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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 21:35

       
Avec sa fille en 2012

 

Figure du « off Broadway » [1], ami de Jean Genet et de Samuel Beckett, Israël Horovitz (1939-2020) a beaucoup été influencé par le dramaturge Arthur Miller. Eugène Ionesco l’avait surnommé « notre doux voyou américain » et avait dit de lui : « Il est à la fois réaliste et sentimental. Je vous laisse donc imaginer à quel point il peut être féroce. »

 


"Lebensraum" à Avignon en 2014 

             

Il est surtout connu pour avoir écrit une dizaine de pièces de théâtre au succès international comme « Le premier », « L’indien cherche le Bronx » ou encore « Quelque part dans cette vie ».

 En France, son audience a été particulièrement importante avec des pièces interprétées par Gérard Depardieu, Pierre Arditi ou Line Renaud, comme le succès « Très chère Mathilde », joué à guichets fermés au théâtre Marigny en 2009 et rediffusée sur France 5 en 2020 à l’occasion du décès du dramaturge.

 

         
"Très chère Mathilde" avec Line Renaud et Samuel Labarthe

 

Cette pièce met face à face un américain paumé Mathias Gold qui vient à Paris pour prendre possession d’un hôtel du Marais que lui a légué son père, et Mathilde, 92 ans, qui l'a vendu en viager au père de Mathias et y vit avec sa fille Chloé.
Deux étrangers qui n’en sont pas, ce que Mathias va découvrir peu à peu. Elle accepte de l’héberger et lui montre des photos qui dévoilent leurs liens. Mathias et Chloé s’aperçoivent qu’ils ont été les laisser-pour-contre de l’histoire d’amour de leurs parents. C’est finalement ce psychodrame qu’ils vivent mal qui va les rapprocher.

 

         
Sa pièce "Opus Cœur" avec Marcel Maréchal et Nathalie Newman au théâtre Hébertot

 

Côté cinéma, plusieurs de ses pièces ont été portées à l’écran par Al Pacino ou encore Diane Keaton. Il a également écrit une trentaine de scénarios dont « Des fraises et du sang », prix du Jury au Festival de Cannes en 1970 ou « My old lady » en 2015 avec Kristin Scott Thomas, tourné à Paris où il a longtemps vécu.

 

         
Sa pièce "Le Premier"  au théâtre des déchargeurs

 

Ce qui le caractérise est un mélange de réalisme aussi bien dans son style que dans les thèmes qu’il développe, allié au recours à des techniques comme la parabole, la fable et le mythe.  

Israël Horovitz aimait beaucoup la France où il a longtemps vécu. En 2011, il a publié une autobiographie intitulée « Un New-Yorkais à Paris » et disait volontiers qu'il voulait se faire enterrer en France. Mais la vie en a décidé autrement et il est mort d'un cancer à New-York en novembre 2020.

 

         
"Paradis et autres poèmes"              Ionesco et Horovitz

 

Notes et références
[1] Spectacles joués à Broadway mais ne répondant pas aux critères réservés au théâtre de Broadway, basés sur des productions et des mises en scènes prestigieuses, le niveau des techniciens et des artistes.

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<< Ch. Broussas, Israël Horovitz 14/11/2020 © • cjb • © >>
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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 21:29

 L’époque de la Régence

 

        
Philippe d'Orléans  d'après Santerre    Philippe d'Orléans enfant  
Philippe d'Orléans en 1717

 

À la mort de Louis XIV en 1715, la France qui sort de la guerre de succession d’Espagne, est exsangue. Philippe d’Orléans, le neveu de Louis  XIV qui exerce la Régence pendant la minorité de futur Louis XV, devait relever un considérable défi : Sauvegarder la puissance du royaume tout en relevant une économie détruite par les guerres à répétition.

Ce qu’on a en général retenu du Régent n’a rien de très reluisant : un libertin régnant sur les plaisirs d’une cour aussi raffinée que corrompue, organisant de « petits soupers » et ainsi incarnant dans sa personne l’époque festive et insouciante que fut la Régence. Son profil complexe est difficile à définir. Montesquieu par exemple a écrit de lui qu’il était « indéfinissable ».

 

       
Mémoires de Mme de Staal au temps de la Régence
Le Régent, biographies de Jean-Christian Petitfils et Alexandre Dupilet

 

Le Régent a compris que la France avait alors un besoin urgent de paix, ne serait-ce que pour reconstituer ses capacités socio-économiques et consolider les conquêtes du règne précédent.
On le voit très bien dans la dernière biographie que lui a consacrée l’historien Alexandre Dupilet. [1]

Le futur Régent n’était au départ promis à aucun avenir particulier. Dans sa jeunesse, sous Louis XIV, Il se contentait de montrer sa bravoure à la guerre, de constituer de belles collections, d'être mélomane [6] et de promener son ennui  à hanter les splendeurs de Saint-Cloud et du Palais-Royal.

 

     
Françoise Marie de Bourbon, femme du Régent par  Gobert
La princesse Palatine, mère du Régent par Rigaud
Marie-Madelaine de la Vieiville de Parabère, maîtresse du Régent par Rigaud

 

Mais le destin en décida autrement, décimant l’entoure du roi à qui il ne restait à sa mort pour héritier qu’un enfant de cinq ans. C’est ainsi qu’il devint Régent et gouverna la France durant huit ans, de 1715 à 1723. Et c’est ainsi qu’il donna toute sa mesure et promut de nombreuses réformes assez novatrices, comme la polysynodie [2] et le système financière de Law

 

    Pièce à l'effigie du Régent 

 

Pour prolonger la paix, il s’allie avec l’Angleterre, l’ennemie de Louis XIV pour conforter un pouvoir royal qu’il transmettra à Louis XV.  Ce qui fait dire à Alexandre Dupilet [1] que Philippe d’Orléans , loin d’annoncer le Siècle des Lumières, fut bien l’héritier du Roi-Soleil.

 

          
Philippe d’Orléans en 1673           Le Régent et Mme de Pérabère

 

L'imposante biographie plus ancienne (2013) de Jean-Christian Petitfils [3] brosse un panorama assez comparable de la Régence. Il met d'abord l'accent sur l'attitude négative de Louis XIV à l'égard de son neveu, lui préférant des proches ou même ses enfants bâtards pour conduire les armées, ce qui eu des effets déplorables. Les difficultés de sa prise de pouvoir en 1715 expliquent sans doute largement l'instauration du système de la polysynodie. [4]

 

  
Baptiste Capefigue         Alexandre Dupilet  Le Régent, mécène-musicien

 

Jean-Christian Petitfils insiste aussi sur l’importance de l’abbé Dubois, mentor puis principal ministre du Régent, qui fut élevé au rang de cardinal. Il fut un homme de grande ambition et de grande intelligence, lui qui était de naissance très modeste et s’éleva jusqu’à devenir indispensable au Régent[5]

Il insiste également sur la politique financière de la Régence, particulièrement crucial quand on sait le poids que joua la finance dans le processus révolutionnaire, les espoirs que suscita le système de l’écossais Law et les déconvenues finales.

L’historien Jean Meyer le surnommait « Le Sphinx » [7] et effectivement, Philippe d’Orléans apparaît comme un homme assez mystérieux, difficile à saisir dont on possède très peu de portraits, preuve ce portrait de Van Loo dont on n’est pas sûr qu’il soit de lui ni que ce soit bien le Régent qui y soit représenté ou son fils le duc de Chartres…  

 

      
Philippe d'Orléans par Van Loo    John Law     Le cardinal Dubois, Rigaud

 

Notes et références
[1]
Alexandre Dupilet, Le Régent. Philippe d'Orélans, l'héritier du Roi-Soleil, éditions  Tallandier, 496 pages, 2020

[2] La polysynodie est un système de gouvernement par conseils (remplaçant les secrétaires d’état),  instauré par Philippe d’Orléans au début de sa Régence de 1715 à 1718.
[3] Jean-Christian Petitfils, Le Régent, éditions  Fayard, 992 pages, 10/2013
[4]
Sur cette question, voir un autre ouvrage d'Alexandre Dupilet "La Régence absolue : Philippe d'Orléans et la polysynodie" suivi du "Dictionnaire de la polysynodie", Champ Vallon, 436 pages, 2011
[5] Alexandre Dupi­let, Le car­di­nal Dubois. Le génie poli­tique de la Régence, éditions Tal­lan­dier, 410 pages, février 2015
[6] Voir Jean-Paul Montagnier, Un mécène-musicien, Philippe d'Orléans, régent (1674-1723), Auguste Zurfluh, coll. « Le Temps musical », 152 pages, 1996
[7] Jean Meyer, Le Régent, Paris, éditions Ramsay, 1985, voir aussi du même auteur, La vie quotidienne en France au temps de la Régence, Hachette, 1979

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 21:23

 

 

Curieux nom me direz-vous pour un écrivain américain qui s’appelait en réalité Rodney Whitaker. Un américain né du côté de New-York dans une famille pauvre. Il poursuit une carrière universitaire brillante quoiqu’assez classique jusqu’à ce que son succès lui permette de vivre de sa plume. Il part alors avec sa famille dans le Pays basque, s’isolant dans un petit village pour de nombreuses années.

 

 

C’est un homme secret qui refuse interviews et photos et qui va choisir comme pseudonyme Trevanian en l’honneur d’un historien nommé George Trevelyan. Comme écrivain, il aime le pastiche, le recours à des genres populaires dans des climats étouffants et dystopiques.

Il commence par un récit d'espionnage parodique La Sanction, dont le héros Jonathan Hemlock est insupportable, aussi arrogant qu’il est snob,  alpiniste et tueur à gages.  Et c’est justement pendant l'ascension du mont Eiger qu’il doit tuer un des membres de sa cordée. Telle est sa « sanction » dont il se rachète en acquérant des tableaux impressionnistes.  Dans L’Expert, Jonathan Hemlock doit cette fois éliminer une figure de la pègre londonienne pour récupérer des films compromettants.

 

       

 

Il va ensuite osciller entre roman policier avec Le flic de Montreal en 1976, un thriller d'espionnage, The Main (la rue Saint-Laurent) où le lieutenant LaPointe de la police de Montréal enquête sur un meurtre et Shibumi en 1979, considéré comme son meilleur roman. Dans ce roman, Nicholaï Hel est aussi bien maître de go, amateur d’arts martiaux que tueur professionnel mais le sujet du livre est surtout Shanghai et le Japon de la Seconde guerre mondiale. Diversifiant les sujets, abandonnant les thrillers, il publie en 1983 L'Été de Katya, un roman sombre plus classique situé à Salies-les-Bains dans le pays basque où il a vécu pendant plusieurs années.

 

            

 

Puis cinq ans plus tard, il revient au thriller, genre  western, avec Incident à Twenty-Mile où des détenus évadés, plutôt bêtes et méchants, prennent en otage la toute petite bourgade du Wyoming isolée dans les montagnes.

 

 

À propos de Shibumi, Trevanian se livre un peu dans un courrier de réponse à une journaliste, où se révèle une grande ironie, un certain recul par rapport à ce qu’il écrit et au monde de l’édition : « J'étais obligé de donner à mon éditeur un nouveau livre. Un autre "Trevanian". J'ai avalé cette pilule amère, et décidé d'écrire encore un livre dans le genre "super-espionnage"… Ce serait un vrai roman, dissimulé dans un genre populaire… J'ai fouillé dans mes souvenirs de jeunesse au Japon, me suis crée un écrivain pour Shibumi, un livre à la limite des conventions du roman d'espionnage "boum-boum", mais qui offre au lecteur un style viril d'excellence qui n'a rien à voir avec le style bravache à tous crins ou la violence, il associe une bonne intrigue à une philosophie de la vie, et a été tout de suite un succès international. Après ce livre -un best-seller mondial, même en finnois, hébreu, turc et polonais- j'avais abandonné le genre super-espionnage. Après l'exercice définitif du genre, il n'y avait pas nécessité pour moi de continuer à écrire dans ce genre… ni pour personne, d'ailleurs. »

 

     



Finalement, pour lui le sujet importait moins qu’une mise en situation permettant de développer la psychologie des personnages.  Comme on le voit dans son intervention, la recherche de son sujet pouvait partir de sa vie, par exemple son séjour au Japon pour Shibumi ou au pays basque pour L'Été de Katya.

 

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 21:19

Référence : Alice Zéniter, L’art de perdre, éditions Flammarion, 500 pages, 2017

 

 
Alice Zéniter devant le temple de Lanleff (22)

 

Pour Naïma, l’Algérie n’a été pour elle qu’une carte de géographie qui n’évoquait pas grand chose dans son esprit. Jusque-là, elle n’a guère été confrontée à sa double culture, si ce n’est dans la société française, une tendance à une augmentation des comportements identitaires.

L’Algérie ? Un grand-père Ali, kabyle devenu harki , qu’elle n’a pas connu, Yema, sa grand-mère, peut-être, mais elle ne comprend pas la langue qu’elle parle, son père Hamid, n’en parlons pas, il reste obstinément muet sur l’Algérie de son enfance.

 

       



L’Algérie est donc pour elle « le pays du silence ». Aussi, elle va gratter, nous entraîner sur les pas des générations qui l’ont précédée,  entre la France et l'Algérie, coincées dans un passé qui leur colle à la peau. Naïma elle, même si elle renoue avec son passé familial, se veut d’abord une femme libre, libérée des contraintes de son environnement.

 

L'Algérie de la colonisation

Nous sommes en 1930, dans un petit village de Kabylie. Les trois frères Zekkar, Ali, Djamel et Hamza ont fait des jaloux, chez les Amrouche en particulier, depuis qu’ils ont bien réussi.

 

   Messali Hadj

 

Ali est bien intégré dans la société coloniale, fort de sa bravoure pendant la guerre, et ne veut entendre parler ni d’indépendance ni de désobéissance civile, contrairement à Youcef Tadjer, un voisin qui en tient pour le leader d’alors, Messali Hadj.

 

            


 
Mais la situation va rapidement se déliter après l'embuscade de Palestro en 1956, un engrenage attentats-répression dans cette guerre qui ne veut pas dire son nom. La guerre d’Algérie apparaît à travers les montagnes de la Haute Kabylie, vue par un Kabyle qui refuse la situation mais se trouve confronté à la violence. Ali se veut neutre dans un pays où il faut choisir son camp. Rejeté par les Algériens lors de l’indépendance, il n’a d’autre choix que de s’exiler comme un harki avec Hamid son fils aîné.

 

       

 

L'exil, un déchirement

En France, La famille est regroupée au Camp de Rivesaltes, près de Perpignan, aux conditions de vie très difficiles où elle passe l'hiver 1962, ce qu'on a appelé « la danse des perdants des guerres coloniales ».

Ensuite pendant 2 ans, ce sera un dur travail de bûcheron, ponctuée de remarques racistes puis à Flers dans l'Orne dans un immeuble Sonacotra et l'usine de tôlerie Luchaire. Ali se sent déraciné et trahi par la France, il en détruira ses médailles de résistant. Mais la vie continue et Hamid grandit, tiraillé lui aussi par sa double culture.

En 1969, ils visitent Paris, visite mitigée entre une altercation avec un restaurateur kabyle et la rencontre entre Hamid et Clarisse; paris où ls s'installent tous les deux, vivant de petits boulots. Le père et le fils se brouillent à propos du diktat du gouvernement algérien pour qu'ils cèdent leurs terres à ceux qui sont partis. Les jeunes mariés vivent chichement dans des conditions très difficiles mais ils revoient leurs parents et vont dans les années suivantes avoir quatre enfants prénommés Myriem, Pauline, Naïma et Aglaé.

 

      
                  Portraits de harkis

 

La génération suivante

On est en 2015, avec Naïma, l'une des filles d'Hamid, qui a 25 ans, à l'époque des attentats du Bataclan. Comme certains jeunes de sa génération, elle vit en colocation avec Sol et Romain et travaille dans une galerie d'art contemporain. Son responsable, organise justement une exposition des œuvres de l'artiste algérien Lalla, exilé pendant la guerre civile algérienne (1991-2002). Il demande alors à Naïma d'aller en Algérie pour ramener à Paris une partie de sa production. Ce sera l'occasion pour elle de se plonger dans l'histoire de l'Algérie et de sa famille, d'aller à la rencontre de ses origines, de combler les silences de son père Hamid, son grand-père Ali et sa grand-mère Yema.
C‘est aussi l’occasion pour elle de découvrir Alger, Tizi-Ouzou et le village familial, de renouer le fil rompu par la guerre et l'exil.

 

  Village de Kabylie

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 21:09

 Marie-Thérèse, une mère moderne
Le conflit, la femme et la mère

 

Référence : Élisabeth Badinter, Les conflits d’une mère, c d’Autriche et ses enfants, éditions Flammarion, 272 pages, 2020

 

           

 

« L'éducation de mes enfants a toujours été mon plus cher objet. »

 

Historienne spécialiste du XVIIIe siècle et féministe engagée, Élisabeth Badinter s'interroge depuis quarante ans sur la maternité. Cette fois, elle s’intéresse dans Les Conflits d'une mère à l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780) qu’on présente souvent comme une femme moderne.

Il faut dire que l’impératrice dut mener de front la tâche écrasante de diriger l’Empire des Habsbourg tout en s’occupant de sa petite troupe constituée de seize enfants. Même si on enlève les trois morts en bas âge, il en reste encore treize à élever.
Il faut dire aussi que Marie-Thérèse tenait à tout faire elle-même, tenir l’Empire à bout de bras, sans déléguer le pouvoir à des conseillers et sans laisser ses enfants laissés à eux-mêmes.

 

           

 

Fille de l’empereur Charles VI, Marie-Thérèse  était «  fâchée d’être née femme ». Son père avait en vain espéré avoir un fils et dut se résoudre à modifier l’ordre de succession au trône en 1713 sans vraiment la préparer à son rôle. Beaucoup pensent alors qu'elle n'exercera guère de pouvoir réel mais ils vont être rapidement déçus. L'un d
’homme du siècle ».

 


Bustes de Marie-Thérèse et de son mari François

 

Sur le plan politique, l’Autriche et la maison des Habsbourg qui étaient ennemies depuis les guerres entre François 1er et Charles Quint, sont devenues des alliées à la faveur de ce qu’on a appelé le retournement des alliances en 1756. Pour resserrer les liens, ce rapprochement avait aussi prévu le mariage, préconisé par le duc de Choiseul, entre l’une des filles de Marie-Thérèse, la jeune Marie-Antoinette, et le dauphin Louis, futur Louis XVI.
Funeste alliance en vérité pour la France, qui perdit la guerre de Sept ans contre l’Angleterre et la Prusse et perdit toutes ses colonies en signant le traité de Paris en 1763. Mais ceci est une autre histoire.

 

           
Trois biographies de Marie-Thérèse d'Autriche

 

Élisabeth Badinter avait publié en 2016 Le Pouvoir au féminin  ce qu’on peut considérer comme le premier volet de cette biographie de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche.  Le roi de Prusse Frédéric II, qui sera son plus grand ennemi, disait d’elle : « Le désir de dominer ne la quittera que quand elle ne sera plus. » Sur le plan politique, on lui reconnaît beaucoup d’entregent en matière diplomatique. Sur le plan domestique, elle ne connut qu’un grand amour pour un mari pourtant volage.

 

   
Marie-Thérèse par Martin van Meytens et par Jean-Etienne Liotard
Marie-Thérèse dans sa jeunesse en 1727

 

D’après ce qu’on sait, Marie-Thérèse fut ce qu’on peut appeler une excellente mère, participant à l’éducation de ses enfants, ayant le souci de les caser dans toutes les cours d’Europe.
Parce que ça peut aussi s’inscrire dans sa politique d’alliances. On peut joindre l’utile à l’agréable, n’est-ce pas ?

 

     
Affiche du téléfilm en 4 parties sur l’impératrice Marie-Thérèse

 

Élisabeth Badinter s’est basée sur des documents inédits et brosse un portrait de l’impératrice assez contrasté, montrant une femme complexe, qui peut être avec ses enfants capable d’une grande tendresse et d’une grande dureté, une femme écartelée entre ses devoirs maternels et la raison d’État.

 


L’impératrice Marie-Thérèse en famille

 

Voir aussi
* Robert Badinter, Idiss et Les épines et les roses--

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 21:00

 Christophe Granger s’est en particulier intéressé à l’évolution dans nos sociétés des corps pendant la belle saison, à travers des ouvrages tels que Les corps d’été, Naissance d’une variation saisonnière en 2009 et La saison des apparences, Naissance des corps d’été en 2017.

 

        

 

« Le socio-historien veut mettre en lumière l'historicité du monde dans lequel nous vivons, pour mieux comprendre comment le passé pèse sur le présent. » Norbert Elias

 

Il vient d’obtenir le prix Fémina essai 2020 pour Joseph Kabris ou les possibilités d’une vie, ouvrage qui part du réel pour soutenir ses thèses et ses recherches sur le corps.

Il y raconte la curieuse histoire de ce Joseph Kabris né vers 1780 à Bordeaux, pour tenter d’analyser ce qui fait qu’une vie se découle de telle façon, ce qui a pu infléchir sa direction.

 

         
Œuvres de Gérard Noiriel

 

Il fait suite à ses recherches sur le corps avec son ouvrage consacré à ce thème et intitulé "Faire corps. Éléments pour une sociologie historique". Son objet est d’élaborer une démarche d'analyse qu’il appelle "biographie sociologique" et qui, à partir d'un cas particulier comme c’est le cas avec Joseph Kabris, décrit dans le détail et sur une certaine durée, se propose de servir de base à une étude de l’impact du social sur la vie de l’individu.

Son sujet d’étude comprend des pratiques sociales qui impliquent le corps telles que le travail, le sport, les vacances et la plage, qu’il croise avec des institutions (L’État, l’école, le clergé) et des professions (médecins, juristes) pour en déduire les rapports de force des groupes constituant la société. [1]

 


Œuvres de Norbert Élias         Pratiques et méthodes de la socio-histoire

 

Les travaux de Christophe Granger se situent dans le domaine de la socio-histoire, et plus spécialement sur la compréhension des conduites corporelles et collectives ainsi que la compétition entre groupes sociaux pour convaincre de leur légitimité.

La socio-histoire est une approche historique sous-tendue par des méthodes empruntées à la sociologie. En ce sens, elle est d’abord « boîte à outils » servant à savoir comment le passé éclaire le présent et reposant sur les relations à distance et la façon dont naissent les phénomènes sociaux. [2]

 

    Michel Offerlé

 

L’intérêt du livre de Christophe Grangé réside d’abord dans le fait qu’il réussit à concrétiser à travers le personnage de Joseph Kabris un domaine qui n’est pas spécialement facile d’accès.

 

Notes et références
[1] Sur la classe ouvrière, voir par exemple Gérard Noiriel, "Vivre et lutter à Longwy", Éditions Maspéro, 1980 et "Longwy, Immigrés et prolétaires (1880-1980)", Paris, PUF, coll. « Pratiques Théoriques », 1984
[2] Voir l'historien Gérard Noiriel et le sociologue Michel Offerlé, qui dirigent la collection Socio-Histoires des éditions Belin.

 

Sélection bibliographique de l'auteur
* La Saison des apparences. Naissance des corps d’été, Paris, Anamosa, 2017
* La Destruction de l’université française, Paris, La Fabrique, 2015
* Le Vase de Soissons n’existe pas, Paris, Autrement, 2013
* Les Corps d’été. Naissance d’une variation saisonnière, Paris, Autrement, 2009

Voir aussi
* Gérard Noiriel, Introduction à la socio-histoire, Paris, éditions La Découverte, coll. Repères-Histoire, 128 pages, 2006

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 14:19

 Référence : Cynthia Fleury, "Ci-gît l’amer, Guérir du ressentiment", éditions Gallimard, Collection Blanche, 336 pages, octobre 2020

 

« La confiance ne peut exister sans une communauté de destin. »

 

          

 

Cynthia Fleury poursuit, avec  son nouvel opus Ci-gît l'amer. Guérir du ressentiment, son travail autour de l’individu [1] et de sa place dans un état démocratique, commencé avec Les Pathologies de la Démocratie en 2005, La Fin du courage : la reconquête d’une vertu démocratique  en 2010, Les Irremplaçables en 2015 et 2018) et Le soin est un humanisme en  2019.

Celle qu’on a parfois appelée la philosophe clinicienne traite plus directement ici du processus de colère et les pulsions de haines qui traversent notre époque. Pour elle, « Le ressentiment est une peste émotionnelle. »

 

   

Son questionnement porte sur les liens entre la santé psychique des personnes et celle de la démocratie. Elle met l’accent sur des sociétés de plus en plus divisées et le ressentiment, sorte de  corollaire, ce mélange d'amertume et de rancœur qui sape toute évolution positive des individus comme des États. Dépasser cette situation et sortir de cette « peste émotionnelle », c’est trouver de nouveaux modes de fonctionnement capables de faire face à ce défi.

 

         

 

Dans une interview, elle confie travailler « aux confins des crises individuelles et démocratiques », et le sentiment de ressentiment lui a semblé le symbole de ces deux entités. Elle l’a d’ailleurs en tant que praticienne constaté à maintes reprises que certains patients tombent dans le cercle vicieux de la rumination et de l'amertume, dont les principaux constituants sont le domaine professionnel, le manque de reconnaissance sociale et d’une façon générale, le mal-être.

La recrudescence de ce phénomène est due à des facteurs tels que l’emploi précaire ou un sentiment d’impuissance politique. Situation amplifiée par l’écho des systèmes sociaux qui développe aussi une violence verbale extraordinaire ou plus simplement dans les incivilités sur la voie publique, ce qui fait dire à Cynthia Fleury que « les digues émotionnelles des uns et des autres ont sauté. »

 

    
Avec le chanteur Jean-Louis Murat

 

« Diriger, c'est conduire un peuple avec son assentiment. »

Face à ses patients, elle met en oeuvre un processus de lutte contre le ressentiment et la façon de se réapproprier sa souffrance, en faisant appel à des théoriciens comme Ernst Cassirer, Ludwig Binswanger ou Karl Jaspers. Dans les groupes de discussion, les interactions doivent permettre aux participants d'avancer à partir de leur vécu.

 

     

 

Sur le plan collectif (et donc politique), Cynthia Fleury préconise trois niveaux d'intervention : Soigner, Gouverner, Eduquer, en se référant d'abord à la psychanalyse freudienne. Cette approche signifie que le pouvoir politique n'intervient pas seulement dans l'institutionnel et l'élection mais aussi dans le domaine relationnel pour développer une interaction positive avec les citoyens ("prendre soin d'eux"), espèce de prévention contre le ressentiment, ce qui devrait les amener à leur tour à défendre l'Etat de droit, à en avoir une vision positive.   

Sa démarche est d'autant plus importante qu'elle se situe au carrefour de la philosophie, de la psychologie et de la politique et que le thème du ressentiment est vraiment central dans l'évolution de sociétés démocratiques.

 



Notes et références
[1] Ce qu'elle appelle "L'individuation", processus distinguant un individu des autres individus du groupe de référence dont il fait partie.

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 21:41

 Référence : Emmanuel de Waresquiel, Sept jours, 17-23 juin 1789. La France entre en révolution, éditions Tallandier, 477 pages, septembre 2020

 

« En politique, le nombre seul est respectable […] C’est pourquoi le tiers pose son droit comme incontestable et à son tour, dit comme Louis XIV : "L’État c’est moi". »
Hippolyte Taine, Les origines e la France contemporaine, tome I, L’Ancien Régime (1875)

 

       

Spécialiste de la période qui va de la fin de l’ancien régime jusqu’à la monarchie de Juillet, Emmanuel de Waresquiel a écrit des ouvrages sur Les Cent-jours et la Restauration. Il est surtout connu pour ses biographies du duc de Richelieu, de Fouché et de Talleyrand.



Une chronique de la semaine décisive qui bouleversa l’histoire de France.

Le début du début de la Révolution, quand tout était possible et comme disait le prince de Ligne : « En amour, il n’y a que les commencements qui soient charmants. »

Emmanuel de Waresquiel nous fait revivre pas à pas la naissance de la Révolution. Sept jours ni plus ni moins, comme la création du monde. Sept jours et cinq décrets qui, du 17 au 23 juin 1789, ont bouleversé le cours de l’histoire de France.

 

       
Le roi Louis XVI        L'abbé Sieyès et son livre "Qu'est-ce que le Tiers-état ?"

 

Au tout début fut l’ouverture des états généraux (demandée par le roi), le 5 mai 1789, donc avant le 14 juillet et la prise de la Bastille. Mais pour le roi, rien ne se passe comme prévu et le 17 juin, les députés du tiers état dans une ambiance tumultueuse se constituent en Assemblée nationale  et trois jours plus tard dans les locaux du Jeu de Paume à Versailles, ils jurent de rester ensemble tant qu’ils n’auront pas donné une Constitution au pays.
Désormais, on ne pouvait guère faire marche arrière.

Puis le mardi 23 juin, ils prennent leurs marques représentées par la fameuse répartie : « Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes. »

 

             

 

Deux solutions s’offrent alors au roi et à son entourage : employer la manière forte ou négocier et lâcher du lest au tiers état. Mais Louis XVI risque d’être pris de vitesse par les événements. « La Révolution s’est jouée et accomplie en sept jours et cinq décrets écrit l’auteur. Son destin, ses héritages y sont comme scellés. Jusqu’à la guerre civile. Jusqu’à la Terreur. »

 

   

 

Et le roi va céder. Parce que le roi par nature est faible. Parce que la royauté est faible, elle s’est affaiblie peu à peu sous le règne de Louis XV pour s’intensifier chez son petit-fils Louis XVI, règne dominé par les problèmes financiers de l’État (d’où la réunion des états généraux) et l’instabilité ministérielle malgré des ministres comme Turgot, Calonne ou Necker.
Comme l'a écrit Chateaubriand :
« C’est une erreur de croire qu’elle (La Révolution) a renversé la monarchie ; elle n’a fait qu’en disperser les ruines. » 


 

       

 

L’Histoire s’est accélérée subitement, dans une effervescence extraordinaire d’acteurs, d’envolées lyriques et de professions de foi, dans une profusion où il devient difficile de discerner les lignes de force.
Et justement, l’idée d’Emmanuel de Waresquiel est de rendre compréhensible cette période si courte et si riche, d’en saisir les faits marquants.

 


David, Le serment du jeu de paume

 

Dès le départ, le destin de la Révolution,  « ses héritages y sont comme scellés. » Emmanuel de Waresquiel voit la Révolution comme un bloc, celui qui va mener à la Terreur et à l’Empire. Il n’existe pas d’un côté celle des droits de l’homme et de l’autre des hoquets de l’Histoire qui conduiraient à la Terreur. Tout s’enchaîne inéluctablement.

 

Notes et références
[1]
Principales dispositions des décrets :
- Sur proposition de Sieyès, le tiers état se constitue en Assemblée Nationale.
- L'Assemblée Nationale se réunira tant qu'une Constitution ne sera pas votée.
- Abolition des 3 ordres qui siégeront désormais ensemble.
- Décret du 23 juin sur l'inviolabilité des députés.

 

 

 

Principaux événements de juin 1789
* 17 juin : Proclamation de l'Assemblée Nationale
* 19 juin : Des délégués du clergé se joignent au tiers état
* 20 juin : Serment du jeu de paume : Réunion de l'Assemblée Nationale jusqu'à ce qu'elle ait voté une Constitution
* 22 juin : Le roi concentre des troupes autour de Paris
* 23 juin : Le roi tente de bloquer le mouvement mais le tiers état, sous l'impulsion de Mirabeau, refuse de quitter la salle. L'assemblée Nationale déclare inviolable la personne du député.
* 24-25 juin : De nombreux membres du clergé et de la noblesse rejoignent le tiers état.
* 27 juin : Le roi cède : réunion des 3 ordres, le vote se faisant par tête et non par ordre.

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<< Ch. Broussas, Waresquiel, 7 jours 05/11/2020 © • cjb • © >>
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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 21:23

Référence : Laure Adler, La voyageuse de la nuit, éditions Grasset, 224 pages, septembre 2020

 

Le titre est tiré d'une citation de Chateaubriand dans "La vie de Rancé" :  « La vieillesse est une voyageuse de nuit : la terre lui est cachée; elle ne découvre plus que le ciel ».

 

    

 

Jusqu’à présent, je connaissais Laure Adler surtout pour ses biographies, celle de Marguerite Duras et celle de François Mitterrand, qu’elle a bien connu et en dresse également un beau portrait dans un livre-témoignage intitulé L’année des adieux.

 

 

Déjà en 1970, Simone de Beauvoir écrivait que la société pensait que le vieillard était non son semblable mais un être différent, soit mis sur un piédestal comme un Sage vénérable, soit comme un type plus ou moins sénile. Elle écrivit ce livre parce que dit-elle « il est nécessaire de briser ce silence. »

 

            
Simone de Beauvoir          Roland Barthes                 Annie Ernaux

 

« J'ai tout fait trop vite, trop tôt » dit  Laure Adler dans une interview, elle qui s’attaque à un sujet que « personne ne veut entendre parler ». Elle l’aborde en effet de façon frontale et avec justesse, voulant briser la « conspiration du silence » traitant d’un domaine qui en général ne fait guère recette, parlant sans ambages des tabous dont sont entourés les EHPAD.

Sur ce sujet, Laure Adler dénonce les prix exorbitants que pratiquent les Ehpad, leur niveau de qualité et la sous-valorisation du personnel qui y travaille. Une dénonciation pour une prise de conscience d'une meilleure considération des personnes âgées.

 

         
Françoise Giroud             Laure Adler et son mari Alain Veinstein

 

« Est-ce un hasard si, après les récents cimetières situés en dehors du cœur des villes, les nouveaux EHPAD sont, eux aussi, pour la plupart, loin du cœur de la cité ?  »

 

Elle part de ce constat d’évidence que « on est toujours la vieille ou le vieux de quelqu'un, alors autant s'y préparer. » Mais ça ne signifie pas qu’il faille traduire vieillesse par retraite. Cette journaliste-née et grande amatrice de littérature convoque pour cela les écrivaines qu’elle admire comme Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Annie Ernaux, ou le philosophe Roland Barthes qui dit être devenu « le père de sa mère », dans son "Journal de deuil". Peut-être que la vieillesse commence quelque part par le traumatisme né de la perte de ses parents.

Dans son essai, elle a aussi convoqué bon nombre d'écrivains parmi lesquels Edgar Morin, Victor Hugo, Stéphane Hessel, Marcel Proust, George Sand, Voltaire... du beau monde pour étayer et illustrer son propos.

 

                  

 

Emmanuel Macron a participé lui-même à cette tendance en véhiculant l’idée qu’il valait mieux être (comme lui) jeune et en bonne santé, que l’économie et ceux qui travaillent priment sur tout le reste et même que les vieux possèdent un patrimoine supérieur aux jeunes. Pendant la campagne électorale, on ne lui a guère reproché d’être trop jeune, de manquer d’expérience et d’être ainsi « perçu comme un handicap. » Nous ne sommes à l’époque où Georges Clémenceau pouvait revenir au pouvoir à l’âge de 77 ans.
Même si son récit peut parfois avoir un goût doux-amer, il n’en demeure pas moins qu’il a un ton d’ironie roborative soutenu par une grande sincérité.

 

         
                                           Laure Adler er Emmanuel Carrère

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<< Ch. Broussas, Laure Adler Séniors 04/11/2020 © • cjb • © >>
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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 21:09

Référence : Amélie Notomb, Les Aérostats, éditions Albin Michel, octobre 2020

 

« C'était la première fois de ma vie que je lisais, dans le regard de quelqu'un, combien j'étais nécessaire. »

 

 

Où il est question dans ce roman de littérature, d’écriture… et d’Amélie Notomb. Ange avoue-t-elle, c’est elle à 19 ans, avec laquelle elle a beaucoup de points communs, une jeune fille sérieuse que rien ne distingue des autres, une étudiante en philologie. À travers ces deux personnages, son idée est surtout, comme l’écrit La Belgique libre, d’évoquer « la force transformatrice de la littérature. »

 

 
Amélie Notomb avec Stéphane Bern et avec l'écrivain Sylvain Tesson

 

Mais sa vie va changer le jour où monsieur Grégoire Roussaire lui propose de donner des cours de littérature à son fils Pie, un ado dyslexique de 16 ans, qu’elle voudrait éveiller aux joies de la lecture et des grandes œuvres littéraires.




Amélie Notomb À Saint-Jans-Cappel avec la chanteuse Maurane

 

Ce père un peu particulier s'immisce peu à peu dans la relation maître-élève, se mêle des leçons d'Ange et fait son compte-rendu à la fin de chacune d'elles.
Ange et Pie, deux prénoms épicènes (même s'ils sont peu utilisés au féminin) qui sont bien dans le goût d'Amélie Notomb et qui rappellent bien sûr le titre d'un des ses précédents romans. [1]

 

  
Amélie Notomb avec Mylène Farmer et avec l'écrivain Frédéric Beigbeder

 

Nous aurons droit à une « happy end ». Ange, grâce à une pédagogie incomparable… à l’aide de Stendhal et même d’Homère, réussit à  venir à bout de la dyslexie de son élève et à lui faire aimer la littérature. Autre sujet de déception, les réflexions sur le thème de la littérature, les discussions passionnées entre maître et élève laissent sur sa faim.

 

Amélie Notomb avec François Hollande, Joël Dicker, Guillaume Musso, Nicolas Mathieu (Goncourt 2018)



Dans ce roman, nous retrouvons son style personnel fait de dialogues incisifs et de personnages bien campés même si ici ils manquent de profondeur.
Finalement, avec Les aérostats, on reste quand même sur sa "soif". [2]

 

 
Sylvie Testud dans Stupeur et tremblements -



Notes et références
[1]
Voir son roman Les prénoms épicènes, Albin Michel, 154 pages, 2014
[2] Titre de son roman précédent.

Mes fiches sur Amélie Nothomb
* Amélie Notomb
, Son parcours -- Soif -- Les aérostats --
*
Amélie Notomb, Pétronille -- Biographie de la faim --
* Ainsi philosophait Amélie Nothomb --

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