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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 17:47

Sauveurs et hommes providentiels

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La notion de Sauveur dans l'histoire récente


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Le général de Gaulle aux Champs élysées                               De Gaulle en Saint-cyrien en 1910

 

La notion de "sauveur" revient souvent, récurrente quand la France connaît une période difficile pour des raisons politiques en cas de danger, conflit déclaré, de guerre ou quand l'économie provoque des problèmes tels qu'ils ont des répercussions sur le politique et le social. La tendance est alors de se tourner vers " des hommes providentiels", comme Bonaparte pour réguler les désordres d'un Directoire incapable de faire face à la situation, Léon Gambetta ramassant les débris de l'Empire après Sedan et la défaite militaire, Geoges Clémenceau, le Père la Victoire, Le Tigre, titres évocateurs qui traduisent son rôle essentiel dans la dernière phase de la Première guerre mondiale, de Gaulle bien sûr, deux fois sauveur, relevant l'honneur perdu de la IIIème république après le désastre militaire de mai 1940, puis liquidant la IVème république perdue, empêtrée dans la décolonisation et la guerre en Algérie, hommes providentiels pour les exemples les plus récents et les plus symptomatiques.[1]

 

Sauveur & homme providentiel

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Les hommes et les institutions
Le jeu des institutions
Mythes et réalité
Profil de l'homme providence
Mécanismes d'autonomie et de fusion '

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Il peut prendre aussi une posture plus réservée, comme l'ancien président de la IIIème République Gaston Doumergue, appelé en catastrophe après "l'insurrection" du 6 février 1934 et l'activisme des Ligues de droite ou Pierre Mendès-France pour répondre aux soubresauts de la décolonisation et de la défaite militaire en Indochine. Ce sont surtout les économistes à qui incombe la rude tâche de prendre des décisions difficiles et désagréables, sous la IVème République par exemple, toujours sujette aux difficultés économiques, ne serait-ce que pour financer les guerres coloniales, avec Antoine Pinay, "l'homme au chapeau mou" maire de Saint-Chamond et "sauveur" du franc à deux reprises, comme le sera dans une moindre mesure un Jacques Rueff dans les années 1958-60, avec Jacques Delors après l'arrivée au pouvoir de la Gauche en 1983-84, pour faire face aux dures contraintes économiques et à la dévaluation.

 

Les hommes et les institutions

Appel et réticences sont inséparables quand un homme représente "LA" solution mais qu'en même temps naissent des arrière-pensées de prise de pouvoir, comme dans la réplique célèbre du général de Gaulle qui, levant ses bras immenses, assurait que jamais ne lui était venue à l'esprit l'idée de « vouloir commencer sur le tard une "carrière de dictateur" », répondant ainsi à ceux qui craignaient "un pouvoir personnel discrétionnaire" et le virent ensuite se profiler dans "les pleins pouvoirs" définis par l'article 16 de la Constitution de 1958. C'est ainsi que Maurice Barrès a pu écrire : « Il faut toujours une traduction politique aux sentiments des ­Français, qui ne peuvent rien éprouver sans l'incarner dans un homme. » Contradiction entre un cartésianisme déclaré et les ressorts d'une geste nationale qui n'a rien perdu de sa vigueur depuis que s'est imposée une tradition républicaine qui n'a pas réussi à effacer de la mémoire collective ce besoin latent de "l'homme de réserve" -même en réserve de la République- qui rappelle une monarchie de droit divin "réincarnée" dans l'État jacobin.

 

Mais cet "homme providentiel" n'est pas seulement l'expression des carences de la démocratie et la question est d'autant plus complexe que des hommes qu'on aurait pu penser comme tels à un moment donné de notre histoire, ont rapidement disparu de la scène politique, parce qu'ils n'avaient sans doute pas l'aura nécessaire pour assumer ce rôle comme le général Boulanger en 1888-89, qui s'enfuira misérablement à Bruxelles ou Gaston Doumergue en 1934 qui ne sut pas utiliser l'immense espérance qu'il portait, parce qu'aussi l'époque ne s'y prêtait pas comme un Alexandre Millerand en 1923 précipitant les choses, et qu'il fallait l'habileté politique d'un Raymond Poincaré, qui attendit son heure, que la situation soit mûre après les revers économiques du gouvernement d'Édouard Herriot. D'autres sont jugés selon les aléas de l'histoire, souvent en décalage avec la situation réelle, les retournements dont l'histoire a le secret et les sentiments que nourrit le peuple à leur égard.

 

Philippe Pétain représente à cet égard un cas d'école, sauveur redonnant confiance à l'armée après les errements de la période Nivelle, de nouveau "sauveur" en 1940 après le désastre militaire, il perd une grande partie de son crédit lors de l'invasion de la "zone libre" en novembre 1942 et finira misérable, prisonnier à l'île d'Yeux après son procès et sa grâce. Il avait dilapidé son crédit en ne "sentant" pas les évolutions, trop militaire sans doute et pas assez "animal politique" qui possède cette "fortuna" dont parle Machiavel. Les époques tourmentées se prêtent bien à l'émergence d'un sauveur et celle que nous vivons actuellement, largement touchée par la crise du libéralisme mondial, n'échappe pas à la règle, à la recherche de la perle rare qui sortira la baguette magique de la croissance, qui redonnera confiance aux Français.

 

Le jeu des institutions

Dans des institutions de "régime d'assemblée" qui rendent le pouvoir politique plus instable dans la mesure où les majorités sont plus difficiles à se dessiner, les hommes ont d'autant plus d'importance, même si leur rôle est plus délicat, plus difficile dans la gestion du quotidien. Pierre Mendès France apparaît à cet égard comme le symbole de cette situation, incarnation du courage en politique, stature qu'il acquit malgré son bref passage au pouvoir comme président du conseil en 1954-1955. Il tint ce langage de courage que la situation exigeait et que les Français attendaient, tout en étant limité dans ses actions par la faiblesse même de l'exécutif. On pouvait penser que le général De Gaulle ayant renforcé considérablement les pouvoirs de l'exécutif dans la constitution de 1958, l'ombre portée de l'homme providentiel diminuerait après lui. Mais rien ne changea réellement, peut-être parce que son charisme se ternit d'abord lors des accords d'Évian en 1962, au moins pour une partie de la population, puis lors des événements de mai 68 où pendant un court laps de temps Pierre Mendès France lui vola la vedette et où le pays ressentit un certain flottement au niveau le plus haut de l'État. Georges Pompidou le compris bien, qui se plaça "en réserve de la république", quitte à heurter la susceptibilité du général et à choquer le parti majoritaire qui le lui fit payer. [2]

 

Mythes et réalité

Aucun n'équivalent n'existe en Grande-Bretagne où même Winston Churchill, tout à sa gloire de grand vainqueur dans le Second conflit mondial, ne connût une telle légitimité et fut battu aux élections par le Parti travailliste de Clement Attlee le 26 juillet 1945, ou en Allemagne où le souvenir du IIIe Reich sert largement de repoussoir à toute tentative de pouvoir . En France, la République a toujours des airs de "pouvoir régalien" hérité de l'ancien régime, une relation conflictuelle au pouvoir qui interdit toute coalition entre les partis comme on a pu le voir un moment pendant la Première guerre mondiale, avec le rapprochement des deux hommes Raymond Poincaré et Georges Clémenceau, représentant la droite et la gauche. Des sujets sensibles comme l'enseignement et la laïcité, relations focalisées et figées par la loi de 1905 par exemple, semblent empêcher tout rapprochement entre des forces politiques qui campent sur leurs positions.

 

La dualité d'une succession au pouvoir de la droite et de la gauche, parfois dans des gouvernements de cohabitation, a sans doute occulté ce phénomène depuis 1981 et l'arrivée de la gauche au pouvoir, le "héraut" de chaque camp, François Mitterrand et Lionel Jospin d'un côté, Edouard Balladur et Jacques Chirac de l'autre, jouant ce rôle de cristallisation des espoirs et des rejets symbolisés par celui qui "porte les couleurs" de son camp. Cependant, cette recherche-réflexe de l'homme providentiel renaît à la moindre incertitude, quand aucun candidat ne s'impose vraiment, comme cet appel en 1995 à l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, qu'il déclina finalement, sans doute lucide et gêné par le rôle qu'on voulait le faire jouer, au grand dam de nombreux militants socialistes, et dans une moindre mesure deux hommes ports par les sondages, Nicolas Sarkozy en 2007 et Dominique Strauss-Kahn, jusqu'au printemps 2011, étant "éloigné" de la France et des querelles des appareils politiques, et bénéficiant d'une réputation d'expert économique en pleine crise.

 

La Ve République a plutôt institutionnalisé le phénomène en l'intégrant , l'a banalisé en quelque sorte avec l'élection présidentielle au suffrage universel, laissant deux candidats face à face au deuxième tour. Ce pare-feu constitutionnel instauré en 1962 aura beaucoup de mal à résister à une grave crise dont on ne peut saisir ni la durée ni l'acuité mais pourrait toucher directement les institutions comme le passage à l'État français en 1940. [3] L'article 16 de la Constitution sur "les pleins pouvoirs" [4] se veut réponse ponctuelle à des situations de crise limitées dans le temps[5] Depuis 1958, cet article n’a été appliqué qu’une seule fois lors de la crise dite du « putsch des Généraux » à Alger en 1961, lors d'une tentative de coup d'état dirigée par de hauts dignitaires de l'armée, du 23 avril au 29 septembre 1961. On lui reproche essentiellement d'être une décision discrétionnaire du chef de l'état qui en apprécie seul les modalités et l'étendue. [6]

 

Profil et manifestations de l'homme providence

L'analyse que propose Jean Guarrigues [7] repose sur quatre critères représentatifs d'un type d'homme providentiel : principe, circonstances, image, technique et postérité. Pour ne retenir qu'un exemple, Philippe Pétain en mai-juin 1940 apparaît comme le sauveur, le "vainqueur de Verdun" seul capable de restaurer une France vacillante, un "rédempteur" qui fera surgir du chaos de quoi expier les fautes et restaurer alors l'ordre à travers l'État français. Les circonstances bien sûr s'y prêtent : après avoir été en 1936 le champion des droites conservatrices à même de juguler les périls intérieurs, , il obtient les "pleins pouvoirs" du parlement retiré à Vichy après la débâcle militaire. Il est au faîte de sa gloire, le soldat à la Bonaparte, capable de restaurer le moral de l'armée en 1917 comme celui de la nation en 1940, l'homme politique pondéré du type Adolphe Thiers, rassembleur autour de la IIIème république. Sa technique est basée sur un paternalisme bon enfant situé entre la pratique bonapartiste du bain de foule et "l'inauguration des chrysanthèmes" chère aux présidents de la IIIème république. Quant à sa postérité, on sait ce qu'il en advint, Pétain ayant dilapidé son capital confiance en poussant la collaboration avec l'Allemagne jusqu'à sa logique ultime qui le mena à Sigmaringen et à sa condamnation comme traître à la nation, ce qui était pour lui la pire des injures.

 

On pourrait faire le même type d'analyse avec d'autres "rédempteurs" comme Bonaparte et son neveu Louis-Napoléon, des "rénovateurs" comme Léon Gambetta, Georges Clémenceau, Pierre Mendès-France ou le général de Gaulle, certains plus marqués que d'autres par le recours au patriotisme ou des "protecteurs" moins charismatiques, intervenant souvent dans des périodes moins sensibles, comme Adolphe Tiers, l'Orléaniste qui se méfiait du peuple, Gaston Doumergue, le bon président au-dessus des paris ou les économistes "restaurateurs du franc" Raymond Poincaré et Antoine Pinay.

 

Le 14 janvier 2007, Nicolas Sarkozy lance sa campagne présidentielle basée sur trois ingrédients représentatifs de cette figure tutélaire : une personnalisation poussée à l'extrême, un discours de rupture avec la période précédente et un recours très large voire systématique à la "corde sensible", au registre émotionnel. Dans la typologie proposée par Jean Garrigues : des "pères tranquilles" tels Poincaré ou Doumergue en passant par les "figures de proue", type Charles de Gaulle, [8] les "protecteurs" plutôt effacés et efficaces rappelant Antoine Pinay, ou les "rédempteurs" à la Louis-Napoléon Bonaparte, Nicolas Sarkozy, dominé par l'hyperactivité, l'ambition et un discours de type populiste, se placerait plutôt comme rédempteur-sauveur selon les aléas de la conjoncture. Certains se sont imposés, portés par une situation qui correspondait à leur profil, d'autres sont rentrés assez rapidement dans l'anonymat et quelques uns comme Jacques Delors ont refusé de s'inscrire dans cette logique.

 

Dans son livre intitulé "Jeanne d'Arc et le mythe du sauveur", l'ancien Premier ministre Edouard Balladur voyait dans les évolutions récentes des signes de disparition de l'homme providentiel, dépassé par des formes de médiatisation qui banalisent l'individu, l'accélération des événements, y compris de la vie politique, qui rend toute gloire éphémère. Mais cette tendance paraît chevillée au cœur des Français, des candidats à l'élection présidentielle de 2007 présentés dans les stéréotypes de Ségolène-Jeanne d'Arc et Sarkozy-Bonaparte.

 

Mécanismes d'autonomie et de fusion


Dans son ouvrage Mythes et mythologies politiques, l’historien Raoul Girardet développe la notion de mythe du sauveur à travers l'histoire, analyse transversale destinée à faire ressortir les invariants de cette notion. Il s'appuie sur deux exemples, le premier sur le cas (la personnalité), d’Antoine Pinay, « héros de la normalité », homme d'ordre et d'abord de l'ordre économique qui prime sur tous les autres, le second est Tête d'Or, personnage imaginé par Paul Claudel qui, au contraire du précédent, rejetant toutes les valeurs sociales, connaîtra la gloire avant de chuter, incarnant quelques que soient leurs différences, un destin collectif.

 

Les modèles antiques qu'il propose est d'abord Cincinnatus, consul mais aussi dictateur au sens romain du terme, [9] homme d'expérience à la de Gaulle, qui s'est retiré sur ses terres et qu'on rappelle quand la patrie est en danger, Alexandre le Grand, immense capitaine auréolé de la gloire des lauriers acquis sur les champs de bataille, gloire superbe autant qu'éphémère qui se retrouve aussi bien en Napoléon qu'en Tête d'Or. Il évoque ensuite Solon, [10] le sage par excellence, le père de la démocratie athénienne, membre des Dix-sept Sages de la Grèce et termine par la figure du prophète Moïse, le "guide suprême" qui possède la vision de l'avenir.

 

Le héros possède une vie propre, une biographie mais aussi une légende tirée d'une lecture de sa biographie, reprise par des disciples, des "fans" dirait-on maintenant au XXIème siècle, l'homme providentiel naissant à un moment donné de l'histoire, de la conjonction entre mythe et réalité. Sa postérité se construit à partir de ces images, fantasmagorie d'autant plus prégnante que la légende s'est au fil des années cristallisée dans le réel de sa vie, au point qu'il devient parfois difficile de faire la part des choses. Au-delà de ce façonnage, le temps se charge de faire le tri de ceux qui resteront des références, filiation aux idées, aux prises de positions, à la vie et aux postures idéologiques de ceux qui servent de lien, de ciment à leurs descendants spirituels et aux espoirs qu'ils suscitent toujours. Les socialistes par exemple, recherchent une permanence de leur action dans la vie (exemplaire) et les écrits de Jean Jaurès ou de Léon Blum comme autant de jalons nécessaires qui légitiment leur action.

 

Les projections associées reposent souvent sur des images figeant l'homme providentiel dans sa postérité, une qualification qui frappe par l'image qu'elle suscite, L'incorruptible pour Robespierre ou Le Tigre pour Clémenceau par exemple. L'homme choisi se trouve ainsi investi des valeurs quasi éternelles qu'il porte et lui donne une aura particulière, parfois assez loin de son personnage. La mutation du réel au mythe est une transcendance du relatif à l'absolu. L'émergence d'un sauveur dépend d'abord des attentes latentes d'une société donnée mais aussi (et surtout) à un moment de son histoire, marqué par une défiance vis-à-vis de la légitimité des institutions et des hommes qui les incarnent, évoluant vers une crise d'identité, une déstabilisation de l'inconscient collectif. Le corps social ainsi confronté à un réel déprimant doit alors rechercher un autre support idéologique dans lequel il pourra se retrouver.
"Levez-vous, orages désirés", aurait dit le vicomte de Chateaubriand, appelant de ses vœux le sauveur d'une patrie mise au ban de l'Europe après Waterloo en 1815.

 

Bibliographie

  • "L'homme providentiel est-il une femme ?' La figure de Jeanne d'Arc de 1789 à nos jours, Parlement(s), Revue d'histoire politique 2010/1
  • "Le Nœud gordien", Georges Pompidou, éditions Plon, 204 pages, 1974, réédition chez Flammarion en 1992, isbn 2080646702
  • "Jeanne d'Arc et le mythe du sauveur", Édouard Balladur, éditions Fayard, 2003, 227 pages, isbn 2213615675
  • "Mythes et mythologies politiques", Raoul Girardet, 1986 : [1]

Notes et références

  1. Voir l'analyse de Jean Garrigues dans son ouvrage "Les hommes providentiels. Histoire d'une fascination française", Éditions du Seuil, 2012
  2. Voir en particulier la cabale montée de toute pièce pour impliquer sa femme dans un scandale de mœurs.
  3. Dans son essai "Le Nœud gordien", Georges Pompidou estime que la complexification de la société est devenue telle qu'il faudra bien trancher le "nœud gordien" : « Il s'agit de savoir si ce sera en imposant une discipline démocratique garante des libertés ou si quelque homme fort et casqué tirera l'épée comme Alexandre, » ajoutant que « le fascisme n'est pas si improbable ; il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste. »
  4. À cet égard, le Conseil d'État parle de pouvoirs exceptionnels
  5. Dans son arrêt Rubin de Servens du 2 mars 19621, le Conseil d'État précise que la décision de mettre en œuvre les pouvoirs exceptionnels est « un acte de gouvernement dont il n'appartient pas au Conseil d'État d'apprécier la légalité ni de contrôler la durée d'application ».
  6. La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 a complété l'article par un alinéa donnant au Conseil constitutionnel la possibilité d'examiner, au bout de trente jours d'exercice des pouvoirs exceptionnels, si les conditions ayant donné lieu à leur mise en œuvre sont toujours réunies.
  7. Jean Garrigues, ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, est professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire et politique. Parmi ses publication, on peut retenir Le Général Boulanger (Perrin, 1999), La France de la Ve République. 1958-2008 (Armand Colin, 2008) et Les Patrons et la Politique, 150 ans de liaisons dangereuses (Perrin, 2011).
  8. Considérés comme de "grands sauveurs" de la patrie rappelant l'épopée de Jeanne d'Arc (curieusement (ou symboliquement) le général de Gaulle alla s'installer dans sa Haute-Marne natale pas très loin de Domrémy
  9. Le dictateur est dans la République romaine antique, un magistrat extraordinaire détenant les pleins pouvoirs (Imperium), nommé pour six mois pour faire faire à une situation extraordinaire.
  10. « Solon, semble-t-il, tout en se gardant d'abolir les institutions qui existaient auparavant, telles que le Conseil (de l'Aréopage) et l'élection des magistrats, a réellement fondé la démocratie en composant les tribunaux de juges pris parmi tous les citoyens. Aussi lui adresse-t-on parfois de vives critiques, comme ayant détruit l'élément non démocratique du gouvernement, en attribuant l'autorité suprême aux tribunaux dont les membres sont tirés au sort » Aristote

 

 

Liens externes

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 17:33

Maquillages: Les politiques sans fard est un essai-récit politique écrit par Christophe Barbier, directeur du journal L’Express, chroniqueur sur i-télé et invité régulier sur Canal + ou France 5.

 

Référence : Christophe Barbier, "Maquillages: Les politiques sans fard", éditions Grasset, 22 février 2012, 264 pages, ISBN 2246794749

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juin 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

 

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Chaque matin, Christophe Barbier reçoit un invité politique qui passe au maquillage avant de gagner le studio et il peut ainsi observer son invité politique prit dans son naturel, hors antenne, «la peau se maquille, mais le cuir ne ment pas, » écrit-il quelque peu ironique. Il y aura aussi d'autres moments "hors caméra", des moments entre parenthèses propices aux confidences où se glisser quelque complicité conjoncturelle; des moments aussi où il ne faut pas forcément être dupe de "fausses confidences" à la Marivaux.

 

Même s'il existe quelques "poids lourds" en ce domaine, les meilleurs ne sont pas toujours ceux à qui on pense a priori. « A intervalles réguliers, j'ai rencontré Nicolas Sarkozy ces dernières années, presque toujours à l'Elysée » écrit-il pas en veine lui aussi de confidence. Et il ajoute, matois : « Longs soliloques, parties de cache-cache, passe d'armes, glace et feu. Et toujours, le mystère de sa violence brumeuse. » Nicolas Sarkozy, « l’homme qui maquille ses mains » aura une terrible colère de près d’un quart d’heure quand Christophe Barbier lui demande des nouvelles de sa santé après son malaise vagal en 2009, devant ses collègues journalistes et révélera un Président coupé des réalités, isolé dans son refuge élyséen sans conseiller pour lui ouvrir les yeux et le mettre au courant de la réalité.[1] Les autres hommes politiques qu'il reçoit ne sont guère mieux traités non plus, comme Dominique de Villepin, « l’homme qui maquille sa haine » ou Dominique Strauss Kahn, « l’homme qui maquille sa vie ».


Il se demande aussi ce qu'il y a sous le fard, au-delà de la politesse et du quant-à-soi quand François Hollande singe François Mitterrand, ce qu'est cette "normalité" que dénonce François Bayrou, y voyant plutôt une pause de candidat ou de l'homme politique, qu'une réalité de l'homme privé. Mais François Bayrou, pas plus qu'un autre, ne déroge aux canons modernes de la communication et du "look", il est « très narcissique, assez coquet, aime bien s’isoler. Il se regarde avec beaucoup d’aménité, corrige une mèche. » Quant à Ségolène Royal, elle préférait s'isoler avec sa maquilleuse et son coiffeur.[2]

Commentaires critiques

« Christophe Barbier analyse les politiques hors représentation : Dans les coulisses du pouvoir, les caractères se révèlent et se montrent sans fard ! »
Philippe Delaroche, l'Express/Lire le 18 avril 2012

« Christophe Barbier entreprend de montrer avec les mots le visage « sans fard » d'une dizaine de personnalités politiques, candidats à l'élection présidentielle, mais pas seulement. »
Les Échos le 02 mars 2012

« Un livre assez apprécié par les chroniqueuses dans lequel il donne son point de vue sur les élections présidentielles à venir et sur la personnalité des candidats. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère. »
"On n'est pas couché", émission du 31 mars 2012

Bibliographie

Christophe Barbier, "Les derniers jours de François Mitterrand", éditions Grasset, 1998, Prix Châteaubriand
Roland Cayrol, "Tenez enfin vos promesses !", Essai sur les pathologies politiques françaises, éditions Fayard, janvier 2012

 

Notes et références

  1. Voir l'article d'Économie Magazine du 16 avril 2012
  2. Voir le site "Tricheries et coquetteries" des candidats avec l'interview de Virginie Roussel le 12 avril 2012
Liens externes

L'Express les-politiques-sans-fard
Vidéo Christophe Barbier face à Pulvar et Polony

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 17:18

L'oligarchie des incapables est un essai écrit par Sophie Coignard et Romain Gubert sur l'évolution de l'élite politique et économique française.

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juin 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

  Les auteurs

Après le thème de l'incapacité du pouvoir politique à traiter les problèmes [1] et celui des scandales de la République, [2] les auteurs abordent dans cet ouvrage la question de la mainmise d'une minorité sur les rouages de l'État et les bénéfices qu'ils en tirent. Ce qui fait sa spécificité, c'est le cumul des privilèges et des postes importants, le fait que ses membres soient de moins en moins au service de l'État, qu'ils forment un réseau pour leurs propres besoins et ceux de leurs amis.

 

Ces oligarques comme les appellent les auteurs sont les détenteurs du pouvoir politique (élus, hauts fonctionnaires...) et du pouvoir économique (chefs d'entreprise, experts...) qui se servent de leurs réseaux pour coopter des responsables dont le compétence n'est pas la première qualité. [3]

Dans une interview donnée à France-Info le 5 janvier 2012, [4] Sophie Coignard parle des privilèges de cette caste qui retire des avantages personnels de leurs fonctions. Elle cite entre autres le cas de la maison de disques de Carla Bruni financée par la Caisse des dépôts et consignations. On se retrouve dans une nomenklatura à la française, [5] qui sont peu nombreux et ont beaucoup de pouvoirs. La nouveauté c'est que, dans une époque particulièrement dure marquée par la crise, cette oligarchie s'éloigne du sort commun, déconnectée de la réalité quotidienne ; un système qui récompense des gens du sérail qui sont des incapables.

 

        Romain Gubert, journaliste au Point  Romain Gubert

Notes et références

  1. Voir Sophie Coignard "Le pacte immoral" paru chez J'ai lu en 2011
  2. Voir Sophie Coignard "Le rapport Omerta" paru chez Albin Michel en 1964
  3. Voir La faillie des élites
  4. Interview France Info
  5. Voir le livre "La nomenklature française" de Sophie Coignard et Alexandre Wickham, Belfond, 1986

Voir aussi

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 17:01

Crises et changements de société. Les grandes ruptures dans l'histoire de l'Empire romain à nos jours, est un essai historique et politique de Pierre Bezbakh,historien et maître de Conférences en Sciences économiques à l'Université Paris-Dauphine, sur l'évolution du monde moderne et son devenir, à la lumière de l'étude des sociétés précédentes, de leurs évolutions et de leur déclins. [1]

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - octobre 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

tumb Pierre Bezbakh

Présentation et contenu

La crise larvée mais profonde que connaît le monde mais surtout l’Europe depuis l’entrée dans le XXIème siècle, qui s’aggrave un peu plus chaque jour et que les politiques mise sen place n’ont pas su juguler, signifie de définir de nouveaux indicateurs économiques et de partir d’une nouvelle approche historique et sociopolitique. [2]

 

Pour envisager l’Histoire dans sa globalité, il faut d’abord prendre un très gros télescope donnant une vue d’ensemble des grandes sociétés que définissent trois systèmes de référence : le type de système économique plus ou moins ouvert et fermé, le système de pouvoir des forces économiques et politiques, le système de valeurs et l’idéologie dominante. Analyse ces trois entités, c’est déterminer les liens entre elles, entre le monde antique largement dominé par les Romains, celui du monde féodal du Moyen-Age, fermé puis qui s’ouvre progressivement sur ses frontières maritimes, annonçant l’époque de la Renaissance, celui d’un mercantilisme public suivi d’une expansion rapide d’un capitalisme libéral, supplantant toutes les tentatives de capitalisme étatique.

 

Il s’agit de savoir dans quelle mesure ces trois types de société sont « miscibles entre eux », si certains de leurs éléments peuvent s’agréger (et à quelles conditions) ou s’ils sont incompatibles. Les conquêtes territoriales n’étant pas extensibles, la volonté expansionniste des dirigeants par annexion des territoires et des hommes s’est peu à peu transformée en domination économique par circulation des marchandises et financières par l’intermédiaire des centres financiers et boursiers tenant les « cordons de la bourse. »

 

Pour l’auteur il existe une similitude dans la manière dont ces trois sociétés ont décliné puis évolué. Leur déclin s’est affirmé à travers de nombreuses crises, des « signes avant-coureurs »  , qu’ils soient de nature économique, politique ou idéologique, suivis d’une longue période de quelque 5 siècles, transition marquée de soubresauts et de démissions pour évoluer vers un nouveau modèle de société.

 

Pierre Bezbakh part du postulat que la période actuelle est marquée par le déclin de la société capitaliste dans ses trois dimensions économique, sociale et environnementale. Il voir son avenir à partir de deux scénarios contraires : le triomphe d'un capitalisme sauvage défini par une jungle où la déréglementation signifiera l’essor des plus forts au détriment des autres, ou l'avènement au niveau mondial d’une société plus solidaire [3].

 

Suivre cette deuxième voie n'est pas seulement une réaction « d'instinct de survie » de l'humanité, elle s’appuie sur l'observation des évolutions historiques des sociétés antiques à nos jours. Elle repose sur des valeurs apparues dès les XVe-XVIe siècles, c’est-à-dire à cette époque charnière entre le Moyen-âge du « gothique flamboyant » et du Quatrocento italien, reposant sur la liberté individuelle et l'humanisme erasmien, un intérêt accru pour les sciences et les techniques au moment où les dogmes religieux sont remis en cause par l’évolution même des savoirs et où les religions desserrent quelque peu malgré elles leur étau idéologique, une volonté de meilleur partage des pouvoirs et des richesses dans des sociétés occidentales où les fortunes bourgeoises jouent un rôle politique de plus en plus conséquent face aux acquis historiques de la noblesse et du pouvoir de droit divin.

 

« L'instauration d'une telle société n'est certes pas une certitude, précise l’auteur, mais elle est devenue possible et nécessaire si l'Humanité veut échapper à l'autodestruction. » 

Bibliographie

  • Pierre Bezbakh, "Histoire du socialisme français, Éditions Larousse, nouvelle édition septembre 2005, 320 pages, isbn 2035055687
  • Pierre Bezbakh, "Inflation et désinflation", Éditions La Découverte, 5e édition octobre 2005, 123 pages, isbn 2707146684
  • Pierre Bezbakh, "Histoire de l'économie : Des origines à la mondialisation", Éditions Larousse , Collection Petite encyclopédie Larousse, 2e édition octobre 2008, 127 pages, isbn 2035843065
  • Pierre Bezbakh (dirigé par), "Dictionnaire de l'économie", co-édition Larousse et le journal Le Monde, voir présentation par Olivier Barrot
Notes et références
  1. Pierre Bezbakh naît le 2 février 1947 à Paris, Maître de Conférences à Paris Dauphine, responsable pédagogique des unités d’enseignement, Chroniqueur au journal Le Monde
  2. « Pierre Bezbakh nous convie à une traversée qui va de l'expansionnisme romain des premiers siècles à la mondialisation d'aujourd'hui, en passant par le développement d'un capitalisme féodalo-marchand, et l'essor de la société industrielle. » Le Monde du 3 avril 2012
  3. Du terme « solidariste » forgé par l'homme politique Léon Bourgeois et qui se rapproche du « care » anglo-saxon

Voir aussi

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 09:41

L'écrivain Élias Canetti, prix nobel de littérature

Élias Canetti, de Roustchouk à Zurich
Élias Canetti, une jeunesse européenne, 1905-1921
Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - octobre 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

tumb        Elias Canetti Zurich portrait 1919.jpg
            Portrait de l'écrivain                             à Zurich en 1919

1) Roustchouk (1905-1911)

Roustchouk, ville bulgare sur le cours inférieur du Danube ; ville frontière puisqu’en face sur la rive gauche, commence la Roumanie. C’est dans cette très cosmopolite que naît en 1905 le futur prix Nobel de littérature Élias Canetti. La ville est une mosaïque de communautés et le jeune Élias fait partie de celle des juifs sépharades espagnols –ce dont sa mère est très fière- chassés d’Espagne au temps de la "Reconquista". Ses parents ont gardé l’habitude de parler l’Espagnol en famille, avec les enfants mais continuent à parler l’Allemand entre eux. [1]

Elias Canetti Roustchouk .JPG Roustchouk

Beaucoup de choses aussi rappelaient la Turquie, ses grands-parents étant originaires d’Édirne –qu’ils appelaient Andrinople- et le grand-père adorait chanter des chansons turques. Dans ce milieu très religieux, les fêtes comme Pessah (Pâque) ou le Sader tenaient une grande place et le jeune Élias de son rôle quand le grand-père lisait la Haggadah. [2] Les temps insouciants allaient bientôt se terminer en 1911, année de naissance de son frère George, quand son père trouva une opportunité à Manchester en Angleterre.

2) Manchester (1911-1913)

Peu de temps après leur installation à Burton road, son père mourut subitement. Le jeune Élias soutint comme il put sa mère recrue de chagrin, étant déjà très proches, et ils déménagèrent alors chez son frère aîné dans une grande maison sur Palatine road. Vint pour lui le temps de la lecture –il fut toujours un très gros lecteur- des histoires qu’il se racontait, laissant vagabonder son imagination sur le papier peint de sa chambre, et l’école de miss Lancashire sur Barlowmore road. Très vite, il s’exprima en anglais avec facilité, abandonnant l’Espagnol, sa langue natale.

 

Avant de partir pour Vienne où ils devaient s’installer bientôt, ils passèrent l’été en Suisse à Lausanne et à Ouchy où Élias aima beaucoup le lac, les voiliers qui le longeaient et les montagnes qui s’y miraient. Son initiation à l’Allemand –qui devait devenir son mode d’expression essentiel- fut l’œuvre de sa mère qui affectionnait cette langue qui, de plus, lui rappelait son défunt mari.

3) Vienne (1913-1916)

A Vienne, ils s’installèrent dans le quartier du Schüttel près du Wurstelprater, au n°5 de la Josef-Gall-Grasse. Il parlait désormais quatre langues, l’Anglais et l’Allemand couramment, le Français qu’il apprenait à l’école et l’Espagnol sa langue natale. Avec sa mère, il allait au Burgtheater dont elle raffolait et parlaient presque chaque jour de littérature. Mais ils furent vite rattrapés par la guerre et, après un incident, nul ne s’avisa encore peu la ville de Vienne, de parler anglais en public.

 

Pendant l’été 1915, ils retournèrent visiter la famille à Roustchouk puis séjournèrent à Varna sur la mer noire. La guerre touchait encore peu la ville de Vienne, Élias entra normalement au lycée près de Sophienbrüke. Il lui suffisait pour s’y rendre de longer la Prinzenallee. Malgré ces temps de guerre, ils partirent en Bavière à Reichenhall avec sa mère qui avait des problèmes de santé et firent des excursions à Nonn, au Köninsee et jusqu’à Berchtesgaden. Sa mère voulait partir habiter en Suisse à Zurich. Les deux frères d’Élias y résidaient déjà et, passant par Munich et Lindau, ils rejoignirent Zurich.

4) Zurich-Scheuchzerstrasse (1916-1919)

tumb       tumb

-  - -   Zurich-Tiefenbrunnen : la villa Yalta    --  - -    Zurich - Rämibühl, 1919-21

 

Ils s’installèrent dans deux chambres au 68 de la Scheuchzerstrasse au deuxième étage dans un immeuble en location puis déménagèrent trois mois plus tard au n°73 dans un appartement plus grand. A partir du printemps 1917, il fréquenta l’école cantonale de la Rämistrasse et discutait beaucoup littérature avec sa mère qui lui avait fait découvrir Charles Dickens qu’il dévorait ou Walter Scott qu’il ne prisait guère. Ils allaient aussi souvent à la grande librairie Roscher sur le quai de la Limmat et sont abonnés au cercle de lecture Hottingen.

 

Ses professeurs étaient « les premiers représentants qui m’apparaîtra plus tard comme la substance même du monde. » [3] Ils passaient l’été à Kandersteg et à Seelisberg dans un hôtel perché au-dessus de l’Urnersee et descendaient par la forêt jusqu’à Rütliwiese, cueillir des cyclamens dont sa mère aimait tant le parfum.

 

5) Zurich-Tiefenbrunnen (1919-1921)

Peu de temps après la fin de la guerre, Elias Canetti se retrouva dans la banlieue de Zurich, à Tiefenbrunnen dans la villa-pension Yalta située dans la Seefeldstrasse, tout près du lac, avec un grand verger derrière la maison. La famille est pour quelque deux années séparée, sa mère malade vivant au Waldsanatorium à Arosa et ses deux frères en pension à Lausanne. [4]

 

Pour rejoindre son lycée, il fut alors obligé de prendre le train jusqu’à la station de Stadelhofen, remontant ensuite la Rämistrasse. Souvent, il rentrait à pieds avec un camarade de classe Hans Wehrli par la Zollikerstrasse. Ils allaient souvent se promener en barque jusqu’à Kilchberg sur la rive opposée. Il allait aussi une fois par semaine rendre visite à sa grand-mère Arditti et sa tante Ernestine, la sœur aînée de sa mère, qui habitaient aussi Zurich.

 

Pour lui, la formation qu’il reçoit procède aussi d’une école de la vie, la réduction des préjugés de son éducation par une ouverture au monde. La richesse du genre humain –aussi bien dans sa grandeur que dans sa fragilité- il l’a découvre dans ses professeurs qui sont autant de personnages qu’il côtoie dans son quotidien, un kaléidoscope des faces de l’humanité qui nourrira son univers romanesque.

 

L’été, il part faire des excursions dans les vallées des Grisons. Dans le Domleschg, il grimpe jusqu’au sommet du Heinzenberg, « la plus belle montagne d’Europe, selon le duc de Rohan » précise-t-il, ou va visiter le château de Rietberg juste à côté. Mais il a un faible pour le Valais et dès l’été 1920, il revint à Kandersteg avec sa mère. Ils parcoururent le Lötschental, descendant à Goppenstein pour suivre la vallée de Ferden jusqu’à Blatten, le village le plus reculé.

 

Sa mère n’aimait guère la vie qu’il mène à Zurich, trop protégée, trop tournée vers les livres et le romanesque. Elle voudrait le placer face aux réalités d’alors, dans l’Allemagne à la dérive de 1920, et effectivement, l’année suivante, Élias Canetti dut partir poursuivre ses études en Allemagne, une nouvelle vie s’ouvrait devant lui, fort différente où, écrit-il, « je ne naquis qu’après avoir été chassé du paradis. »

 

Notes et références

  1. Ses parents avaient fait leurs études à Vienne, où ils s’étaient connus.
  2. La Haggadah ou l’histoire de l’exode des juifs d’Égypte, d’autant plus symptomatique qu’eux aussi étaient des exilés chassés d’Espagne par Ferdinand et Isabelle la catholique. [NDLR]
  3. Et il ajoute « Réaliser l’osmose entre individus et types –des personnages- c’est précisément l’une des tâches majeures du poète. »
  4. Sa mère avait été victime fin 1918 de la terrible grippe espagnole qui avait sévi dans toute l’Europe et, affaiblie par la maladie, avait contractée peu de temps après la tuberculose.

 

Bibliographie

  • Autobiographie (1971-1977) et 2003 :
   Tome I : La Langue sauvée - Histoire d’une jeunesse 1905-1921 (1977)
   Tome II : Le Flambeau dans l’oreille - Histoire d’une vie 1921-1931 (1980)
   Tome III : Jeux de regards - Histoire d’une vie 1931-1937 (1985)
   Tome IV : Les Années anglaises (2003)
  • 1935 : Auto-da-fé (1949, titré aussi La Tour de Babel), Die Blendung
  • 1960 : Masse et Puissance, Masse und Macht, essai, ISBN 2070705072

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Zurich, la Scheuchzerstrasse

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 17:00

Notion de pouvoir et formes de manipulation

La relation est étroite entre Pouvoir et Manipulation, pour le prendre, le consolider ou le conserver, d’autant plus étroite que le pouvoir est faible et qu’il doit s’appuyer sur un corpus de techniques qui lui permette de se renforcer, s’inscrivant dans la longue dynamique des relations humaines. Cette étude est surtout basée sur les travaux des psychosociologues français Dominique Chalvin et Roger Mucchielli

                      Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juillet 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

1- Présentation générale

tumb Pouvoir et manipulation

La manipulation, quelle qu’elle soit, s’inscrit toujours dans un processus de communication, de relations humaines, qu’elle soit de type dual, groupal ou collectif. L’idée centrale est d’exercer une influence sur autrui, non par ascendant ou par recours à l’argumentation, mais par des moyens considérés comme immoraux, sans respect de la personne, à travers une mentalité dominée par le cynisme. La manipulation est ainsi une tentative d’exercer sans partage un pouvoir sur une personne, un groupe ou une structure ; elle s’appuie sur une relation déséquilibrée de type gagnant-perdant.

 

Bien que certains considèrent des aspects positifs dans la manipulation, [1] elle sert normalement, de façon détournée et malhonnête, à circonvenir la confiance d’autrui. [2] Les techniques de manipulation, si elles peuvent être assez brutales dans la violence psychologique et les formes aiguës de harcèlement, se pratiquent le plus souvent "sous le manteau", à visage couvert, et ont comme caractéristique que les objectifs annoncés, officiels, cachent en fait des objectifs secrets, soigneusement dissimulés. Ceci est d’autant plus important qu’une certaine culture d’entreprise veut qu’on encourage la ruse, le "système D" pour contourner les règles et valoriser la volonté de domination.[3]

 

Cette volonté s’exprime dans les relations par un désir inextinguible de domination de la part d’autocrates domestiques ou professionnels dont les actions révèlent des attitudes archaïques qui ont été analysées par des psycho sociologues comme Lewin, Lipitt ou Whyte et peuvent revêtir de formes névrotiques d’autocratisme comme l’a montré Juliette Favez-Boutonier dans son ouvrage "Les défaillances de la volonté". [4]

2- Les fondamentaux de la manipulation

tumb La manipulation dans Les liaisons dangereuses

 

21 § Faire courir des bruits et des rumeurs, laisser sous-entendre sans rien affirmer, utiliser mensonges et demi-vérité pour instiller la méfiance entre les gens. [5]

 

22 § Faire en sorte de dévaloriser l’autre, surtout s’il manque d’assurance, user sa confiance jour après jour en le plaçant en porte-à-faux, mettre en cause ses compétences et sa personne, en le transformant en "vilain petit canard". Ces méthodes peuvent conduire à une véritable persécution ponctuée d’une période plus ou moins longue de harcèlement. [6]

 

23 § Modifier l’information pour n’en reprendre que certains aspects, en exagérer la teneur, la caricaturer ou piper son sens. Il s’agit d’abord de prêcher le faux pour connaître le vrai, de faire de veines promesses ou créer de toute pièce des malentendus.

 

24 § Offrir un beau visage, être avenant pour mieux pervertir et présenter une image de soi qui rassure l’autre, lui faire croire qu’il peut compter sur celui qui prétend être son ami. Cette séduction tactique peut aller jusqu’à travestir leurs sentiments ou leurs opinions pour mieux agir sur les autres et influencer leurs opinions. [7]

 

25 § Jouer les victimes, se faire plaindre pour que tous ceux qui sont choqués de la situation deviennent des alliés prêts à la dénoncer. Le pouvoir par la victimisation revêt trois formes essentielles : "les surmenés" au jugement négatif sur la situation et les relations, "dépassés" qui s’arrangent pour que leurs difficultés soient ‘de la faute des autres’, "les pessimistes" qui estiment que rien n’est possible. Si ces comportements existent dans d’autres situations et donnent souvent lieu à des jeux psychologiques pervers, ils sont aussi utilisés comme moyens de manipulation. [8]

3- Champ d’application de la manipulation

tumb Le pouvoir dans les organisations d'après Mintzberg

 

Si le territoire de la manipulation est d’autant plus large qu’il concerne toutes les formes de relations humaines, il se concentre en fait dans trois domaines privilégiés.

 

31 § La relation duale, quand cette relation se détériore au point de susciter des comportements déviants mettant en jeu provocations et manœuvres, [9] pouvant aller jusqu’à ce qu’on appelle en Analyse transactionnelle "la relation victime-bourreau" pouvant parfois déboucher sur une relation perverse de type sado-masochiste.

32 § La dimension collective d’un comportement de pouvoir. Si on la rencontre surtout dans les conflits de concurrence visant une promotion ou une prise de pouvoir, elle sévit aussi largement en matière politique et plus généralement dans les relations de domination, d’ascendant sur une personne ou un groupe. L’une des meilleures illustrations en est donnée par l’ouvrage de Machiavel, "Le Prince", [10] sur le modèle du florentin Laurent de Médicis. Méthodes de manipulation pérennes depuis la Renaissance puisqu’elles n’ont rien perdu de leur actualité. Derrière le personnage du Prince, on peut déceler des techniques de conditionnement des individus visant les mécanism

Milgram [12] dont le but était de mettre en lumière la relation à l’autorité et l’impact de la hiérarchie sur le comportement individuel. Dans cet exemple, la manipulation tient au fait que les enseignants cachaient soigneusement l’objectif réel de l’expérience –annonçant un objectif très général sur les mécanismes relationnels- et viciaient la relation avec la personne chargée de réagir aux ordres donnés. A aucun moment les étudiants participant à l’expérience n’ont pensé qu’ils pouvaient être trompés par ceux qui pilotaient l’expérience, autant parce qu’ils leur faisaient confiance que par respect du statut social dont les enseignants étaient a priori investis.

4- Typologie des techniques de manipulation

  Manipuler le langage

Parmi les multiples façons de manipuler, on peut retenir quelques types fondamentaux de moyens utilisés, caractérisés par leur impact et la simplicité relative de leur utilisation. Il faut aussi remarquer que les possibilités de manipulation sont d’autant plus aisées qu’elles s’adressent à des personnes en difficultés, que ce soit à cause de leur équation personnelle (manque d’assurance, peur, sentiment d’infériorité…) ou à cause d’une situation conjoncturelle délicate (deuil, stress…) [13] Cette catégorie de personnes est assez fragile pour être facilement traitée de bouc-émissaire ou confrontée aux menées de gourous et de sectes. [14]

41 § La persistance se manifeste par un comportement stéréotypé issu de modèles ou d’invariants, impossible –ou en tout cas très difficile- à remettre en cause, dont le manipulateur peut largement profiter.

42 § Le travail en profondeur consiste à se donner une image patiemment dessinée, pou r en tirer bénéfice, en devenant incontournable par exemple, indispensable dans un domaine d’expertise, de créer comme on dit en économie, un monopole. En fait, ce n’est pas l’expertise par elle-même qui importe mais ce que croient les autres. « La réalité est ce que l’on croit être la réalité, » perception qui facilite grandement la manipulation. [15]

43 § Innocence et culpabilité Mettre quelqu’un en mauvaise posture, surtout devant les autres, est un moyen manipulatoire très efficace qui joue sur la dévalorisation de la personne qui a tendance à se sentir mal à l’aise, à culpabiliser et à éprouver un sentiment de honte. [16] Ce résultat peut être obtenu de différentes façons ; par exemple en jouant sur les mots, en interprétant, voire en pipant des données chiffrées.

 

44 § Une autre technique consiste à abuser de la naïveté, de la crédulité de certaines personnes, les mystifier pour les utiliser à son profit ou pour créer des conflits artificiels au sein d’un groupe. [17] Elle permet à l’initiateur de se mettre à couvert, de se cacher derrière un tiers, et de "tirer les ficelles" sans se faire remarquer ou en faisant en sorte, en cas de besoin, si la manœuvre est éventée, de "faire porter le chapeau" à d’autres.

 

45 § La manipulation peut aussi atteindre une personne non pas directement mais de façon détournée, par des allusions sans rapport avec le sujet traité ou en mettant en cause non le travail accompli ou l’une de ses compétences, mais la personne elle-même, pour mieux la déstabiliser. [18]

Fichier:Brainwashing 1, acrílico sobre lienzo, 100 x 80 cms.JPG  Manipulation et coercition

Bibliographie
  • Frederik Herzberg, "Le travail et la nature de l’homme", éditions EME, 1974
  • R. Meiniez, "Pathologie sociale de l’entreprise", éditions Gauthier-Villars, 1965
  • AM. Rocheblave-Spenlé, "Le pouvoir démasqué", éditions Universitaires, 1974
  • Dominique Chalvin, "Du bon usage de la manipulation", ESF, 2003, 3ème édition, isbn 2-7101-1474-7
  • G. Thomas, "Enquêtes sur les manipulations mentales", Albin Michel, 1980
  • I. Nazarre-Aga, "Les manipulateurs sont parmi nous", éditions de l’Homme, 1999
  • A. Cardon, "Jeux de manipulation", éditions d’Organisation, 1995
  • Alex Mucchielli, "Les réactions de défense dans les relations inter-personnelles", ESF, 1978
  • R. Cialdini, "Influence et manipulation", éditions First, 1990
  • La désinformation arme de guerre, textes de base présentés par Vladimir Volkoff, éditions L'Age d'Homme, collection Mobiles politiques, nov. 2004, 279 pages 
Voir aussi

Mes fichiers sur la psychosociologie

Notes et références
  1. RV Jouve & JL Beauvois, "Petit traité de la manipulation à l’usage des honnêtes gens ", PUG Grenoble, 1987
  2. P Raynaud, "L’art de manipuler", Ulrich, 1993
  3. Voir "Storytelling, La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits", Christian Salmon, 2007
  4. Voir Roger Mucchielli, "Psychologie de la relation d’autorité", exposé 1 Psychopathologie de la relation d’autorité, pages 12 et suivantes, ESF
  5. Voir Dominique Chalvin, "Analyse transactionnelle et relations de travail", exposé 5, Les transactions cachées, discours officiel et réalité, pages 64-66, ESF
  6. Voir Boris Cyrulnik, "Un vilain petit canard", Odile Jacob, 2001
  7. Voir Roger Mucchielli, "Opinions et changement d’opinion", exposé 4 Les techniques de changement forcé, pages 70 et suivantes, ESF
  8. Voir Dominique Chalvin, "Analyse transactionnelle et relations de travail", exposé 7, Comment traiter les stratagèmes et les conflits ?, pages 77 et suivantes, ESF
  9. Voir Roger Mucchielli, "Psychologie de la vie conjugale", ESF, 4ème édition
  10. Machiavel, "Le Prince", éditions Flammarion, 1980
  11. Voir Conditionnement et déconditionnement, Watson, ainsi que le Behaviorisme
  12. Stanley Milgram, "Soumission à l’autorité", éditions Calmann-Lévy, 1995
  13. Voir C. André & F. Leford, "L’estime de soi", Odile Jacob, 1999
  14. Voir Roger Mucchielli, "Les complexes personnels", éditions ESF
  15. Paul Watzlawick, "La réalité de la réalité", édition Le Seuil, 1978
  16. Voir S. Tisseron, "La honte", éditions Dunod, 1992
  17. Voir "Gérard Laborde, Confiance en soi et assertivité", InterEditions, 1996
  18. Dominique Chalvin, "Du bon usage de la manipulation", chapitre I, pages 13 à 34
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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 14:45

BERNARD CLAVEL : Biographie de Marie-Claire de Coninck


Référence : Marie-Claire de Coninck, "Bernard Clavel", éditions Pierre de Méyère, collections Portraits, postface interview de Bernard Clavel, 1991 

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juillet 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>


           

Esquisse pour un portrait

Bernard Clavel, écrivain populaire ou populiste, anti-intellectuel aussi laisse-t-on parfois entendre. Populiste, il s’en défend, le prend plutôt comme un compliment et n’aime pas beaucoup il est vrai les intellectuels, « je me moque éperdument des intellectuels dont le commerce m’ennuie souverainement » répond-il dans une interview. Quant à l’adjectif "populaire", péjoratif dans la bouche des intellectuels, il s’assume et le revendique, mille fois "oui" s’il s’agit d’écrire pour le plus grand nombre, s’adresser au peuple et, quelle horreur pour certains, connaître le succès, le vrai, pas seulement un succès d’estime. Voilà qui laisse augurer des relations tendues qui vont prendre toute leur ampleur quand il recevra le prix Goncourt.

 

Le peintre des débuts, a finalement choisi la littérature parce que écrit-il « je pensais pouvoir m’exprimer plus complètement ainsi et m’approcher d’avantage de l’homme. » [1]Il y a du Claude Monnet chez cet homme qui va inlassablement cherché sur les rives des galets du Rhône à Vernaison, à traduire dans sa peinture les milliers de reflets de cette eau qui le fascine, changeant au gré des heures et du temps, impossibles à capter. Finalement, la pâte humaine l’intéresse davantage, ses personnages en apparence si simples mais en fait si complexes et portés par des sentiments si contradictions, ses frères, ses jumeaux parfois si près de lui, de ses désirs et de ses doutes ; Il ajoutera ces mots à sa profession de foi : « Également m’engager aux côtés de l’homme qui lutte pour sa liberté et pour la paix. » [2] "L’homme", "la paix","s’engager", simplement, les mots-clés sont lâchés, il leur donnera toujours leur sens le plus élevé, le plus noble jusque dans son dernier texte où il dénonce les terribles méfaits de l’arme atomique. [3]

 

Bernard Clavel conçoit son travail d’écrivain comme un métier d’artisan, un homme parmi les hommes, élevant ses trois enfants et s’installant à Chelles dans la région parisienne en 1964 pour mieux « gagner sa vie. » C’est ainsi qu’il conçoit ses personnages, entiers, prenant la vie à grandes brassées, mais souvent dominées par les événements. La vie abîme souvent ses personnages mais la vie réelle de l’Espagnol qu’il eut l’occasion de rencontrer bien après la sortie de son livre, fut pire que celle de son héros. Sa langue est simple dit-on parfois avec dérision, mais il considère que c’est le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre, atteindre à la simplicité, c’est épurer, aller vers une concision qui donne au texte tout son sens. C’est ainsi qu’il parvient à dépasser la dichotomie classique entre le fond et la forme.

Avec l’intelligence du cœur

C’est dans une interview à propos de son roman "Celui qui voulait voir la mer" qu’on trouve son positionnement par rapport à l’écriture, « ce livre est un roman, c’est-à-dire une histoire imaginaire mais j’ai essayé que les sentiments soient vrais. » Le zoom cible ses personnages, leurs luttes, leurs réactions face aux situations de leur vie quotidienne. C’est plus les ressorts intimes de la pâte humaine qui intéressent Bernard Clavel, que la trame narrative de ses romans.

 

Idée essentielle qu’on retrouve dans cette réflexion tirée de sa biographie de Léonard de Vinci : « Ce qui place des écrivains comme Molière ou Balzac au-dessus des autres, c’est qu’ils ont su créer des types en modelant des personnages qui demeurent pourtant des hommes. » Équilibre instable dont seuls les grands écrivains parviennent à atteindre un point d’orgue. Ses personnages même s’ils sont malmenés par la vie, poursuivent sans relâche leur chemin. Ce qui en fait leur modernité, c’est leur ouverture sur le monde, ils savent prendre des risques pour se réaliser, pour atteindre leurs objectifs, souvent dominés par leurs coups de cœur, compatissant envers les plus faibles. Même les plus dures moments, ils restent indéfectiblement liés à leurs amis, à leur entourage et, comme Pablo envers la jeune déshéritée Jeannette ou Gilbert envers son ami le vieux pasteur, après la mort de sa bienaimée, retrouvent dans l’amitié cette partielle d’humanité qui guide leur vie.

 

Ce qui l’intéresse, c’est la flamme intérieure d’un être qui lui donne son caractère unique, la passion parfois poussée à son paroxysme, à son ultime dénouement comme la lutte sans espoir du "seigneur du fleuve" Philibert Merlin l’essor inéluctable du bateau à vapeur, contre les forces sauvages du fleuve et de ses terribles crues, un peu à la manière d’un Hermann Melville et la lutte du capitaine Achab contre Moby Dick. [4]

 

Ces hommes sont des aventuriers de leur époque, autant centrés sur leur passion que tournés vers les autres car « l’aventure est partout, offerte à tous, elle a mille visages, mille formes, mille aspects. » [5] Il précise sa pensée, écrit dans "Célébration du bois," « On est vraiment ce que l’on désire être. » Lui-même est aussi à sa façon un aventurier, pèlerin de la littérature avec, non pas son bâton à la main, mais son stylo, vagabond du monde se sentant partout chez lui, emportant dans sa tête son terroir, plein d’images à jamais serties dans sa mémoire, mais toujours insatisfait, à la recherche d’un ailleurs. Toujours ouvert aux autres également, n’hésitant pas à s’engager pour la paix, luttant contre la violence faite aux enfants car « on n’a pas le droit d’oublier qu’il y a toujours quelque part un endroit où on assassine un enfant. » [6] 

Comme le chant d’une vague

Parler de littérature, évoquer un grand écrivain suppose une certaine idée du rôle de l’écriture, de la puissance de son style, de son imagination, et repose sur cette substance de sa propre vie qu’il est capable de projeter dans son œuvre. Pour lui, « le génie est l’équilibre parfait entre le mental et l’émotionnel. Une émotion, c’est déjà beaucoup, c’est en tout cas suffisant pour que naisse un chef-d’œuvre si elle touche un artiste assez doué pour l’exprimer pleinement. »

 

Derrière l’histoire d’un homme, d’une famille, d’un groupe se profile dans ses romans sa colère [7] pour la violence qui contraint Pablo l’Espagnol à l’exil, le jeune Robert pris dans les filets de Malataverne à une réaction qui le conduira en prison, le jeune Julien Dubois jeté dans la guerre, balloté entre l’armée de l’armistice et la Résistance, hanté par le souvenir de la torture. Cette colère l’aide aussi à dénoncer des formes de violence sociale, celle qui jette Marie-Louise, l’apprentie-coiffeuse, sur le trottoir et désespère Quantin son père, qui oblige Gilbert et Les Pirates du Rhône à l’exil, causant la mort de Marthe sa fiancée ou, pour prendre un exemple plus collectif, qui contraint les canuts lyonnais à se révolter contre leurs conditions de travail dans "La Révolte à deux sous". Un thème si récurrent qu’on pourrait citer maints autres exemples à travers son œuvre et qu’il inervera encore ses derniers écrits.

 

On trouve ainsi dans ses écrits maintes références à la guerre et beaucoup de ses romans y font allusion où sont carrément centrés sur une période de guerre, guerres du passé, guerres mondiales ou guerres modernes. Il n’avait que l’embarras du choix. Dans sa grande fresque "Les Colonnes du ciel" dans une guerre terrible où les armées de Louis XIV ramèneront sans pitié la Franche-Comté dans le giron français, il décrit la longue marche, le long exil de ces populations déracinées obligées de quitter leurs villages de la forêt doloise pour partir dans une dure errance pour découvrir enfin sur les rives du lac Léman "la lumière du lac". [8][8] Une saga qui lui tient tant à cœur, lui le Franc-Comtois qui souffrent autant que ses personnages dont certains poursuivront leur aventure jusqu’au Québec, [9] réalisant ainsi le lien avec sa grande saga sur les pionniers du Québec "Le Royaume du nord".

 

Toutes les époques lui sont bonnes pour dénoncer la guerre et ses atrocités, de l’époque antique jusqu’à la guerre d’Algérie. "Le Cavalier du Baïkal," ce guerrier venu des steppes asiatiques, nous projette dans la guerre des Gaules, la soif de pouvoir de Jules César, et "Brutus" qui se déroule au siècle suivant au temps de l’empereur Marc-Aurèle, nous mène le long du Rhône entre Lugdunum le Lyon antique, et la Camargue, dans le monde romain de l’intolérance traquant et persécutant les chrétiens. Il nous projette aussi dans l’épopée napoléonienne, pendant les Cent-Jours en 1815 où la guerre civile qui oppose bonapartistes et royalistes, va venir percuter de pauvres bateliers aux prises avec une terrible crue du Rhône près du gros rocher de la "Table du roi" du côté de Valence.

 

Beaucoup de ses romans sont centrés sur l’histoire de gens simples, l’absurdité de la guerre et de la violence qui jettent les individus les uns contre les autres, comme si l’amour de la vie avait cédé la place à la haine. Les guerres contemporaines sont présentes, de façon parfois détournée dans "Les Roses de Verdun" par exemple, l’histoire d’un homme qui entreprend un long voyage des rives du Rhône jusqu’à Verdun pour rendre hommage à ce fils mort du côté de Verdun, mort comme beaucoup d jeunes de son âge et qu’il avait voulu préserver, malgré lui. Outre les trois derniers volumes de "La Grande patience" fortement autobiographiques et centrés sur la seconde guerre mondiale, au temps de sa jeunesse, Bernard Clavel nous entraîne dans les aléas de la Libération, dénonce les morts inutiles des dernières semaines de la guerre dans cette région, décrit la peur et les représailles dans ces villages au-dessus de Lons-le-Saunier qu’il connaît si bien, le dilemme de ces familles écartelées entre plusieurs pays et ennemies malgré elles comme ces "malgré eux" alsaciens face à un choix impossible. [10]

Un art… une loyauté

Riter, l’ami de Julien Dubois, rappelle à propos d’un de ses officiers, que pour Balzac, « la gloire est le soleil des morts, » expression que reprendra Bernard Clavel comme titre d’un roman en hommage à son oncle Charles Mour [11] où il s’interroge sur les ressorts de la haine et du sentiment de revanche et de leur récurrence chez les "braves gens" du peuple. [12] Bernard Clavel aime "la belle ouvrage", non seulement il ne s’en est jamais caché mais il l’a souvent clamé et son œuvre en est imprégnée. On en trouve maintes illustrations, par exemple dans cette interview où il dit : « J’aime la matière, c’est ce que je regrette le plus dans la peinture. Le papier, l’encre, tout cela m’est nécessaire. […] J’aime les outils, je les collectionne, et pour moi un stylo est un outil auquel la main s’habitue. On s’y attache, on l’aime très vite. Il fait amitié avec la main. » [13]

 

C’est l’amour pour ce monde de travailleurs manuels, paysans et ouvriers, qu’on peut juger désuet par certains côtés, qu’on lui a parfois reproché, avec ce qu’il contient de péjoratif pour le travail manuel. Son côté retro tient sans doute aussi à son appétence pour la nature, son goût marqué pour la campagne, la montagne et le froid, [14] ce peu d’attrait pour la ville qu’il décrit sans aménité dans Le Voyage du père où la neige lyonnaise est sale et poisseuse, deux univers qu’il oppose dans L’Homme du Labrador entre les fascinantes étendues glacées du Labrador et les tristes vieux quartiers de Lyon.

 

Son humanisme –et sa propre expérience- l’amène à évoquer les liens qui se tissent peu à peu entre les ouvriers, la solidarité qui en est le ciment et qui permet de résister à l’oppression d’un patron comme Julien Dubois dans La Maison des autres ou de revendiquer un minimum de dignité, le juste prix de leur labeur comme les canuts, ces ouvriers de la soie lyonnaise dans La Révolte à deux sous. L’oncle de Julien, syndicaliste convaincu, le met en garde contre tout paternalisme pernicieux, le prévenant « qu’il est impossible d’être copain avec un patron sans finir par être sa victime. » Ces hommes n’en exercent pas moins des métiers difficiles qui rendent les mains rugueuses et la peau hâlée, durs à la tâche, qui par exemple dirigent leurs embarcations dans les flots tumultueux du Rhône [15] ou qui, comme Bernard Clavel dans sa jeunesse a bûcheronné et vendangé du côté de Château-Chalon dans le Revermont jurassien et connaît le prix de la sueur. La nature est belle mais pas toujours magnanime envers les hommes.

 

Ces personnages qu’il choisit comme archétypes appartiennent à sa vie, ce sont souvent des gagneurs, des "self-made-men" qui savent ce qu’ils veulent même si finalement ils échouent comme Le Seigneur du fleuve, « tout remonte à mon enfance et à mon adolescence, tout vient de mon expérience » confie-t-il dans une interview. »

 

Notes et références
  1. Extrait de son interview dans Magazin de Bucarest, novembre 1966
  2. ] « Il existe aussi des raisons d’ordre purement artistique » exposées dans son album "Célébration du bois", précise-t-il dans une interview
  3. Voir ses deux derniers textes, le roman "Les grands malheurs" et sa préface "La peur et la honte" à l’ouvrage de Nakazawa Keiji "J’avais 6 ans à Hiroshima. Le 6 août 1945 8h15 "
  4. Référence à Hermann Melville
  5. Interview dans Liberté de mars 1967
  6. Voir "Jeunes frères ennemis", revue Europe, novembre 1965
  7. Voir "Un homme en colère", Maryse Vuillermet, 2003
  8. Titre du deuxième tome de la série Les Colonnes du ciel
  9. Dans le dernier tome de la série, intitulé "Les Compagnons du Nouveau monde"
  10. Voir le récit-témoignage "Marthe et Mathilde", Pascale Hugues, éditions Les Arènes, 305 pages, 2009
  11. L’oncle Charles Mour, capitaine, combattra dans les deux guerres mondiales et dans les bataillons d’Afrique.
  12. Bernard Clavel se réfère à une citation de Romain Rolland, qu’il admirait particulièrement : « Ce sont les "braves gens" qui font l’éternité des fléaux criminels dont l’humanité est martyrisée : ils les sanctifient par leur acceptation héroïque. » C’est là tout le thème de son roman "Le Soleil des morts".
  13. Interview à Magazin de Bucarest, novembre 1966
  14. Sur le thème de son attirance pour le froid, pour les paysages du Haut-Doubs ou du Canada, on peut citer Terres de mémoire et son album intitulé simplement L’Hiver
  15. Patrons de bateaux, nautoniers qu’on retrouve dans les trois romans suivants : "Le Seigneur du fleuve", "Brutus" et "La Table du roi".

 

 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 14:36

Josette Pratte : Les Persiennes

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Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juillet 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

Référence :
Les Persiennes, Josette Pratte, éditions Robert Laffont, 276 pages, 1985, isbn 2-221-04835-0, illustration Jérôme Coudrey

 

Les Persiennes est un roman de l’écrivaine québécoise Josette Pratte, qui décrit le combat d’une femme pour s’accrocher à un amour devenu impossible.

 

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Présentation et sommaire

Josette Pratte a placé en épigraphe cette citation de Georges Bernanos : « L’enfer, Madame, c’est de ne plus aimer. »

« Les persiennes sont tirées. Un jour blanc, léger, souligne les fentes. » Ainsi commence le huit-clos de Margot, une femme cachée derrière les persiennes de sa maison, prisonnière de son propre univers, qui guette l’arrivée de son mari et de sa maîtresse.

 

Les persiennes sont comme les grilles d’une prison où elle s’est volontairement enfermé, prisonnière de sa passion pour cet homme qu’elle a longtemps porté à bout de bras, qui lui doit tout et qui la quitte pour cette Christine dont elle ne peut prononcer le prénom et qu’elle appelle "la pute". Prisonnière de cet amour-passion qui lui permet de vivre et en même temps l’empêche de vivre.

 

Robert doit venir dans cette grande maison de campagne, la Gordanne, pleine de leurs souvenirs, pour prendre ses affaires personnelles, tout ce qu’il a laissé dans son atelier de peintre. Interdiction pour elle d’être présente : ainsi l’a voulu la justice des hommes.

 

Mais Margot s’est murée dans sa chambre. Elle attend en caressant le rêve fou que leur histoire peut continuer, qu’elle peut reconquérir celui avait qui elle a vécu pendant trente ans. Robert arrive mais avec Christine sa jeune maîtresse et Odette une de ses amies, qui l’a trahie. Elle va les épier ainsi pendant deux jours et une nuit, en toute une vie qui par bribes défile dans sa tête. Elle se sent défaite et tâte de temps en temps le vieux revolver qu’elle a apporté.

 

Situation poignante faite de cris d’amour et de haine d’une femme qui ne parvient pas à faire le deuil de son amour. Son désespoir est fait de tentations qui se focalisent sur ce révolver support de tous ses fantasmes. C’est lors du départ de Robert, son départ de la maison avec le camion de déménagement, qu’elle réalise l’inéluctable, départ définitif, il ne reviendra pas. Cette fois elle le sait au profond d’elle-même, la page est vraiment tournée. Mais elle ne baissera pas les bras, non, elle se battra en décidant péremptoirement : « C’est la guerre ! »

Bibliographie

  • Josette Pratte, " Et je pleure ", éditions Robert Laffont, 1981
  • Josette Pratte, "Les Honorables", éditions Robert Laffont, 1996
  • Josette Pratte, Bernard Clavel, Œuvres complètes de Bernard Clavel
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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 14:28

Les Honorables de Josette Pratte

<<<< Voir aussi Les Persiennes >>>>

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juillet 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

Référence : Les Honorables, Josette Pratte, éditions Robert Laffont, 292 pages, 1996 2-221-08258-3, couverture Xavier Prinet ‘Coin canapé’ (1926)

Les Honorables est un roman de l’écrivaine québécoise Josette Pratte, qui décrit la "bonne" société québécoise des années à l’aube et pendant la seconde guerre mondiale.

 

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Présentation et sommaire

Josette Pratte, originaire du Québec où elle est née en 1951 et qu’elle ne quitte qu’en 1978 pour venir en France, nous fait pénétrer dans la vie quotidienne d’une grande famille québécoise dans ces années quarante de la guerre en Europe. Elle brosse à travers cette saga un monde qu’elle a bien connu et croque avec bonheur des personnages plus vrais que nature.

1- De l’automne 1938 – l’hiver 1938-39
2- L’été 1939
3- Les temps de guerre : 1939-42
4- Les temps de guerre : de l’été 1942 à Octobre 1945

La famille Desrosiers

Cette famille, l’une des plus importantes du Québec, repose sur le patriarche –l’Honorable dit-on là-bas- Elzéar Desrosiers, un homme vieillissant, ancien magistrat qui règne encore sur son clan. De caractère autoritaire et plutôt râleur, aux idées bien arrêtées sur les devoirs et obligations de sa caste, il dirige d’une main ferme sa propriété de la Grande-Allée et sa domesticité, sa campagne du Bas-du-Fleuve ainsi que sa maisonnée, ses deux filles Virginie et Daphnée, son fils Ernest et son gendre, "l’honorable" Adjutor Duguay. Seuls ses trois petits-enfants Charles, François et surtout Gabrielle savent toucher son cœur et obtenir de lui ce qu’ils veulent.

Virginie est à son aise, se sent bien entre un mari, édile local qu’elle admire et ses trois enfants. Sa sœur Daphnée se sent plutôt à l’étroit dans cette société étriquée, à la recherche de quelque chose d’autre qu’elle a du mal à définir. Elle va tomber amoureuse d’un riche canadien anglais protestant. Il est tout ce que le clan Desrosiers n’est pas et Elzéar ne peut admettre ce qu’il considère comme une rébellion, une atteinte à ses prérogatives. Débat classique entre l’amour et la pression familiale qui va briser le cœur de Daphnée. Elle va finalement e résoudre à se fiancer à un jeune avocat qui plaît à la famille mais qui va rapidement s’engager et partir à la guerre pour la ‘vieille Europe’.

Les temps de guerre

Cette guerre lointaine qui ravage l’Europe puis va s’étendre au Pacifique, partage les Canadiens qui se demandent s’il faut aller se battre pour l’Europe, pour ces deux pays colonialistes qui les ont conquis et occupés.

La ‘Belle province’ renâcle puis finit par céder à l’effort de guerre. Elzéar Desrosiers reste assez insensible à toute cette agitation contraire à son tempérament, qui gagne peu à peu toute sa maisonnée et sa fille Delphine la première. Pour les représentants de cette génération, c’est aussi les assises de leur société qu’ils ont tant aidé à bâtir, que la guerre menace de remettre en cause.

 

La guerre et l’occasion de dépasser les clivages entre Canadiens français et anglais, qui aiment à ressasser le passé et à marquer leurs différences. La cohabitation est difficile mais Daphnée participe au mouvement et se lance à corps perdu dans l’effort de guerre, organisant des défilés de mode, action pédagogique visant à développer l’esprit civique de ses concitoyens et de dégager ainsi des fonds pour les industries d’armement.

 

La guerre à présent est finie et le 2 octobre 1945, c’est la fête au pays, Elzéar Desrosiers regarde le Royal 22e régiment qui revient triomphalement de la vieille Europe. Son futur gendre Maurice, le fiancé de Daphnée, en fait partie, lui l’engagé volontaire dès 1939, parti donc depuis quelque six années. Daphnée est ainsi rattrapée par son passé et voit l’ombre portée de son amour pour Frederick Dobell s’éloigner irrémédiablement.

 

Main il semble bien que la guerre ait impact durablement la stabilité de cette société et que désormais, rien ne puisse être comme avant. 

Interview de l'auteure
 

« Je mets très longtemps à écrire quelque chose. J’ai mon propre rythme. Pour moi, il faut donner le temps au personnage et au monde d’exister. J’ai beaucoup de mal à accepter ce que je fais aussi. Ce sont des thèmes différents, d’écriture différente. Moi ce qui m’anime, c’est comprendre les êtres et donc, au fond, se comprendre, ou comprendre des morceaux de soi et les aimer. Pour moi l’essentiel est d’arriver à être soi; là est la force, arriver à trouver sa personnalité, l’affirmer, être soi et n’être que soi

Bibliographie
  • Josette Pratte, " Et je pleure ", éditions Robert Laffont, 1981
  • Josette Pratte, "Les Persiennes", éditions Robert Laffont, 1985
  • Josette Pratte, Bernard Clavel, Œuvres complètes de Bernard Clavel
Liens externes

BookNod Josette Pratte à Apostrophe en 1985

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 14:07

Josette Pratte : biographie


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<<<<<< Voir aussi son roman Les Honorables >>>>>>

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juillet 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>


Josette Pratte, l’épouse de l’écrivain Bernard Clavel, est un écrivain canadien née à Québec en août 1951. À dix ans, elle perd sa mère, dont elle a brossé un portrait émouvant dans son premier roman : "Et je pleure". Interrompant des études de lettres qu’elle suivait à Montréal, elle part faire un séjour en Angleterre. Quand elle revient dans son pays natal, elle travaille dans différentes maisons d'édition.

 

A la fin de l’année 1977, invité pour une semaine au Québec, Bernard Clavel y rencontre sa future femme Josette Pratte. Depuis 1979, elle vit principalement en Europe avec son mari Bernard Clavel et jusqu’au décès de ce dernier en octobre 2010. Elle l’a soutenu dans l’adversité, depuis qu’un certain 27 octobre 2003, une attaque vasculaire laissait son mari handicapé du côté gauche, qui dira après quelques jours de coma : « J'écris. J'écris dans ma tête. »

 

Ce combat contre et avec les mots, il le mènera avec Josette Pratte, sa femme, elle aussi écrivain, juge impitoyable des œuvres qu’il lui soumet et qu’il corrigera jusqu’à ce qu’elle en soit satisfaite. « Je n'aurais pas écrit pareillement sans elle. C'est dur, la vie d'un couple d'écrivains. On ne vit jamais à deux, mais entourés de nos personnages. Et on s'engueule beaucoup à cause d'eux  »commente Bernard Clavel. [1] Il disait volontiers que son mariage avec Josette Pratte lui a permis de donner à son œuvre une deuxième vie. [2] Elle lui a apporté de nombreux livres, à commencer par sa grande fresque romanesque Le Royaume du Nord, inspirée par l'aventure des pionniers canadiens.

 

Durant ses dernières années, une grande photo trône dans sa chambre, un immense paysage neigeux autour de qui évolue une femme qui marche ; c’est sa femme Josette. Cette photo qu’il a sous les yeux et dont il dit « Pour moi, c'est la photo du bonheur. » En novembre 2011, elle a participé au cinquantenaire de l'Union Pacifiste [3] où ont été lus des textes pacifistes de Jean Giono et de Bernard Clavel. [4]

 

Elle est l’auteure de romans comme Et je pleure en 1981, Les Persiennes en 1991 ou Les Honorables en 1994. Elle a participé à quelques œuvres de son mari, [5] à des adaptations [6] et lui a apporté son concours pour Le Royaume du Nord, une grande fresque en six tomes qui se passe au Canada, son pays natal. Elle a également collaboré à la publication des œuvres complètes de Bernard Clavel aux éditions Omnibus.

 

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  Bernard Clavel et Josette Pratte                         Josette Pratte : Les Honorables    et    Les Persiennes

Citations
  • « Le meilleur moyen de garder un homme, c’est de le faire souffrir. » Et je pleure
  • « La femme abandonnée doit se contenter d'exister. » Les persiennes

  Notes et références

  1. Voir l’article du Nouvel observateur : Disparition de Bernard Clavel
  2. Cité dans la fiche Auteur de son éditeur Albin Michel
  3. voir la revue Emancipation du 14 septembre 2011
  4. Rencontre autour du livre pacifiste à la Mairie du I3ème, Place d’Italie, 75013 Paris. Présentations des œuvres pacifistes de Jean Giono et Bernard Clavel, avec la participation de l’Association Jean Giono et de Josette Pratte. Exposition-vente de livres et de journaux pacifistes.
  5. Par exemple, ils ont écrit ensemble l'album "Félicien le fantôme", édition Jean-Paul Delarge, 1980
  6. Par exemple, adaptation de la série historique de Bernard Clavel "Les Colonnes du ciel" pour la télévision, avec Michel Bouquet dans le rôle principal, voir Les Colonnes du ciel

  Bibliographie

  • Josette Pratte, "Et je pleure", 1981
  • Josette Pratte, "Les Persiennes", 1991
  • Josette Pratte, "Les Honorables", 1994
  • Josette Pratte, "L’énigme Charest", éditions Boréal, novembre 1998
  • Josette Pratte, Bernard Clavel, "L'Irlande", Regards sur l'Europe, France Loisirs, 1993, ISBN 2-7242-6710-9
  • Josette Pratte, L'univers clavésien, "A partir du réel... et au-delà du réel", colloque de Bordeaux, éditions Ardua, 2003
Voir aussi

Josette Pratte et Bernard Clavel à Courmangoux : Portrait, Courmangoux Bibliothèque
Les deux articles de Culture Libre Le Revermont et wikipedia Courmangoux (rubriques Personnalités et Patrimoine culturel)

 

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Josette Pratte inaugurant l'école de Dommartin (69), la bibliothèque de Roissiat-Courmangoux (01)

 

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Josette Pratte inaugurant le Parc de Vernaison (69)

 

 

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