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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 19:22

Jean Daniel : Observateur du XXème siècle

Jean Daniel éditorialiste et écrivain
  
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Jean Daniel en 2011.jpg

 

1- Un observateur témoin de son époque
2- La prison juive. Humeurs et méditations d'un témoin
3- "La Guerre et la Paix. Israël-Palestine (Chroniques 1956-2003)
4- Lettres de France après le 11 septembre
5- Affirmation nationale et village planétaire
6- Israël, les Arabes, la Palestine : chroniques 1956-2008

 

"Un observateur témoin de son époque"

Référence : "Observateur du siècle. Rencontre à la Bibliothèque nationale de France le 24 avril 2003" Saint-Simon


En avril 2003, Jean Daniel, journaliste, écrivain, directeur-fondateur du Nouvel Observateur, décidait de confier la plupart de ses manuscrits à la Bibliothèque nationale de France. Ce fut l'occasion pour Jean-Noël Jeanneney, président de la Grande Bibliothèque, d'inviter tous ses proches à venir le rejoindre. Se démarquant de l'exercice, du pensum convenu, leurs précieux témoignages rappelèrent des événements avec leur lot d'émotion. Ce fut le cas notamment de François Nourissier, les amis méditerranéens bien sûr si chaleureux avec quand même une pointe de nostalgie au souvenir de l'Algérie et d'Albert Camus et du trio qu'ils formaient avec "Julius", Jules Roy, Jean Lacouture aussi et les références au général de Gaulle, lui Jean Daniel l'ancien de la division Leclerc, les références à son maître Pierre Mendès-France.

 

Ce "pied-noir", petit dernier d'une famille de dix enfants vivaient sous l'autorité vigilante du "patriarche", devenu au fil du temps une référence pour la gauche. De l'influence d'André Gide, surtout dans sa jeunesse rappelle Pierre Nora, il a gardé une honnêteté intellectuelle totale, s'opposant quand il le fallait à ses amis -et même à Camus sur l'Algérie, ce qui lui avait beaucoup coûté- n'hésitant pas à " se mettre en dissidence contre lui-même et son camp", ses positions très personnelles sur des sujets aussi brûlants le Proche-Orient et plus récemment sur l'Europe ou l'Irak. Il aura ainsi abordé tous les grands débats de la société contemporaine.

 

Jean Daniel.jpg . . . Sara daniel.jpg
. .. Portrait de Jean Daniel . . . . . . . . Sa fille, la journaliste Sara Daniel

 

"La prison juive. Humeurs et méditations d'un témoin", 2003, éditions Odile Jacob

 

Jean Daniel craint que les Juifs ne soient persuadés se raccrochent à leurs mythes autant qu'à leur histoire. Ils ne sont pas loin de penser qu'avec Israël comme avec la diaspora, le politique avait quelque chose de théologique. Peut-être que si Dieu exigeait qu'ils devinssent des " prêtres et des témoins ", il adviendrait qu'ils s'en incapables. En fait, la voie est étroite entre le fait de se croire "élu" et faire d'Israël une nation phare pour un peuple exemplaire. Objectif surhumain que nul peuple ne peut relever sans en supporter d'insurmontables conséquences. Jean Daniel pointe ainsi les contradictions existentielles et spirituelles du juif sa condition.

 

"La Guerre et la Paix. Israël-Palestine (Chroniques 1956-2003)", 2003, éditions Odile Jacob

 

Ce livre nous entraîne dans un demi-siècle vécu par le témoin passionné qu'est Jean Daniel. Se croient et s'entrecroisent dans cet essai les images, les textes, les multiples événements où se rencontrent le sionisme et l'arabisme, la guerre froide et la décolonisation, les affrontements Est-Ouest et Nord-Sud. Toute une époque qui resurgit, éclairée par la vision vigilante d'un observateur privilégié où l'on suit la progression des Etats-Unis, l'émergence de l'Europe, le conflit interminable entre le judaïsme et l'islam focalisé par le Moyen-Orient. L'ensemble, malgré des sources hétéroclites faites de chroniques, de réflexions, de ses éditoriaux, entretiens, commentaires et portraits que Jean Daniel a consacrés pendant plus de trente ans conflit israélo-palestinien.

 

JDaniel Prison juive.gif - - - - - JDaniel guerre paix.gif

 

"Lettres de France après le 11 septembre", éditions Saint-Simon, 192 pages, septembre 2002, isbn 295165977

 

Dans ces Lettres de France, Jean Daniel poursuit le développement de ses thèmes favoris dans ces chroniques de journaliste, rédigées tout au long d'une année. On suit dans le détail les résonances politiques et les conséquences mondiales des terribles événements du 11 septembre 2001. Jean Daniel analyse les décisions prises et donne son interprétation, avec une acuité politique particulièrement pertinente, allant des intentions aux décisions prises par les différents acteurs.

 

"Affirmation nationale et village planétaire", mars 1998, éditions Fides, isbn 9782762120110

 

" L'anticolonialisme m'a conduit à trouver positif et émancipateur chez les colonisés ce nationalisme que je dénonçais comme xénophobe et réactionnaire dans l'extrême droite française." Jean Daniel donne le ton pour parler d'un sujet qu'il connaît d'autant mieux qu'en tant que "pied-noir", il a largement subi les conséquences d'une décolonisation ratée comme l'Algérie.

Il a donc largement vécu l'ambivalence du mot "nationalisme". Il en existe qui libèrent et d'autres qui excluent. Il prend l'exemple du Québec et, malgré les orientations chauvines de l'Eglise catholique de naguère, je n'ai pas d'emblée tourné le dos, comme bien d'autres dans ma famille intellectuelle, aux aspirations québécoises, c'est essentiellement par sensibilité anticolonialiste.

 

"Israël, les Arabes, la Palestine : chroniques 1956-2008", éditions Galaade, préface Élie Barnavi, Élias Sanbar, isbn 978-2-35176-044-4

 

Jean Daniel, ce témoin privilégié de son époque, n'a jamais varié sur l'essentiel. Dans cet essai, il tente de saisir les ressorts secrets, cachés qui expliquent l'antagonisme des forces en présence. S'il continue malgré tout de croire en l'homme, il n'en est que plus rigoureux sur les raisons profondes sur cette accumulation d'incompréhension et de haine.

Israël et la Palestine, ces deux petits pays si minuscules dans le monde, sont souvent au centre des intérêts de la planète. Ce recueil de textes nous donne quelques clés sur leur situation inextricable, importante contribution à l’histoire. Ce demi-siècle de chroniques, de réflexions, de portraits et d'entretiens représentent un outil irremplaçable sur l'analyse du conflit israélo-palestinien. « Un regard absolument unique » écrit Alain Duhamel. [1] Il l'est par la longévité peu commune de cet incomparable témoin de son siècle, il l'est plus encore par « la constance, la cohérence et la clairvoyance de son jugement. . » Si on l'a souvent taxé partialité, c'est que son analyse finit par s'imposer à tous.


Commentaires critiques

 

« Je me plais à penser que, s’il était israélien, il penserait comme moi, que, si j’étais français, j’écrirais comme lui. Du moins si j’avais son immense talent, sa vaste culture et son intimidante hauteur de vues. » – Élie Barnavi (ancien ambassadeur d’Israël en France)

 

« Il y aurait tant de choses à apprécier, à souligner, à débattre dans ces chroniques foisonnantes à l’image du demi-siècle qu’elles couvrent avec un sens aigu de la nuance, de la complexité, une éthique toujours présente et un choix permanent de la liberté. »
Elias Sanbar (ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco)

 

« L'éditorialiste continue d'espérer, de souhaiter qu'un jour un État israélien et un État palestinien, coexisteront. Puis coopéreront. Et même croit-il, fusionneront. »
Annette Lévy-Willard, Libération, 24 mai 2008.

 

« L’ouvrage, à considérer comme un livre de référence, est en prise directe sur l’actualité la plus récente. » - Yves Durand, Le Courrier de l’Ouest, 19 mai 2008.

 

« Jean Daniel, l’un des tout premiers, comprit qu’il faudrait partager cette terre tellement sainte et trop promise... La continuité des convictions font oublier le style à la première personne qui eût pu agacer. [...] Un livre... à lire comme la chronologie haletante d’un espoir déçu, pourtant jamais éteint car toujours ranimé. »
Philippe de Boeck et Baudouin Loos, Le Soir, 17 mai 2008. »

 

[1] Alain Duhamel, Le Point du 29 mai 2008 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 15:12
Didier Van Cauwelaert vers l'écriture romanesque 
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Quelques oeuvres choisies :

1- La demi-pensionnaire

Références : La Demi-pensionnaire, éditions Albin Michel, éditions Albin Michel, 1999, (ISBN 9782226108951), éditions Lgf, Collection Le Livre de poche, n° 15055, 224 pages, (ISBN 225315055X), 2001

 

L'amour, ce philtre mystérieux, réunit ici deux êtres très dissemblables pas forcément faits pour se rencontrer, de façon banale au cours d'un déjeuner. Il tombe immédiatement amoureux d'Hélène dont il s'aperçoit au dessert qu'elle se déplace en fauteuil roulant. Elle a pourtant tout pour elle cette jeune femme si sexy : championne de voltige aérienne, très gaie… et pas facile à draguer. Thomas est sous le charme, elle le bouscule, lui fait découvrir la liberté, ne serait-ce pas en fin de compte lui qui vivait en infirme et que Thomas, cet homme bien portant, avait besoin de cette femme pour pouvoir se réaliser ?

2- La maison des lumières

La Maison des lumières, éditions Albin Michel, 179 pages, 2009, (ISBN 978-2-226-19079-6).

Voir aussi le site : http://www.premiere.fr/Star/Didier-Van-Cauwelaert-382145

 

Le paranormal à l'aune de la science ou, comme se le demande l'auteur, comment recréer le bonheur dans la réalité ?
Jérémie Rex, ex star en herbe du petit écran, pénètre par effraction dans un tableau de Magritte "L'Empire des lumières" pour renouer avec Candice, la femme de sa vie, qui vit sa vie de son côté, « l'absurde a toujours une résonance émotionnelle » assure son ami Philippe Necker 1.

 

Elle, Candice, « a grandi dans le trop-plein d'attentions d'une famille admirable qui l'a étouffée, culpabilisée 2... » Il n'a pas su relever le défi, lui donner un amour plus fort que son passé. Lui Jérémie avec ce père trop tôt disparu, trop timide et cette mère si encombrante, si égoïste, si peu mère, ce demi-frère si mal à l'aise même s'il a 'pris sa place'. Des étrangers pour lui, des êtres qui n'ont pas de place dans sa vie 3.

Rejoindre vraiment Candice, c'est abandonner le réel, se glisser dans ce tableau de Magritte qu'elle aime tant, il fait d'abord un accident vasculaire, une NDE, une 'near death experience' puis fait une nouvelle tentative dans un labo privé en Suisse. Pour Candice, c'est une espèce de psyché qui lui renvoie l'image de sa vie 4. Il faut qu'il sa redonne une chance après des années de vacuité, de perte d'identité accentuée par la perte de Candice 5.

 

Qu'a donc hérité Candice de son enfance, d'une éducation fondée sur l'interdit et le don de soi ? L'auteur y voit trois possibilités : « forger les belles âmes, les vrais complexes et les grandes amantes. » (page 173) Et il y a toujours ce tableau de Magritte qui la fascine 6. Dans ses recherches sur ce tableau, Jérémie visite 'le jardin des musées' « construction en béton tubulaire, hésitant entre la maternelle, le centre des impôts et la maison d'arrêt. » (page 161)
Déception. Le sens profond de sa quête lui échappe mais l'essentiel est de retrouver Candice, la femme qu'il aime.

Candice pense à cette Marthe qui a si bien connu le peintre et que Jérémie a fini par retrouver : « Si Magritte peint toutes ces versions de sa maison après guerre, c'était peut-être pour l'aider à sortir de sa nuit intérieure... à retomber dans 'l'empire des lumières'. » Ainsi s'explique pour elle le titre du tableau.

Notes et références
  1. « Tout a un sens chez Magritte. Il y a une démarche, en tout cas. » (page 35)
  2. « Réduite à ses complexes d'infériorité, ajoute-t-il, condamnée de son point de vue à toujours décevoir les espoirs mis en elle. » (pages 86-87)
  3. Voir par exemple page 86
  4. « Ce tableau, c'est ta maison intérieure » commente-t-elle (page 106)
  5. Il faut « qu'il répare sa vie » lui conseille son ami Philippe Necker (page 81)
  6. Magritte qui disait que « l'illusion n'est pas là où l'on croit. »
3- Les témoins de la mariée
 

Les témoins de la mariée, éditions Albin Michel, 247 pages, mai 2010, (ISBN 978-2-226-20843-9), Librairie générale de France, coll. « Le Livre de poche », avril 2012, 184 p. (ISBN 978-2-253-16664-1)

Livre audio : Didier van Cauwelaert (auteur et co-narrateur), Sophie Loubière (co-narratrice), Stéphane Ronchewski (co-narrateur) et Pierre Tissot (co-narrateur), Les Témoins de la mariée, Paris, Audiolib, 15 septembre 2010 (ISBN 978-2-35641-244-7) .
Support : 1 disque compact audio MP3 ; durée : 5 h environ ; référence éditeur : Audiolib 25 0280 5. Le roman proprement dit est suivi d'un entretien avec Didier van Cauwelaert.

C'est d'abord l'histoire de cinq copains dont l'un, le photographe Marc Hessler a vraiment réussi, riche, célèbre et adulé : très belle réussite qui lui permet à 42 ans de mener grand train, de collectionner les maîtresses et les voitures décapotables les plus extraordinaires. Ses quatre copains en profitent largement, Marlène est devenue galeriste, Jean-Claude dirige un superbe hôtel, Lucas ne travaille plus et défend avec ardeur la cause tibétaine tandis que Hermann, dit Bany, joue à l'inventeur. La vie est d'autant plus belle que Marc tombe amoureux d'une belle chinoise de 19 ans, annonce dans la foulée son mariage avec sa dulcinée à ses quatre futurs témoins du mariage.

 

Mais un terrible drame survient : juste avant ce mariage tant attendu, Marc se tue au volant de sa Jaguar type E. Désemparés, ils vont tous les quatre à l'aéroport accueillir la belle Yun-Xiang qui n'est bien sûr au courant de rien. Le joli conte bascule dans la tragi-comédie. Ils se demandent bien comment lui annoncer la nouvelle, comment lui faire le moins de mal possible, persuadés qu'elle va s'effondrer en apprenant la nouvelle. Mais pas du tout, apparemment elle fait front et s'adapte fort bien à la situation. Eux-mêmes sont frappés de constater qu'ils se sentent libérés de cette amitié quelque peu paternaliste de Marc qui, sans qu'ils s'en aperçoivent, leur pesait et que faire leur bien malgré eux n'était pas une solution à long terme.

 

Ils se rendent compte aussi qu'ils sont tombés sous le charme de cette jeune femme dont ils ne savant rien. Qui est-elle vraiment la jolie fiancée de Shanghai ? Entre naïveté et manipulation, ils balancent. Il leur semble que Marc est toujours présent quelque part, ce qui accentue leur malaise.

4- L'orange amère

Référence : L'Orange amère, Éditions Le Seuil, Paris, 1988 Réédition Le Seuil/Points, 3 octobre 1995, 237 pages, (ISBN 2020259982)

 

« la vie, c'est comme l'orange amère, elle n'est bonne à manger que si l'on en fait des confitures » écrit Didier van Cauwelaert, la vie est un peu à l'image du bigaradier qui n'offre toute sa saveur qu'aux connaisseurs, à ceux qui vont plus loin que son amertume première.

 

Jeanne est née dans le petit village de Chavignin au pied des montagnes, elle a 14 ans et deux pères. Son avenir peut être restreint à l'horizon de ce village ou s'ouvrir au monde et démultiplier les possibles; le monde plein de promesses de celui de celui de l'adolescence mais comment concrétiser ces promesses, cette virtualité d'un monde qui semble ouvert ?
 
      

 

5- La vie interdite

 

Référence : La Vie interdite, Didier van Cauwelaert, , éditions Albin Michel, 373 pages, 1997, (ISBN 2-226-08879-2)

 

Thème éternel que celui de la vie après la mort et du grand questionnement eschatologique. Il s’appelait Jacques Lormeau dans sa vie terrestre somme toute assez courte au regard de la vie humaine puisqu’il est mort à trente-quatre ans, sans importance pour l’éternité où tout se nivelle. Dès les premières phrases, le climat est donné : « Je m'appelais Jacques Lormeau, 64, avenue des Thermes à Aix-les-Bains, j'avais trente-quatre ans, j'étais quincaillier. Je suis mort à sept heures du matin. Il est huit heures vingt-huit sur l'écran du radio-réveil, et personne ne s'en est encore rendu compte. »

 

Comment vivre sa mort se demande Didier van Cauwelaert qui développe dans ce roman l’un de ses thèmes préférés. Comment continuer non pas à vivre puisque c’est impossible mais continuer à exister à travers les autres, à travers ses familiers, à travers la femme aimée, se faufiler dans ses pensées, participer aux rêves de son enfant, faire en sorte qu’il y ait une ‘vraie’ fin, choisie en quelque sorte, ou acceptée.

Il y a aussi ceux qui vous le lâchent pas qui vous fourrent sans vergogne dans leurs fantasmes, il y a ce poids qui fait qu’on n’a qu’une vie, qu’il faut faire peu ou prou des choix douloureux qui renvoient aux possibles et génèrent selon les cas regrets ou remords.

 

Heureusement dans ce questionnement douloureux, il y a le style mêlé d’émotions et d’humour de l’auteur qui traite ce sujet difficile avec la hauteur, le détachement nécessaire à la structuration d’une tranche de vie, celle qu’a vécue Jacques Lormeau

bulaire, hésitant entre la maternelle, le centre des impôts et la maison d'arrêt. » (page 161)

 

     
6- L'enfant qui venait d'un livre

RéférenceL'enfant qui venait d'un livre, éditions Prisma, mars 2011, isbn : 9782810401475, roman de 120 pages et manga de 40 pages

 

Conception très novateur qui nous offre le dernier roman de Didier van Cauwelaert : le livre est associé à des tableaux de la peintre Soÿ et du dessinateur Patrice Serres. Il invente ainsi un genre littéraire nouveau qu'il appelle le Romanga.
Autre particularité : ce double livre roman et manga, est vendu au profit du traitement d'une 'maladie rare' la dystonie, maladie qui affecte les muscles et frappe les enfants.

 

L'auteur nous raconte une histoire bouleversante inspirée de la réalité, sa réalité d'écrivain quand il rencontre, au hasard des salons du livre, un homme qui lui parle de la maladie de sa fille, point de départ pour l'auteur d'un livre qu'il dédie aux enfants atteints de cette maladie, dont le produit des ventes sera reversé à l'unité de recherche des mouvements anormaux (URMA).

 

Le livre a des airs de roman policier qui met en scène garçonnet de 8 ans Zédérem, dont on ne sait d'où il vient et ressemble étrangement à un héros de manga qui porte le même nom. Il s'attache à une hôtesse d'accueil d'un salon du livre, disant sortir du manga. Apparemment, sa mère semble absente et il veut absolument aider une petite fille malade qu'il présente comme sa sœur. Et il semble bien que des gens en veulent à sa vie.

 

  ** Site officiel de Didier va Cauwelaert 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 14:44

Georges Brassens et André Larue

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Brassens ou la mauvaise herbe est un récit largement biographique écrit par Géo", l'ami de "Basdorf" André Larue, sur son ami Georges Brassens.

 

Référence : André Larue, "Brassens ou la mauvaise herbe", éditions Fayard, 1970

 

Brassens jstroobants.jpg . . . . . . Brassens jeanne josee stroobants.jpg . . . . . . . . . . . . . . Brassens mag.jpg
Portrait de Georges Brassens   Brassens et Jeanne dans l'impasse            "Georges Brassens" sur le magazine Jazz

1- Georges Brassens et André Larue

Georges Brassens et André Larue, c'est une "vieille" amitié qui a débuté au temps du STO en Allemagne au printemps 1943. Là-bas à Basdorf, Georges Brassens est "Le Poète" ou également "Bidet", un type quelque peu curieux qui martèle à longueur de temps de ses doigts tout ce qui passe à sa portée, le bois d'une table ou la tôle d'un placard. Ils vivent dans le même baraquement -alors qu'Onteniente, le futur "Gibraltar" en occupe un autre, un peu plus loin- et immédiatement, une vraie amitié naît entre les deux hommes.

 

Georges Brassens "se fait la belle", 'oubliant' de regagner Basdorf après une permission, et se cache chez Jeanne impasse Florimont. Ils se retrouvent dans le Paris de l'après-guerre et pendant trois ans, Larue va partager les rêves et les désillusions de Brassens, ses nouvelles chansons qu'il chante à sas amis comme il le fera toujours, ses poésies et ses textes d'inspiration surréaliste qui ne trouvent pas d'éditeur, il l'accompagne ainsi dans sa "période libertaire", une bohème faite de maigres repas avec "les copains d'abord". Il passe ainsi ses journées à écrire, à reprendre sans cesse chansons et textes, souvent sur son lit tant le logis est exigu. Il est alors comme il le chantera plus tard la mauvaise herbe qui croît à l'écart de la société, symbole d'un monde marginal qui n'aime pas beaucoup les flics et les bourgeois [1] un "poète maudit" soutenu par quelques amis [2] et surtout Jeanne, toujours à sa machine à coudre pour gagner quelques sous ou son mari Marcel Planche qui deviendra l'auvergnat.


Son recueil de poésies A la Venvole [3]contient des thèmes chers à Brassens, un poème comme "Nous leur pardonnerons" annonce, selon André Larue, dix ans avant, "La mauvaise réputation". "Opinion" et déjà anticlérical, débutant par ces vers :

Le clergé vit au détriment
Du peuple qu'il vole et qu'il gruge
Et que finalement
Il juge.

Ses vers, souvent emprunts d'ironie, révèlent au fond de pessimisme qu'il confirmera plus tard dans les interviews données à son ami André Sève, [4] comme dans ces trois vers :

Le siècle où nous vivons est un siècle pourri,
Tout n'est que lâcheté, bassesse,
Les plus grands assassins vont aux plus grandes messes...

2- De Basdorf à Paris 

Baraquement 26/5 à Basdorf. Avec les Allemands, ils jouaient au chat et à la souris, l'idée étant bien sûr d'en faire le mins possible à l'usine BMW. Brassens se place souvent "au-dessus de la mêlée", se gardant des groupes concurrents, souvent provocateurs, laissant à ses amis André Larue et René Iskin monter en "première ligne". [5] Comme il l'écrivit dans sa chanson Le Pluriel : « Dès qu'on est plus de quatre / On est une bande de cons. » Quasi secrètement, il travaillait à un roman anarchisant qu'il appelait alors Lalie Kakamou. Il noircissait beaucoup de papier, sans vraiment trouver son style, beaucoup de bluettes et quelques chansons contre la guerre. n octobre 1943, en tapotant sa musique sur une caisse comme à son habitude, il crée Maman, papa en pensant à ses parents restés à Sète :

Maman, maman, en faisant cette chanson,
Maman, maman, je deviens petit garçon...

A force de travail, le style s'affine, il composera ensuite "Pauvre Martin" qui, avec sur la lèvre un doux chant, s'en allait trimer au champ..." [6] A Basdorf, Brassens pense à Jeanne, celle qui lui écrivait, lui envoyait des colis, pour qui il écrivit (déjà) une chanson Pour ma Jeannette. Le 6 mars 1944, Brassens regagne Paris, officiellement pour "maladie grave". Il ne reviendra pas et, sommé de quitter son gite rue d'Alésia chez la tante Antoinette, il se réfugie tout près de là "chez Jeanne et Marcel".

 

De retour à paris, André Larue fréquente assidûment l'impasse Florimont et y fait la conquête de Jeanne. (ce qui n'était pas une mince affaire) Quand Jeanne disait : « ton copain ne me plaît pas, » Georges n'insistait pas; elle était d'une jalousie féroce. Les copains projetèrent de lancer un journal anarchiste Le cri des gueux, belle idée restée lettre morte faute d'argent. En attendant, André Larue devient journaliste à France-Soir et Pierre Onteniente travaille à la perception du 9è arrondissement. Brassens compose, écrit, noircit encore du papier, et a alors une tête hirsute et une dégaine interlope, pensent les braves gens qui lui font une mauvaise réputation.


Mais en fait Brassens "travaille", il écrit la première version de "La chasse aux papillons" et de "J'ai rendez-vous avec vous" mais il comprend qu'il doit encore évoluer, encore travailler. C'est sur un quai de métro à "Denfert" qu'il va rencontrer la petite Jo qui se prénomme en réalité "Jeannine", une môme fantasque, un peu "mytho" qui lui fera des misères mais lui inspirera "Une jolie fleur" et "Putain de toi". [7] Brassens s'intéressait beaucoup au mouvement anarchiste, lisant Proud'hon et Bakounine. Il rencontre alors Marcel Lepoil et le poète Armand Robin; il écrit régulièrement dans Le Libertaire où soucieux du style et de la syntaxe, on le surnomme Jo la cédille. En 1947, il se décida à publier à compte d'auteur et sous le sigle de la NRF son œuvre, « série de sensations et d'imagination poétique » qu'il publia sous le titre La lune écoute aux portes. Mais "Gallimard" ne réagit pas à cette provocation et Brassens en fut pour ses frais.

  3- Georges Brassens et Jeanne 

Cette "mauvaise herbe" dont il est question dans le titre d'André Larue, est en fait une chanson de Brassens. Le chanteur va finir par quitter l'impasse Florimont à l'occasion d'une brouille avec Jeanne". Après le décès de Marcel, l'auvergnat" en mai 1965, "Jeanne" s'enticha d'un autre Georges qui se nommait "Sanjak" avec qui elle se remaria rapidement. Brassens quitta alors l'impasse Florimont et prit un appartement dans le quartier, au 12ème étage d'un immeuble moderne rue Émile-Dubois. Mais quand "Jeanne" déjà bien affaiblie, mourut en octobre 1968 à l'hôpital Saint-Joseph, il était là pour la veiller.

4- Joha et les premiers succès

Sa "traversée du désert" où il se cherche entre chanter, composer et écrire des roamns de 1947 à 1952 devait être cependant marquée par deux événements d'importance :

- En 1947, Brassens rencontre chez des amis celle qui deviendra la femme de sa vie Joha Heyman qu'à son habitude il baptisa d'abord "la chenille" puis Puppchen la petite poupée qui lui rappelait l'Allemagne et repose à ses côtés au cimetière du Py à Sète. 'est selon André Larue « une petite jeune femme blonde, l'œil malicieux, l'air intelligent, la voix douce teintée d'un accent slave... »

 

- Il est enfin parvenu à trouver son style avec "Le mari bricoleur" dont il fredonne à Larue le refrain « Ah: quel bonheur d'avoir un mari bricoleur » puis avec "Le parapluie". Sur sa lancée, il compose les chansons qui deviendront ses premiers succès La mauvaise réputation, Le gorille et Brave Margot. Ce sont en fait ses deux copains sétois Victor Laville et Roger Thérond qui, le soir du 6 mars 1952, entraînent l'ami Brassens qui n'avait nulle envie de prendre encore une veste, dans le cabaret de Patachou. Brassens, confie André Larue, mort de peur comme d'habitude, hésita à pousser la porte du cabaret, sans savoir bien sûr qu'allait s'ouvrir pour lui la porte du succès.

5- Infos complémentaires

   Notes et références

  1. Parmi les chansons qu'il leur a consacrés, retenons deux chansons à l'ironie appuyée, "le nombril des femmes d'agents" et "Hécatombe" ou "les croquants", ces « bourgeois qui vont en ville acheter des pucelles...»
  2. On peut citer parmi les plus importants de cette époque, outre André Larue, Pierre Onteniente, l'ami de toujours, et le sétois Emile Miramont, futur "Corne d'auroch"
  3. Série de 13 poèmes comprenant notamment "La vieille bretonne", "les juges", "Les héros", "l'ignorant", "l'incompris"...À la venvole, Albert Messein éditeur, Paris, 1942
  4. Voir la fiche de présentation du livre d'André Sève Georges Brassens et André Sève
  5. Voir le livre-souvenirs de René Iskin "Dans un camp, Basdorf 1943, Georges Brassens et moi avions 22 ans", éd. Didier Carpentier, novembre 2005, 256 pages, isbn 978-2-84167-365-0
  6. Chanson Reprise sur le disque 33 tours 25 cm n° 2
  7. Selon André Larue, elle inspire aussi à Brassens "Le mauvais sujet repenti" et a sans doute servi en partie de modèle pour "Brave Margot" ou "La mauvaise réputation"

Sélection bibliographique

  • Mario Poletti, "Brassens l'ami", éditions du Rocher, 2001
  • René Fallet, Brassens, éditions Denoël, 1967
    - - - réédition augmentée d’extraits inédits du Journal de A à Z sur Brassens : éditions Denoël, octobre 2001
  • Hervé Bréal, Brassens de A à Z, éditions Albin Michel, 2001 ISBN 2-226-11117-4
  • François Ruy-Vidal (conception, présentation), Jean-François Ferrané, Anne-Marie Gaignière et Philippe Gavardin (ill. Alain Letort, Alain Gauthier, Gérard Hauducœur, Bernard Durin, Serge Cecarelli, Bruno Raffaelli, Claude Lapointe), Georges Brassens : 35 chansons chantées par Georges Brassens, publiées de 1952 à 1956, Marcom Music, coll. « Publication Alain Pierson », 1977, 168 p.

Voir aussi

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 14:31

Loïc Rochard : Brassens - Sans technique un don n'est rien...

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        <<< Voir aussi Brassens par Brassens et Les Mots de Brassens >>>
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Référence : Loïc Rochard, "Brassens - Sans technique un don n'est rien...", auto édition, 188 pages, format poche. [1]

 

« Après avoir écouté des centaines et des centaines de fois ses chansons, je me délecte toujours autant de ses textes et de ses musiques... » Loïc Rochard

C'est le troisième livre que Loïc Rochard consacre à Georges Brassens en cette année 2011 qui marque le trentième anniversaire de sa mort. Après avoir étudié les interviews de Brassens dans un premier ouvrage "Brassens par Brassens" [2] puis le vocabulaire de Brassens, [3] loïc Rochard s'intéresse maintenant à la versification pour révéler comment Brassens s'y prenait pour écrire ses textes et comment il a utilisé "l'art poétique", lui qui au départ ne possédait aucune formation en la matière.

 

Le livre se présente en deux parties, la première centrée sur la rhétorique, les figures de style rencontrées à travers ses chansons, [4] émaillant son propos de nombreux exemples, la seconde se présente sous la forme d'un dictionnaire les règles de versification avec de nombreux d'exemples qui illustrent sa démonstration. Ouvrage un peu à l'écart des traditionnelles biographies du chanteur, en tout cas seul livre jusqu'à maintenant, consacré à l'étude précise de son écriture et de son style. [5]

 

Brassens par Brassens loic rochard.jpg . Loic ROCHARD SsTechn.jpg .

   Rochard les mots de Brassens.jpg . Brassens homme libre vassal.jpg

Les ouvrages de Vassal et de Rochard

 

Voir aussi :

Notes et références :

  1. Le titre est un clin d'œil à une chanson de Brassens qui s'intitule "Le mauvais sujet repenti", où il chante que « sans technique, un don n'est rien qu'une sale manie. »
  2. Loïc Rochard, "Brassens par Brassens", préface de René Fallet, Le Cherche midi éditeur, coll. "Autoportraits imprévus", 2005, ISBN 2 74910405 X
  3. Loïc Rochard, "Les mots de Brassens", Éditions du Cherche-Midi, Collection Brassens D'abord, mai 2009, ISBN 2749115035
  4. Loïc Rochard a fait un travail quasiment exhaustif à travers 168 chansons
  5. Voir aussi l'étude de Linda Hantrais, thèse consacrée à l'écriture de Brassens, Linda Hantrais, "Le Vocabulaire de Georges Brassens", 2 volumes, éditions Klincksieck, 1976
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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 13:43

Jean-Marie Gustave Le Clézio , citoyen du monde, France-États-Unis

JMG Le Clézio, prix Renaudot 1963, Grand prix de l'Académie française 1980, prix Nobel de littérature 2008

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JMG le-clezio-le-proces-verbal.jpg Le Clézio en 1963


Jean-Marie Gustave Le Clézio entre ses "terres d'écrivain" et ses "racines aquatiques". D'origine bretonne et mauricienne, il naît au bout de la Méditerranée à Nice le 13 avril 1940, de parents mauriciens, d'un père d'origine anglaise et d'une mère française née à Paris. Un franco-mauricien mâtiné d'anglais, à la double nationalité. Double aussi, homme de terre et homme de mer, son port d'attache sera la langue française : « Pour moi qui suis un îlien, quelqu'un d'un bord de mer qui regarde passer les cargos, qui traîne les pieds sur les ports, comme un homme qui marche le long d'un boulevard et qui ne peut être ni d'un quartier ni d'une ville, mais de tous les quartiers et de toutes les villes, la langue française est mon seul pays, le seul lieu où j'habite. » [1] Il passe les premières années de son enfance à Roquebillière, petit village situé à la rive droite de la Vésubie dans l'ambiance morose de la seconde guerre mondiale.

 

A sept ans, il va découvrir l'Afrique, après un voyage en bateau qui le conduit avec sa mère au Nigéria où il va retrouver son père, situation qu'il reprendra dans son roman "Onitsha" en 1991. [2] Cette Afrique qui le fascine toujours et dont il dit dans "L'Africain" : « L'arrivée en Afrique a été pour moi l'entrée dans l'antichambre du monde adulte. »[3] La famille s'installe de nouveau à Nice en 1949 et le jeune garçon habitué à la vie africaine se sent mal à l’aise, mal intégré dans cette ville où ils vivent plus comme des Mauriciens ou des Africains. Il poursuit ses études au lycée Masséna, tâte de la bande dessinée et lit beaucoup. Il préfère les récits d'explorateurs de Kipling ou de Conrad, fréquente le ciné-club Jean Vigo où il découvre tout un univers cinématographique fascinant quoique très éclectique et participe au "Club des Jeunes" où il rencontre des artistes comme Ben. Il se partage alors entre Nice, Bristol et Londres quand il publie à 23 ans son premier roman, "Le Procès-verbal" qui recevra le prix Renaudot en 1963 et sera le point de départ d'écrits marqués par sa colère, sa révolte contre un monde angoissant, dominé par la violence et l'argent, prêt à sacrifier la nature et les plus faibles.

 

En 1967, il est en Thaïlande comme coopérant d'où il est expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine. L'armée l'envoie alors au Mexique, à l'Institut d'Amérique Latine où il découvre, émerveillé, la vie des Indiens. Pendant 4 ans de 1970 à 1974, il partagera la vie de deux groupes, les Emberas et les Waunanas dans la jungle panaméenne. Là, il retrouve un meilleur équilibre, une sérénité retrouvée qui donnent à son œuvre une nouvelle impulsion. Il parcourt ensuite le pays, vit avec d'autres peuplades comme les Huichols dont il apprend la langue, découvre les textes sacrés et publiera en 1977 une traduction des Prophéties du Chilam Balam, ouvrage sur les mythes amérindiens. Il constate aussi amèrement que cette richesse a été en partie détruite par l'impérialisme des conquistadors, ce qui le conforte dans le rejet d'une certaine forme de civilisation occidentale dont il avait déjà vu les conséquences en Afrique. Devenu un fin connaisseur de la région du Michoacan située au centre du Mexique, il écrira une thèse d'histoire centrée sur ce sujet et ira ensuite enseigner aux à l'Université d'Albuquerque aux États-Unis dans l'état du Nouveau-Mexique où il s'établit avec sa femme Jémia et leurs deux filles.

 

JMG le-clezio-et-sa-femme-.jpg Le couple Le Clézio pour la remise du prix Nobel

 

Au début du XXe siècle, des problèmes économiques et familiaux obligent la famille à revenir en France. Son grand-père quitte ses fonctions de juge et part sur l’île Rodrigues à la recherche d'un hypothétique trésor et vers ses 15 ans, Jean-Marie va découvrir dans une valise les plans et les croquis amassés par son grand-père pour préparer l’expédition. Il se servira de cette histoire familiale pour écrire sa "série mauricienne" qui comprend essentiellement Le Chercheur d’or en 1985, Voyage à Rodrigues l'année suivante, La Quarantaine en 1995, Révolutions en 2003 et Ritournelle de la faim en 2008. Son intérêt pour la langue créole ne se démentira pas et il publiera avec sa femme Jemia, Les Sirandanesen 1990. Sa conception de l'écriture transparaît dans ce texte tiré de L’extase matérielle : « Les idées sont toutes objectives. C’est le réel qui donne naissance à l’idée, et non pas l’idée qui exprime ce qu’il y a de concevable dans la réalité. »

 

S'il vit assez souvent à Albuquerque, à la frontière des USA et du Mexique, où il enseigne, il séjourne aussi dans ses "lieux de mémoire" comme disait Bernard Clavel, à Nice la ville de son enfance qui est aussi une ville frontière entre France et Italie, à l’île Maurice, berceau de la famille et île multiculturelle, la Bretagne aussi, avec une certaine nostalgie de ses origines, ce qui nous vaut cette remarque : « je vis dans les lisières, entre les mondes ». Il retourne aussi volontiers à Paris y humer « l'air du temps », où il écrira en 1997 son roman Poisson d’or sur le thème de l’immigration en France et fait quelques séjours comme en Corée du Sud en 2008 pour enseigner la littérature française.

Notes et références
  1. Il écrira aussi : « Je suis assez itinérant, instable, pas très sûr de l'endroit où je veux habiter. »
  2. "Onitsha", roman, Gallimard, Paris, 1991, 250 pages, ISBN 2-07-072230-9
  3.   "L'Africain", portrait de son père, Mercure de France, « Traits et portraits », Paris, 2004, 103 pages, ISBN 2-7152-2470-2.
Voir aussi

Le Clézio et son œuvre,     Leduc et Le Clézio,     Voyage à Rodrigues

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 15:15

Hommage à Armand Gatti et Samuel Beckett

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1- Gatti, gâté, gâteau...

Ah ! Gatti, gâté, gâteau, ta parole est de plomb qui pèse de tout son poids terrible sur les consciences percluses, dans une lutte inégale, toujours recommencée, la fatigue aussi, tout ce qui rend lucides et nous rappelle à nos devoirs,


ta parole est de miel qui distille le suc douçâtre de nos abandons, qu’elle dénonce l’innommable que toi seul connaît si bien stigmatise du fond de ta misère et de ton expérience, qu’elle dénonce encore et encore, tant qu’il te reste un peu de cette force qui te tiens debout.

 

Tu sais d’instinct pointer ce qui dérange, mettre la parole là où ça fit mal, aller là où on a besoin de toi et que la culture n’est pas qu’un mot vide de sens pour ceux qui n’ont pas la parole, qui n’osent la prendre de peu de ne pas savoir, de paraître ridicules, de se sentir gênés par leur gêne même. Comme tu dis vrai : il n’y a lieu de se réjouir du spectacle du monde que tu joues sur scène, même si la vie vibre de toutes ses fibres dans ton discours insatiable qui prend les dieux à témoin.


Alors tu voudrais dans un effort de tout ton être, porter le spectacle de la scène dans les rues, sur les places, dans toutes les artères de la cité pour qu’elle devienne une immense scène où chacun serait acteur et spectateur, pour que la cité elle-même soit ton agora, bouleverser les certitudes par le seul miracle d’une langue qui prend aux tripes quand un frisson libérateur me traverse l’échine et que je crains déjà le silence qui viendra inéluctablement résonner dans ma tête.


Car quand s’arrête le flot des mots, ce n’est pas le silence, Quand nous sommes chacun cloués dans nos fauteuils, Dans le silence attentif du théâtre de Montreuil Bercés par la puissance des mots, l’évidence de ta science, Quand rien dans ta ‘Parole errante’ n’est le fruit du hasard, Quand la lumière profonde et tenace de ton regard fouaille sans relâche, pénètre nos consciences, Déposant en nous, simplement, tes évidences, Nous entraînant dans un passé du fond des âges, Pour balayer s’il le faut les mauvais présages, Nous sommes alors à l’unisson, à ton image, Au-delà même des mots, au-delà même du sens Et longtemps après, en moi je sens ta présence.


   

 

Nous en avons besoin dans un monde courant à sa perte, Qui y coure de plus en plus vite, certes, Qui y met une telle volonté féroce, Qui permet ici ou là des choses atroces, Comme par sa propre vitesse, enivré Comme par sa soif de richesses, aveuglé, Nous en éprouvons un besoin vital, Pour repousser au loin cet instinct létal, Pour bien se persuader De laisser couler ce chant délicieux Qui doucement guérit et régénère Toutes les scories d’un monde délétère.

Alors, ce monde qui se développe contre la vérité Qui devient dur et froid, sans joie et sans âme, Quand les hommes se retrouvent dépossédés De leurs rêves et perdent leur identité, N’est ainsi qu’un pâle reflet de la réalité, Une étrange régurgitation de nos fantasmes.

 

Ah ! Gatti, pas souvent gâté par la vie, mais que rien n’a pu gâter, désespérer, belle part de gâteau pour ceux que tu as aidés, don de moments privilégiés, toi qui te prénommait en réalité ‘sauveur’, qui n’as jamais ménagé ta peine et ta fatigue même dans les temps difficiles avec parfois ce désir de baisser les bras, tu sais qu’il y a toujours quelque part, sur une simple scène de banlieue, de l’Archéoptéryx de Toulouse au théâtre de Montreuil, comme sur la scène de la vie, à Vaulx-en-Velin ou ailleurs, une part irréductible d’espoir dans le cœur des hommes, cette part secrète que tu viens réchauffer pour qu’elle ne devienne pas sclérose et pour y insuffler la vie, à travers « un langage qui […] permet à chacun de devenir son propre maître’ . »


Pendant que tu le peux, parcours encore un peu le monde, il y a des beautés partout, loin de nous, des horreurs aussi mais ce ne sont que des scories du passé, une richesse qu’on ne peut découvrir qu’avec ton cœur d’enfant que nulle traverse ne peut faire douter. En ce sens, tu es l‘horizon, l’espoir qu’il existe malgré tout et malgré nous quelque chose à faire, que le phénix peut toujours renaître de ses cendres ; telle est ta leçon, toi Gatti, gâté, gâteau, toi qui n’as jamais voulu en donner.

 

2- Variations Godot : Hommage à Samuel Beckett

« Vous attendez Godot vous aussi ? Non. Ah… vous savez ; il ne viendra pas ! » C’est un bel enfoiré celui-là, il se décommande à la dernière minute, envoie de façon cavalière des estafettes qui ne l’ont même jamais vu. Bref, c’est l’Arlésienne. Encore le coup classique d’un auteur en quête de personnage –pas forcément italien d’ailleurs- encombré d’une histoire sans queue ni tête, qui tourne en rond et revient immanquablement à son point de départ. De toute façon, on y revient toujours à son point de départ, trois petits tours…

 

«  Histoire absurde, » me direz-vous. Certes puisqu’il s’agit de "théâtre de l’absurde", mais rassurez-vous tout ceci n’a plus cours, démonétisé depuis belle lurette. C’était au temps des ‘’trente glorieuses’ quand on pouvait encore se payer le luxe d’avoir des états d’âme (si, si, c’est un luxe, une maladie de riche, à chacun les siennes), quand Armand Gatti clamait, à la suite de son voyage en Amérique du sud (il en a fait beaucoup), que le peuple n’y comprenait rien aux poètes bourgeois , « vos mots ils racontent, mais ils ne disent jamais rien. Vos paroles, vous les jetez mais vous ne les faites jamais exister ». De là à confondre la culture populaire avec la bande dessinée… pas question pour lui le vieil anar qui travaillait avec des loulous, des loubards. Il éructait des prophéties phénoménales, que la littérature doit être un instrument au service du peuple pour que chacun puisse devenir son propre maître. Vous vous rendez compte des énormités qu’il proférait ce loustic !

Il était un peu fou ce type et c’est vrai, moi qui l’ai connu, qu’il avait parfois un petit air allumé à faire frémir les bien-pensants. Pas besoin d’aller au zoo, avec lui vous rencontriez Le Crapaud-Buffle, curieux animal certes mais pas plus que Le Rhinocéros de Ionesco. Pourvu qu’ils ne nous fassent pas des petits ces deux là ! Lui Armand Gatti, à la prise de pouvoir, il préférait la prise de conscience.


Sami Frey dans les mots de Beckett

 

  J’en ai marre d’attendre cet enfoiré de Godot qui a dû oublier, bouffer la consigne ; il plane tellement en ce moment que tout est possible avec lui… enfin c’est ce qu’on m’a dit, pour m’épargner peut-être, ne pas froisser ma petite susceptibilité, n’ai-je pas droit à quelques égards, de n’être pas traité comme quantité négligeable. Je voudrais bien voir sa tête si je le traitais de cette manière. Un coup je viens, un coup je n’viens pas, ça peut durer longtemps. Depuis le temps, je devrais le connaître l’animal, toujours deux fers au feu, toujours à promettre ce qu’il ne peut tenir. Ce qu’il peut parfois m’énerver.

 

Comment, vous ne le connaissez pas ? Mais si, un grand, l’air un peu renfrogné avec ses lunettes rondes cachant des yeux bleu clair très vifs, jamais fatigué, toujours à traîner dans les parages, le portrait tout craché de son père Samuel… mais non pas le cordonnier juif, un homme fort important dans son landerneau qui a donné une excellente éducation à son rejeton. Dans sa jeunesse, il a même repoussé les avances que lui avait faites la fille de son mentor. Il aurait pu en profiter, mais non pensez-vous, trop fier, trop entier, ne pensant qu’à ses fichus bouquins. Brouille bien entendu entre les deux hommes mais Godot n’en eut cure qui partit sur un coup de tête, sillonnant l’Allemagne et une partie de l’Europe, finissant par échouer quelque part en France.

 

Voilà, vous en savez autant que moi sur sa vie, mais qu’est-ce qu’une vie fait ressortir d’un individu finalement, à peine une esquisse, on voit ce qu’on veut bien voir, simple éclat de vérité qu’un reflet transgresse. Chacun dresse son propre portrait-robot, sa propre relation faite autant de sentiments que de réalité. Si vous voulez tout savoir de sa vie, demandez à son grand ami James Knowlson, il n’habite pas très loin d’ici, je vous le présenterai à l’occasion. Enfin, d’ordinaire, j’ai moins de patience. Mais au fait j’y pense, cet imbécile d’Estragon se serait-il emmêlé les pinceaux dans la date et l’heure. Ça ne m’étonnerait pas de lui, ce ‘Jean de la lune’. Et maintenant nous voilà bien avancés à tourner en rond dans ce ‘non-lieu’, c’est ainsi qu’il a défini l’endroit du rendez-vous, ça ne m’a pas surpris, c’est un original ; déjà tout petit… Tiens, en parlant de petit, revoilà l’estafette, si, rappelez-vous… « Tu te souviens de nous, petit… non ! »

 

Quelle journée, je me demande si je ne revis pas la même scène que ce matin. Serais-je devenu subitement gâteux, amnésique, paralysé, (et, ajouterait Samuel, son futé de père jamais à court d’une remarque scénique, mettant sa petite didascalie ou son petit grain de sel, comme vous voulez, « l’estafette riait sous cape d’un air entendu, sans se cacher vraiment, comme si elle eût reçu des confidences de ce satané Godot »). Il ne se passe rien ici, juste à attendre, et moi, j’ai besoin de faire quelque chose, d’abord de donner un grand coup de pied dans ces deux poubelles qui m’énervent… bizarre, on dirait qu’elles sont habitées… de me dépenser et de penser à quelque chose sans avoir cette impression angoissante que mon cerveau tourne à vide. J’ai besoin de penser pour oublier, d’occuper mes mains pour désoccuper ma tête… sinon je suis envahi de sueurs froides, je me prends en grippe, je me liquéfie, je panique à l’idée de me retrouver seul face à moi-même. J’ai beau me répéter que « quelque chose suit son cours, » qu’il va nécessairement se passer quelque chose, je n’en sens pas moins un trouble profond causé par une appréhension vague, indéfinie, impalpable dont je ne peux discerner les contours. L’inaction est bien la pire des tortures.

 

Cette histoire, c’est comme si j’avais décidé d’aller passer trois jours chez ma mère, sans raison particulière, pour le plaisir, parce que je ne l’avais pas vue depuis longtemps, parce qu’elle me mijote chaque fois de bons petits plats, enfin je me faisais une joie d’aller passer trois jours chez maman –pénard et coq-en-pâte, chez elle c’est toujours ainsi-, et vlan, je tombe sur un tas d’écornifleurs, d’empêcheurs de tourner en rond qui ne cessent de me mettre des bâtons dans les roues et que, trois jours après, ce fut retour au point de départ sans être passé par la case ‘maman’. Rageant, non ? Un cauchemar, une histoire qui patine et finit par repartir en arrière. Et puis finalement, le responsable, c’est moi qui m’invente des choses à faire, des tas de prétextes pour retarder de faire ce que je dois faire. Aujourd’hui, je suis tranquille, je ne fais rien, ou plutôt je me suis investi d’une tâche bien précise, car c’en est une : attendre Godot.

 

   

Beckett : en attendant Godot


Y’a des périodes comme ça où tout part à vau-l’eau. L’absurde de la situation vous saute à la figure comme un pavé de mai 68 en plein dans une vitrine de la rue Gay-Lussac. Passant du coq à l’âne, ma mère remarque « Ah, c’était le bon temps », sourcils froncés et lippe boudeuse, ma mère que j’ai quand même fini par aller embrasser un peu plus tard, mais c’est une autre histoire. Je vous la raconterai peut-être un de ces jours, mais pour le moment, c’est assez compliqué comme ça. Hypothèse, ma chère mère –mais ça pourrait tout aussi bien être ma tant ou la vôtre- pourrait avoir à son âge le cheveu rare et avoir exercé quelque temps ses talents de chanteuse classique, une ‘cantatrice chauve’ en quelque sorte… Je vous vois venir « ce n’est pas un titre sérieux, même pour une pièce de théâtre » qui ne se prend pas au sérieux, où il est indiqué qu’une « pendule anglaise frappe dix-sept coups anglais. » Curieux, n’est-ce pas ? Et puis elle n’a qu’à mettre une perruque ! Est-ce vraiment sérieux, dites-moi. « Et ça fait rire les spectateurs ? » Parfois, mais on ne sait pourquoi, certains comiques de mots sont quelquefois difficiles à expliquer. C’est ça l’absurde, ça doit faire rire… regardez Feydeau… Ah non, pas lui, ce faiseur de pièces spécialistes des histoires de cocus. Non, non, le spectateur rit quand il est mal à l’aise, désarçonné, par exemple pour en revenir à La cantatrice chauve, dans cette phrase où Mr Smith assène cette vérité : « Un médecin consciencieux doit mourir avec le malade s'ils ne peuvent pas guérir ensemble. » N’est-ce pas admirable, d’une logique imparable ? Ou également dans cette situation :


- Monsieur Martin : Vous avez du chagrin ? Silence
- Madame Smith : Non ! Il s'emmerde. Silence.

- Madame Martin : oh! Monsieur, à votre âge, vous ne deriez pas. Silence.

- Monsieur Smith : Le coeur n'a pas d'âge. Silence.

 

N’est-ce pas hilarant, ne serait le gros mot que je vous passe, cette scénette n’est-elle pas d’un raffinement suprême, des mots somme toute banals claquent dans un silence pesant… en goûtez-vous tout le sel ? C’est d’abord l’absence d’intrigue qui intrigue. Il suffit d’insérer dans la pièce ce genre de dialogue, et le tour est joué, et la pièce aussi. Des mots anodins, des phrases toutes simples comme « passe-moi l’sel » suivi d’un lourd silence entendu suffisent pour créer le climat, « un silence entendu », curieuse expression que ce silence assourdissant après un dialogue insipide, suivi lui-même d’un bruit terrible pour marquer le contraste, que tout se passe à l’intérieur, dans les tuyaux de la tête et les boyaux du ventre, un silence de drame rompu brusquement par une pluie de cuivres à vous percer les tympans pour réveiller les quelques spectateurs qui se seraient laisser aller dans le douillet de leur fauteuil. Radical.

 

En fait, l’histoire se déroule comme une spirale, un récit en colimaçon, enroulé sur lui-même, replié puis déroulé en un cycle de vie sans vraiment de début ni de fin. Comme l’écrivit James Joyce à propos de son récit Finnegans wake : « La première phrase commence sur la dernière page ou la dernière phrase se termine sur la première page, faisant ainsi du livre un cycle. […] Le lecteur idéal du livre serait celui qui, souffrant d'une insomnie idéale, terminerait le livre, pour aussitôt retourner à la première page et entamer ainsi un cycle de lecture sans fin. » Le récit n’est pas forcément rigoureux, il suit une logique sans lien forcé avec un déroulement linéaire ou chronologique, par exemple, j’ai lu ce conseil de commencer par le chapitre 5, de poursuivre par le 9 quand Joyce raconte comment il eut pour la première fois l'idée d'écrire Finnegans wake. Comme l’a si bien écrit Roland Barthes : « L'écriture n'est nullement un instrument de communication… elle paraît toujours symbolique, 'introversée', tournée ostensiblement du côté d'un versant secret du langage. »

 

Mais aujourd’hui, je n’ai pas ce genre de préoccupation, juste quelques retours en arrière, songes, souvenirs, pour m’occuper l’esprit. Je n’ai même pas envie de discuter avec Estragon, pour se dire quoi d’ailleurs, parler de la pluie et du beau temps, l’entendre déblatérer sur ses amis ou sur ce fichu Godot –là il n’aurait pas tort- l’écouter se lamenter sur son sort, effectivement peu enviable, non, je préfère m’occuper l’esprit tout seul. Après tout, qu’avons-nous d’autre à faire de si urgent, n’empêche je commence à me demander si Godot n’est pas le fruit de mon imagination ! Cette attente me mine, elle m’oblige à penser à des choses que j’espérais avoir oubliées mais non, rien ne se perd, ça remonte comme des régurgitations aigres, ça me remue sans que je n’y puisse rien. Assis sur le bord du trottoir, j’attends en fermant les yeux que ces nausées qui me creusent le ventre, que ces sensations de néant qui m’étreignent puis reviennent sans crier gare, s’éloignent doucement comme un mauvais rêve. Á ce moment, je ne suis pas loin de penser comme Camus qu’il n’existe qu’un problème philosophique vraiment sérieux : le suicide.


Estragon, il s’en fiche, installé contre une des deux poubelles, il dort à poings fermés, indifférent à la situation, semblant en avoir pris son parti, que Godot arrive ou pas. Comme si tout ceci avait peu d’importance, après tout demain est un autre jour. J’ai beau le secouer, je n’en tire que des grognements. Il est comme ça, toujours content de son sort, même s’il aime grogner et râler, c’est pour la forme. Tout à l’heure encore, il me regardait l’air satisfait, posant son journal sur les genoux, et me disant dans un soupir : « Oh, quel beau jour ». Pourvu qu’il fasse beau, qu’il ait son journal, à boire et à manger, il n’en demande pas plus. J’aimerais parfois être comme lui mais on ne se refait pas ; dépendre d’autrui comme aujourd’hui avec ce satané Godot qui joue les coquettes me met mal à l’aise, m’indispose.

 

Estragon, c’est un sage, de ces types qui sont partis de si bas que tout leur va. Il aurait pu avoir une soif de réussite, un appétit féroce à écraser les autres et à mépriser les plus faibles, ceux qui ne savent pas se défendre. J’en ai connus. Mais non, les tracas glissaient sur lui sans qu’il s’en préoccupât plus qu’une mouche importune. Que sais-je en fait de lui, qui ne se livre pas facilement, « à quoi bon remuer le passé dit-il, quand on remue de l’eau, elle se trouble et quand on remue le tonneau, c’est la lie qui remonte », sinon son enfance misérable dans les masures construites de planches et de tôles où on gèle l’hiver, on étouffe l’été et où on s’emmerde le reste du temps. J’ai appris par son ami Vladimir que son père l’élevait ‘à la dure’ et que les coups pleuvaient drus, que sa mère faisait des ménages pour qu’ils puissent manger tous les jours à leur faim, horizon du lendemain, juste pour survivre. Il en a gardé une fatigue continue, un fatalisme désarmant.


Je parle, je parle et le temps passe, il s’écoule plus vite ainsi, ça meuble mais ne fait pas venir Godot. Toujours personne à l’horizon. Heureux ceux qui vivent sans montre ! Mais les autres en pâtissent, et moi particulièrement aujourd’hui. Ce Godot est un malappris, sans éducation ni égards pour ceux qui l’attendent dans ce ‘non-lieu’ comme il dit, à en croire son estafette, tournant en rond dans une histoire dont ils ne maîtrisent rien et qui vire au non-sens. Moi, j’ai trop les pieds sur terre pour comprendre ce type et pour admettre l’absurdité de cette situation. Mais j’y pense, peut-être a-t-il encore le temps d’arriver avant la pleine nuit, peut-être a-t-il eu un contretemps, un accident –il y a tant d’accidents de nos jours- un fâcheux qui l’aura retenu au-delà du raisonnable, tant d’hypothèses me traversent l’esprit. Attendons encore, l’espoir n’est-il pas fait d’un baume sur le cœur des hommes !

 

En réalité, que sait-on vraiment de ce Godot ? Certains d’ailleurs l’appellent Godeau, susurrant même qu’il se nomme en réalité Honoré deGodeau avec une belle particule et serait un parti très recherché. D’autres laissent entendre qu’il a beaucoup voyagé, qu’il a naguère fait fortune aux Indes avant de revenir vivre au pays le reste de son âge. Mais qui croire ? Estragon, ce naïf plein de confiance, cet enfant dit qu’il l’aime bien Godot, qu’il ne le rudoie jamais et qu’il viendra à son secours. Moi, je connais l’âme humaine et sa noirceur, pour en avoir parfois souffert. Dans ses bonnes manières, je distingue l’aigrefin, le faiseur de haut vol. Trop poli pour être honnête, je vous dis, trop beau pour être vrai. Quant à vouloir à toute force trouver à tout ceci un sens supérieur, une vérité cachée, je vous en laisse tout loisir, même son père Samuel ne nous éclaire pas davantage. Ce qui est absurde est absurde, c’est tout ; la guerre aussi est absurde, tout le monde le sait et tout le monde trouve de bonnes raisons pour passer outre, pour partir la fleur au fusil, et l’on s’y exerce alors sans retenue.


  

Beckett : Oh! les beaux jours, Catherine Frot 

 

On s’y complait, on s’y vautre avec une volupté coupable, une conviction effaçant tout remords, avec cette volonté stupide de faire soi-même son malheur. Et vous, répondez-moi franchement, vous attendez aussi Godot ? De toute façon, on passe sa vie à attendre, on fait la queue, on attend un enfant, une augmentation, la fin du monde, que sais-je, l’attente est toujours espoir, la preuve d’un possible, une once du probable qui agite nos rêves éveillés.

 

Ah, j’aperçois Vladimir qui arrive d’un pas nonchalant, peut-être en sait-il plus que nous, peut-être pourra-t-il nous renseigner…

 

3- Grand Malamba et le tonneau : Diogène et Gatti

Le Grand Malamba sillonne aujourd’hui, comme chaque mois, l’immense marché de sa capitale qui s’étend parfois jusqu’aux marches de son palais, non pour y faire ses emplettes comme tout un chacun, avec un grand boubou et un vaste sac de jute, mais pour aller à la rencontre de ‘son peuple’ –c’est ainsi qu’il désigne ses concitoyens- apporter son onction pateline, transmettre sa chaleur communicative de ‘petit père du peuple’. Petit, non par la taille mais par un souci d’humilité, d’être plus près des gens et de leurs préoccupations. De toute façon, ici personne ne connaît ni Lénine ni Staline ! Le grand homme a effectivement la carrure de l’emploi, grande envergure, et grande gueule ; chez lui, tout est grand et c’est pour ça qu’il est un grand homme.

 

Ici on dit souvent ‘Grantom’ et on l’appelle Tom-Tom ou même Dom-Tom, mais c’est de l’humour africain. Si vous ne connaissez pas l’humour africain, allez donc faire vos courses du côté de Barbès, y’a pas besoin de tour-opérateur. Une façon pour le peuple de railler les tendances extrêmes de leur ‘guide suprême’ qui se livre parfois à quelques excès dont il sait qu’ils le desservent, mais c’est plus fort que lui, il faut qu’il se fasse remarquer, qu’on sache qu’il existe, partout dans le monde si possible. Le peuple, c’est sa façon de se venger de sa condition, de contester comme il peut le pouvoir de ‘Papa Malamba’. Mais il n’apprécie guère ce genre d’ironie, cette forme d’humour n’étant pas vraiment son fort. Mais ceci n’est qu’un échantillon, l’humour noir africain peut être autrement dévastateur.


    

Armand gatti : Rosa collective

 

C’est donc le jour où le Grand Malamba fait son tour de piste dans le grand marché, arpentant les allées, serrant maintes mains et donnant moult accolades, faisant le compliment et hélant qui ici ou là selon son humeur et l’importance de l’attroupement. Chacun répondait avec déférence aux sollicitations du grand chef, n’ayant garde par une réplique malvenue ou une moue inopportune, de l’indisposer et d’hypothéquer ainsi son avenir. En Afrique aussi –peut-être plus qu’ailleurs, prudence est mère de sûreté. Et puis, un sourire, une poignée de main, ça ne coûte rie, enfin pas grand-chose, juste une once d’amour-propre, mais qu’est-ce qu’un petit pincement de cœur quand on ne mange pas forcément à sa faim chaque jour que font Dieu le Grand Malamba. Lui jubile, c’est sa sortie cette séance de ‘serrage de mains’ mensuelle, un bain de foule comme ses collègues sur les marchés des villages millénaires de la France profonde. Lui aussi veut montrer qu’il peut se promener librement dans sa capitale sans craindre pour sa personne, que les opposants peuvent librement s’exprimer à condition d’être de son avis.


- Alors Mamadou, lance-t-il à un marchand de thé, comment vas-tu ? Et la famille ?
- Ô Grand Malamba, les affaires sont difficiles en ce moment. Les temps sont durs pour un pauvre homme comme moi et sa famille.

 

Chaque commerçant met un point d’honneur à se plaindre de tout -sauf du Grand Malamba évidemment- de la conjoncture, joli mot fourre-tout qui fait l’unanimité, du temps qui n’est jamais ce qu’il devrait être, des compagnies étrangères qui étrangles le commerce local –là c’est peut-être plus conforme à la vérité, mais nul n’y peut rien, elles sont trop fortes et dominent les marchés. Les marchés internationaux, ceux qui fixent le cours de la banane ou du cacao, pas le marché où sa pavane en ce moment le Grand Malamba. Mais une chose est sûre : ce n’est jamais la faute des impôts trop lourds ou de fonctionnaires corrompus. Au royaume du bon Malamba, ça ne peut exister, seulement y penser est un délit. Jamais en veine de compliments, il poursuit allègrement sa tournée :


- Tiens voilà Mamba, le grand spécialiste du maffé et de la sauce aux légumes saka-saka. La récolte s’annonce-t-elle sous de bons auspices cette année ?
- Une année bonne, une autre non, c’est le lot des paysans, répond Mamba en ouvrant ses larges mains pour représenter la fatalité. Mais je sais que je peux compter sur toi Grand Marabout.


Le Grand Malamba n’est pas plus marabout que vous et moi mais il aimerait le faire croire et il est toujours ravi de se l’entendre dire. Mamba le sait bien qui le fournit en plats locaux, étant devenu ainsi un commerçant reconnu dans la capitale.

 

Devant l’interminable étal pleins d’épices multicolores aux exhalaisons entêtantes qui se répandent jusqu’à l’entrée de la vieille ville, trône un énorme tonneau en ferraille rouillée. Au moment où le Grand Malamba passe suivi de ses gardes du corps et d’un grand échalas dégingandé qui le protège du soleil dardant d’une large ombrelle, une tête hirsute en sort brusquement en regardant le Grand Malamba d’un air narquois.

D’abord interloqué et reculant d’un pas devant l’algarade, cette incongruité surprenante, son excellence se rapproche en fronçant les sourcils, interpelant l’intrus :


- Que fais-tu donc ici, vermisseau, dans cette infecte carapace ?
- Je ne fais rien, votre grandeur, sinon me mettre à l’ombre au fond de ma demeure.
- Rien dis-tu, tu ne fais rien de tout le jour, tu n’es donc qu’un parasite vivant sur le dos des autres, sans aucune utilité pour personne.
- Qu’en sais-tu donc, toi qui juges de tout et semble tout savoir, que vois-tu de si loin, du haut de ton pouvoir ?


Devant tant d’impudence, le Grand Malambo ouvrit de grands yeux blancs tout ronds, sans voix pour une fois face à cet humanoïde à carapace qui le provoquait. Il aurait pu faire un petit signe à ses gardes du corps, moucher l’avorton d’une pichenette ou, d’un simple coup de reins, soulever le tonneau et son occupant pour les jeter tous deux dans un cul-de-basse-fosse ou au diable vauvert. Et effectivement, Ma Diogénus le Marabout entrait et sortait de sa boîte tel un diable avec un rire démoniaque quand un passant lui déplaisait ou qu’un malappris glissait un œil insolent dans son modeste gîte. 

 

Aujourd’hui, il était bien décidé à en découdre avec ce présomptueux de Malambo.


- Tu es là à plastronner, Grandeur terrestre, mais souviens-toi que même le bronze subit le vieillissement du temps et que, si haut placé que tu sois, tu ne reposes jamais que sur ton fondement.
- Qu’en sais-tu avorton, moi je protège mes sujets contre les mauvais sorts et les sortilèges diaboliques. Je désenvoûte, je 'maraboutise'…
- Ta condition d’homme fait que tu n’y peux rien changer, malgré tout ton pouvoir et tout ton or. Alexandre lui-même, celui que l’on appelle Le Grand, est mort de malaria dans des marécages irakiens. Mort bien misérable pour un Grand de ce monde. Souviens-toi, bavard impénitent, qu’il commença par perdre l’usage de la parole avant de succomber.
- Alexandre n’était qu’un piètre sorcier à côté de moi.
- Alexandre n’était qu’un fou, un ambitieux vendu aux dieux de la guerre.

- Tu méprises beaucoup Ma Diogénus pour être un sage. Sais-tu que je pourrais te faire couper la langue pour tes propos outrageants et ton impertinence à mon égard. En m’insultant, moi le guide suprême qui a reçu l’onction du conseil des anciens, c’est tout mon peuple que tu insultes.
- Ton prétendu peuple n’est pas plus à toi qu’à quiconque sur cette terre.
- Toi qui n’a besoin de rien, que veux-tu donc ?
- Pour moi, peu de choses, que tu te déplaces légèrement pour suivre le cours du soleil et que je puisse ainsi rester constamment à l’ombre.

 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 14:45

Le côté libertaire de Brassens vu par Clémentine Deroudille dans son livre, aussi bien l'homme et son parcours que dans le contenu de certaines chansons.


Brassens le libertaire de la chanson est un récit biographique du chanteur Georges Brassens écrite par l'écrivaine Clémentine Deroudille et paru chez Gallimard en mars 2011.

        

Introduction et sommaire

- Chapitre I : l'apprentissage de la liberté - de Sète au STO
- Chapitre II : Auprès de mon arbre - l'impasse Florimont et les écrits littéraires
- Chapitre III : Vedette malgré lui - De Patachou à la consécration de Bobino en 1953
- Chapitre IV : Les trompettes de la renommée - Sa carrière jusqu'à son dernier récital à Bobino en 1977


Des chansons connues aux moins connus, les grands succès bien sûr dont on peut fredonner quelques notes ou citer quelques vers, que ce soit « L'Auvergnat », « Les copains d'abord », « Les sabots d'Hélène », « Les amoureux des bancs publics », « La mauvaise réputation », « Le Gorille »... difficile de choisir dans ce florilège incontournable de la chansons française, des textes qui mis bout à bout dessine un portrait ou tout au moins une esquisse du poète -le mot lui faisait plaisir bien qu'il le récusât-  et de la façon dont il percevait le monde de son époque. Avec son style, sa voix et sa dégaine inimitables.


Brassens et Jeanne

 

Il a découvert non pas la littérature mais plus simplement 'les beaux textes', la poésie surtout par l'intermédiaire de son prof de français au lycée de Sète, Alphonse Bonnafé et dès lors, il ne cessera de lire et de relire François Villon, Victor Hugo, Apollinaire ou Paul Fort. On le disait piètre musicien mais maniait aussi bien le piano que la guitare, et oui, on le croyait 'gratteur de cordes' alors qu'il composait d'abord au piano, ayant fait ses gammes sur le piano de la tante Antoinette (la sœur de sa mère).

Clémentine Deroudille nous raconte tout ça, le modeste « faiseur de chansons », bientôt auteur-compositeur-interprète au destin exceptionnel mais toujours égal à lui-même dans le succès grandissant et jamais démenti aussi bien que dans les difficiles débuts avec Jeanne et le père Planche (l'auvergnat) dans 'le plus que modeste' logement de l'impasse Florimont.


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Informations complémentaires

Bibliographie

  • Émile Miramont dit Corne d’aurochs, Brassens avant Brassens – De Sète à l’impasse Florimont, éd. L’Archipel, 2001, isbn 978-284187-327-2.
  • René Iskin, Dans un camp, Basdorf 1943, Georges Brassens et moi avions 22 ans, éd. Didier Carpentier, novembre, 2005, isbn 2-841-67365-0
  • Louis Nucera, Brassens, délit d'amitié, L'Archipel, 2001, isbn 2-84187-326-9

Voir aussi

  • François-René Cristiani, Jean-Pierre Leloir, Trois hommes dans un salon, Brel, Brassens, Ferré (retranscription de leur conversation diffusée sur RTL le 6 janvier 1969, éditions Fayard/Chorus, 2003, isbn 978-22136-1671-1

Liens externes

 

 

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:26

L'attribution des prix Nobel de littérature           <<<<<<<< © CJB >>>>>>>>

 

On peut se demander pourquoi le prix Nobel a été attribué telle année à tel écrivain ou pourquoi tel courant littéraire a été "récompensé" et pas tel autre qui est pourtant dans la même mouvance. Si "le Nobel" n'est pas tenu de répondre à cette question et de se justifier, il donne le plus souvent quelques indications sur ce qui a guidé son choix et fait qu'une année donnée il ait privilégié tel auteur pour sa personnalité, son aura dans le monde et à travers son œuvre.

 

Les polémiques sont nombreuses pour dénoncer les membres de l'Académie qui auraient tendance à favoriser des Suédois par exemple, comme en 1974 où les suédois Harry Martinson et Eyvind Johnson furent nommés "au détriment" a-t-on clamé, d'écrivains confirmés comme Graham Greene, Saül Bellow et Vladimir Nabokov qui étaient donnés favoris cette année-là. Les questions foisonnent pour savoir ce qui a bien pu motiver l'Académie pour l'attribuer au Français Claude Simon en 1985 alors que ses concitoyens attendaient plutôt une "marguerite", soit Marguerite Yourcenar, soit Marguerite Duras, mais ce fut une autre fleur qui éclot...

 

La question s'est reposée récemment par exemple lors du décès de l'écrivain mexicain "Carlos Fuentès", "nobélisable" à plusieurs reprises alors que c'est son compatriote Octavio Paz qui l'a finalement obtenu. Finalement, le poète Octavio Paz a été préféré au romancier Carlos Fuentès mais c'est en fait la postérité qui tranchera, certains prix Nobel étant maintenant totalement inconnus. Albert Camus n'a-t-il pas clamé à Stockholm lors de la remise de son pris Nobel que c'est André Malraux qui aurait dû l'obtenir ?

En voici de nombreux exemples qui aideront sans doute à mieux appréhender l'évolution de la littérature au-delà du choix éminemment ponctuel et subjectif effectué chaque année, au-delà même des polémiques qu'il a pu susciter à un moment donné.

 

Romain Rolland, prix Nobel 1915
«  En hommage rendu au grand idéalisme de ses écrits ainsi qu’à la sympathie, à la vérité avec lesquelles il a peint différents types humains . »
Anatole France, prix Nobel 1921
« Pour rendre hommage à sa brillante carrière d’écrivain, à la pureté artistique de son style, à sa généreuse humanité ainsi qu’au charme de l’esprit français. »
François Mauriac, prix Nobel 1952
« En raison de la pénétration psychologique et de l’intensité artistique avec lesquelles il a interprété, sous la forme du roman, le drame de la vie humaine. »
Albert Camus, prix Nobel 1957
« Pour son importante littéraire qui met en lumière avec un sérieux pénétrant les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes. »
Gao Xingjian, prix Nobel 2000 «  Pour une œuvre d’une validité universelle, pleine d’une perspicacité amère et d’une ingéniosité linguistique, et qui a ouvert de nouvelles perspectives pour le roman chinois et le théâtre. »
Jean-Marie Le Clézio, prix Nobel 2008
«  Un écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante.  »

Luigi Pirandello, prix Nobel 1934
«  Pour son renouvellement hardi et ingénieux de l’art du drame et de la scène.  »

 

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Romain Rolland. . . Anatole France . . Francois Mauriac. . Albert Camus . . . . . Gao Xingjian . . JMG Le clezio

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Luigi Pirandello

 

Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel 1982
« pour ses romans et nouvelles, où s’allient le fantastique et le réel dans la riche complexité d’un univers poétique qui reflète la vie et les conflits d’un continent. »
Octavio Paz, prix Nobel 1990
« Pour ses écrits passionnés aux vastes horizons qui se reconnaissent par leur intelligence sensuelle. »
José Saramago, prix Nobel 1998
« Ses romans relatent souvent des situations fantastiques de grande dimension imaginaire.»
Mario Vargas Llosa, prix Nobel 2010
« Pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l’individu, de sa révolte, de son échec.»

 

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Garcia Marquez. . . . . . . Octavio Paz. . . . . José Saramago. . . . . Vargas llosa

 

William Faulkner, prix Nobel 1949
« Pour la contribution puissante et artistiquement exceptionnelle et personnelle qu’il a apporté à la littérature.»
Winston Churchill, prix Nobel 1953
« présente la matière historique et biographique ainsi que pour l’éloquence brillante avec laquelle il s’est fait le défenseur de hautes valeurs humaines.»
Saul Bellow, prix Nobel 1976
« pour sa compréhension de l’être humain et la subtile analyse de la culture contemporaine dont il fait part ensemble dans son œuvre.»
Isaac Bashevis Singer, prix Nobel 1978
« Pour son art narratif plein des passions qui, plongeant ses racines dans une tradition culturelle judéo-polonaise, incarne et personnifie la condition humaine universelle.»
Nadine Gordimer, prix Nobel 1991
« Pour la magnifique œuvre épique d’un très grand intérêt pour l’humanité. »
Toni Morrison, prix Nobel 1993
« Son art romanesque, caractérisé par une puissante imagination et une riche expressivité, brosse un tableau vivant d'une face essentielle de la réalité américaine. »
V. S. Naipaul, prix Nobel 2001
« Son œuvre se définit d'abord par cette citation : "On a tort d'avoir une vision idéale du monde. C'est là que le mal commence. »

John Maxwell Coetzee, prix Nobel 2003
« C'est dans ses origines et dans son expérience de l'apartheid qu'il puise la matière fondamentale de son œuvre : la dénonciation de l'oppression et l'interrogation du rapport insoluble entre bourreau et victime. »
Harold Pinter, prix Nobel 2005
« il a un style unique où le rire prend souvent le pas sur l'angoisse et le tragique sur le burlesque. »
Doris Lessing, prix Nobel 2007
« La conteuse épique de l'expérience féminine qui, avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire, scrute une civilisation divisée.»

 

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William Faulkner . . Winston Churchill . . . .Isaac Singer . Saul Bellow . . . Nadine Gordimer . . Toni Morrison 

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V.S. Naipaul . . . . .. J.M. Coetzee . . . Harold Pinter . . . . Doris Lessing

 

Heinrich Böll, prix Nobel 1972
« Pour une œuvre qui en unissant une largeur de vue conforme aux exigences de son époque à la sensibilité de la puissance créatrice, a apporté un renouveau à la littérature allemande.»
Günter Grass, prix Nobel 1999
« C'est tant par ses thèmes actuels (complicité avec le régime nazi, culpabilité, perversion de l'idéal humaniste.. .) que par la singularité de sa langue qu'il acquiert une stature internationale.»
Imre Kertész, prix Nobel 2002
« Pour une œuvre qui dresse l’expérience fragile de l’individu contre l’arbitraire barbare de l’histoire.»
Elfriede Jelineck, prix Nobel 2004
« Pour le flot de voix et de contre-voix dans ses romans et ses drames qui dévoilent avec une exceptionnelle passion langagière l'absurdité et le pouvoir autoritaire des clichés sociaux.»
Herta Muller, prix Nobel 2009
« Avec la densité de la poésie et la franchise de la prose, dépeint l’univers des déshérités.»

 

 

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Heinrich Böll. . . . Günter Grass . . . . Imre Kertész . . Elfriede Jelineck. . . . Herta Muller


Selma Lagerlöf, prix Nobel 1909
« Pour le noble idéalisme, la richesse d’imagination, la générosité et la beauté de la forme qui caractérise son œuvre.»
Knut Hamsun, prix Nobel 1920
« Pour son œuvre monumentale, Les fruits de la terre.»
Sigrid Undset, prix Nobel 1928
« Principalement pour ses puissances descriptions de la vie du Nord au Moyen-Age.»
Pär Lagerkvist , prix Nobel 1951
« ...S’être maintenu sans défaillance sur cette corde raide tendue à travers les ténèbres, entre le monde réel et le monde de la foi.»
Harry Martinson, prix Nobel 1974
« Pour une œuvre littéraire qui saisit la goutte de rosée et reflète le cosmos.»
Tomas Tranströmer , prix Nobel 2011
« Pour une œuvre qui traite des questions très importantes : la Mémoire, l'Histoire, la Nature. Et qui rend lumineuses des questions cruciales.»

 

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Selma Lagerlöf . . Knut Hamsun . . . . . .Sigrid Undset . . .Pär Lagerkvist . . .Harry Martinson .Tomas Tranströmer

 

Dario Fo, prix Nobel 1997
« Pour avoir, dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé les pouvoirs et restauré la dignité des humiliés.»
Orhan Pamuk, prix Nobel 2006
« Qui, à la recherche de l'âme mélancolique de sa ville natale, a trouvé de nouvelles images spirituelles pour le combat et l'entrelacement des cultures.»

 

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. . . Dario Fo . . . . . . . Orhan Pamuk

 

 

 

 


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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 16:53

Jean-Marie Gustave Le Clézio : l'homme et son œuvre

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Jean-Marie Gustave Le Clézio en 1991 à Cannes. JMG Le Clézio en 1991 à Cannes

Jean-Marie Gustave Le Clézio, né en avril 1940 à Nice, est un écrivain de langue française qui a la double nationalité franco-mauricienne.

 

En 1963, il connaît le succès dès son premier roman "Le Procès-verbal". Il s'oriente ensuite vers une recherche plus formelle proche du Nouveau Roman. C'est un grand voyageur, certainement influencé par ses racines mauriciennes, son goût pour les cultures amérindiennes, les romans de cette période le sont aussi à travers le recours à une atmosphère onirique et au mythe comme "Désert" et "Le Chercheur d’or", intégrant aussi une dimension biographique comme "L’Africain". Titulaire de plusieurs prix littéraire, son œuvre est couronnée en 2008 par le Prix Nobel de littérature. Il a écrit une quarantaine d’ouvrages de fiction (romans, contes, nouvelles) ainsi que des essais. 

 

1- Les Principaux thèmes de son œuvre

Il a d'abord été très influencé par le "Nouveau Roman" dans les années soixante, surtout Georges Perec et Michel Butor, avec ses premiers romans (Le Procès-verbal, La Fièvre et Le Déluge). Il y développe son angoisse existentielle et sa phobie de la grande ville et son premier succès littéraire a des accents camusiens, rappelle par certains côté L'étranger. Peu à peu, il trouve son style dans des livres comme Terra Amata, Le Livre des fuites et La Guerre, plus marqués par des préoccupations écologiques et par ses voyages, avec Les Géants né de son séjour chez les indiens du Mexique.

 

Il subit l'influence des auteurs américains, en particulier J. D. Salinger, William Faulkner et d'Ernest Hemingway qui le conduisent à un style plus lyrique, le recours au monologue intérieur, mais aussi d'hommes qui ont plus un parcours spirituel comme Henri Michaux et sa méfiance envers la société ou l'usage de drogues comme expansion de la conscience), à qui il consacre d'ailleurs un mémoire d'études et comme Antonin Artaud et ses rêves optimistes. L'incorrigible voyageur, le rêveur méditatif donne alors des œuvres comme Mondo et autres histoires en 1978, Désert deux ans plus tard, puis Le Chercheur d'or, Onitsha ou Poisson d'or.

 

Dès les années 1980, Le Clézio intègre à son œuvre une dimension biographique, sa double culture française et mauricienne qu'il évoque dans des personnages tels qu'Alexis, le narrateur de son roman Le Chercheur d’or en 1985, à la recherche de son grand-père Léon, sa suite Voyage à Rodrigue (voir l'article ci-dessous) ainsi que La Quarantaine en 1995 où l'on retrouve son grand-père. Dans des ouvrages plus récents, il va s'inspirer de ses proches, dans Révolutions, son père dans L'Africain en 2004 ou sa mère pour le personnage d'Ethel Brun, dans Ritournelle de la faim en 2008.

 

La révolte est un thème dominant de son œuvre. Il n'aime guère l'ambiance de la vie urbaine et la mentalité de l'Occident avec la prééminence de l'économie et son approche mercantile. Il va alors s'engager dans la lutte pour ses idées, soutenir les cultures minoritaires l’ONG Survival International, ceux qui se préoccupent d'environnement, de lutte contre la pollution, et défendre ses positions dans des ouvrages comme Terra Amata, Le Livre des fuites, La Guerre ou Les Géants. ses convictions le portent aussi à dénoncer toute forme d'impérialisme, qu'il soit colonial [1] ou purement guerrier. [2] A partir des années 2000, il est de plus en plus critique vis-à-vis des sociétés occidentales comme Ourania en 2005, critique du monde moderne impliquant l'oubli des traditions et du passé ou son essai paru en 2006 intitulé Raga, Approche du continent invisible, défense des peuples océaniens. 

 

2- Le Procès-verbal, Révolutions, Onitsha

Le Procès-verbal - JMG Le Clézio, éditions Gallimard, 2003, isbn 2070238210

C'est l'histoire d'un jeune homme Adam Pollo, marginal vivant seul. Adam Pollo vit dans une maison abandonnée sur une colline, près d'une ville, quelque part au Sud de la France. L'été est chaud, il s'attarde à contempler le paysage qui l'entoure. Puis il décide d'aller en ville, se promène dans les rues, sur les plages et fait la connaissance de Michèle, une jeune femme. Nous suivons en détail les faits et geste d'Adam : rien que de très commun, toujours les mêmes ballades sur les plages et par les rues de la ville.

 

Parfois, il s'arrête, fait une halte, joue au billard ou commande une bière dans un bistrot. Cependant, son comportement commence à devenir bizarre, une espèce de dédoublement le saisit, sans doute une conséquence des méfaits de la ville. Il se retrouve ainsi dans un asile d'aliénés où il engage de longues discussions avec d'autres pensionnaires dans la grande salle de l'institution mais au fond de lui, il se sent désespéré et rejeté par la société.


Révolutions - JMG Le Clézio, éditions Gallimard, 247 pages, 1963

 

Une farce rêvée, titre du premier chapitre, ramène Le Clézio à son enfance, " l'exil, la recherche d'une terre font partie de ce qui m'a été donné premièrement " écrit-il. Et il cite Flannery O'Connor, " un romancier doit être porté à écrire sur les premières années de sa vie, où le principal lui a été donné". Ces 'Révolutions' dont il est question dans le titre sont celles du temps, c'est " le temps avec ses révolutions " qui est perdu.

 

Nous retrouvons dans ce roman l'une des obsessions de Le Clézio, sa double culture franco-mauriciaine, le Nice des années 1950-60 et l'île Maurice de ses ancêtres. Ce qui est fascinant à Nice, c'est la faculté de la ville à assimiler des populations très diverses, venues de tous les continents, une des rares cités comme Alger ou Beyrouth à avoir réussi cette sublime alchimie.


Onitsha

Ce 14 mars 1948, Maria-Luisa Allen dite Maou, accompagnée de son fils Fintan partent rejoindre en Afrique son mari Géoffroy parti travailler dans le petit port d'Onitsha au Nigéria. Pour Maou, c'est une nouvelle vie qui s'offre à elle, une vie qu'elle imagine si facile où elle va enfin retrouver son mari après une longue séparation. Là-bas, ils seront vraiment quelqu'un, sans préjugés contre Géoffroy.

 

Mais la réalité est fort différente. L'Afrique est un autre monde, étrange, dérangeant, mystérieux et inconnu, si loin des habitudes et des mentalités européennes, d'autant plus qu'ils vivent en vase clos dans le champ restreint des membres de la colonie, de leurs relations oscillant entre rivalités et mesquineries dérisoires. Mais l'Afrique exerce sur eux une telle fascination qu'ils sont pris à leur propre piège, prisonniers de leurs espoirs, cuits et recuits dans la torpeur d'une chaleur émolliente.

 

3- Ritournelle de la faim

Ritournelle de la faim - JMG Le Clézio, éditions Gallimard, collection Blanche, 206 pages, 2008, ISBN 2070122832

 

A la fin de son roman, JMG Le Clézio fait cet aveu : « J'ai écrit cette histoire en mémoire d'une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans ». Ainsi se fait le pont entre sa jeune héroïne Ethel et la mère de l'écrivain qui l'a largement inspirée. Nous sommes à Paris au début des années 1930 et c'est l'exposition coloniale. Ethel toute jeune alors -elle a dix ans- vit à Montparnasse avec ses parents d'origine mauricienne, elle se promène dans l'exposition avec son grand-oncle, Samuel Soliman, lui aussi mauricien qui porte sur cet événement un regard particulièrement ironique. En visitant le pavillon de l'Inde, il décide de l'acheter et de le faire rebâtir sur un terrain qu'il possède à Paris; il l'appellera la Maison mauve. Curieuse idée en apparence, idée fixe d'un homme vieillissant. Très impressionnée par ce projet, Ethel promet à son grand-oncle de s'en occuper après sa mort, car Samuel Soliman est un homme âgé et riche, qui veut faire de la jeune fille, son héritière.

 

Le couple de ses parents bat de l'aile, un peu comme ce monde bourgeois dont il est issu, médiocre et médisant, pestant contre tout ce qui n'est pas 'lui', les Juifs, les étrangers, les 'métèques'... Adolescente, Ethel va découvrir qu'elle a été spoliée, ruinée, moralement atteinte, et elle leur en veut à eux « qui avaient gobé tous les mensonges de l'époque. » Heureusement, il y a son amie Xenia, une jeune Russe blanche ruinée par la Révolution, qui veut absolument rattraper par un beau mariage ses revers de fortune. Belle et un brin moqueuse, Xenia devient assez cynique, ce qui va bientôt la séparer d'Ethel. Mais la guerre arrive et, exilée à Nice, il faut qu'elle s'occupe de ses parents démunis, sa rancœur retombe et même dans sa situation, elle préfère penser à son avenir.

 

Cette ritournelle de la faim, bercée par le 'boléro' de Ravel, est autant ressentie physiquement à travers les privations que dans les sentiments, dans la volonté d'Ethel de se surpasser, la faim pour une jeunesse sacrifiée, aux illusions sacrifiées, dont elle doit assumer les conséquences. " Le Boléro, écrit-il, n'est pas une pièce musicale comme les autres. Il est une prophétie. Il raconte l'histoire d'une colère, d'une faim. Quand il s'achève dans la violence, le silence qui s'ensuit est terrible pour les survivants étourdis. " En épigraphe du livre, Jean-Marie Gustave Le Clézio cite le poème d'Arthur Rimbaud, « Fêtes de la faim », avec sa terrible ritournelle : « Si j'ai du goût, ce n'est 'guères' / Que pour la terre et les pierres (...) Mes faims, tournez. »

 

4- Le Mexique, Diedo et Frida

Diego et Frida - JMG Le Clézio, éditions Stock, collection Échanges, 237 pages, 1993, ISBN 2-234-02617-2

 

JMG Le Clézio connaît fort bien le Mexique. En 1967, il est envoyé au Mexique au titre de son service militaire et participe à la réalisation de la bibliothèque de l'Institut français d’Amérique latine (IFAL) puis entreprend d'étudier le maya à l’université de Mexico ainsi qu'au Yucatán. En 1977, il reprend ses travaux effectués au Yucatan, publiant une traduction des Prophéties du Chilam Balam, sur la mythologie maya. Ce sera ensuite en 1983 sa thèse d’histoire sur le Michoacán, situé au centre du Mexique, à l’Institut d'études mexicaines de Perpignan. Il enseignera aussi à l'université de Mexico.

 

Il a également écrit un essai sur le Mexique intitulé Le Rêve mexicain ou la pensée interrompue [3] dans lequel il s'interroge sur les raisons de la disparition des cultures et des civilisations indiennes de Méso amérique au XVIe siècle et sur le rôle des conquistadors dans celle de la civilisation mexica. Il s'attache aux personnalités en présence telles que Cortés, la Malinche, Motecuzoma II, Cuauhtémoc et tente une analyse détaillée des événements à la lumière de l'ouvrage de Bernal Diaz del Castillo dans son Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle Espagne. Il fat aussi de la politique fiction en esayant d'imaginer l'avenir sans l'intervention colonialiste espagnole. C'est l'une de ses obsessions de rêver à une évolution qui aurait suivi 'le cours normal de l'histoire', sans la conquête et ses terribles conséquences (guerre, maladie, esclavage) sur le devenir de ce pays et de ses habitants autochtones, en particulier les Aztèques.

 

Diego et Frida c'est une page importante de l'histoire culturelle contemporaine du Mexique, c'est aborder, à travers les amours tumultueuses des peintres Diego Rivera (1886-1957) et Frida Kahlo (1907-1954), l'épopée de la révolution mexicaine. Frida est turbulente mais de santé fragile et Diego a une réputation sulfureuse, grand séducteur et communiste, athée, peintre révolutionnaire qui représente les ouvriers, les incite à la révolution et peint des fresques à la gloire des indiens. Iconoclaste. Quand ils annoncent leur mariage, c'est la stupeur, en quelque sorte la mariage de la carpe et du lapin.

 

Scepticisme sur la réalité de ce mariage, lui qui a le double de son âge à elle et fait trois fois son poids, une vie déjà derrière lui, constellée de scandales. Le père de Frida, quand il apprendra cette annonce déconcertante, s'écrira : " Ce seront les noces d'un éléphant et d'un colombe. "

 

Leur vie est à leur image, sans concessions, faite de douleur et de solitude pour Frida, une vie foisonnante faite de rencontres avec Trotsky et Breton, de renouvellement des formes d'art pictural. Ils sont dans la parfaite ligne d'une certaine déraison mexicaine, un couple mythique et contradictoire représenté par les figures tutélaires de Ometecuhtli et Omecihuatl.

 

5- Les romans 'mauriciens'

Le Chercheur d'or, JMG Le Clézio, éditions Gallimard, 1985

 

L'enfoncement du Boucan dans l'île Maurice en 1892. Alexis, le héros de cette histoire a huit ans et joue avec Laure sa sœur ainée dans la forêt, se ballade en compagnie de son ami Denis, un jeune noir descendant d'esclaves de l'île qui lui explique la nature et lui fait connaître la mer. Mais un terrible cyclone va anéantir cette belle harmonie, détruire la maison familiale et ruiner les espoirs du père qui emmène sa famille à Forest Side. Dans sa nouvelle vie, Alexis rêve à des histoires de pirates et, à la mort de son père, découvre de mystérieux documents sur l'existence du trésor du Corsaire, caché quelque part dans l'anse aux Anglais sur l'île Rodrigues.

 

Mais Alexis doit d'abord faire face à la réalité et travailler comme comptable dans la société que gère son oncle. Ce n'est qu'en 1910 qu'il pourra enfin s'embarquer sur le Zéta, un schooner trois-mâts commandé par le capitaine Bradmer. C'est ce qu'il espérait, l'appel du large qui le mène à l'île aux rats, l'île Frégate et le petit paradis de Saint-Brandon, puis sur l'île Rodrigues. La chasse au trésor commence. Il travaille dur pendant quatre longues années avec l'aide de deux autochtones mais les cachettes qu'il découvre sont vides. Terrible déception atténuée par la rencontre avec Ouma, une jeune 'Mataf' élevée à Paris.

 

On est en 1914 et Alexis s'engage alors dans l'armée britannique, rejoint l'Europe, se conduit en héros à la bataille d'Ypres, durant l'hiver 1915 et la bataille de la Somme à l'automne 1916. De retour à Forest Side où on le considère comme un héros, il retrouve sa sœur Laure et sa mère devenue presque aveugle. Après quelque temps d'une vie nostalgique, il repart en 1919 pour Rodrigues poursuivre sa quête du trésor. Mais les résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances, Ouma est partie et quelque trois ans plus tard un terrible ouragan ravage l'île et son campement de l'Anse des Anglais puis précipite le Zéta sur le récif. Désespéré, il doit repartir pour l'île Maurice pour assister sa mère dans ses derniers instants. Il a quand même la joie de revoir Ouma qui travaille dans une plantation de cannes à sucre.

 

Sa sœur Laure entre alors dans les ordres et Alexis va vivre quelques mois de bonheur avec Ouma à Mananava, tout près du renfoncement Boucan de son enfance, mais Ouma décide d'aller rejoindre son frère;ils sont finalement déportés vers Rodrigues, leur île natale. Alexis décide alors de brûler les papiers du trésor pour s'en libérer définitivement et rêve de retrouver Ouma sur son navire l'Argo.


Voyage à Rodrigues - JMG Le Clézio, éditions Gallimard, 1986  


L'île Rodrigues, dans l'archipel des Mascareignes à proximité de La Réunion et de l'île Maurice dont elle dépend, Le Clézio la décrit comme « issue de la mer, portant sur elle l'histoire des premières ères : blocs de lave jetés, cassés, coulées de sable noir, poudre où s'accrochent les racines de vacoas comme des tentacules. » Elle signifie pour lui le bout du voyage. Pourquoi ce voyage à Rodrigues ? s'interroge-t-il. « N'est-ce pas comme pour le personnage de Wells, pour chercher à remonter le temps ? » Il se demande aussi comment un homme, ce grand-père objet de sa quête et de ce voyage, a pu endurer pareilles conditions de vie, pareille solitude, comment définir cette obsession, cerner avec des mots 'cette fièvre du chercheur d'or', [4] « le langage est un secret, un mystère », remarque-t-il en connaisseur, mais celui de son grand-père est particulier, avec « la géométrie comme premier langage », fait de bribes, constitué au fur et à mesure de ses recherches.

 

Cette approche dévoile un homme où « il n'y a pas d'architecture sans écriture ». Cette obsession, cette recherche harassante d'un trésor hypothétique, c'est avant tout la quête d'un bonheur perdu après la vente de son domaine Euréka à l'île Maurice et l'errance de sa famille. Sa quête sonne comme une revanche, s'inscrit dans le destin de cette famille car « s'il n'y avait eu Euréka, si mon grand-père n'en avait été chassé avec toute sa famille, sa quête de l'or du Corsaire n'aurait pas eu de sens. Cela n'aurait pas été une aventure aussi inquiétante, totale ». Le Clézio est frappé par ce contraste entre l'obsession solitaire de son grand-père et la guerre qui fait rage en Europe et dans le monde, c'est le rêve irréalisable comme le monde qui s'enfonce dans la guerre, qui impose sa présence inquiétante. « Comment oublier le monde, écrit-il, peut-on chercher le bonheur quand tout parle de destruction ? » C'est ainsi : « Le monde est jaloux... il vient vous retrouver là où vous êtes, au fond d'un ravin, il fait entendre sa rumeur de peur et de haine... »

 

Lui aussi, l'auteur, le petit-fils, se sent floué par ce voyage : « Maintenant je le sais bien. On ne partage pas les rêves ».


La quarantaine - JMG Le Clézio, éditions Gallimard, 540 pages, 1995 ISBN 2-07-040210-X

 

Ce récit qui s'inscrit dans les romans de sa biographie 'mauricienne', lui a été inspiré par un épisode de la vie de son grand-père maternel Alexis, de la quarantaine qu'il subit sur un îlot au large de l'île Maurice, suite à une épidémie de variole. Il conte l'histoire de deux frères, Léon et Jacques, de retour sur leur terre natale l'île Maurice en 1891 à bord du navire l'Ava. A cause d'une escale inopinée, deux des passagers du navire sont atteints de variole et l'Ava est alors obligé de débarquer ses passagers sur l'île Plate où ils passent plusieurs mois isolés du monde.

 

Ce roman comporte un part biographique importante comme l'Africain, qui met en scène son père, médecin en Guyane britannique puis en Afrique. S'il a préféré le recours au roman plutôt d'au mémoire, disait-il, c'est qu'il estimait la première formule plus intime et émotionnellement plus intense. IL revient une nouvelle fois sur ses racines mauriciennes, surtout à travers le personnage de Jacques, mêlant roman et récit de voyage et faisant de l'île Maurice le but du voyage. On y retrouve aussi son goût pour la nature et sa défense, la flore locale et la botanique, avec le personnage de Suryavati, une jeune indienne d'origine britanniques qui explique à Léon l'importance de ses traditions.

 

JMG Le Clezio-Stockholm 2008.jpg

   

6- Informations complémentaires

  1. Par exemple, dans Onitsha ou dans Désert où il dénonce les nouvelles formes d'exploitation
  2. La Première Guerre mondiale dans Le Chercheur d’or ou la guerre du Biafra dans Onitsha
  3. Le Rêve mexicain ou la pensée interrompue, éditions Gallimard, collection NRF Essais , Paris, 1988, 248 pages ISBN 2-07-071389-X
  4. Ce roman fait suite à un autre roman paru l'année précédente et qui s'intitule justement Le Chercheur d'or, éditions Gallimard, Paris, 1985, 332 pages, ISBN 2-07-070247-2

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 16:11

Georges Brassens, une vie par André Larue

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Portrait de Georges Brassens -- Brassens et Jeanne dans l'impasse -- "Georges Brassens" par JM. Brial

 

Brassens, une vie est un témoignage, sous forme d'album avec des photos inédites, écrit par son ami André Larue surnommé "Géo", retraçant l'itinéraire de Georges Brassens.

 

Référence : André Larue, "Brassens, une vie", préface de Raymond Devos, éditions IGE/Michel Lafon, décembre 1982, isbn 2-902259-06-9

1- Georges Brassens et André Larue

              D'abord, c'était mon copain... Que faisait-il ?

              Comme le cordonnier à son échoppe

              Il se mettait à la guitare

              Et il fabriquait des chansons

              Dont chacune était un chef-d'œuvre.      Raymond Devos

 

Georges Brassens et André Larue, c'est une "vieille" amitié qui a débuté au temps du STO en Allemagne au printemps 1943. Là-bas à Basdorf, Georges Brassens est "Le Poète" ou également "Bidet", un type quelque peu curieux qui martèle à longueur de temps de ses doigts tout ce qui passe à sa portée, le bois d'une table ou la tôle d'un placard. Ils vivent dans le même baraquement -alors qu'Onteniente, le futur "Gibraltar" en occupe un autre, un peu plus loin- et immédiatement, une vraie amitié naît entre les deux hommes.

 

A travers chaque chapitre de cet album qui contient de belles photos pour agrémenter le texte, André Larue dresse un portrait de l'itinéraire de son ami. Il a choisi 20 chansons de Brassens comme fil conducteur, [1] chansons aux facettes autobiographiques sur ceux ou celles qui les lui ont inspirées [2] ou sur sa vie et des événements qui l'ont marquée. [3] Sans oublier ses penchants anarchistes qui apparaissent dans ses pointes contre les pouvoirs établis, la religion, l'armée, les flics, les juges ou les bourgeois... [4]

Mais il ne rechignait pas d'entrer dans une église pour un baptême ou un mariage, [5] n'était qu'indulgence pour l'humaine nature, celui qu'on nommait parfois "l'ours" et dont la maison était souvent pleine de copains.

 

2- De Sète à Basdorf

 

Dès son enfance, Brassens a baigné dans la chanson, toute la famille fredonnait, chantait à longueur e journée les succès du moment, et "poétise" très tôt, son professeur d'histoire surnommé "Totu" lui disant un jour : « Vous faites de la poésie ? Eh bien! ça vous mènera loin ça... » Il compose d'instinct, surtout sous l'influence de Charles Trénet au début, mettant des paroles sur ses musiques pour mieux s'en souvenir. Une cinquantaine d'œuvre de jeunesse dont la plupart resteront dans ses cartons.[6] La fâcheuse mésaventure qui le conduira à Paris, il l'évoquera dans la chanson "Les quatre bacheliers", occasion de rendre hommage à son père. Après le décès d'Yvonne, son premier amour, c'est dit, il ira à Paris rue d'Alésia chez la tante Antoinette, la sœur de sa mère.


En 1942, Brassens se voit encore poète et publie un recueil de 13 poèmes sous le titre A la venvole, conserve un autre recueil intitulé Des coups d'épée dans l'eau et écrit sans ralâche une espèce de roman feuilleton au curieux titre (provisoire) de Lalie Kakamou. [7] Réquisitionné par le STO au printemps 1943, Brassens passera une année en Allemagne à Basdorf près de Berlin, composant l'hymne du camp :La marche des PAFs (paix aux Français) et "Si les Français", chanson aux accents plus patriotique. [8]

 

3- Le temps des vaches maigres 

 

"Le mauvais sujet repenti", titre de l'une de ses chansons, Brassens connaît bien : une "erreur de jeunesse" à Sète et son allure "d'ours mal léché" qu'on lui reproche après son retour de Basdorf, sa "gueule patibulaire" de l'époque lui vaudra quelques mésaventures. [9] C'est l'époque des vaches maigres, les travaux de couturières de Jeanne, la maigre paie de Marcel et Georges qui écrit le matin et se balade dans Paris l'après-midi avec ses copains [10] pour finir ruse Pigalle dans la 'piaule' de Pierre Onteniente.


C'est aussi le temps de l'anarchiste avec le poète Armand Robin, [11] quand il écrivait dans le journal Le Libertaire sous le pseudonyme de "Jo la cédille". Après des amours quelque peu tumultueuses avec celle qu'il nommait "La sucube" puis "La p'tite Jo" [12] insupportable décrite dans Une jolie fleur (dans une peau d'vache), Brassens rencontra l'amour et le succès.

Avec Patachou qui le lança en 1952, ce fut une belle amitié mais elle partit un temps faire carrière aux États-Unis et ils ne se revirent jamais plus. Avec Joha Heiman, [13] sa "Puppchen", [14] ce fut pour la vie, malgré sa non demande en mariage".


C'est pour faire plaisir à ses copains, à René Fallet qu'il tourne dans le film ''Porte des lilas', à Yves Robert qu'il compose Les copains d'abord pour le film "Les copains" ou pour Henri Colpi qu'il écrit le générique du film Heureux qui comme Ulysse... Après 10 ans de chansons, de concerts et de tournées, et le grand prix Charles Cros à la clé, Brassens sent la fatigue s'accumuler, il perd sa mère en 1962 et l'année suivante, doit se faire opérer de calculs rénaux. Il fond de 30 kilos et sa santé reste si chancelante qu'un jour l'AFP diffuse l'information qu' : « On dit que tu es mort. » « C'est nettement exagéré » répond Brassens qui écrira sur le sujet une chanson ironique Le bulletin de santé. Mais le calvaire va continuer et en mai 1967, en pleine nuit, c'est son voisin d'immeuble Jacques Brel qui l'emmène à la clinique Jouvenet. Sur des photos devenues célèbres, on le voit sur son lit d'hôpital plaisanter avec Fallet ou rire aux tours et aux facéties de Raymond Devos.

 

4- De l'impasse Florimont à la rue Santos-Dumont

 

Georges Brassens n'a jamais voulu quitter l'impasse Florimont. Maintenant Jeanne est chez elle et il a même acquis la maison contiguë au n°7 pour être plus à l'aise, surtout depuis le décès de Marcel "l'auvergnat". Mais les copains sont nombreux, très envahissants et lui très connu. C'est ainsi qu'il décide d'acquérir une propriété à Crespières, vers Saint-nom-la-Bretèche, Le moulin de la Bonde.

 

Mais décidément tout s'en mêle. D'abord à "Crespières" où un promoteur a la mauvaise idée de vouloir construire un millier de maisons sur un terrain attenant à sa propriété. Exit Crespières. Mieux : en 1967, Jeanne se remarie avec u jeunot, un autre Georges, et Brassens préfère s'éloigner. Il s'installe au 12è étage dans un immeuble Méridien rue Émile-Dubois. Exit l'impasse Florimont. Ils ne se reverront guère mais Brassens sera à son chevet quand Jeanne s'éteint à l'hôpital Saint-Joseph en octobre 1968.

 

Depuis 1956 et le départ de "Crespières", Brassens prit l'habitude de passer ses vacances dans la famille de "Jeanne" à Lanvollon près de Paimpol dans les Côtes d'Armor. Il appréciait beaucoup le neveu de "Jeanne" Michel Le Bonniec qui le pilotait dans la région et l'emmenait à la pêche. Après la mort de "Jeanne" en 1971, il fit l'acquisition d'une grande maison, Kerflandry, tout à côté, à l'embouchure du "Trieux", sur la commune de Lézardrieux où il vint chaque été presque jusqu'à la fin de sa vie.

 

Brassens se plaît moins au Méridien, il cherche à revenir auprès de son arbre, aussi le cher Onteniente se met-il en chasse et finit par lui trouver une maison "à l'anglaise" assez étroite sur deux étages avec un jardinet ombragé par un vernis du Japon, rue Santos-Dumont, petite voie qui débouche sur la rue Vouillé. [15] Toujours dans la même quartier mais dans le 15è arrondissement.

 

L'amour, il le rencontre chez des amis en 1947, en la personne de Joha Heiman, une petite blonde à l'œil pétillant et à l'accent slave venu de son Estonie natale. Georges Brassens, c'est dit, restera impasse Florimont avec Jeanne, ils ne vivront pas ensemble, sauf à la campagne à Crespières ou dans la maison de Bretagne à Lézardrieux près de Paimpol. Avec Joha, Brassens sera toujours entre j'me suis fait tout p'tit et la non demande en mariage, mais surtout Rien à jeter. Elle restera constamment «  discrète, attentive, efficace » nous assure André Larue. En fait, Brassens a trop peur de l'usure du temps pour « s'engager pour l'éternité. »


Depuis 1956 et le départ de Crespières, Brassens prit l'habitude de passer ses vacances dans la famille de Jeanne à "Lanvallon" près de "Paimpol" dans les Côtes d'Armor. Il aime beaucoup le neveu de Jeanne, Michel Le Bonniec qui le pilote dans la région et l'emmène pêcher. Après la mort de Jeanne, il achète en 1971 une grande maison, "Ketflandry", tout à côté, à l'embouchure du "Trieux" sur al commune de Lézardrieux.

5- Les deux dernières années

Au printemps 1980, alors qu'il prépare Bobino, ce ne sont plus les reins cette fois mais les intestins qui sont atteints. Pourtant, malgré la perte de son ami d'enfance Henri Delpont et de son professeur de philo à Sète Alphonse Bonnafé, il fait une émissions de télé à Sète. Il a ces mots pour Jean-Michel Brial qui vient de lui consacrer un livre [16] : « La mort tu sais, je la prends comme elle vient car dans ses relations, elle y gagne toujours, alors que toi, tu y perds toujours. » Sa santé se détériore rapidement et le 10 octobre 1981, il part avec Joha et Éric battista pour la clinique du docteur Bousquet mais il est déjà trop tard et il s'éteint le 30 octobre dans la demeure du docteur à Saint-Gély-du-Fesc, dans la banlieue nord de Montpellier. Dès le lendemain, on l'enterra à Sète, non au cimetière marin comme dans sa chanson mais au cimetière du Py, à côté de ses parents, en petit comité, juste la proche famille et les copains sétois, [17] un peu comme le Pauvre Martin : « En faisant vite, en le cachant / On l'étendit sans rien dire / Pour ne pas déranger les gens.  »
Lui qui avait beaucoup écrit sur les cimetières et "la camarde" comme dans ce poème qu'il écrivit le 28 novembre 1945 :

Si seulement j'eusse eu d'autres rimes en "arbre",
Je vous aurais fait voir, horrifique camarde,
Comment en quelques vers, un poète se fout
Sempiternellement de vos vers et de vous. 

Infos complémentaires

Notes et références

  1. Chansons représentatives comme "Maman, papa", "La première fille", "Le mauvais sujet repenti", "Les copains d'abord", "Le bulletin de santé", "Les trompettes de la renommée", "Le grand chêne", "La cane de Jeanne", "Auprès de mon arbre", "Mourir pour des idées", "La supplique"
  2. Jeanne et Marcel "l'auvergnat", Émile Miramont "Corne d'aurochs", la "petite Jo" et ses amours parisiennes...
  3. le Paris de "Entre la rue de Vanves et la rue Didot", sa maladie avec le bulletin de santé, sa notoriété avec Les trompettes de la renommée, ses idées les femmes ou la violence et la guerre comme La non-demande en mariage, la guerre de 14-18 ou Mourir pour des idées...
  4. Par exemple, avec le juge du "Gorille", quand il ironise sur "le nombril des femmes d'agents", les bourgeois dans "Les croquants" ou "les oiseaux de passage"...
  5. Par exemple, lors du mariage en Bretagne de la fille d'André Larue
  6. André Larue a choisi de présenter dans son album quelques inédits comme "Quand l'hiver est fini", "Personne ne saura" ou "Vous souvenez-vous de moi ?" (pages 16-17)
  7. Publié à compte d'auteur sous le titre "La lune écoute aux portes", "pseudo-édition" Gallimard, Bibliothèque du Lève-nez, 1947
  8. Il écrira aussi "Maman papa" et "Pauvre Martin", qu'il peaufinera encore avant qu'elles soient enregistrées
  9. En particulier, celle d'avoir été accusé de vol, alors que le coupable s'est révélé être le fils de la victime.
  10. Les copains sont alors peu nombreux, surtout Iskin et Larue qu'il a connus à Basdorf, les sétois Louis Bestiou et Emile Miramont, le libertaire Marcel Renot et Onteniente
  11. Armand Robin, né le 19 janvier 1912 à Plouguernével près de Rostrenen (Côtes-d'Armor), mort le 30 mars 1961 à Paris, écrivain français, traducteur, journaliste et homme de radio.
  12. La p'tite Jo qui se faisait appeler Josiane, se nommait en réalité Jeanine Morin
  13. Certains écrivent Joha Heyman
  14. Là aussi, problème d'orthographe, on trouve outre "Puppchen", "Püppchen" ou plus simplement "Pupchen" comme apparemment Brassens l'écrivait
  15. Tout près de là, la mairie de Paris a réalisé Le Parc Brassens sur l'emplacement des anciens abattoirs de Vaugirard
  16. "Georges Brassens", éditions PAC, 281 pages, 1981, isbn 2-8533-6150-0
  17. Il fut inhumé en présence de Joha, sa sœur Simone Cazzani et son fils, son cousin, des intimes comme Onteniente ou Nicolas, les amis sétois Laville, Bestiou, Thérond et l'abbé Barrès qui prononça quelques mots pour son copain trop tôt disparu

Sélection bibliographique

  • Mario Poletti, "Brassens l'ami", éditions du Rocher, 2001
  • René Fallet, Brassens, éditions Denoël, 1967
    - - - réédition augmentée d’extraits inédits du Journal de A à Z sur Brassens : éditions Denoël, octobre 2001
  • Hervé Bréal, Brassens de A à Z, éditions Albin Michel, 2001 ISBN 2-226-11117-4
  • François Ruy-Vidal (conception, présentation), Jean-François Ferrané, Anne-Marie Gaignière et Philippe Gavardin (ill. Alain Letort, Alain Gauthier, Gérard Hauducœur, Bernard Durin, Serge Cecarelli, Bruno Raffaelli, Claude Lapointe), Georges Brassens : 35 chansons chantées par Georges Brassens, publiées de 1952 à 1956, Marcom Music, coll. « Publication Alain Pierson », 1977, 168 p.

Voir aussi

 

 


 

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