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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:08

La conquête du pain Henri Béraud

L'écrivain et journaliste Henri Béraud

<< Henri Béraud : La conquête du pain, une saga lyonnaise *   © cjb ©  * >>
<<<<<< Présentation de ses romans historiques lyonnais en 3 volumes >>>>>>
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La conquête du pain, c'est sous ce titre que l'écrivain Henri Béraud publia ce roman historique sur quelques grands épisodes de l'histoire lyonnaise où il est né en 1885, au cœur de cette presqu'île qui restera toujours quelque part son port d'attache.

1- Le bois du templier

Le village de ses ancêtres, petit bourg de la banlieue lyonnaise (c'est encore à l'époque largement la campagne) où s'installa par la suite l'aéroport de Lyon-Satolas quand il eut déménagé de Bron, [1] Henri Béraud allait le mettre en scène dans le premier tome de La conquête du pain intitulé Le bois du templier. [2]

 

Les personnages, ce sont ses chers "magnauds" (qu'il écrit aussi magnos), les paysans pauvres de ce bout du Dauphiné qui vient se perdre dans l'agglomération lyonnaise. Il veut écrire « une longue épopée de misère », voyant déjà « se lever les ombres des manants de Sobolas. » [3] Et les mots vont venir tout seuls « pour animer cette grandiose histoire de pauvres gens. »

 

Sabolas à travers les siècles sera Le bois du templier, qu'il dédie à son ami Pierre Mac Orlan : « Le village que voici, tu l'as traversé : tes semelles ont foulé la poussière des Béraud et des Barge, serfs dauphinois. Et peut-être, sous les traits de quelque paysan, assis devant sa cabane et meulant sa faux, as-tu, chemineau des siècles et des mers, reconnu ton ami . » La vie des gens de Sabolas, tout au long de ces siècles qui s'étirent dans l'histoire, est une longue chronique de malheurs, apportés par la nature ou par les hommes, ponctués trop rarement de quelques embellies. La fascination d'Henri Béraud pour le monde paysan -lui qui est né en plein cœur de Lyon- s'exprime à travers cette collectivité qui survie malgré tout, et malgré l'exploitation des puissants.

 2- Les lurons de sabolas

Satolas eglise.jpg

L'église de Satolas

Mais les choses vont changer et le monde ancien va bientôt basculer dans la Révolution : « Quatre siècles durant, la voix des anciens avait dominé la vieille plainte. Maintenant, elle appelait les hommes de Sabolas et ceux-ci, regardant les fourches plantées dans les bottes de paille, aspiraient confusément au jour où la horde rurale se jetant sur les villes, irait saigner à la gorge ces luxueuses, ces corrompues, ces mangeuses de pain. »

 

L'histoire est en marche pour se déployer dans ce volume intitulé Les lurons de Sabolas. L'histoire locale du petit village de Sabolas allait rejoindre l'histoire nationale qui envoie son fracas formidable en un écho à peine affaibli jusqu'aux tréfonds des provinces. Pour écrire ce second volume, Henri Béraud s'installe dans le domaine du Val-Créc [4] y dominant la ville de Lyon et les méandre de la Saône sur les hauteurs de Vaise. De là, il peut contempler la Croix-Rousse, celle qu'on appelle "la colline qui travaille" [5] là où sont installés les "bistanclaques", les métiers à tisser la soie qui cliquettent toute la journée, maniant par les canuts au moins douze heures par jour.

 

Des conditions de travail dégradantes et des salaires misérables qui provoquent périodiquement des soulèvements de colère. Henri Béraud choisit pour thème central des Lurons de Sabolas les deux grandes révoltes des canuts de 1831 et surtout de 1834. [6] La colère des Sabolais et des lyonnais va, pour un temps, mettre le feu à la ville. Pour un temps seulement car toute révolte comme un feu de paille ne s'alimente et ne s'entretient qu'un temps.

 

Les plus déterminés des canuts se retranchèrent dans les deux forteresses croix-roussiennes de la place Rouville qui surplombe la Saône et celle de la place Colbert, la maison des Voraces, côté Rhône. La maison des Voraces, immeuble emblématique de Lyon que l'auteur décrit dans son style lyrique : « Partant du fond, une sorte de cage à flanc ouvert monte vertigineusement jusqu'aux nuages. Hui volées d'escaliers, obliques, parallèles, noirâtres, sordides, gigantesques, se superposent, portant tout en haut un cube de maçonnerie perché sous les toits comme un à l'équilibre... » Les 'magnos' aussi, ces fiers paysans de Sabolas, seront vaincus et se résoudront à vendre leurs bras aux manufactures, « autour de l'usine, les saisons tournaient, répandant tour à tour sur les champs le vert, l'or, la rouille et le blanc. »

  3- Ciel de suie

En octobre 1933, Henri Béraud publie le dernier volume de son récit historique intitulé Ciel de suie où l'action se répartit entre le monde industriel des canuts et de leurs patrons les soyeux, et le monde agricole dont Henri Mendras a prédit bien plus tard "la fin des paysans", fin annoncée des descendants des "magnos".

 

Avec Ciel de suie, on n'est plus dans la révolte mais dans le désenchantement de l'univers bourgeois de la fin du XIXè siècle. La scène est plutôt dans la comédie grinçante et franchouillarde à la Feydeau, aux lourds climats à la Mauriac, d'une bourgeoisie qui règne avec contentement sur la IIIè république.

 

Pour écrire ce volume, Henri Béraud s'est inspiré de "l'affaire Gillet", fait divers qui s'est produit à Lyon un peu après la Première guerre mondiale, c'est un drame bourgeois qui passe pour un accident de chasse. Noëlle, la jeune épouse d'Armand Giroud, potentat lyonnais suivi comme son ombre par son frère Claude, vit des amours très secrètes avec le neveu de son mari. "Est-il plus patient et plus subtil ennemi de l'amour qu'un mal aimé?" Jalousie et cupidité mèneront les amants au drame dans le silence policé d'une famille dont la volonté suprême est de rester contre vents et marées, honorable et respectée.

 

Henri Béraud mélange dans cette fresque sociale, la peinture à petites touches de la mentalité de ce milieu bourgeois, enlève les masques et démasque les intérêts, et une description de la région lyonnaise, de ses activités industrieuses. Il brosse un portrait sans concessions des frères Giroud, membres de la caste détesté des Soyeux qui cultive le secret, " les Inséparables, riant très fort, observaient Patrice en dessous, de cet œil mi-clos, où couvait, au coin des paupières, la ruse patiente et sans miséricorde".

 

On assiste ainsi au combat perdu d'avance entre la "gente sabolasienne" et les dynasties des entrepreneurs, retranchés alors dans leur fief du Griffon, cachés derrière la place des Terreaux : « De hautes maisons couleur d'averse et d'avarice y traçaient déjà ce gluant labyrinthe où, pour mieux se cacher, la fortune emprunte la visage de la misère

 

Notice biographique sur Henri Béraud :

Romancier, journaliste et polémiste né à Lyon, Henri Béraud est l’auteur d’une œuvre abondante : Le Vitriol de lune(1921) et Le Martyre de l’obèse (prix Goncourt 1922), Le Bois du templier pendu (1926), La Gerbe d’or (1928), Qu’as-tu fait de ta jeunesse ? (1941), Les Lurons de Sabolas (1932), Ciel de suie (1933). Grand reporter et observateur politique au Journal ("Ce que j’ai vu à Moscou" ; "Ce que j’ai vu à Berlin", 1925-1926), puis au Petit Parisien ("Faut-il réduire l’Angleterre en esclavage ?", 1934-1936), Henri Béraud devint le directeur politique officieux de Gringoire de 1928 à 1943. Condamné à mort en 1944 pour intelligence avec l’ennemi, sa peine fut commuée et il bénéficia d’une libération conditionnelle en 1950. Malade et partiellement paralysé, il mourut en 1958 dans sa maison de l'île de Ré.

 

Repères bibliographiques :

  • Henri Béraud, Ciel de suie, éditions Lugd, 93-95, rue Vendôme 69006 Lyon, 143 pages
  • Marcel Peyrenet, La Dynastie des Gillet : les maîtres de Rhône Poulenc' Paris, Le Sycomore, 1978

Références

[1] et rebaptisé depuis aéroport Saint-Exupéry, du nom d'un autre lyonnais célèbre.
[2] Qu'on trouve aussi sous le titre "Le bois du templier pendu"
[3] Satolas qu'il rebaptisé dans ses livre Sabolas
[4] Onomatopée évoquant le bruit émis par ces immenses machines qui obligeaient à construire des appartements de 4 mètres de hauteur. (qui font maintenant la joie des amateurs de mezzanines)
[5] par opposition à la colline de Fourvière qu'on appelle "la colline qui prie".
[6] Voir dans la rubrique "site internet", les liens sur l'historien lyonnais Fernand Rude et sur le roman de Bernard Clavel intitulé "La Révolte à deux sous".

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:00

ERIK ORSENNA : PRINCESSE HISTAMINE

  Présentation

tumb Orsenna en 2008 Orsenna en 2008
Princesse Histamine est un roman d'Erik Orsenna, publié en 2010, la vie d'une demoiselle de onze ans qui s'appelle Histamine.

On la dit insupportable cette jeune fille sans doute quelque peu excessive, qui pense que sa vie est déjà à son âge, assez dense pour qu'elle puisse écrire ses mémoires. Et, avertit l'auteur Erik Orsenna, ce n'est là que le premier tome. En tout cas, elle sait déjà que la vie est chose compliquée mais qu'elle peut malgré tout compter sur sa grand-mère Suzanne à qui elle ressemble par certains traits et quelques autres personnes de son entourage, et les animaux ses alliés.

Avec son inséparable grand-mère, elle va se lancer dans des recherches généalogiques qui vont la mener jusqu'à de curieux ancêtres qui se révèlent être des animaux...

 Ouvrage de référence

  • Princesse Histamine, Éditions Stock, Paris, 2010, ISBN 782234065000

Infos complémentaires

Bibliographie sélective
  • Erik Orsenna, "Madame Bâ", éditions Stock, 2003, isbn 2-213-61545-4
  • Erik Orsenna, "Voyage aux pays du coton", Petit précis de mondialisation, éditions Fayard, 2006, isbn 2-213-62527-1, (prix du livre d'économie)
  • Erik Orsenna, "Orsenna L'Avenir de l'eau", Éditions Fayard, Paris, 2008, isbn 2213634653
  • Erik Orsenna, "L'Entreprise des Indes", Éditions Fayard, Paris, 2010, 390 pages, isbn 978-2-234-06392-1
  • Erik Orsenna, "L'Exposition coloniale", Éditions du Seuil, Paris, 576 pages, 1988, isbn 2020122073
Notes et références
Liens externes

                <><><><><> CJB Frachet - Feyzin - août 2011 - <><><><><>  © • cjb •  © <><><><><>                              

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 13:58

Frédérick Tristan Tarabisco
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Tarabisco est un roman de l'écrivain Frédérick Tristan publié le 18 mai 2011 aux éditions Fayard,  collection Littérature française, 240 pages, isbn 2-213-64324-5

  

Présentation

Quel est donc cet homme qui se réveille dans la chambre 17 d’un hôpital psychiatrique ? Un SDF apparemment, comme on dit, retrouvé dans la forêt de Rambouillet. Des bribes de mémoire lui reviennent, lambeaux d’une vie antérieure dont il ne sait pas ce qu’elle fut, dominés par une enfance pas très heureuse avec un absent dont il se saisit pas les contours et une mère folle et castratrice. Un homme qui dit se prénommer Jean-Arthur et qui dans sa jeunesse était amoureux de sa sœur Eulalie. Portrait contrasté d'un schizophrène à l'histoire assez baroque. [1]

Il se revoie aussi enfermé dans son appartement, s’évadant d’une réalité qui lui déplaît dans des rêves extravagants faits d’amantes guatémaltèques et de princesses américaines, sur fond d’éruption volcanique ou de palaces géants. Il protège son intimité de défenses formidables pour se défendre du chaos ambiant, des intrigues de sa tyrannique grand-mère Théodine Tarabisco qu’il n’a pourtant jamais connue, de ses incursions impromptues dans ses rêves pour évoquer ses années de cantatrice d’opérette et d’âge d’or du music-hall, retrouver Eulalie, la femme idéale. Il lui faut alors pousser ses pensées oniriques pour faire reculer cette grand-mère jacassante et omnipotente qui gâche ses rêves. Personnages fictifs et personnages réels se mélangent alors pour déstabiliser un peu plus Tarabisco.

Le monde, le vrai monde bien concret, bien réel, devient « L’Immonde » et pervertit l’univers onirique du narrateur qui se transforme en satire de la réalité, cette « crème fouettée par de mauvais anges » avec l’aide de deux clowns, Ludion et Arpette, adaptes de Guignol. Une des clés essentielles se trouve sans doute dans cette phrase de Frédérick Tristan : « Tu es un cérébral adepte des trompe-l’œil, des mises en abyme et des décors pivotants. »

« Un jeune homme hanté par son passé familial. Des allers-retours incessants entre rêve et réalité. Un roman baroque et fascinant sur la schizophrénie par l’auteur des « Égarés », prix Goncourt 1983. » (web-tv-culture)
 

 Informations complémentaires

Bibliographie : Romans parus dans les années 2000

  • Les obsèques prodigieuses d’Abraham Radjec, Fayard, 2000
  • La Proie du diable, Fayard, 2001
  • Dieu, l’univers et madame Berthe, Fayard, 2002 et La Chevauchée du vent, Table ronde, 1991 ; Fayard, 2002
  • Tao, le haut voyage, Fayard, 2003
  • L'amour pélerin, Fayard, 2004 et Un infini singulier, Fayard, 2004
  • Le Manège des fous, Fayard, 2005
  • Monsieur l’Enfant et le cercle des bavards, Fayard, 2006
  • Dernières nouvelles de l’au-delà, Fayard, 2007
  • Le chaudron chinois, Fayard, 2008
  • Christos, enquête sur l’impossible, Fayard, 2009

Liens externes

  1. Voir l'article paru dans sens critique

              <><><><><> CJB Frachet - Feyzin - 10 février 2012 - <><><><><>  © • cjb •  © <><><><><>                 

  

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 13:54

Gilles Leroy Dormir avec ceux qu'on aime
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"Dormir avec ceux qu'on aime" est un roman de Gilles Leroy paru le 5 janvier 2012 aux éditions du Mercure de France (filiale de Gallimard), 192 pages -isbn 978-2-7152-3213-6

Présentation

Un écrivain en voyage, qui est aussi le narrateur de cette histoire, de passage à Bucarest s'éprend immédiatement de Marian. Mais ils portent en eux des choses fort différentes, un lourd passé qui pour Marian, après des années de pesante dictature, relèvent de l'espoir et des "lendemains qui chantent", un désenchantement pour le narrateur qui ne croit plus guère à l'avenir, qui est plutôt sceptique face à la condition humaine.
Leur problème est justement de savoir comment ils pourraient s'y prendre pour se rejoindre.
 

Extrait et critiques

« Tomber amoureux, ce jour-là, foudroyé au contact d’une main, me rendit mes seize ans, exactement mes seize ans à Léningrad. Quiconque aura aimé sait ces choses-là entre mille : étreindre une main, c’est tout donner, d’un coup, sans prudence, sans contrat, sans rien. Tenir la main, tous les enfants le savent, n’est pas seulement s’accrocher au passage : tenir ta main, c’est tenir à toi, tenir de toi. Et plus je serre, plus j’entrecroise nos doigts, les entrelace, plus je te dis mon incommensurable besoin, un besoin tel que ta paume me renseigne sur toi. Sur ta paume, j’ai pu lire que tu étais quelqu’un de bien. »

  • Le Magazine Littéraire (Maialen Berasategui) : « Gilles Leroy est passé maître dans l'art difficile de la description sensuelle des amours masculines. Ses passions sont odeurs, touchers et murmures. »
  • Le Monde (Josyane Savignea) : « Qu'est ce qu'avoir un coup de foudre à 48 ans ? Qu'est-ce qu'aimer cet homme si jeune ? Ce ne sont pas les seules questions que pose ce beau récit, qu'on peut aussi lire comme une interrogation sociale et politique. »
  • Figaro Magazine (Isabelle Courty) : « Gilles Leroy renoue avec sa veine autobiographique en signant un magnifique chant d'amour. Exempte de tout sentimentalisme, son écriture cristalline dit avec une justesse vertigineuse la beauté des corps, la violence du manque, la jalousie absurde, l'impatience, l'apaisement éphémère. Tout ici n'est que sensualité. »

          

Informations complémentaires

Éditions

Lien externe

  • Présentation vidéo par Gilles Leroy
  • <><><><>Ch BROUSSAS Leroy - • © • cjb •  © <><><><>
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 13:32

Biographie de Romain Rolland

      <<<<<<<< Romain Rolland, romancier et essayiste >>>>>>>>
   <<<<<<<< Prix Nobel de littérature 1915  (1886-1944) >>>>>>>>
<<<<<<<< Voir aussi sa biographie Romain Rolland par Stefan Zweig >>>>>>>
     <<<<<<<<<<<<<<<  • • •°°°°°°°°°• • •  >>>>>>>>>>>>>>>>

tumb  Portrait de Romain Rolland

 

Quel paradoxe pour cette "conscience de l'Europe", pacifiste impénitent, de recevoir le prix Nobel de littérature en pleine guerre, en 1915. Même si ses activités, son aura à l'étranger l'ont éloigné de son nivernais natal, il y reviendra souvent, dans son roman Colas Breugnon par exemple, une chronique dont l'action se déroule chez lui à Clamecy au début du XVIIè siècle. Colas est un simple menuisier qui adore son métier autant que ses amis et sa famille, et aussi la bonne chair. Il a construit sa maison tout près de celle où Romain Rolland a vécu, mais de l'autre coté de l'ancien canal.

 

tumb  Romain Rolland et sa sœur Madeleine

 

Sa maison natale à Clamecy, qui porte aujourd'hui son nom, se situait au 4 rue de l'hospice, voisine de celle de son grand-père le notaire Edme Courot, activité que reprendra le père de Romain. [1] La ville a évolué, l'ancien canal où Romain aimait contempler les convois de bois qui circulaient, est devenu au début des années 1900 la rue de la République, le lycée où il a étudié est devenu médiathèque. Sa mère, férue de musique, donnera cette passion à son fils qui introduira des références musicales dans ses œuvres et écrira des ouvrages sur la musique ainsi que des biographies de musiciens.[2] Il naquit en 1886 à Clamecy dans ce petit coin de Bourgogne, dans une vieille famille de notaires bourguignons mais, à la fin de ses études, décide de partir faire "ses humanités" à L'École française de Rome.


Son pacifisme jauressien s'inscrit dans sa définition d'un héros non-violent incarnant "la souveraine liberté de l'esprit créateur" qu'il mettra en scène dans sa grande fresque romanesque Jean-Christophe. C'est un homme de principes, principes rigoureux de son éducation qu'il va transcender et qui écrira « qu'on n'est pas sur terre pour penser bassement à son bien-être et travailler sans risques à amasser de gros sous. »

 

tumb  Sa maison natale à Clamecy (devenue musée Romain Rolland)

 

Ses parents se sacrifieront pour lui, allant jusqu'à quitter Clamecy, vendre l'étude notariale, pour Paris où il trouvera du travail dans une banque et où Romain pourra poursuivre ses études dans de meilleures conditions. La famille va déménager plusieurs fois tandis que Romain suit les cours de L'École normale supérieure. [3] De retour à Paris après son séjour au Palais Farnès à Rome, Romain Rolland revient à Paris où il parvient à faire représenter sa pièce Les loups, inspirée de l'Affaire Dreyfus qui obtient un bon succès en 1898. La période 1901-1903 est pou lui celle de décisions fondamentales. D'abord il divorce et emménage dans un petite appartement situé boulevard du Montparnasse et devient enseignant en histoire de l'art et en histoire de la musique. Il commence aussi sa grande fresque pacifiste Jean-Christophe qui le tiendra pendant neuf ans, énorme travail commencé le 7 juillet 1903 et terminé le 2 juin 1912. Elle paraîtra par fragments dans Les cahiers de la Quinzaine de son ami Charles Péguy pour être ensuite en un ensemble de dix volumes.

 

La guerre, à laquelle pourtant il s'attendait, va le surprendre en Suisse où il séjournera durant tout le conflit, luttant sans cesse pour faire prévaloir même en pleine guerre, les idées de paix et de non-violence, les valeurs qui étaient les siennes, n'hésitant pas à s'exposer aux attaques qui ne manqueront pas, surtout avec son manifeste pacifiste Au-dessus de la mêlée qu'il publie en 1915.

       <<<<<<< Voir aussi son ouvrage sur La Vie de Tolstoï >>>>>>

Repères bibliographiques

  • "Le musée d'art et d'histoire de Clamecy" qui possède des manuscrits de Romain Rolland ainsi que des meubles de sa maison natale et de la villa Olga à Villeneuve en Suisse où il a longtemps résidé.
  • "L'association Romain Rolland" qui siège dans le petit village de Brèves où il repose : 1 rue Colas Breugnon, 58 530 Brèves

Autres fiches à consulter :

 Romain ROLLAND à Paris, Villeneuve, Vézelay
 Romain ROLLAND et Colas Breugnon à Clamecy 
 

Références

  1. Les deux maisons ont été réunies pour constituer le musée Romain Rolland
  2. On peut citer sur la musique Musiciens d'aujourd'hui' et Musiciens d'autrefois en 1908, La Cathédrale interrompue en 3 volumes entre 1943 et 1945, une Vie de Beethoven en 1903 et une Vie de Haendel en 1910
  3. Ils habiteront successivement rue de Tournon, rue Monge puis au 13 de la rue Michelet
  <<<<<<<<<<<<<<<<<<< Christian Broussas - Feyzin - septembre 2011 - <<<<<<< © • cjb • © >>>>>>>>>>>>>>>>>>>  
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 12:54

Le prix Nobel de littérature 2000 Gao Xingjian


Portrait de l'écrivain

Gao Xingjian (en chinois : 高行健 ou accentué : Gāo Xíngjiàn en pinyin) [1], à la fois peintre, écrivain et dissident chinois, est né le 4 janvier 1940 à Ganzhou, petite ville de la province de Jiangxi en Chine orientale et qui fut, après sa contestation du régime chinois, contraint de quitter son pays. Après des années de combat, il décide finalement de se réfugier en France. Artiste éclectique, il est également dramaturge, metteur en scène et a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2000.


Parcours erratique que celui de cet intellectuel qui s'est opposé à un régime dictatorial aussi dur que le régime chinois.

Gao Xingjian, fils d'une famille de la bourgeoisie -un père banquier, une mère qui s'occupe de théâtre- enfant éveillé et excellent élève, avait tout pour réussir. Mais la réussite ne l'intéressait pas vraiment et sa mère suscita très tôt son intérêt pour le théâtre et la littérature. Tout jeune enfant, il est confronté aux désordres consécutifs à la guerre et à l'invasion japonaise. D'abord élève au lycée américain de Nankin au début des années 50, il se lie avec Yun Zhong Yu, l'un de ses professeurs qui l'initie à la peinture moderne occidentale. Il poursuit avec succès ses études à l'Institut des langues étrangères de Pékin, attiré par la langue française, obtenant son diplôme en 1962 et traduisant en chinois des auteurs qui l'ont beaucoup influencé comme Eugène Ionesco, Antonin Artaud ou Henri Michaux. [2]

 

Gao Xingjian et Noel Dutrait

Son appétence pour l'esthétique de la littérature française, pour la théorie de l'absurde et les thèses d'Artaud en font déjà un suspect, un dissident en puissance qui passera six années en camp de rééducation pendant la Révolution culturelle entre 1967 et 1973. Dans son discours de réception du prix Nobel à Stockholm, il dira que « c’est la littérature qui permet à l’être humain de conserver sa conscience d’homme. » Il n'a décidément aucun goût pour l'art officiel du réalisme chantant la gloire du peuple, incompatible avec sa liberté d'esprit, ses conceptions théâtrales héritées de Brecht et d'Artaud, et de la littérature qu'il développe dans ses ouvrages Premier essai sur l'art du roman en 1981 et Pour une autre esthétique en 2001.

 

Si son théâtre de l'absurde rencontre le succès, si des pièces comme Signal d'alarme ou Arrêt de bus obtiennent la faveur du public, sa situation se dégrade peu à peu. Il rompt brutalement avec le milieu pékinois, part sillonner la région du Sichuan et entreprend de descendre le cours du Yang-tsé-Kiang jusqu'à son embouchure. Mais l'année suivante en 1987, il est quasiment expulsé de Chine et choisit la France dont il obtient la nationalité en 1997.

 

A Paris, c'est d'abord dans un appartement "blanc et dépouillé" que le prix Nobel vit, écrit et peint. "Du thé, de la musique, mais pas de livres, Gao veut se tenir à l'écart des tourbillons du monde." [3] Il s'est établi à Bagnolet, au dix-huitième étage d'une tour "avec une belle vue sur Paris." Puis, tout en conservant Bagnolet où il peint de grands tableaux, il déménage au premier étage d'un bel immeuble du centre de Paris, "cinq pièces de parquet, cheminées en marbre, moulures au plafond et murs blancs." Il a cependant conservé certaines habitudes, thé vert dans la journée et oolong [4] le soir.

 

"Je travaille par période de quelques mois -période de peinture ou d'écriture- " dit-il en évoquant sa vie à Paris. L'écriture l'oblige à s'isoler, se concentrer, "c'est une fuite, le refus du fracas de la vie quotidienne... c'est aussi un défi pour affirmer l'existence d'un individu, fragile." Cette remarque fait écho à cet échange tiré de sa nouvelle Une canne à pêche pour mon grand-père :

- Tu es seul ?
- Oui je crois, dans ce monde.
- Dans quel monde ?
- Dans le monde intérieur inconnu des autres.


Gao Xingjian s'adonne aussi à la peinture, même si sa confrontation avec l'Occident a modifié sa vision de l'art pictural, [5] abandonnant l'huile en 1978 pour l'encra dans la tradition de son maître Wang Wei, [6]variant à l'infini les tons du monochrome noir.[7] On retrouve cependant dans ses tableaux ce qui fait sa spécificité, la double influence de la technique chinoise du travail à la plume et des techniques occidentales d'effets de glacis et de profondeur. Dans ses périodes de nostalgie, il part se ressourcer à Taïwan, bien qu'il ait écrit dans son roman La montagne de l'âme que "le vrai voyageur ne doit avoir aucun objectif." Mais à Paris, il sait qu’il peut ratifier cette phrase extraite du même roman qui énonce cette vérité pleine de la sagesse orientale : « Loin de l’empereur, on a plus de liberté. »

 

Genzhou, sa ville natale
  • Référence bibliographiques
    • Œuvres théâtrales : Signal d’Alarme (1982), Arrêt d’autobus (1983), L’homme Sauvage (1985), L'Autre rive (1986), La Fuite et Dialoguer interloquer (1992)
    • Œuvres théâtrales en français : Au bord de la vie (1993), Le Somnambule (1995), Quatre quatuors pour un week-end (1999), Le Quêteur de la mort (2003), Ballade nocturne (2010)
    • Romans et nouvelles : La Montagne de l'âme (roman), 1990, Une canne à pêche pour mon grand-père (nouvelles), 1995, Le Livre d'un homme seul, 2000 (en français)
    • Essais : Premier essai sur les techniques du roman moderne, 1981, Pour une autre esthétique, 2001, Au plus près du réel ou la raison d'être de la littérature, 2001, Le Témoignage de la littérature, 2004
    • Divers : La Neige en août, 2002 (Opéra), L'Errance de l'oiseau, 2003 (Poésie), La Silhouette sinon l'ombre, 2003 et Après le déluge, 2008 (Films)
    • Œuvres théâtrales: voir la revue Trou et le site C. Bernard
  • Notes et références
  1. Le pinyin (拼音 pīnyīn) est une transcription phonétique en écriture latine du mandarin, langue officielle de la Chine
  2. Pour plus de détails sur sa vie, surtout pendant la Révolution culturelle, voir son récit autobiographique Le Livre d’un homme seul.
  3. Voir l'article de "Lire" repris dans "l'Express" d'avril 2004
  4. Le thé Oolong ou Wulong est un type de thé à oxydation incomplète. On le nomme aussi selon la couleur de son infusion : "Bleu-vert"
  5. "Ma première visite à des musées européens en 1978, confesse-t-il dans une interview, a bouleversé mon rapport à l'art. Jamais je n'avais admiré de chefs-d'œuvre à l'huile en original. Quelle luminosité, quelle intensité, quelle onctuosité !"
  6. 6. Wáng Wéi (王維)est un écrivain chinois du début du huitième siècle, poète, peintre et musicien chantant la nature et le bouddhisme.
  7. Il utilise des matériaux chinois traditionnels tels que le papier de riz et les pinceaux en poil de chèvre
Le thé "oolong"
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 09:53

L'écrivain Claude Simon

           <<<<<<<< Claude Simon le catalan (1913-2005) >>>>>>>>
<<< Prix Médicis pour "Histoire" 1967 et prix Nobel de littérature 1985 >>>
        <<<<<<<<<<<  • • •°°°°°°°°°• • •  >>>>>>>>>>>>>>

tumb Portrait de Claude Simon

 

La mère de Claude Simon, Suzanne Denamiel [1] descend d'une famille de propriétaires terriens ayant des vignobles près de Perpignan et de tradition militaire. Son père Louis Simon vient d'une modeste famille de vignerons jurassiens implantée aux Planches, hameau de la petite ville d'Arbois. Comment s'étonner dans ces conditions que Claude Simon parle de mésalliance pour une famille maternelle qui impose aux jeunes gens "d'interminables fiançailles" pendant lesquelles Louis Simon, jeune saint-cyrien, sera nommé à La Martinique, à Madagascar puis au Tonkin.

 

Son arrière grand-mère maternelle Louise Marianne Lacombe Saint-Michel est la descendante d'un général de la révolution et de l'Empire, député du Tarn à la Convention, qui fut membre du "Comité de salut public" après la chute de Robespierre en juillet 1794; un aïeul dont cette famille de tradition militaire est très fière. C'est l'une des cousines de Claude Simon qui va exhumer cette tranche d'histoire en découvrant dans l'hôtel familial de Perpignan la correspondance du général d'Empire Jean-Pierre Lacombe Saint-Michel. Et Claude Simon s'en servira pour en faire un élément central de son roman Les Géorgiques paru en septembre 1981, qui met en parallèle son ancêtre le général Jean-Pierre Lacombe-Saint-Michel appelé sous ses initiales LSM, l'écrivain George Orwell à Barcelone en 1936 [2] et Claude Simon lui-même, combattant en 1940 puis prisonnier. [3]

 

La naissance de Claude Simon un 10 octobre 1913 à Tananarive tient à un père capitaine d'infanterie de marine qui regagna la France l'année suivante en mai 1914. Ce père, le petit Claude n'aura pas le temps de le connaître, tué le 27 août 1914 dans la forêt de Joulnay près de Stenay dans la Meuse. La mère regagne alors Perpignan sa ville natale, logeant dans l'hôtel familial avec sa mère, sa sœur, son mari Henri Carcassonne et leurs six enfants, passant la belle saison aux Aloès, une propriété près de Perpignan sur la route du Canet, passant les vacances chez ses tantes à Arbois. Il fréquente alors le collège François-Arago à Perpignan, prenant le tramway quand il réside aux Aloès.

 

 

tumb Le lycée François Arago à Perpignan

 

Cette vie familiale rythmée par les études sera brusquement stoppée par la mort prématurée de sa mère, atteinte d'un cancer. A partir de 1925, il poursuit ses études à Paris au collège Stanislas, sous la tutelle d'un cousin de sa mère Paul Godet. [4] Évoquant cette époque, Claude Simon dira : « Dans ma vie, j'ai eu trois famille fort différentes : celle de ma mère (à Perpignan), celle de mes tantes à Arbois et celle de mon tuteur (Paul Godet). »

 

En 1930, il prend une décision lourde de conséquences : abandonnant le souhait de sa mère de préparer "mathématiques supérieures" au lycée Saint-Louis, il regagne Perpignan pour s'adonner à la peinture puis retourne à Paris, s'inscrit à l'académie du peintre André Lhote et s'initie à la photographie. En 1934, il a 21 ans et peut entrer en possession de l'héritage maternel. A la fin des années trente, c'est un homme qui se cherche encore, écrit très peu et s'adonne à la peinture pendant la période estivale à Perpignan. En 1936, il rejoint Barcelone, « Premier contact avec la violence pure, l'odeur de mort , » où il se voit plutôt comme un imposteur puis s'engage aux côtés des républicains espagnols en participant à des livraisons d'armes. Puis l'année suivante, il entreprend un long voyage à travers l'Europe, l'Allemagne nazie, le ghetto de Varsovie, la Russie soviétique, puis au sud en Grèce et en Italie.

 

Lui qui avait déjà connu une vie assez mouvementée va être rattrapé par la guerre. Le 10 mai 1940, il sera face aux blindés allemands avec la 4ème division de cavalerie et le 17 tombera dans une embuscade d'où il réchappera de justesse. Il est fait prisonnier à Solre-le-château près d'Avesnes-sur-Helpe dans le Hainaut et envoyé au stalag IV B à Mühlberg an der Elbe dans le sud du Brandebourg. Mais après quelques péripéties, il parvient en novembre à rejoindre Perpignan. Dénoncé à la Milice, il fuit et rejoint Paris, son appartement du boulevard Montparnasse où il est plus en sécurité. [5] Evoquant sa vie dans son discours de Stockholm lors de la remise du prix Nobel, il dira : « Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d’habitants de notre vieille Europe, la première partie de ma vie a été assez mouvementée [...] et cependant, je n’ai jamais encore, à soixante-douze ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n’est, comme l’a dit, je crois, Barthes après Shakespeare, que « "si le monde signifie quelque chose, c’est qu’il ne signifie rien" » - sauf qu’il est. »

 

tumb Claude Simon en 1940

 

Après la guerre, il sera vigneron dans les terres du Roussillon qui lui viennent de sa famille. L'année 1951 commence bien avec son mariage avec Yonne Ducing mais se finit mal par une violence attaque de tuberculose qui le laisse cloué au lit pendant plusieurs semaines dont il mettra deux ans à se remettre et dont il écrira : « J'ai vécu durant cinq mois allongé. Avec pour seul théâtre une fenêtre. Quoi ? Que faire ? Voir (expérience du voyeur), regarder avidement. La vue, la lenteur et la mémoire. » En 1956, il fait la connaissance d'Alain Robbe-Grillet à l'abbaye de Royaumont et deviendra un "compagnon de route" du mouvement du Nouveau Roman, écrivant « ce que nous avions en commun, c'était un même rejet du roman traditionnel et une estime réciproque. » Il ne cessera guère dès lors de préciser sa conception de l'écriture, l'argument d'un texte par rapport à la notion de récit et l'adaptation du style par rapport au narratif classique. [6]

 

Il se remarie en 1978 avec Réa Karavas et partage ensuite son temps entre les voyages, les colloques, les nombreuses conférences qu'il donne en Europe, aux États-Unis et au Canada, jusqu'en Inde et au Japon, et la maison de Salses dans le nord du département des Pyrénées orientales -les Corbières maritimes- dont il a hérité et qu'il va patiemment remettre en état à partir de 1963. Dans les dernières années de sa vie, il se partagera entre son appartement de la plage Monge à Paris dans le quartier latin et sa maison de Salses-le-château.

 tumb La place Monge vue par Claude Simon

 

Bibliographie

  • Années 40-50 : "Le Tricheur", Éditions du Sagittaire, 1945, "La Corde raide", Éditions du Sagittaire, 1947, "Le Sacre du Printemps, Calmann-Lévy, 1954, "L'Herbe", Éditions de Minuit, 1958
  • Années 60-70 : "La Route des Flandres", Éditions de Minuit, prix de l'Express, 1960, "Histoire", Éditions de Minuit, prix Médicis, 1967, "La Bataille de Pharsale", Éditions de Minuit, 1969, "Les Corps conducteurs", Éditions de Minuit, 1971, "Leçon de choses", Éditions de Minuit, 1975
  • Années 80-90 : "Discours de Stockholm", Éditions de Minuit, 1986, "L'Invitation", Éditions de Minuit, 1987, "L'acacia, Éditions de Minuit, 1989, "Correspondance avec Jean Dubuffet", L'Échoppe, 1994, "Le Jardin des Plantes", Éditions de Minuit, 1997
  • Années 2000 : "Le Tramway", Éditions de Minuit, 2001, "Archipel et Nord", Éditions de Minuit, 2009, "Quatre conférences", 1980-1994, Éditions de Minuit, 2012
  • Calle-Gruber Mireille, "Claude Simon Une vie à écrire", éditions du Seuil, collection Biographie, 2011, isbn 978-2-02100-983-5).

Autres fiches à consulter :
Quelques écrivains dans "Rhône-Alpes" : Maurice Scève, Louise Labé, Roger Vailland, Bernard Clavel
Site de l'Association des : Lecteurs de Claude Simon

 

tumb Le "Nouveau roman" [7]

tumb Simon en 1961 tumb

Références

  1. Qu'on trouve parfois écrit en deux mots De Namiel, qui viendrait d'une petite noblesse d'empire
  2. l'écrivain et anarchiste anglais George Orwell (O.), milicien républicain en 1936 à Barcelone, auteur du livre "Hommage à la Catalogne"
  3. Lacombe Saint-Michel avait été en 1810 gouverneur militaire de Barcelone dans une Espagne en guerre comme quand y séjournèrent en 1936 George Orwell et Claude Simon, ce dernier, descendant du général, combattant en 1940 dans la vallée de la Meuse où le général avait jadis exercé des commandements militaires
  4. D'une grande famille bourgeoise, Paul Godet est fils du sénateur Henri Godet et père du député Louis Godet, mort lui aussi au combat en 1914
  5. Il assistera chez Michel Leiris à la lecture de la pièce "Le désir attrapé par la queue" avec entre autres, Albert Camus, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir
  6. Parmi ses nombreuses interventions où il aborde le sujet, on peut citer : "Signification, roman et chronologie" à La Sorbonne en 1961, "Littérature : tradition et révolution" à Vienne en 1967, "La fiction mot à mot" au colloque de Cerisy-la-Salle en 1971 ou "Roma, description et action" à Göteborg en 1978
  7. On peut reconnaître de gauche à droite : Robbe-Grillet, Claude Simon, Claude Mauriac, Lindon, Pinget, Beckett, Nathalie Sarraute, Ollier
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:25

Milan Kundera


       <<<<<<<<<<<<<<<< Milan Kundera : Une rencontre >>>>>>>>>>>>>>
       <<<<<<<<<<<<<<<< Voir aussi la fiche Milan Kundera >>>>>>>>>>>>>>
<< Christian Broussas - Roissiat - juin 2012 - ©• cjb • ©   >>>  

Référence : Milan Kundera, "Une rencontre", Editions Gallimard, 26 Mars 2009, 208 pages, Isbn 9782070122844

 

Parler des autres, c'est parler de soi, « quand un artiste parle d'un autre, il parle toujours (par ricochet, par détour) de lui-même et là est tout l'intérêt de son jugement » écrit-il à propos de Francis Bacon. [1] Soi, l'écrit même, est peu de chose, surtout pour des hommes qui recherchent dans l'art quelques parcelles d'immortalité dans des l'œuvre qui pourraient leur survivre, mais il a du mal à croire, sceptique sur les pouvoirs de l'artiste, et il finira par un chapitre intitulé "Oubli de Schönberg" et sur cette question « Que restera-t-il de toi, Bertolt ? » [2]

 

Les bibliothèques sont pleins d'auteurs oubliés, rejetés, au purgatoire peut-être ad vitam eternam, témoin ce mot de Cioran lui glissant dans l'oreille à propos d'Anatole France: « Ne prononcez jamais ici son nom à haute voix, tout le monde se moquera de vous, » [3] et il s'interroge sur le scandale de la répétition est-il sans cesse effacé par le scandale de l'oubli ? » [4]

 

Milan Kundera poursuit ce dialogue avec lui-même comme il l'avait déjà entrepris avec L'art du roman. Il analyse d'abord les contours du roman existentiel à travers des thèmes aussi diverses que « la comique absence du comique » dans L'Idiot de Dostoïevski, la présence de la mort dans D'un château l'autre de Céline, la place de l'amour dans nos civilisations dans Professeur de de Philippe Roth, le déroulement de l'existence dans L'aile du cygne de Guldergur Bergsson, les souvenirs dans les méandres de la mémoire dans Et quand le rideau tombe de Juan Goytisolo ou la genèse de la création et la procréation dans Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez.

 

 

Commentaires

  • « Kundera signe un véritable recueil d’essais qui, outre de rares politesses, fait la part belle aux arts et à leurs serviteurs. Il y célèbre l’amitié, mais surtout le genre romanesque, la musique de Leos...  » Thomas Flamerion, even.fr
  • « Balade intuitive à travers le genre romanesque avec pour guide Milan Kundera, lecteur profond et généreux. » Nathalie Crom, Télérama le 28 mars 2009
  • « Qu'ont en commun Anatole France, Céline, Francis Bacon, Beethoven, Philip Roth, Aimé Césaire, Fellini et Malaparte? Milan Kundera leur rend hommage et paie sa dette.  » Alain Finkielkraut, Le Nouvel Observateur du 19 mars 2009

Repères bibliographiques (essais)

  • L'Art du roman, Gallimard, Folio,1986
  • Les Testaments trahis, Gallimard, 1993
  • D'en bas tu humeras des roses, illustrations d'Ernest Breleur, 1993
  • Le Rideau, Gallimard, collection Blanche, 7 avril 2005

Notes et références

  1. Voir le premier chapitre : "Le geste brutal du peintre : sur Francis Bacon"
  2. Voir l'article d'Audrey Pulvar, émission France Inter du 8 mai 2012
  3. Voir "Le panthéon de Kundera", le Nouvel Observateur du 19 mars 2009
  4. Voir Jean-Paul Enthoven, Le point du 23 mars 2009

Voir aussi

  • Alain Finkielkraut, "Ce que peut la littérature", éditions Stock, collection "Les Essais", octobre 2006, 295 pages, ISBN 978-2-234-05914-6

Liens externes

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:11

Erik Orsenna et son œuvre

 

1- Voyage au pays du coton

2- L'entreprise des Indes

3- Sur la route du papier

4- L'exposition coloniale

...  Princesse Histamine... Et L'avenir de l'eau

 

1- Erik Orsenna, "Voyage aux pays du coton"

 

Erik Orsenna, de son véritable nom Erik Arnoult, est un romancier né le 22 mars 1947 à Paris. Son pseudonyme, Orsenna, est tiré d'un roman de Julien Gracq, le nom de la vieille ville du Rivage des Syrtes.

 

Orsenna en 2008

 

Voyage au pays du coton est un récit sur les effets de la mondialisation à partir du coton, matière première particulièrement sensible sur le marché international et de ce point de vue symptomatique des évolutions essentielles de ce début du XXème siècle.

 

« Précis de mondialisation » précise Érik Orsenna en sous-titre. Cette mondialisation, l’auteur est allé sur place l’étudier, chez les concurrents les plus importants, les principaux producteurs de coton ainsi que les enjeux de leur lutte.

 

Il s’est rendu en Afrique, au Mali en particulier, où on produit sans avoir les moyens de la recherche ou d’avoir une action sur les marchés, sur le fonctionnement de l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce), au Brésil et ses immenses moyens de production au Mato Grosso, en Ouzbekistan confronté à des difficultés écologiques considérables, et bien sûr en Chine et aux États-Unis où on raisonne plus en termes de marché que de production, où la recherche en biologie bénéficie de moyens considérables qui condamnent à brève échéance les petites productions des pays en voie de développement.

Notes et références
  • Erik Orsenna, "Voyage aux pays du coton", Petit précis de mondialisation, éditions Fayard, 2006, isbn 2-213-62527-1, (prix du livre d'économie)

 

2 ERIK ORSENNA : L'ENTREPRISE DES INDES

 

L'entreprise des Indes est un roman de Erik Orsenna publié le 1er mai 2010 sur le personnage de Christophe Colomb et ses voyages.Le narrateur n'est autre que Bartolomé Colomb, le frère du grand navigateur, qui travaille chez le grand cartographe maître Andréa. Christophe Colomb revient d'un dernier voyage, va se marier et avoir un fils Diego et mettre au point avec son frère « L'Expédition des Indes ». Il est persuadé de trouver le passage vers l'empire la Chine, l'empire du Grand Khan et les fameuses Indes de son Marco Polo.

 

Le roi Jean II du Portugal refuse de financer son nouveau voyage, conseillé par ses mathématiciens qui contredisent les calculs effectués par les frère Colomb. Mais ceux-ci jouent la concurrence et vont offrir leurs services au « roi très catholique » espagnol qui se laisse convaincre. C'est l'épopée de la conquête, l'époque où ces bons européens civilisés se livrent aux turpitudes, à la sauvagerie des conquistadors. En Europe aussi, le jour du départ, ce 3 août 1492, l'Espagne expulse les juifs, les prive de leurs droits pour les jeter sur les routes et sur les mers.

 

Tout la verve d'Erik Orsenna se donne libre cours pour dénoncer cette tragédie, la présenter comme une grande première de mondialisation pas si différente de elle qui marque le monde du XXIe siècle.

Ouvrage de référence

  • Erik Orsenna, "L'entreprise des Indes", Éditions Fayard, Paris, 2010, 390 pages, isbn 978-2-234-06392-1

3- Erik Orsenna, "Sur la route du papier"

 

<><><><><> Voir aussi Orsenna L'Avenir de l'eau & Voyage au pays du coton <><><><><><><>

Christian Broussas - Roissiat-Courmangoux - juin 2012 - <<<<<<< ©• cjb •© >>>>>>>

 

Référence : Erik Orsenna, "Sur la route du papier", éditions Stock, 320 pages, mars 2012, ISBN 978-2-2340-6335-8

 

Erik Orsenna, spécialiste des matières premières, géographe et aussi grand voyageur, convie le lecteur à un nouveau voyage à la poursuite du papier. [1]

Après le pays du coton en 2006 puis L'avenir de l'eau en 2008, Erik Orsenna décrypte un nouvel aspect de la mondialisation, cette fois à travers l'histoire du papier. Ce papier, instrument vital de l'écrivain, outil de la mémoire et « "dépositaire de tous les anciens temps" » , outil toujours actuel sous diverses formes que la technologie met à disposition et qu'on recycle maintenant jusqu'à 60 %.

 

On part ainsi à la découverte de la bibliothèque murée de Dunhuang, ultime cité chinoise de la route de la Soie, qui contient les plus vieux papiers du monde, de la Bibliothèque nationale de France et ses anecdotes comme la maniaquerie de Victor Hugo n'écrivant Les Misérables que sur du papier azuré ou Les Travailleurs de la mer sur du papier blanc.

Il est optimiste sur l'avenir du papier et ne s’arrête pas à quelque funeste prévision, le déclin des journaux, la stagnation du support papier concurrence par des systèmes à écran. [2] On oscille entre la forêt canadienne et celle des Landes, du Japon, du Brésil, de l'Italie jusqu'en Inde, on entre dans la fabrication de cette « "soupe de fibres qu'on étale puis qu'on assèche". »

 

Commentaires critiques

« Infatigable voyageur, Erik Orsenna se penche à nouveau sur l'éclatement des frontières et des cultures, en regardant de près la fabuleuse histoire du papier et des livres. Un récit d'aventurier et d'écrivain. »
L'Express du 29 février 2012

 

« Une façon pour cet éternel voyageur de nous faire parcourir le monde et les époques. Et pour Erik Orsenna, l'écrivain, ce livre est aussi un hommage au papier, son compagnon privilégié de lecture et d'écriture". »
Marie Pujolas, France-TV du 2 mas 2012

 

Voir aussi

Ouest-France L'Express Présentation

 

Notes et références

  1. "Erik Orsenna est un intellectuel populaire et brillant qui fait comprendre à tous les enjeux du monde en marche", Ouest-France, 18 mars 2012
  2. Voir l'article "Orsenna, reporter jubilant" de Bruno Frappa dans La Croix du 29 février 2012

 


 

4- Erik Orsenna, "L'exposition coloniale"

 

"Cinq cents pages de sourires, de fous rires, et pas une méchanceté ! Rien qu'une cavalcade de cocasseries affectueuses, une gourmandise constante pour les douceurs de la vie !..."
Bertrand Poirot-Delpech, le Monde.

 

L'exposition coloniale est un roman de Erik Orsenna publié en juin 1988 sur le thème de la colonisation, qui lui a valu l'attribution du prix Goncourt.

 

Louis est un garçon obéissant et sa mère Marguerite voudrait qu'il devienne administrateur colonial. Il acquiesce bien sûr comme d'habitude, se prépare, se documente entre deux aventures sentimentales, mais au moment de partir, il ne peut s'imaginer dans ces pays lointains, prend peur devant la concrétisation de ce projet qu'au fond de son cœur,  il a toujours repoussé et il refuse finalement de s'embarquer. Et c'est son fils Gabriel, futur héros de deux autres romans d'Erik Orsenna, "Grand Amour" en 1993 et "Longtemps" en 1998, qui réalisera enfin le rêve de sa grand-mère.

 

Alors commence l'histoire d'un héros ordinaire qui se passionne pour les hévéas, le caoutchouc et les pneumatiques.

Erik Orsenna nous parle de Gabriel né en 1883, son enfance à Levallois, son amour pour deux sœurs Ann et Clara, figures de cette exposition coloniale qui est pour l'auteur " Un faux empire, des rêves trop grands, un spectacle pour les familles. " Elles lui feront visiter le monde en rêves et "appris des vérités insoupçonnées, par exemple que le caoutchouc ressemble à la démocratie, que sans bicyclettes jamais nous n'aurions perdu Diên Biên Phu, ou que les chagrins d'amour sont plus doux que la jungle... "

 

EO Expo coloniale.jpg

Ouvrage de référence
  • Erik Orsenna, "L'exposition coloniale", Éditions du Seuil, Paris, 576 pages, 1988, isbn 2020122073
Bibliographie sélective
  • Erik Orsenna, "Madame Bâ", éditions Stock, 2003, isbn 2-213-61545-4
  • Erik Orsenna, "Voyage au pays du coton", Petit précis de mondialisation, éditions Fayard, 2006, isbn 2-213-62527-1, (prix du livre d'économie)
  • Erik Orsenna, "L'avenir de l'eau", Éditions Fayard, Paris, 2008, isbn 2213634653
  • Erik Orsenna, "L'entreprise des Indes", Éditions Fayard, Paris, 2010, 390 pages, isbn 978-2-234-06392-1
  • Erik Orsenna, Princesse Histamine, Éditions Stock, Paris, 2010, ISBN 782234065000

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:03

Les romanciers cachés

                    <<<<<<<< Ecrivains et pseudonymes >>>>>>>>
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         <<<<<<<<<<<<<<<<<<<  • • •°°°°°°°°°• • •  >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>
                   Quelques exemples contemporains

Pourquoi diable certains romanciers publient-ils sous un pseudonyme ? Depuis l'affaire Romain Gary, "double prix Goncourt" , il semble qu'il ait fait des émules parmi ses confrères écrivains. "L'affaire Romain Gary" avait fait du bruit quand on eut la certitude que le prix Goncourt 1975 n'était autre que l'écrivain déjà couronné en 1956 pour son roman Les Racines du ciel. Double prix Goncourt, une première pour la vénérable institution. Après sa disparition, on apprit que, sous le pseudonyme d'Émile Ajar, il fut aussi l'auteur de quatre romans, y compris La Vie devant soi, le Goncourt primé en 1975, dont la paternité avait été attribuée à un proche parent, Paul Pavlowitch, son petit cousin.

Deux écrivains assez connus parmi leurs contemporains, Yasmina Khadra et le prix Goncourt Andreï Makine ont sauté le pas et expliqué leur choix. Mais ils ne sont pas les seuls et l'on peut aussi citer d'autres romanciers comme "Jack-Alain Léger", "Philippe Labro", "François Nourissier" et le prix Goncourt "Jacques-Pierre Amette".

 

On ne peut pas dire que Frenchy, écrit par un certain Benjamin Cros et paru chez Fayard à la rentrée littéraire en 2004, ait fait un tabac. Opération secrète fomentée en douce par Yasmina Khadra puisque même son éditeur habituel Julliard l'ignorait. Alors pourquoi un tel besoin chez un romancier à succès auteur entre autres de L'Attantat ou des Hirondelles de Kaboul. Il faut dire que Yasmina Khadra n'aime pas les jurys et la critique, clamant haut et fort que « toutes les institutions littéraires se sont liguées contre moi. Ça n'a pas de sens, ces aberrations parisianistes. »

Pour Andreï Makine, c'est autre chose. En 2001, un auteur inconnu Gabriel Osmonde, publie un roman remarquable et remarqué Le Voyage d'une femme qui ne voulait pas mourir. Chez Albin Michel, son éditeur, personne ne le connaît paraît-il, mais il continue à publier, Les 20 000 Femmes dans la vie d'un homme puis en 2006 L'Œuvre de l'amour, cette fois aux éditions Pygmalion.

 

Mais en janvier 2009, à l'université d'Amsterdam, contre toute attente, il décide enfin de se dévoiler lors d'un collectif consacré à son œuvre. Peut-être la présence de la meilleure spécialiste de l'œuvre d'Andreï Makine, Murielle Lucie Clément a-t-elle influencé sa décision, le sujet « "Andreï Makine et Gabriel Osmonde" : passerelles » s'y prêtant d'ailleurs admirablement.

 

tumb Makine [2]  tumb Khadra

 

Murielle Lucie Clément, qui connaît même sa thèse en russe intitulée "L'Enfance dans le roman français", affirme : « Je suis intimement persuadée que Gabriel Osmonde a lu TOUT Makine et qu'Andreï Makine connaît les livres de Gabriel Osmonde. Ils ont beaucoup en commun, et il existe de nombreuses passerelles de l'un vers l'autre et vice versa. » On ne saurait être plus claire mais elle n'affirmait rien et se refusait à franchir le pas. Pour conforter ses dires, elle s'est penché sur "l'intertextualité" entre les deux romanciers, citant des exemples particulièrement significatifs.

 

Le mystère s'épaissit quand un homme se faisant passer pour Gabriel Osmonde, aurait été vaguement aperçu pendant le colloque et, selon certaines rumeurs, habiterait le Canada. Comme en clin d'œil, Makine avait écrit en 2007 une pièce de théâtre intitulée justement Le Monde selon Gabriel. Pour lui, la critique devrait juger sans tenir compte de l'écrivain, du son passé, de sa notoriété, expliquant que « Si je me protège ainsi, c'est parce que je crois que l'on détruit une œuvre en l'accolant à une biographie (de l'auteur). »


En 1983, une jeune fille prénommée Stéphanie publie son journal intime intitulé Des cornichons au chocolat. Une autobiographie origine où "Stéphanie" se confie à son chat "Garfunkel", un style alerte qui séduit, écrit-on à l'époque. Et en plus un franc succès : vite publié en édition de poche et traduit en une vingtaine de langues. Mais n n'en sait pas plus sur la jeune écrivaine. Mais lors de sa réédition chez Lattès en 2007, apparaît sur la couverture le nom de l'auteur : Philippe Labro, l'auteur de l'étudiant étranger qui lève enfin le voile sur le véritable auteur du livre.

 

tumb JA Léger    tumb Labro

 

Pour Paul Smaïl, c'est le vécu, l'autobiographie qui sert de vecteur à son premier roman Vivre me tue qui intéresse et surprend par ses accents de vérité. L'auteur serait un "Beur" diplômé et féru de littérature mais déclassé, travaillant la nuit dans un hôtel mal fréquenté. Ça sent un peu le film Tchao Pantin mais pourquoi pas ! mais la description de la banlieue est d'un réalisme saisissant. Puis en 2001, paraît chez Denoël un second roman de la même eau, Ali le magnifique. En fait, on apprendra que sous les traits de Paul Smaïl se cache l'écrivain Jack-Alain Léger. De la même façon que "Makine", Jack-Alain Léger voudrait qu'on juge un livre pour ce qu'il est et non à la lumière de la connaissance de l'auteur, ce qui biaise le jugement. Mais il aime tellement porter des masques et se cacher derrière des pseudonymes tels que Melmoth, Dashiell Hedayat et autre Eve Saint-Roche...

 

« Je me suis autorisé une petite coquetterie », confesse aujourd'hui Jacques-Pierre Amette, prix Goncourt pour son roman La maîtresse de Brecht. Lui aussi voulait savoir "ce que les gens pensait de lui". Il désirait selon ses propres termes, « se refaire une identité, » éprouver la liberté de l'écrivain inconnu, tout neuf, sur lequel les critiques portent un regard neuf. Il pouvait ainsi interpréter un autre personnage, "être un autre" pouvant changer de registre.

François Nourissier


En 1955, un "jeune écrivain" France Norrit (ce qui évoque tout de même un double féminin de François Nourissier) publie aux éditions de Paris un roman intitulé Seize ans. Texte audacieux pour l'époque, avec des accents très littéraires d'une jeune femme pour qui « il fall


Presque un demi-siècle plus tard, François Nourissier confiera dans une interview au Figaro Magazine : « Pendant dix ans, j'ai cherché à m'amuser, à l'inverse de mes amis qui travaillaient le genre noble. »

 

tumb Nourissier [1]tumb Amette  

  1. Photo © JC Marmara
  2. Photo © Jerry Bauer/Opale

 

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