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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 15:18

Je te cherche vieux Rhône : Livre dédié à ses amis de Vernaison, les Pirates du Rhône :« Je dédie ce livre à la mémoire de Paul Beaupoux et de Jo Revolat... de Charles Vachon et à tous les charpentiers de bateaux, à Josiane Olivier et à tous les bateliers meurtris, à René Portier et à tous les sauveteurs de la vallée... » [1]

 

       
Bernard Clavel à Lyon, avec en fond le Rhône et l'ancien Hôtel-Dieu

 

Vernaison, 45 rue du Port Perret : c'est là que Bernard Clavel a résidé pendant plusieurs années, avant de déménager un peu plus tard à la Croix Meunier, s'installant un peu à l'écart de ce village situé au sud de Lyon, peu de temps après son mariage, avec sa famille, sa femme Andrée et bientôt son premier garçon. [2]


Vernaison, c'est un ami de Lons-le-Saunier, le peintre Delbosco qui lui fit connaître ce village situé sur la rive droite du Rhône, ce fleuve qui marqua son enfance et devint pour lui quasiment mythique.

Entre le fleuve et lui, c'est un coup de foudre qu'il avait eu quelques années plus tôt quand il était venu à Lyon avec son père pour retrouver un camarade qu'il avait connu pendant son service militaire.

La première rencontre, c'est ce fleuve furieux venant claquer rageusement contre les piles du pont de la Guillotière qui donne accès à la place Bellecour, un beau pont romain en pierre, démoli depuis. 
Il y reviendra à l'occasion de visite à sa tante et son oncle qui habitaient non loin de là, sur le cours Gambetta et, plus tard, quand il sera pâtissier au Prince d’Orange.

Il faut dire que le Rhône n'était pas encore entravé par de nombreux barrages qui allaient peu à peu le dénaturer. C'était un fleuve vivant, gros lors de la fonte des neiges, à son étiage à la fin de l'été, avec ses nombreux pêcheurs et mariniers, les jouteurs qui se mesuraient aux beaux jours le long du fleuve où beaucoup de villages avaient leur société de joutes et de sauvetage, surtout entre Lyon et Givors. [3]

 

            
La batellerie                        Les joutes à Serrières-sur-Rhône Quai Jules Roche 



Il se servira de cette expérience dans son roman Le tambour du bief, transposée non sur le Rhône mais sur le Doubs. Tout au long de sa carrière d'écrivain, il s'en servira de nouveau dans des romans comme La Révolte à deux sous pour Lyon et Pirates du Rhône, (avec Gilbert le peintre qui lui ressemble) Le Seigneur du fleuve, La Guinguette, Brutus et La Table du roi. [4]

Le costaud qu'il était avait tout de suite été fasciné par cette vie foisonnante où l'on se retrouvait dans les bars de marinier et les guinguettes, adhérant rapidement à la société de sauvetage. Ce passionné avait découvert une nouvelle passion et un univers où il se sentait bien.

À Vernaison, il s'escrima à représenter toutes les nuances et reflets de l'eau dans sa peinture mais le Rhône ne se laissait pas saisir dans toute sa complexité, changeant et fuyant comme une anguille qui passe entre les mailles de son palette.
« À Vernaison, a-t-il écrit, se trouvait un atelier où je travaillais le bois. Je rabotais avec un outil qui me vient de mon père, lequel le tenait de Vincendon... Dans cet atelier, j'ai été heureux. ». [5]

 

          
Vernaison La croix du meunier 1951                       Entre ciel et terre

 

Mais la réalité va le rattraper, il aura bientôt trois garçons à nourrir,il jonglait entre le travail nécessaire à la subsistance quotidienne et le temps qu'il consacrait à la peinture puis ensuite à l'écriture. Des tableaux, il n'en vendait pas, obligé de travailler à Lyon à la Sécurité Société  puis comme rédacteur juridique, cultivant en même temps son jardin. Par la suite, il deviendra relieur puis en 1958, correcteur au journal Le Progrès la nuit, écrivant le jour.  
Une vie intenable qu'il a racontée dans son roman L'ouvrier de la nuit, sous-titré "le malheur d'être écrivain".

 

              
      Paysage à l'étang, 1948                             Coups de soleil sur le Rhône, 1948

 

Il fit aussi de la radio, écrivant pièces et adaptations radiophoniques en plus de ses romans. Il rentrait en train à Vernaison, descendant à la petite gare le long du Rhône, complètement épuisé. C'est son ami médecin et écrivain  Jean Reverzy, l'auteur de Passages, qui lui fit prendre conscience de son état psycho physiologique (on parlerait aujourd'hui de "burn out") et qu'en 1964, son éditeur, conscient de sa situation, lui alloue une modeste mensualité.

 

Le Rhône et la Géographie sentimentale de Clavel

 

« J'ai vécu quinze ans sur les rives du Rhône, a-t-il écrit, partageant l'existence des pirates, des mariniers, des sauveteurs. Avec eux, j'ai appris à aimer le fleuve, et c'est lui qui m'a le premier, donné envie de raconter des histoires. »

 

Il fait sienne cette citation empruntée à Jean Giono : « Un fleuve est un personnage, avec ses rages et ses amours, sa force, son dieu hasard, ses maladies, sa faim d’aventures. »
Pour lui, ce fleuve est un être vivant, personnage essentiel de certains de ses romans comme Pirates du Rhône, Le Seigneur du fleuve ou La Table du roi. Il le décrit en disant : « je l’ai  emporté avec moi, comme j’ai partout emporté la terre de mon Jura natal. » C’est sa fidélité, ce qu’il appelle sa géographie sentimentale.

Pour lui, le Rhône naît à Lyon,  « la cité des soies, des patenôtres et des brumes »,  au pied du pont de La Guillotière, à une époque où les longues rigues (les files de bateaux) étaient chargées pour la décize (descente du fleuve). Un temps où le fleuve n’était pas domestiqué avec ses lônes parsemées de vorgines, ces zones faites de terre et d’eau, de buissons, d’une végétation enchevêtrée. [6]

 


Vernaison près du parc Bernard Clavel : vues sur la lône Jaricot et la lône Ciselande

 

On y trouvait ses copains du bord de l’eau, « les pirates au visage d’ombre, » Portier pilote et force de la nature, un « Seigneur du fleuve, » Revolat le champion de joutes, les sauveteurs-jouteurs de l’Union marinière ou Beaupoux l’infirmier qui s’occupe aussi des sauveteurs. « Il est des êtres tels qu’il faudrait qu’un romancier fût d’un orgueil dément pour espérer créer plus beau, plus fort, plus éloquent. »

On y trouve aussi mademoiselle Marthouret, pivot de la batellerie à Serrières-sur-Rhône, le musée de la Chapelle des mariniers avec ses croix placées à la proue des bateaux avant l’arrivée de la marine à vapeur, les croix sculptées qu’il évoque à la fin de son roman Brutus. Ce musée, il l’a également  beaucoup visité « par le rêve endormi ou éveillé, c’est des milliers de fois que j’ai fait le voyage. »

 

         
Serrières-sur-Rhône : Croix des mariniers et  Musée des mariniers

 

Dans sa géographie personnelle, le Rhône est impersonnel, celui qu’il a gardé dans sa tête, celui qui lui a donné l’envie de peindre puis d’écrire, ce qui lui fait dire : «  Ce n’est pas uniquement dans le lit qu’ils se sont creusé que coulent les fleuves, c’est en nous. Tout au fond de nous, douloureusement. Merveilleusement. »

Contemplant les dégâts du progrès sur le fleuve et son environnement, il constate que « l’homme est un modeleur de l’univers. » Mais les temps changent et les réhabilitations aideront la vorgine a repousser. Bernard Clavel est déchiré entre les agressions que subit la nature et les avantages du progrès technique. Sans perdre toutefois son optimisme : « Le Rhône, il a sa force en lui, disait son ami Beaupoux. Elle peut dormir des années ou des siècles… mais elle finira toujours par resurgir. »

 

Notes et références
[1] Album paru sous le titre Le Rhône ou les métamorphoses d’un Dieu, Éditions Hachette Littérature, photos de son fils Yves-André David en 1979, repris sous le titre Je te cherche vieux Rhône, aux Éditions Actes Sud, en 1984
[2] Il écrira sur cette période : « Je revois mes enfants tout petits, sans gâteries ni vacances de soleil car nous étions pauvres. Je revoit ma femme tapant le manuscrit sur une antique machine prêtée par le menuisier du village, mon ami Vachon, qui croyait en moi. »
[3] Différence entre méthodes lyonnaise et givordine : lors du croisement des bateaux, les lyonnais se croisent à gauche tandis que les givordins se croisent à droite, ceci modifiant sensiblement l'équilibre du jouteur sur le tabagnon.
[4] On peut également citer pour Lyon L'Homme du labrador, Le Voyage du père, L'hercule sur la place, Qui m'importe (tonnerre), pour le Rhône Le cavalier du Baïkal,
[5] Sur Vincendon et le bois, voir ses 2 ouvrages Arbre et Célébration du bois
[6] Clavel la décrira ainsi :« La vorgine... est cette partie des rives où la terre et l'eau se mêlent, où poussent les saules têtards, les peupliers, les ronces, les roseaux, les joncs et bien d'autres plantes. »

 

Mes fiches Clavel sur Lyon et le Rhône :
Bernard Clavel entre Lyon et Vernaison -- Pirates du Rhône --
Autres :
Clavel et le Rhône -- La vallée de la chimie --

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<< Ch. Broussas, Clavel, Lyon-Rhône 01/03/2021 © • cjb • © >
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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 14:38
Bernard Clavel dans le Rhône entre Lyon et Vernaison

Fiche du 5 octobre 2011 pour le 1er anniversaire de sa disparition
 

     
Clavel à Lyon et en 1968 pour le Goncourt


 Dès 1946, Bernard Clavel s’installe avec sa femme et son premier fils, dans une petite maison à Vernaison, village situé à la sortie sud de l’agglomération lyonnaise. Il se sent libre, un "sauvageon" dit-on, toujours pieds nus dans ses sahariennes, vivant l’existence quotidienne des riverains dans ce milieu entre terre et eau qu’on appelle "les lônes" du Rhône, formées d’une végétation touffue de plantes et d’arbustes parfois épineux, les "vorgines". Il aimait sentir la matière vivante, créer de ses mains comme son père pétrissait son pain, maniait avec plaisir la truelle et le rabot et passait de longues heures devant son chevalet à tenter de saisir sur sa toile les reflets irisés des eaux changeantes du Rhône.

         Inauguration du parc Clavel à Vernaison

Il écrit aussi et le virus de l’écriture ne va pas tarder à supplanter la peinture. Débuts difficiles avec la naissance de deux enfants, une vie d’artiste ponctuée de petits boulots. Il commence à écrire dans la revue Résonances dirigée par Régis Neyret, nombre d’articles sur la culture locale puis sera homme de radio à Radio-Lyon, s’exerçant à la fiction. Il connaît quelques succès d’estime, prix Résonances du jury (présidé par André Maurois) et prix des lecteurs pour sa nouvelle "La Cane". Il publie en feuilleton dans le journal Le Progrès de Lyon un récit intitulé "Vorgines", histoire largement inspirée de sa vie à Vernaison, paru plus tard sous le titre "Pirates du Rhône". [1] En 1957, il quitte Vernaison pour s’installer à Lyon, d’abord sur les rives de Saône, quai Romain Rolland dans le Vieux-Lyon puis à partir de 1961, sur le cours de la Liberté dans le quartier de la Préfecture.
 
  
Le Rhône à Vernaison                             Le pont de Vernaison vu du parc Clavel

Sa relation particulière avec Lyon et le Rhône naîtra très tôt d’un premier voyage chez des cousins qui habitent sur le cours Gambetta, près du fleuve et de la place du Pont. Il veut absolument voir les bas-ports du Rhône au pont de La Guillotière où débarqua "le Petit Chose" en oubliant son perroquet, cet endroit où « l’Hôtel-Dieu se reflète dans le fleuve. » [2] Il évoquera plus tard ce souvenir, écrivant : « Tout ce que j’ai écrit sur la batellerie, sur la puissance du Rhône, est parti de là. La ville de Lyon est devenue en quelque sorte ma deuxième patrie après le Jura. » Le Rhône exercera sur le gamin qu’il était alors, une telle fascination qu’il en fera le "héros" de plusieurs de ses romans, jusque dans ses dernières œuvres. [3] Il écrira même un roman "La Révolte à deux sous" dont la ville de Lyon est le véritable héros, histoire d’une des révoltes des canuts, les ouvriers lyonnais qui travaillaient la soie, qui ont émaillé le XIXe siècle. [4]

               
Inauguration de la bibliothèque Bernard Clavel à Courmangoux dans l'Ain
Clavel et sa femme Josette Pratte


Quelques temps après, lors d’une autre visite avec son père qui recherche son ami Ponard, il parcourt à pieds tout le quartier de La Croix-Rousse, arpentant les Pentes à partir de la place des Terreaux, passant devant le bâtiment des Beaux-Arts qu’il aurait aimé fréquenté, sillonnant en vain les rues du Plateau. Le lendemain, ils firent de même dans le quartier de La Guillotière où ils finirent par débusquer l’ami boulanger. De son premier roman, sa seconde femme Josette Pratte dira : « C’est exactement l’atmosphère qu’on retrouve dans tes romans lyonnais. » [5] Atmosphère qu’on retrouve aussi avec cette neige sale des rues de la Presqu’île entre la place Bellecour et la gare de Perrache dans son roman "Le Retour du père" ou les rues étroites et tristes du Vieux-Lyon dans "L’Homme du Labrador".
.
         
Expo images, SMIRL               Vernaison L’île de la Table ronde

Á Lyon, il se lie d’amitié avec deux autres écrivains lyonnais Gabriel Chevallier [6] et Jean Reverzy, "le médecin des pauvres", pour qui confie-t-il dans une interview : « j’ai pleuré comme un enfant quand il est mort en juillet 1959. » Avec Reverzy, ce n’est pas seulement la littérature qui les unit, leur passion commune pour Gauguin, [7] c’est une vision commune de la vie, « son poids d’humanité vraiment extraordinaire. » Gabriel Chevallier est plus distant, d’un abord plus difficile mais confie Bernard Clavel, « nous avons mis du temps à nous connaître, c’est ensuite une amitié indéfectible. »
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À Lyon : Au temps de l'affaire Devaux       Aux Célestins

C’est aussi à Lyon que Bernard Clavel va commencer le long combat pour la liberté, contre la violence et la guerre, qu’il mènera toute sa vie. [8] Il dénoncera par exemple les défilés militaires dans un article de Résonances. Il se battra contre les injustices et sera en particulier aux côté de Robert Boyer pour demander la révision du procès de Jean-Marie Devaux, injustement condamné pour le meurtre d’une fillette à Bron dans la banlieue lyonnaise. [9]

JPEG - 12.1 ko   Entrée du parc Clavel à Vernaison
 
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Clavel et le Rhône : Je te cherche vieux Rhône

Ce livre est dédié à ses amis de Vernaison, les Pirates du Rhône, et plus précisément : « Je dédie ce livre à la mémoire de Paul Beaupoux et de Jo Revolat... de Charles Vachon et à tous les charpentiers de bateaux, à Josian Olivier et à tous les bateliers meurtris, à René Portier et à tous les sauveteurs de la vallée... »

Bernard Clavel a célébré le Rhône tout au long de sa vie, ce fleuve auprès duquel il a longtemps vécu, il l'a particulièrement aimé et en a fait le héros de plusieurs de ses romans, en particulier Le Seigneur du fleuve, roman publié en 1972 aux Éditions Robert Laffont.

Il l'a aussi présenté dans un album où l'on retrouve l'atmosphère et certains personnages de Le Seigneur du fleuve, album paru sous le titre Le Rhône ou les métamorphoses d’un Dieu, Éditions Hachette Littérature, avec des photos d'Yves-André David en 1979, puis repris sous le titre Je te cherche vieux Rhône, aux Éditions Actes Sud, en 1984.

Je te cherche vieux Rhône
Dans cet album autobiographique consacré au Rhône, on retrouve le décor, les personnages, l’ambiance dont Bernard Clavel se servira pour écrire plusieurs de ses romans. C’est ce qu’il nous confirme ici : Sur une carte datant de 1845, « j’y retrouve le Rhône que j’ai suivi avec mes héros en écrivant Le Seigneur du fleuve. »

Le Rhône pour Bernard Clavel : point d’orgue de sa "géographie sentimentale", fruit d’un amour déçu qu’il traîne comme une blessure. Cette évolution apparaît dès la première page quand, à travers une citation de Jean Giono, il dit « Un fleuve est un personnage, avec ses rages et ses amours, sa force, son dieu hasard, ses maladies, sa faim d’aventures. » Puis à travers une nouvelle citation de Denis de Rougemont, il dit son amertume face aux attaques du progrès qui le défigurent : « J’appellerai maintenant pollution non seulement ce qui salit, mais ce qui est impropre aux êtres, aux choses et aux processus biologiques, et leur est brutalement imposé. »
Le progrès a fini par réduire en esclavage « le fleuve le plus fier de notre terre. »


Pour Bernard Clavel, le Rhône prend sa source à Lyon, « la cité des soies, des patenôtres et des brumes » au pied du pont de La Guillotière où remontait le confluent avant les travaux de Perrache quand les longues rigues se préparaient à la décize. Car, malheureusement pour le fleuve, « l’homme est un modeleur de l’univers. »

Il y décrit des personnages qui résonnent à travers son œuvre, cette guinguette qui en rappelle une autre, ces vorgines, ces lônes, lieux faits de terre et d’eau où se meuvent « les pirates au visage d’ombre, » Portier pilote et force de la nature, véritable « Seigneur du fleuve, » Revolat le champion de joutes, les sauveteurs-jouteurs de l’Union marinière ou Beaupoux l’infirmier qui s’occupe aussi des sauveteurs. « Il est des êtres tels qu’il faudrait qu’un romancier fût d’un orgueil dément pour espérer créer plus beau, plus fort, plus éloquent. »

 

Image illustrative de l'article Le Seigneur du fleuve Le Rhône et la batellerie

 

Il y décrit ce Rhône, dont dit-il « je l’ai pourtant emporté avec moi, comme j’ai partout emporté la terre de mon Jura natal, » la ville de Lyon d’avant Lugdunum, la ville celte de Condate au confluent, celle qu’il décrit dans son roman Brutus. Déjà, quel que soit le lieu où il habite, loin du bureau où il travaille, il vit dans sa tête, « une fois de plus, la millième peut-être, un des mes compagnons d’autrefois, entré de plain-pied et de plein droit dans mes romans, venait de s’en évader pour me tirer du lit. »

Il nous parle de mademoiselle Marthouret, la mémoire de la batellerie à Serrières-sur-Rhône, de son musée de la Chapelle des mariniers avec ses croix qu’on plaçait à la proue des bateaux avant l’irruption de la marine à vapeur, l’évocation de ces croix sculptées qu’il va graver dans la dernière page de son roman Brutus. Bernard Clavel l’a beaucoup fréquenté ce musée mais « par le rêve endormi ou éveillé, c’est des milliers de fois que j’ai fait le voyage. »

Son Rhône à lui, ce sont les émotions qu’il a ressenties, cette puissance, cette lumière qui lui a donné envie de se lancer dans l’écriture, une osmose avec la peinture d’abord puis avec la littérature. «  Ce n’est pas uniquement dans le lit qu’ils se sont creusé que coulent les fleuves, c’est en nous. Tout au fond de nous, douloureusement.

Merveilleusement. » Les milliers de tonnes de pierres déversées sur ces rives, les jetées, les murs édifiés, un énorme chantier a dompté et défiguré le fleuve. Mais la nature a tendance à reprendre ses droits et la vorgine repousse sur ce nouveau décor. Bernard Clavel est doublement malheureux : il ne parvient pas à admettre les blessures faites à son fleuve, il n’arrive pas non plus à condamner le progrès technique. « Le Rhône, il a sa force en lui, disait Beaupoux. Elle peut dormir des années ou des siècles… mais elle finira toujours par resurgir. »

Il se souvient de la première fois, quand il est tombé amoureux du Rhône, « ce regard d’astre pure et d’eau flamboyante qui m’accompagnera jusqu’au delta boueux de mon ultime décize. »

 

           
   
  Le Rhône à Serrières                        Le Rhône à Vienne

<< Christian Broussas - Le Rhône - Feyzin, 10/12/2009 - © • cjb • © >>

Bibliographie sélective

  • Romans : Le voyage du père, Robert Laffont, 1965, Le Seigneur du fleuve, Robert Laffont, 1972, La Révolte à deux sous, Albin Michel, 1992
  • Essais et récits : Le massacre des innocents, Robert Laffont, 1975, Lettre à un képi blanc, Robert Laffont, 1979
  • Préfaces : Mourir pour Dacca, Claude Mossé, Robert Laffont, 1972, Ecrits, Louis Lecoin, Union Pacifiste (UPF), Boulogne, 255 pages, 1974, Revue Liberté de Louis Lecoin, pacifisme et objection de conscience, Les Travailleurs Face à L'armée, Jean Authier, Union Pacifiste de France, Albin Michel, 1992

Autres fiches consultables :
* Bernard Clavel à Courmangoux dans le Revermont - à Château-Châlon - à Dôle -

Notes et Références
[1] « Il y a encore des gens qui me disent : "Je vous ai découvert en lisant ‘Vorgines’ dans Le Progrès" » aime à dire Bernard Clavel
[2] Les bâtiments de l’Hôtel-Dieu s’élèvent sur le quai, à l’angle de la rue de la Barre, face au pont de La Guillotière. L’Hôtel-Dieu a été désaffecté en 2010 et sera reconverti en centre d’activités et d’affaires dans les prochaines années.
[3] Sur sa description du Rhône, en particulier sur sa puissance, voir ses deux romans "Le Seigneur du fleuve" et "La Table du roi"
[4] Sur la révolte des Canuts, voir l'excellent livre de l'historien lyonnais Fernand Rude : "La révolte des canuts, 1831-1834", essai (poche), paru en 09/2007
[5] Roman intitulé "Le Retour", jamais publié et déposé dans le fonds Bernard Clavel à la bibliothèque de Lausanne
[6] Gabriel Chevallier : écrivain lyonnais surtout connu pour avoir écrit "Clochemerle" et la suite en trois volumes. Bernard Clavel aimait surtout son roman "La Peur", dénonciation de la guerre.
[7] Bernard Clavel écrira à cette époque une biographie du peintre Paul Gauguin
[8] Voir en particulier son essai-témoignage intitulé "Le Massacre des innocents"
[9] Voir ma fiche sur L'Affaire_Deveaux

     <<< Christian Broussas - Feyzin, 16/10/2012 - <<© • cjb • © >>>

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 22:00

    
Montpellier, la cathédrale et l'ancien château d'eau du Peyrou

 

Montpellier est au Moyen Âge une ville marchande fort prospère. Bien placée sur l’arc méditerranéen sur le plan commercial, elle l’est également dans le domaine de la médecine dont l’école la plus ancienne date de 1220.

Ces deux activités ont donné naissance à l’industrie de la parfumerie, confondue encore avec la pharmacie. Le parfum est alors largement utilisé en médecine, lié à des épices minérales ou végétales telles que l’alun, le borax… Les apothicaires recourent aussi largement aux parfums pour concocter leurs préparations et ils les font largement connaître dans tout le pays.
 

   
L'eau de Montpellier                                 Gantier-parfumeur

 

L’eau de Montpellier
Les progrès de la distillation vont permettre à la fin du XIVème siècle de mettre au point une composition à la fois remède et parfum, l’eau de la reine de Hongrie ou Eau de Montpellier. On dit que grâce à cette eau, la dame aurait conservé force et beauté. Cette eau de senteur deviendra la coqueluche de Versailles au temps du Roi-soleil.

Un homme comme Marc-Antoine Deloche pourra ainsi se dire « marchand-parfumeur du roi à Montpellier » et cette activité est pourvoyeuse de nombreux emplois, en particulier les plus pauvres qui ramasse le romarin, matière première importante et abondante dans la région.
 

                      
Montpellier, un apothicaire-parfumeur   
Thériaque de Jean-Louis Fargeon
 

Mais le déclin de cette industrie va suivre d’abord la suppression de l’exemption à Paris puis la fin de l’ancien régime. Un homme comme Jean Fargeon, apothicaire en 1653 puis à Versailles, devint parfumeur attitré de Mademoiselle, nièce du roi. Face aux difficultés, il finira par s’installer à Paris et à Grasse.

Mais l’industrie du parfum a réussi à rentrer en grâce et plus récemment l’Eau de Montpellier a connu un renouveau avec la commercialisation de parfums d’ambiance ou une Cologne de l’Écusson. Dans ce domaine de la création d’identités olfactives, elle s’oriente vers des diffuseurs d’ambiance parfumés pour des lieux publics ou privés.
 

                
Flacon de maître parfumeur                Parfumerie, marchand-ambulant

 

Les huiles essentielles
Au Moyen Âge, les préparations aromatiques sont présentées dans de belles "pommes de senteur" pour, croit-on, contrer les odeurs létales des épidémies. Il faut se rappeler que pendant la grande peste noire qui sévit au milieu du XIVème siècle a tué un quart de la population européenne. Le produit le plus couru à cette époque fut "le vinaigre des 4 voleurs" composé de romarin, de rue, de menthe et de camphre. Même les médecins vénitiens eux-mêmes utilisaient des gants imbibés de parfum et de masques à long bec garnis d’aromates pour conjurer les effets des miasmes.
 


Montpellier, Centre historique

Voir aussi
* Jean-Louis Fargeon, parfumeur royal --
* La pharmacie à montpellier avant 1572 --
* Mes articles sur Palavas-les-Flots et Montpellier Expo Picasso 2018 --
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<< Ch. Broussas, Montpellier 04/03/2020 © • cjb • © >>
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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 15:01

 

Écrit sur la neige est une biographie de l'écrivain Bernard Clavel faite sous forme d’interviews recueillis et mises en forme par le journaliste Maurice Chavardès.

 

Ce livre où Bernard Clavel égrène ses souvenirs, ce qui a fait sa vie et nourri son œuvre, est né d’une série d’interviews recueillis par le journaliste Maurice Chavardès. Il y développe ses conceptions, disant qu'il écrit « pour communiquer mes émotions à mes semblables et pour en provoquer le renouvellement, » que ce métier requiert de la patience pour l'apprendre mais que « ne deviendra romancier que celui qui est né romancier : c'est-à-dire celui qui porte en lui un monde et le désir profond de l'animer. »

 

Il y évoque son enfance, son univers à Lons-le-Saunier avec ses parents, tout ce qui a disparu depuis, démoli, le jardin bétonné, saccageant ses souvenirs, qu’il ressent comme une blessure. Il revoit ces petits riens qui affleurent à sa mémoire comme la lampe pigeon de sa mère. Il voudrait retrouver les crépuscules d’hiver, le silence qui accompagne cette fuite de la lumière, « il imprégnait les âmes et ce qui pénètre ainsi une âme d’enfant peut à jamais colorer l’existence d’un homme. » Il était alors un rêveur invétéré.

 

Il y eut d’abord la peinture, cadeau de la tante Léa qui sera son initiatrice. Puis il rencontra à Lons-le-Saunier près de chez lui Roland Delbosco, un peintre-poète qui lui inocule le virus, lui fit découvrir le Rhône à Vernaison où il s’établit pour plusieurs années. Le Rhône, ce fleuve qui hante nombre de ses romans, de Pirates du Rhône jusqu’à La Table du roi. Vernaison est une étape essentielle, il s’y est marié, ses enfants y sont nés, là-bas il s’est colleté à la peinture puis à l’écriture. Là-bas, il fait la connaissance d’un amateur d’art Louis Mouterde chez qui il découvre la peinture de l’école lyonnaise. Ses goûts le portent aussi vers les impressionnistes et la peinture hollandaise, pays où il aime se rendre pour visiter les musées, surtout Rembrandt et Bruegel, le peintre qui l'a le plus marqué dans sa jeunesse.

 

Bernard Clavel n’aime pas évoquer le contexte de ses romans et des aspects biographiques qu’ils contiennent, « Parler de moi m’agace très vite » dit-il. Sur le métier d’écrivain, ou plutôt ce que « l’individu porte au plus secret de son être sensible », il sait pour l’avoir vécu que « tout vient de la vie », de ce que l’écrivain engrange de 'matière première', expériences faites d’événements et de sensations. « L’art est fait d’impulsions mises en forme. »

 

Généralement, ses œuvres il les porte longtemps, les laisse mûrir puis s’y invertit totalement jusqu’à oublier le présent et délaisser ses proches. Même s’il y répugne, il évoque la genèse de La Saison des loups, sa visite à Salins-les-Bains et le choc quand il découvre cette guerre oubliée quand la Franche-Comté, humiliée et dévastée, devient française, comment ses personnages l’ont amené à donner une suite à ce premier volume dans La Lumière du lac.

 

À la question de savoir s’il est un intellectuel, Bernard Clavel répond qu’un homme doit pouvoir changer de métier, lui se verrait plutôt menuisier ou charpentier. Sa vocation, même s’il n’aime guère ce mot, il l’a considère comme un 'bouillon de culture' : « Je suis né sensible, j’ai été élevé par une mère qui l’était, par un père secret… notre entourage d’artisans raconteurs d’histoires m’a impressionné. » Petit, on l’accusait de mentir alors que, dit-il, il ne faisait que « raconter des histoires. »

 

    

 

Son engagement s’est fait peu à peu, de façon naturelle, l’amenant à défendre un humanisme basé sur la sauvegarde de l’homme et de la nature, le recours à la non-violence. Pour lui, « un fleuve, une terre, un vignoble, des forêts sont tellement liés à l’existence de l’homme qu’il me paraît impossible que l’humanité oublie ce lien sans courir à sa perte. » Engagement pour l’écologie et les enfants martyrs, engagement contre l’État guerrier et marchand d’armes. Engagement aussi dans l’affaire Jean-Marie Deveaux ou l’affaire Buffet-Bontemps contre la peine de mort, contre les pratiques policières, l’impéritie de la justice et du système pénitentiaire. C’est un homme en colère qui fustige policiers et magistrats indifférents ou trop répressifs.

 

Tant que l’injustice sévira jusqu’aux plus hauts degrés de l’État, le problème de la délinquance restera entier. Mais il continuera malgré tout à se battre contre la violence et la haine. « Ma vie est plantée de jalons en forme de clefs », confie-t-il à son interlocuteur. Sa rencontre avec Louis Lecoin en est un. Il écrit dans ses revues Liberté et Défense de l’homme, il participe avec lui à son combat pour le statut d’objecteur de conscience. Son pacifisme remonte à cette nuit d’août 1944, nuit de torture d’un pauvre type qui lui laisse dans la bouche un goût de fiel. C’est le souvenir de cette nuit qu’il utilisera dans L’Espagnol pour peindre une scène semblable. Mais le petit garçon jouait à la guerre et creusait une tranchée dans le jardin de son père : épisode qu’il rappelle à plusieurs reprises et reprend dans son roman Quand j’étais capitaine. Sa rencontre avec le père Maurice Lelong devait aussi l’influencer, évoquant ensemble Romain Rolland, défendant les insoumis et luttant contre la guerre d’Algérie.

 

Son rejet de la guerre l’amène à publier Le Silence des armes, puis sa Lettre à un képi blanc. Il aura d’ailleurs l’occasion de rencontrer son contradicteur le caporal Mac Seale, « ouvert au dialogue, intelligent, et qui avait fort bien compris mon livre. » Hasard de la vie, il retrouve en Allemagne Hans Balzer, soldat allemand qui pendant l’hiver 1942-43 se trouvait comme lui à la prison de Carcassonne. Immense émotion, surtout quand ils visitent Buchenwald et parlent de leur admiration pour Romain Rolland.

 

Son engagement, c’est aussi sauver les enfants à travers l’association Terre des Hommes et du livre Le Massacre des innocents qu’il écrit à son profit. Avec Claude Mossé et les medias suisses, il se bat pour les enfants du Bengale, se rend sur place et se bat pour acheminer le maximum de vivres. Il y a certes la violence individuelle, Bernard Clavel sait combien il est facile d’y succomber, combien aussi des jeunes comme les héros de son roman Malataverne peuvent en être victimes, mais la violence d’État est encore la plus pernicieuse. Pour lui, l’arme absolue est la non-violence, la seule utilisable « sans enfreindre aucune loi morale. »

 

Sur le plan littéraire, il reconnaît lire peu de romans et, en matière d’influence note son ami et biographe Michel Ragon, « le rapprochement de tant d’auteurs (une dizaine) signifie qu’en réalité, il ne ressemble à personne. » Le jour où il démissionne de l’Académie Goncourt, il skie dans le Jura avec des amis, « la vraie vie », entre partage et amitié, « nous écrivons toujours sur la neige, note-t-il, le tout est de savoir à quelle heure se lèvera la tempête. »

 

Les décorations et les prix littéraires ne l’ont jamais intéressé, même s’il a obtenu le prix Goncourt dans des conditions assez rocambolesques auxquelles il est resté totalement étranger. Même s’il a obtenu de nombreux prix, il les juge plus néfastes qu’utiles. Ce qui l’a le plus marqué – et beaucoup aidé – ce sont les rencontres, ses premiers amis avec Delbosco qui, de fil en aiguille, vont lui permettre de devenir l’ami d’écrivains comme Hervé Bazin, Armand Lanoux, Roland Dorgelès, puis Jean Giono et Marcel Aymé. Ses livres lui valent l’amitié de philosophes comme Gaston Bachelard et Gabriel Marcel. Il se montre très critique envers les critiques, dénonçant le côté élitiste ou réactionnel de beaucoup d’entre eux. Mais il pense surtout à d’autres rencontres comme celle de Frédéric Ditis des Éditions J’ai lu ou avec le peintre Jean-François Reymond qui débouchera sur la publication du livre Bonlieu ou le silence des Nymphes.

Lors de ses débuts, Bernard Clavel a beaucoup travaillé pour la radio, excellent apprentissage pour lui à Radio-Lyon. S’il est déçu par les deux adaptations au cinéma (Le Tonnerre de Dieu et Le Voyage du père), il s’enthousiasme pour la télévision et participe à l’adaptation de plusieurs de ses œuvres.

 

Il a également beaucoup écrit pour la jeunesse car dit-il, « quel bonheur de retrouver un moment de sa propre enfance, rechercher ses propres sources d’émerveillement. » Mais il est difficile de traiter de la réalité en édulcorant les côtés les plus négatifs, en évitant toute violence, à promouvoir de nobles sentiments tels que « la droiture et l’honnêteté » sans pour autant bêtifier.

 

Si l’attitude de l’Église l’a souvent agacé, si sa recherche de Dieu a toujours été difficile, il a réussi à retrouver la foi. Avec l’âge, il lui semble peu à peu apprivoiser la mort, vouloir une mort plutôt lente avec laquelle il puisse se confronter mais, dans les cas extrêmes, être favorable à l’euthanasie.

 

Á propos de la Franche-Comté et de ses nombreux déménagements, il admet « être un déraciné » et que c’est un constat très « démoralisant ». Ceci l’amène à développer l’un de ses thèmes favoris : l’écologie, la culture biologique, la défense de la planète et de la biodiversité. C’est aussi le cas précise-t-il pour le Jura où il s’était installé un moment dans le village de Château-Chalon près de Lons-le-Saunier, pollué par l’urbanisation et le tourisme. Pourtant, il pense déjà à l’époque, en 1977, à revenir près de ses racines, « l’essentiel serait seulement que je puisse m’en rapprocher le plus possible. » [1]

 

Bibliographie

  • Portrait de Bernard Clavel par Marie-Claire de Coninck, Éditions de Méyère
  • Bernard Clavel, Écrivains d’hier et d’aujourd’hui, Michel Ragon, Éditions Seghers, 1975
  • Bernard Clavel, qui êtes-vous ?, J'ai lu, 1985, (ISBN 2-227-21895-2) : interviews recueillies par Adeline Rivart
  • Bernard Clavel, un homme, une œuvre, André Noël Boichat, Éditions Cêtre, Besançon, 1994

Notes et références

[1] NDLR : Il le réalisera en 2002 lorsqu’il s’installera dans la commune de Courmangoux dans le Revermont bressan, avant que tout soit remis en cause par la maladie.

 

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 14:31

BERNARD CLAVEL ET ET SON ŒUVRE


     

Bernard Clavel qui êtes-vous ?

Référence : "Bernard Clavel qui êtes-vous ?", Adeline Rivard et Bernard Clavel, Paris, Éditions J'ai lu, 1985, isbn 2-227-21895-2

 

Il y a une résonance, une connivence entre ces deux ouvrages où Bernard Clavel égrène ses souvenirs et nous livre une partie de lui-même dans Les Petits Bonheurs et Bernard Clavel, qui êtes-vous ?, qui font l'objet de cette présentation. Évoquant des souvenirs, Bernard Clavel nous confie que « ce sont des choses que l'on croit avoir oubliées, mais qui sommeillent en vous et ressortent quand quelqu'un s'avise de les aiguillonner. »

 

Sa vocation d'écrivain transparaît, se dévoile quelque peu avec cette citation de Jean Guéhenno : « Les impressions d'enfance marquent la couleur de l'âme, » et son passé entre une mère conteuse-née et un père ressassant des souvenirs comme Henri Gueldry dans son roman Quand j'étais capitaine qu'on retrouve dans les tranchées creusées avec ses copains près du hangar. C'est lors d'un voyage à Lyon qu'il découvre le Rhône, qui va tant compter pour lui, « certain que dès ce jour-là, le Rhône est entré en lui. » Au cours de ses tournées, son père lui enseignait ce que Bernard Clavel nommera plus tard « sa géographie sentimentale ». Son enfance est un pays de rêves, il plane en haut de l'arbre du jardin, suit avec passion les préparatifs de départ d'un voisin, Paul-Émile Victor, faisant « des tours du monde imaginaires. »

 

Mais le rêve de l'enfance s'éloigne brusquement avec La Maison des autres, roman largement autobiographique sur son apprentissage de pâtissier, dur apprentissage de la vie aussi pour cet adolescent pour qui la ville de Dole avait été liée au bonheur des repas de famille. Vision contrastée de cette ville qu'il décrira dans Le Tambour du bief avec le Canal du Rhône au Rhin (canal Charles-Quint) et ses écluses. À travers une question sur le message que peut véhiculer un roman, c’est l’Ouvrier de la nuit qui répond, celui qui déplore que les intellectuels ne soient pas considérés comme des travailleurs.

 

Après La Maison des autres, c’est le début de la guerre, chapitre qui commence par cette histoire de Voltaire : « Le soldat tire à genoux, sans doute pour demander pardon de son crime ». La guerre, vieille compagne « qui le hante » dira-t-il en 2005, avec qui il a des comptes à régler : toujours la conviction que la guerre est dans le cœur de l’homme et qu’il faut opérer pour l’éradiquer, en passant comme il l’a fait, par une prise de conscience longue et douloureuse. De l’occupation, il retiendra surtout un grand amour malheureux et, dit-il, « j’ai passé l’essentiel de mon temps à poursuivre des chimères. C’est je crois, ce qui a rendu la vie si difficile à mes proches. »

 

Il travaille d’arrache-pied et, comme un artisan têtu, remet constamment l’ouvrage sur son chevalet. Ainsi a-t-il traversé le temps de la guerre celui qui voulait voir la mer, part loin de chez lui, loin de ses parents, à la découverte de la France puis c’est à Castres que le cœur de vivants va vivre un grand amour. À l’héroïsme du soldat, il préfère le courage, celui qui « consiste à savoir dire non au pouvoir lorsque ce pouvoir nous oblige à des actes condamnables. » Credo pacifiste de celui qui a écrit Lettre à un képi blanc. Ses 'affinités électives' vont vers des pacifismes Romain Rolland, Jean Giono, Jean Guéhenno et Gilbert Cesbron, « un frère pour moi. » Puis ce fut Les Fruits de l’hiver, la disparition de ses parents, lui qui a été « le déchirement de leurs dernières années. »

 

Après la guerre, il se marie, vit le long du Rhône à Vernaison au sud de Lyon et peint plus qu’il écrit. Il côtoie les gens simples qui lui inspirent plusieurs romans comme Pirates du Rhône, ou La Guinguette et le Rhône, ce fleuve qui est aussi pour lui un 'personnage' qui peut être calme ou traitre, mais qui pique aussi de terribles colères comme dans La Révolte à deux sous ou Le Seigneur du fleuve. Peu à peu, il a délaissé la toile pour les mots.

 

Vernaison, la vie de famille, la société de sauvetage, son travail de salarié, la charge est énorme : le piège pour un écrivain. Bernard Clavel se qualifie lui-même de « menteur-né », ne sachant vraiment plus la part de biographie dans son œuvre et cite Albert Camus : « Les œuvres d’un homme retracent souvent l’histoire de ses nostalgies ou de ses tentations, presque jamais sa propre histoire. »

 

Quand on lui parle du Rhône, le défenseur de la nature s’insurge contre « les massacreurs de la nature qui, prédit-il, seront à long terme vaincusBernard Clavel connaissait bien 'le prix du temps', écrivant « une pièce radiophonique par semaine, un roman par an, des émissions sur les disques et les livres, des articles pour des revues comme Résonances… » Telles sont ses 'années lyonnaises' de 1957 à 1964, quai Romain Rolland puis cours de la Liberté. Sa culture s’est forgée pendant ces années : « Tout est dans le tempérament mais tout vient aussi des rencontres, de ce que la pratique des métiers et le côtoiement des êtres vous apportent. » « Être romancier, dit-il, c’est porter en soi un monde, et c’est ivre en ce monde beaucoup plus qu’en celui qui vous entoure. » Malgré sa puissance de travail, Bernard Clavel plonge dans la dépression et il faudra l’intervention de son éditeur Robert Laffont pour qu’il arrive à tourner la page ».

 

Rupture, « l’éternel vagabond » s’installe dans la région parisienne à Chelles de 1964 à 1969 puis à Brunoy. S’il reste fidèle au stylo plume et au papier, le cinéma s’intéresse à lui et achète les droits de Qui m’importe et de Le Voyage du père. Terrible déception. Il ne reconnaît rien de ses romans et préférera désormais les adaptations télévisées auxquelles il participe, et la première, L’Espagnol, [1] réalisé en deux parties par Jean Prat et diffusé en 1967, est un gros succès. Parfois même, ses romans rejoignent la réalité, une réalité qu’il apprend bien sûr après coup : il en donne quelques exemples à propos de L’Hercule sur la place ou Le Voyage du père. Sans doute écrit-il d’abord pour exorciser la mort. Il confesse : « Finalement, je me demande si l’on ne crée pas avant tout pour se survivre ». Et puis, il y eut 1968, pas mai 68 mais la consécration : prix Goncourt surtout, mais aussi grand prix de la ville de Paris et prix Jean Macé. À la question classique, « pourquoi écrivez-vous », il répond : « Écrit-on jamais pour autre chose que pour aller au fond de soi ? » [2]


Sa maison de Chateau-Chalon

 

Retour au bercail : il s’installe dans la maison des abbesses à Château-Chalon près de Lons-le-Saunier où se déroule l’action de Le Silence des armes. [3] C’est l’époque où il écrit Le Seigneur du fleuve, Tiennot, Le Silence des armes et Lettre à un képi blanc. Avec ses deux derniers livres, c’est l’époque de la polémique, au côté des objecteurs de conscience, « j’estime, dit-il, que je n’ai pas le droit de cesser de me battre pour que la justice et la paix s’imposent ». S’il n’a aucun message à transmettre, il ne peut non plus écrire « une œuvre dégagée ». Il se veut comme son ami Roland Dorgelès « anarchiste chrétien ».


Sa nouvelle vie laisse augurer une grande stabilité mais c’est le contraire qui se produit : début 1978, il s’installe au Québec avec Josette Pratte, Montréal puis Saint-Télesphore, « je suis un homme d’hiver » dit-il, saison à laquelle il consacrera un album en 2005. [4] Il revient en France à Paris puis chez un ami à Bruxelles, le Portugal où il écrit Marie bon pain, Paris de nouveau chez des amis pour écrire La Bourrelle. Le périple se poursuit en 1979 dans une ferme du Doubs qu’il quitte en 1981 pour s’installer à Morges en Suisse sur les bords du lac Léman, renouer avec « La lumière du lac », là où en 1985 ce livre a été élaboré, avant de partir en Irlande.

 

Bernard Clavel se défend d’écrire des romans historiques - Les Colonnes du ciel sont faits de héros 'modernes' et l’histoire aurait pu se dérouler à notre époque, ou de mélanger réalité et fiction. Il précise : « J’ai fini par acquérir la conviction profonde qu’il y a pour l’artiste un droit absolu d’adhérer de plus près à son œuvre qu’aux êtres qui l’entourent. » Cette fois, il ne s’agit plus d’une simple rupture, c’est un second souffle, un homme résolument tourné vers l’avenir ; il a rencontré Josette Pratte, « un grand amour avec qui j’ai des échanges constants ». Quand on lui reproche un certain égoïsme, il répond que le métier d’écrivain est fatalement une longue solitude. Il parle de Harricana, cette rivière du Québec qui coule dans Le Royaume du Nord, des gens qu’il a rencontrés, qui sont devenus personnages, recomposés par son imaginaire. Et il conclut : « Vous voyez : une fois de plus, je n’ai rien inventé et j’ai tout inventé ».

 

Et s’il ne pouvait plus écrire, si on lui interdisait d’écrire, question cruciale : « Je ne vous ai pas attendu pour me la poser, répond-il à Adeline Rivard, il y a près d’un demi-siècle qu’elle me poursuit… » [5]


 


voir aussi : Les biographies de Bernard Clavel

- Bernard Clavel, Les Petits Bonheurs, Les Petits Bonheurs, écrit à Doon House hiver 6-87 et Vafflens-le-Château, mars 1999, Éditions Pocket 14/08/2001 – isbn 2-266-10364-4
- Bernard Clavel, Écrivains d’hier et d’aujourd’hui, Michel Ragon, Éditions Seghers, 1975
- Écrit sur la neige, Éditions Stock, interviews recueillies par Maurice Chavardès, 1977
- Bernard Clavel, un homme, une œuvre, André Noël Boichat, Éditions Cêtre, Besançon, 1994
- Bernard Clavel, un homme en colère, Bibliothèque cantonale et universitaire, Lausanne, 2003
- L’univers clavélien, colloque international Bernard Clavel, ARDUA, Bordeaux, 2003

 

Notes et références 

[1] L'Espagnol, réalisé en deux parties par Jean Prat (1967) sur ina.fr

[2] Référence page 123 

[3] Voir son livre Terre des écrivains : Bernard Clavel à Château-Chalon

[4] "L’Hiver", Éditions Nathan, collection Voyages et nature, 10/2003, 192 pages, ISBN 209261052x 

[5] Morges février-juillet 1985.

 

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Grand Prix Ville de ParisPrix Jean MacéPrix Goncourt 1968Prix Eugène LeroyGrand Prix Ville de Bordeaux
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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 14:15

tumb Bernard Clavel et sa femme Josette Pratte

 

Bernard Clavel, né le 29 mai 1923 à Lons-le-Saunier et mort le 5 octobre 2010 à La Motte-Servolex, [1] est connu surtout comme romancier mais il a aussi écrit des récits et des essais ainsi que de nombreux contes et nouvelles pour la jeunesse. Il repose dans le petit village de Frontenay dans le Jura, situé au nord de Lons-le-Saunier, sa ville natale.

Né dans une famille modeste, il devient apprenti pâtissier à 14 ans, exerce de nombreux métiers avant de travailler au Progrès de Lyon dans les années 1950, tout en pratiquant la peinture puis l'écriture, 'faisant ses classes' durant plusieurs années avant d'acquérir une certaine célébrité. Il s'est largement inspiré de sa jeunesse pour écrire sa première série romanesque en 4 volumes "La Grande patience" entre 1962 et 1968, dont le dernier tome intitulé "Les Fruits de l'hiver" lui valut de recevoir le prix Goncourt en 1968.

 

Son premier roman L'Ouvrier de la nuit, publié en 1956, marque le début de sa production littéraire, une bonne centaine de titres si l'on inclut ses œuvres pour la jeunesse ainsi que ses sagas romanesques qui ont rencontré un grand succès comme, outre La Grande Patience, Les Colonnes du ciel (5 volumes - 1976/1981) et Le Royaume du Nord (6 volumes 1983/1989). [2]

 

Associant l'enracinement régional (essentiellement, sa Franche-Comté natale, Lyon et le Rhône ainsi que le Québec, pays natal de sa femme Josette Pratte) et l'évocation historique (conquête de la Franche-Comté au XVIIè siècle, la vie des Canuts et des mariniers du Rhône au XIXè siècle, la guerre de 1914-1918, l'implantation française au Canada …, Bernard Clavel n'a jamais oublié ses racines et défend des valeurs humanistes, mettant en scène des destins individuels et collectifs, souvent confrontés aux difficultés et au malheur. Son sens de la nature et de l'humain, sa mise en question de la violence et de la guerre et son souci de réalisme expliquent sans doute qu'il ait été largement récompensé par de nombreux prix littéraires.

 

tumb    tumb

 

Bernard Clavel : le romancier
Bernard Clavel a écrit de nombreux romans à partir de 1956 jusqu'aux années 2000.

 

  Vous trouverez sous wikipedia la fiche de lecture que j'ai créée pour chacun de ses romans :

 

Les romans des années 1950 à 1980
L'Ouvrier_de_la_nuit, Julliard, 1956
(Ou « Jura ») Robert Laffont, 1971
Pirates du Rhône, André Bonne, 1957
Réédition chez Robert Laffont, 1974

Le Tonnerre de Dieu,

1958, Robert Laffont,
adapté du livre Qui m'emporte.

L'Espagnol, 1959 <ref>L'Espagnol, réalisé en deux parties par Jean Prat sur ina.fr</ref> Malataverne, 1960, Robert Laffont Le Voyage du père, 1965, Robert Laffont
L'Hercule sur la place, 1966, Robert Laffont Le Tambour du bief, 1970 Robert Laffont Le Seigneur du fleuve, 1972 Robert Laffont
Le Silence des armes, 1974 Robert Laffont Tiennot ou l'île aux Biard, 1977 L'homme du Labrador, 1982, Balland



Les romans des années 1990 et 2000
Quand j’étais capitaine, 1990 Albin Michel Meurtre sur le Grandvaux, 1991 Albin Michel La Révolte à deux sous, 1992 Albin Michel
Cargo pour l'enfer, 1993, Albin Michel Les Roses de Verdun, 1994, Albin Michel Le Carcajou, 1995 Robert Laffont
La Guinguette, 1997, Albin Michel Le Soleil des morts, Albin Michel, 1998 Le Cavalier du Baïkal, Albin Michel, 2000
Brutus, 2001, Albin Michel La Retraite aux flambeaux, Albin Michel, 2002 La Table du roi, 2003, Albin Michel
Les Grands Malheurs, 2004, Albin Michel

 

Liens externes
- Hommages à Clavel
- Culture livres
- Clavel à Courmangoux par C. Broussas

 

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   Cimetière de Frontenay, Jura

 

Notes et références

[1] Voir les sites TF1, Fce info et Le Dauphiné Libéré du 6 octobre 2010, édition de Chambéry, p. 36

[2] Bibliographie de Bernard Clavel

 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 14:45

BERNARD CLAVEL : Biographie de Marie-Claire de Coninck


Référence : Marie-Claire de Coninck, "Bernard Clavel", éditions Pierre de Méyère, collections Portraits, postface interview de Bernard Clavel, 1991 

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juillet 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>


           

Esquisse pour un portrait

Bernard Clavel, écrivain populaire ou populiste, anti-intellectuel aussi laisse-t-on parfois entendre. Populiste, il s’en défend, le prend plutôt comme un compliment et n’aime pas beaucoup il est vrai les intellectuels, « je me moque éperdument des intellectuels dont le commerce m’ennuie souverainement » répond-il dans une interview. Quant à l’adjectif "populaire", péjoratif dans la bouche des intellectuels, il s’assume et le revendique, mille fois "oui" s’il s’agit d’écrire pour le plus grand nombre, s’adresser au peuple et, quelle horreur pour certains, connaître le succès, le vrai, pas seulement un succès d’estime. Voilà qui laisse augurer des relations tendues qui vont prendre toute leur ampleur quand il recevra le prix Goncourt.

 

Le peintre des débuts, a finalement choisi la littérature parce que écrit-il « je pensais pouvoir m’exprimer plus complètement ainsi et m’approcher d’avantage de l’homme. » [1]Il y a du Claude Monnet chez cet homme qui va inlassablement cherché sur les rives des galets du Rhône à Vernaison, à traduire dans sa peinture les milliers de reflets de cette eau qui le fascine, changeant au gré des heures et du temps, impossibles à capter. Finalement, la pâte humaine l’intéresse davantage, ses personnages en apparence si simples mais en fait si complexes et portés par des sentiments si contradictions, ses frères, ses jumeaux parfois si près de lui, de ses désirs et de ses doutes ; Il ajoutera ces mots à sa profession de foi : « Également m’engager aux côtés de l’homme qui lutte pour sa liberté et pour la paix. » [2] "L’homme", "la paix","s’engager", simplement, les mots-clés sont lâchés, il leur donnera toujours leur sens le plus élevé, le plus noble jusque dans son dernier texte où il dénonce les terribles méfaits de l’arme atomique. [3]

 

Bernard Clavel conçoit son travail d’écrivain comme un métier d’artisan, un homme parmi les hommes, élevant ses trois enfants et s’installant à Chelles dans la région parisienne en 1964 pour mieux « gagner sa vie. » C’est ainsi qu’il conçoit ses personnages, entiers, prenant la vie à grandes brassées, mais souvent dominées par les événements. La vie abîme souvent ses personnages mais la vie réelle de l’Espagnol qu’il eut l’occasion de rencontrer bien après la sortie de son livre, fut pire que celle de son héros. Sa langue est simple dit-on parfois avec dérision, mais il considère que c’est le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre, atteindre à la simplicité, c’est épurer, aller vers une concision qui donne au texte tout son sens. C’est ainsi qu’il parvient à dépasser la dichotomie classique entre le fond et la forme.

Avec l’intelligence du cœur

C’est dans une interview à propos de son roman "Celui qui voulait voir la mer" qu’on trouve son positionnement par rapport à l’écriture, « ce livre est un roman, c’est-à-dire une histoire imaginaire mais j’ai essayé que les sentiments soient vrais. » Le zoom cible ses personnages, leurs luttes, leurs réactions face aux situations de leur vie quotidienne. C’est plus les ressorts intimes de la pâte humaine qui intéressent Bernard Clavel, que la trame narrative de ses romans.

 

Idée essentielle qu’on retrouve dans cette réflexion tirée de sa biographie de Léonard de Vinci : « Ce qui place des écrivains comme Molière ou Balzac au-dessus des autres, c’est qu’ils ont su créer des types en modelant des personnages qui demeurent pourtant des hommes. » Équilibre instable dont seuls les grands écrivains parviennent à atteindre un point d’orgue. Ses personnages même s’ils sont malmenés par la vie, poursuivent sans relâche leur chemin. Ce qui en fait leur modernité, c’est leur ouverture sur le monde, ils savent prendre des risques pour se réaliser, pour atteindre leurs objectifs, souvent dominés par leurs coups de cœur, compatissant envers les plus faibles. Même les plus dures moments, ils restent indéfectiblement liés à leurs amis, à leur entourage et, comme Pablo envers la jeune déshéritée Jeannette ou Gilbert envers son ami le vieux pasteur, après la mort de sa bienaimée, retrouvent dans l’amitié cette partielle d’humanité qui guide leur vie.

 

Ce qui l’intéresse, c’est la flamme intérieure d’un être qui lui donne son caractère unique, la passion parfois poussée à son paroxysme, à son ultime dénouement comme la lutte sans espoir du "seigneur du fleuve" Philibert Merlin l’essor inéluctable du bateau à vapeur, contre les forces sauvages du fleuve et de ses terribles crues, un peu à la manière d’un Hermann Melville et la lutte du capitaine Achab contre Moby Dick. [4]

 

Ces hommes sont des aventuriers de leur époque, autant centrés sur leur passion que tournés vers les autres car « l’aventure est partout, offerte à tous, elle a mille visages, mille formes, mille aspects. » [5] Il précise sa pensée, écrit dans "Célébration du bois," « On est vraiment ce que l’on désire être. » Lui-même est aussi à sa façon un aventurier, pèlerin de la littérature avec, non pas son bâton à la main, mais son stylo, vagabond du monde se sentant partout chez lui, emportant dans sa tête son terroir, plein d’images à jamais serties dans sa mémoire, mais toujours insatisfait, à la recherche d’un ailleurs. Toujours ouvert aux autres également, n’hésitant pas à s’engager pour la paix, luttant contre la violence faite aux enfants car « on n’a pas le droit d’oublier qu’il y a toujours quelque part un endroit où on assassine un enfant. » [6] 

Comme le chant d’une vague

Parler de littérature, évoquer un grand écrivain suppose une certaine idée du rôle de l’écriture, de la puissance de son style, de son imagination, et repose sur cette substance de sa propre vie qu’il est capable de projeter dans son œuvre. Pour lui, « le génie est l’équilibre parfait entre le mental et l’émotionnel. Une émotion, c’est déjà beaucoup, c’est en tout cas suffisant pour que naisse un chef-d’œuvre si elle touche un artiste assez doué pour l’exprimer pleinement. »

 

Derrière l’histoire d’un homme, d’une famille, d’un groupe se profile dans ses romans sa colère [7] pour la violence qui contraint Pablo l’Espagnol à l’exil, le jeune Robert pris dans les filets de Malataverne à une réaction qui le conduira en prison, le jeune Julien Dubois jeté dans la guerre, balloté entre l’armée de l’armistice et la Résistance, hanté par le souvenir de la torture. Cette colère l’aide aussi à dénoncer des formes de violence sociale, celle qui jette Marie-Louise, l’apprentie-coiffeuse, sur le trottoir et désespère Quantin son père, qui oblige Gilbert et Les Pirates du Rhône à l’exil, causant la mort de Marthe sa fiancée ou, pour prendre un exemple plus collectif, qui contraint les canuts lyonnais à se révolter contre leurs conditions de travail dans "La Révolte à deux sous". Un thème si récurrent qu’on pourrait citer maints autres exemples à travers son œuvre et qu’il inervera encore ses derniers écrits.

 

On trouve ainsi dans ses écrits maintes références à la guerre et beaucoup de ses romans y font allusion où sont carrément centrés sur une période de guerre, guerres du passé, guerres mondiales ou guerres modernes. Il n’avait que l’embarras du choix. Dans sa grande fresque "Les Colonnes du ciel" dans une guerre terrible où les armées de Louis XIV ramèneront sans pitié la Franche-Comté dans le giron français, il décrit la longue marche, le long exil de ces populations déracinées obligées de quitter leurs villages de la forêt doloise pour partir dans une dure errance pour découvrir enfin sur les rives du lac Léman "la lumière du lac". [8][8] Une saga qui lui tient tant à cœur, lui le Franc-Comtois qui souffrent autant que ses personnages dont certains poursuivront leur aventure jusqu’au Québec, [9] réalisant ainsi le lien avec sa grande saga sur les pionniers du Québec "Le Royaume du nord".

 

Toutes les époques lui sont bonnes pour dénoncer la guerre et ses atrocités, de l’époque antique jusqu’à la guerre d’Algérie. "Le Cavalier du Baïkal," ce guerrier venu des steppes asiatiques, nous projette dans la guerre des Gaules, la soif de pouvoir de Jules César, et "Brutus" qui se déroule au siècle suivant au temps de l’empereur Marc-Aurèle, nous mène le long du Rhône entre Lugdunum le Lyon antique, et la Camargue, dans le monde romain de l’intolérance traquant et persécutant les chrétiens. Il nous projette aussi dans l’épopée napoléonienne, pendant les Cent-Jours en 1815 où la guerre civile qui oppose bonapartistes et royalistes, va venir percuter de pauvres bateliers aux prises avec une terrible crue du Rhône près du gros rocher de la "Table du roi" du côté de Valence.

 

Beaucoup de ses romans sont centrés sur l’histoire de gens simples, l’absurdité de la guerre et de la violence qui jettent les individus les uns contre les autres, comme si l’amour de la vie avait cédé la place à la haine. Les guerres contemporaines sont présentes, de façon parfois détournée dans "Les Roses de Verdun" par exemple, l’histoire d’un homme qui entreprend un long voyage des rives du Rhône jusqu’à Verdun pour rendre hommage à ce fils mort du côté de Verdun, mort comme beaucoup d jeunes de son âge et qu’il avait voulu préserver, malgré lui. Outre les trois derniers volumes de "La Grande patience" fortement autobiographiques et centrés sur la seconde guerre mondiale, au temps de sa jeunesse, Bernard Clavel nous entraîne dans les aléas de la Libération, dénonce les morts inutiles des dernières semaines de la guerre dans cette région, décrit la peur et les représailles dans ces villages au-dessus de Lons-le-Saunier qu’il connaît si bien, le dilemme de ces familles écartelées entre plusieurs pays et ennemies malgré elles comme ces "malgré eux" alsaciens face à un choix impossible. [10]

Un art… une loyauté

Riter, l’ami de Julien Dubois, rappelle à propos d’un de ses officiers, que pour Balzac, « la gloire est le soleil des morts, » expression que reprendra Bernard Clavel comme titre d’un roman en hommage à son oncle Charles Mour [11] où il s’interroge sur les ressorts de la haine et du sentiment de revanche et de leur récurrence chez les "braves gens" du peuple. [12] Bernard Clavel aime "la belle ouvrage", non seulement il ne s’en est jamais caché mais il l’a souvent clamé et son œuvre en est imprégnée. On en trouve maintes illustrations, par exemple dans cette interview où il dit : « J’aime la matière, c’est ce que je regrette le plus dans la peinture. Le papier, l’encre, tout cela m’est nécessaire. […] J’aime les outils, je les collectionne, et pour moi un stylo est un outil auquel la main s’habitue. On s’y attache, on l’aime très vite. Il fait amitié avec la main. » [13]

 

C’est l’amour pour ce monde de travailleurs manuels, paysans et ouvriers, qu’on peut juger désuet par certains côtés, qu’on lui a parfois reproché, avec ce qu’il contient de péjoratif pour le travail manuel. Son côté retro tient sans doute aussi à son appétence pour la nature, son goût marqué pour la campagne, la montagne et le froid, [14] ce peu d’attrait pour la ville qu’il décrit sans aménité dans Le Voyage du père où la neige lyonnaise est sale et poisseuse, deux univers qu’il oppose dans L’Homme du Labrador entre les fascinantes étendues glacées du Labrador et les tristes vieux quartiers de Lyon.

 

Son humanisme –et sa propre expérience- l’amène à évoquer les liens qui se tissent peu à peu entre les ouvriers, la solidarité qui en est le ciment et qui permet de résister à l’oppression d’un patron comme Julien Dubois dans La Maison des autres ou de revendiquer un minimum de dignité, le juste prix de leur labeur comme les canuts, ces ouvriers de la soie lyonnaise dans La Révolte à deux sous. L’oncle de Julien, syndicaliste convaincu, le met en garde contre tout paternalisme pernicieux, le prévenant « qu’il est impossible d’être copain avec un patron sans finir par être sa victime. » Ces hommes n’en exercent pas moins des métiers difficiles qui rendent les mains rugueuses et la peau hâlée, durs à la tâche, qui par exemple dirigent leurs embarcations dans les flots tumultueux du Rhône [15] ou qui, comme Bernard Clavel dans sa jeunesse a bûcheronné et vendangé du côté de Château-Chalon dans le Revermont jurassien et connaît le prix de la sueur. La nature est belle mais pas toujours magnanime envers les hommes.

 

Ces personnages qu’il choisit comme archétypes appartiennent à sa vie, ce sont souvent des gagneurs, des "self-made-men" qui savent ce qu’ils veulent même si finalement ils échouent comme Le Seigneur du fleuve, « tout remonte à mon enfance et à mon adolescence, tout vient de mon expérience » confie-t-il dans une interview. »

 

Notes et références
  1. Extrait de son interview dans Magazin de Bucarest, novembre 1966
  2. ] « Il existe aussi des raisons d’ordre purement artistique » exposées dans son album "Célébration du bois", précise-t-il dans une interview
  3. Voir ses deux derniers textes, le roman "Les grands malheurs" et sa préface "La peur et la honte" à l’ouvrage de Nakazawa Keiji "J’avais 6 ans à Hiroshima. Le 6 août 1945 8h15 "
  4. Référence à Hermann Melville
  5. Interview dans Liberté de mars 1967
  6. Voir "Jeunes frères ennemis", revue Europe, novembre 1965
  7. Voir "Un homme en colère", Maryse Vuillermet, 2003
  8. Titre du deuxième tome de la série Les Colonnes du ciel
  9. Dans le dernier tome de la série, intitulé "Les Compagnons du Nouveau monde"
  10. Voir le récit-témoignage "Marthe et Mathilde", Pascale Hugues, éditions Les Arènes, 305 pages, 2009
  11. L’oncle Charles Mour, capitaine, combattra dans les deux guerres mondiales et dans les bataillons d’Afrique.
  12. Bernard Clavel se réfère à une citation de Romain Rolland, qu’il admirait particulièrement : « Ce sont les "braves gens" qui font l’éternité des fléaux criminels dont l’humanité est martyrisée : ils les sanctifient par leur acceptation héroïque. » C’est là tout le thème de son roman "Le Soleil des morts".
  13. Interview à Magazin de Bucarest, novembre 1966
  14. Sur le thème de son attirance pour le froid, pour les paysages du Haut-Doubs ou du Canada, on peut citer Terres de mémoire et son album intitulé simplement L’Hiver
  15. Patrons de bateaux, nautoniers qu’on retrouve dans les trois romans suivants : "Le Seigneur du fleuve", "Brutus" et "La Table du roi".

 

 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 14:36

Josette Pratte : Les Persiennes

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Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juillet 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

Référence :
Les Persiennes, Josette Pratte, éditions Robert Laffont, 276 pages, 1985, isbn 2-221-04835-0, illustration Jérôme Coudrey

 

Les Persiennes est un roman de l’écrivaine québécoise Josette Pratte, qui décrit le combat d’une femme pour s’accrocher à un amour devenu impossible.

 

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Présentation et sommaire

Josette Pratte a placé en épigraphe cette citation de Georges Bernanos : « L’enfer, Madame, c’est de ne plus aimer. »

« Les persiennes sont tirées. Un jour blanc, léger, souligne les fentes. » Ainsi commence le huit-clos de Margot, une femme cachée derrière les persiennes de sa maison, prisonnière de son propre univers, qui guette l’arrivée de son mari et de sa maîtresse.

 

Les persiennes sont comme les grilles d’une prison où elle s’est volontairement enfermé, prisonnière de sa passion pour cet homme qu’elle a longtemps porté à bout de bras, qui lui doit tout et qui la quitte pour cette Christine dont elle ne peut prononcer le prénom et qu’elle appelle "la pute". Prisonnière de cet amour-passion qui lui permet de vivre et en même temps l’empêche de vivre.

 

Robert doit venir dans cette grande maison de campagne, la Gordanne, pleine de leurs souvenirs, pour prendre ses affaires personnelles, tout ce qu’il a laissé dans son atelier de peintre. Interdiction pour elle d’être présente : ainsi l’a voulu la justice des hommes.

 

Mais Margot s’est murée dans sa chambre. Elle attend en caressant le rêve fou que leur histoire peut continuer, qu’elle peut reconquérir celui avait qui elle a vécu pendant trente ans. Robert arrive mais avec Christine sa jeune maîtresse et Odette une de ses amies, qui l’a trahie. Elle va les épier ainsi pendant deux jours et une nuit, en toute une vie qui par bribes défile dans sa tête. Elle se sent défaite et tâte de temps en temps le vieux revolver qu’elle a apporté.

 

Situation poignante faite de cris d’amour et de haine d’une femme qui ne parvient pas à faire le deuil de son amour. Son désespoir est fait de tentations qui se focalisent sur ce révolver support de tous ses fantasmes. C’est lors du départ de Robert, son départ de la maison avec le camion de déménagement, qu’elle réalise l’inéluctable, départ définitif, il ne reviendra pas. Cette fois elle le sait au profond d’elle-même, la page est vraiment tournée. Mais elle ne baissera pas les bras, non, elle se battra en décidant péremptoirement : « C’est la guerre ! »

Bibliographie

  • Josette Pratte, " Et je pleure ", éditions Robert Laffont, 1981
  • Josette Pratte, "Les Honorables", éditions Robert Laffont, 1996
  • Josette Pratte, Bernard Clavel, Œuvres complètes de Bernard Clavel
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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 14:28

Les Honorables de Josette Pratte

<<<< Voir aussi Les Persiennes >>>>

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juillet 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

Référence : Les Honorables, Josette Pratte, éditions Robert Laffont, 292 pages, 1996 2-221-08258-3, couverture Xavier Prinet ‘Coin canapé’ (1926)

Les Honorables est un roman de l’écrivaine québécoise Josette Pratte, qui décrit la "bonne" société québécoise des années à l’aube et pendant la seconde guerre mondiale.

 

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Présentation et sommaire

Josette Pratte, originaire du Québec où elle est née en 1951 et qu’elle ne quitte qu’en 1978 pour venir en France, nous fait pénétrer dans la vie quotidienne d’une grande famille québécoise dans ces années quarante de la guerre en Europe. Elle brosse à travers cette saga un monde qu’elle a bien connu et croque avec bonheur des personnages plus vrais que nature.

1- De l’automne 1938 – l’hiver 1938-39
2- L’été 1939
3- Les temps de guerre : 1939-42
4- Les temps de guerre : de l’été 1942 à Octobre 1945

La famille Desrosiers

Cette famille, l’une des plus importantes du Québec, repose sur le patriarche –l’Honorable dit-on là-bas- Elzéar Desrosiers, un homme vieillissant, ancien magistrat qui règne encore sur son clan. De caractère autoritaire et plutôt râleur, aux idées bien arrêtées sur les devoirs et obligations de sa caste, il dirige d’une main ferme sa propriété de la Grande-Allée et sa domesticité, sa campagne du Bas-du-Fleuve ainsi que sa maisonnée, ses deux filles Virginie et Daphnée, son fils Ernest et son gendre, "l’honorable" Adjutor Duguay. Seuls ses trois petits-enfants Charles, François et surtout Gabrielle savent toucher son cœur et obtenir de lui ce qu’ils veulent.

Virginie est à son aise, se sent bien entre un mari, édile local qu’elle admire et ses trois enfants. Sa sœur Daphnée se sent plutôt à l’étroit dans cette société étriquée, à la recherche de quelque chose d’autre qu’elle a du mal à définir. Elle va tomber amoureuse d’un riche canadien anglais protestant. Il est tout ce que le clan Desrosiers n’est pas et Elzéar ne peut admettre ce qu’il considère comme une rébellion, une atteinte à ses prérogatives. Débat classique entre l’amour et la pression familiale qui va briser le cœur de Daphnée. Elle va finalement e résoudre à se fiancer à un jeune avocat qui plaît à la famille mais qui va rapidement s’engager et partir à la guerre pour la ‘vieille Europe’.

Les temps de guerre

Cette guerre lointaine qui ravage l’Europe puis va s’étendre au Pacifique, partage les Canadiens qui se demandent s’il faut aller se battre pour l’Europe, pour ces deux pays colonialistes qui les ont conquis et occupés.

La ‘Belle province’ renâcle puis finit par céder à l’effort de guerre. Elzéar Desrosiers reste assez insensible à toute cette agitation contraire à son tempérament, qui gagne peu à peu toute sa maisonnée et sa fille Delphine la première. Pour les représentants de cette génération, c’est aussi les assises de leur société qu’ils ont tant aidé à bâtir, que la guerre menace de remettre en cause.

 

La guerre et l’occasion de dépasser les clivages entre Canadiens français et anglais, qui aiment à ressasser le passé et à marquer leurs différences. La cohabitation est difficile mais Daphnée participe au mouvement et se lance à corps perdu dans l’effort de guerre, organisant des défilés de mode, action pédagogique visant à développer l’esprit civique de ses concitoyens et de dégager ainsi des fonds pour les industries d’armement.

 

La guerre à présent est finie et le 2 octobre 1945, c’est la fête au pays, Elzéar Desrosiers regarde le Royal 22e régiment qui revient triomphalement de la vieille Europe. Son futur gendre Maurice, le fiancé de Daphnée, en fait partie, lui l’engagé volontaire dès 1939, parti donc depuis quelque six années. Daphnée est ainsi rattrapée par son passé et voit l’ombre portée de son amour pour Frederick Dobell s’éloigner irrémédiablement.

 

Main il semble bien que la guerre ait impact durablement la stabilité de cette société et que désormais, rien ne puisse être comme avant. 

Interview de l'auteure
 

« Je mets très longtemps à écrire quelque chose. J’ai mon propre rythme. Pour moi, il faut donner le temps au personnage et au monde d’exister. J’ai beaucoup de mal à accepter ce que je fais aussi. Ce sont des thèmes différents, d’écriture différente. Moi ce qui m’anime, c’est comprendre les êtres et donc, au fond, se comprendre, ou comprendre des morceaux de soi et les aimer. Pour moi l’essentiel est d’arriver à être soi; là est la force, arriver à trouver sa personnalité, l’affirmer, être soi et n’être que soi

Bibliographie
  • Josette Pratte, " Et je pleure ", éditions Robert Laffont, 1981
  • Josette Pratte, "Les Persiennes", éditions Robert Laffont, 1985
  • Josette Pratte, Bernard Clavel, Œuvres complètes de Bernard Clavel
Liens externes

BookNod Josette Pratte à Apostrophe en 1985

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 14:07

Josette Pratte : biographie


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<<<<<< Voir aussi son roman Les Honorables >>>>>>

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juillet 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>


Josette Pratte, l’épouse de l’écrivain Bernard Clavel, est un écrivain canadien née à Québec en août 1951. À dix ans, elle perd sa mère, dont elle a brossé un portrait émouvant dans son premier roman : "Et je pleure". Interrompant des études de lettres qu’elle suivait à Montréal, elle part faire un séjour en Angleterre. Quand elle revient dans son pays natal, elle travaille dans différentes maisons d'édition.

 

A la fin de l’année 1977, invité pour une semaine au Québec, Bernard Clavel y rencontre sa future femme Josette Pratte. Depuis 1979, elle vit principalement en Europe avec son mari Bernard Clavel et jusqu’au décès de ce dernier en octobre 2010. Elle l’a soutenu dans l’adversité, depuis qu’un certain 27 octobre 2003, une attaque vasculaire laissait son mari handicapé du côté gauche, qui dira après quelques jours de coma : « J'écris. J'écris dans ma tête. »

 

Ce combat contre et avec les mots, il le mènera avec Josette Pratte, sa femme, elle aussi écrivain, juge impitoyable des œuvres qu’il lui soumet et qu’il corrigera jusqu’à ce qu’elle en soit satisfaite. « Je n'aurais pas écrit pareillement sans elle. C'est dur, la vie d'un couple d'écrivains. On ne vit jamais à deux, mais entourés de nos personnages. Et on s'engueule beaucoup à cause d'eux  »commente Bernard Clavel. [1] Il disait volontiers que son mariage avec Josette Pratte lui a permis de donner à son œuvre une deuxième vie. [2] Elle lui a apporté de nombreux livres, à commencer par sa grande fresque romanesque Le Royaume du Nord, inspirée par l'aventure des pionniers canadiens.

 

Durant ses dernières années, une grande photo trône dans sa chambre, un immense paysage neigeux autour de qui évolue une femme qui marche ; c’est sa femme Josette. Cette photo qu’il a sous les yeux et dont il dit « Pour moi, c'est la photo du bonheur. » En novembre 2011, elle a participé au cinquantenaire de l'Union Pacifiste [3] où ont été lus des textes pacifistes de Jean Giono et de Bernard Clavel. [4]

 

Elle est l’auteure de romans comme Et je pleure en 1981, Les Persiennes en 1991 ou Les Honorables en 1994. Elle a participé à quelques œuvres de son mari, [5] à des adaptations [6] et lui a apporté son concours pour Le Royaume du Nord, une grande fresque en six tomes qui se passe au Canada, son pays natal. Elle a également collaboré à la publication des œuvres complètes de Bernard Clavel aux éditions Omnibus.

 

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  Bernard Clavel et Josette Pratte                         Josette Pratte : Les Honorables    et    Les Persiennes

Citations
  • « Le meilleur moyen de garder un homme, c’est de le faire souffrir. » Et je pleure
  • « La femme abandonnée doit se contenter d'exister. » Les persiennes

  Notes et références

  1. Voir l’article du Nouvel observateur : Disparition de Bernard Clavel
  2. Cité dans la fiche Auteur de son éditeur Albin Michel
  3. voir la revue Emancipation du 14 septembre 2011
  4. Rencontre autour du livre pacifiste à la Mairie du I3ème, Place d’Italie, 75013 Paris. Présentations des œuvres pacifistes de Jean Giono et Bernard Clavel, avec la participation de l’Association Jean Giono et de Josette Pratte. Exposition-vente de livres et de journaux pacifistes.
  5. Par exemple, ils ont écrit ensemble l'album "Félicien le fantôme", édition Jean-Paul Delarge, 1980
  6. Par exemple, adaptation de la série historique de Bernard Clavel "Les Colonnes du ciel" pour la télévision, avec Michel Bouquet dans le rôle principal, voir Les Colonnes du ciel

  Bibliographie

  • Josette Pratte, "Et je pleure", 1981
  • Josette Pratte, "Les Persiennes", 1991
  • Josette Pratte, "Les Honorables", 1994
  • Josette Pratte, "L’énigme Charest", éditions Boréal, novembre 1998
  • Josette Pratte, Bernard Clavel, "L'Irlande", Regards sur l'Europe, France Loisirs, 1993, ISBN 2-7242-6710-9
  • Josette Pratte, L'univers clavésien, "A partir du réel... et au-delà du réel", colloque de Bordeaux, éditions Ardua, 2003
Voir aussi

Josette Pratte et Bernard Clavel à Courmangoux : Portrait, Courmangoux Bibliothèque
Les deux articles de Culture Libre Le Revermont et wikipedia Courmangoux (rubriques Personnalités et Patrimoine culturel)

 

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Josette Pratte inaugurant l'école de Dommartin (69), la bibliothèque de Roissiat-Courmangoux (01)

 

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Josette Pratte inaugurant le Parc de Vernaison (69)

 

 

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