Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 15:15

Référence : Régis Jauffret, Le dernier bain de Gustave Flaubert, éditions 336 pages, mars 2021

 

Si Régis Jauffret est surtout connu pour ses nouvelles de son recueil Microfictions, il a aussi écrit des romans comme Sévère, La Ballade de Rikers Island ou Papa.

 

             
                             Régis Jauffret avec Eric Fottorino

 

Il revient sur les circonstances de la disparition de Flaubert : « Le 8 mai 1880 au matin Gustave Flaubert prit un bain. Il décéda peu après dans son cabinet de travail d’une attaque cérébrale sans doute précédée d’une de ces crises d’épilepsie dont il était coutumier. »

 

               

 

Avant cette fin annoncée, allongé dans l’eau, repassent devant ses yeux quelques images de sa vie : « Il revoit son enfance, sa jeunesse, ses rêves de jeune homme, ses livres dont héroïnes et héros viennent le visiter. Il se souvient d’Élisa Schlésinger, la belle baigneuse de Trouville qui l’éblouit l’année de ses quinze ans, de Louise Colet dont les lettres qu’il lui adressa constituent un petit chef-d’œuvre mais aussi de l’écrivain Alfred Le Poittevin qui fut l’amour de sa vie. »

                 

Il repense à sa jeunesse, une jeunesse heureuse de fils de bourgeois sans soucis matériels. Il joue avec sa sœur Caroline, part en vacances, flâne dans la bibliothèque, écoute des histoires près d'un bon feu ou déguste les succulents repas que prépare Julie
Même s'il est épileptique, il vit parmi les chanceux. Adolescent, il peut même choisir entre faire son droit ou devenir écrivain.

 

               
Avec Frédéric Beigbeder

 

Puis la vie s'est écoulée, faite aussi de difficultés et de doutes. Il lui arrive de perdre le fil de son histoire. Ses personnages ressurgissent dans son esprit et bien sûr Emma Bovary revient le plus souvent. Emma, c'est lui, il l'a dit. C'est finalement, « La vie au fur et à mesure effacée. Elle laisse une trace plus labile encore qu'une barque sur l'eau. »

 

            



Heureusement, ses romans vont continuer à être une part de lui et à le prolonger encore un peu jusqu'à ce que le temps fasse son œuvre et déploie un voile d'oubli sur ses ouvrages. Reviendront alors les travers de l'homme et ses écrits seront alors considérés comme obsolètes, ennuyeux car « non content de nous effacer, le temps nous tourne en ridicule. »

 

Ce n'est bien sûr pas une biographie classique, il fallait s'y attendre de la part de Jauffret.Le récit se présente en deux parties, le narrateur, qui est Flaubert lui-même, parlant à la première personne dans la première partie puis à a troisième personne dans la seconde.

 

Tour à tour, les personnages de Flaubert critiquent ses œuvres, prennent la place du lecteur ou de l'auteur, mêlant les modes de narration. Le changement de style permet aussi de passer de l'écriture classique de Flaubert à à un style plus actuel, mêlant également saillies humoristiques et satiriques au récit.

 

Mes fiches sur Flaubert
* Gustave Flaubert en Bretagne -- Le perroquet de Flaubert --
* Flaubert, de Déville à Croisset --
* Alexandre Postel, Un automne de Flaubert --

 

Mes fiches sur Jauffret
* Le dernier bain de Flaubert --
* Régis Jauffret, Microfictions 2018 -- Claustria  et Papa --
* Couples et littérature --

---------------------------------------------------------------------------------
<< Christian Broussas, Gauffret, Flaubert 14/03/2021 © • cjb • © >>
---------------------------------------------------------------------------------

Partager cet article
Repost0
23 avril 2021 5 23 /04 /avril /2021 18:48

Référence :  Alain (Georges) Leduc, De l’athéisme, Éditions Theolib, 104 pages, janvier 2020

 

                          

 

Gabriel Séailles (1852-1922) disait de l’athéisme que « l'athéisme est un dogme, » beaucoup d’athées pouvant finalement être aussi dogmatiques que les religieux qu'ils prétendent combattre. Alain (Georges) Leduc rassemble dans cet ouvrage des textes d'auteurs très différents pour initier un véritable débat sur le thème de l’athéisme

Ce dogmatique ne signifie pas que l’on puisse oublier la fraternité qui peut unir, à l’occasion de tel ou tel événement historique comme au temps de la Résistance, des hommes aux opinions différentes et même tranchées. Gabriel Séailles n’a-t-il par ailleurs écrit dans Les Affirmations de la conscience moderne : « Au nom de la Libre Pensée, demandons qu'il n'y ait plus d'opinions suspectes ou privilégiées, qu'on puisse être athée, sans être traité de scélérat, et croire en Dieu, sans être traité d'imbécile. »

 

                 
Quelques œuvres de Roger Vailland

 

Alain (Georges) Leduc  revient sur une « dispute » (au sens premier du terme)  entre Roger Vailland et Louis Martin-Chauffier. Cette partie est complétée par une conférence qui s’est tenue à Łódź en Pologne autour de trois écrivains athées de langue française, le Marquis de Sade, Octave Mirbeau et Roger Vailland et un texte de Sade, Dialogue entre un prêtre et un moribond, et enfin l'article Athéisme de l'Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure.

Nous assistons à une belle joute entre Roger Vailland qui vient de publier le roman qui le fera connaître Drôle de jeu, prix Interallié 1945, et Louis-Martin Chauffier, grand résistant arrêté par la Gestapo en 1943. Si la Résistance et le fait de travailler pour le journal communiste Action les réunissent, ils ont des conceptions fort différentes en ce qui concerne leur rapport à la croyance et à la religion.  

 

       

 

Pour Martin-Chauffier, « un athée ne peut être qu’un égaré cherchant Dieu » alors que Vailland est un libertin qui rejette la religion : ainsi débute la confrontation.

Pour Martin-Chauffier, Vailland est « ce garçon maigre qui va, le nez en l’air, un petit sourire au coin des lèvres, ne flaire pas le vent, il flaire la vie. » Il le voit comme un individualiste, un peu anarchiste, fort balancé de nature, « iconoclaste par amour caché d’un Dieu dont il redoute à la fois la rencontre et désire l’approche », ce qui n’a pas trop plu à un Vailland qui lui répondra dans un article publié ans le journal Action de décembre 1945 où il parle « d’appréciation singulière » lui qui se sent si étranger au problème religieux.

Ce d’autant plus que Vailland pense que « le catholique ne reconnaît pas la raison et ne procède d’aucune logique. »La religion lui paraît relever d’un comportement primaire de l’homme, d’un obscurantisme que la science se charge de faire reculer de jour en jour.

 

                   

 

Martin-Chauffier lui répond sur le même ton, écrivant que Vailland est un « rationaliste furieux », oscillant entre le goût de l’insoumission et le besoin de certitude, ajoutant qu’il n’est pas facile « d’être à la fois individualiste forcené de nature et marxiste d’esprit. » Voilà bien le problème et le "Dieu-marxisme" professe une idéologie pas forcément rationnelle, un marxisme qui ressemble à « l’inquiétude religieuse ».

Il pense ainsi qu’on peut discuter avec un marxiste, « l’échange est possible, car les positions sont nettes. » Même si l’on sait qu’on est en désaccord sur l’essentiel.

Alain (Georges) Leduc accompagne l’ensemble de notices explicitant le contexte et d’écrits complémentaires comme le réquisitoire de Laval de Martin-Chauffier, une plaquette de 2007 intitulée "Roger Vailland, Je ne cherche pas Dieu. La controverse avec Louis-Martin", publiée aux éditions Le Temps des cerises dans la collection Cahiers Roger-Vailland.

 

            
Des œuvres de Roger Vailland         Vailland avec sa femme Elisabeth

 

L’Œuvre de Alain (Georges) Leduc - Références
Alain (Georges) Leduc, sa biographie --
Octave Mirbeau -- JMG Le Clézio par AG Leduc --
Roger Vailland, Un homme encombrant --

Alain (Georges) Leduc et l'art contemporain --
Résolument moderne, Paul Gauguin céramiste --
Art morbide, morbid art --

Mes fichiers sur AG Leduc parus chez Wikipedia :
La Clef de Berne -- Vanina Hesse -- Et nous voilà ce soir --
Le Grand Diable Mammon d'Argent --

Céleste Bollack -- Guiboyer -- Kjell Pahr-Iversen -- Odile Levigoureux --

----------------------------------------------------
<< Ch. Broussas, AG Leduc Athéisme 15/04/2021 © • cjb • © >
----------------------------------------------------

 
Posté par : Frachet à

 

Partager cet article
Repost0
22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 21:02

Les Objets-poèmes de Francis Ponge
                                      <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>
Francis Ponge, Montpellier le 27 mars 1899, Bar-sur-Loup, Alpes-Maritimes le 6 août 1988

Prix international de poésie 1959, Prix de l'Ingram Merril Foundation (USA) 1972, Prix international de poésie Books Abroad Neustadt, Grand Prix de l’Académie française 1984


           

Issu d'une vieille famille protestante nîmoise, Francis Ponge naît à Montpellier au 3 place de la préfecture (aujourd'hui place Chabaneau) le 27 mars 1899. La famille va rapidement déménager à Nîmes puis à Avignon. "Je suis né dans un pays méditerranéen, le Midi de la France, à cheval sur le Languedoc et la Provence, d'une famille venue de Nîmes, la ville la plus romaine de France, et aussi que j'ai vécu ensuite toute ma première enfance à Avignon, c'est-à-dire la ville la plus... italienne de France." [1]
 
FPnge chabaneau.jpg                          
Place Chabaneau à Montpellier où il est né         Poème Le pain

 
L’œuvre de Francis Ponge célèbre la beauté des choses dans des descriptions surprenantes et minutieuses. Il s’efforce d’analyser les choses d’un œil introspectif, sans a priori, comme les naturalistes examinaient les sociétés humaines, élaborant à travers ses descriptions, une poésie réaliste, des "poèmes-concrets". [2]
 
Son regard est celui du scientifique qui cherche à déceler les aspects cachés, invisibles, à percer toutes les facettes d’un objet analysé à la manière d’une vision cubiste, d’un objet qu’il soit naturel ou issu des œuvres humaines. Son recueil "Le Parti pris des choses", en regroupe les éléments les plus visibles.

 

         
 
Un galet ne se regarde pas comme un cageot ou un savon qui évolue selon les métamorphoses de son état. [3] Il avance avec humilité, avec ses pauvres connaissances souvent inutiles, s’excusant par avance, « je ne suis pas plus avancé que vous, nous allons avancer, nous avançons déjà ensemble. »
Sa démarche, il s’en explique dans son recueil "Proêmes". [4] Il y a chez lui peu de scolastique mais une série d’éléments concrets de la réalité de ce qu’il décrit, une volonté d'aller vers une rencontre faite de langage et de communication. La chose décrite devient ainsi langage et rejoint l’humain. L’expression implique la remise en cause d’habitudes et une langue simple, purifiée.


Francis Ponge, La métamorphose, avril 1944

Le savon devient, quand il écrit à propos de "la toilette intellectuelle", « un petit morceau de savon, bien manié, (qui) suffit là où des torrents d’eau simple ne décrasseraient rien. » La description est rencontre avec l’objet, un retour sur soi-même qui s’exprime dans une réponse à une question sur le sens de son travail : « N’en doutez pas, le savon n’est qu’un prétexte. Avez-vous pu jamais l’imaginer autrement ? »
 
Il meurt au Mas des Vergers à Bar-sur-Loup le 6 août 1988 et est inhumé au cimetière protestant de Nîmes, le 10 août 1988.
 
         
Sa fille Armande Ponge-Trentinian à Bar-sur-Loup en 2010
[5]

 
Bibliographie
- Claude Fournet, "L’anthologiste", éditions Galilée, 1987
- Claude Fournet , "Matisse terre lumière et Picasso terre soleil", éditions Galilée, 1985
- Francis Ponge, "Pages d’atelier", éditions Gallimard, 1985
- Francis Ponge, "Œuvres complètes", éditions Gallimard La Pléiade, 2 volumes, 1999-2002
- Entretiens de Francis Ponge avec Philippe Sollers, préface Claude Fournet, éditions du Seuil, Point poche
- Francis Ponge, "Le Savon", éditions Gallimard


Notes et références

  1. "Entretiens avec Philippe Sollers", Gallimard/Le Seuil, 1970
  2. Voir Les Objets-poèmes de Ponge, essai de l’écrivain Claude Fournet qui avait déjà préfacé les Entretiens de Philippe Sollers avec Francis Ponge, paru en 1986.
  3. Il écrit dans son récit "Le Savon" : « Il y a beaucoup à dire du savon. Exactement tout ce qu’il raconte de lui-même, jusqu’à la disparition complète, l’épuisement du sujet. »,
  4. « Notre premier mobile, écrit-il dans sa présentation, fut sans doute le dégoût de ce qu’on nous oblige à penser et à dire, ce à quoi notre nature d’hommes nous force à prendre part. »
  5. Pour un don des œuvres de son père à la bibliothèque de la mairie

Liens externes

        <<<  Christian Broussas - Francis Ponge - 13 janvier 2013 >>>

Partager cet article
Repost0
25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 21:39

Jérôme Fourquet  La France, le grand bouleversement

Dans son dernier ouvrage, l’analyste Jérôme Fourquet décortique de nombreuses données qui dessinent une société française qui a atteint selon lui « le stade ultime de la fragmentation. »
Son livre L’archipel français a reçu le prix 2019 du livre politique.

 

            
Référence :
Jérôme Fourquet, L’archipel français, éditions du Seuil, 380 pages, 2018

 

« La démarche suivie a permis de croiser trois regards et offert une boîte à outils plus complète pour établir un constat le plus incontestable possible. »

 

Il nous présente une somme de données considérables et d'analyses qui pourraient bien susciter quelques polémiques. La France, selon le directeur du département opinion à l'Ifop, auteur de L'Archipel français paru aux éditions du Seuil, « la France connaît un véritable bouleversement "anthropologique" ». Délitement des références culturelles communes et des références du catholicisme, naissance d'une nation multiculturelle, retrait des élites, effritement  du clivage gauche-droite… « Notre société est, comme jamais, en voie "d'archipélisation" ».

 

      

« Nous sommes passés d'une société en silo à une société en millefeuille », explique au Point l'auteur, qui a, pour en arriver à cette conclusion, étudié un nombre considérable de données diverses (chiffres de l'Insee, l'Ined, sondages, listes électorales…) pour dessiner cette France d'aujourd'hui qui profile aussi celle de demain.

 

D'abord un : la déchristianisation de la société. De nombreuses données, allant de la disparition du prénom Marie à la baisse drastique du nombre de prêtres ou celle du nombre de baptêmes, montrent que le pays est entré dans une « ère post-chrétienne », comme le prouvent les graphiques publiés. [1]
 

          


À partir de la base de données de l'Insee recensant l'ensemble des prénoms donnés en France depuis 1900 ainsi que de la consultation de listes électorales, l’auteur a mis en évidence plusieurs phénomènes qui affectent la société, comme la recrudescence de l’individualisme [2], le retrait idéologique et culturel des catégories populaires [3] ou « le regain identitaire ».

Il note en particulier la forte hausse pour les nouveau-nés en 2016 en France portant un prénom arabo-musulman (18 %), augmentation moindre mais pourtant fort intéressante touchant les prénoms hébraïques et régionaux. [4]

         

Il faut aussi évoquer l’influence de grands médias qui créait du sens commun. TF1 par exemple qui a connu jusqu'à 40% d’audience, largement plus bas actuellement. même chose pour la presse écrite (L’express, Le Point, l’Obs, Le Monde...) qui proposait une grille de lecture partagée par leurs nombreux lecteurs. Ils n’ont pas disparu certes, mais ont perdu une bonne partie de leur puissance. A l'inverse, on assiste au succès des réseaux sociaux et la fragmentation des audiences.

Enfin, en cette époque où "la France d'en bas" se révolte contre celle "d'en haut", Jérôme Fourquet en conclut que les élites ont tendance à se détacher du reste de la société, « les occasions de contacts et d'interactions entre les catégories supérieures et le reste de la population se raréfient », écrit le politologue.

 

           
Jérôme Fourquet et Hervé Le Bras

 

Interview de  Jérôme Fourquet (fragments)

Le mot Archipel s'est imposé peu à peu comme celui d'une société française fragmentée comme un archipel. La France ne forme plus une seule communauté mais est devenue un ensemble d'îles et d'îlots tel une nation multiple et divisée.

 

Ce projet a été lancé au lendemain de l'élection présidentielle de 2017. Mais je me suis appuyé sur les travaux menés depuis de longues années par le département opinion de l'Ifop que je dirige. Après la présidentielle hors norme, j'ai éprouvé le besoin de mettre tout ça en cohérence pour comprendre comment on en était arrivé là.


C’est l'analyse des résultats électoraux de cette élection qui montre cette fragmentation entre villes et campagnes, entre villes et périphérie… Ce qui s'est passé en 2017 est l'illustration, selon moi, de quarante ans de mutations profondes de la France.

   

En outre, nous sommes parvenus à démontrer, chiffres à l’appui, au déclin définitif de l'influence catholique en France, la fin d'une société façonnée par la matrice judéo-chrétienne. Ça signifie le passage, en un demi siècle, de moins 10% de naissances hors mariage à 40% aujourd'hui par exemple ou dans d’autres domaines la préférence des Français pour l'incinération ou l'évolution de la société face à la PMA pour toutes les femmes… On est en train de passer de la sexualité sans procréation à la procréation sans sexualité !


Depuis les années 70, la société a été confrontée à des phénomènes migratoires massifs qui ont abouti à des modifications ethno-culturels… ce qui veut dire que la société française n’est désormais plus homogène sur le plan culturel.

La situation de perte de contact des élites avec le reste de la population, ces ghettos de privilégiés aurait avant tout une cause démographique.


Une élite qui représente 4 à 5% de la population ne peut que rester en contact avec la société. Mais quand ce chiffre grimpe à 15 à 20% d’un groupe sectorisé sur le plan géographique, chacun de ceux qui habitent une grande ville et côtoient des gens qui lui ressemblent, peut penser qu’il n’appartient plus vraiment à une société où le plus grand nombre n’a ni le même niveau, ni le même mode de vie.

Concernant l’électorat d’Emmanuel Macron qu’il aborde dans la dernière partie de son livre, il y voit surtout des gens "surdiplômés" tournées vers l'Europe et l'international, qui rejette le clivage droite/gauche. Reste à savoir si les électeurs de la droite modérée compenseront ceux du centre gauche déçus par l’action du président de la république.

 

             

 

Notes et références
[1] Selon une enquête, le nombre de personnes se déclarant aller à la messe est passé de 35% à 6% en quelques décennies, le nombre de prêtres qui exercent encore leur magistère a été divisé par deux en l’espace de seulement 20 ans.
Ce processus de sortie de la religion a très bien été décrit par Marcel Gauchet il y a une trentaine d'années.
[2] La montée en puissance de l’individualisme rappelle le livre “L’ère du vide” de Gilles Lipovestky  qui décrivait déjà ce phénomène dès le début des années 80.
[3] Il faut noter le déclin du communisme qui fut un autre grand pôle structurant avec 20 à 25% du corps électoral qui se reconnaissait dans cette idéologie, dans cette sociologie.
[4] Nous avions un cadre totalement stable qui a fait qu’entre 1900 et 1950, la France a fonctionné avec un portefeuille d’à peu près 2000 prénoms qui étaient donnés chaque année et que nous en sommes aujourd'hui à 13 000. On peut y voir une volonté de distinction qui s’est développée dans notre société sachant que ces 13000 prénoms dénombrés par l’INSEE s’ajoute la catégorie des prénoms rares (donnés moins de trois fois) dans l’année en France.

 

<< Christian Broussas – J. Fourquet - 7/04/2019 < • © cjb © • >>

Partager cet article
Repost0
18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 14:02

Référence : Daniel Cohen, "Il faut dire que les temps ont changé...", éditions Albin Michel, août 2018 

       
                                                                        « Il faut dire que les temps ont changé… »

 

Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète

 

Eh oui, constate l’économiste Daniel Cohen, les temps ont changé… les évolutions socio-économiques correspondent à un phénomène de civilisation où la société industrielle telle qu’elle est née au XIXème siècle laisse assez rapidement la place à ce qu’on appelle la société numérique. Même si cette notion n’embrasse pas la totalité du phénomène. [1]

Pour des philosophes comme Jean Baudrillard et Roland Barthes, la société de consommation est confrontée à une contradiction fondamentale prise entre confort et héroïsme. Le défi qu’elle doit relever consiste à dépasser une certaine passivité de l’individu qu’elle implique et une morale collective faite de volonté de dépassement.

Baudrillard pense que la seule solution qu’ait trouvé le monde moderne consiste à « dramatiser la vie montrée par les médias. » Le douillet confort que ressent le consommateur devant son poste se doit d’être vécu comme une espèce de miracle volé à la violence du monde extérieur. La violence en tant qu’antidote à la tranquillité du quotidien. [2]

 

               
Homo economicus                                                                             Le monde est clos…

Celle qui se définit comme  "la société digitale" fait en sorte que l’individu s’implique dans l’essor de la société à laquelle il appartient, s’identifie à ce collectif pour être un petit maillon, devenir une espèce d'ensemble de données qui puissent être traitées par le système.

Dans ces conditions, les systèmes de traitements et plus particulièrement les plus sophistiquées comme l’'intelligence artificielle, seront de plus en plus capables de régir un nombre infini de clients, les soigner, les conseiller, les divertir, à condition qu'ils aient été préalablement numérisés.

Cette vison de l’avenir peut faire peur, peut faire réfléchir en tout cas pour savoir si l’on veut devenir ou non un "homo digitalis", libéré des limites de son propre corps.

 

  

 

Si nul ne peut contester cette évolution qui s’étend progressivement à l’ensemble des activités humaines, plus ou moins touchées selon les types d’activité, reste à savoir si elle correspond à un mouvement  "naturel", conséquence mécanique de l’innovation technologique ou si elle est orchestrée par les tenants de la mondialisation.

 


Les grands holdings qui ont dirigé l’économie mondiale depuis l’ère industrielle du XIXème siècle sont remplacés par d’autres entreprises émergentes qui, comme les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazone) allient libéralisme et mondialisation pour arriver à une forme de pouvoir qui pourrait défier les États. Les GAFA ne sont en fait que les symboles de cette mutation, auxquelles on pourrait ajouter d’autres entreprises.


Ce qui s’est passé depuis une cinquantaine d’années, on peut en évaluer au moins les conséquences : détérioration des relations de travail, contestation ouverte ou larvée du mode de fonctionnement du pouvoir politique, cette espèce de viduité dont souffrent souvent les nouvelles générations… conséquences qui touchent vraiment le mode de fonctionnement des États démocratiques en particulier.

               
Richesse du monde...  --                                                                Nos temps modernes

Cette viduité touchent aussi celle les idéologies, qu’elles soient de droite ou de gauche, qui n’ont pas su prendre en compte ces nouvelles données et se basent encore trop souvent sur des modes de fonctionnement hérités du passé.
Mondialisation signifie aussi qu’on peut désormais avec l’informatique traiter des données depuis n’importe quel point de la planète.

Comme souvent, les bonnes intentions, la naïveté des inventeurs à la "Nobel" se tournent en exploitation, tension et stress générés par des systèmes informatiques qui remplacent le travail à la chaîne, les réseaux sociaux peuvent devenir aliénants. L’évolution n’est jamais neutre. Le refuge dans le populisme est bien l’expression de ce désarroi devant un monde qui se dérobe sous leurs pieds.

Dans ce mouvement cyclique, les enthousiasmes candides de Mai 68 ont viré au désarroi dans les décennies 1980-90 puis à l’indifférence  depuis les années 2000, ce qui plombe le paysage socio-économique pour longtemps. Ce qui marque aussi l’impéritie des pouvoirs politiques.

 

             
                                                      Daniel Cohen avec Pierre Arditti et Erik Orsenna [3]

 

Notes et références
[1]
Dans  son ouvrage Trois leçons sur la société post-industrielle en 2006, il
écrit : « À l'image de la société féodale, la société industrielle du XXe siècle lie un mode de production et un mode de protection. Elle scelle l'unité de la question économique et de la question sociale… » Pour lui, nous vivons aujourd'hui « la fin de la solidarité qui était inscrite au cœur de la firme industrielle. »

[2] Dans un autre ouvrage intitulé La Prospérité du vice, Une introduction (inquiète) à l'économie en 2009, il défend la thèse que le capitalisme marque le passage d'un monde reposant sur la loi de Malthus à un autre reposant sur le paradoxe d'Easterlin. La loi de Malthus bloque la croissance du revenu par tête par stagnation démographique tandis que le paradoxe d'Easterlin prouve que la richesse d'un pays n'a pas de lien direct avec le bien-être individuel ressenti.

[3] l’acteur Pierre Arditi, l'économiste Daniel Cohen et l'écrivain Erik Orsenna ont présenté en 2010 une émission "économique" intitulée "Fric, krach et gueule de bois : Le roman de la crise" pour tenter expliquer de manière pédagogique la crise aux Français.

<< Christian Broussas • °° Daniel Cohen °° -- 16/12/2018 >>

 
 
Partager cet article
Repost0
3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 19:19

Référence : Joseph Ponthus, "À la ligne, Feuillets d’usine", éditions La table ronde, collection Vermillon, 266 pages, janvier 2019

        
« Le journal d’usine poétique d’un ouvrier lettré. »

Joseph Ponthus, né en 1978, fait des études de littérature à Reims et de travail social à Nancy, puis devient éducateur spécialisé à Nanterre où il coécrit le livre reportage "Nous… la cité" paru aux éditions Zones en 2012. Un livre où se croisent les témoignages de quatre jeunes dont il s’occupait comme éducateur. Il a raconté aussi le quotidien de sa vie "d’éducateur de rue" dans le journal libertaire Article 11.

Maintenant, l'intérimaire connaît tous les numéros de vertèbres, le froid omniprésent pour préserver la bidoche, ce froid qui n’empêche pas les odeurs de viscères. L’ouvrier intérimaire à qui sa classe préparatoire littéraire n'a apparemment servi à rien, raconte son boulot dans des conserveries de poissons et des abattoirs bretons. Travail physiquement difficile, le dos surtout, le plus sollicité, la fatigue qui s’accumule… mais pas que… Il y a aussi la volonté –question de survie- de ne pas y laisser son âme.

L’amour a encore frappé. Elle s’appelle Krystel et habite l’île d’Houat dans le Morbihan. C’est elle qui le tire de Nanterre et l’entraîne dans sa Bretagne natale. Ils arrivent tous les deux à Lorient, « un port qui n’a pas oublié qu’il en est un » dit-il.


Joseph Ponthus, quadra à la barbe rousse

Mais à un moment ou un autre, il faut bien se résoudre à chercher du boulot. Dans sa branche, rien. Alors il prend ce qu’il trouve. L’agence d’intérim lui propose l’agroalimentaire, un des rares débouchés de l’industrie bretonne. Bien loin désormais de Nanterre et des vignes de sa Champagne natale. Il se doute, il sait à quoi s’en tenir : « Bien sûr, j’imaginais l’odeur, le froid, le transport de charges lourdes, la pénibilité, les conditions de travail, la chaîne, l’esclavage moderne. » ...
Heureusement, existent aussi des moments  de respiration, retrouver la femme aimée, le chien Pok Pok, la lecture des auteurs et poètes, le cocon familial et l'odeur de la mer.

Avec une précision machiavéliste, Joseph Ponthus nous conte la vie quotidienne de ses compagnons de travail. Il décrit cet univers clos de l'usine, les gestes répétitifs des ouvriers rivés à leurs chaînes de production, le travail en trois-huit, les pauses comme autant de petites parenthèses, ce mélange d’odeurs et de bruits qui agressent les sens, l’espoir de week-end où pourtant l’esprit ne se libère guère du travail.

  
Riadh Lékhéchène, Alexandre Philibert et Sylvain Erambert, 3 des auteurs de "Nous, la cité"... écrit avec leur éducateur Joseph Ponthus

Écrit en vers, ce journal intime contient aussi les échappées lyriques et musicales nécessaires au narrateur pour supporter cet univers difficile à vivre. Il ponctue ainsi la narration de références littéraires et musicales qui lui permettent de s'extraire de son travail, de tenir le coup en vagabondant d’Apollinaire à Prévert, de Trénet à Brel...
Son salut se situe dans sa relation à l'art qui met des couleurs dans la grisaille du quotidien et gomme un peu l'absurde de sa condition.

Joseph Ponthus utilise surtout des phrases courtes avec des renvois à la ligne réguliers, des strophes comme dans un poème, des images choc, supports pour son humour décalé et ses références littéraires et musicales, comme dans cet exemple :

“ Ah Dieu ! que la guerre est jolie ”
Qu'il écrivait le Guillaume
Du fond de sa tranchée

Nettoyeur de tranchée
Nettoyeur d'abattoir
C'est presque tout pareil
Je me fais l'effet d'être à la guerre
Les lambeaux les morceaux l'équipement qu'il faut avoir le sang
Le sang le sang le sang

Là j'approche
Je ne suis plus au porc mais au bœuf
et presque en première ligne
Ou pire
Au cœur des lignes ennemies

Apparemment, il n'aime guère la ponctuation et préfère "aller à la ligne" :

J'écris comme je pense sur ma ligne de production divaguant dans mes pensées seul déterminé
J'écris comme je travaille
À la chaîne
À la ligne

Voir aussi
* Catherine Guérard, Renata n'importe quoi -- Lanceur d'alerte --
* Cécile Allegra, Le salaire des enfants -- Ph. Pascaud, Pilleurs d'état --
* Hervé Hamon, Ceux d'en haut --
** Ma catégorie Socio-politique --
*** Mon site Société --

<<< •• Christian Broussas – Ponthus - 20/01/2019 -© • cjb •• © >>>

 
 
Partager cet article
Repost0
21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 13:39

La caisse des dépôts, un monde à part, un secret bien gardé

Sophie Coignard, Romain Gubert, "Enquête sur le coffre-fort des Français", éditions du Seuil, 2016

        Les auteurs

 

On dit que la Caisse des Dépôts et Consignation -la CDC-  est un état dans l’État. Une délicatesse pour signifier qu’elle est à la fois LA puissance financière et en même temps, sous la coupe du ministère de l’économie et des finances et des plus hauts personnages politiques.



La CDC s’occupent de multiples tâches, et non des moindres. Elle veille sur l'épargne des Français et est même leur premier assureur, finance une partie des retraites, le développement des collectivités locales et le logement social.

 

Tout cela fait déjà beaucoup mais elle est aussi propriétaire de stations de ski comme La Plagne, Les Arcs, Tignes, du Futuroscope, du parc Astérix, de la salle Pleyel, des restaurants Quick ou encore du fort onéreux Théâtre des Champs-Elysées. On la trouve un peu partout.

 

Bien sûr, elle est très, très riche, c’est son pouvoir, un immense pouvoir. Derrière l’orgueilleux décor ultra moderne de sa façade de la rue de Lille, le jeu d’ombres chinoises peut se mettre en place. Dans les lambris de la république, sans ostentation. Sa communication, très au point, a fait son œuvre autour de thèmes aussi alléchants et consensuels que la promotion de la femme, l'aide aux P.M.E et P.M.I. ou encore le développement durable.

                  

 

Mais l’envers du décor, c’est l'Élysée qui peut y puiser à l’envi pour aider tel ami un peu gêné comme Luc Besson, François de La Brosse, Henri Proglio ou François Sarkozy. Autant d’obligés à qui on peut le rappeler à l’occasion… Rien n’est gratuit.
Avec Sophie Coignard et Romain Gubert, il fallait s’attendre à une enquête pleine de surprises… instructive et édifiante. Beaucoup d’interventions qui devraient sortir du cadre des activités de la CDC, comme les activités artistiques ou les "amitiés de la première dame" ou même certains rapprochements industriels.

 

Encore plus étonnant : la CDC a été accusée de fournir un soutien logistique aux djihadistes en Syrie. Ils gèrent des dizaines de milliards mais ne s’oublient pas au passage : notes de frais à rallonge, voitures de fonction, salaires incroyables complétés de nombreuses primes et parfois d’honoraires impressionnants... Et quand ce n'est pas directement eux, ce sont les amis du régime qui en profitent.

 

La Caisse des dépôts a même eu les honneurs du magazine allemand Spiegel, ce dont elle se serait bien passée : le 4 décembre 2015, Pierre-René Lemas est de fort méchante humeur. Il vient de lire cet article qui accuse sa banque… d’aider Daech. Rien que ça ! Une histoire de soutien logistique (indirect quand même) via Eutelsat, une entreprise qui s’occupe de transmissions satellites dont elle possède un bon quart du capital.

 

On apprend que les têtes pensantes de l’État islamique utilisent les services d’Eutelsat (entre autres) pour leurs communications en passant par des intermédiaires, revendeurs de matériel installés en Turquie, juste de l’autre côté de la frontière syrienne.

 

Le Spiegel précise en particulier que « si elles le voulaient, les compagnies de  téléphone satellitaires pourraient couper à tout moment les services utilisés par Daech » et ceci est d’autant plus « inconfortable pour le gouvernement français qui détient un quart de l’opérateur à travers la Caisse des dépôts, un établissement public ».

 

Et ce n’est pas la première fois que ce problème se pose.
En 2011, elle avait déjà été impliquée pour ses participations financières dans des entreprises accusées de faire des affaires juteuses avec des dictatures. [1]

 

Dans le même temps, la Caisse des dépôts avait été chargée de récupérer quelque 400 millions de dollars de la Fondation Kadhafi pour les répartir entre les victimes de l’attentat contre le vol UTA de septembre 1989 qui avait coûté la vie à 54 Français.

               

Revenons au fonctionnement interne et à ce qu’on appelle là-bas pudiquement les « énarques sur étagère ». Curieuses expression pour désigner ces hauts fonctionnaires (jusqu’à une cinquantaine de personnes !) grassement payés pour ne rien faire parce que, justement, on ne sait pas quoi en faire, étant sans affectation,  ambassadeurs ou préfets par exemple, sans poste correspondant à leur niveau ou "politiquement incompatibles".


« Atmosphère étouffante » dit l’un d’eux qui a été mis au placard pour avoir dans un rapport critiqué la stratégie de l’institution dans son domaine. Dans ces conditions, pas question lui avait dit son responsable, de devenir un jour sous-directeur, objectif ultime pour beaucoup semble-t-il, de l’ascension sociale.
Une ambiance et des pratiques pas vraiment motivantes.

 

Par contre ajoute-t-il, « beaucoup de personnes restent quand même à la Caisse des dépôts parce que c’est un des territoires de l’État où l’on gagne bien sa vie, sans compter les avantages en tout genre... »
Propos bien sûr très officieux dans ce milieu ouaté où un simple éternuement risque de faire trembler la maison.

 

Notes et références
[1] Par exemple le FSI (Fonds stratégique d’investissement), filiale de la CDC, actionnaire de Qosmos et Amesys qui vendaient des programmes de surveillance des opposants à la Syrie de Bachar el-Assad, ainsi qu’à la Libye de Mouammar Kadhafi.

 

Voir aussi
* Revue Challenges : Le fonctionnement anachronique de la CDC --

<< Christian Broussas – Val de Loire,  17/01/2017 < • © cjb © •>>

 

Partager cet article
Repost0
21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 18:24

Rappel biographique

Jean Teulé a été tour à tour auteur de bande dessinée, travaillant ensuite pour la cinéma et la télévision avant de devenir écrivain. Il est en particulier l'auteur de Je, François Villon, prix du récit biographique, Le Magasin des suicides adapté au cinéma par Patrice Leconte, Darling adapté lui-aussi par Christine Carrière, avec Marina Foïs et Guillaume Canet dans les rôles principaux. Mais c'est surtout Le Montespan, prix de la Maison de la presse et grand prix Palatine du roman historique, qui l'a fait connaître du grand public, suivi de Charly 9, biographie revue et corrigée par l'auteur du roi de France Charles IX.

 

Fleur de tonnerre

Jean Teulé retrace dans ce livre le parcours d'Hélène Jégado, dit Fleur de tonnerre, l'une des grandes meurtrières de notre histoire, tueuse en série du milieu du XIXème siècle, qui empoisonna et décima des familles entières en Bretagne. "Vous avez trouvé là un sujet formidable, sur fond de légendes bretonnes et de culture éradiquée par la République, remarque la journaliste Natacha Polony dans une interview.

 

Epoque révolue puisqu'à l'époque, les paysans de Basse-Bretagne refusaient les autopsies, ce qui arrangeait bien l'empoisonneuse qui commit l'erreur d'aller sévir à Rennes, ce qui lui fut fatal. Jean Teulé remarque aussi qu'il a été obligé d'élaguer le bilan meurtrier de la cuisinière tant il était impressionnant. Dans ses recherches, il a découvert l'existence de chapelles baptisées Notre Dame de la haine ou un saint renommé Saint-Yves de Vérité, saint peu recommandable dont on devait flageller la statue pour exaucer ses voeux.

 

Quant à l'écriture de Jean Teulé, si Aymeric Caron est sensible à son style, "l'écriture, je la trouve formidable, c'est un mélange de classicisme, de punk et de rock," Natacha Polony trouve plutôt qu'il "manque de musicalité".

<<<< Christian Broussas - Jean Teulé - 22 avril 2013 <<< •© cjb © • >>>

Partager cet article
Repost0
29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 17:19

La vraie vie est ailleurs est un ouvrage du sociologue et ancien député socialiste Jean-Michel Bélorgey, président à l’Assemblée Nationale de la Commission des affaires sociales et culturelles.


La Vraie Vie Est Ailleurs Histoires De Ruptures Avec L'occident de Jean-Michel Belorgey

 

Référence : Jean-Michel Bélorgey , "La vraie vie", éditions Jean-Claude Lattès, septembre 1989, 7-82-709-60718-6, 412 pages
Couverture Francesco Renaldi "La famille Palmer"

 

Sommaire
1- Quand le mythe se fait chair La nostalgie de l’état sauvage, La fascination de la Royauté primitive, Noces orientales, L’Orient des Sages
2- Un voyage initiatique Rituel de désertion et d’enracinement, Les étapes de l’initiation, Radioscopie d’une métamorphose, Impasses ou accomplissements.

 

Présentation
Le sous-titre de cet ouvrage est très révélateur des intentions de l’auteur : "Histoires de ruptures avec l’Occident". Il commence par citer un texte de Gobineau extrait de ses "Souvenirs de voyage" : « Un anglais seul est capable de ces choses-là… Dans les pays les plus lointains du globe, et préférablement dans les plus excentriques, on est presque assuré de rencontrer un de ceux-ci, établi bravement au sein de la solitude la plus complète que les circonstances locales ont pu lui permettre de trouver… En recensant des souvenirs, je pourrais dresser une liste de ces déserteurs du beau monde… »

Ces déserteurs, ceux qui ont quitté le douillet de la civilisation, cherchent autre chose, ce sont les ‘découvreurs’, les aventuriers d’un monde occidental qui n’offre plus à sa jeunesse que des plaisirs convenus.

Bélorgey ( à droite) avec M. Rocard et P. Séguin

 

Résumé et contenu
Quelles que soient leurs raisons profondes, des hommes, des occidentaux ont quitté leurs racines de façon définitive. Refusant leur culture d’origine, ils se sont fondus dans leur tribu ou leur société d’adoption, qu’ils se soient faits nomades, au service de maharadjahs ou de l’empereur de Chine. Ils représentent les héros par excellence », ceux qui hantent les romans d’aventure de Ségalen, de Melville ou de Ruyard Kipling.

 

Ce sont d’une certaine façon les 'vrais' aventuriers des siècles passés, ceux qui ne cherchent rien à démontrer, qui ne sont pas partis pour des raisons mûrement réfléchies mais pour échapper à une société trop prévisible sans qu’ils aient eu l’intention d’analyse ces raisons. Partir pour partir, pourquoi pas, à la rechercher de ce 'supplément d’âme' qu’intuitivement, ils ressentaient. Ni baroudeur, nu missionnaire. Ils sont les héritiers, ni dignes ni indignes, d’un Rimbaud qui, abandonnant à tout jamais l’art poétique pour rejoindre la ‘vraie vie’, la réalité, disait : « La vie est ailleurs ».

 

Bibliographie

  • JM Bélorgey, "La politique sociale", éditions Seghers
  • JM Bélorgey, "La gauche et les pauvres", éditions Syros, collection Alternative

<< Christian Broussas - JMB - Feyzin - 19/04/2012 -  © • cjb • ©>>

Partager cet article
Repost0
16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:03

Les romanciers cachés

                    <<<<<<<< Ecrivains et pseudonymes >>>>>>>>
                            <<<<<<<< © CJB >>>>>>>>
         <<<<<<<<<<<<<<<<<<<  • • •°°°°°°°°°• • •  >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>
                   Quelques exemples contemporains

Pourquoi diable certains romanciers publient-ils sous un pseudonyme ? Depuis l'affaire Romain Gary, "double prix Goncourt" , il semble qu'il ait fait des émules parmi ses confrères écrivains. "L'affaire Romain Gary" avait fait du bruit quand on eut la certitude que le prix Goncourt 1975 n'était autre que l'écrivain déjà couronné en 1956 pour son roman Les Racines du ciel. Double prix Goncourt, une première pour la vénérable institution. Après sa disparition, on apprit que, sous le pseudonyme d'Émile Ajar, il fut aussi l'auteur de quatre romans, y compris La Vie devant soi, le Goncourt primé en 1975, dont la paternité avait été attribuée à un proche parent, Paul Pavlowitch, son petit cousin.

Deux écrivains assez connus parmi leurs contemporains, Yasmina Khadra et le prix Goncourt Andreï Makine ont sauté le pas et expliqué leur choix. Mais ils ne sont pas les seuls et l'on peut aussi citer d'autres romanciers comme "Jack-Alain Léger", "Philippe Labro", "François Nourissier" et le prix Goncourt "Jacques-Pierre Amette".

 

On ne peut pas dire que Frenchy, écrit par un certain Benjamin Cros et paru chez Fayard à la rentrée littéraire en 2004, ait fait un tabac. Opération secrète fomentée en douce par Yasmina Khadra puisque même son éditeur habituel Julliard l'ignorait. Alors pourquoi un tel besoin chez un romancier à succès auteur entre autres de L'Attantat ou des Hirondelles de Kaboul. Il faut dire que Yasmina Khadra n'aime pas les jurys et la critique, clamant haut et fort que « toutes les institutions littéraires se sont liguées contre moi. Ça n'a pas de sens, ces aberrations parisianistes. »

Pour Andreï Makine, c'est autre chose. En 2001, un auteur inconnu Gabriel Osmonde, publie un roman remarquable et remarqué Le Voyage d'une femme qui ne voulait pas mourir. Chez Albin Michel, son éditeur, personne ne le connaît paraît-il, mais il continue à publier, Les 20 000 Femmes dans la vie d'un homme puis en 2006 L'Œuvre de l'amour, cette fois aux éditions Pygmalion.

 

Mais en janvier 2009, à l'université d'Amsterdam, contre toute attente, il décide enfin de se dévoiler lors d'un collectif consacré à son œuvre. Peut-être la présence de la meilleure spécialiste de l'œuvre d'Andreï Makine, Murielle Lucie Clément a-t-elle influencé sa décision, le sujet « "Andreï Makine et Gabriel Osmonde" : passerelles » s'y prêtant d'ailleurs admirablement.

 

tumb Makine [2]  tumb Khadra

 

Murielle Lucie Clément, qui connaît même sa thèse en russe intitulée "L'Enfance dans le roman français", affirme : « Je suis intimement persuadée que Gabriel Osmonde a lu TOUT Makine et qu'Andreï Makine connaît les livres de Gabriel Osmonde. Ils ont beaucoup en commun, et il existe de nombreuses passerelles de l'un vers l'autre et vice versa. » On ne saurait être plus claire mais elle n'affirmait rien et se refusait à franchir le pas. Pour conforter ses dires, elle s'est penché sur "l'intertextualité" entre les deux romanciers, citant des exemples particulièrement significatifs.

 

Le mystère s'épaissit quand un homme se faisant passer pour Gabriel Osmonde, aurait été vaguement aperçu pendant le colloque et, selon certaines rumeurs, habiterait le Canada. Comme en clin d'œil, Makine avait écrit en 2007 une pièce de théâtre intitulée justement Le Monde selon Gabriel. Pour lui, la critique devrait juger sans tenir compte de l'écrivain, du son passé, de sa notoriété, expliquant que « Si je me protège ainsi, c'est parce que je crois que l'on détruit une œuvre en l'accolant à une biographie (de l'auteur). »


En 1983, une jeune fille prénommée Stéphanie publie son journal intime intitulé Des cornichons au chocolat. Une autobiographie origine où "Stéphanie" se confie à son chat "Garfunkel", un style alerte qui séduit, écrit-on à l'époque. Et en plus un franc succès : vite publié en édition de poche et traduit en une vingtaine de langues. Mais n n'en sait pas plus sur la jeune écrivaine. Mais lors de sa réédition chez Lattès en 2007, apparaît sur la couverture le nom de l'auteur : Philippe Labro, l'auteur de l'étudiant étranger qui lève enfin le voile sur le véritable auteur du livre.

 

tumb JA Léger    tumb Labro

 

Pour Paul Smaïl, c'est le vécu, l'autobiographie qui sert de vecteur à son premier roman Vivre me tue qui intéresse et surprend par ses accents de vérité. L'auteur serait un "Beur" diplômé et féru de littérature mais déclassé, travaillant la nuit dans un hôtel mal fréquenté. Ça sent un peu le film Tchao Pantin mais pourquoi pas ! mais la description de la banlieue est d'un réalisme saisissant. Puis en 2001, paraît chez Denoël un second roman de la même eau, Ali le magnifique. En fait, on apprendra que sous les traits de Paul Smaïl se cache l'écrivain Jack-Alain Léger. De la même façon que "Makine", Jack-Alain Léger voudrait qu'on juge un livre pour ce qu'il est et non à la lumière de la connaissance de l'auteur, ce qui biaise le jugement. Mais il aime tellement porter des masques et se cacher derrière des pseudonymes tels que Melmoth, Dashiell Hedayat et autre Eve Saint-Roche...

 

« Je me suis autorisé une petite coquetterie », confesse aujourd'hui Jacques-Pierre Amette, prix Goncourt pour son roman La maîtresse de Brecht. Lui aussi voulait savoir "ce que les gens pensait de lui". Il désirait selon ses propres termes, « se refaire une identité, » éprouver la liberté de l'écrivain inconnu, tout neuf, sur lequel les critiques portent un regard neuf. Il pouvait ainsi interpréter un autre personnage, "être un autre" pouvant changer de registre.

François Nourissier


En 1955, un "jeune écrivain" France Norrit (ce qui évoque tout de même un double féminin de François Nourissier) publie aux éditions de Paris un roman intitulé Seize ans. Texte audacieux pour l'époque, avec des accents très littéraires d'une jeune femme pour qui « il fall


Presque un demi-siècle plus tard, François Nourissier confiera dans une interview au Figaro Magazine : « Pendant dix ans, j'ai cherché à m'amuser, à l'inverse de mes amis qui travaillaient le genre noble. »

 

tumb Nourissier [1]tumb Amette  

  1. Photo © JC Marmara
  2. Photo © Jerry Bauer/Opale

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Jacques Frachet culture
  • : Articles sur des thèmes littéraires et historiques
  • Contact

Recherche

Liens