intentions de l’auteur : "Histoires de ruptures avec l’Occident". Il commence par citer un texte de Gobineau extrait de ses "Souvenirs de voyage" : « Un anglais seul est capable de ces choses-là… Dans les pays les plus lointains du globe, et préférablement dans les plus excentriques, on est presque assuré de rencontrer un de ceux-ci, établi bravement au sein de la solitude la plus complète que les circonstances locales ont pu lui permettre de trouver… En recensant des souvenirs, je pourrais dresser une liste de ces déserteurs du beau monde… »

Ces déserteurs, ceux qui ont quitté le douillet de la civilisation, cherchent autre chose, ce sont les ‘découvreurs’, les aventuriers d’un monde occidental qui n’offre plus à sa jeunesse que des plaisirs convenus.


  Bélorgey ( à droite) avec M. Rocard et P. Séguin

 

Résumé et contenu
Quelles que soient leurs raisons profondes, des hommes, des occidentaux ont quitté leurs racines de façon définitive. Refusant leur culture d’origine, ils se sont fondus dans leur tribu ou leur société d’adoption, qu’ils se soient faits nomades, au service de maharadjahs ou de l’empereur de Chine. Ils représentent les héros par excellence », ceux qui hantent les romans d’aventure de Ségalen, de Melville ou de Ruyard Kipling.

 

Ce sont d’une certaine façon les 'vrais' aventuriers des siècles passés, ceux qui ne cherchent rien à démontrer, qui ne sont pas partis pour des raisons mûrement réfléchies mais pour échapper à une société trop prévisible sans qu’ils aient eu l’intention d’analyse ces raisons. Partir pour partir, pourquoi pas, à la rechercher de ce 'supplément d’âme' qu’intuitivement, ils ressentaient. Ni baroudeur, nu missionnaire. Ils sont les héritiers, ni dignes ni indignes, d’un Rimbaud qui, abandonnant à tout jamais l’art poétique pour rejoindre la ‘vraie vie’, la réalité, disait : « La vie est ailleurs ».

 

Bibliographie

  • JM Bélorgey, "La politique sociale", éditions Seghers
  • JM Bélorgey, "La gauche et les pauvres", éditions Syros, collection Alternative

          <<<<<<<< Christian Broussas - Feyzin - avril 2012 - <<<<<<< © • cjb • ©>>>>>>>>

 

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:03

Les romanciers cachés

                    <<<<<<<< Ecrivains et pseudonymes >>>>>>>>
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                   Quelques exemples contemporains

Pourquoi diable certains romanciers publient-ils sous un pseudonyme ? Depuis l'affaire Romain Gary, "double prix Goncourt" , il semble qu'il ait fait des émules parmi ses confrères écrivains. "L'affaire Romain Gary" avait fait du bruit quand on eut la certitude que le prix Goncourt 1975 n'était autre que l'écrivain déjà couronné en 1956 pour son roman Les Racines du ciel. Double prix Goncourt, une première pour la vénérable institution. Après sa disparition, on apprit que, sous le pseudonyme d'Émile Ajar, il fut aussi l'auteur de quatre romans, y compris La Vie devant soi, le Goncourt primé en 1975, dont la paternité avait été attribuée à un proche parent, Paul Pavlowitch, son petit cousin.

Deux écrivains assez connus parmi leurs contemporains, Yasmina Khadra et le prix Goncourt Andreï Makine ont sauté le pas et expliqué leur choix. Mais ils ne sont pas les seuls et l'on peut aussi citer d'autres romanciers comme "Jack-Alain Léger", "Philippe Labro", "François Nourissier" et le prix Goncourt "Jacques-Pierre Amette".

 

On ne peut pas dire que Frenchy, écrit par un certain Benjamin Cros et paru chez Fayard à la rentrée littéraire en 2004, ait fait un tabac. Opération secrète fomentée en douce par Yasmina Khadra puisque même son éditeur habituel Julliard l'ignorait. Alors pourquoi un tel besoin chez un romancier à succès auteur entre autres de L'Attantat ou des Hirondelles de Kaboul. Il faut dire que Yasmina Khadra n'aime pas les jurys et la critique, clamant haut et fort que « toutes les institutions littéraires se sont liguées contre moi. Ça n'a pas de sens, ces aberrations parisianistes. »

Pour Andreï Makine, c'est autre chose. En 2001, un auteur inconnu Gabriel Osmonde, publie un roman remarquable et remarqué Le Voyage d'une femme qui ne voulait pas mourir. Chez Albin Michel, son éditeur, personne ne le connaît paraît-il, mais il continue à publier, Les 20 000 Femmes dans la vie d'un homme puis en 2006 L'Œuvre de l'amour, cette fois aux éditions Pygmalion.

 

Mais en janvier 2009, à l'université d'Amsterdam, contre toute attente, il décide enfin de se dévoiler lors d'un collectif consacré à son œuvre. Peut-être la présence de la meilleure spécialiste de l'œuvre d'Andreï Makine, Murielle Lucie Clément a-t-elle influencé sa décision, le sujet « "Andreï Makine et Gabriel Osmonde" : passerelles » s'y prêtant d'ailleurs admirablement.

 

tumb Makine [2]  tumb Khadra

 

Murielle Lucie Clément, qui connaît même sa thèse en russe intitulée "L'Enfance dans le roman français", affirme : « Je suis intimement persuadée que Gabriel Osmonde a lu TOUT Makine et qu'Andreï Makine connaît les livres de Gabriel Osmonde. Ils ont beaucoup en commun, et il existe de nombreuses passerelles de l'un vers l'autre et vice versa. » On ne saurait être plus claire mais elle n'affirmait rien et se refusait à franchir le pas. Pour conforter ses dires, elle s'est penché sur "l'intertextualité" entre les deux romanciers, citant des exemples particulièrement significatifs.

 

Le mystère s'épaissit quand un homme se faisant passer pour Gabriel Osmonde, aurait été vaguement aperçu pendant le colloque et, selon certaines rumeurs, habiterait le Canada. Comme en clin d'œil, Makine avait écrit en 2007 une pièce de théâtre intitulée justement Le Monde selon Gabriel. Pour lui, la critique devrait juger sans tenir compte de l'écrivain, du son passé, de sa notoriété, expliquant que « Si je me protège ainsi, c'est parce que je crois que l'on détruit une œuvre en l'accolant à une biographie (de l'auteur). »


En 1983, une jeune fille prénommée Stéphanie publie son journal intime intitulé Des cornichons au chocolat. Une autobiographie origine où "Stéphanie" se confie à son chat "Garfunkel", un style alerte qui séduit, écrit-on à l'époque. Et en plus un franc succès : vite publié en édition de poche et traduit en une vingtaine de langues. Mais n n'en sait pas plus sur la jeune écrivaine. Mais lors de sa réédition chez Lattès en 2007, apparaît sur la couverture le nom de l'auteur : Philippe Labro, l'auteur de l'étudiant étranger qui lève enfin le voile sur le véritable auteur du livre.

 

tumb JA Léger    tumb Labro

 

Pour Paul Smaïl, c'est le vécu, l'autobiographie qui sert de vecteur à son premier roman Vivre me tue qui intéresse et surprend par ses accents de vérité. L'auteur serait un "Beur" diplômé et féru de littérature mais déclassé, travaillant la nuit dans un hôtel mal fréquenté. Ça sent un peu le film Tchao Pantin mais pourquoi pas ! mais la description de la banlieue est d'un réalisme saisissant. Puis en 2001, paraît chez Denoël un second roman de la même eau, Ali le magnifique. En fait, on apprendra que sous les traits de Paul Smaïl se cache l'écrivain Jack-Alain Léger. De la même façon que "Makine", Jack-Alain Léger voudrait qu'on juge un livre pour ce qu'il est et non à la lumière de la connaissance de l'auteur, ce qui biaise le jugement. Mais il aime tellement porter des masques et se cacher derrière des pseudonymes tels que Melmoth, Dashiell Hedayat et autre Eve Saint-Roche...

 

« Je me suis autorisé une petite coquetterie », confesse aujourd'hui Jacques-Pierre Amette, prix Goncourt pour son roman La maîtresse de Brecht. Lui aussi voulait savoir "ce que les gens pensait de lui". Il désirait selon ses propres termes, « se refaire une identité, » éprouver la liberté de l'écrivain inconnu, tout neuf, sur lequel les critiques portent un regard neuf. Il pouvait ainsi interpréter un autre personnage, "être un autre" pouvant changer de registre.

François Nourissier


En 1955, un "jeune écrivain" France Norrit (ce qui évoque tout de même un double féminin de François Nourissier) publie aux éditions de Paris un roman intitulé Seize ans. Texte audacieux pour l'époque, avec des accents très littéraires d'une jeune femme pour qui « il fall


Presque un demi-siècle plus tard, François Nourissier confiera dans une interview au Figaro Magazine : « Pendant dix ans, j'ai cherché à m'amuser, à l'inverse de mes amis qui travaillaient le genre noble. »

 

tumb Nourissier [1]tumb Amette  

  1. Photo © JC Marmara
  2. Photo © Jerry Bauer/Opale

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 17:33

Maquillages: Les politiques sans fard est un essai-récit politique écrit par Christophe Barbier, directeur du journal L’Express, chroniqueur sur i-télé et invité régulier sur Canal + ou France 5.

 

Référence : Christophe Barbier, "Maquillages: Les politiques sans fard", éditions Grasset, 22 février 2012, 264 pages, ISBN 2246794749

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juin 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

 

tumb             tumb

 

Chaque matin, Christophe Barbier reçoit un invité politique qui passe au maquillage avant de gagner le studio et il peut ainsi observer son invité politique prit dans son naturel, hors antenne, «la peau se maquille, mais le cuir ne ment pas, » écrit-il quelque peu ironique. Il y aura aussi d'autres moments "hors caméra", des moments entre parenthèses propices aux confidences où se glisser quelque complicité conjoncturelle; des moments aussi où il ne faut pas forcément être dupe de "fausses confidences" à la Marivaux.

 

Même s'il existe quelques "poids lourds" en ce domaine, les meilleurs ne sont pas toujours ceux à qui on pense a priori. « A intervalles réguliers, j'ai rencontré Nicolas Sarkozy ces dernières années, presque toujours à l'Elysée » écrit-il pas en veine lui aussi de confidence. Et il ajoute, matois : « Longs soliloques, parties de cache-cache, passe d'armes, glace et feu. Et toujours, le mystère de sa violence brumeuse. » Nicolas Sarkozy, « l’homme qui maquille ses mains » aura une terrible colère de près d’un quart d’heure quand Christophe Barbier lui demande des nouvelles de sa santé après son malaise vagal en 2009, devant ses collègues journalistes et révélera un Président coupé des réalités, isolé dans son refuge élyséen sans conseiller pour lui ouvrir les yeux et le mettre au courant de la réalité.[1] Les autres hommes politiques qu'il reçoit ne sont guère mieux traités non plus, comme Dominique de Villepin, « l’homme qui maquille sa haine » ou Dominique Strauss Kahn, « l’homme qui maquille sa vie ».


Il se demande aussi ce qu'il y a sous le fard, au-delà de la politesse et du quant-à-soi quand François Hollande singe François Mitterrand, ce qu'est cette "normalité" que dénonce François Bayrou, y voyant plutôt une pause de candidat ou de l'homme politique, qu'une réalité de l'homme privé. Mais François Bayrou, pas plus qu'un autre, ne déroge aux canons modernes de la communication et du "look", il est « très narcissique, assez coquet, aime bien s’isoler. Il se regarde avec beaucoup d’aménité, corrige une mèche. » Quant à Ségolène Royal, elle préférait s'isoler avec sa maquilleuse et son coiffeur.[2]

Commentaires critiques

« Christophe Barbier analyse les politiques hors représentation : Dans les coulisses du pouvoir, les caractères se révèlent et se montrent sans fard ! »
Philippe Delaroche, l'Express/Lire le 18 avril 2012

« Christophe Barbier entreprend de montrer avec les mots le visage « sans fard » d'une dizaine de personnalités politiques, candidats à l'élection présidentielle, mais pas seulement. »
Les Échos le 02 mars 2012

« Un livre assez apprécié par les chroniqueuses dans lequel il donne son point de vue sur les élections présidentielles à venir et sur la personnalité des candidats. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère. »
"On n'est pas couché", émission du 31 mars 2012

Bibliographie

Christophe Barbier, "Les derniers jours de François Mitterrand", éditions Grasset, 1998, Prix Châteaubriand
Roland Cayrol, "Tenez enfin vos promesses !", Essai sur les pathologies politiques françaises, éditions Fayard, janvier 2012

 

Notes et références

  1. Voir l'article d'Économie Magazine du 16 avril 2012
  2. Voir le site "Tricheries et coquetteries" des candidats avec l'interview de Virginie Roussel le 12 avril 2012

Liens externes

L'Express les-politiques-sans-fard
Vidéo Christophe Barbier face à Pulvar et Polony

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 18:29

 

Enquête sur le Citoyen Mendès-France

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Pierre Mendès FranceNous voulons une France loyale et juste (18 septembre 1954)

Référence : Le Citoyen Mendès-France – Jean Daniel et Jean Lacouture, 15 témoignages recueillis et présentés par… Le Seuil 10 /1992 – L’histoire immédiate, Isbn 2 02 01 9427 9

 

Pour ce dixième anniversaire de la disparition de Pierre Mendès-France, Jean Daniel et Jean Lacouture [1] ont réuni des témoignages de proches et de personnes qui ont bien connu l’homme politique, publiés dans ce livre et objet également d’un film réalisé par Jean-Christophe Rosé et produit par Michel Rotman. [2]

 

Témoignages éminents de ces 15 personnalités [3] qui donnent un portrait riche et contrasté de Pierre Mendès-France :
- Ses proches : Marie-Claire Mendès-France sa femme, Michel Mendès-France son fils ;
- Ses amis politiques : François Mitterrand, Jacques Delors, Michel Rocard, Claude Cheysson, Georges Kiejman, Simon Nora, Edmond Maire, Pierre Bérégovoy ;
- Des personnalités politiques : Jean-Marcel Jeanneney, Edouard Balladur, Raymond Barre, Olivier Duhamel, Michel Jobert.

 

Pierre Mendès-France est une figure à part dans le monde politique, surtout dans sa famille à gauche où il fait référence, réalisant un lien indispensable entre l’époque de Léon Blum dont il a été secrétaire d’état et l’arrivée au pouvoir de la gauche avec François Mitterrand, Jacques Delors ou Pierre Bérégovoy qui ont accepté de participer à ces témoignages.

 

Référence, il l’aurait accepté avec toute sa timidité, mais mythe certainement pas, ce n’est pas l’homme qu’il mettait en avant mais les idées, les principes qui gouvernaient sa vie et son action, le lien entre morale et politique, entre le social, les libertés démocratiques et le dirigisme économique. Pour lui, la volonté est la pierre angulaire d’une pédagogie politique basée sur la dignité de la relation. [4]

 

Pourtant, son action, politique fut assez brève, quelques semaines en 1938 avec Léon Blum, quinze mois entre 1943-45 avec le général de Gaulle et huit mois comme président du conseil en 1954-55. [5] Ce qui n’est pas sans comporter quelques regrets sur « ce petit homme brun et râblé au regard mélancolique et à la voix vibrante de sagesse » et les barrières qu’il avait lui-même fixées, une sensibilité d’autant plus vive qu’elle avait été mise à rude épreuve et qui ont largement influencé son parcours politique. [6]

 

Il y a toujours une retenue, une approche positive chez tous ceux qui témoignent, qui reconnaissent ses qualités, même ceux qui sont le plus éloignés de ses conceptions et pensent qu’il représente plus un idéal à atteindre qu’une ligne politique opérationnelle. [7]

Notes et références

  1. Voir également l’autre ouvrage que Jean Lacouture a consacré à Pierre Mendès-France : Jean Lacouture, Pierre Mendès-France, éditions du Seuil, Paris, 1981 (ISBN 2020058669), réédition 2010 dans la collection poche Point-Histoire (ISBN 2757818619)
  2. Voir aussi Jean Botherel, Entretiens avec Pierre-Mendès France, Stock, 1974
  3. Seule François Giroud a refusé la parution de son témoignage.
  4. Alain Gourdon, Mendès France ou le rêve français, Ramsay, Paris, 1977, (ISBN 978-2859560133)
  5. François Bédarida et Jean-Pierre Rioux, Pierre Mendès France et le mendésisme : l'expérience gouvernementale, 1954-1955, et sa postérité, Fayard », Paris, 1985, (ISBN 978-2213016863)
  6. Richard Dartigues et Francis Delabarre, Pierre Mendès France : 1907-1982 : la passion de la vérité, Plon, Paris
  7. Claude Nicolet, Pierre Mendès France ou le métier de Cassandre, éditions Julliard, Paris, 1959

 Bibliographie de référence

  • François Bédarida et Jean-Pierre Rioux, Pierre Mendès France et le mendésisme : l'expérience gouvernementale, 1954-1955, et sa postérité, Fayard », Paris, 1985, ISBN 978-2213016863
  • Jean Bothorel, Entretiens avec Pierre-Mendès France, Stock, 1974
  • Richard Dartigues et Francis Delabarre, Pierre Mendès France : 1907-1982 : la passion de la vérité, Plon, Paris
  • Alain Gourdon, Mendès France ou le rêve français, Ramsay, Paris, 1977, ISBN 978-2859560133
  • Simone Gros (préf. Michel Mendès France), Pierre Mendès France au quotidien, Editions L'Harmattan, 2 octobre 2004, 162 p. (ISBN 978-2747569996)
  • Régis Parenque, De Mendès France à Bérégovoy : l'honneur en politique, Paris, Pascal Galodé, 2011, 217 p. (ISBN 2-35593181-X)
  • François Stasse, L'Héritage de Mendès France : une éthique de la République, Seuil, Paris, 2004
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 09:43

Eddy Mitchell : Il faut rentrer maintenant...

<<<<<<<<<<<< Voir aussi l'essai sur Eddy Mitchell >>>>>>>>>>>>
<<<<<<<< © CJB >>>>>>>>

tumbLors de sa dernière tournée (© Fabrice Coffrini AFP)

 

Référence : "Il faut rentrer maintenant... Eddy Mitchell", entretiens avec Didier Varrod, édition de La Martinière, 315 pages, couverture Thierry Le Goues, mars 2012, isbn 978-2-7324-5147-3

 

« "Il faut rentrer maintenant" », les derniers mots de son dernier concert. On le suit dans ses dialogues avec Didier Varrod qui l'interview comme on peut le suivre à travers ses chansons : "M'man", "La dernière séance", "60-62", et "Gènène"... jusqu'à ses adieux. Difficile pour lui de trouver son équilibre entre "Nashville" et "Belleville". [1] Et pas seulement la chanson, même si c'est son "trip", [2] mais les copains, le cinéma et ses meilleurs souvenirs, les folies de jeunesse, un humour à nul autre pareil et le temps qui passe : « "une fenêtre ouverte sur un parcours atypique." » 

1- Toute la ville en parle

Comme l'écrit Didier Varrod, Eddy Mitchell voulait « "réveiller la France du général de Gaulle... et mettait plus d'un neurone dans le rock'n'roll." » D'autant plus que sa place particulière dans la chanson lui permet de « "s'octroyer la liberté de chanter et de penser en même temps." » Sa "traversée du désert", un certain désenchantement provoquent un retour sur lui-même, retour à sa jeunesse, ses racines comme le titre d'un de ses albums. Au printemps 2010, Varrod le retrouve pour un film documentaire sur Eddy Mitchell, [3] avec pour l'occasion, retour au ciné Le Trianon à Romainville, le décor de "La dernière séance." Puis un bout de tournage chez lui à "Saint-Tropez", scènes de famille avec Muriel sa femme et sa fille Paméla. Il joue le jeu, "sans fard", trouvant la juste distance entre retenue et confidences. A l'aube de sa dernière séance, « "J'voudrais pas m'sous estimer, mais mon temps est compté. J'veux pas finir comme un vinyle oublié" » chante-t-il dans "J'suis vintage".

2- Dernier concert

Je suis vintage
La barbichette, souvenir de la pièce "Le Temps des cerises", lui allait bien. Il l'a gardée. Un petit côté Hemingway, assure Muriel... Avec Stewart granger ou Gary Cooper pas question de rivaliser alors il se tourne vers Bill Haley, c'est plus dans ses cordes, et ce sera "Be bop a lula". Maintenant, il préfère décrocher avant de finir comme Sinatra. Ce sera Come back, « "sur un tempo swing, léger, presque joyeux." »

 

Avec lui, pas de compliments : « "Quand je ne dis rien, c'est que je suis content. J'ai du mal à extérioriser, dans les deux sens d'ailleurs." » [4] Aux autres de décoder ses états d'âme. Pendant les tournées, pas d'avant et d'après le concert, l'échange avec le public se fait pendant; question de pudeur. Nostalgie parfois, réminiscence d'un moment de plaisir mais certainement pas passéiste. Un sentimental rentré, quelques moments-clés cependant, inoubliables : devenir grand-père, surmonter son cancer... Il faut savoir tourner la page, vendre ses trophées aux enchères, même si on peut aussi regarder un bon vieux western ou écouter un bon Gene Vincent.

 

L'esprit grande prairie
Ce Paris, ce 20ème arrondissement qu'il décrit dans son livre autobiographique "P'tit Claude" [5], c'est d'abord les nombreux cinémas qui le peuplaient alors, la violence des "blousons noirs", les guerres entre bandes rivales pour le contrôle du quartier. [6] L'important, c'était ses copains, la course aux fringues rock'n'roll; mais le quartier a tellement changé qu'il ne s'y reconnaît plus. C'est l'époque où, par la grâce de sa copine d'alors, il devient Schmoll. [7] Comme il possède un bon coup de crayon, entre les petits boulots qu'il exerce, il crée des BD, l'une de ses grandes passions avec la chanson et le cinoche. [8] En 1961, il s'établit chez ses beaux-parents à Noisy-le-sec puis à Monrfort-L'Amaury.

3- Débuts et consécration

Eddy Mitchell  Années 60   janvier 1977

 

S'il n'en reste qu'un...
L'année 1955 avec le film "Graine de violence" et la chanson de Bill Haley "Roch around the clock" marquent pour lui, un tournant. Avec ses potes des 5 rock... et un culot monstre, ils auditionnent chez Barclay avec l'incontournable "Be bob a lula" [9] puis enregistrent leur premier 45 tours avec "Tu parles trop", le "You talk too much" de Jo Jones en janvier 1961.

 

Mais il prend déjà quelque distance avec ce milieu, SLC, Daniel Philipacchi, Franck Ténot, Albert Raisner, sympas mais bof... eux et le rock... quant aux producteurs, c'est pire que le "Lèche bottes blues". Curieux destin de chansons : "Daniela" qu'il chante pour faire plaisir à Jean Fernandez, "Toujours un coin qui me rappelle" qui est un four aux Etat-Unis et "S'il n'en reste qu'un", « "un titre de fin d'album, " » qui compteront parmi ses plus grands succès. De ses rencontres avec les rockers, deux dominent : Little Richard et Chuck Berry, doués tous les deux dans leur genre mais de curieux personnages qui le faisaient plutôt rire. Avec Eddy, chanter reste un acte naturel, pas question d'apprendre des techniques de chant, même avec la célèbre mlle Charlot, ou d'utiliser des outils comme les "ears", ces oreillettes pour mixer la voix.

 

Rien qu'un seul mot
L’écriture de ses textes est venue peu à peu, avec les adaptations d’abord quand il constata la nullité des versions françaises, puis ses textes sur les musiques de Pierre Papadiamandis et plus rarement quelques autres musiciens. C’est dans l’actualité qu’il trouve ses thèmes, dans les médias où il retient «" une expression, une idée, une situation. […] La chanson a souvent un côté très épidermique dans son inspiration. » comme dans sa chanson "J’aime les interdits", un regard, un don d’observation pour tirer de l’actualité un quelque chose d’intéressant, une posture symptomatique. [10]

 

Le texte se présente comme une petite histoire, « un mini scénario » précise-t-il, qui doit coller à la musique. L’interprétation tient à la façon dont la chanson est ensuite reçue. [11] Le récit doit être centré sur un générique –influence du cinéphile- « images arrêtées qui se succèdent avec pour chacun une action précise. » [12] Philippe Corcuff qui a écrit sur "la philosophie sauvage d’Eddy Mitchell", il connaît bien sûr mais il trouve que c’est trop "intello", trop sérieux pour lui. [13]

 

La dernière séance
Eddy Mitchell a vraiment été élevé « au cinéma » dans les nombreuses salles de Belleville où son père qui travaillait de nuit l’emmenait parfois 2 fois par jour. Son préférence allait aux westerns qui montraient des héros entiers, pas de psychologie, une combinaison entre son et espace, couleurs et odeurs… Un cinéphile-né avec Gary Cooper, sa dégaine et son phrasé si particuliers, et Robert Mitchum, sa façon de jouer un ton en-dessous, ce qu’il nomme « l’underplaying. »

 

"La dernière séance" est née un jour de juillet 1980 de l’envie de revoir des vieux films disparus des écrans. Une idée avec un copain, de proposer films, actualités et bandes annonces. Comme à l’époque. Contre toute attente, ils obtiennent un franc succès. Puis la télé s’y est intéressée et ce fut alors une aventure qui dura 16 ans. Pour lui, un film est bon ou mauvais, le cinéma d’auteurs est une division artificielle et Les Cahiers du cinéma un repaire d’intellectuels. Il pense que le cinéma italien a bien réussi la synthèse entre auteur et dimension populaire. 

 

4- Grand écran, Sur la route 66

Grand écran
Pour lui, être acteur est d’abord se sentir en accord avec le personnage à interpréter. Après quelques apparitions sans grand intérêt, c’est le film "Le coup de torchon" qui l’a révélé mais il ne se considère pas comme un professionnel, incapable qu’il est de jouer Shakespeare par exemple. Un rôle, c’est un coup de cœur, le personnage façonnant l’identité de son jeu, un film est d’abord un réalisateur, Bertrand Tavervier pour "Coup de torchon", Lautner et Chatillez pour "Le bonheur est dans le pré". « "Etienne et moi nous sentons assez proches parce que nous avons en commun un sens de la dérision qui s'applique un peu à tout, y compris à nous-mêmes." » Ce fut beaucoup plus compliqué dans "A mort l'arbitre" et "Ville à vendre", les 2 films qu'il fit avec Jean-Pierre Mocky.


Comme acteur, il se situe plutôt parmi les comiques, « "mon registre est le comique... malgré les apparences de personnages plutôt ombrageux, voire taciturne." » (page 164) Malgré le succès de la pièce "Le temps des cerises", le théâtre n'est pas vraiment son truc. Après la chanson, il préfère jouer au cinéma et pense renouer avec la télévision et son ami Gérard Jourd'hui. [14]

 

Sur la route 66
Ah! Les États-Unis, son premier contact début 1960 avec le Texas et Dallas la ville western, les immeubles « "qui ressemblaient à des vagues géantes. Une structure démente avec cet effet de mouvement dont j'avais la sensation qu'il était mobile." » [15] Et à New-York des amis très improbables comme Johnny Kirsch lié à la mafia ou Olivier Coquelin brasseur d'affaires hors pair. S'il aime le pays, il reconnaît « "la mentalité réactionnaire de l'Amérique profonde." » Et son beau rêve s'évanouit, celui d'une pauvre baby doll.

 

La route 66 entre rock, rythm'n'blues et country, était un fantasme où « "au bout du rêve, la magie s'achève." » [16] Après Bush, Obama, ouf! mais « "il suffit d'observer ce qui se passe socialement aux États-Unis pour immédiatement préférer vivre en France." »

5-  Votez pour moi, On veut des légendes

Votez pour moi
Ce qu'il déplore le plus du temps de sa jeunesse, c'est le manque de liberté, l'information bâillonnée par le pouvoir gaulliste, les événements du métro Charonne occultés, « "la guerre d'Algérie, guerre sordide," » circulez, y'a rien à voir. « "Anti gaulliste total et convaincu, dit-il, avec un petit faible pour François Mitterrand." » Sceptique sur mai 68, il reconnaît que ce fut une avancée en matière sociale et de droits des femmes. Son « "cœur est à gauche" » même s'il se sent plutôt dépolitisé mais encore et toujours antimilitariste et anti calotin. Malgré tout, il aime bien son époque, les indignés par exemple, beaucoup moins la mondialisation et le rôle des banques.

 

On veut des légendes
Avec Johnny Halliday, c'est une amitié qui vient de leur jeunesse, rencontre à 15 ans dans une surprise-partie, que rien n'a pu remettre en cause. Question de feeling, même s'ils sont très différents et même si l'on a longtemps voulu les opposer. La médiatisation et la promo, ce n'est pas non plus son truc et il a été très choqué par le harcèlement dont Johnny a été victime pendant ses ennuis de santé.

 

Quant à Claude François,il l'a connu comme un hyper actif ne tenant pas en place, maniaque de la perfection, ingérable à ses débuts. [17] S'il a côtoyé beaucoup des chanteurs de sa génération, c'est avec Jacques Dutronc qu'il a le plus d'atomes crochus. « Dutronc, c'est comme Johnny. C'est la famille.» Acteur, chanteur et grand déconneur, comme avec Coluche quand ils jouaient tous des deux « les andouilles dans "Cocoricoboy"

 

Selon Eddy, « il y avait Michel et Coluche et parfois, son personnage a cannibalisé tout le reste.» C’est d'abord le copain qu’il a suivi dans Les restos du cœur, même si Eddy n’aime pas beaucoup le "charity business". Même connivence avec Serge Gainsbourg, le bar du Lucetia qui lui a inspiré une chanson-hommage à son copain.

6- On va dire que c’est moi

Sa relation à la publicité est simple : il est pour quand il a besoin d’argent. La pub, c’est pas sérieux mais content quand même d’avoir eu un prix pour le spot qu’il a créé pour Haribo. Il se veut chanteur, un pro qui fait son boulot, ajoutant « j’aime la dérision, ne pas se prendre au sérieux, conserver une certaine distance, les gens qui ont de l’humour et le sens de la formule. [18] avec quelquefois un brin de provocation en guise d’ironie.

 

Il adore le Saint-Tropez historique où il passe beaucoup de temps dans sa maison à l’écart du village, « dominant le golfe dans la zone forestière. » Lui qui n’est pas vraiment "nature" se sent bien, détendu dans sa maison provençale. Muriel sa femme le verrait-elle avec les yeux de l’amour après 30 ans de mariage quand elle dit qu’il est facile à vivre en famille, tolérant et qu’il ne met jamais la pression sur son entourage. La maison est aussi le symbole de la vie de famille, valeur fondamentale pour lui, avec ses enfants [19] pour « se créer des souvenirs ensemble. » (page 287) En matière d’addiction, ce fut surtout le casino, entrer dans la tête de l’autre à travers le poker… mais a finalement été obligé de se faire interdire…

 

L’adieu à la scène, l’âge qui vient est d’abord une nostalgie de sa jeunesse. Il retient cette tendresse qu’il a reçue et qu’il donne à son tour aux siens, cette transmission qu’a été pour lui l’’écriture de P’tit Claude. « Y’a pas d’mal à s’faire du bien » a-t-il chanté. Même s’il dit avoir « un caractère assez hermétique, » il reconnaît que la parole libère. Il pense qu’il est important de "figer les souvenirs", « sinon vous oubliez votre vie, ce précieux trésor qui vous a été offert, et par voie de conséquence, vous vous oubliez vous-mêmes. »

 

Didier Varrot rejoint Philippe Corcuff en évoquant de « dignes constats qui parlent mieux qu’un traité de sociologie de la France d’hier et d’aujourd’hui. » Cette fois, conclut-il, « je crois bien que "tout Eddy". »

 

   Eddy acteur (avec Miou-Miou)

 

Notes et références

  1. C'est sa mère qui lui fera connaître les chanteurs français des années 50, son côté Belleville, et son père le cinéma, côté "dernière séance". Il tiendrait son humour teinté d'ironie de son père et de son frère aîné trop tôt disparu
  2. « "A la musique sans qui la vie serait une erreur" » dit-il en épigraphe
  3. France 5, série Empreintes, diffusé en novembre 2010
  4. Voir interview page 28
  5. Voir ma fiche de présentation de son livre [1]
  6. Pour la description du quartier de Belleville, voir [2]
  7. Schmoll serait en fait une déformation de schmok, connard en argot yiddish
  8. Il a d'ailleurs une belle collection dont il est assez fier
  9. En fait, il chante 4 titres : be bop a lula, Baby blue, Tant pis pour toi et Running bear
  10. Comme dans la filiation existant entre "La fille couleur menthe à l’eau" et "La fille du motel"
  11. Comme sa chanson "Société anonyme" dont il n’est d’ailleurs pas l’auteur
  12. Voir par exemple sa chanson "Il ne rentre pas ce soir" (page 113)
  13. Voir pages 114-115
  14. Après avoir joué dans la série sur Maupassant
  15. Voir sa description et ses impressions page 176
  16. « "Route légendaire Croisée des mystères / Mais maintenant sans vie / Dans l'oubli Au bout du rêve / La magie s'achève. " » (Sur la route 66)
  17. Pour les anecdotes sur Claude François, voir pages 22è à 232
  18. Il a créé avec Bertrand Tavernier, Pierre Lescure et Gérard Jourd’hui l’association La Mauvaise foi évidente (MFE)
  19. Ses enfants Eddy, Marilyn et Paméla ainsi que son petit-fils

Voir aussi
Extraits de son autobiographie  ------  Avec Eddy, pas de langue de bois

 

tumb

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 19:10

Eddy Mitchell, chanteur, auteur, parolier

<<<<<<<<<<<< Voir aussi Eddy Mitchell (Varrod) >>>>>>>>>>>>
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Eddy Mitchell   Eddy Mitchell en novembre 2010

 

Un essai sur Eddy Mitchell peut paraître surprenant, une certaine idée de la philosophie qui sort de son ghetto, se fait populaire au sens où l’entend le philosophe Michel Onfray, le docte professeur descendant de sa chaire pour fonder l’université populaire de Caen et prôner une physiologie du goût pour mieux goûter à la philosophie. Le chanteur qu'on connaît, encore moins le 'fan' de cinéma -on n'a pas oublié sa Dernière séance- qui a parfois fait l'acteur avec bonheur laisse ici la place à l'auteur, celui qui a écrit la plupart de ses textes depuis de nombreuses années... avec la complicité de son ami, complice et compositeur Pierre Papadiamandis.

 

Question centrale : quelles sont les grandes tendances qui se sont dégagées depuis au moins une trentaine d'années de textes qu'il a écrits, même et d'autant plus, s'il n'a pas eu en les écrivant, vraiment conscience des convergences qu'ils recèlent.

En voici quelques exemples qui, je l'espère, vous paraîtront symptomatiques du Schmoll... et vous intéresseront. [1]

1- La thérapie par le rock

Le goût d’écrire lui est d’abord venu de son rejet des textes simplistes qu’on lui proposait pour chanter les succès des pionniers du rock qu’il interpréta longtemps en exaltant leur souvenir dans L’Épopée du rock où il confesse que "le rock est notre vice", reprenant les classiques de Chuck Berry avant de rencontrer plus tard Le fils de Jerry Lee Lewis. Ce n’est de sa part posture médiatique quand il proclame J’suis un rocker, c’est une façon de voir la vie, une métaphore sur l’expression de sa réalité quand il évoque sa jeunesse à travers Et la voix d’Elvis, qu’il fustige « les barbus sans barbe », tous les textes à l’eau de rose qui l’indisposent. Lui revendique son parcours, sa révolte, une certaine marginalité, « i je vous déplais, Fallait pas m’inviter », quitte à « rêver de faux paradis » chante-t-il dans Le monde est trop petit

2- Eddy Mitchell sociologue ?

Un demi siècle de chansons, quelque 35 ans qu'il écrit ses textes -"50 ans derrière moi", précise-t-il dans Come back, chanson tirée de son dernier album en 2010, sacrée longévité pour tenter d'en dégager quelques perspectives, tant il est vrai que, de ses chansons qu'il a façonnées année après année, se dégage des tendances, quelques traits incertains, une signature comme une altérité incomparable. C'est tout à la fois une manière de voir la vie façonnée par son expérience, un regard aiguisé sur son époque et sur le monde, sans épistémologie ni théorie superflue. Une schmollophilie à nulle autre pareille. Une ligne de conduite qui affleure au détour d'un quatrain ou de quelques vers, qui se dégage de la gangue multiforme des mots et des phrases patiemment ourlées qu'il parvient après beaucoup d'efforts à coucher sur le papier.

 

Depuis la séparation d'avec Les Chaussettes noires, le rocker-crooner Eddy Mitchell a signé de nombreux textes qui ont souvent en commun de relier les inquiétudes de la vie quotidienne au regard qu'il porte sur le monde en général. Des chansons rock ou d'amour de ses débuts, où il voulait simplement plaquer un texte, où la musique l'emportait largement sur le texte, il est passé à des textes plus personnels qui font justement que ses chansons lui ressemblent.

 

Eddy Mitchell  Eddy Mitchell en février 2011

3- L'univers d'Eddy Mitchell

D'abord, son côté 'coq gaulois' -comme le cinéma préféré de sa jeunesse, le Cocorico-, l'orgueilleux qui ne lâche rien, genre s'il n'en reste qu'un, je serai celui là, même s'il faut être seul sur son chemin et clamer je ne me retournerai pas, un homme qui n'avait pas signé de contrat. Rester fidèle aux amis, à son passé, et d'abord à lui-même. Au détour des textes, on y rencontre beaucoup de nostalgie, rançon de la fidélité qui transparaît dans Au-delà de mes rêves ou Alice et son pays aux merveilles et qui éclate dans Et la voix d'Elvis ou dans La dernière séance. Identification. Moi aussi, j'ai connu le temps des cinémas de quartier disparaissant les uns après les autres, pans de mémoire qui s'effondrent, le Magic devenu un garage ou le Richerand transformé en supermarché, et d'autres pulvérisés par des bulldozers. Un vieux pleure dans son coin; son cinéma est fermé. Nostalgie de fin d'époque.

 

Déjà perce la nostalgie en 1965 dans ses premiers textes à forte connotation autobiographique dan son album Du rock 'n' roll au rhythm 'n' blues avec J'avais 2 amis, l'histoire de deux pionniers du rock Eddy Cochrane et Buddy Holly disparus tragiquement et surtout La photo des jours heureux, au titre évocateur sur un souvenir de sa prime jeunesse quand son père lui donnait le goût du cinéma en l'emmenant dans les cinémas de son quartier et la disparition progressive du monde de son enfance. Écartèlement qu'on retrouve dans le titre Nashville ou Belleville dans lequel il évoque sa mère cette fois-ci, avant de lui rendre hommage beaucoup plus tard dans sa chanson M'man.

 

Eddy et Johnny en 2010

4- Un scepticisme nostalgique

Entre passé nostalgique et futur nébuleux, la route étroite, que ce soit celle du prisonnier de La route de Memphis ou le long de la mythique Route 66, mène forcément à un présent dominé par une réalité qui ne lui plaît pas toujours, sur laquelle il est souvent fort critique, prenant un ait bougon, poussant un 'coup de gueule' ou jouant d'une ironie mordante, pas forcément facile à décoder. Il recourt alors volontiers à l'humour par exemple pour dénoncer la télévision et ses Reality show ou les compromissions, ceux qui s'arrangent trop facilement avec leur conscience dans Lèche botte blues. Ce blues, il choisit le rêve pour la dominer, même si ce n'est qu'un jeu de miroir comme dans la petite fille de Pauvre Baby Doll qui sait très bien à quoi s'en tenir, trop jeune pour s'enfuir. Il s'exprime aussi à travers ces vies de femmes prisonnières de la réalité, qui s'en évadent en se projetant dans les sunlights d'Hollywwood pour La fille couleur menthe à l'eau ou en se glissant toutes les nuits dans La peau d'une autre "faisant semblant de rêver, de peur de se réveiller".

5- Le blues du néolibéralisme

Derrière cette formule de Philippe Corcuff, on trouve la méfiance d’un Eddy Mitchell envers une économie libérale qui lui déplaît comme l’un de ses symboles Golden boy en 1999 qui a « des pensées banales, enrichissantes certes mais vénales … Golden boy j’suis dans les affaires, j’cottoie les grands de cette terre. » Dans cette autre chanson de la même année, Mauvaise option, il laisse transparaître son pessimisme dans ces années de crise économique, écrivant que « personne ne sera épargné, les jeunes loups d’la finance font pas dans la romance », ironisant sur une société idéale où il n’y a « surtout pas d’employés. »

 

Déjà dès 1966, il décrivait une Société anonyme tentaculaire et aliénante et le spectre du chômage qui frappe aussi ce cadre supérieur tellement traumatisé que Il ne rentre pas ce soir, jeté comme un objet désormais inutile. Dans ce dilemme entre l’entreprise qui opprime et la désocialisation par le chômage, il ne voit guère d’échappatoire.

 

La crise obscurcit l’avenir, on se heurte à des Sens uniques' quand « on balade notre vie dans un sens unique », lui d’individualiste qui n’apprécie guère les troupeaux, même si, chante-t-il, « Je ne suis pas un géant ». Il reste perplexe sur l’évolution de la société comme sur la nature humaine. « Quand le bon dieu a créé l’homme il s’est surestimé » clame-t-il dans Les Tuniques bleues et les indiens, « si t’es à son image… c’est navrant. Il doit être moche, dehors… dedans. » Un mal de vivre, un malaise qu’il cultive dans une chanson au titre à la fois curieux et symptomatique J’me sens mieux quand j’me sens mal en 1993. Spleen des relations amoureuses aussi dans D.I.V.O.R.C.E en 1979 au titre évocateur ou dans Destination terre en 1999 où il se demande « pourquoi les gens qui s’aiment, aiment s’faire du mal. »

 

Son amertume s’exerce d’abord sur la nature humaine qui ne lui inspire guère confiance. Il le constate sans fard dans Les tuniques bleues et les indiens « j’ai pas confiance en l’être humain, c’est pas d’aujourd’hui, ça remonte, ça vient de très loin. » Elle prend aussi racine dans l’idée que les choses se délitent, que la légendaire Route 66 par exemple « maintenant sans vie, dans l’oubli, au bout du rêve, la magie s’achève sur la route 66. » Mais ce recours au passé est aussi celui des images de son enfance, comme celle de « ice cream et sweet home » dans la chanson Comme quand j’étais môme.

 

Espoir quand même, envers et contre tout, quand rêve et réalité se confondent, le rêve pouvant être la réalité du lendemain, quand « il y a bien une Californie quelque part où aller. » Espoir même quand, dans les petits matins blêmes, « le dentifrice ne mousse pas », qu’il reste cependant dans son cocon avec sa petite amie et que « les marteaux-piqueurs les accompagnent » comme il chante dans C’est la vie, mon chéri.

6- Entre rêve et réalité

L'avenir est ainsi marqué par le rêve, l'utopie d'un ailleurs qui est surtout dans la tête de ses personnages, à travers les mini scénarios qu'il écrit pour nous raconter une histoire. Dans son analyse de la 'mystique schmollienne', Philippe Corcuff cite le philosophe Jacques Rancière qui veut concilier rêve et réalité en n dénominateur commun qui ferait émerger une réalité dans la dimension fictionnelle et fantasmatique. L'imaginaire serait ainsi un moteur indissociable de l'action, une pulsion nécessaire pour aller Décrocher des étoiles, même si sa chanson se charge de nostalgie quand il constate que "tout d'vient trop sage, les rêves n'ont plus d'repaires." Se réfugier dans son univers mental est encore le meilleur moyen d'échapper au miroir aux alouettes de la société libérale et consumériste quand, pour Surmonter la crise, il suffit de "faire chauffer la carte bleue".

 

Le temps d'un bilan semble venu dans Come Back quand il il chante Je suis vintage "une rareté, comme un vinyle oublié", se souvient du temps de ses Colonies de vacances, pas seulement le reflet d'une "douce France" mais aussi d'autres vacances pour "les enfants des riches... faut pas rêver", quand aussi Ça ressemble à du blues avec ses "SDF dans le RER... partout où est l'homme, Dieu n'y est pour personne". Il exprime toujours cette nostalgie mais teintée de romantisme, moins pessimiste, qui prend le temps de goûter aux petites joies de la vie dans Laisse le bon temps couler, "si c'est un jour de pluie, je m'invente un vrai paradis" car, revenant au classique, il nous supplie, surtout si c'est difficile de Garder l'esprit rock'n'roll, lui qui malgré tout voudrait encore Avoir 16 ans aujourd'hui.

7- Infos complémentaires

Autres fiches à consulter
Vous pouvez aussi consulter mes fiches sur les principaux ouvrages d'Eddy Mitchell ou qui lui sont consacrés aux adresses suivantes :

Bibliographie

  • "Eddy Mitchell, dernière séance", Eddy Mitchell et Tony Frank, Eddy Mitchell, Tony Frank, éditions Epa Eds, 26 octobre 2011, ISBN 2851200976 (existe aussi en CD album 2 volumes)
  • "La Brèche numérique", Le roman noir
  • Philippe Corcuff, "Les désillusions excluent-elles le rêve? Le blues d'Eddy Mitchell", in La société de verre. Pour une éthique de la fragilité, Paris, Armand Colin, 2002, pp.107-116
  • Philippe Corcuff, "Le cimetière des éléphants - La philosophie sauvage d'Eddy Mitchell", Cités - Philosophie Politique Histoire (Presses Universitaires de France), n°19, 2004

tumb tumb Eddy et sa femme en 2011

 

Liste des titres référencés

  • Album Du rock 'n' roll au rhythm 'n' blues en 1965 : J'avais 2 amis, La photo des jours heureux
  • Album Perspective 66 : S'il n'en reste qu'un
  • Album Seul en 1966 : Seul, Société anonyme
  • Album De Londres à Memphis en 1967 : Au-delà de mes rêves, Alice, Je ne me retournerai pas, Je n'avais pas signé de contrat
  • Album Rocking in Nashville en 1974 : Je ne deviendrai jamais une superstar
  • Album Sur la route de Memphis en 1976 : Sur la route de Memphis, La fille du motel, Je suis parti de rien pour arriver à pas grand chose
  • Album La Dernière Séance en 1977 : La Dernière Séance, Et la voix d'Elvis, Sens unique
  • Album Après minuit en 1978 : Il ne rentre pas ce soir, Je ne suis pas un géant
  • Album C'est bien fait en 1979 : L'important c'est d'aimer bien sa maman
  • Album Happy Birthday en 1980 : Happy Birthday, Couleur menthe à l'eau, J'vous dérange, Faut pas avoir le blues
  • Album Racines en 1984 : Comme quand j'étais môme, Nashville ou Belleville
  • Album Mitchell en 1987 : La peau d'une autre, J'ai le bonjour du blues, 60/62, M'man, Le fils de Jerry Lee Lewis
  • Album Ici Londres en 1989 : Lèche-bottes blues
  • Album Rio Grande en 1993 : J'me sens mieux quand j'me sens mal, 18 ans demain
  • Album Mr. Eddy en 1996 : Un portrait de Norman Rockwell, Les tuniques bleues et les indiens, Qu'est-ce qu'on allume, qu'on n'regarde pas
  • Album Les Nouvelles Aventures d'Eddy Mitchell en 1999 : J'ai des goûts simples, Golden boy, J'aime pas les gens heureux, Décrocher les étoiles
  • Album Frenchy en 2003 : J'aime les interdits, Sur la Route 66, Je chante pour ceux qui ont le blues
  • Album Jambalaya en 2006 : On veut des légendes
  • Album Comeback en 2000 : Avoir 16 ans aujourd'hui, Laisse le bon temps rouler, Je suis vintage, Mes colonies de vacances, Come back

Notes et références

  1. Voir dans cette logique l'excellente analyse de Philippe Corcuff parue dans la revue Cités - "Philosophie Politique Histoire" (Presses Universitaires de France), n° 19 : Que dit la chanson ? , 2004, pp.93-102 ; sous le titre Le cimetière des éléphants - La philosophie sauvage d'Eddy Mitchell.

 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 17:59

Les derniers jours de François Mitterrand 

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1- Historique et présentation

2- Un homme en sursis

3- Automne 1995 et fin de l'année

4- L'année des adieux

Les derniers jours de François Mitterrand est un récit biographique écrit par Christophe Barbier, journaliste et directeur de l'hebdomadaire L'Express qui a obtenu le prix Combourg pour cet ouvrage en 2011. [1]

 

Édition : Les derniers jours de François Mitterrand, éditions Grasset & Fasquelle, décembre 2007, isbn 2246513324.

 

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1- Historique et présentation

Les derniers jours de François Mitterrand est un récit des derniers mois vécus par l'ancien président de la république. Il dépeint un homme qui, même très diminué, regarde encore la mort en face, revient sur certains épisodes de sa vie.Il s'interroge en particulier sur des moments difficiles comme son attitude face au régime de Vichy, ses relations avec René Bousquet, les femmes qu'il a connues et celles qui ont marqué sa vie, les amitiés et les fidélités indéfectibles qu'il a pu susciter.

 

Ce ne sont pas moins d'une centaine de personnes qui pour la plupart ont bien connu François Mitterrand, qui ont apporté leur témoignage à cet ouvrage qui couvre la période mai 1995 à janvier 1996. Après avoir quitté ses fonction de Président de la république, François Mitterrand prépare "sa sortie", il veut écrit Christophe Barbier «bâtir sa propre légende et sculpter sa sa statue pour l'Histoire». Du 17 mai 1995 au 8 janvier 1996, il part en voyage à Venise, à Belle-île, à Assouan, jusqu'à Colorado Springs aux États-Unis pour évoquer la 'guerre froide', ou plus près de "chez lui", dans l'église troglodyte d'Aubeterre en Charente. Il est « le dernier à faire de la politique un art et non un métier. »

2- Un homme en sursis

Christophe Barbier voit dans cette dernière période de la vie de l'ancien président sa volonté -sinon son obsession- de peaufiner son image pour la postérité. Redevenu simple citoyen, il se place toujours face à l'Histoire. Témoin Georges-Marc Bénamou conduisant des entretiens qui deviendront Le dernier Mitterrand [2] ferraillant avec lui sur les ombres de sa biographie, pour l'année 1942 par exemple et sa chronologie controversée.

L'auteur le voit comme « l'envers de Lamartine », son côté littéraire comme le voit François Nourissier [3] qui a porté plus haut son ambition politique mais a abandonné toute ambition littéraire. François Furet lorgne plutôt vers Thiers, et c'est peut-être drame de François Mitterrand pense Barbier «de rêver d'être Lamartine et choisir d'être Thiers » C'est dans la sérénité du château de Cormatin vers Macon, lieu lamartinien s'il en est, où il passe toujours en revenant de Solutré, qu'il se recueille, « ce lieu de la lecture et de la méditation. » [4]

 

Son livre d'entretiens s'appellera finalement Mémoires interrompus, aussi bien contre les Mémoires de guerre que Les antimémoires de Malraux suppute l'écrivain Marc Lambron. [5] On distingue en filigrane l'ombre tutélaire du général de Gaule, son "anti-ego", deux pôles antagonistes où "de Gaule et Mitterrand marchent dans l'histoire à contretemps." [6] En juin 1995, après des échanges aigres-doux sur Bousquet, c'est la rupture avec Élie Wiesel, tandis que paraît leur dialogue "Mémoire à deux voix".

L'Été 1995 Au début du mois d'août, quand il sait que la maladie ne le lâchera plus, après une halte à Latche, François Mitterrand passe quelques jours dans sa Charente natale près d'Aubeterre, logeant à l'hôtel du Mas du Montet qu'il connaît bien et va se recueillir dans l'église troglodyte. Fin août, il rentre à Paris très fatigué. Désormais, il va tâcher de 'négocier' avec la maladie.

Le 13 septembre, il reçoit le ministre Michel Barnier chez lui dans son appartement du 9 avenue Frédéric Le-Play, pour parler Europe et Bosnie. Pour lui, l'histoire est ce qui explique les situations politiques, les guerres; un jour, il a rétorqué à Bernard Kouchner : « Vous ne connaissez pas l'Histoire. Aucune décision ne peut être prise enrope si l'on ne connaît pas l'Histoire. » [7] De même en 1994, il a eu ce jugement percutant : « Le nationalisme, c'est l'opium des imbéciles. » [8]

3- Automne 1995 et fin de l'année

Il continue de voir régulièrement Georges-Marc Bénamou pour écrire ses "mémoires" et préface le livre poignant de son ami Marie de Hennezel, La mort intime. [9] Fin septembre, il est à Belle-Ile dans "une lumière d'équinoxe comme seule la Bretagne sait inventer, dans la foulée de ses tempêtes, éclairait le paysage..." [10]

Avant le souci de sauver sa place dans l'Histoire, François Mitterrand veut se positionner face à la mort. Il pense à son amie Violet Trefusis, au film Carrington qu'il a vu récemment, sur la fin de l'écrivain Lytton Strachey et qu'il voit comme une façon de dominer la mort. [11] Pour Laurent Fabius qui venait de publier Les blessures de la vérité, [12] c'est « l'ambivalence qui définit le mieux François Mitterrand, » tout individu étant à la fois bon et mauvais, toute situation se situant entre tragédie et espoir. Il n'a pas vraiment goûté le troisième tome de Verbatim de Jacques Attali, [13] qui vient de paraître, et certaines citations que ce dernier lui prête. [14] Revenant sur l'épisode de la réunification allemande, Hubert Védrine écrira : « Si le président a "fait ce qu'il fallait faire", il n'a pas géré la dimension symbolique de la réunification... »[15] Plus tard, il dira son regret de n'avoir pas accompli ce geste symbolique. [16]

 

Après un colloque aux USA à Colorado Springs organisé par George Bush où il revient sur ses positions lors de la réunification allemande, il reprend la rédaction de son livre sur l'Allemagne où, de nouveau, il se défend d'avoir voulu la retarder. [17] Novembre plutôt calamiteux pour l'ancien président : non seulement s'ouvre le procès de l'assassin de Bousquet qui pourrait avoir de fâcheuses répercussions pour lui et paraît aussi en édition de poche le livre de Pierre Péan, "Une jeunesse française", qui réveille de vielles douleurs. Il joue alors la compassion et y réussit à merveille.

 

A travers les figures de Tolstoï et de Dostoïevski, ses deux auteurs préférés, [18] Christophe Barbier y voit deux faces de Mitterrand, un côté Tolstoï « noble, riche et glorieux, voulant ressembler à ses paysans, » un côté Dostoïevski « anarchiste et endetté » et qualifie Mitterrand de « starets de l'avenue Le-Play, » le starets, moine gourou et martyr, personnage des Frères Karamazov. [19] Après les balades de plus en plus épuisantes au "Champs de Mars", il retourne à Gordes passer quelques jours avec Anne Pingeot et Mazarine, qui lui rappelle la tradition de leurs "Noëls de Gordes" mais son état de fatigue extrême rend le séjour plutôt maussade.

 

La fin de l'année A Claude Estier venu lui rendre visite, il apparaît « avec une vivacité intellectuelle qui contrastait avec son corps épuisé. » [20] Il relit Montaigne qui se projette dans la mort, écrivant « jamais homme ne se prépara à quitter plus purement et plus pleinement le monde, et ne s'en desprint plus universellement que je m'attens de faire. » [21] Au restaurant "Chez Clémentine", le 14 décembre, il parle avec Jack Lang de son prochain voyage en Égypte à Assouan.

4- L'année des adieux [22]

Face à l’inéluctable qui se profile désormais, il se sent comme le général Henning von Tresckow qui tendit sa poitrine aux balles ennemies. [23] Michel Charasse traduira son état d’esprit d’alors par cette formule « il avait progressivement remplacé sa réflexion sur l’au-delà par une longue interrogation sur la vie.[24] Christophe Barbier parle de « la vérité religieuse » de François Mitterrand, « aspect chrétien très fort de sa jeunesse, au fond toute une partie de son histoire politique s’explique par cette idée, » [25] ce que l’auteur traduit par « le pouvoir pour l’indélébile trace, l’Histoire en paradis. » [26]

 

La quête de ce passage vers un autre monde –si loin de l’agnostisme qu’il revendique- il l’a retrouve avec son amie Marie de Hennezel à qui il demande à Venise, où elle doit se rendre dès le lendemain, d’aller à la basilique de Freri, admirer "l’Assomption" du Titien. Lui qui « croit aux forces de l’esprit »[27] croit aussi qu’au-delà de l’espace-temps existe une autre dimension et confie à Franz-Olivier Giesbert, « j’ai une âme mystique et un cerveau rationaliste et, comme Montaigne, je suis incapable de choisir. » [28]

 

Le dimanche 24 décembre, il s’envole pour Assouan avec sa fille, Anne Pingeot et quelques amis, à l’hôtel Old Cataract. Si le repas de Noël, la balade en felouque sur le Nil [29]se passent bien, son état se dégrade et le 22 décembre, il est de retour. Il passe finalement un réveillon familial très difficile pour lui, à Latche.[30]

 

Il écrit encore quelques lettres d’une écriture incertaine, à D’Ormesson par exemple qui vient de lui envoyer son dernier livre "Presque rien sur presque tout." Cette année des adieux, François Mitterrand va la ramener à sa plus simple expression en refusant dorénavant de s’alimenter. Ses derniers examens médicaux sont catastrophiques et cette fois, il sait que c’est fini. « Tout est vain,  clamait le poète charentais René-Guy Cadou qu’il aimait tant, le ciel rentre sa lame / Ma chair sa mort dans l’âme. » [9] Confronté à la mort d’un proche, il avait coutume de dire : « Lui seul ne sait pas qu’il est mort. » Et le 8 janvier 1996, au petit jour, François Mitterrand rend son dernier soupir.[31]

 

Enterrement en tempos simultanés : tandis que le cortège avec la famille et les proches avance lentement dans les rues de Jarnac jusqu’au cimetière près de la Charente, à Paris sous la voûte immense de Notre-Dame se presse la foule des puissants de ce monde pour un ultime hommage officiel.

 

Tandis que le glas résonne dans les rues de Jarnac, à Notre-Dame retentit le requiem de Duruflé. A Jarnac, il pleut de plus belle sur le cimetière des Grand-Maisons où l’ancien président repose dans le caveau des Lorrain, la famille de sa mère, tandis que Jacques Chirac reçoit à l’Elysée les invités de la grand’messe de Notre-Dame. Dans la petite chapelle adossée aux huit enfeus de la famille Lorrain, une simple plaque funéraire portant l’inscription : « François Mitterrand, 1916-1996 ». 

Notes et références

  1. Prix Combourg, appelé aussi Prix Châteaubriand, voir Ouest-France
  2. Georges-Marc Bénamou, "Le dernier Mitterrand", édition Plon, 1997
  3. «Le ruissellement du vent dans le feuillage du tremble, qui peut être assimilé à un écho lamartinien... » écrit Nourissier dans L'express du 13 avril 1995
  4. François Mitterrand, "Cormatin", Connaissances des Arts, juillet-août 1994
  5. Dans l'article paru dans Le Point du 27 avril 1996
  6. Jean-Marie Borzeix, "Mitterrand lui-même", éditions Stock, 1973, page 101
  7. Interview de Jean-Pierre Soisson du 28 octobre 1996
  8. Franz-Olivier Giesbert, "Le vieil homme et la mort", page 96
  9. Quelques mots échangés, une correspondance, nous ont conduits à cette sorte d'intimité qui naît dès qu'on se découvre proches sur des sujets dont on ne parle jamais. Il s'agit entre nous de la mort." page 126
  10. François Mitterrand, "La paille et le grain", Flammarion, page 31
  11. Dans "En lisant et en écrivant" de Julien Gracq où, à propos de "Le Rivage des Syrtes", il parle de "l'esprit de l'Histoire comme on parle d'esprit-de-vin" (page 216)
  12. Où il trace un portrait de François Mitterrand (Flammarion, 1995, page 262)
  13. Sur ce sujet, voir Guy Sitbon, "Le cas Attali", éditions Grasset, 1995
  14. D'après le témoignage de Jean Kahn du 15 mai 1996 (page 195)
  15. Hubert Védrine, "Les mondes de François Mitterrand", pages 455-456
  16. « un geste symbolique qui vînt du cœur pour atteindre au cœur des Allemands... » François Mitterrand, "De l'Allemagne, de la France", page 116
  17. Voir François Mitterrand, "De l'Allemagne, de la France", Odile Jacob, 1996, page 25
  18. Voir "Mémoire à deux voix" écrit avec Élie Wiesel, page 172
  19. Personnage qui apparaît plusieurs dans l'ouvrage, en particulier dans la Première partie, livre I, chapitre 5
  20. Entretien avec Christophe Barbier le 11 octobre 1996
  21. Montaigne, Essais, Livre I, chapitre 20, page 134
  22. Du titre de la biographie de Laure Adler
  23. Voir Hubert Védrine, « Les mondes de François Mitterrand », page 576 et son livre « De l’Allemagne, de la France »
  24. Michel charasse, « 55 faubourg Saint-Honoré, page 294
  25. "François Mitterrand, portrait en surimpressions, Hugues Le Peige & Jean-François Bastin"
  26. Hypothèse explicative de sa volonté de se mesurer avec le général de Gaulle (rejeter la Constitution et dénoncer le gaullisme) et de choisir l’union de la gauche comme stratégie de conquête du pouvoir (NDLR)
  27. phrase prononcée le 31 décembre 1994 à l’occasion de ses vœux à la nation
  28. Repris dans Le Figaro du 13 mars 1995
  29. Une felouque nommé Isis II, du nom de la sœur et épouse d’Osiris le dieu de la mort, elle qui lutte aussi contre la mort de son mari. Mais apparemment Isis a déserté la felouque présidentielle (NDLR)
  30.  »Il est 22 heures 50 et il balaye l’assemblée d’un lent regard qui n’oublie personne et qu’aucun convive n’oubliera. » (Henri Emmanuelli, interview du 25 juin 1996). D’après Christophe Barbier, les témoignages sur cette soirée sont assez différents et ne permettent guère d’en retracer les faits en toute objectivité.
  31. René-Guy Cadou, œuvres complètes, page233

 

 

 

 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 17:43

Vie de Henry Brulard : autobiographie de Stendhal

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.... Son portrait                               Sa maison natale       la maison du grand-père Gagnon

 

Voilà une autobiographie originale [1] visant le «connais-toi toi-même» d'un homme, Stendhal alias Henry Brulard [2], qui au seuil de ses 50 ans, se pose cette question : « Qu'ai-je donc été ? » et entreprend de marcher sur les traces de son passé -en fait il ne dépassera pas l'année 1800- de traquer son ombre dans les arcanes de son enfance et de sa vie de jeune homme. [3]

 

Avec lui, pas d'enfant pur perverti par la société mais le conflit œdipien au cœur de sa relation parentale, «cet âge, grâce à mon père... n'a été pour moi qu'une suite de douleurs amères de de dégouts. » Sa mère dont il écrit qu'il était amoureux, il l'a perd à 7 ans sans améliorer ses relations paternelles. Il trouve ses désirs brimés, réprimés, lui si sensible, et même à la sensibilité exacerbée, dans un milieu où l'on doit justement cacher ses sentiments. Sourde guerre avec la tante Séraphie, gardienne du sérail. A 9 ou 10 ans, il se dit «dévoré par un tempérament de feu» alors qu'on «évite de lui dire le fin mot. » Tout ce qui touche à son père est aussitôt l'objet de sa haine, l'abbé Raillane et par là même la religion, sa petite sœur Zénaïde, objet des attentions du père et surtout la tante Séraphie, soupçonnée d'occuper la place de sa mère, «je me figurais un plaisir délicieux à serrer dans mes bras cette ennemie acharnée. » Pour mieux l'étouffer sans doute ou par un sentiment retourné de profanation.

 

La figure du père, encore dévalorisée quand il connaît la prison en 1793, se répercute dans la joie qu'il eut à la mort de Louis XVI, sa grande connaissance historique des assassins de princes. Contre le père, Stendhal plébiscite sa famille matrimoniale, le grand-père Gagnon qui va l'influencer, né à Avignon où paraît-il «les oranges poussaient en terre. » [4] image évocatrice de la Provence qui a déjà le goût de sa chère Italie. Comme ce grand-père Brulard dont il emprunte le nom, il se trouve laid, accentuant encore ce trait, grimaçant volontiers, «je ris souvent des mines que je fais quand je suis seul. » Rien ne peut être effacé de la mort de sa mère en couches -donc de la faute du père- et du choix malheureux du médecin, d'après Stendhal. Son antidote, c'est la lecture, l'écriture dans le salon de sa mère au début, «tranquille dans le salon silencieux où était le beau meuble brodé par ma pauvre mère, je commençai à travailler avec plaisir. »

Comme sa mère était excellente dessinatrice, il s'initie au dessin, imite la signature de son père. Il revit cette scène quand il l'a décrit dans cette autobiographie, comme il dessine certains lieux de son enfance comme une sorte de raccourcis, de litote. [5] Introspection bien sûr, comme il le précise au début du livre, «je vais avoir 50 ans, il serait bien temps de me connaître » mais aussi reconstitution avec le plus de détails possible de son passé et les circonstances des événements qui l'ont marqué.

On retrouve souvent dans son œuvre des références à la peinture comme ici avec l'évocation de la transfiguration de Raphaël. Le dessin sous toutes ses formes l'inspire, se souvenant par exemple des illustrations d'un livre, [6] «ce voyage avait des gravures, de là son influence immense sur mon éducation.» Il sait qu'il ne pourra transcrire son enfance dans sa profonde réalité, dans ce qu'elle a été vraiment, sans reconstruction de la mémoire. Si elle est nette pour les événements du quotidien, défaille soudain quand la séquence se fait plus rapide et laisse place à l'émotion. Ainsi en est-il de la fin d'une scène avec la tante Séraphie, sa bête noire, après qu'il eût brandi une chaise pour se protéger, son duel au pistolet au temps de l'Ecole centrale, «je ne sais plus comment on ne fit feu» écrit-il de façon laconique, ou comment il fut délivré de la tyrannie de l'abbé Raillane car précise-t-il, «je n'ai aucune mémoire des époques ou des moments où j'ai senti trop vivement.» De même il diffère plusieurs fois à travers des digressions, la relation d'événements importants, que ce soit le récit de sa naissance ou celui de la mort de sa mère.

 

Cette propension à la procrastination explique qu'il ne parvienne pas dans cette quête de lui-même à dépasser l'année 1800. Ce n'est plus alors un 'trou de mémoire' mais la peur de revivre un vécu dramatique. Il fait mine de s'en étonner, «me voici page 501 [7]et je ne suis pas encore sorti de Grenoble !» Ces sauts d'images de sa biographie, cette discontinuité dans la chronologie, Stendhal l'admet volontiers, «quel âge pouvais-je avoir alors ?» se demande-t-il, refusant de compulser des livres ou des archives. [8] Le manuscrit brut et inachevé donne une grande fraîcheur au récit fait de nombreux renvois et schémas, de digressions, de parenthèses [9] autant d'indications intégrées au texte de sa narration.

Tous ces éléments donnent maintes indications, où fut écrit tel chapitre par exemple et dans quelles conditions... Ceci introduit une distanciation par rapport à son désir de tracer son profil de vie, comme dans cette profondeur de vue, «cette vue magnifique » que Stendhal aperçoit à Rome du sommet du Janicule par une belle matinée du 16 octobre 1832. Cette distance lui permet aussi de combler dans une large mesure les béances de sa mémoire. Son objectif, la connaissance de lui-même, se décline en remontant dans son enfance, posture qui agit en révélateur, «un manuscrit palimpseste » disait Gérard de Nerval. Et pourtant, il ne parviendra pas à revivre les moments décisifs. Sa confession restera ainsi parcellaire, fragmentaire, le manuscrit inachevé. C'est ainsi que sa relation à l'argent est liée à son père, cet esprit comptable qu'il lui reproche car pour lui, «en avoir (de l'argent) ne me fait aucun plaisir, en manquer un vilain malheur. » Il lui faudra deux ans de tâtonnements pendant lesquels il se perdra dans la vie parisienne, période heureuse certes pour lui mais où il n'écrira guère que quelques scènes des Chroniques italiennes, pour qu'il se lance dans l'écriture de La Chartreuse de Parme.

 

L'anticléricalisme qu'il confesse provient de son univers familial, la tyrannie de l'abbé Raillane et les positions ultras et cléricales d'un père qu'il rejette et il lira d'abord Voltaire dans la bibliothèque de son grand-père Gagnon. [10] «Mes parents, comme les rois d'aujourd'hui, voulaient que la religion maintînt en soumission et moi je ne respirais que révolte. [...] Tout ce qu'était tyrannie me révoltait et je n'aimais pas le pouvoir.» [11] Ce sentiment "à l'espagnol" comme il l'appelle, lui vient de sa tante Élisabeth [12] L'injustice le révoltait, comme quand son père lui fait des promesses qu'il ne tient qu'en partie et déclenche chez lui un vif sentiment de frustration. [11] D'Élisabeth, il a hérité aussi son horreur de l'hypocrisie, son caractère entier qui l'ont longtemps desservi, lui fait condamner ce qui est bas et priser la générosité, «ma tante Séraphie m'avait donné (pour l'hypocrisie) une horreur qui m'a bien nui.» [11]

Son amour rentré pour une jeune actrice mademoiselle Kubly l'incite à penser que, pour l'amour en tout cas, il a «le tempérament mélancolique de Cabanis.» Cette "noblesse d'âme" qu'il se reconnaît lui joue des tours, le conduit à une timidité excessive envers aussi bien les femmes que ses camarades ou son professeur, fait de lui un enfant «présomptueux et méprisant.»

 

Stendhal dresse de lui-même un portrait peu flatteur, en tout cas pour sa jeunesse, recherchant par vanité les éloges de ses professeurs, ferraillant pour être reconnu, bonne élève, plaisant rarement aux gens qui lui plaisaient, s'interdisant par orgueil de proposer ses pièces de théâtre. Il raille sa suffisance, «je me croyais du génie -où diable avais-je puisé cette idée ?- Du génie pour le métier de Molière et de Rousseau.» Cette appétence, il le constate, le tient depuis 46 ans au moment il écrit cette auto biographie, où son idéal est «de vivre à Paris, dans un quatrième étage, écrivant un drame ou un livre.» [13] C'est la vérité pure qu'il recherche dans l'étude des mathématiques, vérité première qui devrait permettre de tout expliquer, savoir par exemple pourquoi un signe "plus" vaut deux signes "moins". A ce jeu, il devint très fort et remporta plusieurs prix.

 

Se promenant dans Paris, déplorant "l’absence de montagnes", il reconnaît que « la sagacité qui n’a jamais été mon fort me manquait tout à fait […] je marchais fièrement aux plus grands périls. Je suis encore ainsi aujourd’hui. »(page 377) Mais aussi, qu’il doit « une petite statue à la "fortune" » précise-t-il en apprenant qu’il ne serait pas nommé adjoint aux commissaires des guerres. Voilà qui eût scellé son destin de haut fonctionnaire et perdu ses ambitions d’écrivain ! Il confesse que déjà il pensait plus « à Hamlet et au Misanthrope qu’à la vie réelle. » Mais la vie à Paris qu’il mena entre novembre 1799 et mai 1800 se termine pour le moment. Pour des raisons professionnelles, il suit l’armée de réserve à Dijon, Genève et enfin Milan où il s’établit Casa d’Adda, Porta Nova.

 

Quel bonheur fut pour lui de découvrir l'Italie!« A Etroubles où nous couchâmes, ou à Saint-Oyen, mon bonheur fut extrême... [...] Je me dis : je suis en Italie, c'est-à-dire dans le pays de la Zelietta que Jean-Jacques Rousseau trouva à Venise, en Piémont dans le pays de Mme Bazine.» [14]

 

Avec Martial qui l’accompagne, il a une grande connivence, même si écrit-il, « c’est un homme médiocre, au-dessous du médiocre si vous voulez mais bon et gai, ou plutôt heureux de lui-même. » Mais peu importe au fond car il ne sait comment décrire la joie indicible qu’il éprouve en l’Italie et à Milan en particulier. Milan, « j’y ai passé quelques mois de 1800, ce fut le plus beau temps de ma vie. […] J’y revins tant que je pus en 1801 et 1802, étant en garnison à Brescia et à Bergame, et enfin j’y ai habité par choix de 1815 à 1821. »

 

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     Le musée Stendhal              La journée des tuiles à Grenoble le 7 juin 1788 dt il a été témoin

 

Quelques repères et citations


«Un roman est comme un archet, la caisse du violon qui rend les sons, c'est l'âme du lecteur.» (page 180)
«Je n'ai de prétention à la véracité qu'en ce qui touche mes sentiments, quant aux faits, j'ai toujours eu peu de mémoire.» «Je n'ai aucune mémoire des époques ou des moments où j'ai senti trop vivement» (page 115)
«Malgré mes opinions républicaines, mes parents m'avaient communiqué leurs goûts aristocratiques et réservés. Ce défaut m'est toujours resté...» (page 161)


« Après tout me dis-je, je n’ai pas mal occupé ma vie, occupé ! Ah ! C’est-à-dire que le hasard ne m’a pas donné trop de malheurs, car en vérité ai-je dirigé le moins du monde ma vie ? » (page 28)
« Tous mes "pourquoi", toutes mes explications peuvent être très fautives. Je n’ai que des images fort nettes, toutes mes explications me viennent en écrivant ceci, 45 ans après les événements. » (page 66)

 

Notes et références

  1. Étude effectuée à partir du livre autobiographique de Stendhal "Vie de Henry Brulard", édition Folio classique de Gallimard de 1973, 500 pages, avec une préface "La vie de Henry Brulard ou de l'œdipe à l'écriture" de Béatrice Didier
  2. Oncle ou grand-oncle Brulard : il s’agirait d’un frère du grand-père paternel de Stendhal, cordelier du couvent de Saint-François à Grenoble (cf renvoi page 461
  3. Pour sa biographie postérieure à 1800, voir son "Journal"
  4. Voir Bellemin-Noël, "Le motif des orangers dans la Chartreuse de Parme", la Revue Littéraire, février 1972
  5. Son autobiographie est effectivement truffée de petits plans pour mieux visualiser les détails de ses explications
  6. Il fait allusion à "Voyage de Bruce en Nubie et en Abyssinie"
  7. Il s'agit bien sûr de la page 501 du manuscrit, les premières versions posthumes publiées étant d'ailleurs toutes incomplètes
  8. Voir en particulier les chapitres 31 et 33
  9. En particulier dans leur valeur actualisante, voir par exemple les chapitres 13 et 41 pour les références à Julien Sorel
  10. «L'ensemble de la bibliothèque paternelle était au contraire dominée par une 'laideur' à laquelle ne fait exception que "l'Encyclopédie" dont le bleu éclate, échappant au deuil.» (renvoi page 459, point 57)
  11. 11,0 11,1 11,2 Voir les citations pages 206, 208 et 210
  12. Comme il appelle le caractère irrésolu de son grand-père Gagnon, un sentiment "à la Fontenelle".
  13. Voir le chapitre 31, en particulier les pages 294-295
  14. Allusion aux "Confessions", livres II et VII

Liens externes
La carrière "napoléonienne" de Stendhal
Stendhal à Lyon, C. Broussas

 

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