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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 15:30

Référence : Sam Bernett, Les vielles canailles, éditions du Cherche midi, avril 2021

Son sous-titre, Un destin fabuleux, résume bien le propos de ces trois adolescents qui vont connaître un parcours extraordinaire que nul ne leur avait prédit.
Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc, un trio légendaire scellé par une amitié de plus de soixante ans !

Le Paris populaire à la fin des années 1950 où trois ados en blouson noir, l'uniforme à la mode de l'époque, traînent leur ennui et leurs rêves quelque part du  côté du square de la Trinité et le Golf Drouot. Johnny se prend pour James Dean, Eddy balance entre son travail de coursier au Crédit Lyonnais et chanteur de bal, Jacques, un fils de bonne famille, joue de la guitare et les décontractes.
A chacun sa partition.

 

         
 

Au-delà de cette amitié de jeunesse, d'un enracinement dans le même quartier parisien, de parcours différents, ce qui les lie c'est la guitare et la musique bien sûr mais aussi un certain rapport à la vie fait de fidélité, de complicité et d'un sacré sens de l'amour, souvent décalé chez Dutronc
 
En 2014, inspirés par leurs idoles américaines du Rat PackFrank Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis Jr –, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc se réunissent pour une série de concerts exceptionnels. Ils se retrouveront en 2017, pour une tournée et un ultime concert à Carcassonne.

C’est l’histoire du fabuleux destin d’un trio chanceux, qui a traversé toutes les épreuves et toutes les époques pendant plus d’un demi-siècle. Une histoire à peine croyable, mais où tout est vrai puisque tout est arrivé.

 

           

 

La rencontre entre Eddy et Johnny est connue et les deux compères n'ont pas résisté au plaisir de la raconter pendant leur dernière tournée. Une rencontre mouvementée à l'issue d'une surprise-partie où Johnny avait "emprunté" (sans doute par erreur) quelques bons vieux 45 tours des "pionniers du rock" auxquels Eddy tenait comme à la prunelle de ses yeux. Rencontre électrique donc, ce qui ne préjugeait en rien de leur future amitié qui ne s'est jamais démentie, Eddy étant par exemple le parrain de Laura, la fille de Johnny.

La rencontre entre Johnny et Jacques fut plus "fructueuse" si l'on peut dire puisqu'elle déboucha sur un petit trafic de disques 'récupérés" qu'ils écoulaient dans les surprises-parties de leurs quartiers.
Mais ce fut plus sûrement le Golf Drouot et la musique qui les réunirent, Dutronc remplaçant même au pied levé un des guitaristes des Chaussettes noires, alors indisponible.

Les Vieilles Canailles se produisent une première fois sur la scène de Bercy pour six représentations, du 5 au 10 novembre 2014. À l’été 2017, le trio refait une tournée en France, en Belgique et en Suisse. « Vieille canaille » vient du titre d’une chanson qu’Eddy Mitchell et Serge Gainsbourg ont interprété en duo en 1986.

 

           

 

Les Tournée Bercy 2014 et 2017
Entre les trois potes, c’est une belle interprétation équilibrée, sept titres pour chacun, ponctué de duos et de trios, chacun chantant deux titres en solo pour changer de style.


La tournée 2017 ne se déroule bien sûr pas dans les mêmes conditions, compte tenu de l’état de santé de Johnny. Elle débute par un concert au stade Pierre Mauroy à Lille. Tout se passe à merveille, même si Johnny est parfois obligé de chanter assis sur un tabouret et l'une des deux représentations données à Paris-Bercy est retransmise en direct à la télévision.

 

Ce qui les lie également, c'est leur goût pour le cinéma. Pour Eddy, sa connaissance encyclopédique du cinéma américain et sa "dernière séance" sont bien connus et il a tourné avec les plus grands réalisteurs français. C'est sans doute Betrand Tavernier qui lui a donné ses plus beaux rôles avec Coup de torchon par exemple. Pour Johnny, c'est plus mitigé, la mayonnaise n'a jamais vraiment pris avec le cinéma, Eddy commentera d'ailleurs (en toute amitié), « Johnny Hallyday était un acteur assez laborieux. » Jacques par contre, a comme Eddy joué avec de grands réalisateurs, assez impressionnant par exemple dans le rôle de Van Gogh.
Le seul film intéressant qui réunira Eddy et Johnny sera le film de Claude Lelouch intitulé "Salaud, on t'aime", paru en 1974.

 

Voir aussi mes fiches sur Eddy Mitchell :
Le dico de ma vie -- Un portrait de Norman Rockwell -- Eddy 2015 --
Eddy et ses héros --

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<< Ch. Broussas, Vieilles canailles 24/04/2021 © • cjb • © >
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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 20:32

             
                                                             Si, si, c'est bien lui !
 

Voilà quelques touches pour esquisser un portrait en creux d'un homme qui se livre peu, sinon de temps en temps au hasard d'interviews,  sans doute à la recherche de notes couleur menthe à l'eau. 

Eddy Mitchell parlant littérature, c’est assez inédit me direz-vous. On le croirait plutôt féru de BD, les deux n’étant apparemment pour lui pas incompatibles. Dans la biographie écrite par Didier Varrot, "Il faut rentrer maintenant", il avoue être un fan de l’écrivain Céline dont il dit : « Voilà un écrivain qui assène une baffe magistrale à la littérature. En une phrase, il vous raconte ce qu’un autre mettrait deux chapitres à écrire. Si vous prenez le passage sur l’Amérique dans "Voyage au bout de la nuit", dès la première phrase on y est. Il arrive à New York et il écrit: "New York est une ville qui se tient debout". Voilà, tout est dit, c’est extraordinaire. »

 

   

 

Concernant la cause des femmes, il nous livre son sentiment : « Je ne suis pas féministe mais l’évolution de la femme est l’une des plus belles évolutions qui soit parce qu’elle est juste. Je n’ai jamais compris l’inégalité des sexes. Nos grands-parents étaient vraiment à la ramasse pour accepter qu’une femme ne puisse pas avoir les mêmes droits qu’un homme. Le droit de vote, l’indépendance économique, la liberté de procréer ou non… Pour au moins cela, merci Mai-68. »

 

         
Les écrivains Louis-Ferdinand Céline (le préféré) et Tennessee Williams (le détesté)

 

Le cinéphile n'est plus à présenter mais le défenseur du western a aussi un regard critique sur certains aspects du cinéma comme on peut le constater à travers ces quelques remarques : « Avoir un avis définitif sur James Dean, qui n’a enchaîné que trois films, c’est aller un peu vite en besogne.» Ou bien : Soudain l’été dernier", [1] je m’endors au même moment. Et s’il s’agit de "Un tramway nommé désir", [2] j’ai du mal à garder mon sérieux. »
Décidément, Tennessee Williams et son théâtre sans doute trop intello à son goût, ce n'est pas sa tasse de thé.

 

       
Eddy dans "Coup de torchon"                          Les vieilles canailles

 

Sur le plan politique, on connaît son scepticisme, ce qu’il pense de François Hollande « l’ami molette » ou Sarkozy « l’ami talonnette ». Il observerait plutôt une certaine neutralité sans illusions, précisant : « Dès les années 60, la politique m’a donné la nausée. Je laissais courir, d’ailleurs je refusais de voter. L’idéal serait d’opter pour le vote blanc, à condition qu’il soit réellement comptabilisé dans les résultats électoraux. Un signal politique fort plus responsable que l’abstention. »

Mais quand même, le P’tit Claude de Belleville le titille toujours quand il précise : « Il est vrai que mon cœur serait plutôt à gauche. Mais quelle gauche? Aujourd’hui, j’en suis revenu. Non pas de tout, mais je suis tout de même désabusé en ce qui concerne la politique. (…) Je m’oblige à voter parce qu’il y a toujours le spectre du Front NationalMarine Le Pen est un tribun redoutable, méfiance! Et, excusez-moi de le dire, ce parti-là me fait toujours aussi peur. »
Une remarque qui a goût d’unité républicaine.

 


L’humour "schmolien" de la légende : « Pendant que vous y êtes, faites-moi la barbe ! » [3]

 

Et toujours cet humour plein d’ironie qui le caractérise, par exemple dans ce trait à propos d’un paparazzi pas vraiment doué qui avait refilé au journal "Voici" une photo prise sur une plage, le représentant accompagné de Muriel, sa femme légitime. Une photo avec cette légende: « Eddy Mitchell avec sa nouvelle compagne ! » Information que le journal n’avait pas cru devoir vérifier.
Conclusion d’Eddy : « J’aime tellement ma femme que je ne sors qu’avec ses sosies. »
Des mots qui font mouche... comme ceux de Céline.

 

              
Eddy  et Laurent Gerra                                Eddy et Muriel

 

Notes et références
[1] Film de Mankiewicz d'après une pièce de Tennessee Williams, sombre histoire basée sur la psychanalyse, avec Élizabeth Taylor, Katharine Hepburn et Montgomery Clift

[2] Célèbre film d'Elia Kazan d'après la pièce de Tennessee Williams avec Vivien Leigh et Marlon Brando, une histoire de ménage à trois assez lugubre dans le climat humide de La Nouvelle-Orléans
[3] Une caricature du futur Eddy, parue dans Risque-tout en 1956

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<< Christian Broussas • Eddy portrait © CJB  ° 06/05/2021  >>
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16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 06:33

Eddy va ensuite enregistrer un album atypique intitulé Grand Écran regroupant 16 de ses chansons de films préférées dont on peut extraire Frappe aux portes du paradis, une belle reprise de Bob Dylan sur des paroles d’Eddy et des chansons connues comme Si toi aussi tu m’abandonnes, Les feuilles mortes, Hier encore d’Aznavour ou Garde-moi la dernière danse de son ami Mort Schuman. [6]

  
 

En novembre 2009, Eddy Mitchell annonce simplement : « Ma tournée en 2010-2011 sera la dernière que j'effectuerai, » un an avant la sortie de son nouvel album au titre éloquent Come Back qui, outre ce titre, contient également L’esprit grande prairie composé par ses compères Souchon et Voulzy, Laisse le bon temps rouler qui rappelle Jambalaya et sur la difficulté à Avoir 16 ans aujourd’hui.

En octobre 2010, il entame une ultime tournée  intitulée Ma dernière séance, dans toute la France et se termine à l’Olympia par trois représentations.  Son album Héros sort en novembre 2013 avec les titres Les vrais héros,  Le goût des larmes et Léo, un titre inattendu dû à sa femme Murielle, un hommage à Léo Ferré.

On veut des légendes                           L'esprit grande prairie

En 2013, il participe au concert exceptionnel donné pour les 50 ans de la maison de Radio-France. L’année suivante, il joue avec Johnny dans le film de Claude Lelouch Salaud on t'aime et en novembre c’est le début de l’aventure des Vieilles Canailles avec Johnny et Dutronc.

En octobre 2015, c’est la sortie de Big Band,  son trente sixième album studio. En mars 2016, accompagné par un big band de dix-sept musiciens, il renoue avec la scène au Palais des sports de Paris pour 13 spectacles. 

Un album au « swing intemporel » dit-on, pointant le superficiel des réseaux sociaux dans « Je n’ai pas d’amis », avec humour certains médecins dans le grinçant « Combien je vous dois ? », une certaine forme de journalisme dans « Journaliste et critique », l’intrusion du monde virtuel dans « Avec des mots d’amour ». 

L’Amérique mythique est toujours là avec « Un rêve américain », rendant hommage à Frank Sinatra dans « Il faut vivre vite », et en adaptant sa chanson « Promets-moi la lune ». (« Fly Me to the Moon)

Deux ans plus tard, après la fin de la tournée des Vieilles Canailles à Bercy, c’est l’album La Même Tribu, volume 1 dont Le second volume paraîtra en mai 2018, revisitant ainsi en duos quelques uns de ses grands succès.

Voir aussi
Eddy Les adaptations –   Encyclopédisque -- Panorama de ses chansons -

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<<  Ch. Broussas, Eddy Discographie 14/12/2020 © • cjb • © >>
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16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 05:31

Pour les années 1990, seulement trois albums pourrait-on dire mais Mr Eddy part chanter en Arabie saoudite pour les soldats français, un concert finalement annulé par les saoudiens puis en 1993-94 il se produit dans quatre salles parisiennes [4], terminant par un concert-synthèse à Bercy.

Il participe à la bande originale du film Rock-o-rico dont il enregistre 4 chansons adaptées par son compère Boris Bergman. Il se tourne aussi largement vers le cinéma, tournant dans 7 films dont le fameux Le bonheur est dans le pré d'Étienne Chatilliez. [5]

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Rio Grande                                Un portrait de Norman Rockwell  

En tout cas, la qualité est toujours au rendez-vous avec des succès comme Rio Grande et 18 ans demain en 1993, Un portrait de Norman Rockwell et Mister JB (son hommage à James Brown) en 1996, J’aime pas les gens heureux et Décrocher les étoiles en 1999.

Ils contiennent également de petits bijoux moins connus comme Cœur solitaire, Te perdre ou Destination terre.

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J'aime pas les gens heureux                Décrocher les étoiles                   

Début 2000, il participe à l’action caritative Noël Ensemble où il chante le classique Noël blanc en duo avec Véronique Sanson et enregistre une version du Déserteur pour Ma chanson d’enfance dans le cadre d’une autre action caritative.

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Paloma dort                               Je chante pour ceux qui ont le blues

Puis sort l’album Frenchy dont il écrit le texte des 11 chansons sur des musiques de Pierre Papadiamandis, aidé les inséparables Michel Gaucher (Faudrait pas rester là) et Michel Amsellem (Au bar du Lutécia) avec notamment J’aime les interdits, La route 66 et Je chante pour ceux qui ont le blues.

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L'album "Franchy"                                       Au bar du Lutétia                  

Suit l’album Jambalaya conçut sur le même modèle, avec 11 textes écrits par Eddy sur les 12 chansons, pour l’essentiel sur des musiques de Pierre Papadiamandis, où l’on trouve les titres phare On veut des légendes et Ma Nouvelle Orléans. On y trouve aussi trois chansons interprétées en duo avec Johnny, Be bop e lula de Gene Vincent, Elle est terrible d’Eddie Cochrane (avec le concours de Little Richard) et On veut des légendes.   

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     L'album "Jambalaya"                                   L'album "Grand Écran"

* Retour à la 1ère partie : Retour 1 --

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16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 05:19

Eddy Mitchell Discographie

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1963 est l'année où Eddy Mitchell se sépare des Chaussettes noires et se tourne vers une nouvelle carrière. Il rompt avec le son brut et minimaliste des Chaussettes noires, basé sur un trio guitares-batterie agrémenté souvent d'un saxo pour se tourner vers une diversification des instruments. 
Le style est plus "yé yé", même s'il puise largement dans le répertoire anglo-saxon et les textes, dont les adaptations qu'il signe, ne sortent guère des chansons d'amour.

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C'est le cas pour ses deux premiers albums parus en 1963 et c'est encore largement vrai pour les deux albums suivants parus en 1964 qui contiennent des titres phares empruntés aux "pionniers" comme  5 adaptations de Chuck Berry [1], 3 d'Elvis Presley, Little Richard et Buddy Holly.
Cette période se clos par le titre phare "Toujours un coin qui me rappelle" bien représentatif de son style d'alors.

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Ses tenues évoluent, deviennent "plus sages" et son jeu de scène également. Il disait en particulier dans une interview : « Je pense toucher un public qui aime la variété en général [...] Je ne ressens plus le besoin de me mettre à genoux sur scène, et si j'essayais, ça ne passerait pas. »

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Tu n’a rien de tout ça             C’est grâce à toi                      Sentimentale

Eddy évolue ensuite vers le rhythm and blues surtout dans l'album Du rock 'n' roll au rhythm 'n' blues. Ses rythmes subissent l'influence d'Otis Redding et de James Brown, et de la musique soul. En fait, il continue à alterner les chansons françaises, travaillant avec des auteurs-compositeurs comme Mort Schuman (Ma maîtresse d'école, Je défendrai mon amour, Et tu pleureras ), Guy Magenta [2]Jean-Pierre Bourteyre [3] ou Jean Renard (Je t'en veux d'être belle) et les adaptations dont il écrit souvent les textes.

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L'épopée du rock & Seul            Bye bye prêcheur           Fortissimo & De la musique

Les choses vont changer à partir de 1966 quand il va travailler avec deux musiciens qui vont beaucoup lui apporter, Jean-Pierre Bourteyre [3] avec qui il collaborait déjà, et surtout Pierre Papadiamandis, à partir de leurs premiers succès J'ai oublier de l'oublier, Seul et Je ne me retournerai pas. Eddy va aussi désormais structurer ses textes, aborder d'autres thèmes que l'amour et des textes où sa personnalité va pouvoir pleinement s'exprimer. J'ai tendant à dater ce tournant de l'album Perspective 66 avec la chanson, véritable credo qui lui servira d'étendard et fera de lui le représentant essentiel du rock français. Image qu'il peaufinera par la suite avec des chansons comme L'épopée du rock ou ses hommages musicaux à Otis Redding (Otis), James Brown (Mister JB), Jerry Lee Lewis (Le fils de Jerry Lee Lewis)...

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 Chacun pour soi & Alice            Le début de la fin               Et s'il n'en reste qu'un

Son parolier
Ralph Bernet [2] sur des musiques "rock" de Guy Magenta [2], jouera un grand rôle en confortant cette image de chanteur un peu à part qui défend ses valeurs avec Fortissimo où il faut vivre sa vie "fortissimo", Société anonyme, critique d'une certaine société libérale et dans une certaine mesure Bye, bye prêcheur. Duo créateur malheureusement interrompu par la mort prématurée de Guy Magenta.

L'album suivant, centré sur le duo Eddy Mitchell-Pierre Papadiamandis, atteint des sommets avec des titres phares comme Chacun pour soi ou Alice, et de beaux morceaux tels que Au-delà de mes rêves, Mes promesses ou Le début de la fin.

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Je n'aime que toi                               Otis                           Miss Caroline et Paul

Les années suivantes sont beaucoup plus difficiles pour Eddy Mitchell qui peine à se renouveler. S'il connaît encore quelques succès comme Je n'aime que toi (Moine, Papadiamandis) ou Otis, hommage à Otis Redding, il subit comme il dit lui-même « sa traversée du désert » qu'il a du mal à expliquer. Même le concours de son compositeur favori Pierre Papadiamandis, ne suffira pas à enrayer la désaffection du public. Les quelques réussites qu'il connaît alors, Miss Caroline et Paul en 1969, Les vieux loups et l'accident l'année suivante ou Alice au pays des amours en 1974, cachent une réalité en demi teinte.

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Les vieux loups, L'accident           C'est facile                   Alice au pays des amours

Cette difficile période peut aussi s'expliquer par la disparition à la fin des années 60 de trois de ses principaux auteurs-compositeurs, Jean-Pierre Bourteyre [3], Guy Magenta [2] et Ralph Bernet [2], créateurs expérimentés difficiles à remplacer rapidement. Les nouveaux auxquels il s'adresse seront sans doute trop nombreux pour donner une unité à l'ensemble.

Le déclic viendra sans doute de la tournée qu'on lui propose pour renouer avec le temps des Chaussettes noires. Pour lui, pas question mais ça lui donne l’idée de repartir sur ses fondamentaux, le rock, la country… avec Pierre Papadiamandis.

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                                                   C'est un rocker

1974, c'est le renouveau avec l'album Rocking in Nashville, la rencontre avec Charly mc Coy et la reprise de 4 Chuck Berry dont C'est un rocker et À crédit et en stéréo puis avec l'album suivant Made in USA qui contient Je vais craquer bientôt (Eddy-Papadiamandis) et Je ne sais faire que l’amour (Eddy-Mc Coy).

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Dès lors, Eddy va enchaîner les succès avec le couple moteur Mitchell-Papadiamandis  qui compose en particulier les 3 grands succès que furent La fille du motel (1976), La dernière séance et Il ne rentre pas ce soir (1978).
Les adaptations choisies par Eddy, qui en signe aussi les textes, complètent ce panorama avec bonheur avec notamment Sur la route de Memphis, Pas de boogie woogie, Et la voix d’Elvis, Tu peux préparer le café noir.

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La décennie suivante sera au diapason, avec une stratégie quelque peu différente qui sera désormais la marque de sa différence : des textes très travaillés qu'Eddy écrit sur des musiques le plus souvent de Pierre Papadiamandis, au fil de leur collaboration une véritable osmose se crée entre eux, parfois avec d'autres musiciens.

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Désormais, les adaptations qui avaient largement contribué à son succès de ses débuts, deviennent beaucoup plus rares. Les "pionniers du rock" s'éloignent pour donner naissance à un grand équilibre entre le texte et la musique. Le parolier Claude Moine s'affirme ainsi et se hisse à la hauteur du chanteur Eddy Mitchell.

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Les années 1980 seront très prolifiques d'où émergeront dans chaque album quelques titre phare comme Couleur menthe à l’eau et Happy birthday en 1980, Le cimetière des éléphants et Elle ne rentre pas ce soir en 1982, Comme quand j’étais môme, Le blues du blanc, Nashville ou Belleville en 1984, Manque de toi, Oldie but goodie, Vieille canaille en 1986, La peau d’une autre, 60-62, M’man en 1987 et Lèche-bottes blues, Under the rainbow en 1989.

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Accès à la deuxième partie : Suite 2 --

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 18:26

Référence : Eddy Mitchell, Eddy Moine, Le dictionnaire de ma vie, éditions Kero, 216 pages,  7 octobre 2020

 

 

 

Soixante ans de carrière, une vie bien remplie, finalement avec plus de hauts que de bas, entre la famille, surtout ses trois enfants bien sûr, ses potes, (important pour un mec qui a la fidélité chevillée au corps), la chanson évidemment et le cinéma pour une dernière séance qui n’en finit pas.

Eddy Mitchell de A à Z dans « Le Dictionnaire de ma vie », écrit par son fils Eddy Moine auquel il a confié ses souvenirs. Un menu fort éclectique reprenant toutes les lettres de l’alphabet, essentiellement à travers l’enfance de "P’tit Claude" [1], l’ado fou de rock et de cinéma (il l’est resté fou… et ado), à travers ses humeurs et ses coups de gueule.

 

                   

 

À ses côtés, on se balade dans les moments forts de sa vie et de sa carrière. Des Chaussettes noires (Si, si, rappelez-vous… le grand blond au centre, avec une chaussure… non, des chaussettes noires) jusqu’aux Vieilles Canailles avec ses deux potes de leur quartier parisien.

 


Avec sa femme Muriel, son fils Eddy et sa belle-fille

 

N’allez pas chercher des secrets révélés, du buzz, ce n’est pas le genre de la maison. Ce sont plutôt des anecdotes, des réflexions bien senties qui font le sel de ses souvenirs qu’il égrène au gré des mots-clés choisis comme thèmes de présentation. Le gosse de Belleville a donné naissance au chanteur-rocker-crooner, de Chuck Berry à Franck Sinatra, avant de dégainer sa plume pour ciseler des textes plus personnels avec l’ami Pierrot (Pierre Papadiamandis). [2]

 

      

« L’autodidacte que je suis éprouve une grande méfiance envers les intellos, les fonctionnaires, l’armée… »

 

Autodidacte soit, c'est la vie qui a décidé qu'il commencerait ainsi mais ça ne l'a pas empêché ensuite de réussir dans la chanson, le cinéma, quelques bouquins aussi, malgré les lacunes qu'il constate. Ses débuts, c'est chanter dans des boîtes comme Le Petit Jardin ou La Flèche d'or avec un gamin de 15 ans qui chantait "Ah les femmes" d'Eddie Constantine comme un adulte.

Des souvenirs inoubliables : « Le Tahiti et de sa piste flottante, du côté de Clichy, avec un parquet pour danser et de l'eau en dessous, Le Petit Jardin avec son orchestre au balcon et le chanteur en bas avec une corde à ses côtés... qui servait à grimper au balcon en cas de bagarre... »

 

                   

 

Petit nostalgie à l'évocation de son enfance à Belleville, les copains, le rock, les cinés, mais malheureusement, déplore-t-il, tout ça est bien loin, c'est moins sympa, gangrené par la came. Le quartier n'est plus ce qu'il était.

 

Avec Pierre Papadiamandis

 

Côté chanson, sa préférée c'est Le Cimetière des éléphants (voilà sans doute pourquoi il en a enregistré 2 versions). Côté chanson et amitié, c'est Johnny bien sûr. Il aime rappeler leur première rencontre quand, crime de lèse-rock, le Johnny essaie de lui cravater des 45 tours de Gene Vincent, Bill Haley et Little Richard ! C'est ainsi qu'ils sont devenus potes. Comme quoi...
Près de 60 ans et sans embrouilles.
Il nous raconte quelques anecdotes comme celle de la super guitare que Johnny lui demande de lui rapporter des États-Unis et qu'il s'empresse de jeter dans la foule lors d'un show...

 

         
Avec sa femme Muriel          Avec sa première femme Françoise

 

Côté coups de gueule, il s'élève contre les interdits qui bouffent notre quotidien, contre ceux qui grignotent la liberté d'expression, ces fichus réseaux sociaux où on peut dire n'importe quoi sous prétexte d'anonymat et les politiciens qui ne font pas grand chose pour empêcher ça.
Les politiques, ce n'est pas sa tasse de thé, même de Gaulle passe à la trappe. Seul en réchappe Michel Charasse, devenu un ami, qui l'avait aidé quand il était allé chanter pour des troufions en Arabie saoudite, dans un pays qui n'aime pas le rock.

 

         
Ses deux filles Pamela (à gauche en rouge) et Maryline avec lui

 

Côte bouquins, c'est assez décousu, le coupable c'est son père qui ramenait chez eux des livres de chez Gallimard, des invendus ou avec des défauts. Son univers, c'est le roman noir américain [3] bien sûr et aussi Céline que, dit-il, William Faulkner a dû beaucoup lire, mais aussi Baudelaire pour son style incomparable. C'est ce qui l'intéresse, le style, surtout quand il est cursif, synthétique.

 


Muriel et Eddy entourent Pamela

 

Côté États-Unis, ce n'est plus ça et « le rêve américain est bien loin ». Il n'aime pas beaucoup les grandes villes comme New-York ou  Los Angeles, leur préférant des lieux plus préservés tels que l'Arizona ou le Nouveau-Mexique. Le cinéma hollywoodien est bien loin désormais de ce qu'il était naguère et même la façon de vivre des américains ne lui plaît guère.

Voilà, tout est dit (ou Tout Eddy comme vous voulez). S’il n’en reste qu’un...

 

     
Avec Joe Dassin                                               Avec sa filleule Laura Smet

 

Notes et références
[1] Voir l’article que j’avais fait à l’occasion de la parution de cette autobiographie.
[2] Pianiste et compositeur d'Eddy, il a écrit plus d'une centaine de chansons pour lui (dont La Dernière séance et Couleur menthe à l'eau) depuis J'ai oublié de l'oublier en 1966.
[3] En particulier, James Hadley Chase, Raymond Chandler, James Cain


Voir aussi mes fiches
* Eddy 2015 -- Eddy "Héros" -- Eddy, Fiche synthèse --

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 09:43

Eddy Mitchell : Il faut rentrer maintenant...

<<<<<<<<<<<< Voir aussi l'essai sur Eddy Mitchell >>>>>>>>>>>>
<<<<<<<< © CJB >>>>>>>>
 

tumb  Lors de sa dernière tournée (© Fabrice Coffrini AFP)

 

Référence : "Il faut rentrer maintenant... Eddy Mitchell", entretiens avec Didier Varrod, édition de La Martinière, 315 pages, couverture Thierry Le Goues, mars 2012, isbn 978-2-7324-5147-3

 

« "Il faut rentrer maintenant" », les derniers mots de son dernier concert. On le suit dans ses dialogues avec Didier Varrod qui l'interview comme on peut le suivre à travers ses chansons : "M'man", "La dernière séance", "60-62", et "Gènène"... jusqu'à ses adieux. Difficile pour lui de trouver son équilibre entre "Nashville" et "Belleville". [1] Et pas seulement la chanson, même si c'est son "trip", [2] mais les copains, le cinéma et ses meilleurs souvenirs, les folies de jeunesse, un humour à nul autre pareil et le temps qui passe : « "une fenêtre ouverte sur un parcours atypique." » 

1- Toute la ville en parle

Comme l'écrit Didier Varrod, Eddy Mitchell voulait « "réveiller la France du général de Gaulle... et mettait plus d'un neurone dans le rock'n'roll." » D'autant plus que sa place particulière dans la chanson lui permet de « "s'octroyer la liberté de chanter et de penser en même temps." » Sa "traversée du désert", un certain désenchantement provoquent un retour sur lui-même, retour à sa jeunesse, ses racines comme le titre d'un de ses albums. Au printemps 2010, Varrod le retrouve pour un film documentaire sur Eddy Mitchell, [3] avec pour l'occasion, retour au ciné Le Trianon à Romainville, le décor de "La dernière séance." Puis un bout de tournage chez lui à "Saint-Tropez", scènes de famille avec Muriel sa femme et sa fille Paméla. Il joue le jeu, "sans fard", trouvant la juste distance entre retenue et confidences. A l'aube de sa dernière séance, « "J'voudrais pas m'sous estimer, mais mon temps est compté. J'veux pas finir comme un vinyle oublié" » chante-t-il dans "J'suis vintage".

2- Dernier concert

Je suis vintage
La barbichette, souvenir de la pièce "Le Temps des cerises", lui allait bien. Il l'a gardée. Un petit côté Hemingway, assure Muriel... Avec Stewart granger ou Gary Cooper pas question de rivaliser alors il se tourne vers Bill Haley, c'est plus dans ses cordes, et ce sera "Be bop a lula". Maintenant, il préfère décrocher avant de finir comme Sinatra. Ce sera Come back, « "sur un tempo swing, léger, presque joyeux." »

 

Avec lui, pas de compliments : « "Quand je ne dis rien, c'est que je suis content. J'ai du mal à extérioriser, dans les deux sens d'ailleurs." » [4] Aux autres de décoder ses états d'âme. Pendant les tournées, pas d'avant et d'après le concert, l'échange avec le public se fait pendant; question de pudeur. Nostalgie parfois, réminiscence d'un moment de plaisir mais certainement pas passéiste. Un sentimental rentré, quelques moments-clés cependant, inoubliables : devenir grand-père, surmonter son cancer... Il faut savoir tourner la page, vendre ses trophées aux enchères, même si on peut aussi regarder un bon vieux western ou écouter un bon Gene Vincent.

 

L'esprit grande prairie
Ce Paris, ce 20ème arrondissement qu'il décrit dans son livre autobiographique "P'tit Claude" [5], c'est d'abord les nombreux cinémas qui le peuplaient alors, la violence des "blousons noirs", les guerres entre bandes rivales pour le contrôle du quartier. [6] L'important, c'était ses copains, la course aux fringues rock'n'roll; mais le quartier a tellement changé qu'il ne s'y reconnaît plus. C'est l'époque où, par la grâce de sa copine d'alors, il devient Schmoll. [7] Comme il possède un bon coup de crayon, entre les petits boulots qu'il exerce, il crée des BD, l'une de ses grandes passions avec la chanson et le cinoche. [8] En 1961, il s'établit chez ses beaux-parents à Noisy-le-sec puis à Monrfort-L'Amaury.

3- Débuts et consécration


     

 

S'il n'en reste qu'un...
L'année 1955 avec le film "Graine de violence" et la chanson de Bill Haley "Roch around the clock" marquent pour lui, un tournant. Avec ses potes des 5 rock... et un culot monstre, ils auditionnent chez Barclay avec l'incontournable "Be bob a lula" [9] puis enregistrent leur premier 45 tours avec "Tu parles trop", le "You talk too much" de Jo Jones en janvier 1961.

 

Mais il prend déjà quelque distance avec ce milieu, SLC, Daniel Philipacchi, Franck Ténot, Albert Raisner, sympas mais bof... eux et le rock... quant aux producteurs, c'est pire que le "Lèche bottes blues". Curieux destin de chansons : "Daniela" qu'il chante pour faire plaisir à Jean Fernandez, "Toujours un coin qui me rappelle" qui est un four aux Etat-Unis et "S'il n'en reste qu'un", « "un titre de fin d'album, " » qui compteront parmi ses plus grands succès. De ses rencontres avec les rockers, deux dominent : Little Richard et Chuck Berry, doués tous les deux dans leur genre mais de curieux personnages qui le faisaient plutôt rire. Avec Eddy, chanter reste un acte naturel, pas question d'apprendre des techniques de chant, même avec la célèbre mlle Charlot, ou d'utiliser des outils comme les "ears", ces oreillettes pour mixer la voix.

 

Rien qu'un seul mot
L’écriture de ses textes est venue peu à peu, avec les adaptations d’abord quand il constata la nullité des versions françaises, puis ses textes sur les musiques de Pierre Papadiamandis et plus rarement quelques autres musiciens. C’est dans l’actualité qu’il trouve ses thèmes, dans les médias où il retient «" une expression, une idée, une situation. […] La chanson a souvent un côté très épidermique dans son inspiration. » comme dans sa chanson "J’aime les interdits", un regard, un don d’observation pour tirer de l’actualité un quelque chose d’intéressant, une posture symptomatique. [10]

 

Le texte se présente comme une petite histoire, « un mini scénario » précise-t-il, qui doit coller à la musique. L’interprétation tient à la façon dont la chanson est ensuite reçue. [11] Le récit doit être centré sur un générique –influence du cinéphile- « images arrêtées qui se succèdent avec pour chacun une action précise. » [12] Philippe Corcuff qui a écrit sur "la philosophie sauvage d’Eddy Mitchell", il connaît bien sûr mais il trouve que c’est trop "intello", trop sérieux pour lui. [13]

 

La dernière séance
Eddy Mitchell a vraiment été élevé « au cinéma » dans les nombreuses salles de Belleville où son père qui travaillait de nuit l’emmenait parfois 2 fois par jour. Son préférence allait aux westerns qui montraient des héros entiers, pas de psychologie, une combinaison entre son et espace, couleurs et odeurs… Un cinéphile-né avec Gary Cooper, sa dégaine et son phrasé si particuliers, et Robert Mitchum, sa façon de jouer un ton en-dessous, ce qu’il nomme « l’underplaying. »

 

"La dernière séance" est née un jour de juillet 1980 de l’envie de revoir des vieux films disparus des écrans. Une idée avec un copain, de proposer films, actualités et bandes annonces. Comme à l’époque. Contre toute attente, ils obtiennent un franc succès. Puis la télé s’y est intéressée et ce fut alors une aventure qui dura 16 ans. Pour lui, un film est bon ou mauvais, le cinéma d’auteurs est une division artificielle et Les Cahiers du cinéma un repaire d’intellectuels. Il pense que le cinéma italien a bien réussi la synthèse entre auteur et dimension populaire. 

 

4- Grand écran, Sur la route 66

Grand écran
Pour lui, être acteur est d’abord se sentir en accord avec le personnage à interpréter. Après quelques apparitions sans grand intérêt, c’est le film "Le coup de torchon" qui l’a révélé mais il ne se considère pas comme un professionnel, incapable qu’il est de jouer Shakespeare par exemple. Un rôle, c’est un coup de cœur, le personnage façonnant l’identité de son jeu, un film est d’abord un réalisateur, Bertrand Tavervier pour "Coup de torchon", Lautner et Chatillez pour "Le bonheur est dans le pré". « "Etienne et moi nous sentons assez proches parce que nous avons en commun un sens de la dérision qui s'applique un peu à tout, y compris à nous-mêmes." » Ce fut beaucoup plus compliqué dans "A mort l'arbitre" et "Ville à vendre", les 2 films qu'il fit avec Jean-Pierre Mocky.

 

Comme acteur, il se situe plutôt parmi les comiques, « "mon registre est le comique... malgré les apparences de personnages plutôt ombrageux, voire taciturne." » (page 164) Malgré le succès de la pièce "Le temps des cerises", le théâtre n'est pas vraiment son truc. Après la chanson, il préfère jouer au cinéma et pense renouer avec la télévision et son ami Gérard Jourd'hui. [14]

 

Sur la route 66
Ah! Les États-Unis, son premier contact début 1960 avec le Texas et Dallas la ville western, les immeubles « "qui ressemblaient à des vagues géantes. Une structure démente avec cet effet de mouvement dont j'avais la sensation qu'il était mobile." » [15] Et à New-York des amis très improbables comme Johnny Kirsch lié à la mafia ou Olivier Coquelin brasseur d'affaires hors pair. S'il aime le pays, il reconnaît « "la mentalité réactionnaire de l'Amérique profonde." » Et son beau rêve s'évanouit, celui d'une pauvre baby doll.

 

La route 66 entre rock, rythm'n'blues et country, était un fantasme où « "au bout du rêve, la magie s'achève." » [16] Après Bush, Obama, ouf! mais « "il suffit d'observer ce qui se passe socialement aux États-Unis pour immédiatement préférer vivre en France." »

5-  Votez pour moi, On veut des légendes

Votez pour moi
Ce qu'il déplore le plus du temps de sa jeunesse, c'est le manque de liberté, l'information bâillonnée par le pouvoir gaulliste, les événements du métro Charonne occultés, « "la guerre d'Algérie, guerre sordide," » circulez, y'a rien à voir. « "Anti gaulliste total et convaincu, dit-il, avec un petit faible pour François Mitterrand." » Sceptique sur mai 68, il reconnaît que ce fut une avancée en matière sociale et de droits des femmes. Son « "cœur est à gauche" » même s'il se sent plutôt dépolitisé mais encore et toujours antimilitariste et anti calotin. Malgré tout, il aime bien son époque, les indignés par exemple, beaucoup moins la mondialisation et le rôle des banques.

 

On veut des légendes
Avec Johnny Halliday, c'est une amitié qui vient de leur jeunesse, rencontre à 15 ans dans une surprise-partie, que rien n'a pu remettre en cause. Question de feeling, même s'ils sont très différents et même si l'on a longtemps voulu les opposer. La médiatisation et la promo, ce n'est pas non plus son truc et il a été très choqué par le harcèlement dont Johnny a été victime pendant ses ennuis de santé.

 

Quant à Claude François,il l'a connu comme un hyper actif ne tenant pas en place, maniaque de la perfection, ingérable à ses débuts. [17] S'il a côtoyé beaucoup des chanteurs de sa génération, c'est avec Jacques Dutronc qu'il a le plus d'atomes crochus. « Dutronc, c'est comme Johnny. C'est la famille.» Acteur, chanteur et grand déconneur, comme avec Coluche quand ils jouaient tous des deux « les andouilles dans "Cocoricoboy"

 

Selon Eddy, « il y avait Michel et Coluche et parfois, son personnage a cannibalisé tout le reste.» C’est d'abord le copain qu’il a suivi dans Les restos du cœur, même si Eddy n’aime pas beaucoup le "charity business". Même connivence avec Serge Gainsbourg, le bar du Lucetia qui lui a inspiré une chanson-hommage à son copain.

6- On va dire que c’est moi

Sa relation à la publicité est simple : il est pour quand il a besoin d’argent. La pub, c’est pas sérieux mais content quand même d’avoir eu un prix pour le spot qu’il a créé pour Haribo. Il se veut chanteur, un pro qui fait son boulot, ajoutant « j’aime la dérision, ne pas se prendre au sérieux, conserver une certaine distance, les gens qui ont de l’humour et le sens de la formule. [18] avec quelquefois un brin de provocation en guise d’ironie.

 

Il adore le Saint-Tropez historique où il passe beaucoup de temps dans sa maison à l’écart du village, « dominant le golfe dans la zone forestière. » Lui qui n’est pas vraiment "nature" se sent bien, détendu dans sa maison provençale. Muriel sa femme le verrait-elle avec les yeux de l’amour après 30 ans de mariage quand elle dit qu’il est facile à vivre en famille, tolérant et qu’il ne met jamais la pression sur son entourage. La maison est aussi le symbole de la vie de famille, valeur fondamentale pour lui, avec ses enfants [19] pour « se créer des souvenirs ensemble. » (page 287) En matière d’addiction, ce fut surtout le casino, entrer dans la tête de l’autre à travers le poker… mais a finalement été obligé de se faire interdire…

 

L’adieu à la scène, l’âge qui vient est d’abord une nostalgie de sa jeunesse. Il retient cette tendresse qu’il a reçue et qu’il donne à son tour aux siens, cette transmission qu’a été pour lui l’’écriture de P’tit Claude. « Y’a pas d’mal à s’faire du bien » a-t-il chanté. Même s’il dit avoir « un caractère assez hermétique, » il reconnaît que la parole libère. Il pense qu’il est important de "figer les souvenirs", « sinon vous oubliez votre vie, ce précieux trésor qui vous a été offert, et par voie de conséquence, vous vous oubliez vous-mêmes. »

 

Didier Varrot rejoint Philippe Corcuff en évoquant de « dignes constats qui parlent mieux qu’un traité de sociologie de la France d’hier et d’aujourd’hui. » Cette fois, conclut-il, « je crois bien que "tout Eddy". »

 
         

 

Notes et références

  1. C'est sa mère qui lui fera connaître les chanteurs français des années 50, son côté Belleville, et son père le cinéma, côté "dernière séance". Il tiendrait son humour teinté d'ironie de son père et de son frère aîné trop tôt disparu
  2. « "A la musique sans qui la vie serait une erreur" » dit-il en épigraphe
  3. France 5, série Empreintes, diffusé en novembre 2010
  4. Voir interview page 28
  5. Voir ma fiche de présentation de son livre [1]
  6. Pour la description du quartier de Belleville, voir [2]
  7. Schmoll serait en fait une déformation de schmok, connard en argot yiddish
  8. Il a d'ailleurs une belle collection dont il est assez fier
  9. En fait, il chante 4 titres : be bop a lula, Baby blue, Tant pis pour toi et Running bear
  10. Comme dans la filiation existant entre "La fille couleur menthe à l’eau" et "La fille du motel"
  11. Comme sa chanson "Société anonyme" dont il n’est d’ailleurs pas l’auteur
  12. Voir par exemple sa chanson "Il ne rentre pas ce soir" (page 113)
  13. Voir pages 114-115
  14. Après avoir joué dans la série sur Maupassant
  15. Voir sa description et ses impressions page 176
  16. « "Route légendaire Croisée des mystères / Mais maintenant sans vie / Dans l'oubli Au bout du rêve / La magie s'achève. " » (Sur la route 66)
  17. Pour les anecdotes sur Claude François, voir pages 22è à 232
  18. Il a créé avec Bertrand Tavernier, Pierre Lescure et Gérard Jourd’hui l’association La Mauvaise foi évidente (MFE)
  19. Ses enfants Eddy, Marilyn et Paméla ainsi que son petit-fils

Voir aussi
Extraits de son autobiographie  ------  Avec Eddy, pas de langue de bois

 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 19:10

Eddy Mitchell, chanteur, auteur, parolier

<<<<<<<<<<<< Voir aussi Eddy Mitchell (Varrod) >>>>>>>>>>>>
<<<<<<<<<< °°°  © CJB  °°°  >>>>>>>>>
 

Eddy Mitchell   Eddy Mitchell en novembre 2010

 

Un essai sur Eddy Mitchell peut paraître surprenant, une certaine idée de la philosophie qui sort de son ghetto, se fait populaire au sens où l’entend le philosophe Michel Onfray, le docte professeur descendant de sa chaire pour fonder l’université populaire de Caen et prôner une physiologie du goût pour mieux goûter à la philosophie. Le chanteur qu'on connaît, encore moins le 'fan' de cinéma -on n'a pas oublié sa Dernière séance- qui a parfois fait l'acteur avec bonheur laisse ici la place à l'auteur, celui qui a écrit la plupart de ses textes depuis de nombreuses années... avec la complicité de son ami, complice et compositeur Pierre Papadiamandis.

 

Question centrale : quelles sont les grandes tendances qui se sont dégagées depuis au moins une trentaine d'années de textes qu'il a écrits, même et d'autant plus, s'il n'a pas eu en les écrivant, vraiment conscience des convergences qu'ils recèlent.

En voici quelques exemples qui, je l'espère, vous paraîtront symptomatiques du Schmoll... et vous intéresseront. [1]

1- La thérapie par le rock

Le goût d’écrire lui est d’abord venu de son rejet des textes simplistes qu’on lui proposait pour chanter les succès des pionniers du rock qu’il interpréta longtemps en exaltant leur souvenir dans L’Épopée du rock où il confesse que "le rock est notre vice", reprenant les classiques de Chuck Berry avant de rencontrer plus tard Le fils de Jerry Lee Lewis. Ce n’est de sa part posture médiatique quand il proclame J’suis un rocker, c’est une façon de voir la vie, une métaphore sur l’expression de sa réalité quand il évoque sa jeunesse à travers Et la voix d’Elvis, qu’il fustige « les barbus sans barbe », tous les textes à l’eau de rose qui l’indisposent. Lui revendique son parcours, sa révolte, une certaine marginalité, « i je vous déplais, Fallait pas m’inviter », quitte à « rêver de faux paradis » chante-t-il dans Le monde est trop petit

2- Eddy Mitchell sociologue ?

Un demi siècle de chansons, quelque 35 ans qu'il écrit ses textes -"50 ans derrière moi", précise-t-il dans Come back, chanson tirée de son dernier album en 2010, sacrée longévité pour tenter d'en dégager quelques perspectives, tant il est vrai que, de ses chansons qu'il a façonnées année après année, se dégage des tendances, quelques traits incertains, une signature comme une altérité incomparable. C'est tout à la fois une manière de voir la vie façonnée par son expérience, un regard aiguisé sur son époque et sur le monde, sans épistémologie ni théorie superflue. Une schmollophilie à nulle autre pareille. Une ligne de conduite qui affleure au détour d'un quatrain ou de quelques vers, qui se dégage de la gangue multiforme des mots et des phrases patiemment ourlées qu'il parvient après beaucoup d'efforts à coucher sur le papier.

 

Depuis la séparation d'avec Les Chaussettes noires, le rocker-crooner Eddy Mitchell a signé de nombreux textes qui ont souvent en commun de relier les inquiétudes de la vie quotidienne au regard qu'il porte sur le monde en général. Des chansons rock ou d'amour de ses débuts, où il voulait simplement plaquer un texte, où la musique l'emportait largement sur le texte, il est passé à des textes plus personnels qui font justement que ses chansons lui ressemblent.

3- L'univers d'Eddy Mitchell

D'abord, son côté 'coq gaulois' -comme le cinéma préféré de sa jeunesse, le Cocorico-, l'orgueilleux qui ne lâche rien, genre s'il n'en reste qu'un, je serai celui là, même s'il faut être seul sur son chemin et clamer je ne me retournerai pas, un homme qui n'avait pas signé de contrat. Rester fidèle aux amis, à son passé, et d'abord à lui-même. Au détour des textes, on y rencontre beaucoup de nostalgie, rançon de la fidélité qui transparaît dans Au-delà de mes rêves ou Alice et son pays aux merveilles et qui éclate dans Et la voix d'Elvis ou dans La dernière séance. Identification. Moi aussi, j'ai connu le temps des cinémas de quartier disparaissant les uns après les autres, pans de mémoire qui s'effondrent, le Magic devenu un garage ou le Richerand transformé en supermarché, et d'autres pulvérisés par des bulldozers. Un vieux pleure dans son coin; son cinéma est fermé. Nostalgie de fin d'époque.

 

Déjà perce la nostalgie en 1965 dans ses premiers textes à forte connotation autobiographique dan son album Du rock 'n' roll au rhythm 'n' blues avec J'avais 2 amis, l'histoire de deux pionniers du rock Eddy Cochrane et Buddy Holly disparus tragiquement et surtout La photo des jours heureux, au titre évocateur sur un souvenir de sa prime jeunesse quand son père lui donnait le goût du cinéma en l'emmenant dans les cinémas de son quartier et la disparition progressive du monde de son enfance. Écartèlement qu'on retrouve dans le titre Nashville ou Belleville dans lequel il évoque sa mère cette fois-ci, avant de lui rendre hommage beaucoup plus tard dans sa chanson M'man.

 

4- Un scepticisme nostalgique

Entre passé nostalgique et futur nébuleux, la route étroite, que ce soit celle du prisonnier de La route de Memphis ou le long de la mythique Route 66, mène forcément à un présent dominé par une réalité qui ne lui plaît pas toujours, sur laquelle il est souvent fort critique, prenant un ait bougon, poussant un 'coup de gueule' ou jouant d'une ironie mordante, pas forcément facile à décoder. Il recourt alors volontiers à l'humour par exemple pour dénoncer la télévision et ses Reality show ou les compromissions, ceux qui s'arrangent trop facilement avec leur conscience dans Lèche botte blues. Ce blues, il choisit le rêve pour la dominer, même si ce n'est qu'un jeu de miroir comme dans la petite fille de Pauvre Baby Doll qui sait très bien à quoi s'en tenir, trop jeune pour s'enfuir. Il s'exprime aussi à travers ces vies de femmes prisonnières de la réalité, qui s'en évadent en se projetant dans les sunlights d'Hollywwood pour La fille couleur menthe à l'eau ou en se glissant toutes les nuits dans La peau d'une autre "faisant semblant de rêver, de peur de se réveiller".

5- Le blues du néolibéralisme

Derrière cette formule de Philippe Corcuff, on trouve la méfiance d’un Eddy Mitchell envers une économie libérale qui lui déplaît comme l’un de ses symboles Golden boy en 1999 qui a « des pensées banales, enrichissantes certes mais vénales … Golden boy j’suis dans les affaires, j’cottoie les grands de cette terre. » Dans cette autre chanson de la même année, Mauvaise option, il laisse transparaître son pessimisme dans ces années de crise économique, écrivant que « personne ne sera épargné, les jeunes loups d’la finance font pas dans la romance », ironisant sur une société idéale où il n’y a « surtout pas d’employés. »

 

Déjà dès 1966, il décrivait une Société anonyme tentaculaire et aliénante et le spectre du chômage qui frappe aussi ce cadre supérieur tellement traumatisé que Il ne rentre pas ce soir, jeté comme un objet désormais inutile. Dans ce dilemme entre l’entreprise qui opprime et la désocialisation par le chômage, il ne voit guère d’échappatoire.

 

La crise obscurcit l’avenir, on se heurte à des Sens uniques' quand « on balade notre vie dans un sens unique », lui d’individualiste qui n’apprécie guère les troupeaux, même si, chante-t-il, « Je ne suis pas un géant ». Il reste perplexe sur l’évolution de la société comme sur la nature humaine. « Quand le bon dieu a créé l’homme il s’est surestimé » clame-t-il dans Les Tuniques bleues et les indiens, « si t’es à son image… c’est navrant. Il doit être moche, dehors… dedans. » Un mal de vivre, un malaise qu’il cultive dans une chanson au titre à la fois curieux et symptomatique J’me sens mieux quand j’me sens mal en 1993. Spleen des relations amoureuses aussi dans D.I.V.O.R.C.E en 1979 au titre évocateur ou dans Destination terre en 1999 où il se demande « pourquoi les gens qui s’aiment, aiment s’faire du mal. »

 

Son amertume s’exerce d’abord sur la nature humaine qui ne lui inspire guère confiance. Il le constate sans fard dans Les tuniques bleues et les indiens « j’ai pas confiance en l’être humain, c’est pas d’aujourd’hui, ça remonte, ça vient de très loin. » Elle prend aussi racine dans l’idée que les choses se délitent, que la légendaire Route 66 par exemple « maintenant sans vie, dans l’oubli, au bout du rêve, la magie s’achève sur la route 66. » Mais ce recours au passé est aussi celui des images de son enfance, comme celle de « ice cream et sweet home » dans la chanson Comme quand j’étais môme.

 

Espoir quand même, envers et contre tout, quand rêve et réalité se confondent, le rêve pouvant être la réalité du lendemain, quand « il y a bien une Californie quelque part où aller. » Espoir même quand, dans les petits matins blêmes, « le dentifrice ne mousse pas », qu’il reste cependant dans son cocon avec sa petite amie et que « les marteaux-piqueurs les accompagnent » comme il chante dans C’est la vie, mon chéri.

6- Entre rêve et réalité

L'avenir est ainsi marqué par le rêve, l'utopie d'un ailleurs qui est surtout dans la tête de ses personnages, à travers les mini scénarios qu'il écrit pour nous raconter une histoire. Dans son analyse de la 'mystique schmollienne', Philippe Corcuff cite le philosophe Jacques Rancière qui veut concilier rêve et réalité en n dénominateur commun qui ferait émerger une réalité dans la dimension fictionnelle et fantasmatique. L'imaginaire serait ainsi un moteur indissociable de l'action, une pulsion nécessaire pour aller Décrocher des étoiles, même si sa chanson se charge de nostalgie quand il constate que "tout d'vient trop sage, les rêves n'ont plus d'repaires." Se réfugier dans son univers mental est encore le meilleur moyen d'échapper au miroir aux alouettes de la société libérale et consumériste quand, pour Surmonter la crise, il suffit de "faire chauffer la carte bleue".

 

Le temps d'un bilan semble venu dans Come Back quand il il chante Je suis vintage "une rareté, comme un vinyle oublié", se souvient du temps de ses Colonies de vacances, pas seulement le reflet d'une "douce France" mais aussi d'autres vacances pour "les enfants des riches... faut pas rêver", quand aussi Ça ressemble à du blues avec ses "SDF dans le RER... partout où est l'homme, Dieu n'y est pour personne". Il exprime toujours cette nostalgie mais teintée de romantisme, moins pessimiste, qui prend le temps de goûter aux petites joies de la vie dans Laisse le bon temps couler, "si c'est un jour de pluie, je m'invente un vrai paradis" car, revenant au classique, il nous supplie, surtout si c'est difficile de Garder l'esprit rock'n'roll, lui qui malgré tout voudrait encore Avoir 16 ans aujourd'hui.

7- Infos complémentaires

Autres fiches à consulter
Vous pouvez aussi consulter mes fiches sur les principaux ouvrages d'Eddy Mitchell ou qui lui sont consacrés aux adresses suivantes :

Bibliographie

  • "Eddy Mitchell, dernière séance", Eddy Mitchell et Tony Frank, Eddy Mitchell, Tony Frank, éditions Epa Eds, 26 octobre 2011, ISBN 2851200976 (existe aussi en CD album 2 volumes)
  • "La Brèche numérique", Le roman noir
  • Philippe Corcuff, "Les désillusions excluent-elles le rêve? Le blues d'Eddy Mitchell", in La société de verre. Pour une éthique de la fragilité, Paris, Armand Colin, 2002, pp.107-116
  • Philippe Corcuff, "Le cimetière des éléphants - La philosophie sauvage d'Eddy Mitchell", Cités - Philosophie Politique Histoire (Presses Universitaires de France), n°19, 2004

tumb tumb Eddy et sa femme en 2011

 

Liste des titres référencés

  • Album Du rock 'n' roll au rhythm 'n' blues en 1965 : J'avais 2 amis, La photo des jours heureux
  • Album Perspective 66 : S'il n'en reste qu'un
  • Album Seul en 1966 : Seul, Société anonyme
  • Album De Londres à Memphis en 1967 : Au-delà de mes rêves, Alice, Je ne me retournerai pas, Je n'avais pas signé de contrat
  • Album Rocking in Nashville en 1974 : Je ne deviendrai jamais une superstar
  • Album Sur la route de Memphis en 1976 : Sur la route de Memphis, La fille du motel, Je suis parti de rien pour arriver à pas grand chose
  • Album La Dernière Séance en 1977 : La Dernière Séance, Et la voix d'Elvis, Sens unique
  • Album Après minuit en 1978 : Il ne rentre pas ce soir, Je ne suis pas un géant
  • Album C'est bien fait en 1979 : L'important c'est d'aimer bien sa maman
  • Album Happy Birthday en 1980 : Happy Birthday, Couleur menthe à l'eau, J'vous dérange, Faut pas avoir le blues
  • Album Racines en 1984 : Comme quand j'étais môme, Nashville ou Belleville
  • Album Mitchell en 1987 : La peau d'une autre, J'ai le bonjour du blues, 60/62, M'man, Le fils de Jerry Lee Lewis
  • Album Ici Londres en 1989 : Lèche-bottes blues
  • Album Rio Grande en 1993 : J'me sens mieux quand j'me sens mal, 18 ans demain
  • Album Mr. Eddy en 1996 : Un portrait de Norman Rockwell, Les tuniques bleues et les indiens, Qu'est-ce qu'on allume, qu'on n'regarde pas
  • Album Les Nouvelles Aventures d'Eddy Mitchell en 1999 : J'ai des goûts simples, Golden boy, J'aime pas les gens heureux, Décrocher les étoiles
  • Album Frenchy en 2003 : J'aime les interdits, Sur la Route 66, Je chante pour ceux qui ont le blues
  • Album Jambalaya en 2006 : On veut des légendes
  • Album Comeback en 2000 : Avoir 16 ans aujourd'hui, Laisse le bon temps rouler, Je suis vintage, Mes colonies de vacances, Come back

Notes et références

  1. Voir dans cette logique l'excellente analyse de Philippe Corcuff parue dans la revue Cités - "Philosophie Politique Histoire" (Presses Universitaires de France), n° 19 : Que dit la chanson ? , 2004, pp.93-102 ; sous le titre Le cimetière des éléphants - La philosophie sauvage d'Eddy Mitchell.

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 18:58

Les Chansons de Mr Eddy : Album de bande dessinée

 

 

« Quand je vois le travail que les dessinateurs ont fait sur ce bouquin… Ils ont tiré des chansons de vrais courts récits avec des dimensions ou des chutes supplémentaires que je n'avais pas prévues mais qui enrichissent encore le truc. »  - Eddy Mitchell-

 

Les textes liés aux chansons choisies dans l'album :

Eddy Mitchell et la bande dessinée : une association qui sonne comme une évidence. « Le pendant de son amour pour le cinéma, c'est sa passion pour la bande dessinée. C'est pourquoi il fut enthousiaste à l'idée de voir porter certaines de ses chansons en bande dessinée par des auteurs contemporains. On y trouve un reflet de son répertoire : humour, mélancolie, aventure et grands mythes. » Tout a commencé en France avec la revue Coq Hardi. « “Je dévorais ça quand j'étais tout môme.” Il se souvient d'abord de Drago, une série américaine de Bume Hogart, qui sortait en couverture de Coq Hardi. Plus tard, il l’a retrouvé quelque peu dans La Marque jaune, Olrik un type à chapeau, grosses lunettes noires et manteau au col relevé serré. »

 

1- Entre BD française et américaine

« Il aimait beaucoup Alerte à la Terre et, dans Tintin, la guerre des mondes de H. G. Wells adaptée par  Jacobs… et des westerns. “Je voulais vraiment dessiner à l'époque… et puis la musique a pris le dessus” conclut-il. » Il a découvert les revues belges : Tintin et Spirou. « Son préféré était Le Journal de Spirou, La Mauvaise Tête par exemple, et puis aussi Gil Jourdan de Maurice Tillieux, un type qui aurait dû faire des dialogues pour le cinéma. » Les « pockets » des années cinquante : “J’en ai dévoré un paquet”. « Il raffolait d'un dessinateur italien De Vita auteur de Pecos Bill, Pour l’honneur et Kid Oklahoma, histoires dont il rêvait à n'en plus finir. »

 

2- BD, westerns : le collectionneur

Dans les années 1960, il devient pote avec Jijé. « “C'était un bonhomme formidable et très marrant, un pote qui m'a offert des planches que je conserve précieusement, qui a failli illustrer un de mes albums mais ça ne s'est pas fait, faute de temps.” Puis, ce fut Giraud pour une pochette d'album en 1966/67 [1] , Blanc-Dumont un dessin pour un coffret, avec une belle Cadillac. » Il est ainsi devenu aussi un grand collectionneur. « Il possède des éditions originales, premier album d'Alix dont il est très fier, des Tintin très rares, tous les Spirou, presque tout Jijé, des « vrais » Buck Danny, “des trucs comme ça…” »

Réaliser, collectionner… « Plus que par le dessin, Eddy est tenté par l'écriture de scénarios. Il en a écrit un pour long métrage mais il est toujours dans ses cartons. Il collectionne toujours un peu, surtout des albums mais ça tient du coup de cœur, rien à voir avec un placement. »

 

3- De Blake et Mortimer à la chanson

« Dans sa carrière, on trouve plusieurs références à la BD en particulier pour la « marque jaune » de Blake et Mortimer pour une tournée, reprise sur la pochette de l'album Live 2000. Comme personnages, il préfère les méchants comme Olrik ou Septimus mais va peu fouiner dans les librairies ; il laisse ce soin à son ami Gérard Jourd'hui lui rapporte parfois quelque pépite. »
Eddy et le western.« “Quand j'étais môme, le western était roi, dans la BD comme au cinoche” dit-il. Le western, c'est le héros éternel, c'est un univers en soi ; et de citer Blueberry comme un des meilleurs exemples. “Le western aujourd'hui, ce n'est plus la même chose, Mel Gibson en cow-boy, ce n'est pas crédible, John Wayne c'était autre chose.” »

 


Toujours la BD. « Toujours passionné par la BD, “même si je me suis calmé” avoue-t-il. Aujourd'hui, il trouve qu'il y a plus de bons dessinateurs que de bons scénaristes. Par contre, il aime bien les BD à contexte historique comme Giacomo C [2]  qui inclut une recherche historique sur les décors, sur les costumes, les lieux… [3] Récemment, il a beaucoup apprécié Le Prince de la nuit, une histoire de vampires qui renouvelle bien le genre. » [4]

Et les chansons ?. « “J'aime bien qu'une chanson soit déjà une petite histoire, avec une chute.” Il aime bien raconter, sauf bien sûr qu'avec la chanson, la chute on la connaît forcément dès la seconde écoute. L'important, c'est de distraire les gens et de les faire rêver. »

Infos complémentaires

Chansons et illustrateurs
1. C’est pas ta journée par Benoît Springer - 2. Lèche-bottes blues par Simon Loche - 3. J’aime les interdits par Eric Hérenguel - 4. Happy birthday Rock’n’roll par Olivier Vatine


5. Pas de boogie-woogie par Maëster - 6. Vieille Canaille par Félix Meynet - 7.Au bar du Lutétia par Frank Le Gall - 8. Couleur menthe à l’eau par Dany - 9. Dans la peau d’une autre par Alberto Varanda - 10.Y’a danger ! par Griffo - 11. Un portrait de Norman Rockwell par Mathieu Lauffray - 12. Rio Grande par Philippe Buchet


13. Le Cimetière des éléphants par Nicolas Keramidas - 14. Décrocher les étoiles par André Teymans - 15. Nashville ou Belleville par Jean-Claude Mézières - 16. La Dernière Séance par Christian Rossi - 17. Le monde est trop petit par Adrien Floch - 18. Sur la route ’66 par Michel Blanc-Dumont

 

Bibliographie

Liens externes

Références

  1. Voir l'album d’Eddy Mitchell Sept Colts pour Schmoll
  2. Griffo et Dufaux, éditions Glénat
  3. « Les plans et les cadrages sont formidables, l'histoire est carrée »
  4. Yves Swolfs, éditions Glénat

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