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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 16:51

La Deuxième Mort de Ramón Mercader est un roman de Jorge Semprún publié le 14 mai 1969 aux éditions Gallimard et ayant reçu la même année le prix Femina.

 

Référence : Jorge Semprún, "La Deuxième Mort de Ramón Mercader", éditions Gallimard, collection Blanche, 265 pages, 1969, isbn 2070273679


Jorge-Semprun-70.jpg    Ramon Mercader.jpg . . . . .  . . . . . La Havane Capitole.jpg
Portrait de Jorge Semprún . . . . . . Portrait de Ramon Mercader . . . . . . . . . . . . . . . La Havane, vue du Capitole

Présentation

Jorge Semprún aborde la genèse de la création de ce récit dans son livre suivant intitulé Autobiographie de Federico Sánchez. Lors d'un voyage à La Haye en Hollande à l'époque où il siégeait au comité exécutif du Parti communiste espagnol en exil, il va se souvenir de l'époque de la Guerre civile espagnole où il résidait là avec sa famille, son père représentant alors la République espagnole qui allait être bientôt emportée par les troupes franquistes. C'est là-bas écrit-il, « en passant devant l'église de l'Alexanderstraat [...] que mûrit soudainement la trame d'un récit qui allait devenir La Deuxième Mort de Ramón Mercader. »

 

Souvenirs qui s'entrechoquent et trouvent un terreau favorable à l'éclosion d'un projet qu'il formulera de cette façon : « Et c'est là que tous les éléments épars qui flottaient dans mon imagination depuis plusieurs semaines, toutes ces obsessions et tous ces rêves cristallisèrent avec la soudaineté d'un éclair silencieux pour former de manière irréfutable, élaborée jusque dans ses moindres détails, la trame d'un roman qui devait s'appeler La Deuxième Mort de Ramón Mercader. »

Contenu et synthèse

Ce livre peut paraître de prime abord une sombre histoire d'espionnage d'un homme traqué par des amis et des ennemis qui nouent et dénouent d'infinies intrigues. Bien sûr, Ramón Mercader n'est pas un nom choisi au hasard, mais qu'a-t-il à voir avec celui qui a laissé un nom dans l'histoire pour avoir assassiné Léon Trotski ? Dans l'avertissement, Jorge Semprun écrit malicieusement : « Les événements dans ce récit sont tout à fait imaginaires. Bien plus : toute coïncidence avec la réalité serait non seulement fortuite, mais proprement scandaleuse. »

 

L'agent secret soviétique connu sous l'identité de Ramón Mercader, et en l'occurrence directeur adjoint d'une société de commerce espagnole, part de Madrid pour régler un problème d'exportation à Amsterdam pour finalement se retrouver à Zurich pour tenter de contacter ses (vrais) chefs. Il retourne à Amsterdam mais il est découvert « suicidé » dans sa chambre d'hôtel. Ses amis du contre-espionnage tentent alors de le déconsidérer mais peu à peu, la vérité va se faire jour et révéler qui l'a trahi.

 

Pourtant il n'est pas question ici de thriller. Jorge Semprun revient sur son passé, analyse les événements comme il le fera sur la même période qui court de la guerre civile espagnole à la mort de Staline et à l'occupation de Prague dans son livre suivant Autobiographie de Federico Sánchez. C'est aussi le roman post-stalinien traitant des impasses du système soviétique, et des fonctionnaires de la révolution.

 

Au-delà de son propre cas, l'auteur engage une réflexion sur le destin de cette révolution qu'il a longtemps soutenue et qui l'a ensuite fortement déçue. Avec le roman d'espionnage, il a en commun la violence de certains personnages et la présence lancinante de la mort.

La fin de Ramón Mercader

Dans son livre Montand la vie continue, Jorge Semprun parle du vrai Ramón Mercader et surtout de ses dernières années. Ramón Mercader purgea au Mexique une peine de vingt ans de prison pour l'assassinat de Léon Trotski puis gagna l'Union soviétique via La Havane. À la fin de sa vie, Ramón Mercader revint à Cuba, ses liens avec ce pays y étant étroits, sa mère Caridad del Rio Mercader en étant originaire.

 

« Elle avait fini sa longue carrière au service de l'espionnage soviétique à l'ambassade de Cuba à Paris dans les années soixante. Elle y avait un poste apparemment modeste, mais son regard était toujours aussi vif. » C'est ainsi que Ramón Mercader à la fin de sa vie regagna son île maternelle et y exerça « une fonction qui me semble boucler admirablement cette longue vie de fidélité communiste », écrit Semprun avec malice. Il fut en effet inspecteur des prisons castristes.

 

Commentaire de Jorge Semprun : « Admirable parabole d'une vie militante, n'est-il pas vrai ? Des combats de la guerre civile espagnole à l'inspection des cellules d'isolement dans les prisons de Fidel Castro, en passant par les secrets puants de l'appareil de sécurité russe : toute une vie de fidélité. »

  • Christian Audejean, "Jorge Semprun : La Deuxième Mort de Ramón Mercader, 37-383, Revue Esprit, 1969, 187-189

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 17:46

L'écrivain, scénariste et homme politique Jorge Semprún

 

     Sempun 2008.jpg JS Pieter Bruegel Babel.jpg JS commeme guerre civile Batallaebro.jpg
        Jorge Semprun en 2008          La tour de Babel (Bruegel)  Commémoration de la guerre civile 2006

L'Algarabie est un livre de l'écrivain franco-espagnol Jorge Semprún, publié en 1981 aux éditions Fayard.

Référence : Jorge Semprún, "L'Algarabie", éditions Fayard, 446 pages, 1981, isbn 2-213-00989-9, réédition 12/1996, Édition Gallimard/Folio no 2914, 597 pages, isbn 2-07-040032-8

«Alors je m'efforce de reconstituer dans ma mémoire la forme de cette chambre close De revoir la disposition des fenêtres De remettre les meubles à leur place. »

Présentation

C'est le récit du dernier jour de la vie d'un vieil homme, au cours d’une seule journée, en octobre 1975. Le général Franco va mourir. L’homme veut aller à la Préfecture de police pour obtenir un passeport. Il veut rentrer chez lui... aussi Jorge Semprun a-t-il choisi de placer en exergue cette phrase d'Arthur Rimbaud : « Je suis réellement d'outre-tombe, et pas de commissions. »

 

L'Algarabie est une espèce de livre-bilan, symbolique de langages communautaires, [1] le dernier jour de la vie d'un Espagnol émigré à Paris, où s'exprime la difficulté d'un homme, écrivain qui plus est, confronté au maniement de deux langues, non seulement écrire mais d'abord penser en Espagnol ou en Français. On sait que Jorge Semprun n'a jamais vraiment choisi et que, s'il a écrit la majeure partie de ses livres en Français, il a au moins écrit trois d'entre eux dans sa langue maternelle. [2]

 

« Ce livre que je traîne depuis dix ans sous diverses formes, brouillons et étapes, dans ma tête et sur ma table, écrit alternativement en espagnol et en français, a pendant des mois cherché sa langue » confit-il dans une interview. Le curieux titre qu'il a choisi témoigne de ses recherches, de ses hésitations. Il s'agit d'une francisation d'"algarabia", le charabia : un mot arabe qui finit par devenir du galimatias, une langue absconse, incompréhensible, le vacarme de Babel. On peut aussi se demander si ce thème ne dépasse un simple problème lié à l'écriture et au langage. Dans un article, Carmen Molina Romero [3] s'est penché sur le devenir de ces auteurs espagnols, chassés de leur pays par la guerre civile, qui se sont installés en France et ont adopté comme langue d’écriture le français tout en restant fondamentalement bilingues : Jorge Semprun et Michel del Castillo en particulier. Elle a cherché « à démêler la relation qu’entretiennent la langue maternelle et l’autre langue qu’ils ont choisie volontairement, et comment cela façonne leurs discours narratifs... ainsi que les problèmes d’identité qu’elle produit chez l’écrivain bilingue, "schizophrène et sans racines".
« L’Algarabie, un grand roman picaresque qui évoque avec verve l’après-mai » écrira un journaliste.

 

Structure et contenu

Roman de politique-fiction, il mélange la guerre civile espagnole et les Événements de Mai 68, nous transportant dans un Paris coupé en deux, désagrégé par une autre guerre civile qui ressemblerait à la Commune de Paris. Le héros lui-même est une énigme dont on ne connaît qu'un nom d'emprunt Rafael Artigas, et son amie Anna-Lise, et d'autres, Michael Leibson, le viel 'anar' Eleuterio Ruiz et ses filles Perséphone et Proserpine, autant de zombies évoluant dans ce Paris défiguré par la guerre, mélange de vrai et de faux dans ces sociétés contemporaines du paraître où l'information n'est plus qu'une communication manipulée. Le quartier est livré à un combat sans merci de lutte pour le pouvoir entre une mafia conquérante dirigée par des Corses et une communauté à majorité hispanique. la faune du quartier essaie de survivre dans des conditions très difficiles, dans les décombres de ce qui fut le Paris d'avant la guerre. Le monde qu'il décrit est un monde de violence, qui a largement remplacé l'ordre et la loi, le carrefour Croix-Rouge ravagé par une fusillade entre les 'maos' de Le Mao et les truands de Jo Aresti.

 

C'est aussi un ouvrage de réflexion sur l'art d'écrire d'un auteur parfois écarté entre l'Espagnol sa langue d'origine et le Français, langue privilégiée de ses livres avec ses nombreuses figures de style, [4] une langue qui évolue aussi vers une verve rabelaisienne et parfois un sabir argotique, [5] donnant à son récit un côté "picaresque" [6] qu'il développe avec délectation. 

 

On est confronté à la relation ambigüe entre l'auteur-narrateur Jorge Semprùn et Rafael Artigas le héros de l'histoire, qui voudrait bien s'émanciper et vivre sa propre histoire au détriment du narrateur. Jorge Semprùn, l'autobiographie qui dans ses ouvrages précédents s'identifiait à son héros, double de lui-même, est confronté ici à un personnage-héros de plus en plus autonome au fur et à mesure de l'élaboration du roman. C'est toute la problématique relationnelle que Jorge Semprùn pose ici, dans ces allers-venues entre relation narrative et réflexions sur le destin des personnages et de la société où ils évoluent.

 

Pour ce qui doit être normalement sa dernière journée, Rafael Artigas, laissant Anna-Lise alias Élizabeth à son passé, s'entête à vouloir absolument voir cette demoiselle Rose Beude, rempart intransigeant d'une administration bornée. Mais décidément, rien ne se passe comme prévu et "Piruli" l'apostrophe pour l'impliquer dans les guerres qui minent le quartier. Le narrateur nous entraîne dans « les méandres du roman populaire dont le cours diverge et se diversifie constamment, [...] dans les ruses et les ficelles du roman picaresque ou épisodique -ou plutôt à épisodes... » [7]

 

Commentaire critique
Article de Pascal J. THOMAS paru le 1er février 1982 dans Fiction 326, Mis en ligne le 7/3/2009 sur le site www.noosfere.com

« Sans le dire, c'est bien de la SF (science fiction) — une histoire d'univers parallèle : si l'hélicoptère de De Gaulle s'était écrasé au retour de Baden-Baden ? Du coup, le pays s'enfonce dans une guerre civile dont un des meilleurs épisodes est la libération d'Orléans par Mireille Darc... Un personnage romancier imagine même un univers où De Gaulle aurait survécu.

L'action se déroule toutefois dans les limites de la Zone d'Utopie Populaire, sorte de Commune de la Rive Gauche, héritière de mai 68 et de l'anarchisme espagnol. Les discussions idéologiques n'y manquent pas, et reconnaissons que si les marxistes repentis comme Semprun ne peuvent guère être félicités pour leur clairvoyance, ils n'ont pas leur pareil pour caricaturer leur passé. Les maos remportent ici la palme de la clownerie — leur chef ne s'appelle-t-il pas Auguste ? L'idéologie n'intervient pourtant que comme partie de la vie de Rafaël Artigas, double de l'auteur, révélée à coups de réminiscences — les siennes ou celles des autres personnages, car le roman joue à s'égarer dans les dédales capricieux de vies pas toujours convergentes. Plus picaresque que proustien, comme le souligne l'auteur dans les nombreuses et savoureuses interventions du Narrateur. Tout le livre est jeu, et fait au passage sa propre critique, aussi n'ai-je plus qu'à clore celle-ci. »


Indications bibliographiques

  • Maria Angélica, Semilla Duran, "Le Masque et le Masqué : Jorge Semprun et les abîmes de mémoire", essai critique, 02/2005, 253 pages
  • Jorge Semprun, Défense et illustration de la novlangue française, Éditions Encyclopedie Des Nuisances, février 2005
  • Édouard de Blaye, "Franco ou la monarchie sans roi", éditions Stock, 1974
  • Jörg Türschmann, "Socialisme délabré et fatalisme littéraire : La "Zone d’utopie populaire" dans L’Algarabie de Jorge Semprun (1981)", in : Histoires inventées. La représentation du passé et de l’histoire dans les littératures française et francophones. Éd. Elisabeth Arend, Dagmar Reichardt et Elke Richter. Francfort-sur-le-Main : Éditions Peter Lang, 2007, pp. 254-269, isbn 978-3-631-56966-5
  • Anne Baretaud, "L'identité à l'épreuve : babélisme, confusion et altérité dans L'Algarabie de Jorge Semprun, thèse de doctorat, université d'Aix-Marseille 1, 1999

Notes et références

[1] Francisation du terme charabia, comme il est précisé dans la présentation, issu de l'arabe pour donner aussi galimatia, langage de groupes vivant dans une tour de Babel du langage

[2] Autobiographie de Federico Sanchez (Autobiografía de Federico Sánchez), Federico Sanchez vous salue bien, Vingt ans et un jour (Veinte años y un día)

[3] Voir la référence dans les Liens externes

[4] Dans cette phrase par exemple page 117, où il écrit : « Nos mains s'égarèrent de façon irréfléchie mais impétueuse. Quand je dis s'égarer, il faut comprendre l'euphémisme et la périphrase »

[5] Sur le mot Noctar par exemple, voir sa formation selon l'auteur page 5, ou sur ce qu'il appelle le 'sabir espagnol', voir page 75

[6] <ref>Pour la distinction entre roman d'aventure et roman picaresque, voir page 124</ref>

[7] « D'Eugène Sue à James Joyce » donne-t-il en exemple page 195

 

Liens externes

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 17:35

Jorge Semprun : L'Évanouissement


Référence : Jorge Semprun, "L'Évanouissement", éditions Gallimard, 222 pages, 1967, isbn

 

Jorge Semprun 60.jpg . . .Evanouissement-vierge-lorenzo-lotto 1530.jpg
. . . Semprun vers 1965 . . . . . . . . . . . . L'évanouissement (Lorenzo Lotto vers 1530)

 

L'Évanouissement est le second roman de l'écrivain franco-espagnol Jorge Semprún, toujours écrit en Français et publié en 1967 après le succès retentissant du Grand Voyage.

 

Peu de temps après son retour de Buchenwald, Manuel le héros du Grand Voyage, tombe évanoui de la plate-forme du train qui le ramenait chez lui en banlieue parisienne. Il est transporté dans une clinique, commotionné, l'oreille déchirée, quasiment amnésique. Quand il se réveille après son opération, il n'a accès qu'à des fragments de son passé auxquels le narrateur ajoute des épisodes de son avenir. Manuel tente ainsi de se reconstruire, de rechercher son 'moi' à travers des bribes de biographie.

 

Dans ce désordre de la mémoire, une image domine mais qu'il ne parvient pas à replacer dans son contexte : de la neige et du lilas. Manuel n'aura la solution que bien plus tard en 1956 mais pour le moment son existence lui semble comme une espèce d'évanouissement effrayant. Il s'efforce alors de se rattacher à la réalité, d'amorcer une vie qui ne sera plus tout à fait la même après le traumatisme qu'il a subi. Il n'en a vraiment conscience que quand il se raccroche aux épisodes les plus intenses de sa vie : le danger au temps du Maquis ou au temps de clandestin du Parti communiste espagnol, la peur et la douleur quand il fut torturé par la Gestapo ou déporté à Buchenwald. À part ces moments d'intense communion, la réalité lui apparaît comme une lointaine nébuleuse qu'il ne peut exprimer par la parole.

 

Lilas blanc et rose.jpg . . .Paysage de Neige 2007.jpg
. . . . Les 2 symboles de son amnésie : le lilas et la neige

Importance des femmes dans le récit

Dans son étude sur les images féminines dans l'œuvre de Jorge Semprun, Maria Liénard Ortega traite de leur présence, de leur importance dans "L'Évanouissement". L'image de la mort, associée à une femme aimée et désirée se retrouve aussi dans ce récit. Deux femmes, Laurence et Lorène, jouent un rôle capital dans le « retour à la vie »du narrateur-personnage, hanté par le souvenir de la mort, toujours présente dans sa vie alors qu'il est depuis peu rentré du camp de Buchenwald.


Cette dualité entre la femme et la mort qui apparaît dès le titre, L'éva-nouissement, contient à la fois Ève (dans sa forme hispanique Éva) et l'idée de la chute qui va provoquer une perte de conscience ou 'petite mort'. Maria Liénard Ortega se demande « quels conflits, quelles tensions génère la rencontre de ces deux antagonismes, chez les personnages, le narrateur et les femmes, mus par des pulsions antagonistes de vie et de mort ».


Dès lors, on peut estimer que la femme, mère ou Ève, donatrice de vie, aimée, désirée, ou les deux, constitue un élément de l'histoire lié au retour des mauvais souvenirs de Buchenwald, oubliés ou même refoulés chez le narrateur : « le personnage féminin aurait alors, sur la mémoire involontaire du narrateur, un rôle catalyseur qui favoriserait le retour de ce passé à la conscience, donnerait lieu à une écriture qui aurait fonction d'exutoire ».

Le « retour du refoulé » chez le narrateur rescapé des camps, c'est-à-dire le retour du souvenir obsédant de la mort des autres déportés, auxquels il s'identifie, coïncide avec le « retour à la vie » et s'exprime à travers ce que nous dit le narrateur de « sa relation à Laurence, son interlocutrice privilégiée, par l'intermédiaire de ce qu'elle suscite chez lui, des désirs qu'elle éveille, des fixations érotiques auxquelles elle peut répondre.


Le « retour à la vie », c'est d'abord le recours à une relation sensuelle et charnelle liée à une volonté de lutter contre la solitude et l'incommunicabilité : « ayant eu à souffrir du sentiment de non-appartenance créé par les déracinements forcés, le personnage cherche à établir avec autrui, en l'occurrence avec les femmes, une forme de communion, afin de rompre l'isolement ». Peut-être qu'en l'occurrence le langage des corps pourra parvenir à exprimer plus, à combler les limites des mots, les vides du discours et « à libérer le narrateur des blessures et des angoisses anciennes si longtemps tues dans le refoulement et l'oubli ».


Voir également :

  • Vidéo INA
  • Christian Audejean, "Jorge Semprun : l'évanouissement, 35-364, Revue Esprit, 1967, 703-704
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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 17:30

La Montagne blanche est un roman de l'écrivain franco-espagnol Jorge Semprún qui se déroule entre trois hommes pendant un week-end à la campagne.

Jorge-Semprun-70.jpg           JS montagne blanche.jpg      Montagne en hiver.JPG
Portrait de Jorge Semprun . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La montagne blanche

 

Référence : Jorge Semprún, "La Montagne blanche", Éditions Gallimard, Collection Blanche, 1986, 264 pages, isbn 2070705412, réédition chez Folio, 11/1988, 320 pages, isbn


Trois hommes se retrouvent dans une maison au bord de la Seine pour passer un week-end dans la campagne normande. Ils ont tous trois vécu les événements dramatiques qui ont secoué l'Europe depuis les années quarante jusqu'à cette rencontre en Normandie pas très loin de Paris. C'est bien ce qui les rapproche, ce vécu commun ou au moins ce sur quoi ils peuvent échanger, cet effritement inéluctable de leurs rêves et de leurs espoirs et également un goût marqué pour la gent féminine.

 

Et même pourrait-on dire, pour le même type de femme, pour la femme en tant que telle. Ce sont des intellectuels passionnés par les difficultés de leur art, leur domaine de prédilection, la peinture pour Antoine de Stermania, l'écriture pour Juan Larrea -un nom cher à Jorge Semprun, l'un de ses nombreux pseudonymes qui ont émaillé son existence- la mise en scène pour Karel Kepela.

 

Le souvenir des amours qu'ils ont connus resurgissent et s'entrecroisent dans le dédale de leur mémoire. Ils évoquent les musées qu'il ont fréquentés, de Madrid à Venise de Prague à Zurich où ils retrouvent des lieux chargés d'histoire et les bouleversements qui ont marqué un siècle lourd d'événements que cette génération a à porter.

Ces deux journées d'avril 1982 auront pour eux un goût à la fois amer et un goût de miel, mélange de femmes qu'ils prennent mais qui en même temps leur échappent, des obsessions de Kafka où ils se retrouvent, à la recherche d'une vérité qui s'éloigne à mesure qu'ils s'en approchent.

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 16:48

Jorge Semprun : le Grand Voyage


Référence : Jorge Semprun, "Le Grand Voyage", éditions Gallimard, 278 pages, 12/1972, isbn 2070362760

 

Jorge Semprun 60.jpg Jorge-semprun-buchenwald 595.jpg Jorge-semprun-11-avril-2010-65eme-anniversaire-liberation-buchenwald.jpg
. . . Semprun vers 1965 . . . . . . . . à Buchenwald en mai 1995 . . . . . . . à Buchenwald en avril 2010

 

Le Grand Voyage est un roman autobiographique de Jorge Semprún qui eut un grand retentissement lors de sa sortie en 1963. Il raconte le voyage de cinq jours qu'il effectua, avec 119 autres détenus entassés dans un wagon de marchandise, jusqu'au camp de concentration de Buchenwald ; il aborde au long du récit plusieurs étapes de sa vie : la guerre civile espagnole et la Résistance, mais aussi la Libération et son retour en France. C'est le premier roman-témoignage où Semprun parle de son expérience à Buchenwald, revenant sur ce sujet dans d'autres œuvres comme Quel beau dimanche! ou L'écriture ou la vie.

 

Février-mars 1960, Jorge Semprún est à Madrid, clandestin du PCE, Parti communiste espagnol. Soudain, la police franquiste procède à des rafles et démantèle plusieurs réseaux communistes dans la capitale madrilène. Il se terre dans son appartement de la rue Concepción Bahamonde.

 

« Je me retrouvais seul, écrit-il, immergé dans cette dimension déconcertante des heures creuses et des temps morts, sans fin. » Dans cet état particulier dont il n'a pas l'habitude, coupé de tout pendant plusieurs jours, -« sans trop y penser, sans même l'envisager de propos délibéré »- il se met à rédiger ce qui deviendra "Le Grand Voyage". [1]  Dans cet état de conscience, il tente de décrire les prémices du processus de création, les souvenirs s'entrechoquent entre les propos récents de Manolo Azaustre sur le camp de Mauthausen et sa propre expérience au camp de Buchenwald. [2]

 

C'est au cours de l'automne 1962 que, par hasard, les choses vont se préciser. Au cours d'une soirée à Paris, Jorge Semprún confie son manuscrit à une amie qui le fait lire à l'écrivain Claude Roy qui travaille alors aux Éditions Gallimard. Il est séduit et c'est ainsi que le livre sera édité l'année suivante. [3]

 

Voyage dans des conditions terribles que font ces hommes qui partent ils ne savent où, voyage interminable dont Semprun commence ainsi la description : « Il y a cet entassement des corps dans le wagon, cette lancinante douleur dans le genou droit. Les jours, les nuits. Je fais un effort et j'essaye de compter les jours, de compter les nuits. Ça m'aidera peut-être à y voir clair. Quatre jours, cinq nuits. Mais j'ai du mal à compter ou alors il y a des jours qui se sont changés en nuits. J'ai des nuits en trop ; des nuits à revendre. Un matin, c'est sûr, c'est un matin que ce voyage a commencé...» C'est aussi un voyage intérieur dans la mémoire, de l'anticipation de l'avenir de ce héros qui est lui mais qui est aussi une recomposition, une reconstruction sur une base autobiographique.

 

Son compagnon de voyage, le gars de Semur revêt une importance particulière dans le récit, les deux hommes se souviennent et se soutiennent. Semprun évoque aussi d'autres épisodes de sa vie, l'époque de la Résistance, le Paris d'avant-guerre... Le voyage se passe aussi bien dans le présent que le passé, avec la perspective d'un avenir de liberté, quand la reconstruction sera possible.

 

JS gd voyage.jpg JS deportes-buchenwald.jpg  JS Buchenwald.jpg
. . Le grand voyage . . . . . Buchenwald : les déportés et vue du camp

 

Le prix Formentor

 
Le 3 mai 1963, Jorge Semprún sort de l'anonymat quand Georges Gosnat, [4] membre éminent du Parti Communiste Français annonce en plein repas de meeting communiste à Stains dans la région parisienne, que Jorge Semprún -alias Federico Sánchez- que "Le Grand Voyage" venait de recevoir le prix Formentor. Réaction très vive dans l'Espagne franquiste dont le journal ABC dans un éditorial du 13 mai 1963 se fera l'écho : « Qui est ce Jorge Semprún ? C'est un exilé qui a quitté notre pays en 1939, a combattu dans la résistance française, collabore à la presse marxiste et milite avec un zèle enthousiaste au Parti communiste. » [5]


Le 1er mai 1964, Jorge Semprún est à Salzbourg pour la remise du prix Formentor. Avant le dîner de réception, chaque membre du jury devait lui remettre un exemplaire de son livre dans l'une des treize traductions publiées. Tout se passe bien jusqu'au tour du représentant espagnol le poète Carlos Barral visiblement mal à l'aise, qui ne put s'exécuter, la censure franquiste en ayant interdit la publication. Carlos Barral s'avança et lui remit un livre dont toutes les pages étaient blanches et Jorge Semprún « fut émerveillé par ce livre vierge tout éblouissant de mots non écrits, comme si Le Grand Voyage n'était pas encore terminé, comme s'il restait encore à faire ou à écrire et Carlos Barral t'embrasse en te remettant ce livre admirable, ce livre à venir et à faire, ce livre de rêve... » [6]

 

Notes et références: 

[1] Voir aussi son livre "Autobiographie de Federico Sánchez", pages 223-224

[2] Il écrira à ce propos : « De fait, le livre s'imposa à moi avec une structure temporelle et narrative déjà complètement élaborée : sans doute pensé-je aujourd'hui, élaboré inconsciemment au fil des longues heures passées à couter les récits décousus et répétitifs de Manolo Azaustre sur Mauthausen. »

[3] Il précisera, concernant son élaboration : « Je travaillai toute une semaine à ce livre, écrivant d'une seule traite, sans à peine m'interrompre pour reprendre souffle. »

[4] Sous Secrétaire d'État du gouvernement Georges Bidault en 1946 - Député communiste de 1945 à 1958 puis de 1964 à 1982

[5] Un télégramme fut envoyé au jury du prix Formentor pour prévenir ses membres contre ce Jorge Semprún « agent communiste et ennemi du peuple espagnol, » Télégramme attribué à Salvador de Madariaga qui démentit et porta plainte... sans résultat

[6] Episode narré dans son autre ouvrage "Autobiographie de Federico Sánchez"


Voir également :

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 16:39

Netchaïev est de retour est un roman de l'écrivain franco-espagnol Jorge Semprún, publié en 1987.

 

Jorge Semprun Portrait 80.jpg

  Présentation

Sergueï Guennadievitch Netchaïev (en russe : Сергей Геннадиевич Нечаев) est un personnage historique, un nihiliste et révolutionnaire russe né en 1847 et mort en 1882 dans les geôles tsaristes.

 

Sa vie et ses idées ont marqué les esprits et l'assassinat de l'étudiant Ivanov qu'il organisa avait à son époque largement inspiré Dostoievski dans la rédaction des Possédés. Celui dont il est question ici est un pseudonyme mais Sonsoles Zapata connaît bien le vrai pour avoir travaillé sur le mouvement anarchiste espagnol. « Alors, d'une voix scandée, bien timbrée, Sonsoles Zapata avait déclamé l'un des articles du catéchisme révolutionnaire de Sergheï Gennadievitch Netchaïev. »

 

Dans son roman, Jorge Semprun fait de l'un de ses personnages Élie Silberberg un être aigri qui n'a pas connu la réussite sociale de ses camarades ex-anarchistes. « Il ne l'avait pas cherché, d'ailleurs : ça ne l'avait jamais intéressé. » Les autres ont mis toute leur volonté, toute leur hargne dans la poursuite de la réussite comme ils l'avaient mis jadis dans leur désir de détruire cette société. En vingt ans, ils ont d'une certaine façon pris pris leur revanche sur la société honnie, ils ont gagné de l'argent et conquis le pouvoir.

Des quatre survivants, il est le seul dans sa situation, décalé par rapport aux autres. Quatre survivants, oui, car le cinquième est mort. C'est lui, Daniel Laurençon qu'on surnommait Netcheïev, sacrifié par ses amis vingt ans plus tôt.

 

Quelques réactions

- Un suspens haletant qui nous plonge dans le monde du terrorisme
( Patrick Lefort - Télé 7 jours)
- Qui mieux que le scénariste inspiré de La guerre est finie, pouvait nous raconter, dans toute sa sombre complexité, cette histoire moderne d'isolement, de folie et de mort ?
( J B Michel - L'Express)
- Nous vivons cette 'action' avec de rouges personnages de la série la plus noire en nous imaginant être entrés dans un monde extraordinaire -jusqu'au moment où il faut bien convenir que ce monde est le nôtre
( André Brincourt - Le Figaro)

Sommaire :
- Première partie : La mort de Zapata
- Seconde partie : Un homme perdu
- Épilogue

 

Épigraphe :
En guise d'introduction, Jorge Semprun nous invite à méditer sur ces deux citations :
- « C'était cinq jeunes gens qui avaient tous les mauvais âges, entre vingt et vingt-quatre ans; l'avenir qui les attendait était brouillé comme un désert plein de mirages, de pièges et de vastes solitudes. » - Paul Nizan - La Conspiration


- « ... poussez quatre membres de votre groupe à tuer le cinquième sous prétexte qu'il moucharde, aussitôt qu'ils auront versé le sang, ils seront liés... » - Dostoïevski - Les démons


Jorge Semprun reprend dans son roman la première citation (page 17 de la version du livre de poche) et écrit : « Daniel Laurençon était adossé à un mur, au soleil de cette première récréation, et il lisait un livre, indifférent au brouhaha alentour. Avec un battement de cœur, Élie en déchiffra le titre, La Conspiration [...] Il récita la première phrase du roman de Paul Nizan. C'était l'un de ses livres préférés. »

 

JS Serge Nechaiev.jpg ------------- Houdan Église Fronton.jpg- - - - - - - - - - JS Netcheiev film.jpg
Portrait de Serge Netchaïev --------- Houdan, portail de l'église

Contenu et Résumé

Daniel Laurençon, alias Netchaïev, tout le monde le croyait mort, assassiné depuis cinq ans. Mais maintenant, Netchaïev est de retour, bien vivant face à celui qui l'avait aidé à disparaître bien décidé à jouer sa carte personnelle et acheter son impunité.

 

Tout se complique après la mort de son complice et l'entrée en jeu de Pierre Marroux, le directeur de la DST. Il héberge chez lui la jeune Sonsoles qui est en danger et lui confie que Netchaïev n'est autre que son fils qui, à une époque, a viré terroriste en rompant avec lui et en prenant pour nom celui de sa mère, Laurençon.

Ses quatre anciens compagnons révolutionnaires sont sur le pied de guerre, eux qui ont bien réussi depuis : Brigitte celle qui fut sa compagne pendant six ans; un avocat d'affaires, ex mari de Brigitte; Élie, l'écrivain et Philippe, directeur de journal. Daniel Laurençon finit pas savoir la vérité : l'un de ses amis avait voulu sa perte, qui organisait avec le gouvernement, un trafic d'armes particulièrement lucratif.

 

Dès lors, il n'y avait aucune échappatoire : Netchaïev savait et devait disparaître. Mais tout n'est pas si simple, surtout pour le commissaire Marroux, coincé entre son devoir et la volonté d'aider son fils.

Peu de temps avant le règlement de comptes final, Daniel Laurençon et Marc Liliental se retrouvent devant l'église d'Houdan et contemplent « dans l'arc de son portail gothique », au-dessus des battants, cette inscription a-priori surprenante sur ce fronton d'église : « Le peuple reconnaît l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme. »

 

- « Tu ne trouves pas ça sublime » dit Daniel avec un air narquois.
- « Sublime d'arrogance, de sottise, d'absurdité ! » réplique Marc.

 

Marc Liliental, pensif, songeait : « Quelle superbe épitaphe pour cette histoire. Quelle superbe façon de rappeler la folie de toute tentative de prendre la place de Dieu, de se croire porteur de vérités absolues, pionnier sur la voie du salut. Restons à notre place, pensait-il, et Dieu à la sienne. »

Données complémentaires

Sources bibliographiques

  • Jorge Semprún, "Netchaïev est de retour", LGF/Le Livre de Poche, n° 6576, 1989
  • Maria Angélica Semilla Duran, "Le Masque et le Masqué : Jorge Semprún et les abîmes de mémoire", essai critique, 02/2005, 253 pages, Presses Universitaires du Mirail, Collection des Hespérides, isbn 2858167699
  • Édouard de Blaye, "Franco ou la monarchie sans roi", éditions Stock, 1974

Sources externes

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 16:09

L'écrivain, scénariste et homme politique Jorge

Prix Formentor 1963, Prix Fémina 1969 , Prix Planeta 1977, Prix Vacaresco 1994, Prix J.J. Rousseau 2001

 

Sempun 2008.jpg   Jorge Semprun en 2008 

 

Jorge Semprun et son ŒUVRE  : liste des articles présentés et liens

1- Jorge Semprún Biographie : biographie générale 
2- Jorge Semprún à Paris : biographie ciblée sur sa vie à Paris
3- Le Grand Voyage, 1963 : son premier roman-témoignage
4- L'Évanouissement , 1967 : la difficile réinsertion après Buchenwald
5- La Deuxième Mort de Ramón Mercader, 1969
6- Autobiographie de Federico Sánchez ( Autobiografía de Federico Sánchez ), 1976
7- Quel beau dimanche, 1980 : le dimanche au camp de Buchenwald
8- L'Algarabie, 1981 : roman picaresque sur la mémoire et le langage
9- Montand la vie continue, 1983 : son amitié avec Yves Montand
10- La Montagne blanche, 1986 : un week-end à la campagne
11- Netchaïev est de retour, 1987 : règlement de comptes après le retour de Netchaïev
12- Federico Sánchez vous salue bien, 1993 : Semprún en ministre de la culture
13- L'Écriture ou la Vie, 1994 : la vie après Buchenwald
14- Mal et Modernité, 1995 : réflexions sur Buchenwald
15- Se taire est impossible, 1995 : avec Elie Wiesel
16- Adieu, vive clarté, 1998 
17-  Le Retour de Carola Neher : le dernier survivant des camps nazis réfugié vers Buchenwald
18- Le mort qu'il faut, 2001 
19- Les Sandales, 2002 
20- Vingt ans et un jour (Veinte años y un día), 2003
21- L'homme européen, 2005 
22- Où va la gauche ?, 2008
23- Une Tombe au creux des nuages, 2010 : Essais sur l'Europe d'hier et d'aujourd'hui
24- Exercices de survie, 2012

25- Jorge Semprun, l'écriture de la vie  (Cortanze)
26- Entretiens Semprun Cortanze (Gérard de Cortanze)
27- Jorge Semprún et Françoise Nicoladzé
28- Jorge Semprun, le masque et le masqué (Durán)
29- Jorge Semprun : Le Fer rouge de la mémoire

Sans doute la mort est-elle l’épuisement de tout désir, y compris celui de mourir. - L'écriture ou la vie

Liens externes

Et puis n’oubliez pas la remarque de Hannah Arendt : aucune réflexion théorique n’aura jamais la richesse de sens d’une histoire bien racontée ! . - Netchaiev est de retour 
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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 15:29

Nadine Gordimer

      

Nadine Gordimer est un écrivain sud-africaine née à Springs le 20 novembre 1923, qui a combattu l'apartheid et fut proche de l'ANC de Nelson Mandela et reçu le prix Nobel de littérature en 1991.

 

Son œuvre assez classique sur le plan formel qui célèbre les paysages sud-africains, sa diversité y compris ethnique, développe une vision d'une très grande psychologie qui ne doit rien à l'importance de ses engagements.

 

NADINE GORDIMER : Feu le mode bourgeois (The Late Bourgeois World), 1966

 

"Il existe des possibilités pour moi, certainement; mais sous quelle pierre se trouvent-elles ?" se demande Franz Kafka, question que reprend l'auteure en page de garde puis dans son roman.

 

L'histoire est celle d'un jeune couple de race blanche dans l'Afrique du Sud du temps de l'Apartheid. Un samedi matin, Liz Van Den Sandts -on sent ici les origines afrikanders- apprend par un télégramme le suicide de son ex-mari Max.

Max a eu une vie compliquée, en marge de la vie simple et facile des blancs qui dominaient le pays. Ancien terroriste, 'héros déchu' dira-t-elle de lui, dont elle a partagé les engagements au temps où ils étaient mariés. Pendant toute la journée, elle va devoir annoncer la nouvelle de son suicide à certains de ses proches : à Graham, tout d'abord, son compagnon, brillant avocat; à son jeune fils aussi, alors pensionnaire, qui a très peu connu son père, à sa grand-mère dont le grand âge la place un peu à part, et surtout à Luke, militant noir qui vient dîner ce soir-là.

 

Et les souvenirs vont affluer dans l'esprit de Liz, ils se diffusent en contrepoint de cette terrible réalité socio politique. "Chronique d'une mort annoncée' a-t-on écrit à propos de ce récit, où l'auteur brosse un tableau sans concession de cette bourgeoisie libérale sud-africaine qui défend bec et ongle ses privilèges sans grand espoir de réussite à plus ou moins long terme.

 

                    

 

Bibliographie

<<< Christian Broussas – Feyzin, 27 septembre 2011 © • cjb • © >>>
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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 14:50

MARC LAMBRON ET SON ŒUVRE

 

 

« Le petit garçon que j’étais a eu le sentiment que les écrivains étaient des enchanteurs » a-t-il écrit.

 

Comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, voici comment il présente sa biographie (sucincte) : « Je suis né dans le quartier des Brotteaux (à Lyon). Études au lycée du Parc, puis cascade de concours républicains : Normale Sup, agrégation, ENA. J'en sors à vingt-huit ans pour intégrer le Conseil d'État. Là, en parallèle à mes fonctions de juge administratif, j'essaie de me consacrer à des activités d'écriture. Je deviens critique littéraire au 'Point', dont je tiens le feuilleton depuis 1993. Collaboration à de nombreuses publications, dont 'L'Infini', 'La Règle du Jeu', 'La Nouvelle Revue Française', 'La Revue des deux Mondes', 'Commentaire', 'Le Monde', 'Le Nouvel Observateur', 'Madame Figaro' ...  »

 

   

1941

Référence : Marc Lambron, "1941", Paris, Éditions Gallimard, 2011, ISBN 978-2-07-078659-6

 

1941 : année maudite, année charnière, année phare aussi pour qui comme l'auteur s'intéresse de près aux années du régime de Vichy. Pendant l'été chaud de 1978, un normalien vacancier rencontre une jeune femme dont le père, Pierre Bordeaux, ambassadeur à Rome lui semble incarner une certaine France qui a su refuser l'occupation allemande. Mais quelque chose le gêne dans le parcours de cet homme : il se trouvait précisément à Vichy en 1941. Questions.

 

On y trouvait en effet à cette époque toute sorte de gens dans ce marigot de fonctionnaires, d'espions et de 'double-jeu'. Alors la question était légitime : Pierre Bordeaux roulait-il pour le Maréchal ou manœuvrait-il pour la Résistance ? Son parcours commence en 1938 quand il est alors attaché d'ambassade dans une capitale espagnole franquiste et rongée par la guerre. Un homme écartelé sans doute, à la fois réclamé à Vichy par l'entourage du Maréchal et contacté par des sympathisants gaullistes, il louvoie jusqu'à la rencontre providentielle de Carla une journaliste insaisissable qui le conduira à la rébellion dans cette ville où se joue une curieuse partie qui tient de l'opérette et du drame.

 

Tout y est dans cette fausse capitale de fastes du temps d'Offenbach, des vrais complots et de faux amis sous le magistère débonnaire de Pétain dont on ne sait s'il prend ses décisions en connaissance de cause ou s'il se laisse manipuler par son entourage. On y rencontre toutes sortes de gens qui auront des comptes à rendre à la Libération ou qui s'en sortiront bien, comme l'historien "Benoist-Méchin" et le diplomate-écrivain "Jean Giraudoux", le dramaturge "Ionesco" et l'amiral "Darlan", les cagoulards et les speakers de Radio-Vichy. Au-delà de toute cette tragi-comédie, il y a la passion entre ces deux êtres qui se sont rencontrer pour mieux trouver leur voie vers la liberté.


Marc Lambron chez sa mère rue Garibaldi Lyon 6


Voir aussi :


- "L'Impromptu de Madrid", éditions Flammarion, Prix des Deux Magots, 1988
- "L'Œil du silence", éditions Flammarion, Prix Femina, 1993, réédition au Livre de Poche en 1995
- "La Nuit des masques", éditions Flammarion, 1990, Prix Colette, réédition au Livre de Poche en 1992
- "Carnet de bal", Gallimard, 1992 et "Carnet de bal : chroniques 2", Grasset, 2002

 

- L'enfance de Marc Lambron

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 14:40

Présentation

L'histoire que nous conte Umberto Eco se déroule dans l'Europe du XIXème siècle, entre 1830 et 1890. C'est une époque contrastée faite de révolutions, d'inventions mais aussi d'une nouvelle forme d'antisémitisme. Depuis le succès de son roman Au nom de la rose, Umberto Eco a continué son analyse sémiologique à travers Le Pendule de Foucault ou L'Histoire de la beauté.

 

Cette fois-ci, il se lance dans une histoire à rebondissements sur le modèle des feuilletons de l'époque où se déroule l'action, mélangeant personnages fictifs et personnages historiques.


Ouvrage de référence

  • Umberto Eco, Le cimetière de Pragues, éditions Grasset, mars 2011, 560 pages

Bibliographie sélective

  • 1980 : Le Nom de la rose (Il nome della rosa) - Grasset, 1982 - (prix Strega, prix Médicis étranger) dont a été tiré en 1986 Le Nom de la rose, film de Jean-Jacques Annaud.
  • 1988 : Le Pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault) - Grasset, 1990
  • 1994 : L'Île du jour d'avant (L'isola del giorno prima) - Grasset, 1996Liens externes
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  • : Jacques Frachet culture
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