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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 10:17

 

 

Saint-Florent-le-Viel dans ce qu'on appelle Les Mauges, [1] région du Maine-et-Loire, sur les bords de Loire, entre Nantes et Angers : le village où naît Louis Poirier, le futur Julien Gracq, le 27 juillet 1910 , rue du Grenier-à-Sel dans la maison du grand-père paternel.

 

Il restera toujours un homme de son terroir jusqu'à sa mort le 22 décembre 2007.  Après l'internat du lycée Clémenceau à Nantes, ses études le mèneront cependant à Paris où après Normale Sup, il obtiendra l'agrégation d'histoire. Tout en enseignant l'histoire à Quimper et Nantes, il commence l'écriture de son premier livre Au château d’Argol, que Gallimard refusera en 1937. Dès lors, il restera toujours fidèle à l'éditeur José Corti chez qui il publiera dix-huit ouvrages.


  L'écrivain Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, est né en 1910 à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire). Il est mort le 22 décembre 2007 à Angers.

La maison où il est né                         Gracq à Saint-Florent-le-Viel (© D.Drouet)


En 1925, à Saint-Nazaire il assiste très impressionné au lancement du bateau L’Ile-de-France, sur lequel il reviendra dans Préférences. En 1931, il se prend de passion pour la Bretagne qu'Henri Queffélec lui fait découvrir et deux ans plus tard, il se rend  en Cornouailles sur les sites des romans arthuriens.

 

Il est rattrapé par la guerre en 1939, mobilisé dans l'infanterie à Quimper puis dans le Boulonnais, à Dunkerque et en Flandre. Fait prisonnier en juin 40 et envoyé dans un stalag de Silésie, il tombe malade, est rapatrié sur Marseille et reprend son travail d'enseignant à Amiens puis à Angers. Sa vie se passera dès lors entre l'enseignement et l'écriture, professeur pendant vingt-trois ans -de 1947 à 1970-  au lycée Claude Bernard à Paris où il s'installera au 61 rue de Grenelle dans un appartement qu'il conservera jusqu'à sa mort.

 

Julien Gracq s'est toujours voulu un écrivain non conformiste, fuyant le cercle de l'intelligentsia parisienne et étant le premier à refuser le prix Goncourt qu'on venait de lui attribuer pour son roman Le Rivage des Syrtes.


  La maison de Julien Gracq est destinée à devenir une résidence d'écrivains et d'artistes - photo Ville de Saint-Florent-le-Vieil

Vue de Saint-Florent-le-Viel                    Gracq à Saint-Florent-le-Vie

 

Saint-Florent-le-Viel dans l'œuvre de Julien Gracq

C'est avec un œil de peintre qu'il aborde les descriptions qu'il fait de ces endroits qu'il a si bien connus. 

« Le plus bel aspect arborescent des rives de la Loire à Saint-Florent, je le découvre le long de l'île Batailleuse, en amont du Pont de Vallée: une grise et haute fourrure de saules, mousseuse et continue, doublée immédiatement en arrière par une muraille de peupliers. Le saule trempe aux eaux brumeuses et les marie aux berges aussi doucement que le petit-gris bordant la peau nue; le peuplier en arrière déploie sa voilure haute, avec cet air noble et sourcilleux qu'il a de naviguer toujours par files d'escadre: l'arbre de l'eau et l'arbre de l'air s'apparient et se conjuguent sur cette lisière tendre — et le soir d'été qui embrume légèrement et qui lie cette gamme éteinte des verts fait de ce coude de la Loire, à s'y méprendre, un bord de fleuve de Marquet. » (Lettrines, Pléiade, 2, 244)

 

Il regrette ces odeurs de Saint-Florent quand écrit-il, « mes ancêtres, de père en fils, étaient filassiers, fabriquaient de la corde avec le chanvre qu'on cultivait alors dans les îles et la vallée de la Loire. » Nostalgie de ces usines qui ferment en quelques années, rattrapées par le progrès technique, « j'ai vu fermer à Saint-Florent, il y a une quinzaine d'années, la dernière usine, je pense, qui traitait encore en France le chanvre. » Désormais dans l'île Batailleuse, finies ces petites futaies « d'un vert sombre si étrangement parfumées, qui donnaient au paysage de la vallée une touche luxuriante de plantation tropicale. » Finie aussi en septembre cette odeur enivrante [2] « des barges de chanvre roui qu'on poussait à l'eau immergées sous leur charge de sable, que les paysans chevauchaient pieds nus et amarraient à la berge comme des radeaux. » (Lettrines, Pléiade, 2, 261)

 

Il regrette aussi l'image d'un paysage qui lui paraissait immuable, éternel, le rideau d'arbres qu'il a pris l'habitude de contempler et sa déception le jour où ce paysage, soudain privé de ses arbres, perd son caractère familier. « L'image unifiée d'un paysage, du paysage natal par exemple, telle que nous la gardons en nous et la vérifions depuis l'enfance, est faite d'une combinaison de cycles périodiques aux rythmes très variés. [...]  Rien ne me déconcerta davantage que de voir mettre à bas, un beau jour, ces colonnes de mon Parthénon. Depuis, j'ai vu deux cycles complets se succéder dans cet ordre d'architecture — et un ragoût nietzschéen plus corsé venir épicer de façon significative la ritournelle simplette du cycle des saisons. (En lisant en écrivant, Pléiade, 2, 619) 

 

La maison et le panneau de la plate

 

La plate de la Loire : la promenade Julien Gracq, avec plaque et citation

« Aussi loin que remonte ma mémoire, Le bateau de mon père, la longue et lourde plate vert d'eau avec son nez tronqué, avec sa bascule à l'arrière qui servait de vivier pour le poisson, son banc du milieu percé d'un trou où l'on pouvait dresser un mât pour une voile carrée, a tenu dans ma vie une place presque quotidienne : il était amarré au quai de la Loire, à trente mètres devant notre maison; j'y sautais aussi familièrement, les rames sur l'épaule, les tolets à la main, que plus tard j'enfourchais ma bicyclette. » (Les eaux étroites, J. Gracq)

 

Julien Gracq : propos sur la jeunesse

«  La jeunesse n'est pas une période heureuse, des foules de possibilités s’offrent, d’où l’impression qu'on a, tous les jours de manquer dix occasions de faire des choses intéressantes.C’est cela qui assombrit la vingtième année et qui n’existe plus du tout à la cinquantième; ce qui rend la vieillesse supportable, c’est que les désirs se modèlent beaucoup plus sur les possibilités… »

 

gracqlieto.jpg

 

PS : Pour le centième anniversaire de sa naissance, « La maison et ses dépendances de l'écrivain Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire) vont devenir une maison d'écrivain à l'horizon 2013-2014, » ont annoncé le député-maire de sa ville natale, Hervé de Charette, et le président du conseil régional des Pays-de- la-Loire, Jacques Auxiette. Saint-Florent-le-Vieil accueille déjà les Rencontres Julien Gracq.

 

Notes et références

 

[1] Dans les Mauges, c'est à l'aménagement de la campagne que l'homme a communiqué un style, non aux villages. La sensibilité plus grande que je me suis toujours connue pour les aspects paysagistes, plutôt que pour les aspects monumentaux d'une contrée tient peut-être à ce que je suis né dans un bourg resurgi, banalisé et remis à neuf, des "dommages de guerre"... (Carnets du grand chemin, Pléiade, 986)

[2]  « car il n'y a pas de souvenir d'un parfum, c'est lui qui rouvre le souvenir. »

 

* Gracq, Terres d'écrivains

* Association Guillaume Budé

* Gracq à Roscoff

 

 

  Saint-Florent, Pierre Davy, éditions L'Apart, 95 pages, isbn 978-2-36035-113-8

 

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 17:58

Ravelstein, juif et enseignant américain... comme Saül Bellow

 

Référence : Saül Bellow, "Ravelstein", éditions Gallimard, 2000 et 2002 (version française), isbn 2-07-075914-8

 

Ce livre est « tantôt sombre, tantôt férocement drôle, à travers l'amour et la mémoire ; c'est un hymne à l'amitié et à la vie. »

 

Abe Ravelstein est un homme important, souvent consulté par ses anciens étudiants qui occupent maintenant des postes politiques parfois très importants aux États-Unis, participant à la marche du monde. Il utilise une pédagogie active et n'hésite pas à secouer ses étudiants, les provoquant, leur demandant par exemple « comment en cette démocratie moderne, allez-vous satisfaire aux nécessités de votre âme ? » [1]


Le personnage de Ravelstein est construit sur la figure d'Allan Bloom, collègue et ami de Bellow à l'Université de Chicago et auteur en 1987 de The Closing of the American Mind (L'Âme désarmée). Mort en 1992 d'un dysfonctionnement du foie,  Bellow lui avait promis d'écrire sa biographie.

 

Pour fêter son succès littéraire, il est allé à Paris, ville où il se rend souvent, avec son compagnon Nikky, dans le luxe ostentatoire de l'hôtel Crillon. Cette vie facile, il la doit à son ami Chick, le narrateur,  qui l'accompagne aussi, et qui lui a suggéré l'idée de son essai sur JM. Keynes, un livre qui s'est si bien vendu qu'il est devenu assez riche pour se payer ce séjour au Crillon; oui, « rassemblées dans un livre, ses idées l'avaient rendu absolument riche. » [1]

 

Ce livre pointait par exemple les failles du système éducatif américain, l'impéritie des sciences humaines réduites , dévalorisées face aux sciences appliquées comme l'informatique.  Ses dénonciations n'avaient pas été du goût de certains et nombre de ses confrères lui en voulaient d'avoir étalés ces problèmes en place publique... et d'avoir connu un succès international.

   Couverture de Ravelstein

 

Abe Ravelstein est un homme complexe, plein de contradictions, aux côtés si attachants et parfois si énervants, souvent non conformistes dans la bonne société d'intellectuels qui l'entoure, si faible aussi face au confort et au luxe qu'il affectionne tant. Ensuite, il a été très malade, cloué au lit, et Chick en le veillant repensait à son divorce avec Vela -ce qui n'avait pas surpris Ravelstein- , trop de différences entre eux, incompréhension, modes de vie différents, Chick pense qu'elle avait « échafaudé une rationalité ésotérique totalement indéchiffrable mais fondée sur des principes "à dix-huit carats". » [1]

 

Au début, Ravelstein avait fait des efforts pour avoir de bonnes relations avec Vela, après son mariage avec Chick. Malgré ce qu'il pensait déjà de Vela, et ce qu'il considérait comme son égoïsme, son désir de paraître avait peu à peu gâter leurs relations et ont fini par grever le mariage de son ami. Il pense que Chick  « a besoin d'un défi extrême » impossible à atteindre avec une telle femmes, mais heureusement pour lui, il a une autre vocation qui lui permet de surmonter les effets négatifs de cette relation, le travail et son métier comme exutoire.


   

  Avec sa dernière femme Janis chez eux à Brookline, Massachusetts

 

Chick et Abe étaient amis intimes qui se comprenaient à demi-mot, « un gigantesque accord commun nous soulevait de concert » sans qu'ils puissent en saisir la réalité profonde. Rien de tel avec Vela qui restait une énigme : belle -tout le monde le reconnaissait- « des fesses de cavalière, une superbe poitrine, « prenant un soin méticuleux de son corps, de sa vêture, et cependant ayant toujours l'air indifférente, impénétrable. En fait, elle était d'un épouvantable snobisme, voulant constamment briller en société. Quand il apprit que Chick allait se remarier avec Rosamund sa secrétaire -beaucoup plus jeune que lui- Ravelstein rit sans autre commentaire.  Pour Ravelstein, l'amour était « une des plus hautes fonctions de notre espèce- sa vocation. »La pierre angulaire de sa pensée.

 

Son intérêt pour le comportement de ses contemporains faisait qu'il s'intéressait peu à la nature, à la campagne comme Chick et sa maison de campagne du New hampshire. D'ailleurs, Rosamund disait à Chick « Ravelstein est beaucoup plus sociable que toi. Il adore avoir de la compagnie. » A travers la biographie de Ravelstein qu'il s'était juré d'écrire enfin après la mort de son ami, Chick commence une réflexion sur la mort et les croyances des hommes, sur cette conviction de Ravelstein que la mort, "ce sont des images qui s'éteignent".

 

Pris par le souci de sa biographie à écrire, Chick repensait aux dernières semaines de Ravelstein, à leurs conversations sur le sort des juifs dans ce terrible XXè siècle, la veulerie des exécutants, leur irresponsabilité. Rien qui puisse alors rassurer Ravelstein quant à l'avenir de l'humanité. Il pense en fait beaucoup à son ami défunt, pas seulement pour cette biographie à écrire, même quand il est en vacances sur l'ïle Saint-Martin avec Rosamund. Chick sentait que l'a^ge accélérait le temps, que les petits détails qui donnent leur couleur à la vie se dissolvaient dans la scansion du temps, seul l'art par son rythme pouvait encore donner l'illusion d'y échapper.

 

Chick, à présent très malade est rapatrié chez lui à Boston, va vivre une expérience intime, visions oniriques pendant sa période de coma au service réanimation. Il s'imagine congelé pour un siècle, "ressuscitant" au beau milieu du XXIIè siècle, revoyait Ravelstein et se querellait violemment avec Vela. Finalement, malgré son athéisme, il espérait fermement à une "autre chose" qui nierait le néant. Très diminué, il survivra quand même à cette terrible épreuve, portant toujours en lui la formidable puissance ironique de son ami Ravelstein, sans apparemment trouver la force de tenir la promesse qu'il lui avait faite.

 

Comme Bellow l'écrit dans "Ravelstein", « Il est étrange que les bienfaiteurs de l'humanité soit tous des gens amusants. En Amérique au moins, c'est souvent le cas. Quiconque veut gouverner le pays doit aussi le divertir. »

 

Annexes : extrait de L’Express,  Henriette Korthals Altes, 1 février 2001 

« Marc Fumaroli  [2] a établi un parallèle intéressant entre Proust faisant de son ami et mentor Robert de Montesquiou le modèle de M. de Charlus dans Sodome et Gomorrhe et Bellow faisant de son ami (et mentor philosophique) Bloom le personnage d'un roman-témoignage. A la différence que Montesquiou a pu répondre avec ses propres Mémoires, Les pas effacés. Mais dans les deux œuvres, les identités ne sont pas tranchées. Charlus est un "Monteproust" tout autant que Ravelstein est un Bellow. Car l'autofiction redessine les contours du Moi au gré des désirs et des regrets, des fantasmes de l'auteur. Ravelstein est celui que Bellow aurait aimé que Bloom soit - un homosexuel assumé -, mais c'est aussi celui que Bellow aurait aimé être - le philosophe qui rit du tragique de la vie et dont la mort lui permet d'apprivoiser la sienne propre. 

 

Dans ce contexte d'identités brouillées, la question de "l'outing" [3] prend un sens nouveau. Par la voie de la fiction, Bellow dépolitise l'homosexualité et du coup place la philosophie de Bloom au-delà du clivage politique classique. Il prolonge ce que le philosophe avait amorcé dans son recueil d'essais, L'amitié et l'amour, où il débarrasse les rapports amoureux d'une lecture féministe et rappelle la force naturelle de l'amitié et de l'amour. Bellow a eu le dernier mot; à propos de son roman il n'y a qu'un mot qui vaille: "Ravelstein, c'est moi!" »

 

Notes et références

[1] respectivement pages 31, 26 et 107-108

[2] Voir la biographie de Marc Fumaroli

[3] L’Outing est le fait de révéler l’orientation sexuelle sans son assentiment.

 

* Repères biographiques

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 11:25

Le bruit qui pense est un cycle d'ouvrages d'Éric-Emmanuel schmitt, consacrés à de grands musiciens qui sont aussi ce qu'il appelle "des maîtres de vie". Deux tomes sont actuellement parus, Ma vie avec Mozart et Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent, d'autres devraient voir le jour sur Jean-Sébastien Bach et Franz Schubert.

Le titre de l'ensemble est emprunté à Victor Hugo qui disait que « La musique, c'est du bruit qui pense. » Pour Éric-Emmanuel schmitt, grand amateur de musique et même compositeur, c'est ausi « du bruit qui fait penser, » qui console, qui apaise... 

 

Ma vie avec Mozart  


Ma Vie avec Mozart

 

C'est d'abord l'histoire d'un adolescent tourmenté et suicidaire qui assiste par hasard à une répétition des « Noces de Figaro ». Par la voix de la comtesse Almaviva, il reprend goût à la vie car comment quitter ce monde de la musique, de Mozartf qu'il découvre et lui apparaît fait de tant de beauté. À travers les lettres qu'il envoie à Mozart, il décrit ces menus plaisiers de l'existence, qu'il avait oubliés, redécourant l'espoir et une certaine joie de vivre. Il lui demande conseil, y troue ungrand réconfort, ce qui fortifie son admiration pour le compositeur et son ancrage dans la vie.

Le livre contient, en réponse aux lettres de l’auteur, seize morceaux ou extraits d’œuvres de Mozart joués par de prestigieux interprètes.
Représentations :
  • 2006 : Ma vie avec Mozart d'Éric-Emmanuel schmitt, ensemble mis en scène par Christophe Lidon avec Didier Sandre au Théâtre Montparnasse à Paris.
  • 2010-2012 : Ma vie avec Mozart de et avec Éric-Emmanuel schmitt, Julien Alluquette et l'Orchestre Symphonique de Lyon, Cité internationale de Lyon, Forum de Liège, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, Halles aux Grains de Toulouse, Opéra de Rennes, Sébastopol de Lille, Grand Théâtre d'Aix-en-Provence, Salle Gaveau de Paris.

Notes et références

Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent


Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de cretins vivent  Albin Michel - septembre 2010 - 198 pages

Oeuvre en deux parties avec une pièce, "comédie monologue". (jouée en 2010 au théâtre La Bruyère dans une mise en scène de Christophe Lindon avec Danielle Lebrun.
Pendant une exposition, Eric-Emmanuel Schmitt repense à Beethoven qu'il avait aimé passionnément autemps de son adolescence autrefois et dont, inexplicablement, il s'est éloigné depuis. Sceptique, il se demande pourquoi cet éloignement, pourquoi les émotions qu'il suscitait jadis, les intenses émotions intérieures qu'l ressentait, se sont évanouies, délitées au fil des années.
Le titre du livre, très curieux de prime abord, provient d'une remarque de madame Vo Than Loc, la professeur de piano d'Eric-Emmanuel Schmitt, qui voyait une terrible injustice dans la mort de Beethoven.  La modernité de Beethoven, c'est d'avoir tenté et su concilier le sens du tragique et une attitude optimiste. C'est donc une morale humaniste qu'il nous propose, une morale dont notre époque a le plus grand besion.

Ce récit est suivi de Kiki van Beethoven, l'aventure d'une femme, la soixantaine rayonnante, dont la vie et celle de ses trois amies, va radicalement changer grâce à la musique, par un masque de Beethoven découvert un jour par hasard dans une brocante. « Une fable sur la jeunesse perdue et les secrets ensevelis, » écrit l'auteur.
Extrait : (début du livre)
« Entre Beethoven et moi, ce fut une histoire brève mais forte. Il apparut dans ma vie lorsque j’avais quinze ans puis la quitta quand j’atteignais les vingt.[...] Intensément présent pendant cinq années, il s’éclipsa les décennies suivantes. Son départ coïncida avec la fin de ma longue adolescence. Il fuit quand je désertai la maison familiale. Au loin, le Beethoven ! Absent, anéanti ! Je n’y pensais plus, je ne l’interprétais plus, je ne l’écoutais plus. »

Notes et références


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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 15:16

Le Cycle de l'Invisible est un ensemble de six romans écrits entre 1997 et 2012 par Eric-Emmanuel Schmitt : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la Dame rose, L'Enfant de Noé, Le sumo qui ne pouvait pas grossir et Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, sur le thème des religions.

 

Eric-Emmanuel Schmitt   

1- Toute les nuits, Simon rêve d'un moine tibétain qui haïssait son neveu et pour cesser .ces rêves qui lui pèsent, il doit raconter leur histoire.

2- Moïse un enfant juif de onze ans, supporte mal de vivre seul avec son père dans le souvenir envahissant d'un frère idéal. Monsieur Ibrahim, "l'arabe de la rue" est un simple épicier qui observe le monde autour de lui. Mais un jour, ces deux destins vont se mêler pour rendre la vie plus légère.

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran relate la vie d'un jeune Parisien Bruno Abraham Kremer qui vit avec son père et rencontre son "grand-père", M Ibrahim simple épicier. On a dit que ce récit ressemblait au roman La vie devant soi de Romain Gary, où Momo un jeune musulman vit avec une juive madame Rosa, Momo ayant aussi un "grand-père" musulman Monsieur Hamil qui l'instruit sur sa religion.

3- Oscar est un jeune garçon dix ans qui souffre d'une leucémie. Tant bien que mal, il assume sa situation mais seule Mamie Rose, la plus âgée des "dames roses "qui visitent les enfants malades, sait s'y prendre avec Oscar, tour à tour gaie, drôle et même impertinente.  Une entente surprenante entre ces deux êtres si différents qui se comprennent si bien. Oscar fait partager son expérience dans les lettres qu'il adresse à Dieu et que Mamie Rose poursuit à la mort d'Oscar.

 

Afin de mieux aider Oscar, Mamie Rose l'initie à chaque étape de la vie  en inventant un jeuoù la un jour compte pour dix ans, ce qui aide beaucoup l'enfant. Il vivra une histoire d'amour avec Peggy blue, une jeune fille victime d'un problème sanguin qui la rend toute bleue. Mais la jalousie de Sandrine va empoisonner leur relation et il aura une aventure avec Brigitte, une jeune trisomique. Le temps passe très vite pour lui et bien que Peggy Blue soit retournée chez ses parents, il pense que la vie est un magnifique cadeau et les trois derniers jours, il pose sur sa table une simple pancarte où il a écrit « seul dieu a le droit de me réveiller

 


  « Milarepa », le bouddhisme tibétain

4- On est en pleine guerre en 1942 dans une belgique occupée. Joseph, fils unique d'une famille juive menacée, est alors confié à la comtesse de Sully puis au père Pons, curé de campagne, un " juste " comme on dira plus tard, » qui protège des enfants, cachant leur identité avec l'aide des villageois et surtout de mademoiselle Marcelle, une pharmacienne qui procure de faux papiers aux enfants. Dans ce clamat apaisant, Joseph et son ami Rudy découvre peu à peu l'amitié et l'importance d'une culture à transmettre, le père Pons essayant de maintenir une indispensable diversité en réunissant toutes sortes d'objets provenant d'une culture menacée de destruction.

Eric-Emmanuel Schmitt - Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus.      Oscar et la dame rose

5- Jun est un adolescent âgé de quinze ans,un révolté errant dans les rues de Tokyo, dans la grande ville loin d’une famille qu'il n'évoque jamais. Sa rencontre avec un maître du sumo va être déterminante, se lançant dans la pratique de ce sport qui semble si peu fait pour un jeune homme maigre qui ne sera de cette race de sumos qui sont des forces de la nature. Mais la force dans ce sport n'est pas tut et requiert aussi intelligence et acceptation de soi. Et Jun se demande si devenir sumo n'est pas aussi atteindre à une certaine image de soi, une sérénité qui est l'antithèse de la violence qu'il ressent.

6- Madame Ming n'a à la bouche que ses dix enfants éparpillée dans l'immense "empire du milieu". Quelle provocation au pays de l'enfant unique ! Mais n'est-ce pas plutôt son jardin secret, un fantasme qu'elle aime à répéter pour s'en convaincre elle-même.  http://d.gr-assets.com/books/1327952876l/7722655.jpg      Monsieur Ibrahim and The Flowers of the Qur'an

 

* Oscar et la Dame rose

 

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 13:50

Éric-Emmanuel Schmitt

 

Éric-Emmanuel Schmitt, un des auteurs les plus lus et représentés au monde.  © Catherine Cabrol


Éric-Emmanuel Schmitt "conteur caméléon" comme l'a écrit Fabienne Pascaud dans Télérama ? [1] En tout cas, un écrivain protéiforme, un intellectuel multiforme qui embrasse bien des genres de la littérature, débordant sur le cinéma ou la musique. Son itinéraire personnel est assez linéaire, sans bouleversement ou fracture, un enfant issu de la bourgeoisie lyonnaise, né le 28 mars 1960 à Sainte-Foy-les-Lyon dans la banlieue huppée de Lyon puis fréquentant le lycée du Parc, fleuron des établissements lyonnais situé aux Brotteaux, dans "les beaux quartiers".

 

Sa vocation, Éric-Emmanuel Schmitt dit luimême qu'elle est née lors d'une représentation de Cyrano de Bergerac avec Jean Marais, à laquelle l'avait emmené sa mère« à seize ans, j'avais compris -ou décidé- que j'étais écrivain.» Un penchant pour le théâtre qui ne le quittera jamais. Sa vocation sera confortée pendant un voyage dans le désert saharien propre à la méditation, où le silence apaisant le conforte dans la voie qu'il s'est tracée. Il va d'abord s'engager dans les études philosophiques, passant son doctorat en 1987 sur le sujet "Diderot et la métaphysique," [2] discipline qu'il enseignera ensuite de Saint-Cyr où il commence sa carrière jusqu'à Chambéry.

 

Avec ses pièces de théâtre, il rencontre très vite le succès, notamment avec La nuit de Valognes et Le visiteur, primé plusieurs fois aux Molières en 1994.Il a la chance d'avoir de grands interprèrtes, Alain Delon et Francis Huster dans "Variations énigmatiques" ou Jean-Paul belmondo dans "Frédérik ou le boulevard du crime". Il écrit aussi de courtes pièces pour des associations caritatives, "L'école du diable" avec Francis Huster ou "La culture ça change la vie".

 

Deuis les années 2000, il se consacre surtout à la nouvelle et au roman, choisissant des personnages historiques comme le Christ dans "L'évangile selon Pilate",  Adolf Hitler dans "La part de l'autre"  ou sur le mythe de Faust. Dans son Cycle de l'invisible, il traite de l'impact des religions qu'il met en scène à travers des nouvelles sur les grandes relaigions monothéistes dont certaines eurent une audience considérable. [3]

 

Dans sa quête, sa volonté d'expérimenter de nouveaux modes d'expression, il cherche dans son autofiction "Ma vie avec Mozart" le contrepoint mélodique à la musique des mots, devenant aussi composition et réalisant même un CD.Se tournant vers le cinéma, il porte à l'écran plusieurs de ses nouvelles dont Odette Toulemonde en 2007 ou Oscar et la dame rose en 2009 [4] où il aborde des thèmes comme le droit au bonheur ou le degré de liberté de l'individu.

 

      

 

Naturalisé Belge en 2008 [5] et membre de l'académie de Belgique, il prend néanmoins en 2012 la direction du théâtre Rive-Gauche [6] pour y représenter ds créations contemporaines, revanant ainsi à ses premières amours.

 

Notes et références
[1] Interview de Fabienne Pascaud dans Télérama n° 3077 du 03/01/2009
[2] Publiée en 1997 sous le titre "Diderot ou la métaphysique de la séduction"

[3] On peut citer Milarepa sur le bouddhisme, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, sur le soufisme, Oscar et la dame rose  sur le christianisme, L'enfant de Noé en 2004 sur le judaïsme ou Le sumo qui ne pouvait  pas grossir en 2009  sur le bouddhisme zen.

[4] Odette Toulemonde, qui donne son nom au recueuil, avec Catherine Frot et Albert Dupontel, Oscar et la dame rose avec Michèle Laroque et Max von Sydow.

[5] « De même qu'on appartient  à sa famille et qu'on choisit ses amis,    je viens de France et j'ai choisi la Belgique.  Et si cette seconde nationalité-là me paraît amicale,  c'est parce que, comme l'amitié, elle s'est décidée à deux :  je t'ai choisi, tu m'as choisi. »(Interview au journal Le Soir, 15 juin 2008)

[6] Situé 6 rue de la Gaîté, dans le quartier Montparnasse, le Rive-Gauche est un ancien cabaret devenu un cinéma puis un théâtre privé en 1986.

 


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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 10:59

Eric-Emmanuel Schmitt publie un nouveau recueil de nouvelles Les deux messieurs de Bruxelles, tandis qu'au théâtre Rive Gauche, on joue sa pièce Anne Franck, un hymne à la vie mis en scène par Steve Suissa et Billy Holliday

 

Référence : Éric-Emmanuel Schmitt, Les deux messieurs de Bruxelles, Albin Michel, 288 pages, novembre 2012. 

 


Éric-Emmanuel Schmitt, un des auteurs les plus lus et représentés au monde.  © Catherine Cabrol

 

« On apprend la sagesse en expérimentant le chagrin.»  Eric-Emmanuel Schmitt

 

Les deux messieurs de Bruxelles est formé de cinq nouvelles avec comme fil conducteur des vies en perspective sur le thème de l'amour. Il nous entraîne dans l'histoire de Jean et Laurent qui se qui se posent des questions sur le mariage et la parentalité, avec cet homme qui retrouve sa dignité d'être humain à Auschwitz grâce à l'amour d'un chien, avec ce curieux amour d'un second époux pour le premier mari de sa femme , avec les remords d'une mère rongée par la culpabilité après la mort de son fils, avec  l'histoire de ce couple confronté à la découverte d'une maladie génétique.

 


Dans une interview,  Éric-Emmanuel Schmitt, donne son sentiment sur les thèmes qu'il aborde dans ses nouvelles, où il développe différentes formes que peut revêtir l'amour. [1]

 

Pour lui, l'amour et la confiance sont les éléments moteurs de la condition humaine. Ses nouvelles sont inspirées d'histoires vraies et évoquent les liens subtiles qui soudent un couple, deux êtres plus cet amour qui les transcendent.

 

Dans Les deux messieurs de Bruxelles, la nouvelle qui donne son titre au livre, lors d'un mariage dans une église où un home et une femme sont unis par un prêtre, deux hommes célèbrent leur mariage,  à leur façon. Ils tisseront un lien puissant avec David, l'un des enfants du couple hétérosexuel qui deviendra finalement leur fils symbolique.

 

Dans la deuxième histoire, Le chien, qui se déroule à Auschwitz, le docteur Samuel Heymann, retrouvera le sentiment d'être vraiment une personne, et sa confiance en lui, grâce à un pauvre animal vagabond. Le chien n'a pas de préjugés, il n'est pas raciste et accueille l'homme sans a priori, contrairement aux bourreaux nazis. L'homme à travers cette expérience pourra réapprendre à vivre après la terrible expérience des camps et après avoir survécu à l'horreur de la Shoa. Une leçon de vie où un animal, par sa simple présence et son regard d'amour, parviendra à reconnecter un homme à l'humanité.

 

  Fichier:Eric-Emmanuel Schmitt 20100330 Salon du livre de Paris 2.jpg  Au salon du livre en 2010

 

Dans Ménage à trois, une jeune veuve autrichienne se remarie et curieusement son nouveau conjoint se prend de pasion pour cet homme disparu dont il voudra qu'il voudra défende la mémoire et à tout prix faire connaître. Dans
Un coeur sous la cendre, il aborde le problème de  nos attitudes en face de la souffrance, surtout losqu'il s'agit d'un enfant et la confrontation aux prélèvements et aux greffes d'organes. Curieux amour que celui de cette mère qui préfère son nevau à son propre fils. Mais la mort va passer par là et la culpabilité va entraîner la mère dans le drame. Confrontation à la mort mais aussi à des maladies terribles comme la mucovicidose -dont on dit que Chopin était atteint- et qui posent la question existentielle de savoir si l'on peut supprimer une vie, et dans quelles conditions. En tout cas, il n'existe pas de bonne solution et conclut l'auteur, « La plupart des problèmes éthiques relèvent du tragique.» 

 

Pour lui, il est difficile sinon impossible de se faire moraliste quand on traite de la complexité de l'être humain et des sentiments qu'il peut éprouver, « de leur volatilité, de leur évolution, quand on essaye de mettre en avant ce qui se cache sous certaines émotions. » Juger est déplacé et sans intérêt, aussi bien soi que les autres,  l'important est de montrer sa compassion, de rechercher une vérité qui qui de toute façon fugace et si difficile à saisir sous ses multiples aspects. La réalité du quotidien ne définit pas la totalité de l'être, caractérisé aussi dans ses intentions autant que dans ses actes. L'imaginaire joue dans cette quête identitaire un rôle considérable, c'est une aide indispendsable pour appréhender la réalité et faire la part des choses sans sombrer dans les frustrations. « Beaucoup de désirs et d'aspirations s'accomplissent allégoriquement. Le symbole construit tout autant une histoire d'amour que le visible, » comme dans Les deux messieurs de Bruxelles où les deux homosexuels compensent leur frustration du désir d'enfant en vivrant leur paternité discrètement par l'intermédiaire de David, l'enfant de l'autre couple.  

 

Il tient à dissocier amour et sexualité. Dans l'amour, il y a projet de vie ensemble, projection commune dans l'avenir tout en acceptant son entité mystérieuse. La sexualité est synonyme de pulsion cherchant la jouissance et seul l'amour peut s'épanouir dans le mariage, y compris pour des personnes de même sexe. L'homoparentalité est est la conséquence, qu'elle provienne d'une insémination artificielle, d'une procréation médicalement assistée ou plus simplement d'une adoption. Cette reconnaissance éviterait bien des drames, notamment en cas de décès de l'un des parents...  alors « cessons de nier la réalité, entendons la souffrance des autres. »

 

A notre époque, Un coeur sous la cendre et L'enfant fantôme l'attestent, les gens éprouvent beaucoup de difficultés à supporter la souffrance, les privant ainsi d'une part de leur humanité. Comme si, dans nos sociétés du bonheur, le malheur n'avait plus droit de cité. Il confesse avoir longtemps « refusé ce qui le gênait . » L'expérience lui a appris à relativiser, à admettre, faisant de l'épreuve un travail sur soi qui rend plus fort, un attribut du bonheur car « se mesurer à sa douleur rend meilleur et rapproche des autres. » Le bonheur s'apprécie d'abord en collant à la réalité quotidienne et ses difficultés, ses avanies mais chacun doit rechercher sa propre vérité au fond de lui-même car il n'existe pas de réponse collective. La vie, c'est aussi un mystère qu'il faut assumer. 


[1] Interview parue dans le journal "Le point" du 1er décembre 2012

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 15:34

Gabriel Garcia Marquez

<<<<<<<<<<< Voir aussi littérature hispanique >>>>>>>>>

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G. Garcia Marquez Washington 1976                        Paris 1982

 

Ses grands-parents maternels doña Tranquilina Iguarán Cotes de Marquez et le colonel Nicolás Ricardo Márquez Mejia eurent une influence considérable sur la formation et la vocation du jeune Gabriel Garcia Marquez. Il naît dans leur village à Aracataca [1] le 6 mars 1927 et, quand deux aux plus tard, ses parents partent à Barranquilla ouvrirent une pharmacie, le tout jeune garçon resta avec ses grands-parents.

 

Le grand-père qu'il appelait "papa Lelo", représentait pour lui une figure emblématique, un "vrai" colonel combattant dans le camp libéral pendant la guerre des mille jours (guerra de los Mil Días), [2] une espèce de héros respecté dans sa communauté. C'était aussi un homme aux fortes convictions qui dénoncera les atrocités commises pendant cette guerre par les deux camps, qui inculquera à son petit-fils ses valeurs morales, lui disant que le plus grand fardeau moral qu'un homme puisse porter sur ses épaules est de supprimer l'un de ses semblables.

 

Sa grand-mère aussi eut une grande influence dans un tout autre domaine qui a largement influencé son œuvre, à l'origine de ce réalisme magique, [3] base de la conception de ses romans, qui mêle la réalité des événements à un monde onirique et extraordinaire, un univers oximoral. [4] Sa maison regorgeait de fantômes, de superstitions de fantastique, qu'elle traitait de manière parfaitement naturelle et considérait comme autant d'évidences. Il aimait sa façon impassible de raconter les histoires les plus invraisemblables, qu'on retrouve dans maintes nouvelles qui se passent dans le village fictif de Macondo et surtout dans l'un de ses romans les plus célèbres "Cent ans de solitude".

 

Une autre histoire concernant ses parents l'influence aussi assez fortement. Un pauvre métis, son père Gabriel Eligio, passant de plus pour un fieffé coureur de jupon, était tombé amoureux de la belle Luisa Santiaga et s'était mis en tête d'épouser au-dessus de sa modeste condition, ce qui n'était pas du goût du père de la promise. Mais à force d'entêtement, de sérénades romantiques, mots doux et poèmes d'amour, le père finit par se laisser convaincre et, contre son gré, donna sa fille au prétendant. Un conte de fée d'une histoire tragi-comique qui confinait au réalisme magique. Cette histoire familiale marqua tant leur fils qu'il l'adaptera plus tard pour écrire son roman "L'amour au temps du choléra".

 

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G. Garcia Marquez enfant                  Fin des années 50                      Fin des années 90

 

Ce grand-père qui a beaucoup compté pour lui, fait une grave chute d'une échelle et meurt 2 ans plus tard en mai 1937. Le jeune garçon part alors vivre avec ses parents à Barranquilla sur la côte caraïbe. Quand en novembre 1939 ses parents s'installent un peu plus loin à Sucre, lui reste à Barranquilla poursuivre ses études au collège San José. En 1943, toujours pour ses études, il part au lycée national de garçons de Zipaquirá [5] puis à la faculté de droit de Bogota. A la suite de la fermeture de l'université, [6] il s'installe dans la ville de Carthagène [7] mais il préfère la littérature au droit et le hasard veut qu'il trouve un emploi de chroniqueur au journal El Universal. De retour à Barranquilla, il fait la connaissance d'un collectif d'écrivains et de journalistes connu sous le nom de groupe de Barranquilla, notamment d'Alfonso Fuenmayor, rédacteur adjoint du journal El Heraldo. [8]

 

Au début des années 50, il commence à publier, [9] très influencé par l'univers de Faulkner puis s'établit à Bogota où il devient journaliste d'investigation, stigmatisant les autorités au sujet d'un glissement de terrain à Medelin ou l'histoire des marins du bateau de guerre Caldas tombés à la mer lors d'une tempête imaginaire. [10] A la suite de cette affaire, il partira en Europe comme correspondant en décembre 1955, officiellement pour couvrir la conférence qui s'ouvre à Genève sur la paix internationale et la sécurité.

 

Dans Vivre pour la raconter, son autobiographie, livre sur son enfance et sa jeunesse, il a écrit en exergue : "La vie n'est pas ce que l'on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s'en souvient."

 

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G. Garcia Marquez à Barranquilla                                       Sa maison de Carthagène

 

Références bibliographiques

  • "Cent ans de solitude" (Cien años de soledad), éditions du Seuil, traduction Claude et Carmen Durand, 437 pages, 1968
  • "L'automne du patriarche" (El otoño del patriarca), éditions Grasset, traduction Claude Couffon, 1976
  • "Chronique d'une mort annoncée" (Crónica de una muerte anunciada), éditions Grasset, traduction Claude Couffon, 1981
  • "L'Amour aux temps du choléra" (El amor en los tiempos del cólera), éditions Grasset, traduction Annie Morvan, 1987
  • "Vivre pour la raconter" (Autobiografía,Vivir para contarla), éditions Grasset, 602 pages, octobre 2003

 

Notes et références

  1. Village colombien situé sur le côté caraïbe, à l'entrée du parc national de Santa-Marta, entre Barranquilla sur la côte et la ville de Valledupar vers la frontière vénézuélienne
  2. Guerre civile entre conservateurs et libéraux entre 1899 et 1902, guerre très meurtrière qui fit perdre à la Colombie sa province de Panama
  3. Courant littéraire de la littérature latino-américaine du XXe siècle faisant cohabiter réalisme et irrationnel, qu'on trouve en particulier chez des écrivains tels que Gabriel Garcia Marquez, les Mexicains Carlos Fuentes et Juan Rulfo ou les Argentins Adolfo Bioy Casares et Julio Cortázar
  4. Oximore : expression contenant dans les termes mêmes des éléments antithétiques ou antinomiques comme dans "clair obscur" ou "réalisme magique"
  5. Cité au nord de Bogota, surtout connue pour sa cathédrale construite dans les anciennes mines de sel
  6. Après l'assassinat du leader Jorge Eliécer Gaitá le 9 avril 1948 et aux graves émeutes qui ont lieu ensuite, l'université est fermée sine die
  7. Cité sur la côte caraïbe, au sud de Barranquilla
  8. Egalement de Ramon Vinyes, le vieux catalan libraire de Cent ans de solitude
  9. En particulier son premier roman Des feuilles dans la bourrasques publié en 1955
  10. Publié en 1970 sous le titre Récit d'un naufragé

 

Voir aussi :

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:57

Federico Garcia Lorca à Grenade


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Avec son frère francisco en 1918  Garcia Lorca avec Dali et Bunuel

Federico Garcia Lorca homme de tous les talents, peintre, pianiste et compositeur, choisit finalement l'écriture, le théâtre au début puis devint le poète considéré comme le plus doué de sa génération, surtout après la parution de son recueil Romancero Gitano en 1928.

 

Il naît dans une famille aisée le 5 juin 1898 dans cet extrême sud espagnol, but ultime de la "Reconquista", qui l'a beaucoup influencé et qui restera son port d'attache, à Grenade entre la maison natale de Fuente Vaqueros et la maison familiale de San Vicente où il aimait passer ses vacances.

 

Son séjour à Madrid dans les années 1920 ne lui sera guère bénéfique. Il va abandonner rapidement son expérience théâtrale après le cuisant échec de sa pièce El malefico de la mariposa (Le maléfice du papillon) et verser dans une dépression tenace, supportant de plus en plus mal son homosexualité et sa rupture avec son ami Salvador Dali.

Écrivant en pensant à son enfance « on revient de sa jeunesse comme d'un pays étranger, » il restera toujours attaché à son terroir andalou et à la région de Grenade où s'est formé en grande partie sa sensibilité d'artiste et de poète.

 

San Vicente, la maison de famille
Revenant chaque année passer la saison estivale, il y écrira, surtout dans la décennie 1926-1936, des œuvres importantes comme Noces de sang et Pleur pour Ignacio Sanchez Mejias.

Cette résidence familiale située à la Vega de Grenade est maintenant une maison-musée qui a largement conservé son aspect initial. On peut y voir nombre d'objets ayant appartenu à Garcia Lorca, des manuscrits et des photos bien sûr mais aussi des dessins et des tableaux.

 

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Fuente Vaqueros, sa maison natale
Sa maison natale au paseo de la Reina a aussi fait l'objet d'une belle restauration pilotée par la 'Diputation' de Grenade. Cette demeure fut à l'origine une ferme traditionnelle de la région de Grenade, construite en 1880 par son père Federico Garcia Rodriguez.


Devenu veuf, il se remarie avec donna Vicenta Lorca Romero et Federico y naîtra en 1898 et y passera toute son enfance, conservant de nombreux documents du poète ainsi que des objets et des outils lui ayant appartenu. Rachetée en 1982 et devenue une ferme-musée, son grenier a été aménagé en salle d'expositions et un centre d'études consacré au poète a également été ouvert.

 

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Informations complémentaires

  • Federico Garcìa Lorca, "La maison de Bernarda Alba et Noces de sang", Traduction Marcelle Auclair, André Belamich, Gallimard/Folio n° 282, 251 pages, 1973 (édition de poche), isbn 2070339068
  • Ian Gibson, "Le Cheval bleu de ma folie - Federico Garcia Lorca et le monde homosexuel", traduction de Gabriel Iaculli, éditions Le Seuil, collection Biographie, 435 pages, mai 2011, isbn 978-2-02-101122-7

Quelques résumés de ses oeuvres

 


Noces de sang scene centre dramatique nl.jpg

- Noces de sang [1]
Lorca s'inspire d'un fait divers relaté en juillet 1928. Mais c'est seulement en 1931 qu'il commencera à composer sa pièce. Il la termine au cours de l'été 1932. Créée le 8 mars 1933 à Madrid où elle remporte un grand succès, acclamée pendant des mois à Buenos Aires, elle a fait le tour du monde et malheureusement son triomphe a obscurci tout le reste de l'œuvre de Lorca, en associant durablement pour la majorité son image à celle d'un auteur exclusivement andalou, folklorique. Non qu'elle manque de beauté : noble architecture, scènes admirables, mais elle trahit une excessive volonté de flatter le goût du public par sa frénésie déclamatoire et son lyrisme facile.

 

- La maison de Bernarda Alba
Parti d'un souvenir d'enfance qui l'avait beaucoup impressionné, Lorca s'était proposé de composer un simple "documentaire photographique" sans "une goutte de poésie". Mais son génie en a décidé autrement. Il a fait de La maison de Bernarda Alba, comme l'affirme son frère don Francisco, peut-être la plus poétique de toutes ses pièces. En déplaçant l'action du début du XXe siècle à la veille de la guerre civile dont les premiers crépitements se font entendre, il instaure un climat brûlant de revendications, de troubles sociaux qui s'étend aux domestiques exploités, à toutes les femmes dominées. La prose incandescente brûle toutes les fleurs du lyrisme. Et la poésie dès lors se nomme révolte.

  1. Image prise lors d'une représentation de Noces de sang par le Centre dramatique national espagnol

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 Statue et effigie de Garcia Lorca à Fuente Vaqueros
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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:30

Romain Rolland : "L'homme et son œuvre"

  <<<<<<<<<< Voir aussi La Vie de Tolstoï par Romain Rolland >>>>>>
       <<<<<<<<<< ainsi que Romain Rolland Biographie >>>>>>>>
  • Sommaire
  • 1- Romain Rolland et Stefan Zweig        2- Vers la maturité
  • 3- Les années difficiles                          4- Une œuvre fleuve : Jean-Christophe
  • 5- Colas Breugnon                                  6- La conscience de l'Europe
  • 7- De Clérambault à la non-violence 
1- Romain Rolland : sa vie, son œuvre par Stefan Zweig

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Cette biographie de Stefan Zweig, écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien, écrite en 1921 avec un additif sur la période allant de 1921 à 1929, est d'abord un vibrant hommage à son ami et maître Romain Rolland qu'il présente comme étant « des plus grands écrivains de la France actuelle. » 

 

La différence entre les dates de publication provient du décalage entre la version originale (Romain Rolland : Der mann und das werk) publiée en 1921 par Rütten & Loening de Frankfort et la traduction française publiée en 1929. De même, la version publiée par les Éditions Belfond en 2000 est la traduction de celle publiée en 1976 à Zurich. Cet essai biographique, publiée du vivant de Romain Rolland, ne couvre donc pas toute sa vie et son œuvre puisqu'il est mort en 1944 et que son 'roman-fleuve' L'âme enchantée n'était qu'à peine ébauchée au moment où paraît ce livre. Son intérêt tient surtout dans la présentation et l'analyse qu'en propose Stefan Zweig, grand admirateur et traducteur de Romain Rolland.

 

Ce qui intéresse Stefan Zweig dans cette biographie, c'est de montrer l'influence intellectuelle qu'a jouée Romain Rolland - pendant une grande partie de sa vie, depuis la parution de son œuvre maîtresse -en tout cas la plus connue- Jean-Christophe jusqu'à la fin des années trente. Mais elle éclaire aussi la figure de l'auteur dans ce qui les a réunis tous les deux : un pacifisme à toute épreuve qui a demandé à Romain Rolland en particulier un grand courage et une certaine idée de la culture européenne à une époque de nationalisme forcené.

2- Vers la maturité

L'enfance de Romain Rolland, c'est la découverte de la poésie et de la musique. A Clamecy, petite ville de la Nièvre en Bourgogne, où il naît et grandit, l'Allemagne évoque peu de choses sauf pour lui. Sa mère l'initie très tôt à la musique - il fut un excellent pianiste- et il découvre ainsi les grands compositeurs allemands, « amours, douleurs, désirs, caprices de Beethoven et Mozart, vous êtes devenus ma chair, vous êtes miens, vous êtes moi » écrira-t-il plus tard en souvenir de cette période.

Sa jeunesse, ce sont d'abord des amitiés, souvent fortes et durables, celle de Paul Claudel au lycée Louis-le-Grand puis Charles Péguy et André Suarès à l'École normale supérieure, son attirance pour des musiciens comme Richard Wagner et Berlioz, des écrivains comme Shakespeare et Spinoza. Puis vient une passion qui le tiendra toute sa vie pour Léon Tolstoï maître dont il publiera la biographie, un maître qui écrira à ce jeune inconnu une lettre fleuve de trente huit pages. A Rome, il rencontre une esthète distinguée Malwida von Meysenbug et c'est lors de promenades avec elle, d'abord sur le Janicule puis lors d'un visite à Bayreuth qu'il aura l'intuition de son œuvre majeure Jean-Christophe.

  3- Les années difficiles

Après son retour de Rome et le succès de sa thèse Histoire de l’opéra en Europe avant Lulli et Scarlatti, Romain Rolland devint musicologue, enseignant l’histoire de la musique à La Sorbonne. De part sa position universitaire et son mariage avec la fille du philologue Michel Bréal, il ouvre ses horizons, fréquente d’autres milieux, « son idéalisme gagne en force critique sans rien perdre de son intensité. » Il compose une série de drames dont beaucoup ne seront pas publiés, certains restant à l’été de projet, jusqu’en 1902 avec La Montespan. Romain Rolland y exalte la vie et l’enthousiasme, la volonté de surmonter obstacles et défaites. Ses héros, « à une époque de tiédeur, brûlent d’agir ». Déjà il se sent comme Schiller et Goethe, citoyen du monde souhaitant que « toutes les nations aient place sur notre théâtre. » C’est dans cet état d’esprit qu’il écrit cette symphonie en quatre actes qu’est le Théâtre de la Révolution entre 1898 et 1902 : Le quatorze juillet, Danton, Le triomphe de la raison et Les loups.

 

Démoralisé par les échecs de ses drames et son divorce, Romain Rolland se réfugie dans une petite chambre et, dans le doute et la solitude, il s’attelle à une nouvelle tâche : écrire la vie des hommes illustres. Il veut se ressourcer en quelque sorte, montrer ce qui fait leur grandeur, les difficultés qu’ils on dû surmonter et va choisir les hommes qui l’ont marqué : Beethoven et Léon Tolstoï bien sûr, puis Michel-Ange : « Les grandes âmes sont comme de hautes cimes… on respire mieux et plus fort qu’ailleurs. » Pour lui, la France vaincu en 1870 devrait prendre exemple sur des hommes comme Beethoven, « malheureux vainqueur de sa souffrance. » Beaucoup d’autres projets resteront à l’état d’ébauche ou de portée plus modeste (Victor Hugo, Hector Berlioz), Romain Rolland désespérant de susciter cet enthousiasme porteur qu’il prônait à travers ses biographies d’hommes illustres. C’est pourquoi il va se tourner vers un exemple qu’il va créer lui-même : Jean-Christophe.

  4- Une œuvre fleuve : Jean-Christophe

Cette œuvre, Stefan Zweig la présente comme « un pur artiste qui viendrait se briser contre le monde. » Européenne, elle a été conçue dans divers pays d’Europe : la Suisse, la France, l’Italie et l’Angleterre. Œuvre de longue haleine aussi : 17 cahiers conçus entre 1902 et 1912, près de 15 années de travail. Toujours selon Stefan Zweig, Jean-Christophe « explore l’âme humaine et décrit une époque : il fait le tableau en même temps que la biographie imaginaire d’un individu. »

Jean-Christophe emprunte beaucoup à Beethoven tout en étant un personnage multiforme et l’on retrouve tout au long du récit des éléments véridiques : la lettre écrite par Friedemann Bach, l’un des fils de Jean-Sébastien Bach, les références à la jeunesse de Mozart et son aventure avec Mlle Cannabich, des emprunts à la vie de Richard Wagner et à un musicien fantasque Hugo Wolff dont la biographie vient de paraître. Et en prime, Romain Rolland lui-même finit par se glisser dans le tableau à travers le personnage d’Olivier.

 

Stefan Zweig voit dans cette œuvre une « symphonie héroïque » où la musique et les musiciens occupent une place majeure, « il y a dans Jean-Christophe de petits préludes qui sont de purs lieder, de tendres arabesques… » Son style est celui d’un musicien qui se laisse porter par les mots et le rythme de la phrase. Au fil du temps, Jean-Christophe s’amende et bride ses ardeurs, « il s’aperçoit peu à peu que son seul ennemi, c’est sa propre violence ; il apprend à devenir équitable, commence à voir clair dans son cœur et à comprendre le monde. » Autant Jean-Christophe est un sanguin et un homme d’action, autant son ami Olivier est fragile et réfléchi. Ils sont si différents qu’ils en arrivent à se compléter. « Je veux garder, dit-il, au milieu des passions, la lucidité de mon regard, tout comprendre et tout aimer. » Olivier annonce ce que sera la position de Romain Rolland pendant la guerre : « La folie collective, la lutte perpétuelle des classes et des nations pour la suprématie lui sont pénibles et lui demeurent étrangères. »

 

Il y a aussi Grazia (la grâce), la beauté tranquille de la femme, qui rencontre Jean-Christophe Krafft, la force virile, Grazia le réconcilie avec lui-même. Mais lui le créateur reste seul et malgré cela, il pense « qu’il faut voir les hommes tels qu’ils sont et les aimer. » Pour Jean-Christophe, toutes les races, tous les pays –et en premier lieu les trois pays qui forment le noyau de l’Europe, la France, l’Allemagne et l’Italie –en affirmant leur originalité, contribuent « à entretenir sur notre globe une riche diversité. » La difficulté de la recherche de l’harmonie, réside dans le conflit séculaire des générations, chacun ne semblant rien apprendre de la précédente, Jean-Christophe voyant au loin arriver « les cavaliers de l’Apocalypse, messagers de la guerre fratricide. »

 5- Colas Breugnon

Après Jean-Christophe, cette œuvre monumentale, Romain Rolland ressent le besoin d’écrire quelque chose de plus léger, « intermède français de sa symphonie européenne », écrit Stefan Zweig. Colas Breugnon, son nouvel héros, simple artisan bourguignon, reste un bon vivant, un optimiste malgré les vicissitudes qu’il traverse, « il ne lui est rien que les âmes qu’il a créées. » C’est un message d’optimisme que Romain Rolland nous délivre à travers le destin tourmenté de son personnage : « Sa bonne humeur, son immense gaieté clairvoyant qui est aussi une forme, et non la moindre, de la liberté intérieure, l’aide à surmonter l’infortune et la mort. » Et il ajoute ce qui pour Romain Rolland est un véritable credo : « La liberté c’est toujours la raison d’être de tous les héros de Rolland. » Lorsque le livre parut à l’été 1914, ce sont les canons de la guerre naissante qui répondirent à son message de joie et d’espoir.

  6- La conscience de l’Europe

Jean-Christophe et les rêves de paix s’effacent brusquement quand la guerre le surprend à Vevey en Suisse sur les bords du lac Léman où il va fréquemment passer ses vacances. Pourquoi alors rentrer en France et prêcher dans le désert ? Il reste donc en Suisse et c’est de là dans le Journal de Genève qu’il lancera ses appels en faveur de la paix. Il est conscient et il le note dans son Journal que « cette guerre européenne est la plus grande catastrophe de l’histoire depuis des siècles, la ruine de nos espoirs les plus saints en la fraternité humaine. »

 

Son premier réflexe est de susciter un sursaut, une conscience européenne en écrivant à ses confrères, les écrivains Gerhart Hauptmann et Émile Verhaeren mais ne reçoit aucun écho positif, le premier trop impliqué et le second ulcéré par l’invasion de son pays la Belgique par les troupes allemandes et les destructions perpétrées. Pourtant il a écrit à Hauptmann, « j’ai travaillé toute ma vie à rapprocher les esprits de nos deux nations » et lui assure que les atrocités de la guerre ne parviendront jamais à « souiller de haine mon esprit. » Rien n’y fait, la guerre a eu raison de la conscience européenne et Romain Rolland, seul et infatigable, va lancer son cri de paix dans une série d’articles réunis ensuite dans deux volumes : Au-dessus de la mêlée et Les Précurseurs. Dans Au-dessus de la mêlée, l’article phare où il développe ses convictions, Romain Rolland déplore ce gâchis, cette jeunesse européenne « entraînée dans un « égarement mutuel », prêche pour un nationalisme pacifié,« l’amour de ma patrie ne veut pas que je haïsse, la haine entre peuples est entretenue par un minorité qui agit pat intérêt, les peuples ne demandaient que la paix et la liberté. »

 

Les articles suivants vont développer ces idées, les expliciter de Les idoles en décembre 1914 au Meurtre des élites en juin 1915, poursuivant un but précis : lutter contre la haine et en dénoncer tous les aspects. A ses détracteurs, thuriféraires de la guerre, il réplique « ces injures sont un honneur que nous revendiquons devant l’avenir. » Ses anciens amis l’abandonnent, il est mis au ban de la société. Ses nouveaux amis, dont le poète Pierre-Jean Jouve, le soutiennent comme ils peuvent, soumis à une censure implacable, isolés dans leur propre pays. Pendant la guerre, Romain Rolland entretien une correspondance considérable. A tous ceux qui lui demandent conseil, il les renvoie à eux-mêmes, fidèle au credo de Clérambault : « Qui veut être utile aux autres doit d’abord être libre. » La liberté toujours : « de belles âmes, de fermes caractères, c’est ce dont le monde manque le plus aujourd’hui. »

 

En pleine guerre, pendant l’année 1917, quand tous les journaux refusent ses articles, Romain Rolland écrit une farce satirique Liluli, qui met en scène des guignols grimaçants englués dans la guerre, deux princes de contes qui s’entretuent pour les beaux yeux d’une déesse ou si l’on veut, la France et l’Allemagne qui s’étripent pour la conquête de l’Alsace-Lorraine. Polichinelle, figure lucide et clairvoyante, est trop velléitaire pour se colleter à la Vérité. C’est une œuvre d’amertume aux accents douloureux dont Stefan Zweig dit qu’elle « dégage une ironie tragique dont Rolland se sert comme d’une arme défensive contre sa propre émotion. »

 7- De Clérambault à la non-violence

L’année suivante, il écrit une nouvelle Pierre et Luce, aux antipodes de Liluli, un amour tendre et charmant. C’est un rêve évanescent qui rachète un peu la terrible réalité, une parenthèse apaisante dans un monde de violence. Pour Romain Rolland aussi, c’est un moment privilégié où il puise des forces pour continuer son combat. Puis en 1920, paraît Clérambault, «histoire d’une conscience libre. » Pour Romain Rolland, c’est un roman-méditation, l’histoire d’un homme en lutte avec lui-même, qui lutte aussi pour rester un homme libre face à l’esprit de troupeau.

 

Agénor Clérambault est une espèce de Français moyen un peu romantique, plein de bonté, qui vit de façon harmonieuse entre sa femme et ses deux enfants. Mais la guerre donne un nouveau sens à s vie et il se fait « poète de guerre. » Sa prise de conscience, sa reconnaissance des préjugés collectifs, c’est la mort de son fils Maxime tué dans une offensive militaire, qui vont le provoquer. Il va alors en tirer les conséquences, « lutter pour conquérir sa liberté personnelle » écrit Stefan Zweig, et dénoncer avec courage la tragédie de la guerre, devenir « un contre tous » et « martyr de la vérité. » Clérambault désabusé, dira : « On ne peut pas aider les hommes, on ne peut que les aimer. » L’homme le plus simple peut être plus fort que la multitude, « pourvu qu’il maintienne fermement sa volonté d’être libre à l’égard de tous et vrai envers soi-même. »

 

La paix revenue, Romain Rolland reste mobilisé, écrivant une lettre émouvante au président Wilson et publiant un manifeste retentissant dans le journal l’Humanité. Il va ensuite se tourner vers l’Inde, surtout s’intéresser à un homme, le mahatma Gandhi, inconnu alors et qu’il contribue grandement à faire connaître, fasciné par la non-violence et l’invention de nouvelles formes de lutte.

 

Bibliographie

  • Biographies : La Vie de Beethoven (1903), Vie de Michel-Ange (1907), La vie de Tolstoï (1911), Gandhi (1924), Vie de Ramakrishna (1929) et Vie de Vivekananda (1930).
  • Drames historiques : Saint-Louis (1897), Danton (1899), Le Triomphe de la raison (1899), Le Quatorze Juillet (1902), La Montespan (1904), Robespierre (1939) et Péguy (1945).
  • Jean-Christophe (1904-12). Cycle de dix volumes répartis en trois séries, Jean-Christophe, Jean-Christophe à Paris et La Fin du voyage, publiés dans Les Cahiers de la Quinzaine
   L'Aube (1904). Premier volume de la série Jean-Christophe
   Le Matin (1904). Deuxième volume de la série Jean-Christophe
   L'Adolescent (1904). Troisième volume de la série Jean-Christophe
   La Révolte (1905). Quatrième volume de la série Jean-Christophe

<><><><> CJB Frachet - Feyzin - 14 janvier 2012 - <><><><><>   © • cjb •  ©  <><><><>
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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 14:19

La Vie de Tolstoï par Romain Rolland

<<<<<<<< Biographie de Romain Rolland sur l'écrivain Léon Tolstoï >>>>>>>
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La Vie de Tolstoï est une biographie critique de Léon Tolstoï écrite par Romain Rolland, prix Nobel de littérature 1915, publiée pour la première fois chez Hachette en 1921, en une version revue et augmentée en 1928 à l’occasion du centenaire de la naissance de Tolstoï puis rééditée en 1978 et en 2010 aux Éditions Albin Michel. [1] [2]

 

Cette biographie est d’abord un hommage de Romain Rolland à un auteur qu’il a aimé et estimé. « Cette grande âme » disait-il en l’évoquant. En trois ans, de 1885 à 1887, les grandes œuvres de Tolstoï sont traduites en français et publiées à Paris. « Jamais, s’exclame-t-il, une voix pareille à celle de Tolstoï n’avait encore retenti en Europe. »

Il va exercer alors une grande influence sur la jeune génération des intellectuels français, aussi bien pour l'originalité de ses idées que pour les fresques qu'il brosse de l'histoire russe à travers les deux œuvres maîtresses de la maturité que sont Guerre et Paix et Anna Karénine.


Romain Rolland et Tolstoï

 

1- Les débuts

Léon Tolstoï est un homme torturé qui ne s’aime pas. Déjà dans ses récits autobiographiques sur l’enfant et le jeune homme, « Adolescence » et surtout « Jeunesse », il se dépeint souvent de façon négative, se plaignant d’avoir « le nez si large, les lèvres si grosses, les yeux si petits [3], d’avoir un visage sans expression, des traits… sans noblesse. » [4] Il se juge sévèrement : « Mon grand défaut : l’orgueil. Un amour-propre immense, sans raison », avoue-t-il dans son Journal [5].

 

Écartelé, il joue tout à tour au stoïcien quand il s’inflige des tortures physiques et à l’épicurien quand il s’adonne à la m’avouer. « [6] En 1850, son rôle lui pèse et ses créanciers le harcèlent : il décide de rejoindre dans l’armée son frère Nicolas dans le Caucase. Il note dans son « Journal » les trois vices qui l’obsèdent :

 1) Passion du jeu – lutte possible
2) Sensualité – lutte très difficile
3) Vanité – la plus terrible de toutes

Il reste un être profondément religieux, le Caucase lui révélait « les profondeurs religieuses de son âme. » [7] En novembre 1854, il arrive à Sébastopol en Crimée pour faire la guerre à la Turquie, écrit le premier récit de « Sébastopol », une épopée sublime sur cette guerre, que les souverains goûtèrent fort dit-on. Deux autres récits suivront où l’héroïsme cédera la place à la peur des hommes et à l’horreur de la guerre. Le retour à la vie civile à Saint-Pétersbourg est difficile. Il éprouve du mépris pour ses confrères, Tourgueniev l’irrite. Ils se brouillèrent et Tolstoï mit vingt ans pour lui pardonner leur dernière dispute.

 

2- De Guerre et Paix à Anna Karénine

Il retourne dans son domaine à Iasnaïa Poliava s’occuper de ses paysans sans se faire beaucoup d’illusions sur la nature humaine, « sur ses faiblesses et sa cruauté. » [8]

 

En 1859, il écrit « Bonheur conjugal », « c’est le miracle de l’amour » : il épouse la jeune Sophie Behrs. Ce roman « se passe dans le cœur d’une femme… Avec quelle délicatesse », s’extasie Romain Rolland. Sa jeune femme est un soutien précieux, l’aide dans son travail de création, « elle réchauffait en lui le génie créateur. » Elle lui sert de modèle pour le personnage de Natacha dans Guerre et paix et celui de Kitty dans Anna Karénine. C’est dans cette ambiance paisible et familiale qu’il va écrire Guerre et paix (1864-69) puis Anna Karénine (1873-77).

 

Durant ces quelque douze années de sérénité conjugale, il donne ses meilleures productions. Même si pendant cette période, il est parfois pris de violents d’angoisse, comme cette nuit qu’il racontera dans « Le journal d’un fou' » (1883). Dans Anna Karénine, écrit Romain Rolland, Tolstoï a procédé de la même façon que pour Guerre et Paix en disposant autour d’une histoire centrale, « tragédie d’une âme que l’amour consume », les romans d’autres vies. Son intérêt réside aussi dans le portrait de Constantin Lévine qui est son incarnation. Tolstoï se projette dans son personnage, lui prête ses idées contradictoires, « son anti-libéralisme d’aristocrate paysan qui méprise les intellectuels, lui prête aussi sa vie à travers ses premières années de mariage et la mort de son frère Dimitri.

 

3- L'éloignement

« Je n’avais pas cinquante ans, écrit Tolstoï, j’aimais, j’étais aimé, j’avais de bons enfants, un grand domaine, la gloire, la santé, la vigueur physique et morale… Brusquement, ma vie s’arrêta. » [9] Les crises d’angoisse reviennent, qui le laissent dans un état de désespérance extrême, sans forces. Mais « un jour, la grâce vint… Il était sauvé. Dieu lui était apparu. »

 

Le mystique qu’il sera toute sa vie s’est imposé et, malgré sa condamnation du rôle de l’Église, il fait sien le message de l’Évangile. En 1882, il est à Saint-Pétersbourg pour le recensement et lui, l’aristocrate provincial, découvre la misère ouvrière de la grande ville. Il relatera cette expérience dans un essai au titre éclairant « Que devons-nous faire ? »

(1884-86) qui rejette loin derrière lui ses tourments métaphysiques. Ce tournant de sa vie, le retour du désespoir qu’il entraîne, l’éloigne de sa femme qui supporte de plus en plus difficilement ses difficultés, sa prostration. Pourtant, ils s’aiment toujours et elle lui écrit : « J’ai senti un tel accès de tendresse pour toi ! (Tout ce) qu’il y a en toi… éclairé par une lumière de compassion pour tous, et ce regard qui va droit à l’âme… Et cela n’appartient qu’à toi seul. » Belle preuve d’amour mais ils sont déjà trop loin l’un de l’autre pour qu’ils puissent se rejoindre.

 

4- Sa vision de l'art et de l'artiste

Dans Que devons-nous faire ? Tolstoï livre sa vision de l’artiste guidé par une force, un besoin intérieur, et son amour des hommes. Pour lui et dans le monde qu’il a sous les yeux, ils sont complices de l’inégalité du système actuel et de sa violence. Malgré les outrances dues à sa fougue, à ses certitudes, son essai Qu’est-ce que l’art ?, paru en 1897-98, il soutient que les savants et les artistes forment « une caste privilégiée comme les prêtres ». Pour être objectif, « pour voir clair », il faut s’en affranchir, mettre en cause ses privilèges, « se mettre dans l’état d’un enfant. »

 

Iconoclaste, il attaque un écrivain comme Shakespeare, publiant en 1903 un essai « Sur Shakespeare et le drame ». Mais prévient Romain Rolland, « quand Tolstoï parle de Shakespeare, ce n’est pas de Shakespeare qu’il parle, c’est de lui-même : il expose son idéal ». Tolstoï déplore que son époque dissocie l’art décadent des privilégiés et l’art populaire. Pour lui, le grand art doit tendre à réconcilier les hommes, « combattre par l’indignation et le mépris ce qui s’oppose à la fraternité. » Il donne l’exemple en écrivant ses Quatre livres de lecture, largement diffusés dans les écoles russes et ses « Premiers contes populaires. » [10]

 

5- Vers « Résurrection »

Á partir de 1884, Tolstoï va non seulement aligner nombre d’œuvres majeures [11], mais aussi changé de style. Il abandonne « l’effet matériel et le réalisme minutieux » et passe à une « langue imagée, savoureuse, qui sent la terre. » Son attirance pour le peuple lui fait goûter la beauté de la langue populaire, il aime parler avec ses paysans, « enfant il avait été bercé par les récits des conteurs mendiants. » En 1877, un conteur passe par Iasnaïa Poliana récitant des contes dont deux deviendront sous sa plume De quoi vivent les hommes ? et Les trois vieillards. (1881 et 1884) Il écrit un drame La puissance des ténèbres où nous dit Romain Rolland, « les caractères et l’action sont posés avec aisance. » [12]

 

La mort d’Yvan Iliitch est l’histoire d’un européen moyen de cette époque, un homme « vide de religion, d’idéal et presque de pensée, absorbé par sa fonction, dans sa vie machinale jusqu’à l’heure de sa mort où il s’aperçoit avec effroi qu’il n’a pas vécu. » Il découvre le mensonge qui l’environne, pleure son isolement et l’égoïsme des hommes. Sa vie aussi n’a été qu’un mensonge qu’il veut réparer avant qu’il ne soit trop tard. Petit rayon de soleil juste avant la fin.

La Sonate à Kreutzer est la confession d’une brute, un meurtrier taraudé par la jalousie. C’est une œuvre noire où il fustige l’hypocrisie, son héros Posdnichev s’élève contre l’amour et le mariage. Dans sa postface à La sonate à Kreutzer, Tolstoï écrira : « je ne prévoyais pas du tout qu’une logique rigoureuse me conduirait où je suis venu. »

 

6- Les années 1900

D'après Romain Rolland [13], Maître et serviteur (1895) est une œuvre de transition entre ses drames antérieurs et Résurrection. C'est l'histoire « d'un maître sans bonté et d'un serviteur résigné » qui sont surpris dans la steppe par une nuit de tourmente de neige et qui finissent par s'égarer. Le maître Vassili fuit d'abord, abandonnant Nikita son serviteur puis, pris de remords, il revient, se jette sur lui pour le réchauffer et le sauve. « Nikita vit, s'exclame-t-il ; je suis donc vivant, moi. » Il découvre ainsi la liberté dans la mort. [14]

 

De son livre Résurrection, il se dégage « le sentiment de l'écrasante fatalité » pesant sur tous, victimes et bourreaux. Tolstoï prête ses idées à son héros Nekhludov, prince riche et considéré, devant épouser une jeune femme qui l'aime et qui ne lui déplaît pas. Mais il rejette cette vie toute tracée, sa position sociale, abandonnant tout pour épouser une prostituée. Il continuera à se mortifier, même quand il apprend que sa femme, la Maslova, continue à se livrer à la débauche. Il veut à tout prix réparer une faute ancienne mais « Nekhludov n'a rien d'un héros de Dostoïevski.» Ce n'est qu'un homme ordinaire et médiocre, « le héros habituel de Tolstoï. »

 

À partir des années 1900, Tolstoï combat les évolutions qu'il constate dans la société russe. D'abord les libéraux dont les idées lui paraissent dangereuses, [15] qui parlent du peuple sans rien en savoir, « peuple, volonté du peuple. Eh, que savent-ils du peuple ? » Le socialisme n'est pas mieux loti, son but étant « la satisfaction des besoins les plus bas de l'homme : son bien-être matériel. » [16]

 

Lui croit à un nouveau christianisme « basé sur l'égalité et la vraie liberté. (La fin d'un monde) » Il se bat pour ses idées, pour que la terre appartienne à ceux qui la travaillent, défend ce qu'il nomme "le principe de non résistance", « ne t'oppose pas au mal par le mal » écrit-il à un ami en 1900. Cette conception chrétienne le rapproche de Gandhi qui prône une non violence active. [17] Il souffre pour ceux qui mettent en pratique ce précepte et sont persécutés par le pouvoir tsariste. [18]

 

Tolstoï quitta brusquement Iasnaïa Poliana le 28 octobre 1910 vers cinq heures du matin avec le docteur Makovitsky. Il passe au monastère d’Optina puis va voir sa sœur Marie au monastère de Chamordino. Ils en repartent pour se diriger vers Keselsk mais à la gare d’Astapovo, c’est là qu’il mourut en répétant : « Il y a sur terre des millions d’hommes qui souffrent ; pourquoi êtes-vous là tous à vous occuper du seul Léon Tolstoï ? »

Tolstoi.jpg

 

Bibliographie

  • Cahiers Romain Rolland n°24, Monsieur le comte, Romain Rolland et Léon Tolstoï, textes présentés par Marie Romain Rolland
  • Le journal de Valentin Boulgakov, dernier secrétaire de Tolstoï, Les œuvres libres, Éditions Arthème Fayard, 1924
  • 'Tolstoys Flucht und Tod' sur les derniers jours de Tolstoï, Eckstein-Fuelloep, Bruno Cassirer, 1925
  • Tolstoï, Henri Troyat, Paris, Hachette, collection Génies et Réalités, 1965
  • Confession, Léon Tolstoï, traduction Luba Jurgenson, Éditions Pygmalion, 1998, isbn 2-857-04559-X
  • Les Tolstoï : journal intime, Alexandra Devon, traduction Valérie Latour-Burney, Éditeur L’entretemps, 11/2006, isbn 2-912-87747-4

Références
[1] ISBN 2-226-00690-7
[2] ISBN 978-2-226-21863-6, avec une préface de Stéphane Barsacq
[3] Enfance (XVII)
[4] Jeunesse (I)
[5] Journal de Tolstoï, traduction de JW Bienstock
[6] Adolescence (XXVII)
[7] Lettre à sa tante Alexandra Tolstoï (3 mai 1859)
[8] Voir son Journal du prince D Nekhludov
[9] Extrait des « Confessions » (1879), tome XIX des Œuvres complètes.
[10] Voir Sur l’instruction du peuple(1862 et 1874), Quatre livres russes de lecture et Nouveau syllabaire (1875), Légendes pour l’imagerie populaire et Récits populaires (1885-86) Pour sa conception de l’art populaire, voir page 108 de cette biographie
[11] La mort d’Yvan Iliitch (1884-86), La puissance des ténèbres (1886), La sonate à Kreutzer(1889), Maître et serviteur(1895) et Résurrection
[12] Des caractères très fouillés : « Le bellâtre Nikita, la passion emportée et sensuelle d’Anissia, la bonhomie cynique de la vieille Matriona qui couvre maternellement l’adultère de son fils et la sainteté du vieux Akim à la langue bègue… »
[13] Voir biographie page 128
[14] « Et il sent qu'il est libre, écrit Romain Rolland, que rien ne le retient plus... Il est mort. »
[15] « La volonté collective d'une nation de plusieurs millions d'habitants par le suffrage universel, ne peut exister. (La fin d'un monde 1905-06) »
[16] Lettre au japonais Izo-Abe (1904)
[17] Voir Romain Rolland Mahâtmâ Gandhi pages 53 et suivantes
[18] Voir lettres à Ténéromo juin 1894 et à Gontcharenko 19 janvier 1905

<<<<<<<<<<< voir aussi Romain Rolland par Stefan Zweig >>>>>>>>>
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