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12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 17:38

      
Autoportrait 1905                       Derain & Vlaminck, 1942

« Les idées ne suffisent pas, il faut le miracle. »

« Il est stupide de vouloir exprimer dans un coin de rue toute la synthèse des émotions qu’un pays vous fait éprouver. » André Derain

 

        
Ses  débuts : L'enterrement (1899), Bal à Suresnes (1903), République française, 1904

 

À l’occasion de l’exposition consacrée à André Derain en 2017, intitulée La décennie radicale,  qui s’était tenue au Centre Pompidou, je lui avais dédié une fiche de présentation pour donner une idée du rôle fondamental qu’il a joué dans la formation du fauvisme.  

 

     
Le séchage des voiles 1905                     La jetée à l'Estaque 1906

 

Cette fiche est complétée par quelques portraits de femmes (Lucie Kahnweiler, la danseuse, Madame Matisse en kimono) qu'on pourra comparer avec d'autres portraits peints plus tard, pendant l'entre-deux-guerres.

 

     
Pinède à Cassis 1907                                    Baigneuses (esquisse) 1908

 

On y voit, outre quelques tableaux que j’ai repris ici, ses œuvres marquantes de cette période, en particulier quelques toiles de ses séjours à Collioure (différentes vues du port de pêche et du village, bateaux et montagnes de Collioure) et à Londres (le port de Londres, la Tamise).

 

             
L'homme au journal versions 1913 & 1948    

 

À partir de 1910, Derain aborde un style éclectique influencé par les grands maîtres des siècles passés.
 

  Vue de Collioure 1910
 

Lui qui, de tous temps, avait cherché des réponses dans l'art des musées renonce en partie au primat de la couleur pour des recherches plus formelles.

 

    
 Lucie Kahnwiller 1913    Samedi, 1912

 

Pour avoir une idée de son évolution, j'ai choisi une un tableau représentatif de chaque année de cette période allant de ses débuts au fauvisme, avec l'année charnière de 1905 qui a vu sans doute fleurir ses meilleures œuvres fauves.

 

Les années vingt et les portraits

      
Arlequin 1919             L'artiste dans son studio 1920    Portrait de Kissling 1921

 

Dans les années vingt, André Derain va réaliser beaucoup de natures mortes et de portraits d'une facture assez classique qui vont se démarquer de beaucoup d'autres oeuvres souvent influencées par le cubisme.    

 


Madame Francis Carco 1923  Portrait de jaune femme 1923-24      Tête de femme 1924

 

C'est très marquant dans les exemples sélectionnés  dans des portraits assez austères souvent exécutés dans des brun-marron tournant au beige, le plus souvent au fond uni. Les natures mortes n'échappent pas à cette esthétique comme cette nature morte au verre de vin en 1928 ou Fleurs dans un vase qu'il peindra quatre ans plus tard dont les couleurs, même les rouges, sont fondues et comme estompées.

   
Pierrot & Arlequin 1924 

 

C'est une époque particulièrement favorable pour lui puisqu'il est reconnu par beaucoup comme l'un des artistes majeurs de son époque et surtout de l'entre-deux-guerres.

    
Femme en chemise 1928     La nièce de Derain 1931

 

L'entre-deux-guerres et les natures mortes

On peut par exemple confronter les tableaux qu'il a peints sur le thème de la table, qu'elle soit seule ou comme support d'objets. Comme on le voit sur les exemples choisis. Table et chaise peint en 1904 est représentatif du début du fauvisme, tandis celui de 1911 comporte déjà la rigueur formelle du cubisme alors qu'on voit bien dans celui de 1925 que Derain est revenu à une vision beaucoup plus classique de la peinture.

 

    
Table et chaise, 1904                       Carrières-sur-Seine 1904

 

Entre 1922 et 1925, André Derain peignit une série de natures mortes sur des ustensiles de cuisine, d’une construction statique avec des teintes sombres virant au  brun. Cette Table de cuisine fut exposée dès 1925. (voir exemples ci-dessous)

 

La table, 1911                                              

Dans La table de cuisine de 1925, Les objets, banals dans l’ensemble, se répartissent de façon organisée, uniquement éclairés du côté droit, jouant ainsi des formes et des couleurs.
 

 La  table de cuisine 1925
 

On peut distinguer une croix avec la poêle au centre, son manche, le grill, la cuillère en bois et la demi-baguette représentant les quatre bras. Pour former contraste, il peint un compotier blanc, un linge et des assiettes empilées sur la gauche. Les formes rondes des objets du fond, panier à salade, écumoire, poêle, carafe et compotier font pendant aux lignes droites du premier plan, pain, couverts, grill…
 


Nature morte à la poêle et aux poissons 1939
 
Nature morte aux oranges 1931                     Nature morte à la citrouille 1939

Cette toile, marquée par ses contrastes de lumière, fut peinte selon sa femme à la villa "la Janette" à Saint-Cyr-sur-Mer, près de Marseille, où il y passa deux étés.

André Derain peindra beaucoup de natures mortes pendant toute cette époque, pas moins de trois par exemple en 1939 : Nature morte aux poissons et à la poêle, nature morte aux cruches  et nature morte avec citrouille.

 

         
Le peintre et sa famille 1939         Isabelle Lambert   1935

 

À côté de son travail de peintre, André Derain a aussi exercé son art dans les décors et costumes de ballets, d’opéras et de théâtre, activité qui deviendra pour lui aussi importante que la peinture.
Il commence vraiment dès la fin de la Grande guerre où il travaille pour Diaghilev.

 

  
1 & 2- Maquettes de décors et de costumes pour Fastes, 1933, crayon et gouache sur papier

3- Maquette de décors et de costumes pour L'enlèvement au sérail, 1951, crayon et gouache sur papier

 

Puis il va collaborer dans l’entre-deux-guerres avec Serge lifar, Ballanchine (La concurrence, Les fastes, Les songes et Dreams), Fokine (L'Épreuve d'amour au Chang-Yang et Le Mandarin cupide). Après la Seconde guerre mondiale, ce sera Massine (Mam’zelle Angot, Les femmes de bonne humeur, La valse de Ravel), Roland Petit et des œuvres lyriques comme L'Enlèvement au sérail de Mozart en 1951 ou Le Barbier de Séville de Rossini en 1953.

 


La clairière (d'après Le déjeuner sur l'herbe) 1938 [1]

 

Renouer avec l’essentiel

Guillaume Apollinaire a dit un jour de son ami « ...Derain vécut solitaire et oublia pendant un certain temps de participer à l’art de son époque. »


Mais la réalité, en tout cas celle de Derain, est peut-être différente. C’est son besoin de solitude qui s’exprime ainsi quand il se dit « à l’écart de tout et de tous », en peignant le portrait de Mme Kahnweiler ou l’Homme au journal, renouant avec la peinture figurative et utilisant des couleurs assez sombres, en demi-teinte. Preuve de son angoisse.

 

        
Portraits d’après-guerre : Carmen Baron 1944, Bobby 1948


Si son retour à une plastique plus classique est le signe de son isolement moral, s’exprime aussi son désir de partir seul explorer les mystères de la création. Le rigorisme de ses personnages se réfère aux anciens, aux maîtres du Quattrocento qu’il adore.

   Vue d’Amiens 1946

 

Son but est bien de renouer avec la tradition à la lumière, de ce qu’il a appris auparavant. Il veut continuer avec sa propre vision ce qu’ont fait les peintres siennois des XIIIe et XIVe siècles, Cranach et Holbein, François Clouet ou les paysages italiens de Corot.
 

  Fontainebleau Rochers, 1945
 

Il veut être cette continuité enrichie par sa propre expérience, ce que Cocteau nomma « le retour à l’ordre » après les massacres de la Grande guerre auxquels il a participé, en espérant ainsi retrouver une certaine vision positive de la vie, ses impératifs d’élégance et de civilité, détruits par la guerre.
 


Le massacre des innocents (d’après Brueghel) 1945-50
 

Déjà, le mouvement Dada s’estompe, Igor Stravinsky entame sa période néoclassique et Braque rompt avec le cubisme. Ce retour à un certain ordre esthétique sera aussi celui de Fernand Léger par exemple et même de Picasso avec ses Géants à partir de 1920.

C’est le fil conducteur qui relie les générations de peintres, une référence à l’école classique des Le Nain et des Poussin. C’est pour lui une nouvelle Renaissance qui rend à la peinture ses lettres de noblesse face à une fuite en avant qui se traduit justement par une fuite du réel, une fuite dans l’abstraction. 
 


La chasse 1940

 

On peut dire que c’est sa façon "d’être moderne", se projeter dans des productions qui mêlent élégance et austérité.  Ce qu’Élie Faure dans son Histoire de l’art, traduit ainsi : «André Derain a eu la force exceptionnelle, dans le tourbillon des systèmes, des influences croisées… de ramener tout cela, par un effort lent et large, aux aspects extérieurs et spirituels de son pays. » C’est pour lui comme un "éternel recommencement". Ce qui fera dire à Alberto Giacometti : « Derain est le peintre qui me passionne le plus, qui m’a le plus apporté et le plus appris depuis Cézanne ; il est pour moi le plus audacieux... »

 

         
Femme nue tenant une pomme 1941   Autoportrait à la pipe 1953
André Derain et Edmonde Charles-Roux à Aix-en-Provence 1953

 

Au-delà des reproches que certains ont cru bon de lui faire pour son attitude pendant la guerre, Marcel Duchamp lui a rendu un hommage appuyé de celui, écrit-il, qui « fut constamment l’adversaire des “théories”. Il a toujours été un vrai croyant du message artistique, non falsifié par des explications méthodiques et appartient jusqu’à ce jour au petit groupe d’artistes qui "vivent" leur art. »
 


La surprise 1938 [1]

 

Notes et références
[1]
Derain a peint dans les trente une grande série de nus dont on peut voir des exemples dans le fichier Derain, Balthus et Giacometti , en particulier : Grande bacchanale noire (1935-45), Nu au chat (1936-38), Nu allongé au divan vert (1934-39) ou Grand nu étendu (1935)

 

Voir aussi
* Vues du pont de Charing cross, 1905 --  La décennie radicale (1904-1914)
* Quelques vues de ses œuvres scénographiques : Derain, Balthus et Giacometti  et "A la recherche des secrets perdus" --

 

<< Christian Broussas – Derain multiforme - 07/12/2019 -© • cjb © >>

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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 20:14

      
Picasso sur une plage de Cannes en août 1965       La baie de Cannes, 1958

 

Il est vrai que dans l'œuvre foisonnante de Picasso, le paysage est dans l'ensemble assez peu présent, surtout si on le compare à d'autres genres comme le portrait ou la nature morte.

 

   
"Chez" Picasso : Juan-les-pins Villa chêne-roc 1931 et Cannes, La Californie 1956

 

Pourtant, on aurait pu penser que celui qui a résidé si longtemps dans le midi de la France se serait intéressé beaucoup plus au paysage, ses variations et son évolution soumise au soleil méditerranéen.

 


 
Pablo Picasso : Le château de Vauvenargues, 1959 et Cannes au crépuscule, 1960
Pablo Picasso Vues de Mougins en 1963 et 1972

 

Mais quand même, de Málaga à Vauvenargues, son œuvre est ponctuée de paysages de la Côte d'Azur bien sûr mais aussi des lieux de villégiature, surtout dans les années allant de 1948 à 1973, que ce soit La Galloise à Vallauris, la villa La Californie à Cannes, le château de Vauvenargues ou le mas de Notre-Dame-de-Vie à Mougins.

 


Moïse Kisling, Paysage provençal, 1930        Raoul Dufy, Paysage provençal, 1906


L'exposition a retenu une trentaine de ses paysages méditerranéens, mis en parallèle avec d'autres paysages du Midi exécutés dus à ses contemporains, parmi lesquels on peut citer Georges Braque, André Derain, Moïse Kisling, Juan Gris, Auguste Herbin, Othon Friesz, Raoul Dufy ou André Lhote.

 


Othon Friesz village de Meounes var 1925  
André Lhote, Paysage à La Cadière, Var, 1950

 

Elle est complétée par une sélection de photographies de Robert Capa, André Villers, David Douglas Duncan, Robert Picault ou Lucien Clergue qui illustrent les lieux familiers, les ateliers et les bons moments passés en famille en Provence.

 



Pablo Picasso, différentes vues de Juan-les-pins, 1920, 1924, 1924, 1937

 

Au début, Picasso va peindre de petits tableaux sur la Galice, sa région natale, délaissant ensuite ce genre pendant ses deux premières périodes qu'on nomme périodes bleue et rose (1901-1906).

 

Puis vers 1909, l’artiste réalise quelques toiles du village espagnol de Horta de Ebro, marquées par le cubisme, avant de partir avec son ami André Derain pour Cadaquès où il peint alors plusieurs tableaux du port.

 

       
Auguste Herbin Vaison-la –romaine Le rocher 1924
André Derain, Route dans l'Estaque, 1906

 

Pendant sa période cubiste, il peint des paysages à Céret dans les Pyrénées-Orientales où il se rend à la belle saison en compagnie de ses amis Manolo, Haviland, Séverac et Georges Braque.

 

Puis, ce sera la Côte d'Azur où il peindra des paysages lumineux dans les lieux qu'il fréquente, en particulier Saint-Raphaël, Juan-les-Pins puis le Cap d’Antibes et Cannes, qui vont marquer de leur empreinte sa production de l'entre-deux-guerres.

 

    
Pablo Picasso, St Raphaël, 1919 et Antibes, La pêche de nuit, 1939

La Provence avec ses collines, ses arbres aux essences du sud et la mer souvent calme lui rappelle certainement son Espagne natale et explique que
Picasso ait peint beaucoup de paysages pendant cette période. Il modifiera sa palette de couleurs et de lumière quand il rencontrera des sites  plus arides, autour du château de Vauvenargues, au pied de la montagne Sainte-Victoire, vers la fin de sa vie.

 

    
Albert Marquet, Vue d’Agay, 1905 et Le port de Marseille, 1916
 

Cette exposition s’inscrit dans une grande manifestation internationale planifiée sur une durée de quelque trois ans qui aura en tout réuni une soixantaine d'institutions réalisant une superbe organisation autour du thème "obstinément méditerranéenne" de Pablo Picasso

 


Picasso à Vallauris : Fumée à Vallauris, 1951 et Jardin à Vallauris, 1953

Elle est axée sur la confrontation d'une vingtaine de paysages méditerranéens de Picasso avec des toiles de paysages peints de ses amis Braque, Matisse ou Derain mais aussi d'autres de ses contemporains comme Raoul Dufy, Kisling, Marchand

 

               
Juan Gris, Paysage à Céret, 1913      Gorges Braque, Vue de l’Estaque, 1906 

 

Voir aussi
* L'estaque de Georges Braque --
* Picasso et la Côte d'azur -- Picasso en images --
* Itinéraire Picasso en Provence --

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< Christian Broussas – Picasso Toulon - 30/11/2019 © • cjb • © >
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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 18:37


Paul Signac Portrait de Félix Fénéon, 1890

 

« L’œil doit être à la fois agile, précis et synthétiseur et la main hardie. »
Félix Fénéon

 


Berthe Morisot : Eugène Manet à l’île de Wight, 1875


Le Musée de l'Orangerie consacre une exposition au collectionneur Félix Fénéon (1861-1944), intitulée Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse, du 16 octobre 2019 au 27 janvier 2020. Une rétrospective qui fait échos à celle présentée au Musée du Quai Branly sur les Arts lointains en 2019.

 

 

Une exposition autour d’œuvres allant de Seurat à Matisse, plus précisément, pour une grande rétrospective consacrée à celui qui fut un journaliste et collectionneur d'art qui, un anarchiste aussi, qui réussit à réunir l’une des plus belles collections de cette périodes situées à la charnière des XIXe et XXe siècles.

 

    
Pierre Bonnard Bouquet de fleurs sauvages, 1925 et Bord de mer, sous les pins, 1921

 

Un parcours d'exposition divisé en quatre parties et trois focus montrant « les principaux engagements de Fénéon dans le domaine des arts et de la littérature. » Une exposition qui aborde aussi son engagement anarchiste qui l’a encouragé d’autres peintres qui partageaient ses idées, comme Seurat, Signac, Maximilien Luce ou Van Rysselberghe.

 

    
Georges Seurat : Jeune femme se poudrant 1889 et
Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, 1886

 

Maximilien Luce, L’homme à sa toilette, 1887, Huile sur toile, Genève
L’exposition nous fait découvrir l’immense talent de Luce dominé par une grande authenticité et beaucoup de luminosité.

 

 
Luce, L'homme à sa toilette 1887    
Théo van Ruysselberghe, La lecture de Verhaeren, 1903
Modigliani, Paul Guillaume, 1915 

 

Il fut un homme « fascinant par la force de ses convictions » qui a joué un rôle dans la construction « d'un nouvel ordre esthétique dominé par la sensualité de la couleur et la rigueur des formes. » L’exposition est centrée sur une sélection d'œuvres de Georges Seurat, Paul Signac, Cross et Maximilien Luce que Félix Fénéon a commentées ou collectionnées.

 


Voir [1]                            Henri-Edmond Cross, La plage de la Vignasse 1891

 

Comme le note Paul Signac dans son Journal du 15 septembre 1894 : « Je peins ainsi parce que c’est la technique qui me semble la plus apte à donner le résultat plus harmonieux, le plus lumineux et le plus coloré. »

Elle représente ainsi une belle occasion de découvrir les facettes de cet homme qui a marqué le monde artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

 

   
    
Paul Signac : Femme à sa toilette, 1893 – Dimanche 1910
Au temps d’harmonie 1896 – Capo di Noli, 1898 –

 

C’était un être singulier, qu'on présente souvent comme un dandy à l’aspect un peu froid mais au grand cœur, au physique de quaker et à l’humour pince-sans-rire, qui sut concilier sa carrière de fonctionnaire, son engagement artistique et ses convictions anarchistes.

 

                   
Luce, Fénéon au grand manteau 1902    Van Gogh Le ravin des Peiroulets 1889

 

Chroniqueur, rédacteur à la Revue Blanche, critique d’art, éditeur - il publia Les Illuminations de Rimbaud -, galeriste, Fénéon fut un grand collectionneur réunissant sculptures africaines et océaniennes, ardent défenseur du néo impressionnisme, du fauvisme, et du futurisme.

 


Portrait de Félix Fénéon par Edouard Vuillard (1901)

On peut ainsi y admirer des toiles de ses amis Seurat et Signac, Degas, Bonnard, Modigliani, Matisse, Derain, Severini, Balla

 


Portraits de Félix Fénéon par Maximilien Luce et par Charles Camoin

 

 L’exposition se termine avec les Futuristes italiens quand Félix Fénéon était directeur de la Galerie Bernheim-Jeune. Le monde urbain y domine, contrastant avec la sérénité des paysages pointillistes, tout en montrant bien la curiosité de Fénéon pour toutes les formes d'art moderne et leur évolution.

 

  
1/  Henri Matisse (1869-1954), Intérieur à la fillette (La Lecture), 1905-1906. Huile sur toile, 72,7 x 59,7 cm. New York, The Museum of Modern Art, don des David Rockefeller, 1991.
2/  Pierre Bonnard La Revue Blanche, 1891. Lithographie en quatre couleurs, 80 x 60 cm. BNF Paris.
3/  Georges Seurat, Poseuse de face, Huile sur bois, 1887, Musée d’Orsay

On y perçoit, à travers les couleurs pastel qui caressent l'oeil, une douceur contemplative. Cette toile fait partie d’un ensemble de trois petits nus.

 


Le futurisme italien : 
Luigi Russolo, La Rivolta, 1911 et Umberto Boccioni, Rire, 1911

 

Notes et références
[1]
Couverture reprise du tableau de Félix Vallotton intitulé "Félix Fénéon dans le bureau de la Revue Blanche", 1896

 

Voir aussi
*
Catalogue de l’exposition, 288 pages, 250 illustrations, éditions Flammarion/Musée de l’orangerie
* Félix Fénéon, "De Seurat à Matisse", éditions Beaux-arts, 68 pages
* Félix Fénéon, " Les impressionnistes en 1866", éditions Hachette/BNF, 2013 --
* En complément : D'autres images --

 

     
Edgar Degas La classe de danse 1873            Matisse Odalisque 1926


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<< Christian Broussas – Félix Fénéon - 28/11/2019 © • cjb • © >>
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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 17:40

                 
Musée Matisse au Cateau-Cambrésis                      Affiche de l’exposition

 

Cette exposition a pour objectif la découverte du travail de Matisse, de ses premiers pas à Saint-Quentin (1888-1890) jusqu'à la fermeture de son académie en 1911 à Paris. Ceci explique que les tableaux choisis pour illustrer le texte ont été peints pour l'essentiel entre 1888 et la fin de l'académie en 1911.

 


Henri Matisse en 1952 et Fenêtre à Tahiti, 1936

 

Une présentation prévue ainsi en deux parties, d’abord sa formation artistique de Saint-Quentin à l’atelier Gustave Moreau à Paris, également à travers  d’autres peintres comme Cézanne, Gauguin, en travaillant avec ses contemporains tels Marquet ou Derain. La seconde partie est quant à elle centrée sur l'académie qu’il fonde en 1908.

 

Sur la Seine, le pont St-Michel : 3 versions 1900-1901

 

Si Matisse est souvent associé à la Côte d’Azur où il a vécu une grande partie de sa vie, il n’en reste pas moins un homme du nord, un homme du Cambrésis, où le musée du Cateau-Cambrésis ouvre une grande exposition à l’occasion de son 150ème anniversaire.

 

          
La gitane 1905                                  Sur la Seine, pont St-Michel, 1904

 

On  y souligne en effet « l'importance primordiale qu’a eu sa région de naissance en le faisant baigner dans un univers de textiles, de formes, de couleurs qui instilleront son goût pour le décoratif. Matisse, issu d’une famille de tisserands installée depuis plus de 300 ans au Cateau-Cambrésis, y puisera son inspiration mais aussi une ligne de vie qui sans cesse le guidera."


Voici quelques lieux de son pays de naissance et de sa jeunesse qui ont compté pour lui et qui ont marqué son œuvre.


Natures mortes : Pommes et Pommes et oranges, 1899

 

Sa naissance au Cateau-Cambrésis

Il naît au Cateau-Cambrésis le 31 décembre 1869. rue du Chêne-Arnaut, dans une famille modeste tisserand puisque son  père est vendeur dans un magasin de layette et lingerie, a mère modiste.
Mais ils ont dans l’idée d’ouvrir rapidement un magasin dans une petite ville voisine, à Bohain-en-Vermandois, laissant toute leur famille au Cateau.

                 
Petite tête au peigne 1907  
Matisse est né dans la maison de gauche, démolie en 1918


Sa première boîte de couleurs, les fleurs, les tissus...

Matisse passe ainsi son enfance à Bohain-en-Vermandois dans l’Aisne. Dans la boutique de ses parents il découvre couleurs et pigments, il vit dans les textiles de couleur des tisserands locaux, dans la nature environnante. " Lorsque sa famille s'installa rue du Château, Bohain était déjà à mi-chemin de sa transformation d'un village de tisserands endormi au fin fond de l'ancienne forêt d'Arrouaise en un centre de fabrication moderne avec dix mille métiers à tisser", écrit Hilary Spurling dans sa biographie de Matisse



       
La devideuse picarde (La mère Massé dans son intérieur à Bohain), 1903
Un catalogue de tissus produits à Bohain (1883)

 

C’est là qu’il a certainement puisé son goût pour les couleurs et les formes végétales qu’il a utilisées dans ses toiles et ses collages. Mais il a une santé fragile et ne pourra sans doute pas reprendre  le commerce de ses parents.

 

Œuvres de jeunesse
      
Nature morte au pichet 1886                     Nature morte au pot de terre 1892


Mur rose à Ajaccio 1898                                         Rue d’Arcueil 1898

C'est alors que sa mère eut l’idée lumineuse de lui offrir sa première boîte de couleurs. "A partir du moment où j'ai eu cette boîte de couleurs dans les mains, j'ai senti là que c'était ma vie. Comme une bête qui va à ce qu'elle aime, je me suis dirigé là-dedans, au désespoir bien compréhensible de mon père, qui m'avait fait faire d'autres études. C'était le grand attrait, l'espèce de Paradis retrouvé dans lequel j'étais tout à fait libre, seul, tranquille", dira plus tard Henri Matisse » dira-t-il plus tard. 
Son père aurait préféré le droit mais après des études à Paris, il part à Saint-Quentin.

 

    
Le guitariste debout 1903   Autoportrait 1906   Portrait à la raie verte 1905

 

À ce propos, son biographe Hilary Spurling  écrira : « Descendant de ces tisserands et entouré de ces tisserands, Matisse a grandi depuis l'enfance avec le bruit des navettes qui claquaient et la vue de ses voisins chargeant et manipulant des canettes colorées, penchés sur le métier comme un peintre devant son chevalet, jour après jour, à l'aube au crépuscule. Les textiles lui sont toujours restés indispensables en tant qu’artiste. »

 

   
Serviette à carreaux 1903                             Promenade aux oliviers 1905

À Saint-Quentin, tout pour la peinture

Matisse trouve un emploi de clerc d'avoué chez un notaire mais évidemment, ça ne lui convient pas du tout et il décide de prendre des cours à l’école Maurice-Quentin de la Tour, un peintre du XVIIIe siècle dont il admirait les pastels.

Il parle de cette expérience en 1952 dans un article de la revue Tériade : « Tous les matins de 7 à 8, avant d’aller à mes études, je me rendais à l’Ecole Quentin La Tour où je travaillais sous la direction de dessinateurs de textiles. Une fois mordu par le démon de la peinture je n’ai plus voulu abandonner. J’ai demandé à mes parents – et finalement obtenu – la permission d’aller à Paris pour étudier sérieusement la peinture. »

 

    
                                                    
Luxe calme et volupté 1904

       
Un beau matin d’été 1905                      Collioure avec l’église 1905

 

Matisse au Musée des Beaux-Arts à Lille

À Lille, il découvre, émerveillé, un œuvre de Goya intitulée "Les veilles et les Jeunes" : « Dans mes débuts, quand j’étais élève de l’école des Beaux-Arts, je croyais que je n’arriverais jamais à peindre, parce que je ne peignais pas comme les autres. Un jour, j’ai vu les Goya de Lille. Alors j’ai compris que la peinture pouvait être un langage ; j’ai pensé que je pourrais faire de la peinture. »

                        
Francisco de Goya La lettre ou les jeunes, 1814-19
Matisse, Paysage de Collioure, 1906

 

En 1947, Henri Matisse offre au Palais des Beaux-Arts de Lille 20 planches colorées sur les thèmes du cirque, des contes et des voyages, réunies dans un ouvrage appelé "Jazz". Quand Matisse a vu les Goya, confie alors le directeur du musée Matisse au Cateau-Cambrésis, « Ça a été tellement fort pour lui que quand il a produit cet album qui a été révolutionnaire dans le monde de l'art, il a pensé au Musée de Lille. »
Ce sont les premières œuvres que Matisse réalise en papiers gouachés et découpés, une technique qui deviendra sa signature.

 


Planches de JAZZ 1943-44 : technique de la gouache découpée --  (Les trapézistes)

 

Matisse à Lesquielles Saint-Germain

En 1902, Matisse se retire à Lesquielles-Saint-Germain, petite ville dans l'Aisne, sur les bords de l’Oise. Mais ses toiles se vendent mal et il est malade, avec en plus cette impression que son style est passé de mode. Il pense même à devenir coloriste dans une fabrique de tapis.

 

En fait, il désire mettre un peu de distance entre lui et sa famille : « J'ai fatigué complètement ma famille, qui est franchement bourgeoise et je n'ai plus à compter sur elle. […] Ma femme se trouve bien ici, et moi je vois une série illimitée de tableaux à faire », écrit-il à un ami.

 


Lesquielles St Germain, photo récente à gauche et le tableau de Matisse en 1903

 

Finalement, Matisse reprend peu à peu goût à la peinture : « À Lesquielles, je trouve beaucoup de choses à peindre et des modèles à prix modiques », écrit-il.



Matisse retourne à Paris à l'automne 1903. Il va alors multiplier les expos, les voyages et avoir une production importante, affirmée dans un style qu’il affine et personnalise. Pour lui, le Nord, c’est fini et il s'installe dans le sud de la France.

 

             
Autoportrait à la cravate               La vie toujours, avec des légumes 1905

 

Matisse à l'école maternelle du Cateau-Cambrésis

En 1948, Matisse réalise en gouaches découpées la maquette d'un vitrail exceptionnel destiné à la Chapelle du Rosaire, à Vence.

Son idée est que « les vitraux iront du sol au plafond sur cinq mètres de hauteur… ce seront des formes de couleur pure, très brillantes ... Imaginez le soleil se déversant à travers le vitrail - il lancera des reflets colorés sur le sol et les murs blancs, tout un orchestre de couleurs. »

 


Le vitrail du Cateau-Cambrésis

Mais finalement, ça ne cadre pas avec ce qu’il veut faire à Vence et il en fera cadeau à sa ville natale : « J’ai fait le rêve de donner de la joie aux hommes. J’ai voulu créer au Cateau une féerie de couleurs qui serait comme un esprit de la lumière. »

Le vitrail est toujours à sa place, dans la salle de jeux de l’école Matisse. Une photo immense en a été installée récemment sur un mur de l'école pour que tout le monde puisse l’admirer.

 

            
Femme au chapeau 1907                         Nature morte bleue, 1907

 

Un musée Matisse au Cateau-Cambrésis

Matisse, même s’il a émigré dans le sud, n’a pas rompu tout lien avec le Cateau-Cambrésis et certains voudraient que son rayonnement fasse écho à sa ville natale. Répondant à une demande du maire, il offre au Cateau-Cambrésis 82 œuvres composées de gravures, tapisseries, peintures, dessins... pour créer un musée.

Selon Bruno Vouters [1], Matisse « a en tête que ces braves gens viennent d’une région meurtrie, décimée, ça le remue. Je pense que ça crée chez lui une disposition particulière et favorable au don qu’il fait au musée. »

 

     
     La desserte rouge 1908                                    La danse, 1910


Matisse a été très ému de cette sollicitude et déclarera en 1952 lors de l’inauguration du musée : « Mes concitoyens du Cateau, que j’ai quittés si vite pour aller où ma destinée m’a conduit, ont voulu honorer ma vie de travail par la création de ce musée […] Je remercie la ville du Cateau de m’avoir choisi. »

 

 
Luxe I et II, 1907                                                        Le Pont, 1901

 

Il poursuit ainsi : « J'ai compris que tout le labeur acharné de ma vie était pour la grande famille humaine, à laquelle devait être révélée un peu de la fraîche beauté du monde par mon intermédiaire. Je n'aurai donc été qu'un médium. Et comme rendant à César ce qui appartient à César, j'ai aidé la ville du Cateau à créer ce musée. Une partie du résultat d'une vie de travail qui m'a été imposée par la destinée, et donc justement bien placée. »
 
Mais Matisse, mort deux ans plus tard, ne verra jamais le musée terminé, un musée qui a été installé en 1982 dans l'ancien palais Fénelon et qui comprend maintenant près de 800 œuvres.

 


Nus bleus 1952, versions I, II, III, IV

 

Notes et références
[1]  Bruno Vouters, Henri Matisse, "Je vais renaître au Cateau", Ateliers galerie éditions

Voir aussi
* Oeuvres d'Henri Matisse --

* Complément : Histoire de la peinture moderne --
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31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 18:16

Ce que Giacometti a appris de Rodin

   
                                          Giacometti devant Les bourgeois de Calais de Rodin

 

Décidément, Catherine Grenier a de la suite dans les idées. En 2016, elle avait déjà organisé avec le musée Picasso situé dans l’hôtel Salé dans le quartier du Marais, une superbe exposition sur Giacometti et Picasso avec un objectif similaire: mettre en parallèle certaines de leurs œuvres  pour en dégager des lignes directrices et des interactions entre les deux artistes. (voir ma fiche L'exposition Picasso-Giacometti de 2016)
Elle récidive cette années avec une confrontation entre Giacometti et Rodin.
 

          
Giacometti devant ses sculptures              Rodin Les ombres 1886
 

Cette exposition de la Fondation Gianadda au musée de Martigny en Suisse est donc née d'un projet de Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti, et Catherine Chevillot, directrice du Musée Rodin. Si l'on trouve Alberto Giacometti (1901-1966) et Auguste Rodin (1840-1917) dans les collections de la Fondation et que Léonard Gianadda leur a déjà consacré plusieurs expositions, on peut aussi trouver des conjonctions entre eux que Hugo Daniel le troisième commissaire a bien mis en valeur.
 


                                  Rodin, L'enfant prodigue (petit modèle)

 

Pour Catherine Chevillot, cette réalisation est aussi le prolongement de l’exposition organisée au Grand Palais pour le centenaire de la mort de Rodin en 2017. La filiation entre les deux artistes passe par Bourdelle, élève de Rodin et maître de Giacometti, qui avait déjà utilisé les techniques et solutions chères à Rodin, en particulier : socles, séries, déformations, accidents... Cette filiation apparaît ainsi comme un élément essentiel pour comprendre la démarche suivie par Giacometti.
 

  L'importance du socle 
 

À Paris, Giacometti étudie l’œuvre de Rodin qui a largement montré la voie à la sculpture contemporaine. Il ira encore plus loin en dématérialisant [1] peu à peu ses sculptures et n'en conservant que l’essentiel pour aboutir aux silhouettes étirées et filiformes qui ont fait sa renommée.

 

     
Rodin et Giacometti : L'homme qui marche     Giacometti : L'homme qui chavire

 

L'exposition repose sur 130 sculptures, dessins et photographies répartis en plusieurs thèmes dont les plus importants sont « Modelé et matière », « Déformations », « Relations au passé » et « Séries », permettant de mieux comprendre les techniques utilisées et ce qui rapproche les deux artistes, au-delà des différences qu'on peut avoir a priori à la simple confrontation de leur technique sculpturale.

 

Modelé et matière

 

Ainsi, même si à première vue la comparaison entre leurs créations n’est pas évidente, on finit par s’apercevoir de nombreuses similitudes dans les sujets traités, le travail de la matière et un modelé nerveux, fait d'aspérités et qui parvient à capter la lumière qui se dégage des différents facettes de leurs surfaces.

 

Accidents et déformations     

                    

Au centre de la grande salle, trône le colossal « Monument des Bourgeois de Calais » (1889-2005), version récente en plâtre de l’oeuvre originale de Rodin. On trouve d'un côté le plâtre de Rodin « L’Homme qui marche, grand modèle » datant de 1907, et « Homme qui marche II » un plâtre patiné de Giacometti datant de 1960.
Un face à face plein d'enseignements.

 


Disposition de la grande salle : au centre Les bourgeois de Calais puis L'homme qui marche, à gauche celui de Giacometti, à droite celui de Rodin 

 

Tout autour, des sculptures et des dessins disposées côte à côte pour pouvoir les comparer plus facilement : le thème des portraits avec le  « Buste d’Eugène Guillaume » (1903), un bronze de Rodin, et le « Buste d’Annette » (1962), bronze de Giacometti, à rapprocher par un modelé assez voisin. Puis celui des Groupes avec le « Monuments des Bourgeois de Calais » (1889-2005) de Rodin et « la Clairière » (1950), bronze de Giacometti aux socles assez imposants qui sont comme une prolongation et symbolisent leur autonomie, en particulier avec « La Pensée » (1893-95) de Rodin et le « Petit buste de Silvio sur double socle » (1943-44), bronze de Giacometti.
 

                       
    Rodin La pensée 1895             Petit buste de Silvio sur 2 socles  
          

« La pensée » de Rodin, cette tête de Camille Claudel prise dans la masse de pierre, parle de mélancolie mais aussi de puissance créatrice quand la pensée est extraite de la matière, elle implique donc aussi une réflexion sur la nature même de la pensée prise dans la matière.
On retrouve cette démarche chez Giacometti, plus connue sans doute grâce à l'analyse d'existentialistes comme Jean-Paul Sartre ou Maurice Merleau-Ponty.

 

             
Giacometti, Buste d’Annette, 1962   Rodin,  Buste d’Eugène Guillaume, 1903

 

On peut faire la visite dans n'importe quel ordre même si l'intérêt est de prime abord dans la comparaison entre les sculptures des deux artistes portant le même titre de L’Homme qui marche (1907 et 1960), et les groupes – le Monument des Bourgeois de Calais (1889) de Rodin et La Clairière (1950) de Giacometti, pour les deux plus importants, placés au centre de la présentation.
 

  Giacometti, La clairière 1950
 

Catherine Grenier évoque ainsi les liens entre les deux hommes : « Giacometti n’a pas pris de Rodin des leçons formelles mais des réponses aux questions que se pose un artiste qui veut représenter le corps humain dans l’espace ou en lien avec d’autres corps. » Il est fort intéressant de tenter de voir Rodin à travers le regard de Giacometti qui, après sa période surréaliste et abstraite, est revenu aux conceptions de Rodin dans les années 1930. De ces liens, on trouve dans les documents exposés des catalogues de Rodin que Giacometti a surchargé de dessins. L'influence de Rodin sur la démarche de Giacometti est donc patente.
 

             
Giacometti : Grande tête mince, 1954 et Buste d’homme (Eli Lotar II), 1965
Rodin, au centre : La pleureuse, 1885
 

Notes et référence
[1]
Giacometti fit œuvre de précurseur, ayant senti avant tout le monde que les sociétés modernes allaient être fortement impactées par le phénomène de dématérialisation à travers leur informatisation.

 

Voir aussi
* Ma fiche sur L'exposition Picasso-Giacometti en 2016 --
* Giacometti-Bacon, l'obsession du corps --
* Panorama de l’art --

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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 21:39

La peinture belge au musée de Lodève : James Ensor, René Magritte, Paul Delvaux, Pierre Aléchinski…

 

      
                                       2- Alfred Stevens La visite des condoléances 1857

 

Cette exposition au musée de Lodève dans l’Hérault, permet de parcourir les plus grands peintres belges représentés au musée d’Ixelles à Bruxelles. Elle permet d’avoir une idée de son évolution entre la fin du 19e siècle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, d’y déceler les influences et sa singularité marquée par un balancement entre le réel et l’imaginaire, une certaine propension au non-conformisme.
 

   
3- Ensor aux masques 1899          4- Georges Lemmen Nu, 1907

Pas moins de 90 œuvres sont exposées, réparties en pré-impressionnisme et impressionnisme, symbolisme, fauvisme, expressionnisme, surréalisme, abstraction et le mouvement CoBrA abstraction construite et lyrique.
 

          
5- Jan Varhas Les demoiselles            6- Herman Richir, Le thé
de Van der Perre, 1887               (le couple Wytsman)

C’est la première moitié du XIXe siècle qui verra se constituer une identité artistique spécifiquement belge. À l’exemple de la France, un salon officiel des Beaux-Arts est organisé en alternance dans les principales villes de Gand, Anvers et Bruxelles. Puis les musées vont essaimer peu à peu dans tout le pays, constituant un art belge spécifique, même s’il a subi l’influence des grandes nations voisines.
 


7- Georges Morren Femme épinglant son chapeau, 1901
8- Jan Toorop, Dame à l’ombrelle, 1890
9- Théo Van Rysselberghe, Jeanne Pissarro, 1895

Les mouvements impressionnistes

La fin du 19e siècle voit éclore une avant-garde belge va créer une grande émulation culturelle qui va compter dans l'évolution picturale de cette époque. Ce foisonnement artistique dû surtout à Octave Maus (1856-1919) va déboucher sur les différents courants impressionnistes par l’intermédiaire du marchand d’art Durand-Ruel (1831-1922) et l’on peut admirer dans les grandes expositions initiées par Octave Maus la fine fleur de l’impressionnisme français, entre autres Berthe Morisot et Camille Pissarro fin 1880 puis Sisley qui influenceront un artiste comme Émile Claus (1849-1924). [Voir photo 11]
 


10- Rik Wouters Le chou-fleur 1912     11- Émile Claus La Levée des nasses, 1893

 

Un tournant sera pris en 1886 avec la toile de Georges Seurat (1859-1891) Dimanche après-midi sur l'île de la Grande Jatte (Art Institute of Chicago), exposée à Bruxelles en 1887 avec Pissarro et Signac. Ce sera l’origine de l’émergence d’un courant belge spécifique avec Willy Finch (1854-1930), Henry Van de Velde (1863-1957), Théo Van Rysselberghe (1862-1926), Anna Boch (1848-1936), Georges Lemmen (1865-1916).
[Voir photos 9, 20, 21, 22, 4]

 

             
12- Théo Van Rysselberghe             13- Constant Permeke Niobe 1951
Portrait de Constant Permeke

Les artistes belges ont largement participé aux différentes évolutions picturales qui ont marqué le 20e siècle, le symbolisme qui va développer les thèmes des mythes et des légendes, se focaliser sur la féminité, chez Félicien Rops comme chez Fernand Khnopff.
 

       14- Paul Delvaux La fenêtre 1936  15- Fernand Khnop La chimère 1910  
16- Georges De Geetere Portrait de sa femme

 

On retrouve la fascination pour la couleur, en particulier dans le fauvisme, chez des peintres comme James Ensor le plus connu, [Voir photo 3] pratiquant la couleur pure et les touches larges mais aussi chez Rik Wouters (1882-1916), Willem Paerels (1878-1962), Ferdinand Schirren (1872-1944) ou encore Jos Albert (1886-1981). [Voir photo 17]
 

             
17- Jos Albert, Grand intérieur, 1914  
18/19- Frits Van den Berghe, Stella Van de Wiele 1916 et L’idiot devant l’étang 1926


Après la Grande Guerre, l’expressionnisme flamand vise un art plus populaire et agreste, en particulier avec Constant Permeke (1886-1952), [Voir photo 13] Gustave De Smet (1877-1943) [Voir photo 24] et Frits Van den Berghe (1883-1939). [Voir photos 18, 19] Parallèlement se développe un courant surréaliste dynamique basé sur le rôle de l’introspection et de l’inconscient, une poésie qui se dégage de ses œuvres, faite de réalisme confronté à l’étrangeté. Ces tableaux pleins de mystère se retrouvent chez les deux grands maîtres de ce courant, René Magritte (1898-1967) [Voir photo 23], le maître incontesté qui cultive une ambiguïté pleine d’ironie [1] et Paul Delvaux (1897-1994) [Voir photo 14] qui peint un univers mystérieux marqué par le silence et des décors austères.
 


20/21- Anna Boch En juin 1894 et Composition du bouquet    
22-
Willy Finch Fleurs en pot
 

Dans sa toile L'Heureux donateur  (1966), René Magritte [Voir photo 23], à travers son titre,  rend hommage à Jean Coquelet,  ancien conservateur du Musée d'Ixelles, pour ce qu’il lui doit. La toile met en perspective  de la silhouette de l'homme au chapeau melon investie par un paysage nocturne dominé par une lumière contrastant avec l'intérieur de la maison pour en augmenter l’ambiguïté.
 

                         
23- René Magritte L’heureux donateur, 1966 
24- Gustave De Smet La bonne maison 1926

 

Le groupe CoBrA (contraction de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) prône un retour à la spontanéité de l'art, à relier au courant de l'Art Brut qui se développe en France à la même époque avec Jean Dubuffet (1901-1985) ou Chaissac (1910-1964). [2] Leur crédo : dépouiller l’art de toute référence intellectuelle. Par exemple, chez Alechinsky et Dotremont, le tableau est d’abord un ensemble de jeux graphiques sans signification explicite, ce dernier travaillant sur le concept de "peintures-mots" puis d’écriture peinte (les "logogrammes"). Leurs tableaux avec leurs figures géométriques et leurs volutes colorées donneront naissance au courant qu’on a appelé l'abstraction lyrique.
[Voir photos ci-dessous, 25, 26]

 

     
25- Pierre Alechinsky, CoBrA de transmission, 1968 Acrylique sur toile
26- Christian Dotremont, Logogramme 1972

 

Ce courant est d’abord dit "abstraction construite" et repose sur la négation de la forme. Un peintre comme Jo Delahaut (1911-1992) travaille à réduire la forme, évoluant vers ce qu’on nommera l’abstraction géométrique avec des artistes comme Luc Peire (1916-1994) [Voir photo 30] ou Dan van Severen (1927-2009).

      
27- Englebert von Anderlecht, Peinture bleue n°101, 1960
28- Jacques Doucet Terre de mer, 1960 (abstraction lyrique)

Tous les artistes ne se retrouvaient pas dans les différents mouvements qui bouillonnaient à l'époque. Ni dans le courant marqué par la figure de Jo Delahaut ni avec le groupe CoBrA.
 


29- Antoine Mortier Floraison en bleu, 1963

Ils se sont  souvent tourné vers l’École de Paris de l’abstraction lyrique comme Bram Bogart (1921-2012) qui relie sa gestuelle picturale aux propriétés de la couleur ou  Englebert Van Anderlecht (1918-1961) [Voir photo 27] et Antoine Mortier (1908-1999). [Voir photos 27, 31, 32]
 


 30- Luc Peire Nieuw Rotterdam, 1961

 

Antoine Mortier [Voir photo 29] va progressivement passer de la figuration à l'abstraction, rejoignant à partir de son tabeau "Figure bleue couchée", les courants de l'Action painting et l'expressionnisme abstrait. Chez lui, ce n'est pas seuement le geste qui compte mais le sujet qui est longuement travaillé et réinterprété.

               
31- Jo Delahaut Composition 52       32- Bram Bogart Aquagravure croix 1990

Notes et références
[1]
Voir  dans ses œuvres les éléments qu’il utilise, comme les (bilboquets, les quilles, les planchers, cheval et cavalier.
Voir L'art brut, La relation entre Chaissac et Dubuffet --

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 15:45

      
 Photo de l'artiste                                  Bal au Moulin-Rouge 1890

 

J’avais été séduit il y a bien des années par la visite du Palais de la Berbie à Albi, situé juste à côté de la cathédrale Sainte-Cécile, consacré essentiellement aux œuvres de Toulouse-Lautrec. C'est pourquoi j'étais curieux de savoir ce que donnerait cette nouvelle exposition et ses orientations.
 

     
 Clown Cha-u-Kao                      Louis Pascal 1891

 

Cette fois, c’est le Grand Palais qui consacre une grande rétrospective à Henri de Toulouse-Lautrec, une initiative mise en place avec la participation en particulier du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie.
L’artiste est surtout connu pour ses sujets pris sur le vif, du monde de la nuit parisienne. Cet univers clos qu’il a si bien peint et croqué.
 

  Un salon de la rue des Moulins 1994 
 

C’est un ensemble de 200 œuvres qui sont présentées et qui entendent bien revenir sur cette « vision conflictuelle de sa modernité » qu’on lui a trop souvent reprochée, lui qui a réussi avec bonheur à si bien représenter son environnement, « avec une force unique, rendant plus intense et significative "la vie présente". »

 


Une salle du musée                                                   Les 2 amies, 1895

À travers ce Paris des plaisirs défendus, ignorés avec ostentation par la bourgeoisie, Toulouse-Lautrec se veut « interprète pugnace et cocasse, terriblement humain au sens de Daumier ou Baudelaire", sans jamais porte un jugement sur le spectacle qui s’offre à ses yeux.
 

        
 Aristide Bruant                      Yvette Guilbert                    Bal masqué

 

Au cours de l'exposition, on peut aussi prendre connaissance de sa correspondance avec des peintres de son époque, comme Édouard Manet, Edgar Degas, Forain ou Ingres qui vont l’influencer, « transformer son naturalisme puissant en un style plus incisif et caustique ».
 

   
Femme à sa toilette 1891                                   La Goulue au Moulin-rouge 1892
 

Voir aussi
* Van Gogh, La nuit étoilée -- Expo Evian, Les derniers impressionnistes --
* Expo Montélimar, De Renoir à Picasso -- Expos 2018, Edouard Vuillard --
* Berthe Morisot à Orsay, 2018 -- Les impressionnistes à Londres, 2018 --

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 20:13


L'entrée du musée place des Terreaux         Vue d'une salle de l'exposition

 

Cette exposition qui s'intitule « Penser en formes et en couleurs » est particulièrement importante puisqu'elle illustre le rapprochement entre le musée des Beaux-Arts (MBA) et le musée d’art contemporain de Lyon dans le « pôle musée » initié en 2018. 

 

              
Jawlanski  Tête de femme Méduse       Jean Dubuffet, Paysage blond, 1952
Lumière et ombre 1923

 

Cette décision impliquait aussi un rapprochement entre leur fond des artistes contemporains couvrant les XXe et XXIe siècle, les relations entre les deux collections et met l'accent sur les diverses approches d'artistes de cette époque autour du thème de la couleur.

 

L’exposition tire son titre d’un aphorisme de Georges Braque, qui fut publié en 1917 par Pierre Reverdy dans la revue Nord-Sud : « Le peintre pense en formes et en couleurs ».

 

       
Jean Bazaine Les comédiens 1947   
Fernand Léger, Les 2 femmes au bouquet, 1921

 

À travers quelque 120 peintures, sculptures, installations, dessins et objets, une soixantaine d’artistes représentatifs des deux collections seront présents dans l'exposition.

Parmi les artistes représentés, des peintres connus du XXe siècle, Robert Delaunay, Fernand Léger, Jean DubuffetHans Hartung ou contemporains comme Olivier Debré, Pierre Soulages, Serge PoliakoffJean Fautrier ou moins connus tels Georges Adilon, Steven Parrino, Alan Charlton, Bernard Aubertin, Lucio Fontana, Olivier Mosset, Christian Lhopital ou François Morellet.

 

               
Robert Delaunay Rythme 1934             Steven Parrino Turning Blue 1984
 

Les artistes choisis aiment exploiter toutes les possibilités de la couleur, vecteur de la façon dont les visiteurs la perçoivent. Ils recherchent aussi une certaine qualité vibratoire et lumineuse propre à la couleur, la capacité de simuler une impression de mouvement sur la surface plane de la toile.
 


Georges Braque Femme au chevalet 1936
 

Chaque tableau doit pouvoir donner une idée de l'intention du créateur et des conditions de sa création. L'exposition est délibérément centrée sur les liens, les associations entre les œuvres, sans souci de sen tenir à la chronologie. Elle est organisée par thématiques pour mieux mettre en valeur la filiation entre les œuvres retenues, au-delà des modes et des écoles.
 

       
Serge Poliakov Composition                   Hans Hartung Pas-72, 1948
 

L’exposition s’ouvre par l’ensemble Ambiente spaziale, de Lucio Fontana (1967), mettant en parallèle des effets de lumière noire et de peinture fluorescente, puis le tableau intitulé Rythme de Robert Delaunay (1934), basé sur les travaux du chimiste Michel-Eugène Chevreul. Toutes deux ont largement influencé l’utilisation de la couleur dans la conception d’une œuvre picturale.
 


Danseurs de Christian Lhopital et sculpture d'Etienne Martin
 

La peinture Paysage blond de Jean Dubuffet, des séries Paysages du mental évoque des territoires imaginaires assez éloignée des techniques picturales occidentales, ce qui explique qu’on la rapproche parfois de la création collective des aborigènes Warlukurlang Panapardu jukurrpa, Flying Art Dreaming.
 

  
Fred Deux, La patiente, 1972     Olivier Mosset, Escort, 1987
 

Le tableau mural tout en longueur Painting in 36 parts d’Alan Charlton, ensemble de panneaux dans des tons de gris qui permet d’en avoir une vision structurée, rappelle les tonalités grisâtres dans les dessins de Fred Deux.
 

                            
Fernand Léger La botte de navets 1951     Bernard Aubertin Monochrome rouge A5
 

Autre exemple retenu : Le tableau La Botte de navets de Fernand Léger repose sur la dissociation entre le dessin et la couleur. Cette technique rappelle des œuvres plus récentes de Phil Sims dont le principe repose sur l’étendue du champ coloré, et de Steven Parrino dont le tableau Turning Blue utilise comme technique une toile entièrement bleue, détachée du châssis, froissée puis refixée dans une position différente pour remettre en cause l’objet tableau dans sa dimension et sa planéité.
 


Face à face, le bleu de Parrino et le jaune de Sims font pendant aux couleurs primaires de La botte de navets de Fernand Léger
 

Voir aussi
* Expo Lyon, Présentation --

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6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 13:40

 

   

    

  

  

                 

   

                             

  

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6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 12:01

Une exposition sur Edgar Degas au Musée d'Orsay, intitulée Degas à l'Opéra pour célébrer le 350e anniversaire de l'Opéra de Paris. On sait combien le peintre aimait ce milieu des danseuses et cet univers qu’est l’Opéra.

 

          
 Edgar Degas Auto portrait 1854                    La danseuse étoile

 

Tout au long de sa vie, il en a hanté la scène et les coulisses  et en a exploré les différents espaces, de la salle à la scène, des loges au foyer et à la salle de danse, s'attachant à ce petit peuple qui y vit, les  danseuses, les chanteurs, les musiciens de l'orchestre, les spectateurs, les habitués en habit qui squattent les lieux.

              

Il y saisit aux pastels ou au fusain, la vie trépidante du Palais Garnier. C’est un monde à lui tout seul qui lui permet de nombreuses expérimentations centrées sur le contraste des éclairages, l’étude minutieuse du mouvement et l’harmonie du geste.

 

     
Deux danseuses                                              La leçon de danse

Pendant une trentaine d’années (entre 1860 et 1892) Edgar Degas est allé au moins une fois par semaine à l’Opéra, où il était abonné, tout juste à un petit quart d’heure à pied de chez lui. Monument récent, il a été inauguré en 1875, le palais Garnier est considéré comme le centre de la vie mondaine et artistique de la capitale, peu après l’incendie de l’ancienne salle que le peintre a toujours regrettée. On y joue alors des pièces au charme désuet comme Robert le Diable, de Meyerbeer, ou des classiques, Rameau ou Gluck — son compositeur préféré.

 

 
Fin d'arabesque                             Les musiciens de l'orchestre

 

Dans le tableau du Ballet Robert le Diable (1876), Degas saisit l’instant où des nonnes voilées dansent une sublime farandole, ondoyant comme de belles sirènes au-dessus des musiciens et de leurs instruments. Pour cela, Il utilise des plans superposés, des effets de du clair-obscur et d’optique pour simuler un tableau dans le tableau et une histoire dans l’histoire.

 

     
         Les pointes, 1875                                 Danseuses à la barre


L’Opéra apparaît tel que Degas l’a vu au XIXè siècle, à travers ses goûts musicaux et la relation étroite qu’il avait fini par tisser avec cette institution. Ainsi, Degas a peint inlassablement les petits rats, les chanteurs et les musiciens de l’orchestre, également les spectateurs en fracs et les élégantes en robes du soir. C'est là qu'il va s'efforcer de capturer l’essence de l'époque dans ce lieu confiné, car le spectacle se déroule aussi bien sur scène que dans les coulisses. C’est par cette recherche permanente dans cet univers que Degas va traquer ce qu'il veut représenter : les gestes, les postures, les attitudes, la vérité intime qui définissent ses personnages mieux qu'une longue description.

 

     
Danseuse à la robe jaune                             Exercices à la barre

 

Les fameuses danseuses de Degas, dont le succès a laissé ses autres œuvres en arrière plan, cachent en fait ce qu’on connaît peu et en particulier sa fascination pour l’opéra, un genre qui réunit la musique et la danse. Le musée parisien est parvenu à regrouper des dizaines de ses dessins et tableaux qui illustrent toute la richesse de sa production dans le domaine de la danse.

 

   L'attente, 1881

 

D’abord intéressé par les sites de Boulogne-sur-Seine et la baie de Somme, Il va vite se tourner vers un monde où il retrouve les deux arts qu’il aime entre tous, à travers les danseuses et les musiciens.  
Pendant plus de 40 ans, il va s’atteler à représenter le portrait de l'Opéra de Paris au XIXe siècle, à travers des œuvres devenues standard dont les plus connues sont sans doute La loge, La Petite Danseuse de quatorze ans ou le Foyer de la Danse.

 

            
La classe de danse, préparation            La classe de danse (détail)

 

Dans cet ordre d’idée, cette exposition a ceci d’original qu’elle présente à la fois le lien passionné que Degas avait avec l’Opéra de Paris, ses inclinations musicales, mais aussi ce qui constituait pour lui une ressource quasiment inépuisable. Elle permet de découvrir, à travers les œuvres présentées, une image de ce qu’était l’Opéra au XIXe siècle.

 

  
             La classe de danse                                       La danseuse au bouquet

 

Degas sert de révélateur pour fêter comme il se doit les 350 ans de l'Opéra Garnier, lui qui fut l'un des témoins privilégiés de son époque, transcendant par sa peinture des moments arrachés à la fuite du temps. Parallèlement, ont été organisées des visites dans l'exposition, des parcours-spectacles réalisés par le Ballet de l'Opéra National de Paris, des concerts ainsi que des rencontres avec des metteurs en scène.

 


La classe de danse (gros plan)

 

Complément
Pour le centenaire de la mort d’Edgar Degas (1834-1917), le musée d'Orsay a organisé une exposition très innovante puisque le vecteur en est un ouvrage assez méconnu de l’écrivain Paul Valéry (1871-1945) intitulé Degas Danse Dessin.

Ce livre, publié aux éditions Vollard en 1937, est né de la grande amitié de quelque vingt ans entre Edgar Degas et Paul Valéry. Il donne une approche poétique de l’homme et de son art tout en étant aussi une méditation sur la création.

 

         
Trois danseuses 1873                                   Danseuse se baissant

Les thèmes majeurs sont développés dans son ouvrage par association d’extraits du texte de Valéry avec des œuvres graphiques, des peintures et des sculptures de Degas. Les dessins de Degas sont le pendant des carnets de Valéry, ils montrent leur importance pour les deux artistes, et représentent le fait qu’ils constituent l’essence de leur art.

Ce va et vient entre texte et images illustre bien la pratique du dessin de la part de Degas, son appétence pour les univers de la danse et de l'équitation que Valéry pense être dues à sa recherche sur le trait et le mouvement.

 

      
La petite danseuse de 14 ans              L'école de danse 1880

 

Voir aussi
* Expo Evian, Les derniers impressionnistes --
* La collection Bührle au musée Maillol --
* Les impressionnistes à Londres --
* Michel Peyramaure, La petite danseuse de Degas, éditions Bartillat, 2006 --

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