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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 06:03

 


« Lucien Febvre est un véritable "prince de l'histoire". » Fernand Braudel

Même s'il est peu connu du grand public, Lucien Febvre (1878-1956) compte parmi les plus grands historiens du XXe siècle. Son actualité pourrait fort bien se résumer dans cette citation : « L'Histoire est seule capable... dans un monde en état d'instabilité définitive, de vivre avec d'autres réflexes que ceux de la peur".. »

Dès le début des années 1920, il rêve d'éditer une revue novatrice qui envisage l'histoire comme une discipline au cœur de l'évolution de la condition humaine, loin de la vision statique de l'histoire qui était celle de ses contemporains.

 

       
          Lucien Febvre : Vivre l'Histoire et Face à l'Histoire

 

Sa vision de l'Histoire repose sur deux critères essentiels : elle doit s'étendre aux sciences sociales et refuser tout rapport de causalité. Il va les mettre en pratique avec Marc Bloch qui fondent en 1929 Les Annales d'histoire économique et sociale, embryon d'une école historique d'où naîtront par exemple histoire de l'alimentation, de la mort, de l'amour…

 

            



Dans cette logique, il s'est opposé au mouvement historique précédent, basé sur la prééminence du document et de l'objectivité dans le travail de l'historien, alors que lui voulait établir des liens entre géographes, économistes, sociologues et historiens. 

 

 

 

Par cela aussi, il s'est largement différencié de Jules Michelet, même si on a pu leur trouver une certaine sensibilité commune et s'il a écrit une fort belle biographie de Michelet

 

          
Sa correspondance avec Marc Bloch et Henri Berr

 

Il deviendra titulaire de la chaire d'histoire de la civilisation moderne au Collège de France de 1933 à 1949), concepteur d'une grande œuvre, L'Encyclopédie française composée de onze volumes publiés entre 1934 et 1940. Si son œuvre est importante, elle est multiple, comportant livres, articles, comptes rendus de lecture, correspondance...





Outre son encyclopédie, il a écrit des ouvrages importants sur la Franche-Comté, un ouvrage central dans l'évolution de la conception de l'Histoire, Philippe II et la Franche-Comté, terre de ses ancêtre ainsi que sur L'histoire religieuse au XVIe siècle.

 

                 

 

Philippe II et la Franche-Comté est très représentatif des idées de Lucien Febvre. Son sous-titre est à cet égard fort révélateur et montre bien l'interconnexion entre les disciplines : Étude d'histoire politique, religieuse et sociale. La réédition parue chez Perrin en 2009 inclut d'ailleurs une préface d'Emmanuel Le Roy Ladurie, l'un des principaux animateur des Annales.

Il aborde ainsi aussi bien la géographie comtoise, les pratiques marchandes, les rapports contre les pouvoirs et la psychologie collective de l'époque. La génération suivante, en particulier Fernand Braudel, Emmanuel Le Roy Ladurie et Pierre Goubert, prendra volontiers modèle sur cet ouvrage.

 

     

 

Homme visionnaire et d'une prodigieuse érudition qui, dans le livre "Lucien Febvre, Vivre l'histoire" nous donne des commentaires éclairants d'œuvres d'historiens comme par exemple Camille Jullian, Fernand Braudel, Henri Pirenne, Marc Bloch, Arnold Toynbee... Homme multiple dont l'écrivain Léon Werth, son voisin de Saint-Amour, écrivait : « Je l'ai vu extraire de vieilles pierres, la vie. »

 

Note sur l’historiographie

L'historiographie a pour objectif d'explorer les conceptions de l'histoire et les pratiques des historiens : comment et avec quels outils ils interrogent le passé, et dans quels buts. En faire le bilan, c’est indiquer comment elle s’est peu à peu constituée et présenter l'histoire telle qu'elle se pratique aujourd'hui à la lumière de son évolution. Car l’histoire se renouvelle et la façon de l’aborder est fortement liée à "l’ici et maintenant" et conditionne le renouvellement des approches.

L’historiographie, cette forme "d’histoire dans l’histoire", représente une démarche particulièrement importante dans une époque comme la nôtre, qui interroge le passé et la mémoire, éclairant un rapport parfois douloureux aussi bien au passé que souvent au présent.

 

   Marc Bloch et Lucien Febvre



En ce sens, le rôle joué par le courant des Annales et ses deux fondateurs Lucien Febvre et Marc Bloch, a été déterminant dans l'historiographie et la manière de concevoir l'histoire. Remettant en cause l'approche de l'école méthodique [1] de Lavisse et Seignobos, trop centrée sur les techniques d'’étude des textes, ils vont modifier en profondeur la vision qu'on pouvait avoir alors de l'histoire.

Le courant des Annales s’est d’abord intéressé aux évolutions socio-économiques puis avec Fernand Braudel à la dimension sociologique, base de ce qu’il a appelé "l’économie-monde". Le rôle du témoignage n’est plus central et devient un outil puisé dans n'importe quel domaine de la connaissance.
 

Dans l’esprit de Braudel, des historiens comme Emmanuel Le Roy Ladurie ou [2] Pierre Goubert vont choisir la « longue durée » plutôt que le temps court de l'histoire événementielle, passant par une relecture critique des sources sous l’impulsion d’hommes comme Georges Duby. [3] Avec Pierre Nora et Jacques Le Goff en particulier, le champ de la recherche s’étendra peu à peu à l’étude des mentalités.
Cette extension de l’historiographie implique alors une orientation vraiment pluridisciplinaire.

 

           

 

Notes et références
[1] Mouvement au rayonnement considérable qui reçut le soutien des grands historiens de l'époque tels que  Duruy, Taine, Fustel de Coulanges, Renan ou Jules Michelet.
[2] Voir notamment Montaillou village occitan ou Le siècle des Platter.
[3] Voir notamment Le dimanche de Bouvines ou Guillaume Le Maréchal

Voir aussi
* Mon fichier sur la présentation de Lucien Febvre --
* Lucien Febvre  
Penser et vivre l’honneur -- Georges Duby, Sur les traces de nos peurs --
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<< Christian Broussas, Febvre II, 13/08/2021 © • cjb • © >>
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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:56

 Référence : Daniel Cordier, La victoire en pleurant : alias Caracalla 1943-1946, éditions Gallimard Témoins, Édition établie et annotée par Bénédicte Vergez-Chaignon avec la collaboration de Paulin Ismard et Yann Potin, juin 2021

 

 

En juin 2021, quelques mois après le décès de Daniel Cordier en novembre, son éditeur publie « La victoire en pleurant », second tome de ses mémoires de résistant, ouvrage qu'on peut considérer comme le véritable testament de l'ancien secrétaire particulier de Jean Moulin.
Son désir d'écriture est née de sa colère de constater les attaques dont était victime Jean Moulin, accusé d'avoir été un "cryptocommuniste", voire un agent bolchevique.

 

           

 

Après les 4 tomes de son immense biographie de Jean Moulin dont il a été le secrétaire, Daniel Cordier s'est attelé à raconter "sa" guerre, quand il prit le pseudonyme de Caracalla. La période qui nous intéresse ici va du lendemain de la mort de Jean Moulin en juin 1943 jusqu'en janvier 1946, date de sa démission de la DGER [1], due à l'affaire Passy. [2] Pendant ces deux ans et demie, Daniel Cordier a évolué du Paris occupé à l'Espagne, en passant par Londres, avant de revenir dans la capitale enfin libérée.

 

           
                        Daniel Cordier chez lui à Cannes en 2012

 

Ses activités sont en fait fort diverses, évoluant au gré de son parcours, d'abord le Résistant clandestin, le bureaucrate à Londres et à Paris, puis la diplomatie secrète en Espagne et collent en fait à l'histoire mouvementée des années 1943-1946. On est ainsi confronté aux conflits qui remuent la direction de la Résistance après la mort de Jean Moulin, aux idées contrastées des intellectuels vivant dans le Paris occupé de 1943-1944, dont il est amené à rencontrer des gens tels que Jean-Paul Sartre, Albert Camus ou Pierre Kaan.

 

Il participera avec Stéphane Hessel à la rédaction du livre blanc du BCRA [3], suivra le procès de Charles Maurras, lui l'ancien membre de l'Action française, assistera à la démission du général De Gaulle en janvier 1946 et aux discussions avec André Malraux et le colonel Passy sur cette question.

 

           

 

Au-delà de ces aspects publics, il renoue avec sa famille et ses amis passés eux aussi par l'expérience de l'Occupation et découvre la peinture au muse du Prado, ce qui va changer sa vie puisqu'il choisira, comme Jean Moulin (belle coïncidence !) de se lancer dans la vente de tableaux.

 

 

Cet essai-témoignage est d'abord une analyse de la situation de la Résistance française après la mort de Jean Moulin. Sur cette période, Bénédicte Vergez-Chaignon nous dit que « avec la création de l’Armée secrète, du Conseil de la résistance, les résistants avaient franchi une première étape mais restaient toujours en péril, coupés de Londres et d’Alger pour des raisons matérielles et donc très fragiles, à la merci des répressions ».

L'après-guerre n'est pas non plus à la hauteur des espoirs placés en lui. Cette "victoire en pleurant" est celle de la désillusion ambiante où Daniel Cordier ne reconnaît ni les milieux d'extrême droite dont il est issu, ni cette France de 1944 qui lui semble être devenue étrangère.

 

 

Notes et référence
[1] La DGER est l'ancêtre du SDECE, service du contre espionnage français, devenu depuis la DGSE.
[2]
 André Dewavrin alias le colonel Passy, chef du BCRA
[3] Le BCRA, Bureau central de renseignements et d'action, service gaulliste basé à Londres

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<< Christian Broussas, Cotdier II, 10/08/2021 © • cjb • © >>
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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:32

 Référence : Jean-Paul Cointet, Hippolyte Taine, Un regard sur la France, éditions Perrin, 440 pages, 2012

« J'ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure.  »  Taine

Je profite de la réédition de cette biographie de Jean-Paul Cointet consacrée à Hippolyte Taine pour écrire cette fiche après celles que j’ai consacrées à ses contemporains Jules Michelet et Ernest Renan.

 

               



J’aurais tendance à écrire sur Taine (1828-1893) un peu la même chose que pour Renan. Il a aussi joué un rôle considérable, eut beaucoup d’influence à son époque sur la façon d’envisager l’histoire et malgré tout, il n’est plus guère lu maintenant justement sans doute parce que ses idées ont si bien été intégrées qu’elles paraissent maintenant tout à fait naturelles.

 

Comme l’écrit l’auteur, « on a du mal aujourd’hui à se représenter l’importance, pour plusieurs générations, en France et dans le monde, de son œuvre. » Ce frondeur  n’était pas en odeur de sainteté chez les autorités du Second Empire. Il a appliqué la méthode scientifique à l’étude de l’histoire, discutant le mythe révolutionnaire pour « remonter aux sources de notre modernité. »

 

           

 

Taine et Renan se connaissaient fort bien, ce dernier assista à son mariage avec Thérèse Denuelle en juin 1868 et ils furent voisins à Boringe, sur les bords du lac d’AnnecyTaine possédait une propriété. Mais les deux hommes, souvent en rivalité, ne s’appréciaient pas vraiment.

Il fut aussi un grand voyageur, critique d'art réputé, philosophe de l'histoire guidé par la passion de la vérité et un excellent écrivain. Il connut le succès avec des œuvres comme Voyage aux Pyrénées, Histoire de la littérature anglaise, De l'intelligence mais c’est surtout avec Les Origines de la France contemporaine, publiée entre 1875 et 1893, qu’il fut reconnu comme l'un des plus grands historiens français de son époque.

 

                

« Le moyen de s'ennuyer est de savoir où l'on va et par où l'on passe.  »  Taine

 

Taine s'intéresse beaucoup à l'histoire contemporaine même s’il répugne à tout engagement politique. Comme Guizot, il admire le modèle politique anglais et serait plutôt pour une monarchie constitutionnelle, ce qui n'arrange pas ses affaires avec les autorités du Second Empire. Très marqué par l'épisode de la Commune qui l’oblige à fuir Paris, il se rallie à la République conservatrice de Thiers qui lui semble proche d'une monarchie modérée. [1]

Il collabore à plusieurs publications dont La Revue des Deux Mondes et le Journal des Débats, participant aussi à la création de l’École libre des sciences politiques (sciences po) fondée par son ami Émile Boutmy.

 

         



Il fut aussi un grand voyageur en France,en Angleterre où il fit trois séjours, dont il appréciait le régime et la culture libérales avec des auteurs comme John Stuart Mill, en Allemagne avec des philosophes comme Hegel qu’il lit en allemand ou encore Herder et également en Autriche et en Italie.
Sa liaison avec la romancière allemande Camille Selden dura près de dix ans avant son mariage avec Thérèse Dénuelle.

 

Son image brouillée est sans doute le résultat du conservatisme de l'homme comparée à la curiosité de l'historien et à la difficulté de cerner une pensée complexe. Elle s'explique aussi  par la diversité de son œuvre, depuis son guide touristique Voyage aux eaux des Pyrénées (1855), sa thèse sur Les Fables de La Fontaine (1860), ses tableaux de mœurs dans Notes sur Paris, Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge (1867) ou des essais comme Les philosophes français du XIXe siècle (1857) et L’histoire de la littérature anglaise (1864).
Son malheur fut aussi que son image a été récupérée par des réactionnaires comme  Maurice Barrès ou Charles Maurras.

 

 

              



Notes et références
[1] On pourrait lui reprocher de s’être opposé, à partir de 1870, au suffrage universel « par réelle peur sociale » écrit l'auteur.

À Voir aussi
Jules Michelet -- Ernest Renan --
Les écrivains et la Commune --

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<< Christian Broussas, Cointet/Taine, 30/07/2021 © • cjb • © >>
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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:14

              
                            Dumouriez par Rouillard 1837
 

Agrégé d’histoire et docteur en lettres, Jean-Pierre Bois, spécialiste en particulier des relations internationales, s'est surtout spécialisé dans les biographies, publiant celles de Maurice de Saxe (Fayard, 1992), Bugeaud (Fayard, 1997), Dumouriez (Perrin, 2005), Don Juan d'Autriche, Le héros de toutes les nations, (Tallandier, septembre 2013), La Fayette, la liberté entre révolutions et modération (Perrin, septembre 2015).

 

         
Mémoires de Dumouriez             La bataille de Valmy

 

Du prestigieux général devenu paria, aucune place ou avenue en France, Charles-François Dumouriez (1739-1823) est souvent considéré comme un traître, traître à la Révolution, en tout cas à une certaine Révolution qu'il considère comme une dérive autoritaire.

 

À l’âge de 53 ans, vainqueur à Jemmapes et à Valmy le 20 septembre 1792 puis à Jemmapes le 6 novembre suivant,nimbée dans sa gloire, il va abandonner la Révolution à laquelle il doit tant mais qui lui doit aussi beaucoup. Né en 1739, maréchal de camp en 1789, Dumouriez est connu pour avoir conduit des missions secrètes entre 1764 et 1773 ou pour son commandement à Cherbourg depuis 1778.

 

        
Le tilleul de Jemappes           La bataille de Jemappes



La Révolution lui a d'abord permis de relancer sa carrière : ministre des Affaires étrangères puis général en chef des armées, entre mars et novembre 1792, il dirige  la politique extérieure française.

La rupture va se produire quand la Révolution se radicalise. Profitant de la bataille de Neerwinden le 18 mars 1793, il pense pouvoir dissoudre l'Assemblée Nationale pour rétablir la monarchie constitutionnelle prévue par la Constitution de 1791. Mais Mars est contre lui et, après la défaite, il est obligé de s'exiler en Angleterre.

 

              
Dumouriez par Houdon      Dumouriez à la Société des amis de la liberté



Proscrit, Dumouriez va vivre une trentaine d'années, écrivant des essais sur le libéralisme et le rôle des petites nations. Ni Napoléon qui se méfiait de lui, ni Louis XVIII ensuite, qui ne lui pardonne pas son attachement aux Orléans et ses activités de conseiller auprès du futur duc de Wellington, ne pouvaient accepter son retour en France.

 

           
Dumouriez & Thermidor    L'arrestation de Dumouriez

 

Pendant toute cette époque, le proscrit complota souvent contre la France, offrant d'abord ses services au tsar Paul 1er, à l'Angleterre qui lui octroya une pension puis en 1807 à Gustave de Suède mais la paix de Tilsitt ruina ses espoirs.  

 

   Dumouriez à la tête de son armée



C'est au Portugal et en Espagne qu'il aura le plus d'influence, mettant en particulier au point une technique de guérillas qui a beaucoup aidé à résister aux armées napoléoniennes et a longtemps servi de référence en la matière.

Dumouriez meurt en Angleterre à Turville-Park dans le comté de Buckingham où il repose encore, mais son nom figure cependant sur l'Arc de triomphe.

 

    Dumouriez à Mons en Belgique

 

Repères bibliographiques

  • Jean-Piere Bois, Dumouriez : héros et proscrit : un itinéraire militaire, politique et moral entre l’Ancien régime et la Restauration, Paris : le Grand livre du mois, 2005. 484 p.
  • Isabelle Henry, Dumouriez : Général de la Révolution, 2002
  • Sophie de Lastours, Fers croisés sur Dumouriez (1739-1823), éditions L'Harmattan, 2013

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<< Christian Broussas, Dumouriez 23/07/2021 © • cjb • © >>
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21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 21:21

Chroniques d'histoire

Référence : Emmanuel de Waresquiel,Tout est calme, seules les imaginations travaillent, éditions Tallandier, 256 pages, mai 2021

 

 

L'historien ne se borne pas toujours à être un témoin du passé, il peut aussi comme Emmanuel de Waresquiel, s'intéresser au présent. Il le dit lui-même : « On ne peut être curieux du passé sans l’être aussi du monde qui nous entoure. »

 

         

 

L'historien cependant reste lucide, ajoutant que « À force d’habiter le passé, c’est le présent qui me semble étrange... L’expérience du temps donne parfois à l’actualité des allures dérisoires, elle nous fait apercevoir ses inconséquences et sa fragilité. Les visages changent, mais la grimace reste la même. Ces exercices-là ne sont pas dépourvus de dangers. »

 

                

L’historien est un homme qui se méfie des apparences, lucide quant à l’idée que la Raison gouvernerait le monde, taraudé par le besoin de comprendre avant de se lancer dans l’écriture. Autant de qualités pour porter un œil personnel sur notre société.

Il revient sur la fameuse formule de la « fracture sociale » créée par des socialistes et reprise par Jacques Chirac lors des élections de 1995. Depuis, elle est réduite à sa dimension socio-économique, agir sur la redistribution des richesses, réduire le chômage et les inégalités. Pour aller plus loin, il faut en passer par l'Histoire pour saisir la complexité des fractures qui sont en nous.

Dans le genre ambivalent, les Français ont la palme parce qu’ils possèdent une double culture héritées de l’Ancien régime basé sur des hiérarchies complexes, sur les privilèges et de la Révolution basée sur le principe d’égalité.
Le résultat est surprenant : le chef est aussi détesté que respecté. Comme le note l’auteur, « tout en léchant les bottes de notre supérieur, nous avons furieusement envie de lui couper la tête. »

Ce genre de paradoxe bien français s’ explique par la multitude des « fractures sociales » dont certaines secrètes, cachées, où plane l’ombre de la Révolution.

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<< Ch. Broussas, Tagore 21/05/2021 © • cjb • © >
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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 14:51

Référence : Jean Verdon Étonnant Moyen âge, éditions Perrin, 365 pages, avril 2021

 

Un moyen Age hors des sentiers battus. 50 histoires qui refont l'Histoire.

 

Jean Verdon, spécialiste du Moyen âge, aborde cette fois-ci cette période de l’histoire à travers 50 anecdotes qui donnent une couleur particulière aux représentations traditionnelles qu’on a en général.  

 

         

 

Le Moyen Age est souvent passée pour une période assez sombre et violente pour mieux l’opposer à la rayonnante Renaissance. Mais peu à peu, beaucoup d’historiens ont bouleversé cette image dévalorisée. À partir de ces travaux, Jean Verdon nous donne un visage du Moyen Age plus conforme à la réalité, qui n’est pas sans nous étonner par sa complexité et la modernité, Pour peu qu’on se replace dans cette époque sans tomber dans l’anachronisme.

C’est à partir de cet objectif que Jean Verdon a choisi des faits et des événements représentatifs de la vie et des mentalités des gens de ces temps médiévaux dont on peut retenir quelques exemples pris au hasard.

 

               



La campagne alors se différencie assez peu de la ville, on trouve parfois des animaux paissant dans les rues de Paris, ce qui n’était pas sans dangers comme ce cochon qui fit tomber de son cheval le fils aîné du roi Louis VI le Gros qui fut tué dans cet accident ! À fait divers, grave conséquence qui fit disparaître le prétendant au trône de France.

Les rapports sexuels entre époux étaient largement réglementés par l’Église, les seuls rapports sexuels tolérés étaient alors limités à un nombre réduit de jours, dans le seul but de procréation. Violer cet interdit pouvait selon les curés provoquer la naissance d’enfants infirmes...
L'Église se trouvait vers la fin du XIVe siècle et au début du XVe, dans une situation très difficile, écartelée entre trois papes, ou plutôt deux papes et un antipape (un pape non reconnu officiellement), provoquant anarchie et désordres.

 

               

Le cimetière médiéval est aussi très différent qu’aujourd’hui. Il est bien sûr réservé uniquement aux chrétiens, la séparation d’avec les vivants n’étant pas hermétique. Vers la fin du Moyen Age, des réglementations interdirent peu à peu aux habitants d'y résider, d’y faire du commerce, de tenir des réunions ou de s’y amuser.

L’espérance de vie était bien plus courte et la mortalité infantile considérable. Les voyages sont longs et aléatoires, les routes n’étant souvent pas très sures. Ils pouvaient durer des mois, voire des années pour les plus longs. L’horizon de la plupart des gens se circonscrit à leur commune. Les rois ne connaissaient pas forcément leur royaume, ils sont souvent des itinérants, transportant en de longues processions tous leurs biens.

 

         

 

La langue française est considérée comme la langue européenne, parlée par les classes dirigeantes de la plupart des pays. Les Anglais en particulier qui s’exprimaient en français depuis la conquête de leur pays en 1066 par Guillaume, le duc de Normandie.

Autant d’exemples qui peuvent maintenant nous paraître très surprenants et nous présentent en tout cas un autre Moyen Age, bien loin des présupposés habituels.

Voir aussi ma fiche :
Jean Verdon La vie quotidienne au Moyen âge --

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<< Ch. Broussas, Verdon Étonnant MA 05/05/2021 © • cjb • © >
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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 14:34

Ernst « Putzi » Hanfstaengl, le pianiste d’Hitler

Référence : Thomas Snegaroff, « Putzi », le pianiste d’Hitler, éditions

 


Ernst « Putzi » Hanfstaengl, le pianiste d’Hitler

 

Encore un personnage secondaire qui a pourtant joué un rôle important dans l’ascension d’Hitler. Leur amitié éclaire les débuts du futur führer, en donne un portrait de l’homme avant qu’il ne se soit figé dans l’histoire.
Thomas Snégaroff a mené une enquête rigoureuse pour ce livre qui balance entre roman et enquête historique et brosse un panorama intéressant de cet entre-deux-guerres plein de bruit et de fureur avant de déboucher sur l’horreur.

 

       
                                                                   Avec Hitler et Göring

Issu d’une famille importante en Allemagne, « Putzi » alias Ernst ‘Putzi’ Hanfstaengl a été  un homme d’affaires germano-américain mais également un ami proche d’Adolf Hitler qui fut son pianiste personnel et contribua à son l’ascension mais aussi à sa chute.

Souvent absent des manuels scolaires et des livres d’histoire, on le connaît assez peu. Ce n’est pas un des caciques du pouvoir nazi qui siège sur le devant de la scène, un personnage clé, on le présente plutôt comme celui qui distrayait et amusait Hitler avec ses talents de pianiste.

 

          Avec Hitler

 

Il naît à Munich le 2 février 1887, dans une famille privilégiée dont les parents côtoient le gratin artistique et musicale, recevant chez eux des artistes comme Strauss, Wagner ou Liszt. Il se partage entre États-Unis et Allemagne : son grand-père paternel fut un célèbre lithographe et photographe allemand qui fit le portrait des gens comme Wagner, Liszt, et Clara Schumann et son autre grand-père fut général dans l’armée de l’Union américaine et l’un des porteurs du cercueil d’Abraham Lincoln.

Le jeune homme est un passionné de musique qui pense surtout à interpréter ses musiciens favoris, au détriment de ses études.

 

         
Dans l'entourage d'Hitler ("putzi" est à gauche)

 

En 1905, il quitte l’Allemagne pour poursuivre des études littéraires à l’université d’Harvard, même s’il est toujours féru de musique. Il sera même invité en 1908 par le président Theodore Roosevelt à Washington pour jouer du piano.

L’année suivante, il dirige la filière américaine de l’entreprise familiale, la Franz Hanfstaengl Fine Arts Publishing House à New York. Bloqué aux États-Unis, il suit les débuts de  la Première Guerre mondiale et fait la connaissance du futur président Franklin D. Roosevelt qui aura plus tard beaucoup d’importance.

 

               

 

C’est après son retour à Munich en 1922, que son destin va basculer. Dans une Allemagne confrontée au chaos et à la défaite, il rencontre un vieil ami de fac qui travaille à l’ambassade américaine de Berlin et lui demande de s’occuper de son attaché militaire chargé d’analyser la situation politique allemande.
Ce dernier lui demande d’assister à sa place à une réunion du parti national-socialiste des travailleurs allemands à la brasserie Kindlkeller et d’y rencontrer un certain Adolf Hitler.

 

          
Hitler et Putzi (en partie cachée par Goebbels)

 

Et Putzi est sous le charme, séduit par sa force de conviction. Hitler fera merveille dans le milieu huppé où Putzi l’emmène. Il fait la connaissance de représentants de grandes familles bavaroises, les von Kaulbach et Bruckmann, les Bechstein, dont la femme souhaitera même que sa fille Lotte l’épouse.

 

                
Wilhelm von Kaulbach     Affiche C. Bechstein

 

Avec la famille Hanfstaengl, Hitler accède à la haute société bavaroise tandis que entre dans la confidence d’Hitler qui sera le parrain d’Egon, le fils de Putzi.

Après l’échec du putsch de Munich en 1923, Hitler se réfugie chez les Hanfstaengl. Quand la police encercle la maison pour arrêter Adolf Hitler, il semble qu’il ait voulu se suicider et qu’Helen, la femme de Putzi, soit intervenue à temps pour éviter l’irréparable. Hitler ne restera guère qu’un an en prison et il en profitera pour écrire le premier volume de Mein Kampf, que Putzi va aider à écrire, à financer et à publier.
À sa libération, Hitler sera de nouveau hébergé par les Putzi.

Après l’envol du parti nazi à partir de 1930 (presque 20% des voix aux législatives de 1930), Putzi deviendra chef du département de la presse étrangère, mettant son réseau à la disposition du Parti pour récolter des fonds et des adhésions, rencontrant des personnalités comme Mussolini et Churchill pour promouvoir l’image du Parti et de son chef.

 

       
                                               Hitler et Putzi de dos au piano

Hitler et Putzi vivront aussi une amitié sous les auspices de la musique. Hitler adorait se retrouver avec Putzi au piano jouant du List et surtout du Richard Wagner, lui disant même : « Tu es le plus pur des orchestres, Hanfstaengl. » Hitler aimait par-dessus tout la manière grandiloquente dont Putzi jouait, ce dont était parfaitement conscient ce dernier, écrivant dans ses Mémoires : « je possédais apparemment le don de jouer la musique qu'il aimait exactement dans le style orchestral qu'il aimait. »

Le fameux cri du Troisième Reich « Sieg Heil, Sieg Heil, Sieg Heil ! » aurait été d’un chant universitaire dont Putzi a parlé à Hitler, qui était au départ « Harvard, Harvard, Harvard, rah, rah, rah ! »

 

                   

 

La vie de Putzi va changer le 11 février 1937 quand Hitler le charge d’une mission assez curieuse de se rendre en Espagne pour préserver les intérêts allemands dans un pays en pleine guerre civile. Putzi y voit une tentative pour se débarrasser de lui, jugé trop "mou" par Goebbels et d’autres membres de l’entourage du führer, Une opportune panne d’avion à Leipzig lui permet de "déserter" et parvient à gagner l’Angleterre où il est immédiatement incarcéré puis emprisonné au Canada.

 

         
                                             L'université d'Harvard

Là, il tente de contacter le président Franklin D. Roosevelt, rencontré quelques années auparavant. Intéressé par les renseignements qu’il pourrait donner, Roosevelt obtient sa libération en 1942 et le fait verser dans un service spécialisé chargé d’établir un profil psychologique du Führer et d’analyser la propagande allemande.

Il va désormais participer à la campagne de déstabilisation psychologique du Troisième Reich. Il ira même en 1944 jusqu’à enregistrer au piano des œuvres de Debussy et de Wagner, avant de s’adresser au Führer lui-même pour le supplier d’arrêter cette guerre qui finira par détruire l’Allemagne. L’enregistrement fut diffuser dans toute l’Allemagne et retransmis en Angleterre.  
Mais c’est un homme encombrant qui sera de nouveau incarcéré en Angleterre jusqu’en 1946 avant d’être transféré en Allemagne.

Il fit ensuite l'objet d'un procès en « dénazification » mais fut rapidement libéré, ayant déjà purgé une peine de prison. Son passé ne cessa cependant de lui coller à la peau. À la fin de sa vie, il eut la joie d’apprendre que son petit-fils violoncelliste Eynon Hanfstaengl, fut primé au Concours Tchaïkovski à Moscou.
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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 14:16

Référence : Jean-Marc Moriceau, La mémoire des paysans, Chronique de la France des campagnes (1653-1788), éditions Tallandier, 734 pages, octobre 2020

 

La lente métamorphose de la vie des laboureurs et gens de village aux XVIIe et XVIIIe siècles.



         

 

Jean-Marc Moriceau est surtout connu comme le spécialiste du loup, auteur d'Histoire du méchant loup (2007), de L'Homme contre le loup (2011) et de l'atlas Sur les pas du loup (2013).

Dans la veine de La Mémoire des Croquants (1435-1652), Jean-Marc Moriceau continue son enquête sur la vie du monde paysan, du retour de la paix civile après l’épisode de la Fronde jusqu’à l’aube de la Révolution.

 

     

 

L’ouvrage ne reprend pas le découpage dynastique traditionnel d’une période longue qui se déroule sur trois règnes : Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Il prend en compte les évolutions socio-économiques majeures pour organiser un découpage en trois phases. D’abord entre 1653 et 1700 où les destructions des guerres successives de Louis XIV s’ajoutent à la persistance des fléaux naturels. On aurait d’ailleurs pu aller jusqu’en 1714, un an avant la mort du Roi-soleil, et la fin de l’interminable guerre de succession d’Espagne d’où le pays sort épuisé.

 

               

 

Suit une période qui prend fin vers le milieu du XVIIIe siècle où les incertitudes du quotidien le cèdent à un temps de paix, en tout cas pour la France dont le territoire est préservé.  La dernière période qu’on peut situer entre 1750 et la veille de la Révolution, est moins contrastée, dominée par la constance du progrès technique qui profite cependant peu aux classes laborieuses. De ce point de vue, l’histoire a tendance à s’accélérer contrairement à une société qui reste figée.

 

           

 

C’est l’histoire vue d’en bas, nous dit l'auteur, l'histoire de la sécheresse ou des inondations qui impactent les récoltes, des impôts, de la guerre, de la peste, du typhus, de la fièvre aphteuse, des attaques de loups.

La préoccupation essentielle, c’est le temps. Par exemple en 1788, la température est descendue à moins 20°C, « ruinant les récoltes et provoquant des tensions au printemps 1789. » Le pain est l’aliment principal mais le rendement moyen est de 7 à 8 quintaux à l’hectare (soit dix fois moins qu’aujourd’hui) et on en mange 1 kg par jour et par personne (5 fois moins qu’à notre époque).

 

       

Les gens, parce que l’information circule mieux, parce que de plus en plus de paysans vont à l’école, savent lire et écrire, prennent peu à peu conscience de l’aggravation des inégalités sociales. C’est le cas d’au moins la moitié des hommes, contre 25% au XVIIe siècle.

Il en faut parfois peu pour qu’une région connaisse la famine. Par exemple en 1683, elle sévit dans le pays de Craon, on fait du pain avec des racines de fougère mais heureusement, le sarrasin ou blé noir, qui ne gèle pas, évite une famine générale. Le progrès va peu à peu limiter bien des périodes de disette, comme les nouvelles techniques d’attelage et l’amélioration du réseau routier qui favorisent le commerce.

 


Millet, La vie paysanne : les glaneuses

 

Vers la fin du XVIIIe siècle, la situation des campagnes est plus contrastée. Même si la misère sévit encore trop souvent, si les ouvriers agricoles, errants et sans logis, sont nombreux, les conditions ont tendance à s’améliorer.
Des cultures fourragères remplacent des jachères, on voit apparaître des prairies artificielles, « la production agricole, le stockage et la commercialisation progressent ». On trouve par exemple dans le pays de Caux, des fermes allant jusqu’à 250 hectares. Le commerce favorise les échanges, les produits normands comme le beurre d’Isigny ou la viande du pays d’Auge, les toiles du Léon sont vendus sur les marchés parisiens.

Cette chronique de la France des campagnes qui couvre quelque 135 ans, est basée sur des écrits et des documents laissés par les paysans eux-mêmes.

 

               

 

On y trouve des histoires racontées à travers la vie de fermiers, métayers, charretiers, laboureurs, bouviers, marchands de bœufs, valets de ferme... Un ensemble de témoignages représentant des milliers de documents de première main donc qui donne un ton particulier à cet ouvrage qui n’en est pas moins une somme de connaissances sur l’époque étudiée.

C’est aussi une étude très précieuse puisqu’elle concerne les paysans des campagnes françaises qui doivent constituer quelque 90% de la population du pays, rarement étudiée de façon aussi approfondie.

 


Le Nain, La vie paysanne au XVIIe siècle

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15 décembre 2020 2 15 /12 /décembre /2020 22:38

Référence : Jean Verdon, La vie quotidienne au Moyen Âge, édition Perrin, collection Tempus,381 pages, 2015, Poche, 2020

 

            

 

« Une synthèse originale et simplifiée. » Le Figaro Histoire

 

Jean Verdon, spécialiste des mentalités à l’époque médiévale, est l’auteur de La femme au Moyen Âge en 2001 et 2018, Voyager au Moyen Âge en 2007, Le plaisir au Moyen Âge, en 2010, Le Moyen Âge ombres et lumières en 2013 et S’amuser au Moyen Âge en 2016.

 

               

 

Présenter la vie quotidienne au cours de tout le Moyen Âge est tâche ardue sinon impossible pour une époque qui s’étend sur dix siècles, de la fin de l’Empire Romain à la Renaissance. Si ces sociétés évoluent assez  peu au cours des siècles, la condition des populations est bien différente entre les contemporains de Clovis et ceux qui vivent à la fin du XVe siècle.

Il s’agit ici de tracer les différentes lignes d’évolution qui permettent de comprendre comment  s’habillaient, mangeaient, s’amusaient, priaient les populations de ces temps anciens, de leur naissance à leur mort. Avec cette limite que pour mener à bien cette analyse, nous possédons beaucoup moins de données historiques pour le début du Moyen Âge et le règne des Mérovingiens que pour le XVe siècle.

 

              

 

Au Moyen Âge, on perçoit le temps de manière bien différente qu’actuellement. Non seulement l’espérance de vie est beaucoup plus faible mais les gens sont moins sensibles au passage du temps. En témoignent la longueur des voyages qui se font alors à traction chevaline.

Le temps lui-même est fonction des saisons qui rythment le travail, surtout pour les paysans qui forment l’essentiel de la population française.  C’est un temps « naturel » qui le restera jusqu’au XVe siècle, époque de l’invention de l’horloge mécanique qui changera radicalement le rapport au temps. Cette invention se répandra surtout dans les villes, beaucoup plus tard dans les zones les plus reculées, l’Église en profitant pour conforter son pouvoir en scandant le temps à travers les cloches de l’église de chaque village.

 

               

 

L’année est alors domine par trois événements essentiels : Noël le 25 décembre, l’Annonciation le 25 mars et le jour de la Résurrection pour Pâques. Le millésime  n’apparaît que dans les actes officies, les gens se raccrochant à des événements  locaux ou familiaux pour avoir des repères temporels.

On voit que la notion de temps a un rôle considérable, d’abord l’information qui prend beaucoup de temps pour circuler, beaucoup de gens prenant connaissance d’une information plusieurs mois après sa  survenue, comme la fin d’une guerre ou l’avènement d’un souverain.  Il faudra attendre d’autres progrès et de nouvelles inventions pour réduire l’espace et accélérer le temps.

 

                     
                         Communautés montagnardes au Moyen Âge

 

Les chiffres  ne sont pas forcément significatifs. D’une région à une autre, la façon de mesurer  les distances, les matières,  est variable, crée beaucoup de difficultés et ralentit la circulation des marchandises à l’intérieur du royaume.

Se marier par amour, il n’y faut pas compter, même si la sexualité joue un rôle non négligeable dans la vie du couple et dans la société. L’éducation est d’abord religieuse, basé sur la théologie et la scolastique, avec souvent des étudiants déjà remuants. Sur tout en hiver, les gens mangent beaucoup pour accumuler des calories, à une époque où le climat est souvent très froid et où les demeurent sont particulièrement mal isolées.

 

                   
Robert Delort : Le Moyen Âge et La vie au e Moyen Âge

 

Vers la fin du Moyen Âge, la ville se développe et la population a tendance à croître, même si guerres, maladies et famines sévissent périodiquement. À côté de la structure sociale classique composée de ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent, se développe le nombre de marchands et d’artisans.

La religion reste omniprésente et structure la société et impose à tout homme de penser à son salut et de préparer sa mort, même s’il ne perd aucune occasion pour s’amuser et mettre entre parenthèses ses dures conditions d’existence.

 

         
Voyager au Moyen Âge                       S'amuser au Moyen Âge

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15 décembre 2020 2 15 /12 /décembre /2020 22:31

Référence : Ruth Fivaz-Silbermann, La fuite en Suisse, préface de Serge Klarsfeld, coédition Calmann-Lévy/Mémorial de la Shoah, 1448 pages, novembre 2020

Les Juifs à la frontière franco-suisse durant les années de «  la Solution finale  »
Itinéraires, stratégies, accueil et refoulement
.
 

 

           
                                                  Ruth Fivaz-Silbermann

 

« La Suisse aurait dû accueillir tous les Juifs à partir de 1942. » Ruth Fivaz-Silbermann

 

Ce "pavé" est le fruit d'une thèse qui renvoie aussi à sa propre histoire familiale. Il est basé sur un ensemble d'archives suisses sur les réfugiés, de dossiers préfectoraux français et de documents issus d'organisations d’entraide mais l'histoire de ses patents a aussi pesé lourd sur sa décision d'entreprendre ce travail.

 

  
                       Photos de réfugiés juifs

 

C'est l’Anschluss en 1938 qui pousse ses parents Mary et Victor Silbermann à fuir Vienne. La moitié de la famille ne reviendra pas des camps mais ses parents parviendront à obtenir un visa du consul de Suisse à Venise et se retrouve à Zurich. Tous deux sont alors internés au camp de Girenbad près d’Hinwil. Libérés, ils s'installent à Zurich où son père fait des traductions clandestines pour vivre.
En 1945, ils parviennent à obtenir le droit d’asile (sur quelque 65 000 réfugiés, seuls 2000 l'ont obtenu) et s'installent à Genève.

 

         



À l’été 1942, «  la Solution finale de la question juive  » se met en place en France. Beaucoup de Juifs qui n'avaient pas encore pris la mesure de la menace, tentent de fuir en Suisse, solution qui paraît la plus simple, en traversant si possible la zone libre. Mais beaucoup d'entre eux seront arrêtés et déportés.

 

           
L’exposition au musée de la Résistance et de la déportation à Nantua (01)



La Suisse, peu favorable à cet afflux de population, entrouvre néanmoins ses frontières avec une certaine mauvaise volonté. Les chiffres reflètent bien la situation : quelque 12  500 Juifs venus de France y sont effectivement accueillis mais près de 3  000 sont refoulés et largement mis en danger.
( En frontière de la zone occupée par exemple, le taux de déportation est 50%, une personne sur deux n'ayant pas réussi de survivre à son refoulement)

 

          

 

On y suit le fonctionnement des réseaux, payants ou bénévoles, des passeurs, l'essor des réseaux de la résistance juive de plus en plus présents en Suisse.
On y rencontre d
es Juifs qui se décident à prendre la fuite après l'exécution de la "solution finale", le personnel qui a participé à la politique d’extermination, les dirigeants suisses et les politiques qu'ils ont suivies.

 

            
Enfants juifs réfugiés           La frontière de St Gingolf en avril 1943  



Ruth Fivaz-Silbermann estime que la Suisse a pratiqué une politique restrictive en n’autorisant l’entrée dans le pays qu’aux personnes avec visa ou sous protection des Conventions de La Haye. « Officieusement néanmoins, dès l’été 1942, une politique d’urgence plus souple a été appliquée sous la pression de l’opinion publique et des lobbys pro-réfugiés », écrit-elle. Des instructions de tolérance ont été émises et la Suisse a accueilli au total quelque 22 000 juifs pendant la guerre. » Elle ajoute qu'aucun des 4000 refoulements enregistrés sur l’ensemble de la frontière helvétique ne lui semble vraiment justifiable.

 

 
                                           Camion de maquisards à Divonne 01

 

* Voir mon site Autour de l'histoire, Le XXe siècle --

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