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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 18:15

Vous allez sans doute penser, « encore une nouvelle balade dans Limoges et ses environs… » Effectivement, beaucoup de lieux familiers avec cette fois une incursion dans le quartier de Carnot-Marceau qui se situe à côté du quartier de la gare, pas très loin du centre ville… et de nouvelles photos un peu différentes.
 

      
Vue de la rue Jean Jaurès                               Restaurant rue Dubouché
 

Commençons par un tour de ce qu’on appelle l’hyper centre, partant de la rue Jean Jaurès en remontant par la rue de la cloche vers l’église Saint-Michel-des-Lions et les Halles, jusqu’à la rue piétonne Adrien Dubouché (maire de Limoges qui créa le musée de la porcelaine), le nez en l’air en essayant de voir ce qui avait bien pu changer depuis notre dernière venue.
 

   
Place des Halles (ou place de La Motte) : vue des Halles et vue de Saint-Michel
 

Ensuite, on pousse un peu plus loin dans le quartier de la boucherie, constater les dégâts de l’incendie qui a ravagé deux immeubles anciens –de toute façon, ici ils sont tous anciens. Il ne reste que les façades, restaurées à l’identique et pour l’instant, rien derrière. On revient par un coin caché derrière la Boucherie, autour de la place de la Bareyrette, un peu comme la Cour du temple. Les limougeots aiment bien cacher leurs plus beaux trésors.


   
Rue de La Boucherie : côté Saint-Aurélien et côté haut de la rue
 

Le quartier Carnot-Marceau

Ancien quartier ouvrier en pleine mutation, ce quartier voit coexister ses anciennes structures avec des reconfigurations, ne serait-ce que les deux casernes de Marceau et de Carnot (dont le nom de quartier Carnot-Marceau) qui ont longtemps structuré le quartier.
 

  
Vue de la caserne Marceau                             La place Carnot et les halles
 

Quartier qui se prolonge jusqu’à la gare de Montjovis, [1] "l’autre gare" de Limoges, qui a progressivement perdu de son importance. La tradition industrielle développée à travers les domaines de la peausserie-chaussure et de la porcelaine, disparaît progressivement.

 

     
Gare de Limoges-Montjovis               Vers la place Carnot : Vue du parc Thuillat



La place Carnot est un hommage à l’enfant du pays, président de la république assassiné à Lyon en 1894 et dont une stèle située à l'angle de la rue Théodore-Bac et de l'avenue Garibaldi rappelle la mémoire. Elle est surtout intéressante par les halles Carnot. [2]
 

 
Les Halles Carnot                       Limoges : Fontaine en porcelaine Rebeyrolle [3]
 

Elle représente une plaque tournante donnant accès à la place Dussoub et au centre-ville par la rue François-Chémieux, aux quartiers Beaubreuil et Beaublanc, à la gare des Bénédictins par la rue Bac et le carrefour Tourny par l'avenue Garibaldi.
 

Eymoutiers et Vassivières

   
Jany à Chateauneuf-la-Forêt        Parterre de bruyère à Ste-Anne-Villevaleix
 

Nous avons ensuite fait "le tour des lacs", déjeuner au lac de Chateauneuf-la-forêt puis le lendemain au lac de Vassivières. Calme absolu en cette mi-septembre où les touristes sont partis, par de belles journées qui nous ont permis de faire de belles balades, en particulier le long du lac de Chateauneuf, sous les chênes et les hêtres qui bordent ses rives.
 

   
Lac et plage de Chateauneuf-la-Forêt       Lac de Vassivières et plage de Broussas
 

Nous nous somment laissé bercer par la quiétude de Vassivières, le port de Nergout et les quelques bateaux amarrarés le long de la plage, pendant que ses occupants déjeunaient comme nous, en commentant leur matinée.
 

    
Vassivières-Nergout            Le gîte Le petit papillon à Eymoutiers, où nous étions
 

Le lendemain, content de retrouver Eymoutiers, sa grande rue avec ses arcades, la collégiale en contrebas, cachée derrière ses grands arbres, la grande place animée par le marché, qui surplombe les rives de la Vienne.
 

       
Eymoutiers, maison ancienne et les arcades de la grand'rue
 

Sur le côté du clocher de l'église se trouvent des maisons typiques comme celle du théologal ou celle du prévôt, une belle fontaine et l'on peut encore voir un mur, dernier vestige des remparts qui ceinturaient la ville, en descendant la rue des Fours, ainsi qu'un claustrum, abri voûté qui est un témoin d’une des anciennes portes d’entrée de la ville.
 

  
La collégiale vue de la rue centrale et la nef

D'autres maisons encore, comme rue Gabriel-Péri la "maison des têtes", l'une des plus anciennes d'Eymoutiers ou rue de la Vieille tour, une belle maison ornée d'une tour.

 

         
La saison estivale à Broussas
 

À Villevaleix, juste au-dessus d'Eymoutiers, je retrouve la grande forêt d'épicéas et le foisonnement des genets et des fougères. Je retrouve aussi avec émotion les vastes maisons de pierres grises, trop souvent désertes aujourd'hui, une grande maison-forte, ancien relais de poste, au-dessus de la maison où mon père vécut sa jeunesse et juste à côté l'église Sainte-Radegonde, bien délaissée maintenant.
 

       
Sainte-Anne-Villevaleix : église Sainte-Radegonde et maison-forte
 

La particularité de Sainte-Anne Saint-Priest, ce sont ses trois églises [4] venant de l'époque où Sainte-Anne et Saint-Priest étaient des communes distinctes complétées par le prieuré autonome de Villevaleix. On peut ainsi faire le tour des trois églises, celle de Sainte-Anne datant du XIIIè siècle, celle de Saint-Priest-les-Vergnes datant du XVè siècle et l'ancienne église-prieuré Sainte-Radegonde de Villevaleix datant du XIIè siècle.
 

       Parterre de bruyère à Ste-Anne-Villevaleix               Broussas de Maulde
 

Avant de repartir, on fait un crochet par Faux-la-Montagne, situé dans le Parc naturel de Millevaches, sur ses contreforts mais cette fois, on ne poussera pas jusqu'au village éponyme. Le village est en pleins travaux car on est en train d'enterrer les lignes électriques.
 

 
La grande place de Faux-la-Montagne

Village toujours aussi dynamique qui depuis quelques années a mis en place une scierie autogérée, un écoquartier, créé aussi un environnement culturel très actif avec Télé-Millevaches, un journal associatif ainsi que les festivals Folie les mots et Rencontres musicales de Nedde.
 

Notes et références
[1] Anciennement "gare des Charentes"
[2] Halles Carnot qui s'appellent en fait les halles Dupuytren, du nom de la rue qui les longent, nom venant d'un chirurgien limougeot réputé.
[3] Cette fontaine en porcelaine a été conçue par le grand plasticien Jean Rebeyrolle (né à Eymoutiers) est installée dans la cour des établissements Bernardaud
[4] Voir Le circuit des 3 églises --

Quelques repères et compléments
* Le quartier Carnot-MarceauPlace CarnotPlace Denis-DussoubsParc Victor Thuillat – Limoges Centre-villeLa Haute-Vienne --

Voir mes fiches sur Limoges et le Haute Vienne
* Limoges 2016 -- Limoges 2018 -- De Limoges à Vassivières --

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 05:01

Turner, peintures et aquarelles au Musée au musée Jacquemart-André 2020

Cette exposition a été organisée en collaboration avec la Tate Britain.

 

       
                                           Venise, vue sur la lagune au coucher du soleil, 1840  

 

Une belle rétrospective de William Turner (1775-1851) au musée Jacquemart-André. Celui qui est considéré comme le plus prestigieux des représentants de l’âge d’or de l’aquarelle anglaise, a su mieux que quiconque rendre les infinies possibilités de la lumière, sa transparence sur les paysages qu’il affectionnait.

 

           
Autoportrait vers 1800                  Turner dans son atelier vers 1820

On peut suivre son évolution, tout au long de cette exposition, de ses œuvres de jeunesse aux tableaux lumineux et colorés de sa maturité qui participent grandement à sa notoriété actuelle. C’est quelque 60 aquarelles et une dizaine de peintures à l’huile, dont certaines inédites en France, que nous propose le musée Jacquemart-André avec l’aide de la Tate Britain de Londres, qui détient la plus grande collection de Turner au monde.

 

             
Col du Saint-Gothard  1803-04               Bonneville en Savoie, 1803

 

Turner a conservé beaucoup d’œuvres dont il ne voulait pas se séparer [1] et qui sont, de ce fait, d’un intérêt considérable pour comprendre sa démarche. À sa mort en 1856, il a laissé un patrimoine considérable constitué d’une centaine de peintures à l’huile, des études et des ébauches, des milliers d’aquarelles, de dessins et de carnets de croquis.

 


Retour victorieux de Trafalgar 1806           La bataille de Trafalgar 1825

 

Selon l’écrivain John Ruskin, Turner avait réalisé la plupart de ces œuvres « pour son propre plaisir ». Ce legs actuellement conservé à la Tate Britain élargit considérablement les connaissances qu’on pouvait avoir sur l’œuvre de ce grand peintre romantique dont l’exposition dévoile plusieurs facettes.

 

        
Ulysse se moquant de Polyphème 1829                     Fort Vimieux 1831

 

Cet autodidacte a d’abord pris des cours de perspective et de topographie avant d’intégrer l’école de la Royal Academy à quatorze ans puis va travailler en solitaire pour s’affranchir de toute influence et trouver son propre style.

 

 
L’incendie du Parlement 1835 : 2 tableaux de cet événement dont il a été témoin

 

De sa vie il n'a cessé d'innover, expérimentant de nouveaux pigments. En fait, il annonce l’abstraction dans des tableaux mythologiques et ses esquisses. Chaque été, il partait à la recherche de nouveaux paysages qu'il dessinait et reprenait ensuite chez lui à la mauvaise saison.

 

 
Le rameau d’or 1834                              Le dernier voyage du Téméraire 1939

 

Et justement, l’exposition permet de suivre petit à petit l’évolution qu’il a suivie à travers des œuvres de jeunesse plutôt réalistes,aux tableaux plus caractéristiques de sa technique, qui ont fait son succès.
Avec en complément des aquarelles et des peintures à l’huile, on peut ainsi admirer une production qui a conservé toute sa spontanéité.

 

         
  Lumière et couleur 1843                Guerre, l’exilé et l’Arapède 1842

 

Notes et références
[1] Il a même racheté certaines de ses œuvres présentées en salle des ventes.

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24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 15:16

   
Autoportrait de 1875 et photo d’Auguste Renoir

« Lorsque nous regardons les tableaux de Renoir, il est facile d'oublier que c’était pour lui un problème à cause de son arthrite. La peinture tenait de la nécessité physique et parfois un remède, comme si vous souhaitiez créer des choses sur la toile qui devaient se perdre dans la vie réelle en raison de votre handicap » rapportait le British Medical Journal.

 


Ses enfants : Pierre 1890, Jean 1901, Claude (dit Coco) 1910

Ce qui est peu connu, c'est que le grand peintre impressionniste Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), avait  une arthrite sévère et douloureuse dans les 25 dernières années de sa vie.

 

 
Baigneuse aux cheveux roux 1906                       Le moulin de la galette 1876

C'est l’un des petits-fils du peintre, Paul Renoir, qui a dévoilé lors du 13e Congrès européen de rhumatologie (Amsterdam, 1995), la maladie jusque-là inconnue de son grand-père.
On croit que son arthrite a commencé quand il était âgé de 50 ans, et est devenue plus agressive dans la décennie suivante et pendant les dernières années de sa vie, ce qui l’a laissé presque invalide.

 

       
Baigneuse assise 1914 - Petit déjeuner des rameurs 1881-82
Les grandes baigneuses 1884-87

Sa femme Aline Charigot 1885      Aline et Pierre 1887

Dans le jardin 1885               Parapluies 1886       
 

Chevalets avec poulies et pinceaux attachés à ses mains déformées ont été certains des outils qu’a utilisés Renoir pour pouvoir continuer la peinture.

  
     
Julie Manet  1894           Gabrielle et Jean 1896

L’arthrite grave lui a causé des douleurs terribles. Souffrant d'une sueur de syndrome constitutionnel qui l'a amené à une cachexie extrême.


À gauche, Renoir en 1915. L'image montre la cachexie polyarthrite rhumatoïde. Sur la droite, on voit la maigreur de son visage par le biais de son autoportrait peint en 1910.


         
 
 
Lectrices 1874 - La loge 1874 - Enfant au chat 1868 - La promenade 1870  

 

La thérapie qu’il avait reçue était basée sur l'exercice physique, les purges et l'antipyrine (analgésique), un dérivé de l’hydantoïdes. Cependant, il en faisait un usage apparemment limité parce qu'il craignait qu'elle porte atteinte à sa créativité artistique.
Il a donc passé de longues périodes avec sa famille dans quelques stations du sud  (Vichy, Bourbonne-les-Bains et Aix-les-Bains) pour bénéficier de la chaleur.

 


     Fin de la fête 1879         Sur la terrasse 1881

Renoir croyait que les visites étaient vraiment bénéfiques pour lui. Pour cette raison, quand déjà il ne pouvait pas bouger, il est devenu sédentaire à Les Collettes, Cagnes-sur-Mer, près de Nice, où il a passé le temps à l'extérieur, parmi les oliviers.


Sur la plage d’Yport 1883    Enfant au fouet 1885 
Fillette au chat 1887 Fillette aux pointes 1888        



Mais cela ne l'empêche pas de continuer la peinture, selon son petit-fils. Plus de 400 tableaux. En 1915, le premier été de Renoir dans l’après-guerre, il a visité la tombe de sa mère à Essoyes. À 78 ans, il se rendit à Paris, où le peintre est allé voir ses tableaux préférés au Louvre. Ceux de François Boucher, Delacroix, Corot et « Les noces de Cana » de Véronèse,  à côté de laquelle, conformément à sa volonté, à une place d'honneur, est accroché son petit studio avec le portrait de Madame Charpentier de 1877.


Madame Charpentier 1877 -
Villa Les Collettes  1912
Couples dansant 1883 [1]

 

Ensuite, retour à Cagnes pour peindre jusqu'à ce qu’il eût terminé sa composition
« Repos après le bain ». Même quelques heures avant de mourir d'une pneumonie sévère, il peignait une nature morte : un panier avec des pommes, tenu par son fils, le cinéaste Jean Renoir.
Ses derniers mots, dits avec l'esprit du peintre :
« Aujourd'hui, j'ai appris quelque chose ! ».

 

Après le bain et Lavandières 1888 - Filles au piano et Dans le pré 1892  

Les dernières œuvres

Ses portraits reprennent sa technique mais ils sont plus « baroques », aussi bien dans la plastique plantureuse que dans l’abondance des couleurs, comme un dernier feu d’artifice à une vie qui s’écoulait dans la  douleur d’une fin difficile.

   
Blonde à la rose 1915  
                          Femme à la chaussure 1918 

   Les grandes baigneuses 1918-19   Le concert 1919

Pierre-Auguste Renoir est décédé le 3 décembre 1919 d’une sérieuse pneumonie. Il a été enterré trois jours plus tard à Essoyes avec son épouse Aline Charigot.

           
Son tombeau à Essoyes               Auguste Renoir 1841-1919

Notes et références
[1] Tableaux intitulés "Danse à la ville" et "Danse à la campagne" -

Voir mes fiches :
* Renoir Au Grand Palais --
* Renoir A Essoyes --
* Expo Montélimar, De Renoir à Picasso --

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 18:55

         
Monet Autoportrait                                      Nymphéas

Quelques marines

  

  

  

Quelques paysages

  

  

Paysages marins

 

       

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 17:41

Rétrospective au Grand Palais
 

   Autoportrait vers 1928
 

La Rétrospective organisée au Grand Palais, qui présente un bel ensemble des œuvres d’Edward Hopper (1882-1967), considéré comme l’un des principaux peintres américains du XXe siècle, représente une belle réussite.

   Personnages dans le soleil 1960
 

Les  tableaux de Hopper, c’est d’abord  le regard particulier que l’artiste a porté sur la société de son époque. S’il a débuté comme illustrateur, il est aujourd’hui connu pour une œuvre aux couleurs diffuses qui jouent sur les contrastes d’ombre et de lumière, dominée par ses personnages aux regards incertains, qui semblent enfermés dans leur monde intérieur, ses immenses paysages naturels et urbains de l’Amérique.
 

    Deux comédiens 1966
 

L’exposition offre une large perspective du travail de l’artiste, des différentes facettes de sa peinture avec des aquarelles et des huiles des années 1910 aux années 1960 et surtout des œuvres provenant du Whitney Museum of American Art, de New York, qui dispose de la plus importante collection mondiale de tableaux du maître.

 


Summertime 1943                         Nighthawks (Les oiseaux de nuit), détail, 1942

 

Le Grand Palais a choisi comme couverture de l’exposition la célèbre toile peinte en 1942 Nighthawks (Les oiseaux de nuit) où l’on voit une femme, deux hommes et un serveur dans un bar très éclairé, dans un coin de rue. Cette toile, maintes fois représentée sous toutes les formes et dans tous les formats, emblème de la ville de New-York, a en partie éclipsé la richesse de son œuvre que l’on retrouve avec plaisir dans cette exposition.
 


          Une chambre à New York 1932


On peut y voir aussi un court métrage en 3D réalisé pat le grand metteur en scène allemand Wim Wenders, le réalisateur de Les ailes du désir, intitulé Deux ou trois choses que je connais sur Edward Hopper (Two or Three Things I Know about Edward Hopper).

   House at dusk 1935

On dit de lui qu’il réussit à entrer dans notre vie quotidienne, un coin de rue assez désert, la station-service du tableau Gas de 1940 ou ces intérieurs faits de personnages qui semblent tournés sur eux-mêmes. On dit aussi souvent que ces peintures ont « l’évidence des images d’Épinal ». où la construction mentale se combine avec l’émotion pour susciter l’ambivalence voulue par Hopper pour permettre des interprétations personnelles ou même contradictoires.  
 


        Gas (pompe à essence) 1940


Parmi ses thèmes favoris, on peut aussi citer les maisons et les bars, les phares et les bateaux, des vues intérieures de logements, d’hôtels ou de cinémas. Ses personnages semblent souvent porter le regard hors de la toile, comme si le sujet, ce que voulait signifier le peintre,  n’apparaissait pas immédiatement dans le tableau, qu’il faille chercher au-delà de ce que montre le tableau.
 

     Conférence de nuit 1949
 

L’approche formelle de Hopper n’a guère d’équivalent à son époque mais il a largement influencé ses contemporains  et entretient une relation étroite avec le cinéma, inspirant des films comme La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock (1959), Paris, Texas de Wim Wenders (1984) ou Danse avec les loups de Kevin Costner (1990).
 


Second Story Sunlight (détail)
 

Edward Hopper, AUTOMAT, 1927

Il s’agit d’une huile sur toile datant de 1927, conservée au Des Moines Art Center, dans l’Iowa qui représente une femme, seule à l’intérieur d’un "automate", cafétéria américaine contenant des distributeurs automatiques. Son regard se perd dans sa tasse de café avec derrière elle, une immense fenêtre où se reflètent des néons.
 


Second Story Sunlight (Soleil au balcon) 1960

 

La femme arrive-t-elle ou part-elle : elle es vêtue d’un manteau vert, d’un chapeau marron jaune et, plus curieux,  elle n’a qu’une main gantée. C’est une scène nocturne comme semble l’indiquer la noirceur du ciel. On y sent une grande solitude avec son air absent, une chaise vide en face d’elle, une absence de mouvements aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, une lumière froide qui contraste avec la noirceur du reste, des automates à la place d’une relation humaine.

 

     Shop Suey 1928


Certains y voient une critique de la société de consommation, un sentiment de spleen et de mélancolie ou peut-être aussi une représentation onirique, fruit du monde intérieur de Hopper. On peut comparer ce tableau à Shop Suey peint l’année suivante, plus coloré avec le bleu de l’extérieur et le rouge de l’enseigne lumineuse et  les deux femmes qui semblent discuter.
 


Automat 1927 
 

TECHNIQUE ET INTERPRÉTATION

L’impression qui se dégage de ses toiles est étrange avec ses paysages vides, ses personnages isolés, retirés dans leur propre sphère où même les paysages ensoleillés dégagent une impression e mélancolie. Les éléments sont structurés dans un univers rigoureux avec des façades, des trottoirs, des toits qui représentent des lignes verticales et horizontales, les cimes des arbres tracent une droite, et les corps sont comme englués dans ce décor.
 

   
Ses chefs d'oeuvre                        Hopper par Thierry Grillet

 

Sa technique ne changera guère d'Hotel Room en 1931 à New York Office en 1962, que ce soit les extérieurs ou les espaces clos. Cette vision géométrique avec ses lignes et ses angles rejoint l’évolution d’une société dominée par les sciences exactes, les chiffres, des parallèles et des proportions, « Hopper annonce la rigueur ultramoderne du minimalisme new-yorkais. »
 

    
Jeune fille à la machine à écrire 1921

 

Les couleurs sont réparties en stries continues coexistant avec des zones plus claires de néon ou de soleil, les personnages étant souvent creusés d’ombres, parfois même déshumanisés, réduits à leur côté fonctionnel, « l'ordre social étant aussi strict que la géométrie des villes. »
 


Chambre d'hôtel (Western motel) [détails]

Vers la fin de sa vie, Hopper va s’orienter vers des œuvres moins descriptives, aux titres assez mystérieux comme Excursion into Philosophy, Sun in an Empty Room, Second Story Sunlight, plus parlantes en somme mais qui ne seront pas forcément comprises de ses contemporains.
   
Soir bleu 1914

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 22:29
James Tissot, L'ambigu moderne

Dans un précédent article intitulé "Les impressionnistes à Londres", j'avais évoqué James Tissot parmi les artistes français ayant fui, à partir de 1870, la guerre avec la Prusse et la Commune pour gagner Londres

    
James Tissot, Autoportraits, 1865 et 1898 


Jacques-Joseph Tissot - dit James Tissot, (1836-1902) s'il fut un peintre et un graveur français, était un anglophile convaincu, en témoigne le prénom qu'il se choisit, classique plutôt qu'impressionniste comme on l'a souvent écrit, préraphaélite, a beaucoup donné dans le portrait mondain.

        
Un bal, 1878                       Une histoire ennuyeuse, 1872

Il a fait l’objet de plusieurs expositions dont les plus récentes à Nantes intitulée "James Tissot et ses Maîtres" en  2005 et New-York en 2009.

      
Portrait de Mlle L. L. 1864        La japonaise au bain 1864


Ses premières œuvres sont marquées par le néoclassicisme de ses maîtres lyonnais Hippolyte Flandrin (1809-1864) et Louis Lamothe (1822-1869), représentant par exemple des scènes en costume médiéval autour du mythe de Faust, comme en 1860 La Rencontre de Faust et de Marguerite

 
Quiétude (Portrait de Kathleen Newton), 1881

Très doué dans les portraits de la bonne société, (Portrait de Mlle L.L., 1864), il évoluera de la peinture historique aux scènes de son époque.


Une histoire intéressante 1872

En 1870, James Tissot participa à la guerre franco-prussienne dans les Tirailleurs de la Seine puis à la défense de Paris pendant l'épisode de La Commune dont il reste un dessin "les Éclaireurs de la Seine". Il quitta la France en 1871 pour l'Angleterre où il fut reconnut comme le meilleur portraitiste de l'époque victorienne.

 
Portrait de Katheleen 1880          Katheleen dans un fauteuil 1878

Comme ses contemporains Alfred Stevens ou Claude Monet, James Tissot explora ce qu’on appelait le japonisme, incluant dans certains tableaux des objets et des costumes japonais.
(Voir par exemple ci-dessus le tableau La japonaise au bain de 1864 ou ci-dessous Jeunes femmes regardant des objets japonais de 1869).



                    La sœur du capitaine 1873


En 1882, il est de retour en France après le décès de sa compagne Kathleen Newton [1]. Il avait trouvé à Londres une source incomparable d'inspiration, surtout avec Kathleen, qui sera pendant sept ans son modèle favori et qu'il représentera donc à de nombreuses reprises. Divorcée et mère de deux enfants, elle mourra encore jeune de tuberculose et il ne pourra s'en consoler.

  
Sur la Tamise 1874                       
Jeune femme dans un bateau


On peut en voir quelques exemples ci-dessous avec les tableaux Octobre et Quiétude ou ci-dessus avec le portrait à la robe rouge datant de 1880 et Katheleen dans un fauteuil de 1878. 

   
La lecture du journal 1874                      Vacances, 1876

En fait, son retour en France va se révéler assez difficile. Dès 1883, il tente de s’imposer, exposant au Palais de l'Industrie une centaine de tableaux de sa période anglaise mais c’est un échec. Il décide alors de peindre la grande série de La femme à Paris qu'il présentera trois ans plus tard. 

  
Au bord de la mer 1878             Le parfum de Madeleine


Il essaie de s'adapter au goût français porté alors sur les scènes de spectacle ou de cirque, ce qui donnera Les femmes de sport, Ces dames des chars ou L'acrobate

   Le dernier soir 1873

 La palette se fait plus sombre, la touche plus marquée. Il accentue aussi les regards féminins, tournés vers le spectateur, joue avec les espaces, évolution qu’on peut voir dans La femme à Paris ou La Demoiselle de magasin.

     
Octobre 1877                            Le banc de jardin (Kate & ses enfants)

Il retourne vivre à Paris mais ne tarde pas à s’installer dans son village du Doubs, berceau de sa famille, dans la vallée de la Loue, pas très loin d'Ornans, la patrie de Courbet, où il résidera jusqu’à la fin. En 1888, visitant une église, il a une véritable révélation qui le poussera à se consacrer désormais à l’illustration de la Bible.

    
La mondaine                               Jour de fête à Brighton


James Tissot aimait particulièrement représenter les femmes dans les festivités du Paris du Second Empire, dans leurs plus beaux atours mais aussi dans leur solitude (voir La demoiselle de magasin par exemple). Il fréquentait des artistes comme Degas, Whistler ou Manet et emménage dans un superbe hôtel particulier avenue Foch où il affiche sa collection d’objets japonais (Jeunes femmes regardant des objets japonais, 1869).

      
Jeune femme regardant des objets japonais, 1869 - 

La demoiselle de magasin,  1883-85 - 

Deux événements vont fortement impacter sa vie : la guerre franco-prussienne et la Commune. Peut-être pour une certaine sympathie envers la Commune, il préfère s’installer à Londres en 1871. 

 
 Portsmouth Dockyard, 1877

Déjà connu, il connaît vite un beau succès avec des sujets sur la vie des londoniens, comme sa série sur le thème de la Tamise (Le Pont du HMS Calcutta, vers 1876 ou Portsmouth Dockyard, 1877). 


             Le Pont du HMS Calcutta, vers 1876 


Il a abordé d'autres thèmes comme les rapports de classes ou les comportements sociaux des Britanniques à l'occasion des festivités dans un style impressionniste rappelant certains Monet ou Renoir. En outre, il se fait connaître outre atlantique par ses eaux-fortes, comme cette série à propos du roman des Goncourt Renée Mauperin.

      
Jeune lectrice                            Le bouquet de lilas  


Il fut un homme multiple mû par le désir de compléter la technique picturale qu'il maîtrisait à la perfection en abordant d'autres disciplines telles que la gravure et à l'orfèvrerie, s'essayant également à l'estampe et l'aquarelle.

  Bal sur un bateau, 1874

Notes et références
[1] Fou de douleur, en quelques jours, il abandonne sa belle maison de St John's Wood, y laissant son matériel et des tableaux inachevés, et s'enfuit à Paris pour y confier son chagrin à son ami Edmond de Goncourt.


            
Femme tenant des objets japonais        La princesse De Broglie

Voir aussi
* James Tissot, Souvenirs du siège de Paris -- Ame voyageuse --
* Présentation et diaporamas : Album photos sur OverBlog -- James Tissot L’art magique et L’œil des chats sur Blogspot --
* James Tissot et ses maîtres par Cyrille Sciama, éditions
Somogy éditions d'art, 199 pages, novembre 2005
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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 18:48
 
Suzanne Valadon et ses contemporaines... L'art moderne au féminin"

     
Catharina  van Hemmessen 1548, Premier auto portrait connu d’une femme peintre - Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis, 1908

Cette exposition au Monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse, se veut surtout un moyen de mieux faire connaître l’émancipation des artistes femmes et leur contribution incomparable aux évolutions que connut la France des années 1880-90 aux années 1930-40. Elle propose d'abord de redécouvrir Suzanne Valadon et de la voir comme l'inspiratrice d’André Utter et de Maurice Utrillo.

       
Suzanne Valadon et Utrillo       Marie Petiet, Les blanchisseues 1882

L'exposition, reposant sur une centaine d'œuvres, permettra de se faire une idée du rôle et de l'influence de ces femmes artistes qui ont largement participé aux courants artistiques qui se sont développés entre la fin du XIXème siècle et la période de l'entre-deux-guerres.

 
Lotte Laserstein Dans mon atelier 1928


Nous en profiteront pour faire un petit tour d'horizon des femmes peintres qui ont compté dans cette période si complexe située entre 1850 et l'an 2000, qui a ouvert tant de voies depuis l'invention de la photographie. 

      
Hermine David Autoportrait 1904  
Marie Braquemond Sur la terrasse à Sèvres 1880


Suzanne Valadon : De Montmartre au salon des Beaux-arts

On a souvent fait de Suzanne Valadon (1865-1938) la figure du modèle, une des reines de la bohème parisienne de son époque, ou plus simplement la mère et la muse d'Utrillo ou la femme d'André Utter. Elle fut tout cela à la fois… et plus encore.

        
Renoir La natte, 1887                 Toulouse Lautrec Gueule de bois, 1888
(portrait de Suzanne Valadon)        (portrait d’après Suzanne Valadon)

Sa vie (ou ses vies pourrait-on dire) fut riche en événements, en errances, en ruptures, en bonheurs aussi. Une vie difficile en tout cas : fille de blanchisseuse, père inconnu, vivant de petits boulots, tour à tour apprentie modiste, acrobate, modèle de Jean-Jacques Henner ou Puvis de Chavannes, elle trouva sa vocation plus tard dans la peinture. 

      
Nu au drap blanc 1922          La Chambre bleue, 1923, huile sur toile

Rien pourtant ne la prédisposait à devenir artiste peintre : sans formation mais remarquée par Édouard Degas qui voit par hasard ses dessins. À force de volonté, de travail, elle fut l’une des toutes premières femmes admises à La société nationale des Beaux-arts en 1894, aussi douée dans la peinture que le pastel, le dessin ou la gravure, son style se caractérise par un trait bien marqué, à la fois « souple et dur » disait Degas.

           
      Autoportrait 1934             Femme aux bas blancs 1927

Elle peint dans une espèce de transe qui lui permet à la fois de se concentrer et de s’évader de son environnement, utilisant plusieurs pinceaux et brosses en même temps qu’elle tient dans ses mains ou même entre ses dents. 

       
Autoportrait 1893                       Autoportrait 1927  

Affectionnant les rouge-grenat, elle a réalisé maints portraits de femmes, dont des autoportraits, comme ses nus (Nu sur le sofa, 1920 et 1928, Les 2 baigneuses, 1923), ses femmes assises (La poupée abandonnée, 1921, Lily Walton, 1922, La femme aux bas blancs et Maria Lani en 1924), des portraits d’hommes, surtout de son fils et de son mari (Monsieur Mori, 1922, Maurice Utrillo, 1921, André Utter et son chien, 1932)  [1]
Amoureuse des chats, elle les a représentés à maintes reprises en particulier son chat Raminou qu'elle peint dans les années vingt. (vois photos sur le site BlogArt)

                 
 Camille Claudel Buste de Paul Claudel à 37 ans, étude, 1905
 Sonia Delaunay Prismes électriques 1914


Ses contemporaines... et quelques autres
C'est au tournant des 19e et 20e siècles que les femmes peintres et sculptrices vont lutter pour être reconnues comme des artistes à part entière, passant comme Suzanne Valadon (1865-1938) du statut de modèle à celui de peintre accomplie. Contribuant aux mouvements d'avant-gardes, elles pratiqueront le portrait et l'autoportrait [2], et s'empareront aussi de sujets jusque-là réservés aux hommes, comme le nu. 

            
Séraphine de Senlis, Feuilles, 1929 --  
Mary Cassatt Jeune femme en vert dans le soleil, 1914 

L'exposition réunit quelque 50 d'entre elles, célèbres comme Camille Claudel 1864-1943), Marie Laurencin (1883-1956) et ses portraits épurés, Sonia Delaunay (1885-1979) et son cubisme multicolore, Séraphine de Senlis et ses compositions florales ou Tamara de Lempicka (1898-1980) et l'art décoratif, et d'autres moins connues, démontrant ainsi que le talent artistique n'a pas de genre.

          
Marie Laurencin, Les déguisés, 1926 --
Tamara de Lempicka L’écharpe bleue, 1930 --


Pas question bien sûr de définir des convergences esthétiques entre toutes ces femmes peintres, surtout que beaucoup ne sont pas vraiment liées à un courant artistique, mentor
Le premier mouvement représenté est l'impressionnisme avec Berthe Morisot (1841-1895) et ses motifs aux tons pastel comme eux de sa soeur Edma Morisot, (1839-1921) qui a beaucoup peint des paysages avant d'arrêter la peinture après son mariage, Mary Cassatt (1844-1926) et la sérénité de ses portraits et  Éva Gonzalès (1849-1883) moins conue parce que morte très jeune. Quatuor auquel on peut rattacher la portraitiste Marie Bracquemond (1840-1916) [voir Sur la terrasse à Sèvres ci-dessus et Le goûter ci-dessous.]

           
Éva Gonzalès Secrètement, 1878 - Berthe Morisot Le berceau 1872


D'autres sont plus difficiles à classer, restant dans un style classique comme Hermine David (1886-1970), la portraitiste Louise Abbéma, (1853-1927) qui excellait dans le portrait mondain, Rosa Bonheur (1822-1899), ses animaux et ses tableaux bucoliques, Frida Kahlo (1907-1954) la mexicaine, la surréaliste espagnole Remedios Varo, (1908-1963) et ses dominantes rouge-oranger ou l'approche primitive de la franco-russe Nathalie Gontcharoff (1881-1962).


 Marie Bracquemond Le goûter 1880 - Frida Kahlo Autoportrait avec Bonito 1941 - Nathalie Gontcharoff Fruit 1900


Et le mouvement se poursuit à l'époque contemporaine où, de la multitude des courants et des tendances, on peut dégager Maria Helena Vieira da Silva, 1908-1992 et son néo cubisme foisonnant, les portraits esquissés de Leonor Fini, (1908-1996), les sculptures rebondies & multicolores de Niki de Saint-Phall (1930-2002), les femmes-maisons et les araignée géantes de Louise Bourgeois  (1911-2010), le tachisme d'Helen Franckenthaler, (1928-2011) ou le néo surréalisme de l'anglo-mexicaine Leonora Carrington, (1917-2011). [3]

                
Helen Frankenthaler Winter Hunt 1958 -
Niki de Saint Phalle Nana danseuse 1995


               
Leonor Fini, Portrait de madame H I 1942    Louise Bourgoin Maman 1999

Notes et références
[1] Voir la Galerie de portraits où l’on retrouve la plupart de ces tableaux
[2] VoirLes femmes peintres et l’autoportrait --
[3] On pourrait aussi prendre d'autres exemples comme
Paula Modersohn-Becker (1876-1907), Maria Blanchard (1881-1932), Lilla Cabot Perry (1848-1933), Annie F. Shenton (1874-1964), Charlotte Berend-Corinth (1880-1967), Romaine Brooks (1874-1970), Hanna Nagel (1907-1975), Elsa Haensgen-Dingkuhn (1898- 1991), Lotte Laserstein (1898-1993), Sylvia Sleigh (1916-2010) 

       
Valéry Favre, Balles & tunnels, 2009
Maria-Helena Vieira da Silva, Égypte, 1972


Voir aussi
*Michel Peyramaure, Les escaliers de Montmartre (Suzanne Valadon) -
* Femmes peintres des origines à nos jours --

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24 janvier 2020 5 24 /01 /janvier /2020 15:00

Une fraternité picturale au XIXème siècle

Après l'exposition du Musée des Beaux-arts de Nantes en 2007 intitulée Hippolyte et Paul Flandrin, paysages et portraits, c'est maintenant le Musée des Beaux-arts de Lyon, berceau de la famille Flandrin, qui organise une exposition en hommage aux trois frères.

 

       
Hippolyte et Paul par Paul Flandrin
Le baptême du Christ : Esquisse pour le décor de la nef de l'église Saint-Germain-des-Prés

 

La famille lyonnaise des Flandrin a en effet donné plusieurs peintres dont les trois frères les plus connus Hippolyte Flandrin (1809-1864), Auguste Flandrin (1804-1842), et Paul Flandrin (1811-1902). De son mariage avec Aimée-Caroline Ancelot naîtra Paul-Hippolyte Flandrin (1856-1921), peintre d'art sacré, portraitiste et décorateur.

 

      
    Hippolyte Flandrin  et sa femme Aimée-Caroline 
    Autoportrait au chevalet 1860

 

Élève d'Ingres, Hippolyte Flandrin fait partie du mouvement néo-classique. Grand prix de Rome en 1832, il part pour Rome à la villa Médicis où il exécutera en 1836 un de ses plus célèbres tableaux Jeune homme nu assis au bord de la mer. Il s'oriente alos vers des œuvres privilégiant les sujets historiques puis religieux.
Il s'est également beaucoup intéressé à la peinture murale dont on trouve de beaux exemples à Paris dans les églises Saint-Séverin et Saint-Vincent-de-Paul.

 

           
Jeune homme nu au bord de la mer -       Joseph Charles Bonaparte 1860

 

Influencé par l'esthétique d'Ingres, il choisit plutôt des sujets religieux, intéressé surtout par la spiritualité qu'il s'efforçait de représenter, « l’idéalisation de la pensée  » écrira un critique, plutôt que de la forme, incliné à rechercher le sens et l'étude psychologique de ses personnages, à travers les aspirations mystiques des aspirations religieuses.
 

 
Hippolyte Flandrin, Thésée reconnu par son fils, 1932


Dès les années 1850, Hippolyte Flandrin devint très célèbre, croulant sous les commandes de l’aristocratie et la cour du Second Empire, en témoigne son célèbre portrait de Napoléon III (1862, Versailles, Musée national du château) avec son curieux regard qu’on dit souvent rêveur ou fuyant. [1]

Après une carrière où il fut couvert d'honneur, de santé fragile, il retourna en Italie où il mourut de la variole.
 


 Jeune berger assis 1834       La florentine 1840 -       Portrait de madame Oudiné -


Paul Flandrin a d’abord travaillé avec le peintre Antoine Duclaux et le sculpteur Jean-François Legendre-Héral, avant de rejoindre son frère à Paris dans l'atelier de Dominique Ingres.

Après des débuts difficiles, il rejoint de nouveau son frère Hippolyte à Rome où il pratique surtout la peinture de paysage, participant plus tard à la réalisation des tableaux de son frère. Ses études d'après nature lui permettent de faire des compositions historiques.
 

                  
Paul Flandrin : Jeune fille à la robe de soie bleue 1861 et Paysage idéal

 

Paul Flandrin va longtemps prolonger sa pratique du paysage classique dont il était l’un des spécialistes, retenant les leçons de son maître Dominique Ingres. Il évoluera par la suite vers un style plus personnel et plus naturaliste.
Il réalisa également des portraits peints et dessinés ainsi que des caricatures.
 

  
Hippolyte Flandrin, Le Christ et les petits enfants

 

D’un caractère accommodant et timide, plutôt mélancolique, Hippolyte Flandrin n’avait guère confiance en lui. Il avait constamment besoin de son frère Paul, ce que ce dernier lui rappelle dans une lettre de mars 1833, alors qu’Hippolyte réside à Rome : « Ainsi, de la confiance en toi, voilà tout ce que je te demande, car je sais bien aussi ce que tu vaux ».
 


Hippolyte Flandrin, portraits : Le comte Goyon, La mère du docteur Bordier et Napoléon III  

 

On peut mesurer leur connivence aux lettres qu'ils échangent quand Paul est à Paris et Hippolyte à Rome où il rêve de « causer face à face avec Raphaël et Phidias, » même si son grand regret reste l’absence de son frère, ce frère avec qui il n’avait pas connu de séparation pendant vingt ans.  
 

   Odalisque avec esclave
 

Peu de temps après son arrivée à Rome,  il lui écrit : « Mon Dieu, c’est donc bien vrai que j’ai quitté la rue Mazarine et l’atelier, le Pont-Royal et la Cité, dominée par les deux colosses de Notre-Dame ! […] Le pays où je suis est admirable; mais il le sera bien autrement quand nous en jouirons ensemble. Allons, courage, travaillons. Les progrès que nous pourrons faire ajouteront encore à la joie que nous aurons de nous revoir. »

 


Paul Flandrin : Environ de Vienne dans l’Isère  

 

Auguste Flandrin (1804-1842) le plus âgé, est aussi le moins connu des trois frères, en raison d’un décès prématuré, à l’âge de trente-huit ans. De ce fait, son œuvre reste assez modeste en regard de celle de ses frères et reste surtout inscrite dans le cadre lyonnais.

 

           
Auguste Flandrin La madone aux candélabres et Paysage de montagne

 

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon conserve dans ses collections un bel ensemble de quelque deux-cent œuvres des trois frères, aussi bien peintures,  dessins, gravures, photographies et pièces d’archives, dont une partie n’a jamais été exposée. Ce fonds provient surtout d’achats et de rétrocessions de l’État, mais aussi de la famille des artistes.
Le MBA de Lyon a été largement associé au chantier de restauration des décors de l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris.
 

           
Portraits d'Auguste Flandrin : Paul Tranchant, Homme assis et  Magistrat assis

 

L’exposition s’organise à travers plusieurs thématiques : les autoportraits et portraits croisés, l’étude du modèle, l’histoire, le paysage, le portrait, le grand décor pour bien montrer chaque aspect du travail des trois frères, leur constante collaboration. Elle met en lumière le processus créateur en réunissant peintures et dessins, et en reprenant aussi les étapes de la création d’un tableau.
 

    
Hippolyte Flandrin, Madame Vinet 
Paul-Hippolyte Flandrin, La confidence 1904

 

Notes et références
[1]
On peut aussi citer entre autres les portraits de "La Comtesse Maison" (1852, Villeneuve-sur-Lot, musée de Gajac), de "Mme Bordier mère" (1852, musée de Grenoble), ou de "La comtesse de Goyon" (1855, Montauban, musée Ingres).
 


Allégorie de la république  Polytès fils de Priam 1833    Hippolyte, autoportrait

 

Voir aussi
* Musée des Beaux Art de Lyon --
* Catalogue des expositions musées du Luxembourg et  des beaux-arts de Lyon, Paris, Éditions RMN, 1984 : Hippolyte, Auguste et Paul Flandrin, une fraternité picturale au XIXe siècle
* Henri Delaborde, Biographie d'Hippolyte Flandrin --

Mes articles sur Lyon
* Diego Rivera à Lyon -- Itinéraire dans le Vieux-Lyon --
* Lyon, littérature et résistance -- Expo Jean Couty à Lyon --

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 10:00

   
Jean Couty en 1975

 

Jean Couty (1907-1991), même s’il est peu connu du grand public, est un des plus importants peintres lyonnais. Il a beaucoup peint sa ville, des monuments romans aux grands chantiers contemporains. Ami de Tony Garnier, le grand architecte lyonnais, il a représenté sa ville sans relâche et sous toutes les coutures.

 

   
Deux vues de L'île-Barbe à Lyon

Le musée Jean Couty, ouvert récemment à Lyon dans le 9ème arrondissement, présente une exposition réunissant un bel ensemble de ses portraits et de ses compositions.On y trouve aussi beaucoup de toiles et de dessins de la collection permanente donnant une bonne idée de l’évolution  du peintre des années 1930 à sa disparition en 1991.

 

   
Venise : 1976 et La Salute 1965

 

Au-delà de cette exposition, le musée propose quelque 200 œuvres de Jean Couty, dont 120 peintures, une trentaine de dessins et pastels et de nombreux documents, archives, croquis et objets lui ayant appartenu.

 

    
Vue de New-York 1977                             Vue de Mykonos

 

Dans ses thèmes favoris, outre la ville de Lyon qu’il aimait avec passion, on trouve d'autres villes aussi qu’il visite au gré de ses voyages comme New-York, Venise ou Mykonos [1] , et les paysages… pas seulement lyonnais.

 

    
Toits dans les arbres                              Etang dans la Dombes

 

En fait, Jean Couty a excellé dans quasiment tous les genres. Il adorait les paysages et les monuments lyonnais bien sûr mais aussi les natures mortes dont j'ai retenu (entre autres) ses natures mortes aux fruits, aux oranges, aux pommes en 1949 ou au coing en 1951.

 


Mai 68                               Les arbres en fleur 1951            Acrobates 1942

 

On lui doit toute une série de toiles dédiées au soleil, comme Soleil sur le village, Meules au coucher de soleil, Arbres au soleil couchant, Soleil entre les arbres, Coucher de soleil, Soleil rouge sur Saint-Jean, Soleil d'hiver ou Campagne ensoleillée en 1977.

 

    
Lyon : Façade de la cathédrale et La Saône et la cathédrale (Le pont Bonaparte)

 

De sa formation d’architecte, il a été l’élève du grand  architecte lyonnais Tony Garnier, il a gardé une grande appétence pour les sites et monuments comme notamment les églises romanes [2] ou la basilique de Fourvière, les quais, des quartiers comme  la Croix-Rousse

 

    
Lyon : La Saône aux glaçons   Coucher de soleil sur les quais 1980
Nature morte aux poires


Son style en général très coloré, tout en restant figuratif, se caractérise par une certaine schématisation et joue sur les contrastes, la lumière et la matière. Ce qui donne beaucoup d’expressivité à ses œuvres tout en préservant une certaine douceur d’ensemble.

 

         
Vues de Lyon : Rues de Lyon, la nuit

L’exposition retrace avant tout ses grandes périodes, les techniques qu’il utilisait et les thématiques qu’il aimait, et ceci depuis ses toutes premières œuvres des années 30 jusqu’aux plus récentes.

 

          
Les citrons 1951                            Les Cordeliers de nuit

 

Jean-Jacques Lerrant, critique d’art, voit plusieurs facettes dans l’homme et son œuvre : L’architecte, le peintre et le mystique, les vues de Lyon, les églises romanes, les paysages, les portraits et les chantiers, enfin le témoin de son temps.

 


Quartier de Fourvière la nuit      Clocher de la Charité   
L'échangeur de Perrache


Jean Couty a reçu le Grand Prix des Peintres Témoins de leur Temps pour son tableau "Le chantier du métro" (de Lyon) peint en 1972. Il a également été le premier peintre à illustrer un billet de la loterie nationale en 1959 et il a été l'un des rares peintres exposés de son vivant au Musée d'Art Moderne de Paris en 1979.

 

     
Les miettes du dimanche 1950             L’écolier 1955

 

Son style est à l'image de l'homme. On le présente en général comme « un homme sympathique, jovial, curieux de tout et ouvert aux autres ». "Le sage de l'Île Barbe" comme l'appelaient certains, observe beaucoup les gens et son environnement avant de traduire en peinture ses impressions.

 


Le village de Fontaine-Saint-Martin 1932              Lyon : Vaise La gare d’eau

 

Il utilise une palette de couleurs pures aux teintes flamboyantes basée sur des contrastes. Sa matière épaisse est pétrie à grands coups de brosse, de couteau pour mieux faire vibrer la lumière. Très bon dessinateur, il réalise ses motifs au fusain avant de passer à la peinture.

 

 
Portrait de sa sœur 1932              Fille assise 1949       Gaby Morlay 1946

 

Cette exposition repose sur une sélection des sujets qu'il affectionnait, en particulier :
- Lyon ( l'île Barbe, la gare d'eau de Vaise, les quartier Saint Jean, la presqu'île, les monuments importants comme la cathédrale Saint Jean ou la basilique de Fourvière, Les églises romanes, [2]
- Les chantiers de l'Auditorium de Lyon, La Part-Dieu, de la Défense ou Chantier à Lyon en 1969,
- Des natures mortes comme Lampe et livre ouvert en 1968 et des scènes de vie.

 

     
Femme en bleu                                Scènes de genre

 

Notes et références
[1] Il nous fait aussi voyager en Espagne avec L'église romane de Taüll en Catalogue, Avila en 1968 ou L'Alhambra au clair de lune, avec des tableaux tels que La Médina, L'église Saint-Géréon de Cologne ou Jérusalem en 1973.
[2] Outre les églises romanes comme L'abbaye Saint-Ainay de Lyon en 1962 , La cathédrale Saint-Jean sous la neige ou l'église de Chapaize en Saône-et-Loire en 1962, il a peint aussi les églises de Banyuls et de Saint-Junien ou une église enneigée en 1959.

 


Chantiers de la Défense et du métro de Lyon
L'abbaye Saint-Philibert de Tournus

 

La ville de Lyon lui a rendu hommage en baptisant de son nom une école maternelle, en créant l'Espace Jean Couty à Gorge de Loup à Vaise dans le 9e arrondissement et en inaugurant le jardin aquatique Jean Couty à Lyon dans le quartier de la Confluence.

 

   
Les maçons ou Les terrassiers, 1935

 

Témoins de son goût pour les chantiers, Son tableau Chantier du métro de Lyon lui a valu de recevoir en 1975 le Grand Prix des Peintres témoins de leur temps et sa toile Construction de l'auditorium est exposée au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris.

 

 
Les illumination du 8 décembre 1963              
Église et la Saône en hiver


Voir aussi
* Découvrir Jean Couty sur Over-blog --
* Jean Couty, Expo 2008 --

* Jean Couty, sa peinture, éditions Vavro, 136 pages, avril 1990 --

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 17:59

PICASSO Au cœur des ténèbres (1939-1945)

 

      

Le musée de Grenoble présente une intéressante exposition intitulée PICASSO Au cœur des ténèbres (1939-1945). Réalisée en partenariat avec le Musée national Picasso - Paris, elle est centrée sur l'activité de Pablo Picasso pendant la Seconde guerre mondiale qui furent pour lui d'abord une période d'exil intérieur où il se sentait comme prisonnier dans Paris occupé et soumis à la dure férule allemande.
 

1- Buste de femme au chapeau rayé mai 1939
2- Nature morte au crane de taureau, 5 avril 1942
3- Femme au chapeau dans un fauteuil 1941

 

Plus exactement, l'exposition s'étend sur la période qui précède la déclaration de la guerre du 3 septembre 1939 jusqu'aux mois qui suivent la victoire du 8 mai 1945. Elle retrace mois par mois, l'évolution de son œuvre au fil de l’activité d'une époque fertile en événements. Des parcours thématiques complètent l'ensemble comme "La vie précaire", "La mort omniprésente" ou "Créer pour résister".

Pablo Picasso considérait souvent son œuvre comme une sorte de journal intime de sa vie et c'est particulièrement vrai pendant cette période de guerre et d'Occupation.

 

    
L'année 1939 : Buste de femme au chapeau (Dora)
et Chat saisissant un oiseau (22 avril 39)

 

Son état d'esprit va fluctuer au gré de son rapport à la situation et à la guerre, souvent travaillé par le sentiment de la solitude et de la mort. Il traduit cette violence du monde par une technique plus âpre qu'auparavant, alliant la torture des formes à une puissance de vie et de création qui signifie que malgré tout un espoir subsiste encore, envers et contre tout alimente pourtant un espoir comme dans le tableau L’Homme au mouton (voir photo année 1943), appel à une résistance artistique face à l’occupant.

 

   
L'année 1940 :
Royan, Le café des bains (juin) et Autoportrait
 

L'année 1940 est marquée par un séjour à Royan dont cette très belle vue du café des bains. Sa façon de rejeter la guerre, c’est de peindre des portraits de femmes, beaucoup de bustes et portraits sans doute inspirés par sa femme Dora Maar.
Voir cette planche de 1940 par exemple où on ne trouve pas moins de 17 portraits de femmes sur 21 tableaux.

 

       
L'année 1940 :
Buste de femme et Nature morte au poisson
 

Le parcours chronologique défini par l'équipe commence par l'épisode de la Drôle de guerre et son long séjour à Royan et se poursuit par son installation au début de l'Occupation dans l’atelier de la rue des Grands-Augustins, montrant comment sa production reflète ses états d'âme, assez noirs puis évoluant quand l'avenir se dégage enfin début 1944.
 

      
L'année 1941 : Jeune garçon à la langouste (juin) et femme couchée

 

On considère que deux toiles dominent cette période, L’Aubade en 1942 et L’Homme au mouton en 1944. Durant ces années, il va aussi revenir à son obsession de la figure féminine, personnifiée alors par Dora Maar. Il ne cesse de continuer ses recherches sur les thèmes du portrait et du nu, à partir de styles différents, des femmes changeant d'atours et d'environnement, comme La femme au chapeau, La femme assise dans un fauteuil, ou encore La femme qui se coiffe.
 


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L'année 1942 : Nature morte au crane de taureau (version mai) et Pot de fleurs sur table
L’aubade (4 mai 1942) et L'aubade, 3 femmes nues

La nature morte a aussi toujours été l'un de ses motifs favoris mais à  cette époque, Picasso l'utilise plutôt comme symbole des privations qui sévissent dans le pays, quand toutes les denrées de base font défaut. De manière plus directe, il va également se servir pour cela des crânes d’animaux et des têtes de mort.
 

 
Année 1943 : La cafetière

Son sens du tragique espagnol fait merveille dans la traduction esthétique de ces années des disettes et de privation de liberté.
 


Année 1943 : Homme qui dort et femme assise

Certains ont parlé d'ambiance carcérale à propos de ses natures mortes lugubres ou d'autres tableaux où dominent des murs aveugles et gris. La référence est sans doute L’Aubade (voir l'année 1942) qui se présente comme un espace confiné et austère, un nu difforme et décharné, allongé près d’une joueuse de luth à la rigidité inquiétante, symbole du moral des Parisiens de l'époque.
 

    
Année 1943 : L'homme au mouton et Nature morte aux verres et aux cerises

 

Picasso poursuit ses recherches esthétiques sur les « filles en pièces détachées » comme il les appelait, assemblant et désassemblant à son gré les différentes pièces pour aboutir à des visages difformes donnant un sentiment d'angoisse. Un art « dégénéré » selon les nazis, comme s'il voulait leur faire un "pied de nez" et dénoncer l'académisme pompeux qu'ils défendent.
 

       
Année 1944 : Femme en bleu (avril) et Le coq de la Libération

 

Ces deux tableaux sont particulièrement intéressants par leur contraste, La Femme en bleu est bien la traduction d'une période sombre alors que le beau coq multicolore dit bien la joie et l'espoir placés dans la Libération.
 

https://p4.storage.canalblog.com/49/56/1080897/125476902.png   Notre-Dame de Paris 1944

https://p1.storage.canalblog.com/11/67/1080897/125476905.png   Notre-Dame de Paris 1945

Le contraste est encore plus patent entre ces deux tableaux représentant Notre-dame de Paris, le premier peint en 1944 à un moment où la guerre n'avait pas vraiment basculé, où la répression s'était faite encore plus dure, qu'une espèce de guerre civile opposait la Résistance et la Milice, et cette vue de Notre-dame de Paris dans Paris libéré, avec ces drapeaux tricolores, ces couleurs pures et ce soleil qui brille si fort sur le pays.
 


Année 1945 : Poireaux, crane et pichet      Crane de chèvre, bouteille et bougie

 

En 1945, Picasso dut découvrir avec effroi les images difficilement soutenables des camps de concentration et d'extermination. Ainsi, il y avait si l'on peut dire, pire que la guerre, l'élimination systématique de populations par tous les moyens, un nettoyage ethnique qui s'est traduit chez Picasso par un déluge de cranes dans ses tableaux comme dans les exemples ci-dessus :  "Nature morte au crane", les deux versions de "Crane et pichet", les 3 versions de "Poireaux, crane et pichet", "Poireaux, crane, vase et lampe", "Poireaux et crane, tête de poisson".
 

Cette obsession atteindra un paroxysme dans le tableau intitulé "Le charnier" qui rappelle furieusement Guernica et devait rappeler à Picasso les heures les plus sombres de la guerre civile espagnole.

   Le charnier 1945
 

Son adhésion très médiatisée au Parti communiste en octobre 1944 fait de lui une espèce de Résistant à posteriori. Il devient ainsi rapidement une star célébrée par tout le monde. Mis en avant par les milieux communistes, il apparaîtra bientôt comme un véritable mythe.
 


1946 & les espoirs de l'après-guerre : La joie de vivre

 

Notes et références
[1]
L'homme au mouton, sculpture pacifiste : Après sa visite de l’exposition d’Arno Breker, organisée par Vichy en 1942 à Paris, Picasso conçoit cette célèbre sculpture de bois. Cette
œuvre repose sur un style classique qui tranche avec ses recherches plus abstraites des années 1930.

Voir aussi
* Picasso à Grenoble et Sélection d’œuvres  -
* Picasso et les années de guerre --

<<< Christian Broussas – Picasso Grenoble - 15/12/2019 -© • cjb © >>>

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