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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 14:52

Littérature – Rentrée 2011 - sélection


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1. La sagesse des abeilles du philosophe Michel Onfray;
2. Claustria de Régis Jauffret; 
3. Une bonne raison de se tuer de Philippe Besson;
4. La femme au miroir d'Éric-Emmanuel Schmitt;
5. Le corps immense du président Mao de Patrick Grainville;
6. Les amandes amères de Laurence Cossé;
7. Fragonard - L'invention du bonheur par Sophie Chauveau.

1- La Sagesse des abeilles. Première leçon de Démocrite est un spectacle scénique dirigé par le philosophe Michel Onfray avec Jean-Luc Therminarias et Jean Lambert-wild, le responsable de la Comédie de Caen, théâtre des Cordes.


tumb Michel Onfray

 

Le sous-titre "Première leçon de Démocrite" renvoie à l'un des philosophes antiques préférés de Michel Onfray (avec Diogène) qui indique que ce spectacle s'inscrit dans le cadre de ses recherches sur l'hédonisme. C'est Le recours aux forêts, titre de l'un de ses ouvrages précédents, qui ramène aux animaux et aux hommes dans leurs rapports complexes.

 

L'abeille dans l'imaginaire humain, c'est un peu comme la fourmi, animal grégaire sans grande intelligence, dominé par son instinct de survie, comme ces hommes qui vivent en groupes, sur les stéréotypes et s'en remettent à un chef. Or précise Michel Onfray, la ruche est aussi un contre exemple, celui d'une communauté basée sur l’entraide, qui contribue à "la vertu publique" d'un groupe actif qui va de l'avant. C'est la première leçon de Démocrite, « celui qui un jour a tourné le dos aux hommes pour s’enfoncer dans la forêt… »

 

Référence : "La Sagesse des abeilles", Michel Onfray, éditions Galilée, collection manifeste, 20 avril 2011, isbn 978-2-7186-0858-7

 


 

2- Claustria est un roman de Régis Jauffret publié en janvier 2012 aux éditions Le Seuil à partir d'une histoire authentique.
tumb Régis Jauffret en 2010

 

Le titre Claustria que Régis Jauffret a donné à son roman et une contraction de claustration et Austria pour Autriche, puisque les faits se sont déroulés en Autriche. C'est un fait divers particulièrement choquant et sordide qui est découvert dans le village d'Amstetten en Basse-Autriche, le 26 avril 2008 du monde. Pendant quelque vingt-quatre ans, le dénommé Josef Fritzl a séquestré sa fille dans la cave de sa maison, l'a régulièrement violée au point de lui faire sept enfants.

Voilà pour la trame de ce roman qui se penche aussi sur les aspects plus intimes, existentiels de ce drame familial devenu un drame de société où l'auteur nous emmène dans le quotidien insoutenable de ces vies brisées et des relations entre les protagonistes de ce huis-clos familial.


 

3- Une bonne raison de se tuer est un roman de l'écrivain Philippe Besson paru en janvier 2012 aux éditions Julliard qui se déroule aux États-Unis.


tumb Philippe Besson en 2011

 

La seule question qui passionne les États-Unis en cette journée du 4 novembre 2008 est de savoir si un démocrate, de surcroît homme de couleur, Barack Obama peut devenir président du plus puissant état du monde. Mais pas tous les américains dont certains sont atteints dans leurs bases, dans tout ce à quoi ils ont cru jusqu'à présent, par la grave crise économique dans laquelle est plongée leur pays.

 

Philippe Besson raconte l'expérience de deux d'entre eux, Samuel et Lara, loin des préoccupations des politiques, en prise avec leurs difficultés à vivre, leurs désillusions. Samuel doit aller enterrer son fils et a plutôt envie de le rejoindre. Laura n'est guère mieux lotie, délaissée par les siens, son mari et son fils, éprouve la même envie de disparaître que Samuel. Autre face de "l'american way of life" d'un rêve qui s'effiloche et qui en font "une bonne raison de se tuer".

 


 

4- La femme au miroir est un roman d'Éric-Emmanuel Schmitt paru en 2011.


tumb Eric-Emmanuel Schmitt en 2010

 

Ce sont trois destins que Éric-Emmanuel Schmitt propose dans ce roman : ceux d'Anne, Hanna et Anny Lee. Apparemment si différentes, Anne vit à Bruges à l'époque de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale de la "belle époque" et Anny Lee à Los Angeles à l'époque contemporaine. Des femmes différentes mais en réalité si proches...

 

Repères bibliographiques (romans)

• La Secte des égoïstes (1994), prix du premier roman de l'université d'Artois
• L'Évangile selon Pilate (2000), La Part de l'autre (2001)
• Lorsque j'étais une œuvre d'art (2003), Guignol aux pieds des Alpes

Voir la vidéo : Web-tv-cuture


 

5- Le Corps immense du président Mao est un roman de Patrick Grainville publié le 1er septembre 2011.
tumb Patrick Grainville en 1982

 

Partir à la recherche de sa fille dans la mégalopole chinoise de Shenzhen est une gageure. Comment Thomas va-t-il faire pour la retrouver dans ce dédale des villes modernes où tout se ressemble, dans ce symbole de la mondialisation où le gigantisme représente l'art suprême, lui-même mondialisation d'un art déshumanisé, visé de sa spécificité.

Cette quête de l'identité de la jeune fille est aussi une recherche d'identité dans une ville tentaculaire et sans âme, où des milliardaires provoquant étalent leur fortune devant la foule grouillante des pauvres déracinés de leur campagne. Et qui est ce Lan qui règne sans partage sur son empire, homme fait de charme et de rouerie, et quel secret semble-t-il posséder ?


 

6- Les Amandes amères est un roman de l'écrivain Laurence Cossé publié le 1er septembre 2011 aux éditions Gallimard.


tumb Laurence Cossé en 2011

 

Édith découvre un jour la vie difficile et humiliante de Fadila qui est analphabète et vit tant bien que mal dans une société qui en fait un terrible fardeau à porter. Elle décide de prendre les choses en mains et de faire son apprentissage. Mais Fadila éprouve d'énormes difficultés à acquérir les bases du Français nécessaires à une véritable insertion. Fadila est une déracinée prise entre le Maroc, son pays d'origine, et la France où elle se sent seule et à l'écart. Et une amitié compliquée mais vraie va naître entre ces deux femmes.

 

Voir aussi :

• Vous n'écrivez plus ?, Gallimard, 2006, Grand Prix de la nouvelle de l’Académie Française : que deviennent tous ces écrivains obscurs qui n'ont guère publié, quelle a été leur vie après ? se demande Laurence Cossé.
• Au bon roman
• Illettrisme et Analphabétisme

 

7- Fragonard - L'invention du bonheur est un biographie de l'écrivaine Sophie Chauveau consacrée au peintre Fragonard parue aux éditions Télémaque le 27 octobre 2011. (413 pages - isbn : 978-2-7533-0142-9)

 

tumb Sophie Chauveau en 2011

 

Jean-Honoré Fragonard est surtout connu pour ses scènes romantiques de filles-fleurs dénudées et comme inventeur du "jaune vie" éclatant qui a éclairer la toile, lui apporter un petit air d'irréalité qu'on lui a parfois reproché. Pour Sophie Chauveau, il a "inventé" le bonheur" et trace sa vie aventureuse du soleil de Grasse où il est né, des ateliers de Chardin ou Boucher à l'école de Rome, dans une époque difficile dans un Paris pré-révolutionnaire qui va déboucher sur la Terreur et la dictature impériale.

 

Bibliographie

   2003 : La Passion Lippi, Télémaque, Paris (ISBN 9782753300002)
   2005 : Le Rêve Botticelli, Télémaque, Paris (ISBN 9782753300262)
   2007 : L'Obsession Vinci, Télémaque, Paris (ISBN 9782753300569)

   Roman historique
   Vidéo : Web-tv-culture

 

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 18:35

Salman Rushdie et son "double" Joseph Anton


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Rushdie portrait.jpg Rushdie, portrait

 

Rappel biographique
Salman Rushdie est l'auteur d'une œuvre importante dont « les Enfants de minuit », couronné par le Booker Prize en 1981, « la Honte » en 1984, « le Dernier Soupir du Maure » en 1996, « Shalimar le clown » en 2005. En 1989, la publication des « Versets sataniques » a provoqué une fatwa de l'imam Khomeyni pour condamner à mort l'écrivain qui vient de publier « Joseph Anton, Une autobiographie » où il retrace son combat pendant ses dix années de clandestin.


 

Dix années terribles de clandestinité depuis Les versets sataniques, Salman Rushdie parle maintenant avec le recul de ses combats contre le fanatisme religieux, l'islamisme, d'une nouvelle vie qui s'ouvre à lui.

 

Rushdie anton.jpgSalman Rushdie et Joseph Anton

 

En 1996, il considère la publication de son roman « le Dernier Soupir du Maure» comme une victoire, la fameuse fatwa de 1989 ayant échoué à supprimer en lui l'écrivain. Il publie en 2012 un nouveau roman « Joseph Anton », [1] façon d'abandonner son nom de clandestin pour que l'écrivain puisse refaire surface. Son histoire est ainsi devenue livre, une façon de dominer ces événements. Reste un manque, une nostalgie d'une impossible vie de famille, l'absence de contacts avec ses enfants, son fils Zafar en particulier. Une victoire "à la Pyrrhus", importante cependant par la diffusion des "Versets sataniques", même si la terreur intégriste demeure toujours présente.

 

Maintenant, il s'est approprié ce nom de Joseph Anton, [2] hésitant entre l'homme Rushdie et un personnage de fiction ou pire, d'être devenu une « créature de la fatwa», comme s'il s'était trouvé dans un mauvais roman d'espionnage dont il ignorait tout. Situation si paradoxale où il se retrouve malgré lui dans un navire au bord de la Tamise, un peu comme dans film de « James Bond », avec le gratin du MI6, les services secrets anglais, ou cette réunion plénière de quelque 80 personnes où il est soumis à un interrogatoire serré et cependant, d'où il ressort soulagé.

 

Rushdie manif multan pakistan 6 07.jpg Manifestation au Pakistan contre Salman Rushdie en 2007

 

Être soutenu par ses pairs, par une internationale de grands écrivains [3] va été pour lui un réconfort inappréciable, une mobilisation extraordinaire en sa faveur, qui constitue l'événement majeur de cette génération d'écrivains, « un événement fédérateur.» Leur aide a permis de susciter un courant favorable aussi bien auprès des politiques que de l'opinion publique et aussi d'agir, de contre-attaquer, être actif et ne plus simplement réagir aux attaques. Cette cette passivité qu'il a le plus mal supporté dans les premières années de la fatwa. C'est maintenant une prime de 3,3 millions de dollars qui est proposée pour le supprimer mais le plus inquiétant est la présence de tueurs à gages au service du terrorisme étatique, même si l'état iranien semble avoir abandonné cette idée.

 

Ses dernières années ont été consacrées à ce livre autobiographique et il aimerait bien revenir à de véritables œuvre de fiction, ne plus être le sujet d'un livre, « j'ai hâte de changer d'air, d'inventer des personnages imaginaires. »

 

Rushdie verserts.jpg Rushdie et les versets sataniques

Notes et références
  1. "Joseph Anton, Une autobiographie", éditions Plon, 500 pages
  2. Joseph Anton : Joseph pour Conrad, Anton pour Tchekov. Le nom que Salman Rushdie se choisit en guise de nouvelle identité, après la fatwa prononcée contre lui par l’ayatollah Khomeni, le 14 février 1989
  3. Parmi lesquels Nadine Gordimer, Russell Banks, Carlos Fuentes, Paul Auster, Martin Amis, Günter Grass...ainsi que Bill Buford, Andrew Wylie, Elisabeth West -qu’il épousera...

 

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 11:10
Machiavel, le Prince et la Renaissance

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A l'occasion de la parution d'un livre sur Le Prince de Machiavel, [1] livre ses réflexions sur l'influence de Machiavel et ce qui fait sa spécificité, son actualité.

Machiavel, un nom magique, autant décrié qu'encensé, aussi bien de son vivant qu'après sa mort, mis à l'index par l'inquisition qui ne plaisantait pas à son époque mais redécouvert par Nietzsche, lui qui n'a écrit qu'un seul ouvrage mais combien célèbre : Le Prince.

 

Le problème est qu'on a beaucoup interprété ce que dit Machiavel, surtout pour servir de caution à ses propres convictions, e que n'ont pas manqué de faire maints penseurs, tous siècles confondus, s'exerçant à un art particulièrement difficile sur l'exercice du pouvoir. Succès incroyable d'un homme qui a réussi à faire de son nom un adjectif lié à l'enfer et aux pires manipulations. Il rejoint ainsi d'autres écrivains illustres comme son compatriote Dante, Sade ou Kafka, le dictionnaire parlant carrément de « rusé, perfide et tortueux » pour cerner le machiavélisme qui a cette caractéristique de définir un système politique reposant sur la négation de la morale et impliquant « une conduite tortueuse et sans scrupules ».

 

Grande constante dans un rejet quasi unanime, dès la circulation des premières copies en 1513 et surtout après sa publication en 1532, après la mort de son auteur puis lors de sa mise à l'Index par l'Inquisition en 1559... et donna même lieu à un «Anti-Machiavel»en 1576, commis par théologien huguenot, au nom certes pas prédestiné, un certain Innocent Gentillet. Toute cette cabale sera rejointe en 1740 par le roi Frédéric de Prusse qui mêlera sa voix à la réprobation générale, tant et si bien que l'adjectif "florentin" s'appliquera à l'art consommé de l'intrigue.

NICOLAS MACHIAVEL, penseur florentin de la Renaissance (1469-1527) et fils du trésorier pontifical à Rome,
auteur du «Prince» (écrit en 1513, publié en 1532) et de «Discours sur la première décade de Tite-Live»
 

Sa réhabilitation viendra de la fin du XIXe siècle avec Nietzsche qui dans son ouvrage « Par-delà bien et mal »pour qu'un génie philosophique fasse l'éloge « d'une pensée soutenue, difficile, dure, dangereuse » [...] Il nous fait respirer l'air sec et subtil de Florence, et ne peut se retenir d'exposer les questions les plus graves au rythme d'un indomptable allegrissimo, non sans prendre peut- être un malin plaisir d'artiste en un rythme galopant, d'une bonne humeur endiablée. »

 

Machiavel, dont en fait on connaît mal la biographie, est secrétaire de la République de Florence, un homme cultivé qui connaît très bien l'histoire de l'Antiquité et celle de son temps, qui sait tout des arcanes du pouvoir, un diplomate qui voyage en France et en Allemagne. Mais dès l'avènement des Médicis, ses ennuis commencent et il est arrêté puis torturé: «Sans l'avoir mérité, je supporte une grande et continuelle malignité de fortune » se plaindra-t-il. Le pouvoir est très relatif, comme les hommes qui le font, des hommes aux différentes facettes, ni bons ni méchants la plupart du temps, des hommes plutôt  ingrats, simulateurs et dissimulateurs, poltrons à l'occasion, avides de reconnaissance sous toutes ses formes.

« Un exercice périlleux »

Dans ces conditions, on peut se demander si les hommes sont "gouvernables" et s'il existe  un prince assez vertueux pour cela. Tâche difficile, insurmontable car « il est beaucoup plus sûr d'être craint que d'être aimé ». La réalité est encore plus subtile  et la porte est étroite : il doit être craint sans être méprisé ou haï, Il doit aussi « apprendre à ne pas être bon » et « savoir entrer dans le mal si nécessaire ». Devant le peuple, il se doit d'être tout à la fois inflexible, sûr de lui et apte à partager leurs sentiments en faisant preuve d'humanité.

 

On frôle la quadrature du cercle. Il s'appuie sur le Peuple, le plus grand  nombre, « le petit nombre n'a pas de place quand le grand nombre a de quoi s'appuyer. » et se situe au-delà du Bien et du Mal pour « nourrir habilement une inimitié pour l'écraser avec plus de grandeur, » sans états d'âme qui l'empêcheraient  « d'aller tout droit à la vérité effective de la chose plutôt qu'à l'imagination qu'on s'en fait. » Sur les sentiments humains, il ne se fait guère d'illusions : Les hommes doivent être caressés ou détruits, car ils se vengent des offenses légères, mais des graves ils ne le peuvent pas. L'offense qu'on fait à un homme doit être faite de telle sorte qu'on n'ait pas à craindre la vengeance.»

 

Il profite de son exil dans les environs de Florence pour s'adonner à l'écriture, dédie en vain son livre aux Médicis, se plaint de sa situation auprès de son ami Francesco Vettori, alors ambassadeur auprès du Saint-Siège. Il passe son temps à se promener dans la campagne et les bois, à fréquenter l'auberge du village, à lire les grands poètes antiques, "Dante, Pétrarque, Ovide" notant « leurs passions amoureuses, je me souviens des miennes, et je me réjouis un moment dans cette pensée. » Vie solitaire, contraste entre cette existence retirée dans sa disgrâce et les beautés picturales de son époque, de Michel-Ange, Raphaël, Vinci ou Le Titien, où subsiste sa tombe dans l'église de Santa Croce avec son épitaphe datant de 1787,  « aucun éloge n'est digne d'un si grand nom.» [2]

 

Notes et références

[1] Le prince, de Machiavel, traduit de l'italien par Jacqueline Risset, présenté par Patrick Boucheron, illustrations choisies et commentées par Antonella Fenech Kroke, éditions Nouveau Monde, 224 pages
[2] En latin dans le texte d'origine : « Tanto nomini nullum par elogium »

Complément : Bibliobs

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 20:54

Maîtres penseurs du XXe siècle est un ensemble de textes écrits par des écrivains et philosophes spécialistes du XXe siècle sur sept des principaux philosophes français de ce siècle.

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1- Présentation et chronologie

1- Présentation
'Maîtres-penseurs' écrivait par dérision André Glucksmann, un des porte-parole des Nouveaux philosophes qui a le plus contesté la génération précédente, grands penseurs en tout cas qui n'ont jamais recherché les honneurs et envié les ors de la république. Les lieux qu'ils ont privilégiés eurent un caractère emblématique, le séminaire de Jacques Lacan, l'université alternative de Vincennes pour Gilles Deleuze et Michel Foucault ou le Collège international de philosophie que créa Jacques Derrida.

 

Ce ne furent pas des militants au sens classique du mot mais ils s'engagèrent dans des actions concrètes, les prisonniers pour Foucault, les immigrés pour Deleuze, Derrida contre l'Apertheid ou Bourdieu luttant aux côtés des mouvements anti-capitalistes à la fin des années 1990.

 

Un travail de terrain que par exemple Bourdieu mena en Algérie ou Lévi-Strauss en Amérique latine. Leurs réflexions anticipèrent les questions essentielles les questions qui allaient se poser par la suite, les sujets brûlants comme le néolibéralisme, l'écologie, la surveillance, l'évolution de technologies comme celles de l'image et de l'écriture. Après leur 'domination' dans les années 1950-1970 et leur rayonnement bien au-delà des cercles francophones, et leur effacement dans les années tourmentées des derniers temps du XXe siècle, ils sont de nouveau lus et appréciés depuis les années 2000 qui ont charrié tant de désillusions.

 

Les philosophes de la "french theory" :


- Claude Lévi-Strauss (1908-2009) l'homme des structures;
- Jacques Lacan (1901-1981) le chaman des mots;
- Roland Barthes (1915-1980) l'enragé du langage;
- Michel Foucault (1926-1984) la passion des maudits;
- Gilles Deleuze (1925-1995) le généreux métaphysicien;
- Pierre Bourdieu (1930-2002) sociologue de combat;
- Jacques Derrida (1930-2004) le démonteur de textes;

2- Repères chronologiques

- Les années 30 : En 1934, Lévi-Strauss part enseigner au Brésil, Lacan adhère à Société Psychanalytique de Paris et en 1936 il présente son texte Stade du manoir. - Les années 40 : En 1948, Lévi-Strauss publie Les structures élémentaires de la parenté.

 

- Les années 50 : Barthes publie Le degré zéro de l'écriture (1953) et Mythologies (1957), Foucault son Histoire de la folie (1954) et Lévi-Strauss Triste tropique (1955).


- Les années 60 : 1964 est une année charnière pour Pierre Bourdieu qui publie Les Héritiers et pour Lacan qui quitte la SPP pour créer L'école freudienne de Paris, connaît un très grand succès et part enseigner à Sainte-Anne sur l'invitation d'Althusser. En 1966, gros succès pour Foucault avec Les Mots et les choses. Nouvelle année charnière en 1968 où Foucault dirige l'université de Vincennes avec Deleuze qui vient de publier Différence et répétition.

 

- Les années 70 : Gilles Deleuze et Félix Guattari publient L'Anti-Oedipe, critique virulente du marxisme et de psychanalyse. Foucault publient Surveiller et Punir en 1975 et l'Histoire de la sexualité, tome I, l'année suivante.


- Les années 80 : Lacan saborde l'AFP en 1980 avant de décider l'année suivante. Deleuze débute sa réflexion sur l'art avec Francis Bacon, logique de la sensation. Foucault meurt du sida après avoir publier deux tomes de son Histoire de la sexualité.

 

- Les années 90 : Elles commencent par la mort de Louis Althusser puis celle de Deleuze après une longue maladie. Derrida publie "Politiques de l'amitié" en 1994. Début de l'affaire Sokal qui aura un grand retentissement.


- Les années 2000 : morts successives de Bourdieu en 2002, Derrida en 2004 et Lévi-Strauss en 2009.

3- Maîtres penseurs et nouveaux philosophes

Depuis la fameuse émission de Bernard Pivot en mai 1977, avec Maurice Clavel, Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann, les 'maîtres penseurs' de la génération précédente ont été soumis à rude épreuve. Ils vont être aussi touchés directement par la folie d'Althusser, Barthes meurt à 64 ans, renversé par une voiture, Foucault meurt du sida en 1984. C'est d'abord Glucksmann qui portent les coups avec ses deux ouvrages La cuisinière et le mangeur d'hommes et Les Maîtres penseurs puis ce sera La barbarie à visage humain de Bernard-Henri Lévy, l'ancien élève d'Althusser où il critique l'omnipotence de Hegel, leur rôle dans l'origine des totalitarismes, le livre de Deleuze L'Anti-Oedipe, critique de la psychanalyse lacanienne, qu'il accuse de propager une "idéologie du désir".

 

Leur but est de lutter contre tous les totalitarismes, et d'abord celui de la pensée comme le marxisme. Un libéralisme de bon aloi souffle alors sur la France à travers la revue Le Débat qui diffuse ses thèses sous l'œil bienveillant de Raymond Aron. Pour eux, La distinction de Bourdieu n'est qu'un contrepoint de la vulgate marxiste, Foucault, Lacan et Derrida ne valent guère mieux. Ils sont traités de réactionnaires tandis qu'un scientifique américain Alan David Sokal publie un ouvrage Social Text en apparence très sérieux et truffé de référence, reconnu par la profession, qui s'avérera un énorme canular, complété l'année suivante par Impostures intellectuelles.

 

Mais ces critiques outre atlantique vont finalement conforter le rôle moteur des 'maîtres penseurs' français dans ce qu'on a appelé la French Theory [1] qui englobe aussi des écrivains comme Kristeva, Hélène Cixous ou Jean Baudrillard. Alain Badiou en particulier sera le porte-parole de cette génération où seul Lévi-Strauss vit encore- avec un pamphlet intitulé De quoi Sarkozy est-il le nom ? en 2007 puis deux ans plus tard, L'Hypothèse communiste. L'heure est à la réhabilitation des 'maîtres penseurs' qui prônaient l'esprit de rébellion et d'indignation.

4- Liste des philosophes de cette époque

- 1 - Louis Althusser
- 2 - Alain Badiou
- 3 - Barthes refait signe
- 4 - Pierre Bourdieu et la sociologie
- 5 - André Comte-Sponville
- 6 - Hélène Cixous
- 7 - Gilles Deleuze
- 8 - Deleuze et Badiou
- 9 - Jacques Derrida
- 10 - Dany-Robert Dufour
- 11 - Foucault : Penser l'homme
- 12 - Vladimir Jankélévitch
- 13 - Julia Kristeva
- 14 - Jacques Lacan
- 15 - Claude Lévi-Strauss
- 16 - Jean-Luc Nancy
- 17 - Emmanuel Levinas
- 18 - Jean-François Lyotard
- 19 - Jean-Luc Marion
- 20 - Paul Ricœur

- 21 - Michel Onfray

- 22 - Merleau-Ponty

- 23 - Alain Finkielkraut 

5- Bibliographie

- François Dosse, "Histoire du structuralisme", La Découverte, 1991
- Frédéric Worms, "La philosophie française au XXe siècle", Gallimard, 2009
- Marcel Hénaff, "Claude Lévi-Strauss le passeur de sens", Perrin, 2008
- Louis-Jean Calvet, "Roland Barthes, Flammarion, 2008
- Philippe Solers, "Lacan même", éditions Navarin, 2005
- Didier Eribon, "Michel Foucault", Flammarion, 2011
- François Dosse, "Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée", La Découverte, 2007
- Patrick Champagne, "Piere Bourdieu", Milan, 2008
- Benoît Peeters, "Derrida", Flammarion, 2010

 

6- Références
  1. Voir le livre de François Cusset, "French Theory, Foucault, Deleuze, Derrida & cie", La Découverte, 2003
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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 18:43

PHILIPPE DELERM ET SON ŒUVRE                      <<<<<  • • • • © CJB  • • • •  >>>>>>>


L'auteur en 2010

            <<<<<<<< •°°°°  © CJB  °°°°°• >>>>>>>>

RAPPEL :

Philippe Delerm est un écrivain, né le 27 novembre 1950 à Auvers-sur-Oise (Val d’Oise) qui vit actuellement dans le village de Beaumont-le-Roger dans l’Eure. Il est l’auteur de recueils de poèmes en prose comme ‘’La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules’’ en 1997. Il publie ensuite plusieurs ouvrages, Il avait plu tout le dimanche en 1998, La Sieste assassinée en 2001, Enregistrements pirates en 2003 ainsi qu’un recueil des nouvelles, L' Envol en 1995 et un essai, Les Chemins nous inventent en 1999. Depuis 2007, il a quitté l’enseignement pour être écrivain à temps plein et diriger la collection "Le goût des mots" aux éditions Points/Seuil. Il a obtenu le Prix du Style en 2009.

 

Présentation succinte de : 1- Ma grand-mère avait les mêmes, 2- Quelque chose en lui de Bartleby 3- Écrire est une enfance

 

<<<<<< Voir aussi Philippe Delerm et son oeuvre (1ère partie)   >>>>>>>

1- Ma grand-mère avait les mêmes

tumb

Philippe Delerm : Ma grand-mère avait les mêmes, Éditions Points, collection "Le goût des mots", 93 pages, ISBN 978-2-7578-0837-5

 

Philippe Delerm renoue avec un genre qu'il affectionne, [1] ce goût des mots, du nom de cette collection, ce qu'il nomme lui-même en sous-titre "les dessous affriolants des petites phrases".

 

Il note dans ce recueil les mots, les expressions qui à l'image du premier récit "Ma grand-mère avait les mêmes", donne son ton aux différents récits et son titre au livre. Les différents textes qui composent l'ensemble possèdent ce goût de la nostalgie des vieux objets de la jeunesse, retrouvés au gré d'une brocante, qui rappellent les menus plaisirs de la vie quotidienne d'alors, une fugace réminiscence de spleen ou de solitude, tous ces souvenirs ressuscités qui égrènent leur poids d'émotion. Des sentiments qui affleurent dans des récits tels que "ça devrait toujours rester comme ça" face aux évolutions pourtant inéluctables ou ces mots qui devraient consoler "c'est le soir que c'est difficile". [2]

 

Il saisit ainsi au hasard de ses petites histoires les petits riens auxquels on ne prêtre guère d'attention mais si porteurs de sens, qu'il distille avec volupté, à la fois simples et denses, , ce que chacun a déjà ressenti à l'occasion d'une réflexion, d'une remarque ou d'une discussion, tous les non-dits si porteurs de sens. [3]

 

On y retrouve le souvenir ému de ce qui ne sera plus, tel ce "Qui lit encore Duhamel ?," la patine du temps qui fait parfois plus vieux qu'ancien, mêlée d'une pointe de regret. [4] Il met en lumière les petites touches qui changent tout comme dans cette répartie d'un personnage découvrant une inconnue chez des amis, "on ne vous fait pas fuir, au moins ?" qui marque la légère muflerie que le ton ne peut vraiment dissimuler. De l'art de faire comprendre les choses sans les dire. Philippe Delerm traque bien d'autres ambiguïtés de langage entre des expressions policées qu'il est séant de dire, et leur subtile interprétation.

 

Sélection bibliographique

  • "Autumn", Éditions du Rocher, 1988, prix Alain-Fournier ;
  • "Sundborn ou les Jours de lumière", Éditions du Rocher, 1996, Prix des libraires, 1997 et prix national des bibliothécaires
  • "Les Amoureux de l’Hôtel de Ville", Éditions du Rocher, 2001 ;
  • "Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables", Gallimard, 2005, ISBN 2-07-076760-4;
  • "La Tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives", éditions Panama, 112 pages, 2007;
  • "Quelque chose en lui de Bartleby", éditions Mercure de France, collection bleue, 2009, ISBN 978-2715228245.

Notes et références

  1. Dans la même veine que ses précédents récits "La première gorgée de bière..." ou "Dickens, barbe à papa..."
  2. Marianne Payot de L'Express le 27/11/2011 : "Philippe Delerm a le talent de dévoiler les 'dessous' des mots avec beaucoup d'humour."
  3. Des messages qu'il aime décoder, décortiquer comme dans son autre recueil paru en 2009 "Quelque chose en lui de Bartleby"
  4. Voir l'article de Christine Ferniot dans Télérama du 17/12/2011

2- Quelque chose en lui de Bartleby

Philippe Delerm : "Quelque chose en lui de Bartleby", Éditions Mercure de France, collection bleue, 149 pages, 2009, ISBN 978-2715228245.

 

Arnold Spitzweig est ce qu'on peut considérer comme un Français moyen, à l'aise dans sa condition, sans grande ambition donc, célibataire bien qu'il ait vécu quelque temps avec Clémence Dufour. [1] Il aime ce Paris un peu désuet des petits troquets où la vie de quartier s'épanouit encore, même s'il éprouve une certaine nostalgie pour son Alsace natale et son village Kentzheim.

 

Arnold Spitzweig -"Spitz" le sommet et "sweig" le chemin, « quelque chose comme le chemin de crête » commente son ami Dumontier- a longtemps entretenu avec l'ordinateur des rapports distants et même difficiles. « Vous y viendrez, vous verrez » pronostiquait son amie Jeanne Corval. Elle avait raison.

À Dumontier qui glose sur les blogs qui fleurissent maintenant, il répond d'un air satisfait : « Je tiens mon blog depuis un mois. » Stupéfaction de son entourage. Pourtant, Arnold Spitzweig est plutôt un contemplatif, observant les gens, ce qui se passe autour de lui, sans cesse en éveil, « je ne sais pas ce que c'est que l'ennui » disait-il avec fierté.

 

Ce Bartleby dont il est question dans ce récit [2] et dans le titre a effectivement un "petit quelque chose d'Arnold", commis aux écritures rêvassant à sa fenêtre, mais lui s'autorisait quelques douceurs comme de fumer de temps en temps un cigare au Luxembourg ou de lire, détendu, son journal à la terrasse du "Rouquet". [3]

 

Et ce qui est incroyable, c'est que son blog Antiaction.com -un titre qui est déjà une profession de foi- rencontre un succès phénoménal et qui ne semble pas se démentir. Après les commentaires élogieux de son blog sur "France-Inter", il sort vraiment de l'anonymat. Il connut un succès tel que même son amie d'enfance Hélène Wohleber-Necker dont il a jadis été très amoureux, s'intéresse à lui maintenant. Arnold Spitzweig aime flâner dans Paris, le long du canal Saint-Martin jusqu'au bassin de la villette par exemple ou remonter la rue Oberkampf jusqu'à Ménilmontant. C'est ce qu'il écrit dans son blog, décrivant, livrant ses impressions, un blog qui est dans l'air comme in est dans l'air du temps.

 

Un important éditeur lui a même proposé de le publier mais, se demanda-t-il, « fallait-il exister en-dehors de soi ? » Décidément, non. Désormais, il veut écrire uniquement pour lui, au nom de "ce quelque chose en lui de Bartleby".

Philippe Delerm dissèque aussi ces petits riens qui sont sa spécialité, [4] les relations si anodines au premier regard entre Arnold Spitzweig et ses amis du bureau. [5]

 

Commentaires et critiques
« Le roman de Delerm pose comme sujet de réflexion, le besoin moderne de s’exprimer, le besoin de reconnaissance, la valorisation du petit fait quotidien, mais ne fait que poser la réflexion, à nous d’aller plus loin. Faut-il ou non succomber au monde moderne, à ces nouveaux moyens d’expression, à cette reconnaissance médiatique ? » voir le site [1]

 

« Mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec Bartleby ? », Le Nouvel Observateur du 27 août 2009

 

Sélection bibliographique

  • "Autumn", Éditions du Rocher, 1988, prix Alain-Fournier ;
  • "Sundborn ou les Jours de lumière", Éditions du Rocher, 1996, Prix des libraires, 1997 et prix national des bibliothécaires
  • "Les Amoureux de l’Hôtel de Ville", Éditions du Rocher, 2001 ;
  • "Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables", Gallimard, 2005, ISBN 2-07-076760-4;
  • "La Tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives", éditions Panama, 112 pages, 2007

Notes et références

  1. Voir aussi son récit précédent avec le même personnage "Monsieur Spitzweg s'échappe"
  2. "Bartleby" est un personnage de Herman Melville, personnage qui refuse les contraintes et préfère rester en retrait du monde, qui dit souvent : « Je préfère pas » (cf pages 51-53).
  3. D'autre "petits bonheurs au quotidien" qui rappellent son ouvrage "La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" paru en 1997
  4. Voir par exemple son recueil Ma grand-mère avait les mêmes
  5. Voir l'article "Philippe Delerm à l'affût des petites phrases", L'Express du 9 mai 2012

3- Écrire est une enfance

tumb

 

Référence : "Ecrire est une enfance", éditions Albin Michel, 12 octobre 2011, ISBN 2226229825

 

Présentation et contenu
Dans cet essai autobiographique, Philippe Delerm, parvenu à la soixantaine, s'interroge sur son écriture et sa passion d'écrire, tente de percer les raisons secrètes, dans une quête introspective, de savoir ce que peut bien signifier l'acte de noircir jour après jour des feuilles de papier, au-delà des raisons habituelles qui tournent autour du besoin de reconnaissance et de l'ego.

 

Dans cette recherche qui le ramène à l'enfance, il traque la genèse de son écriture, le parcours d’homme et d’écrivain qu'il a suivi jusqu'alors, examinant avec soin le chemin parcouru. Retournant vers ses jeunes années, avec une grande lucidité mâtinée d'une certaine mélancolie, [1]il revient sur ses premiers tâtonnements d'écolier, le lien avec des parents instituteurs qui ont influencé dans une certaine mesure son penchant naturel pour cette forme d'expression, ce besoin de lire exaspéré par l’isolement lié à une longue maladie infantile, une timidité naturelle qui l'a gêné mais a sûrement aussi joué son rôle dans son rapport à l'écriture. [2]

 

Il poursuit avec ses difficultés, celles de ses relations féminines que n'arrange pas sa timidité [3], le renoncement final au journalisme sportif, [4] puis la rencontre avec Martine la femme de sa vie, sa décision d'être professeur de lettres, qui est encore une autre forme de relation à l'écriture. Il parle bien sûr des influences littéraires qu'il a subies, celle de Marcel Proust, de Paul Léautaud, Jules Renard parmi les plus notables, ses "parrains d'écriture" comme J.M.G. Le Clézio, Jean d’Ormesson, Pascal Quignard …


Il va connaître le succès qui vient enfin avec La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. C'est un homme éclectique qui, outre son attachement à l'enfance et à la littérature, a une attirance pour le sport en général, [5] et aime aussi la chanson française, la peinture, le cinéma... tout ce qui tourne autour de l'expression artistique, ce mélange de mélancolie [6] de joie, de sérénité et de bonheur [7] qu'on retrouve souvent dans ses récits.

 

Notes et références

  1. « Parfois on dit : "On aurait presque pu..." Là, c'est la phrase triste des adultes qui n'ont gardé en équilibre sur la boîte de Pandore que la nostalgie.» (La première gorgée de bière, p.28, Éd. L'Arpenteur)
  2. Il dit dans la Video AlbinMichel du 18 novembre 2011 que son besoin d'écrire vient surtout de : « sa façon singulière de regarder le monde qui nous entoure et à sa façon de la 'transfuser' dans des livres... » Propos sur le regard à rapprocher de ce qu'il dit dans son essai "Les chemins nous inventent en 1997 : « C'est le regard qui compte, et cette envie d'aller par les chemins. »
  3. « Les filles sont un autre monde, et je m'en souviendrai. Elles deviendront cet ailleurs difficile où je te reconnais, pays à inventer pour le bonheur de passer la frontière.» (Le Cinquième Saison, page 53, Éd. du Rocher)
  4. Renoncement qu'il traduira par l'écriture dans son récit La Tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives
  5. Féru d'athlétisme, il a collaboré au journal "L’Équipe" pendant les Jeux olympiques d'Athènes en 2004 et en 2008, il a commenté pour "France Télévisions" les épreuves d'athlétisme aux jeux de Pékin
  6. « J'aime la mélancolie de ce passant. Il n'a plus aucune de ces prétentions du paraître qui nous amenuisent tant dans la vraie vie, nous contraignent à cacher nos blessures, nos tristesses. » (L'envol, page 7, Éd. Librio n°280)
  7. Voir son recueil de nouvelles "Le trottoir au soleil" en 2011 où il évoque « ces petits éclats de vie qui font la trame des jours heureux. »

Voir aussi

  • "Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables", Gallimard, 2005, ISBN 2-07-076760-4;
  • "La Tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives", éditions Panama, 112 pages, 2007
  • Rémi Bertrand, "Philippe Delerm et le minimalisme positif", Éditions du Rocher, 2005
  • "Philippe Delerm, un écrivain engorgé" par Philippe Lançon, Libération du 10 février 2011

 

 

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 18:16

PHILIPPE DELERM ET SON ŒUVRE                <<<<<  • • • • © CJB  • • • •  >>>>>>>


L'écrivain en 2010

Philippe Delerm est un écrivain, né le 27 novembre 1950 à Auvers-sur-Oise (Val d’Oise) qui vit actuellement dans le village de Beaumont-le-Roger dans l’Eure. Il est l’auteur de recueils de poèmes en prose comme ‘’La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules’’ en 1997. Il publie ensuite plusieurs ouvrages, Il avait plu tout le dimanche en 1998, La Sieste assassinée en 2001, Enregistrements pirates en 2003 ainsi qu’un recueil des nouvelles, L' Envol en 1995 et un essai, Les Chemins nous inventent en 1999. Depuis 2007, il a quitté l’enseignement pour être écrivain à temps plein et diriger la collection "Le goût des mots" aux éditions Points/Seuil. Il a obtenu le Prix du Style en 2009.

 

Présentation succinte de : 1- La tranchée d'Arenberg..., 2- Automn, 3- Sundborn ou les jours de lumière

 

<<<<<< Voir aussi Philippe Delerm : Ma grand-mère avait les mêmes >>>>>>>
<<<<<<< Quelque chose en lui de Bartleby >>>>>>
<<<<<< Ecrire est une enfance >>>>>>>

1- La tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives

Référence : Philippe Delerm, "La tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives", Paris, Éditions Panama, 112 pages, 2007

 

 

Curieux titre pour qui ne connaît rien au cyclisme et ignore la fameuse tranchée d’Arenberg, haut lieu de Paris-Roubaix. Philippe Delerm nous présente ses ‘voluptés sportives’, ses grands moments de sport, ceux qui l’ont marqué comme la concurrence Anquetil-Poulidor ou les ‘estocades’ de Zidane[1] Après les petits plaisirs de le vie dans « La Première gorgé de bière… », voilà les joies et les souffrances des sportifs comme l’extraordinaire courage du patineur qui reprend sa chorégraphie après une chute. Car Philippe Delerm est non seulement un ‘fan’ mais a longtemps été pratiquant : football, 400 mètres plat, entraîneur d’un petit club chez lui en Normandie… et le footing à tout âge. Mais la pratique, c’est aussi l’angoisse de la concurrence et de la compétition, c’est la douleur physique pour parvenir à se dépasser.

 

C’est aussi l’émotion du public, l’adrénaline qui monte du public qui manifeste sa joie ou sa déception, tout ces sentiments mêlés qui émanent du public et donnent tout son sens à la course. Pour lui, cette volupté rejoint son besoin profond et est de même nature que l’écriture : « le petit moment juste après l’effort, quand je sirote un café après avoir écrit deux pages. »

 

Une pointe de nostalgie aussi quand il époque le temps où le direct n’existait pas et où il fallait attendre avec fébrilité les résultats des étapes du Tour de France, l'oreille collée au "transistor". Il porte une nouvelle fois un regard incisif sur son environnement avec cette analyse particulière qui n'appartient qu'à lui, parce que écrit-il, « l’écriture me permet de traduire ce regard, ou plutôt de m’en approcher, car si j’en avais la maîtrise parfaite, l’aventure n’aurait plus de sens à mes yeux. »

2- Automn

Références : Philippe Delerm, "Autumn", Éditions du Rocher, 1988, 257 pages, ISBN 2268030563 , prix Alain-Fournier 1990

 

Ce roman nous plonge dans l'Angleterre victorienne -de 1850 à 1869- avec de 'vrais' personnages de l'époque, des peintres préraphaélites Dante Gabriel Rossetti, John Everett Millais, le peintre John Ruskin et l'écrivain Lewis Carroll. L'histoire repose effectivement sur des bases historiques, celle de ce groupe de peintres qui se font appeler les 'préraphaélites', et de vie faite de difficultés quotidiennes avec leurs amours impossibles et leurs recherches picturales d'absolu. Elle est centrés sur Rossetti, Le chef de file de cette école, qui met sur un piédestal son modèle, la belle Elizabeth Siddal.

 

3- Sundborn ou les Jours de lumière

Références : Philippe Delerm, "Sundborn ou les Jours de lumière", Éditions du Rocher, août 1996, ISBN 2268023427 , Prix des libraires 1997

 

Ulrick Tercier fait la connaissance des membres d'une communauté d'artistes scandinaves qui sont venus s'établir dans un petit village de Seine-et-Marne, Grez-sur-Loing en 1884, village que goûtait particulièrement le peintre Jean-Baptiste Corot. Dans cette communauté, vivent Carl Larsson et sa femme Karin, les peintres Soren Kroyer, Michael et Anna Ancher, Christian Krohg ainsi que Julia l'amie de Karin Larsson.

 

Ils sont là pour leur art, pour la peinture et cette lumière très particulière de ce coin d'Île-de-France, d'abord vanté par Corot puis par beaucoup d'impressionnistes. Pour Ulrick Tercier, jeune homme qui se cherche, c'est un immense plaisir d'être avec eux, de prendre part à leur vie et à leur passion, d'autant qu'ils sont bientôt rejoints par August Strindberg.

 

Intrigué et plein d'espoirs, il part au Danemark, à Skagen marchant sur les traces de ses ancêtres puis à Sundborn en Suède où la famille Larsson retourne en 1888, et finit par revenir à Giverny avec Julia, à la recherche de Claude Monet. On retrouve là aussi, comme dans son roman Automn, des personnages réels, mélangés à des personnages fictifs qui sont à la recherche du bonheur et d'eux-mêmes.

 


Voir aussi :

Notes et références

  1. Amateur de sport, il a commenté pour le journal L’Équipe l'athlétisme aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004 et 2008, les épreuves d'athlétisme aux jeux de Pékin pour France Télévision

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 14:32

Jérôme Ferrari, "Le Sermon sur la chute de Rome" 


Jérôme Ferrari à Fozzano, décembre 2012

 

Référence : Jérôme Ferrari, "Le Sermon sur la chute de Rome", Actes Sud, 208 pages, 2012

 

Né en 1968 à Paris, Jérôme Ferrari a enseigné la philosophie en Corse, en Algérie et, aujourd'hui à Abu Dhabi. Auteur déjà de plusieurs romans, comme "Où j'ai laissé mon âme" et "Un dieu un animal", il a publié en août 2012 "le Sermon sur la chute de Rome" chez Actes Sud, sélectionné par de nombreux prix littéraires. (Il vient par ailleurs de co-traduire, du corse, un excellent roman de Marc Biancarelli chez Actes Sud, "Murtoriu")

 

« Le Sermon sur la chute de Rome », prix Goncourt 2012, se présente comme une méditation sur la vanité des actions humaines sur fond de pastis et de cochon, tout çà dans un bar de la montagne corse. L'auteur dépeint deux mondes qui évoluent en parallèle : celui du grand-père Marcel, vivant dans les colonies loin de sa Corse natale et celui de Matthieu qui désirent à l'inverse revenir "vivre au village" et entremêle ces deux histoires. Le destin en décidera autrement dans un chasser-croisé, ces deux trajectoires qui se croisent, et finalement Matthieu devra quitter la Corse pour toujours et Marcel à l’inverse, échouant dans ses expériences coloniales, sera contraint de revenir s'y établir.

 

C'est aussi l'histoire de deux amis dans leur bar, avec un bagage qui ne leur sert à rien -des études de philo à la Sorbonne- et ils se sentent « comme un homme qui vient juste de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n'a plus cours ». Mais, foin de philosophie, les deux copains Matthieu Antonetti et Libero Pintus décident de faire leur vie dans leur village d'enfance pour y façonner « le meilleur des mondes possibles » aurait dit "Candide" après Leibniz. La "convivialité " fonctionne bien au début, on boit, on chante, on s'amuse, on raconte les aventures coloniales du grand-père Antonetti, et les touristes affluent. Tout le monde est content sauf Aurélie, la sœur de Matthieu, qui voit d'un mauvais œil ce qu'elle considère comme l’idéalisme de son frère, son retour sur l’île et la reprise du bar du village.

 

Le titre, parabole de notre époque moderne, vient de loin : c'est paraît-il Saint-Augustin lui-même en 410, [1] avec son sens aigu de l'histoire et de la probabilité, qui a prononcé des sermons, non sur la montagne mais sur la chute de Rome quand ces sauvages de Wisigoths se permirent de piller une ville qu'on disait éternelle. Désenchantement dirait-on après l'optimisme patent de Leibniz : « Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien. »

 

Belle méditation drolatique en tout cas, même si elle peut paraître un peu littéraire, sur le testament de Saint Augustin, le vertige des civilisations qui oublient qu'elles sont mortelles, le sort du pastis noyé dans la mondialisation et surtout celui des cochons corses. De toute façon, comme il le dit dans une interview au Nouvel Observateur, « la Corse peut être un territoire de fiction comme les autres. »

 

Prix Goncourt 2012

 

Bibliographie
- Un dieu un animal, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2009, 130 pages, ISBN 978-2-7427-8108-9, Prix Landerneau 2009
- Où j'ai laissé mon âme, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2010, 140 pages, ISBN 978-2-7427-9320-4, Grand Prix Poncetton SGDL, 2010, Prix Roman France Télévisions, 2010

 

Voir aussi

* L'article du Nouvel Observateur : http://bibliobs.nouvelobs.com/rentree-litteraire-2012/20121108.OBS8639/jerome-ferrari-la-corse-peut-etre-un-territoire-de-fiction-comme-les-autres.html

 

Références

[1] Les sept parties du livre ont pour titres des phrases extraites de "La cité de Dieu" de Saint-Augustin


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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 18:02

RENÉ BALLET, écrivain journaliste et militant communiste     <<< • • • • © CJB  • • • •  >>>

 

René Ballet est un écrivain français, communiste et résistant. Grand reporter, essayiste et romancier, il est aussi rédacteur en chef de La revue Commune et membre fondateur des Éditions du Temps des cerises. Outre son œuvre personnelle, il est connu pour avoir été un ami intime des époux Vailland, spécialiste de l'œuvre de Roger Vailland, très lié aussi à sa femme Élisabeth Vailland après le décès de ce dernier en 1965.

 

 René Ballet

1- Présentation générale

René Ballet a été rédacteur en chef de la revue franco-suisse Constellation, vice-président de l'association des Amis de Roger Vailland, grand reporter au journal L'Humanité et a écrit de nombreux articles sur les courses automobiles.

Son œuvre est assez abondante, comprenant essentiellement des romans et des nouvelles dont on pourra trouver l'essentiel dans la rubrique "Bibliographie". Il a également rédigé une douzaine de préfaces pour les livres de son ami Roger Vailland, [1], ainsi qu'une biographie écrite en collaboration avec Élisabeth Vailland, parue en 1973 aux Éditions Seghers.

Dans l'apport de René Ballet à l'œuvre de Vailland, il faut aussi mentionner son rôle décisif dans deux domaines :

  • la parution des 'Écrits journalistiques de Roger Vailland, édités en 1985 à l'occasion du vingtième anniversaire de sa mort sous le titre :
    • Chronique des années folles à la Libération, 1928-1945, tome I : préface de René Ballet
    • Chronique d'Hiroshima à Goldfinger, 1945-1965, tome II : préface de René Ballet
  • la présentation de l'œuvre romanesque de Roger Vailland au Livre club Diderot en 1974.

Il anime des colloques et des tables rondes avec Christian Petret Jean Sénégas le cadre de l'Association des Amis Roger Vailland et collabore régulièrement au site Roger Vailland dirigé par Alain Georges Leduc et Élizabeth Legros.

2- Le journalisme comme œuvre de fiction

Ce texte de René Ballet, paru dans Lecture de Roger Vailland aux éditions Klincksiek, traite de la relation paradoxale entre Roger Vailland et le journalisme. Paradoxe du journaliste Vailland pris entre passions et nécessités du quotidien ; car il faut bien vivre. En 1928, il est embauché - pour peu de temps pense-t-il - par le groupe "Prouvost" des Lainières de Roubaix au journal Paris-Midi, qui fusionnera plus tard avec Paris-Soir. Il note dans ses Écrits intimes : « En 1932, j'étais jeune journaliste dans un grand quotidien : je me rappelle très bien certaines conférences de rédaction, on nous disait : Hitler, Mussolini, la crise américaine, les affaires soviétiques, notre public en a par-dessus la tête; ce qu'il veut savoir de New-York : qu'est-ce que les Américaines font de leurs frigidaires ?... »

 

Au même moment, il se lance dans des expériences surréalistes, écrit dans la revue Le Grand Jeu des articles enflammés qui fustigent le pouvoir et promet « que les peuples des colonies massacreront un jour les colons, soldats et missionnaires et viendront à leur tour opprimer l'Europe. » Il espère dépasser la réalité d'une vie qui lui échappe, ne plus être cet individu fractionné qui prend des pseudonymes pour masquer sa double personnalité entre jour et nuit. Un monde en noir et blanc.

Le piège va se refermer sur lui au bar du Château le 15 septembre 1928 à propos d'un article 'anodin' sur le préfet Jean Chiappe. Il est mis en accusation, humilié par certains surréalistes, André Breton en tête. La rupture est consommée. Il dira un peu plus tard « l'impression qu'il y a quelque chose qu'on appelle la jeunesse et qui est finie pour moi. » Désormais, il n'a plus d'échappatoire, perdant sa vie à la gagner. Les nuits de bringue et la drogue n'y changeront rien. Il se fait une idée tellement haute de la littérature qu'il détruit tout ses écrits. Il détruit et se détruit en "brûlant sa vie par les deux bouts."

 

D'après René Ballet, l'idée de Vailland est d'arriver à faire du journalisme une œuvre de fiction: « en bien parlant de n'importe quoi, on dit tout », écrira-t-il. Ainsi le journaliste créerait l'information à son image, n'informant jamais que de sa propre image. À l'appui de sa thèse, René Ballet cite Roger Vailland qui, à propos de l'historien Suétone [2], s'étonne de ses contradictions puis finit par comprendre : « Vivant sous la tyrannie du quatorzième César, il s'effraie de dévoiler le mécanisme du pouvoir des douze premiers... Suétone brouille donc les cartes... Suétone « est un redoutable et un merveilleux hypocrite... il révèle, il dévoile, il démasque. »

Robert Brasillach, son ancien condisciple d'hypokhâgne, renchérit : « Lorsque Roger Vailland... écrit pour Paris-Soir des reportages peut-être ironiques, je reconnais Fulgur. » [3] Double jeu, double langage à la manière de Suétone. Écrire un article est pour lui écrire une œuvre de fiction publiée au jour le jour où tout est pesé, l'approche du sujet, la construction, le ton et le langage.

René Ballet y voit une longue filiation où les portraits de « femmes de Montparnasse » en 1929, ceux de ses romans-reportages Leïla et La Visorava en 1932-33 ou l'enquête sur La Stavisky du Périgord [4] annoncent le personnage de Frédérique, l'héroïne de La Truite, le dernier roman de Vailland.

 

La France ouvrière, René Ballet, Maurice Moissonnier

 3- Ce cher métier d'écrivain

Cet article de René Ballet, consacré au processus d'écriture chez Roger Vailland, est paru dan l'ouvrage Entretiens, Roger Vailland aux éditions Subervie.

 

Roger Vailland parlait rarement de la façon dont se passait son métier d'écrivain mais un jour à Lyon, il se confia à son ami René Ballet qui l'accompagnait [5]: « Quand je tiens une scène... je m'étends et je rêve éveillé; je me la représente, je plante les décors. Par exemple, si la scène se passe dans une salle meublée d'une table et d'une chaise, je vois cette table et cette chaise à une place bien déterminée. Il se peut que cette indication ne se retrouve pas dans le récit écrit mais elle y est intimement mêlée. Si le déroulement de la scène exige le déplacement d'un de ces meubles, je suis gêné. » Voilà Roger Vailland plongé dans la création, avec ses phases de rédaction et de 'rêverie active'.

 

Autre témoignage pendant un voyage : Vailland est alors en Italie dans les Pouilles quand lui prend l'envie d'écrire; il plie bagages et rentre immédiatement chez lui à Meillonnas [6]. Pour écrire, il a besoin d'une ambiance, d'un cadre strictement défini [7]. D'où son retour précipité chez lui. « À Meillonnas, tout était fait pour faciliter l'observation de la règle » précise René Ballet. La maison « est à l'extrémité du village... protégée par de hauts murs. » Et sa femme Élisabeth veille, protège sa retraite, gère la situation.

 

À 19 heures 30 précises, il descendait et prenait un premier whisky. Après un repas frugale, il lisait son nouveau texte à Élisabeth et mettait à jour son célèbre graphique : nombre de pages en ordonnées, nombre de jours en abscisses. La règle spécifiait aussi : pas plus de 4 whiskys et se coucher tôt. Mais « toute règle comporte ses indulgences » commente René Ballet. Son bureau est une vaste pièce à 2 fenêtres avec entre elles, une longue table de ferme. « Roger s'asseyait au centre de la table, le dos tourné aux fenêtres, le dos tourné à la ruelle. Rien dans la pièce ne distrayait son attention. » Pièce dépouillée : un divan devant lui, à droite une toile de son ami Pierre Soulages, « aux larges aplats sombres », à gauche le graphique d'avancement du livre.

 

Après le repas de midi, il se remettait en condition pour écrire, scène qu'il a reprise dans son roman "La Fête" : sieste, café avec cachet, lecture jusqu'au moment de 'l'éveil actif'. Ensuite, il lui fallait encore griffonner des dessins, « manière d'attendre écrit-il, ... une manière de retarder l'épreuve. » [8] Fin de la première étape : « Le premier jet est 'mou » concédait-il. Il travaillait alors "en dur",  phases de lecture-correction jusqu'à ce qu'il atteigne la précision et la concision voulue. « Il faut trouver ce qui convient... pour annuler toute liberté, pour arriver à l'objet achevé, parfait. » [9]

 

René BALLET : BOURGES UNE AFFAIRE DE COEUR  Bourges, une affaire de cœur, de René Ballet

4- Deux hommes dans le tournant

Dans cet article publié dans Les Cahiers Roger Vailland, [10] René Ballet tente d'expliquer l'évolution radicalement différente de Roger Vailland et de Drieu la Rochelle faits a-priori pour s'entendre. Ce sont deux hommes décalés dans les années 30, en marge d'une société que globalement ils rejettent, en phase avec cette déclaration d'Aragon : « Je n'ai jamais cherché autre chose que le scandale et je l'ai cherché pour lui-même. »

 

Ils traînent leur ennui de vivre, comme Jacques Rigaud qui se suicidera en 1930 mais disait six ans plus tôt : « La vie ne vaut pas qu'on se donne la peine de la quitter. » Ils ont suivi des voies parallèles, Drieu La Rochelle écrit dans ses Carnets : « Il n'y a plus rien à attendre de la bourgeoisie » tandis que Vailland accepte encore « de prendre une position sans trop y attacher d'importance. » Conquis par le surréalisme, ils proclament avec lui : « Mangez de la poudre d'étoiles, vous serez poètes, » mais en en seront assez vite déçus, Vailland écœuré écrivant à sa famille : « La vie est saloperie... c'est une atmosphère irrespirable. »

 

Leurs routes vont pourtant rapidement diverger car Drieu La Rochelle est un homme désabusé qui se sent comme un 'agent double' qui trahit puis revendique ses actes, du nom de la nouvelle qu'il publie en 1935. Vailland a choisi mais il joue la duplicité, tantôt avec les surréalistes du Grand Jeu, « tantôt avec les plus tristes imbéciles et fripouilles du monde. » Pourtant, tous deux connaissent la peur, celle d'adolescents pas très costauds, Drieu La Rochelle voudrait « peser dix kilos de plus, » Vailland rencontre la peur dans les meetings lors de heurts avec la police.

 

Cette force qu'ils recherchent en compensation, éloigne Drieu La Rochelle du peuple, il est très attiré par les forces de l'ordre, « c'est écrasant de beauté » écrit-il à une amie en parlant de défilés nazis. Par contre, Roger Vailland admire la force de ces hommes que -dans son récit historique Un homme du peuple sous la Révolution- il présente comme massifs, impassibles « pas un muscle de leur visage ne bougeait » et décidés, « ils ferment leurs doigts calleux habitués à manier l'outil. » Ce sont ces hommes qui après la guerre deviendront pour lui ces bolcheviks qu'il prendra comme modèles.

 

Détails sur le produitEssai sur Roger Vailland

5- Notes et Références

Notes et références

  1. Parmi ces préfaces, on peut citer : La Visirova, L'épopée du Martin-Siemens, N'aimer que ce qui n'a pas de prix, 'Marat-Marat, Le conservateur des hypothèques, Le soleil fou, De l'amateur et Le Saint-Empire.
  2. Voir l'analyse de Roger Vailland dans son livre Les pages immortelles de Suétone publié en 1962
  3. Fulgur : feuilleton écrit par Vailland, Brasillach et d'autres qui parut dans le journal L'Yonne Républicaine
  4. Voir le tome I des Chroniques et l'édition de 1986 pour La Visirova parue aux éditions Messidor
  5. Interview reprise dans La République de Lyon le 20/11/1955
  6. C'est ainsi qu'a démarré l'écriture de son roman La Loi
  7. « La règle est la condition de la liberté » écrit-il dans Sur la clôture, la règle et la discipline. (texte repris dans son essai Le Regard froid
  8. Sur ce processus, voir aussi son article Comment travaille Pierre Soulages publié en 1961
  9. Voir cette conception reprise dans son article sur Les sculptures de Coulentianos en 1962
  10. article publié dans Les Cahiers Roger Vailland
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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 17:06

Cet article présente "Philippe Sollers à Bordeaux" et donne aussi un aperçu de son œuvre à travers "Casanova l'admirable" et "Portrait du Joueur"


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Philippe-Sollers 2008.jpg                                   Fichier:Sollers en 2011.jpg

 

Quel est donc ce Philippe Joyaux qui évoque son enfance dans son autobiographie Un vrai roman, Mémoires ? Quelqu'un qui dira 'je' plus tard est entré dans le monde humain le samedi 28 novembre 1936 à midi dans les faubourgs immédiats de Bordeaux, sur la route d'Espagne... L'état civil est formel puisque j'y suis déclaré sous le nom de Philippe Pierre Gérard Joyaux, fils d'Octave Joyaux et de Marcelle Joyaux née Molinié...

 

Une famille assez étrange a priori : les deux frères ont épousé les deux sœurs et habitent des maisons jumelles, quasi semblables... Avec son parrain Pierre Joyaux, ils ont les mêmes initiales. De plus, 'Joyaux' est un nom facile à calembours et les élèves n'y manquent pas, ni les professeurs qui n'hésitent pas à recourir aux réparties douteuses du genre ce Joyaux n'est pas une perle. Problème d'identité donc pour cet écrivain précoce qui publie très tôt un premier roman puis un second "Une curieuse solitude", roman quelque peu scandaleux selon la famille qui préférerait un pseudonyme. Ce sera donc Philippe Sollers, du nom qu'il avait retenu, adolescent, sur le modèle du Monsieur Teste de Paul Valéry, nom latin de l'Odyssée d'Homère.


Ambiance familiale austère entretenue par les deux frères, des hommes sombres, ces patrons mutiques. Dans l'usine qui fabrique des ustensiles ménagers, on entend de loin les presses, les fraiseuses, l'embauche et la débauche des ouvriers et des ouvrières, la répétition d'usure plombée du travail. Un père héros de la première guerre mondiale qui refusera toute décoration et restera profondément anarchiste. L'usine devient pour le jeune Sollers un repoussoir avec ses terribles accidents du travail, une grande fabrique à douleurs... monde souterrain des forges, du métal, du bruit, qui transperce et transforme'. Vivre là et de ça, comme eux ? Impossible. Ce monde issu des forges de Vulcain, provoque son effroi

 

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Sollers avec Julia Kristeva à l'île de Ré en 2010      Sollers enfant à Bordeaux

 

Mais, malgré l'usine du 121 cours Gambetta à Talence, Bordeaux lui offre les matinées classiques au Grand Théâtre ou la petite librairie du centre-ville où il tire, tout jeune encore, L'expérience intérieure" de Georges Bataille puis de Nietzsche, Proust ou Mauriac. Aujourd'hui, un demi siècle plus tard, quand il est à Bordeaux il se rend à la librairie de son ami Denis Mollat et fait un bon repas chez Ramet, arrosé de Haut-Brion et d'un château d'Yquem. Son amour de Bordeaux, Philippe Sollers le trouve en littérature chez Holderlin qui fut épaté par la beauté des lieux ou chez Stendhal qui écrit en 1828 dans "Mémoires d'un touriste" : " Bordeaux est sans contredit la plus belle ville de France. " Pour lui, le Bordelais sera toujours un frondeur. Dans"Portrait d'un joueur", il note : " J'arrête la voiture sur les hauteurs de l'autre côté du fleuve; je descends, je regarde la ville allongée... Silence... Garonne miroitante blanche... Air d'ailleurs. "

 

Cette ville, il l'a connaît si bien avec sa cathédrale Saint-André, le Grand Théâtre, le cours de l'intendance, la Garonne bien sûr. Du Grand Hôtel, la vue donne droit sur le théâtre et il écrit dans "Théorie des exceptions : " C'est le printemps. Le ciel est vif, bleu, découpé... Devant moi, donc, la façade des douze colonnes corinthiennes avec, bien plantées sur la balustrade, tout en haut, les neuf Muses alignées. " Où qu'il soit, Bordeaux est toujours en lui, " je suis né là, juste avant la guerre, tout près des vignes du château Haut-Brion. Je me souviens de mon enfance à Bordeaux comme de la formation lente, inexplicable, constante d'un silence de fond. Je retrouve ce silence particulier quand je veux, où je veux." Son 'double' dans "Portrait du joueur" [1] aura ces mots : " Je sens les vignes tout autour, à cent mètres, comme un océan sanguin. C'est la fin de l'après-midi, le moment où le raisin chauffe une dernière fois sous le soleil fluide. J'ai donc fini par revenir ici. Après tout ce temps. Chez moi en somme. "


Casanova l'admirable

Casanova l'admirable : biographie de Casanova 'à la sauce Philippe Sollers', publiée en 1998 aux éditions Plon, réédition Folio-Gallimard.

« A quoi bon des libertins en temps de détresse, se demande Philippe Sollers, ils sont comme les poètes disparus, dont on ne sait pas s’il en reste un seul portant le feu dionysiaque dans la nuit sacrée. Mais soyons sérieux : la question est désormais résolument clandestine, ou rien. On peut à la rigueur, pour avoir la paix, laisser croire qu’on est paillard, obsédé, pervers : telle est la demande sociale. Fermons plutôt les volets et les portes, revenons à l’art de la composition. » En exergue, n'a-t-il pas placé cette citation de Casanova lui-même :

           « Rien ne pourra faire que je ne me sois amusé. »

Comme tous les personnages mythiques, Casanova, le vrai, l'homme du XVIIIe siècle, est très peu connu, seulement par quelques traits qui ont traversé les générations, comme « l'homme collectionneur de femmes » ou du fait de sa rocambolesque évasion de la prison des Plombs dans sa ville natale de Venise.

Si Casanova est bien né à Venise, il est mort loin d'elle, à 73 ans, à Dux (aujourd'hui Duchkov), en Bohême (Tchéquie). Ce que l'on appelle ses « Mémoires » s'intitule en fait Histoire de ma vie ; elles ont été écrites en français, pays où il a longtemps résidé. Son œuvre, largement censurée, n'a été éditée dans sa totalité, sans coupures ou réécriture, qu'en 1993 chez Robert Laffont.


Sollers casanova.jpg


Portrait du joueur

Portrait du Joueur, roman de Philippe Sollers paru chez Gallimard en 1984, 343 pages, ISN 9782070377862

 

Récit surprenant récusant les liens chronologiques, largement autobiographique écrit dans un style sec et nerveux.

Nous sommes à Bordeaux, ville qu'il connaît comme sa poche, avec un écrivain amateur de femmes qui ressemble étrangement à l'auteur. Sollers dépeint différentes scènes qui n'ont pas forcément de liens évidents, une femme mystérieuse qui occupe les pensées de l'auteur, le milieu littéraire alterne avec des scènes érotiques osées avec une jeune femme de vingt-huit ans, Sophie, médecin à Genève, et l'on se retrouve finalement à Venise, ville adoptive de Sollers où il réside fréquemment.


C'est d'abord le roman de la mémoire : il retrouve sa ville natale transformée, maisons et jardins détruits et remplacés par un supermarché. Heureusement, il lui reste ses souvenirs avec les vignes et la lumineuse douceur de vivre du bordelais. Les mentalités aussi ont changé, surtout depuis mai 68 et sa révolution culturelle, la confrontation avec Joan, une jeune journaliste de vingt-deux ans.


Bibliographie

  • Philippe Sollers, "Théorie des exceptions", éditions Gallimard, 1985, La guerre du goût, 1994
  • Philippe Sollers, "Portrait d'un joueur", éditions Gallimard, 1984

Références

  1. Double qui s'appelle Philippe Diamand alors que le vrai nom de Sollers est Philippe Joyaux

 

 

 

 

 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 14:24

Des histoires en photos


Référence : Pascal Maitre, "Incroyable Afrique", Éditions Lammerhuber, 348 pages, septembre 2012

 

Voici un livre-événement sur l'Afrique de Pascal Maitre, celui qui photographie inlassablement depuis plus de trente ans les terres africaines, un ouvrage intitulé "Incroyable Afrique". L’Afrique l'intrigue, le surprend et l'éblouit tout à la fois. C’est en 1979 que Pascal Maitre la découvre à l'occasion de sa collaboration photographique pour le magazine Jeune Afrique et c'est quelque trente ans plus tard qu'il publiera cet ouvrage sur ce continent finalement assez méconnu.

 

Incroyable Afrique Pascal maitre.jpg          Pascal maitre somalie cosmos.jpg
    Incroyable Afrique et son auteur Pascal Maitre 

 

Il nous montre des paysages bien sûr sur ces terres riches en sites naturels, mais surtout des hommes dans leur vie quotidienne, pris sur le vif, si vivants sur le papier glacé de la photo. Des gens si différents, faits d'histoires si différentes, depuis les fiers hommes bleus sillonnant le désert, touaregs dans l'Aïr, jusqu'au images saisissantes des ravages de guerres où meurent les enfants ou se délitent des peuples. Son œil froid en apparence se promène avec les pêcheurs Wagenia de Kisangani dan l'ex-Zaïre, des paysans de l'oasis de Tidène, sinue dans les rythmes des danseuses de l'île de Bioko, communie avec les mineurs de saphir d'Ilaka , recherchant un peu de repos et d'humanité sur ce continent qui ne semble pas fait pour l'homme.

 

Il y a ce dormeur malgache qui ressemble un peu au "dormeur du val" si paisible après la cérémonie du "retournement des morts", expression si mystérieuse pour nous, européens, si symbolique des mystères de l'Afrique, nouvelle méridienne avec sa terre rouge et le village qui se dresse au loin, dans un ciel tout moutonnant de nuages aux tons de clairs-obscurs gris acier. Un dormeur qui nous est d'autant plus proche qu'il contient toute la fatigue du repos bienvenu des faneurs de Jean-François Millet.


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Cavaliers pris dans un vent de sable (frontière soudano-tchadienne) -- Travailleur du sel avec T-shirt ben Laden

 

On y rencontre aussi pêle-mêle ce campement de pêcheurs nomades Vezo, ce masque, figure peinte au premier plan au regard intense, si profond (Madagascar 1995) ces hommes, des pêcheurs Wagenia, qui se balancent à d'énormes nasses dans les rapides du fleuve Congo, résistants tant bien que mal, juste avec leur expérience, aux flots tumultueux qui risquent à chaque instant de les emporter, (République démocratique du Congo, 1995) ce café la nuit, de Kikwit dans la province de Bandundu, plein de couleurs crues, des rouges et des verts diffus dans les ombres portées, la lueur incertaine des néons qui rappelle un autre café de nuit à Arles, d'un certain Van Gogh. (Zaïre, 1986).

 

Dans un autre genre, on trouve aussi ce contraste entre la violence de ces militaires qui filent dans leur véhicule par les rues de Mogadiscio, la capitale somalienne sous les yeux de femmes apeurées (Mogadiscio en 2008) et la sérénité qui se dégage de cette femme accroupie dans l'eau, donnant à son fils un peu d'eau recueillie dans le creux de sa main, une eau pure si symbolique des vagues de sécheresse sahélienne, portant la traditionnelle bassine sur la tête, dans un décor champêtre de roseaux et d'arbres. (Burkina Faso)

 

Maitre rdc pecheurs wagenia.jpg        Maitre repos apres ceremonie 94.jpg
         Les pêcheurs de Wagenia dans l'ex Zaïre                      Repos après la cérémonie rituelle (Madagascar)

 

Au-delà de l'Afrique à laquelle il voue un intérêt particulier, Il est aussi parti en Afghanistan, «  l'un des pays qui m'a le plus fasciné », dit-il, et tout ce qui s'est passé, le pays Azara, les grands Bouddhas en 1996, le pillage du musée de Kaboul et des trésors afghans en 2000... tout ce gâchis. Sur son métier, « faire une belle photo, c'est être capable d'être là où ça se passe, ce qui veut dire anticiper une situation,  » précise-t-il simplement, car prendre sur le vif, ce n'est pas saisir l'intuition de l'événement, c'est anticiper et en avoir "une perception directe." Son prochain objectif qu'il attend depuis longtemps de réaliser : raconter en images les grands lacs africains.

 

Pascal maitre Afrique.jpg La savane africaine

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