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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 22:32

Cathédrale de Las Casas Mexique

En arrivant en vue de San Cristobal de Las Casas, dans l’état du Chiapas au Mexique, j’avais la tête pleine de ce que j’avais admiré les jours précédents, ces paysages aussi grandioses, aussi singuliers les uns que les autres, qui donnent une idée de l’infinie ressource d’une nature qui ramène nos œuvres d’art à leurs justes dimensions humaines. Autant d’images emmagasinées, autant de sensations court-circuitant mes références personnelles. Mais je ne m’attendais pas au genre de surprise que je découvris à l’intérieur de la cathédrale de San Cristobal, Notre-Dame-de-l’Annonciation.

Je musardais nonchalamment, le nez en l’air dans cette grande cathédrale dont l’équilibre de l’architecture interne et la relative sobriété me changeaient de l’église Santo Domingo visitée le matin même, cet ancien couvent avec sa façade gris rose aux belles proportions et son intérieur d’inspiration rococo dont les ornements monumentaux dégoulinent de dorures, pourvue d’un surprenant maître autel en bois plutôt tarabiscoté. J’avais visité bien d’autres églises dans ce Mexique religieux où la dévotion semble encore avoir un sens, des monuments insolites croulant de richesses où les murs disparaissent sous les boiseries ouvragées et les peintures de tout format illustrant des scènes de la Bible.

 

L’extérieur m’avait ravi avec cette grande façade tempérée par une couleur d’un jaune tendre, agrémentée d’une multitude de volutes et de décors qui coupaient ses volumes et gommaient son côté monumental. J’entrai un peu blasé par mes visites précédentes, un peu lassé de cet effet répétitif quand je fus attiré par un intérieur qui tranchait justement avec l’excès de décorum que j’avais constaté jusque-là. C’était trop pour moi, j’étais trop raisonnable pour la profusion de ce style rococo et de tout cet or. Trop raisonnable pour cette dévotion à fleur de peau qui paraissait pourtant si naturelle dans ce pays. Mais là, dans la cathédrale, c’était différent.

Curieux, le nez toujours en l’air, j'admirais la nef bien découpée, sa chaire en bois du XVIe siècle et surtout ses admirables retables qui contrastaient avec le reste de l’édifice, me demandant (comme toujours en pareille circonstance) comment les hommes pouvaient parvenir à ce degré de perfection... et pourquoi tant de richesses étalées alors que tant d’hommes vivent dans le plus grand dénuement, alors que des enfants en guenilles mendient devant le porche de ces monuments rutilants qui suent la richesse.

 

Des retables en bois de style baroque, recouverts de feuille d’or et des colonnes contournées dites colonnes salomoniques encadrant des peintures de l’artiste Juan Correa, au fond les grands retables de l’Autel des Rois ( altar de reyes) et sur les murs latéraux les deux retables de même style mais plus modestes, celui de la Vierge de l’Assomption et celui de San Juan Nepomuceno, dominaient l’intérieur de l’édifice. Le nez en l’air à admirer "mes" retables et ELLE par terre, quasiment à plat-ventre, le visage enfoui dans un fichu, le corps tendu pour mieux se mortifier. Je ne l’aperçus pas tout de suite, intrigué par des espèces de gémissements que j’eus du mal à localiser.

 

À l’écart, à-demi cachée dans le clair-obscur d’une niche, elle était allongée sur le sol, implorant la statue d’un saint incrustée dans une alvéole du mur. Je fus médusé par le spectacle de cette femme quasiment affalée sur le beau marbre zébré qui diffusait des dessins géométriques jusque dans les alvéoles et les extrémités du chœur où trônaient des Saints au visage figé, dans une position d'extrême humilité. Bien qu'elle fût face contre terre et que son visage reflétât sans doute l'humilité, une expression de douleur devait la dominer, avec la volonté affirmée de se mortifier, de s'abaisser pour que sa supplication recueille ainsi plus facilement les faveurs du Tout-Puissant. Sans trop savoir pourquoi, elle me fit penser à un gisant, non avec un visage de sérénité comme on le représente le plus souvent, mais à un transi, la face émaciée et le corps décharné, comme celui du roi louis XII et d'Anne de Bretagne que j'avais eu l'occasion de contempler dans la basilique de Saint-Denis au nord de Paris.

Nulle béatitude ici, dans ce corps étendu et convulsif qui priait avec une ferveur telle que tout disparaissait, qu’elle ne voyait sûrement plus rien de ce qui l’entourait. Chaque fibre de son corps semblait participer à l’expression de sa foi, pour parvenir au don total de soi dans une osmose où les âmes puissent se rejoindre. Le silence pesant n’était rompu que par des bruits de chaises, des raclements de gorge qui se répercutaient en écho, s’élevant dans le vaste vaisseau central. La lumière filtrait avec difficultés dans ce coin reculé de l’édifice, ajoutant encore au mystère fascinant dont je venais d’être le témoin.

Sans y penser, je me reculais, fis quelques pas en arrière pour m’éloigner un peu, pour ne pas la déranger dans sa dévotion, comme si ma présence avec mon appareil photo en bandoulière avait quelque chose d’incongru, de déplacé, comme si par mégarde j’étais entré dans un univers où je n’avais pas ma place.

Quel contraste avec la douce ferveur d’un chant liturgique, quand mains jointes, chacun en appelle au ciel, lève le regard vers le firmament qu’il implore sans ostentation, le cœur plein de la certitude de communier ensemble. Ici, visage tourné vers la terre de cette petite femme tout de noir vêtue dans la cathédrale de San Cristobal de Las Casas, là-bas, "chez moi", une tout autre conception avec ces visages tournés vers le ciel pour s’élever jusqu’à Dieu à l’occasion des processions, dans un élan qui voudrait monter aussi haut que les flèches des grandes cathédrales gothiques.

 

Revenant sur mes pas après avoir mitraillé les grands retables, je l’aperçus se relever lentement, le visage en larmes, s’agenouiller en égrenant son chapelet d’un geste machinal tout en bredouillant ce qui devait être une prière. Après une ultime génuflexion, sans un regard alentour, elle rajusta son fichu et s’engagea d’un bon pas dans l’allée centrale comme si elle était désormais pressée et disparut dans l’éclat du soleil qui inondait le parvis de la cathédrale. Qu’avait donc cette pauvre femme de si lourd à porter qu’il fallût qu’elle s’en déchargeât devant Dieu face à terre et dans une attitude de contrition aussi extrême ? À voir sa condition, les vêtements sans grâce d’une simple paysanne des alentours, son air de soumission, d’accepter sa condition sans barguigner, ses pêchés ne pouvaient être que véniels.

Et pourtant, pour elle ce rite avait une autre portée qui tenait d’une pratique essentielle, ancestrale, le gage de son salut éternel. Enfin… c’est ainsi que je voyais les choses. Quelques années plus tard, me trouvant de nouveau en voyage dans un pays d’Amérique latine, je pus assister à une procession de flagellants qui se lacéraient le corps à coups de fouet, en suant sang et eau et en demandant pardon à Dieu et à tous les Saints pour leurs pêchers sous l’admiration subjuguée d’une foule qui les encourageait. Forme de spectacle assez dur, difficile à supporter pour un occidental comme moi qui ait sans doute le cuir trop souple pour ce genre de pratique.

J’avais assez souffert avec D’Arrast , le personnage d’Albert Camus de sa nouvelle La Pierre qui pousse, qui s’impose le tour de force de traverser la ville en portant une énorme pierre de 50 kilos comme signe de reconnaissance pour mieux pouvoir s’intégrer dans une petite communauté brésilienne.

Ces réminiscences, je ne sais au juste pourquoi - sans doute que les liens entre les émotions doivent échapper à toute analyse- me ramenaient à l’image de cette femme dont je ne saurais jamais rien de plus, ombre fuyante gravée dans ma mémoire, à cette rencontre impromptue et silencieuse dans la cathédrale de San Cristobal de Las Casas. --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- << Christian Broussas, San Cristobal - Feyzin, 12/01/2016 - © • cjb • © >>

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 11:06

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Douces rencontres des petits matins

Aux sourires rêveurs un peu lointains

Quand bien des gestes simples reviennent

Sans effort et lentement nous entraînent

 

Vers d’autres rencontres, ici ou là,

De la chambre au salon, et voilà,

La joie des tâches accomplies à deux,

De ces petits riens qui rendent heureux,

 

Même gestes reproduits tant de fois

Qui sont aussi naturels que ces doigts

Qui se cherchent, se croisent et se décroisent

Tendrement au rythme de nos émois.

 

Reste le bonheur serein d’être ensemble,

D’aller main dans la main, de marcher l’amble,

De pouvoir vivre la complicité

Qui en constitue toute la liberté.

 

Nulle raison patente à ce mystère

Aussi indicible que la vie sur terre,

Sinon qu’il suffit de trouver le juste ton

Et de laisser les cœurs battre à l’unisson.

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- - - -- - - - - - - - - <<< Christian Broussas, 21/09 2013 © • cjb • © >>> - - - -  - - - - - - - - -

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