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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 19:19

Les Cahiers Albert Camus est une collection d'ouvrages centrés sur l'écrivain Albert Camus parus à titre posthume, en huit volumes indépendants.

 

       

1- Présentation et contenu

Cette appellation de collection Les Cahiers Albert Camus regroupe deux sortes d'ouvrages. D'abord les deux ouvrages importants d'Albert Camus lui-même, La mort heureuse qu'il n'avait jamais voulu faire éditer sans doute parce qu'il ne le pensait pas assez achevé, mal construit et Le Premier homme, le roman (inachevé) qu'il était en train d'écrire quand il est mort.

 

Ensuite, deux ouvrages qui reprennent et commentent des textes d'Albert Camus, le premier centré sur ses écrits de jeunesse par Paul Viallaneix et le second sur la poétique de sa pièce Caligula dans la version de 1941' par A. James Arnold. Enfin, les trois livres qui reprennent ses écrits de journaliste,[1] respectivement dans Alger-Républicain, dans L'Express et dans Combat. Ceci est d'autant plus intéressant qu'aucune initiative de ce genre n'avait été prise jusqu'alors, certains articles ayant été repris ici ou là lors de publications.[2] Ils sont complétés par une étude dirigée par Jacqueline Lévi-Valensi, issue des travaux réalisés lors du colloque qui s'est tenu à Cerisy en 1982.

  • Liste des Cahiers Albert Camus : éditions Gallimard, collection Blanche et Folio pour tomes I et VII :
    • Tome I : La Mort heureuse (1971), roman, isbn 2070185567
    • Tome II : Paul Viallaneix, Le premier Camus suivi de Écrits de jeunesse d'Albert Camus
    • Tome III : Fragments d'un combat (1938-1940) -articles d'Alger-Républicain, mars 1978, isbn 2-07-029949-X [3]
    • Tome IV : Caligula, version de 1941, théâtre, La poétique du premier Caligula, Albert Camus et A. James Arnold, juin 1984, 189 pages, isbn 2070701832)
    • Tome V : Albert Camus, œuvre fermée, œuvre ouverte ?, actes du colloque de Cerisy, Raymond Gay-Crosier et Jacqueline Lévi-Valensi, juin 1982, Gallimard, février 1985, 386 pages, isbn 2233001508), Présentation
    • Tome VI : Albert Camus éditorialiste à L'Express (mai 1955-févier 1958), Albert Camus et Paul-F. Smets, septembre 1987, isbn 2070708993
    • Tome VII : Le Premier Homme (Gallimard, 1994 ; publié par sa fille), roman inachevé, isbn 9780783816012
    • Tome VIII : Camus à Combat éditoriaux et articles d'Albert Camus (1944-1947), Jacqueline Lévi-Valensi, éditions Gallimard, 2003, 745 pages, isbn 9782070759422, Présentation

Albert Camus a tenu tout au long de sa vie ce qu'il appelait des cahiers tout simplement parce qu'il utilisait des cahiers d'écolier pour prendre des notes sur ses préoccupations et sur son travail. Pour que ce soit plus clair, Francine Camus et Gallimard ont tenu à bien différencier ce qui est journal proprement dit, publié sous l'appellation de Carnets parus en trois tomes en 1962, 1964 [4] et 1989 et la collection Les Cahiers Albert Camus centrée sur des articles et des ouvrages non publiés et leur analyse.

 

2- Albert Camus éditorialiste à L'Express

            « Il faut parler le langage de tous pour le bien de tous. »
         --Lettre d'Albert Camus à son ami Charles Poncet le 13 octobre 1955--

Cet ouvrage est une présentation des 35 articles qu'écrivit Albert Camus pour L'Express entre mai 1955 et février 1958. Ces textes sont accompagnés d'un commentaire de Paul-F. Smets, auteur d'un livre sur Camus [5] et administrateur de la Société des études camusiennes. Il place en exergue cette citation de Camus : « J'ai un goût très vif pour la liberté. Et pour tout intellectuel, la liberté finit par se confondre avec la liberté d'expression. » [6]

 

Ces différents articles font une large part à l'actualité et d'abord à la guerre d'Algérie pour laquelle Camus s'engage dans des actions de paix avant de se mettre en retrait par rapport aux événements immédiats. Il traite des problèmes de société comme le racisme, la condition ouvrière, les libertés individuelles, la fin des idéologies ou la non violence, et de l'actualité politique (fonctionnement du parlement, la Grèce, l'Espagne franquiste, l'arme nucléaire...) mais il aborde aussi des thèmes comme « le métier d'homme» ou le génie de Mozart. Il se veut un homme de conciliation, « un homme de pardon et de justice » comme il dira de son ami Roger Martin du Gard dans la préface qu'il lui consacre pour l'édition de ses œuvres complètes à La Pléiade. Il vit cette époque comme un drame personnel, « drame de son existence, un mal terrible, une plaie inguérissable. » [7]


                        

 

Il va surtout s'exprimer sur l'Algérie -pas moins d'une quinzaine d'éditoriaux sur les 35 au total- , « Français de naissance et depuis 1940 par choix délibéré, je le resterai jusqu'à ce qu'on veuille bien cesser d'être allemand ou russe... » (18 octobre 1955) Il vit une tragédie antique dont il sera « le héros exemplaire et sublime » écrit son ami Jules Roy'. Sa dénonciation du colonialisme n'est pas récente. Déjà à l'époque d'Alger-Républicain, dans son reportage sur la Kabylie il dénonce les conditions de vie des habitants et la misère qui sévit. À cette époque, il avait un temps milité au Parti communiste et s'était rapproché du parti de Messali Hadj. De 1951 à 1954, Camus intervient à plusieurs reprises en faveur des nationalistes nord-africains.

 

L'arrivée de Camus à L'Express, c'est Jean Daniel qui en prit l'initiative et dont Camus confie à Jean Daniel des trois raisons qui ont le plus pesé sur sa décision :

 

- « Je suis solitaire dans mon époque. Je suis aussi comme vous savez solidaire d'elle et étroitement; »
- Le journalisme est pour lui la meilleure forme d'engagement, « à condition de tout dire; »
- Il veut participer au retour au pouvoir de Pierre Mendès-France seul homme politique selon lui à être un « véritable homme d'État » et à pouvoir agir efficacement en Algérie [8]. Mais il demeure lucide et sait bien que « Pierre Mendès-France à lui seul, arrangera tout. » De fait, le 30 décembre 1955, il soutiendra officiellement Pierre Mendès-France et ses candidats dans la campagne électorale qui s'ouvre dans son article intitulé Explication de vote.

 

3- Camus à Combat

 

Du printemps 1943 où il rejoint le mouvement de Claude Bourdet jusqu'à l'automne 1945, Albert Camus s'est battu pour une presse libre, d'abord dans le journal clandestin puis à la Libération. Si certains de ses articles ont été réunis en volume dès 1950, il restait encore à attribuer à Camus des dizaines d'articles non signés et à les replacer dans l'actualité de l'époque. C'est à cette tâche que s'est attelée Jacqueline Lévi-Valensi, [9] énorme travail que celui de retracer l'aventure intellectuelle d'un écrivain redevenu journaliste à l'occasion de la guerre et de la résistance. En définitive, entre le 21 août 1944 et le 3 juin 1947, c'est un total de 165 articles - signés, authentifiés, ou légitimement attribuables - qui ont été recensés.

 

Il participe activement à la rédaction de Combat, journal dont le titre fait écho au Mein Kampf d'Adolf Hitler. Les articles de l'année 1944 se veulent d'abord des textes de combat contre l'occupant et contre la Milice. Dans son premier éditorial, il annonce clairement son credo : « Nous voulons réaliser sans délai une vraie démocratie populaire et ouvrière. » [10]

 

À la Libération, Combat devient un quotidien dont Camus est le rédacteur en chef et il écrit : « Il a fallu cinq années de lutte obstinée et silencieuse pour qu'un journal, né de l'esprit de résistance, publié sans interruption à travers tous les dangers de la clandestinité, puisse paraître enfin au grand jour dans un Paris libéré de sa honte ». Ses éditoriaux portent alors sur la guerre et sur la situation dans le monde et l'épuration sera le départ d'une passe d'arme par plume interposée avec François Mauriac sur les notions de grâce, de pardon et d'apaisement entre un croyant et un athée, où il écrira : « Un pays qui manque son épuration se prépare à manquer sa rénovation. Les nations ont le visage de leur justice. [...] Ayant commencé par la résistance, ils (les Français) veulent en finir par la Révolution... » De la même façon, il affichera ses convictions et refusera obstinément de choisir entre le cynisme américain et l'idéologie soviétique.

 

Camus aborde dans ses éditoriaux tous les sujets liés à l'actualité de l'époque, et ils sont nombreux : la politique intérieure, avec les difficultés d'un gouvernement provisoire puis d'une république balbutiante, les idées issues de la Résistance qui essuient parfois de sérieuses contestations, les grands débats sociaux ou institutionnels qui agitent l'époque, la nouvelle constitution, la création de la Sécurité sociale..., l'épuration et les problèmes éthiques qu'elle pose, la politique étrangère, le rôle de l'ONU et la volonté de tout faire pour éviter une nouvelle guerre mondiale, la liberté -pour Camus, d'abord celle de la presse et pour lui surtout une politique coloniale libérale et l'obligation de doter l'Algérie d'un nouveau statut. Autant de domaines sur lesquels Camus ne se contente pas de simplement informer mais réagit tout en restant objectif, avec la volonté d'alimenter la réflexion de ses lecteurs.

 

  Camus et Louis Guilloux

 

Bibliographie

  • La Postérité du soleil, éditions Gallimard, collection Blanche, 2009, isbn10 : 2-07-012778-8), isbn13 :978-2-07012778-8
  • Albert Camus et René Char, Correspondance 1946-1959, éditions Gallimard, 2007, isbn 978-2070783311
  • Jacques Chabot, Albert Camus, la pensée de midi, Éditions Édisud, Centre des écrivains du sud, 2002,isbn 2-7449-0376-0
  • Camus de l’absurde à l’amour : Lettres inédites d’Albert Camus présentées par André Comte-Sponville, Laurent Bove, Patrick Renou, La Renaissance du livre, Paroles d’Aube, 2001

Voir aussi

  • Actuelles I, II et III (chroniques algériennes)
  • Les ouvrages qui reprennent sa correspondance avec ses amis Jean Grenier, Pascal Pia et René Char.

Notes et références

[1] ↑ Certains repris dans les Actuelles
[2] ↑ Plusieurs articles de L'Express ont été repris par Roger Quilliot lors de l'édition des œuvres complètes dans La Pléiade (volume 2)
[3] ↑ Contient les chapitres suivants : Alger Républicain(III), Combat pour la justice(IV), Combat pour l'Espagne Républicaine(V), Combat pour la vraie paix(VI), De la politique à la polémique(VII), Pour une éthique du journalisme (VIII)
[4] ↑ La partie 'voyages' du tome II est parue sous le titre Journaux de voyage
[5] ↑ Albert Camus, dans le premier silence et au-delà par Paul-F. Smets, éditions Goemaere, Bruxelles, 1985
[6] ↑ Citation tirée du tome II des Carnets, pages 141-142
[7] ↑ Citation tirée de La mer et les prisons de Roger Quilliot
[8] ↑ « En ce qui concerne l'Algérie, écrira-t-il, il est le seul à pouvoir inaugurer des solutions qui nous conviennent et qui respectent également les droits des Arabes et ceux des Français »
[9] ↑ Selon son éditeur Gallimard, cette édition est « établie par Jacqueline Lévi - Valensi qui, outre la recension des articles propose deux études : l'histoire de Combat depuis sa fondation dans la clandestinité, et une analyse des positions politiques et morales de Camus à travers ses éditoriaux et articles. »
[10] ↑ Voir l'article [http://www.planete-libertes.info/rescamu.htm De la résistance à la révolution

 

Liens externes

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 18:57

Essai biographique de Jean-Jacques Brocher sur Albert Camus

 <<< "Camus, philosophe pour classes terminales" de l'écrivain et journaliste Jean-Jacques Brochier >>>
          <<<<<<<<<<<<<<< publié en 1970 et réédité en 1979 >>>>>>>>>>>>>>>

        Camus et Brochier

Jean-Jacques Brochier se présente en digne successeur des existentialistes dans la querelle qui les a opposés à Albert Camus lors de la parution de L'Homme révolté. Il a d'ailleurs écrit un autre essai intitulé Pour Sartre : le jour où Sartre refusa le Nobel [1] où il montre toute son admiration pour le philosophe. Ce qui le trouble, c'est cette espèce de consensus autour de l'œuvre de Camus, c'est que, comme la plupart des grands écrivains juste après leur mort, il n'ait connu aucune période de purgatoire. [2]

 

La seconde question n'est pas nouvelle non plus puisqu'il s'agit de savoir si Camus, au moins pour une partie de son œuvre [3] , peut être ou pas classé parmi les philosophes. [4] C'est en fait dans le langage courant qu'on a pris l'habitude de parler de "philosophie de l'absurde" pour désigner la trilogie camusienne sur le thème de l'absurde. [5]

 

L'Homme révolté

Livre iconoclaste s'il en est, il remet en cause « l'invraisemblable succès de Camus dans l'enseignement secondaire, » un Jean-Marie Benoist par exemple, redécouvrant L'Homme révolté dix ans après la parution de ce livre-pamphlet. Jean-Jacques Brochier se réfère aussi à Pierre-Henri Simon dans sa critique et son approche de Camus. [6] Dans l'œuvre de Camus, il s'intéresse d'abord à l'aspect philosophique -étiquette que Camus a toujours récusée [7] - soutenant qu'il n'apporte qu'une version modernisée de Descartes.

 

Paradoxe apparemment : les soviétiques l'aimèrent beaucoup alors qu'il était plutôt anti-soviétique, les chrétiens s'y reconnaissaient alors qu'il était athée. On répugne même à l'attaquer franchement à propos de La Chute où il se serait largement inspiré d'un livre de Jean Lorrain, Monsieur de Bougrelon. [8] Que lui reproche donc avec cette véhémence Jean-Jacques Brochier ? D'abord, il ne gêne personne, contrairement à un Gide qui « contestait réellement la société. » Jean-Paul Sartre depuis leur brouille a la dent dure, lui reprochant de ne rien entendre à Heidegger, Brochier traitant de son côté L'Homme révolté de 'canular'. En fait ses références sont les mêmes qu'un temps de la grande polémique avec Sartre et Francis Jeanson.

 

De la critique de L'Homme révolté sourd cette critique que Camus n'est pas compétent pour parler philosophie. Il chercherait aussi « désespérément une inexistante troisième voie. » Derrière les critiques d'un Camus refusant autant la dialectique qu'une certaine vision de l'Histoire ou « la politique du tout ou rien, » c'est surtout "l'homme de la mesure" qui est visé, celui qui écrit que la « logique extrême de l'histoire la mène à se transformer en crime objectif. » [9] Ceci permet de ranger Camus parmi les réactionnaires qui, dans la nostalgie de sa terre natale, veut s'élever vers une "pensée solaire" [10] qu'il pense pouvoir constituer un équilibre entre la condition humaine et sa communion avec la nature [11] . Pour lui, l'aspiration à cet équilibre ne constitue pas une solution de facilité mais « l'intransigeance exténuante de la mesure. » Brochier nous renvoie alors à Sartre, contestant, matois, supérieur, les compétences de Camus. [12]

Camus et la politique

Dans ce chapitre, il n'est plus seulement question de l'œuvre mais de l'homme lui-même. Jean-Jacques Brochier, fidèle à ses idées [13] et à ses objectifs, considère Camus comme un 'mou', rappelant en quelques phrases son action dans la Résistance ou à la tête de Combat, insistant sur son refus de signer la pétition en faveur de Henri Martin et sur son attitude 'neutraliste' sur l'Algérie. Il lui reconnaît quand même quelques mérites, passant rapidement sur la lutte constante de Camus contre toutes les formes de dictatures. [14]

 

Citant toujours Sartre disant à Camus « vous vous prenez pour la morale, » il soutient que sur l'affaire algérienne Camus était contre l'indépendance, loin d'être aussi déchiré qu'il le laissait paraître. Il lui dénie d'être « une belle âme écartelée », lui le pied-noir qui rejetait la violence radicale de chaque bord, et d'être un homme de gauche qui faisait ainsi le jeu de la réaction.

 

Brochier lui reproche surtout de « confondre morale et politique », ce que Camus revendiquait hautement et a toujours défendu dans ses éditoriaux, que ce soit dans Combat ou plus tard dans L'Express. Ce refus de choisir qu'il lui reproche, pour Camus de renvoyer dos à dos idéologies communiste et libérale, serait une manifestation de sa morale kantienne [15] et à une certaine morale chrétienne du "tu ne tueras point." Il est vrai que pendant la guerre d'Algérie, Camus cherche une solution politique problématique alors que Brochier fait partie « de ces intellectuels de gauche qui se rangent du côté du FLN. » Ce qui les oppose, c'est le recours à la violence que Camus ne peut admettre, lui qui luttera avec constance contre la peine de mort alors que pour Brochier la politique est violence et toute révolution se fait dans le sang. [16] Camus opposerait ainsi morale et politique avec une grande naïveté, Marx et Descartes, refusant un manichéisme que Brochier défend volontiers. [17] Pour Camus, le totalitarisme, c'est quand l'idéologie tient toute la place, qu'elle occupe tourtes les sphères de la société. [18]


Les romans et l'homme révolté

Les romans

   41 L'Étranger

L'Étranger, « ce roman pour sous-alimentés » écrit-il, croule sous les sentiments, la morale qu'il considère comme « un divertissement de salon passablement réactionnaire, » un roman psychologique [19] alors que Sartre lui-même en a dit grand bien. [20] Brochier n'y voit aucune forme de vraie communication, Meursault confronté à lui-même, l'omniprésence de la nature, « la plage, le rocher, le soleil... les ruines de Djemila écrasées sous le soleil. » [21] Il y décèle un complexe de supériorité d'un Camus qui ne livrerait de son héros que ce qu'il voudrait bien livrer, plus subtil en ce sens que ceux qu'il considère comme ses alter ego Mauriac et Saint-Exupéry.

   42- La Chute

'La Chute est pour Brochier le meilleur livre de Camus par le souffle tragique qui le traverse et de par sa structure respectant les 3 unités de temps, de lieu et de style. [22] Clamence parvient à se couler dans le moule de la société pour mieux exercer cette espèce de domination morbide qui lui permet de continuer à vivre. Cette passion des apparences, pour mieux nier ceux qu'il oblige, a longtemps été le moteur de sa vie. Mais cette construction est fragile, affaiblie par des signes avant-coureurs comme cet éclat de rire inextinguible qui retentit en pleine nuit.

Sa solution, c'est de s'accuser, de se frapper la poitrine pour mieux assurer sa domination, dominer ceux qui s'illusionnent et n'ont pas ce courage, pour mieux les juger à son tour ainsi il sera un juge-pénitent trouvant son salut dans une volupté masochiste. Il rêve de finir ainsi sa « carrière de faux prophète qui crie dans le désert et refuse d'en sortir » [23] dans une apothéose de martyre. C'est ainsi que Brochier analyse l'itinéraire de Clamence à qui il reproche la possibilité d'être sauvé, enlève au roman sa cohérence, même s'il en reconnaît la rigueur et la maîtrise. [24] Pour lui, la réussite de La Chute tient à ce que Camus ait évité ici deux écueils qui grèvent L'Étranger : la morale t la psychologie.

   43- La Peste

Pour Brochier, La Peste n'est qu'une accumulation de bons sentiments réalisant au moment où il paraît en 1947 un consensus sur la dénonciation de la symbolique fasciste. Les principaux personnages, le docteur Rieu, Tarrou, manquent d'épaisseur, pleins de bons sentiments comme le bon docteur, ce « médecin au grand cœur », et les situations sont 'plaquées' comme des scènes de théâtre. Il considère Camus « plus un écrivain de la réflexion qu'un écrivain de la description. » Il trouve le Révérend père Paneloux trop lisse et trop net, lui qui rencontre la paix dans la souffrance et la mort, suivant son propre chemin de croix dans sa lente évolution.

 

Les personnages sont décidément trop caricaturaux, Paneloux doit bien avoir aux tréfonds de son âme quelque noirceur inavouable. Il ne peut supporter 'l'angélisme' de Camus, le dépassement des hommes dans le malheur comme lui-même l'a vécu au temps de la Résistance. [25] Il considère La Peste comme une version affadie de La Condition humaine, dépourvue de cette violence lyrique qui en fit une référence générationnelle. [26] Il voudrait des personnages plus agressifs, qui passent leur temps à s'entredéchirer plutôt qu'à s'entraider pour mieux lutter contre la peste.

 

Il y a dans cette analyse tous les présupposés de Brochier : ce livre est trop "moral", il ne privilégie pas assez l'action à la manière d'un roman policier, il est trop 'psychologique', trop consensuel, « ne gène personne » et n'est pas assez 'dérangeant'. Bref, il est tout ce que l'auteur de ce pamphlet déteste en littérature, étonné de se sentir aussi isolé dans les positions qu'il prend à l'égard de Camus.

Camus et le théâtre

Camus et le théâtre, c'est une grande histoire d'amour où il a d'ailleurs obtenu plus de succès avec ses adaptations [27] qu'avec ses propres pièces. Seul Caligula trouve grâce aux yeux de Jean-Jacques Brochier. [28] Ce qui l'attire dans cette pièce, outre la rigueur de sa construction, c'est sa « grandeur métaphysique bouffonne indéniable. » Mais derrière le bouffon, cet empereur qui cherche la liberté absolue à travers son pouvoir absolu, se cache aussi une douleur existentielle absolue qui le conduira au pire. Au-delà des sentiments qu'il ne prise guère, Brochier préfère l'humour grinçant de « personnages négatifs. »

 

Le Malentendu est puisé dans la réalité d'un fait divers [29] : un fils prodigue revient incognito vingt ans après dans l'auberge tenu par sa mère et sa sœur. Elles vont le dépouiller et le tuer avant qu'il ne puisse révéler sa propre identité. [30] Drame du destin là aussi, autant que d'une communication impossible. Brochier déteste ce théâtre de démonstration hésitant « entre un faux réalisme et un esthétisme délibéré. » [31]

 

Les Justes aussi sont tirés d'une histoire vraie, de la réalité historique russe. [32] C'est Camus lui-même qui la présente : « En février 1905 à Moscou, un groupe de terroristes appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l'ont précédé et suivi font le sujet des Justes. » Outre la question de la légitimation du meurtre, le dilemme des comploteurs Kaliayev, Dora Brillant et les autres est de savoir s'ils acceptent de tuer aussi l'enfant qui accompagne ce jour-là le Grand-duc Serge. Pièce donc éminemment morale et moralisante, bâtie sur la psychologie des personnages, ce que Brochier ne peut admettre, lui qui ne croit qu'à l'action et aux personnages définis uniquement par leurs actions, qui ne sont que ce qu'ils font.

 

La dernière pièce L'Etat de siège est une mise en situation de La Peste dont l'un des personnages s'appelle d'ailleurs La Peste, et une dénonciation du franquisme. Elle peut déconcerter par les moyens scénographiques qu'utilise Camus (monologue lyrique, chœur, farce) mais Brochier lui reproche surtout d'être une démonstration -pas même pédagogique- « qui oscille sans cesse entre l'opéra et la parabole. » [33]

 

Cette incompréhension vient du fait qu'ils ont tous deux une conception opposée du théâtre, la longue pratique que Camus a du théâtre aussi bien comme acteur à ses débuts, auteur, adaptateur ou réalisateur n'atténue en rien les griefs de l'auteur. Mais Jean-Jacques Brochier n'écrit-il pas dans sa conclusion qu'il « reste du droit de la critique... de ne faire intervenir que ce qui convient à sa thèse. »

 

Info complémentaires
Bibliographie

   Bio et citations
   Camus philosophe ?
   Voir aussi ma fiche : Camus l'intouchable Polémiques et complicités, Jean-Luc Moreau, Éditions Écritures, 2010

Annexe
Elle renvoie aux extraits de textes placés à la fin de l'ouvrage :

   Jean-Claude Brisville, Camus, éditions NRF ---- Jean Grenier, Albert Camus, éditions NRF
   François Bott, Le destin de Camus, magazine littéraire n°3 ---- Henri Bonnier, Les Nouvelles littéraires, 1970
   Jean-Paul Sartre, Réponse à Albert Camus, Situations IV, éditions NRF

Références

[1] Pour Sartre : le jour où Sartre refusa le Nobel, J.-C. Lattès, 1995.
[2] Voir l'article du Nouvel Observateur : Camus, nouveau philosophe ?
[3] De toute façon, n'a-t-il pas écrit dans ses Carnets « Si tu veux être philosophe, écris des romans ». (Carnets, tome I, 1936)
[4] « Aujourd'hui encore, écrit Julie Rieth dans Camus philosophe ?, l'enseignement secondaire s'empare de l'œuvre de Camus comme l'illustration d'une pensée Nietzschéenne, et oublie trop souvent de montrer que si L'Etranger ou La Chute subissent de toute évidence l'influence des lectures philosophiques de l'auteur, il n'en reste pas moins que c'est une pensée à l'œuvre qui se dégage du texte par la forme même de la fiction et s'autonomise dans un style qui lui est propre. »
[5] Dans Le Mythe de Sisyphe, il écrit qu'il n'est « ni le successeur de Nietzsche ou de Kierkegaard. »
[6] De Pierre-Henri Simon, voir : L'homme en procès: Malraux, Sartre, Camus, Saint-Exupéry et Présence de Camus [7] Voir en particulier Acuelles, tome II
[8] Pour plus d'informations, voir : http://www.kb.nl/bc/koopman/1926-1930/c25-fr.html
[9] Voir Jacques Chabot, Albert Camus, la pensée de midi, Éditions Édisud, Centre des écrivains du sud, 2002, (ISBN 2-7449-0376-0)
[10] Camus emploiera aussi les expressions "pensée méditerranéenne" et "pensée de midi"
[11] « Brochier se base en particulier sur cette citation de Camus : « Jetés dans l'ignoble Europe où meurt, privée de beauté et d'amitié, la plus orgueilleuse des races, nous autres méditerranéens vivrons toujours de la même lumière. »
[12] « Nous aurons au moins écrivait Jean-Paul Sartre, quelque chose en commun, Hegel et moi, c'est que vous ne nous aurez lu ni l'un ni l'autre. »
[13] Le 24 novembre 1960, alors qu'il est vice-président de l'AG des étudiants de Lyon, il est arrêté pour avoir soutenu la lutte en faveur de l'indépendance de l'Algérie
[14] Que ces dictatures soient de type fasciste, communiste, et c'est bien le sujet de discorde avec Jean-Jacques Brochier, ou franquistes. Voir ses prises de position dans Actuelles II
[15] « Considérer les autres comme un moyen et non comme une fin, » écrit-il
[16] « Camus passe son temps à prêcher cette non-violence masturbatoire » écrit-il page 73
[17] « Il est vrai qu'attaquer systématiquement le parti communiste pendant la guerre froide revenait à soutenir en France le parti néo-américain. »
[18] « Contre l'idéologie, il y a l'histoire et il y a autre chose, le simple bonheur, la passion des êtres, la beauté naturelle. ( phrase de Camus reprise dans le livre) »
[19] Roman psychologique qu'il oppose à un Dostoïevski métaphysique et à un Kafka réaliste
[20] Voir Situations I, « Sartre admirait L'Étranger pour ce qu'il était pensait-il, un roman du comportement » concède l'auteur page 105
[21] Est-ce une confusion de l'auteur : des ruines écrasées de soleil renvoient plutôt à Tipasa qu'à Djemila (la premier nouvelle de Noces et non la deuxième
[22] Les 5 récits des 5 journées de de Jean-Baptiste Clamence pour le temps, la ville d'Amsterdam pour le lieu et le monologue du héros pour le style
[23] À rapprocher de la nouvelle Le Renégat ou un esprit confus du recueil L'Exil et le Royaume, long monologue là aussi, d'un missionnaire chrétien au Sahara qui va vivre le martyr infligé par ceux qu'il voulait sauver.
[24] « cette réserve faite, et elle est capitale, reconnaissons que La Chute est remarquablement écrit et que le personnage a une force de conviction certaine. »
[25] Brochier préférant des personnages plus retors, se référant au livre de Paul Nizan, un proche de Sartre, Le cheval de Troie.
[26] Césure classique chez Brochier pour qui « Malraux écrit des romans politiques, donc métaphysiques, alors que Camus réduit la politique à la morale.» Mais au juste, de quelle métaphysique s'agit-il Amélie Nothomb ne parle-t-elle pas de Métaphysique des tubes ? (NDLR)
[27] En particulier Requiem pour une nonne d'après Faulkner et Dévotion à la croix d'après Calderon (citées par Brochier)
[28] Dans l'esprit de l'auteur, c'est logique : Caligula est une pièce comme il les aime, âpre, violente, où les personnages sont voués à leur destin
[29] Il est curieux que Brochier parle « d'une intrigue dont l'invraisemblance est flagrante. » (NDLR)
[30] On a retrouvé dans les documents de Camus la coupure de presse qui narrait cette navrante histoire
[31] Il lui trouve curieusement une sécheresse de ton voulue d'abord, et ensuite « un ton sentencieux ou exagéré. »
[32] Camus y reviendra assez longuement dans un chapitre de L'Homme révolté
[33] Dans sa conclusion, il écrit que Camus « n'est qu'un raconteur de paraboles. »

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 09:59

Michel Onfray et Albert Camus


    

 

1- Le regard du philosophe Michel Onfray sur les relations entre Albert Camus et le monde libertaire

Référence : Michel Onfray : "Albert Camus est un libertaire irrécupérable", le Nouvel Observateur du 13 novembre 2011.

 

Ce qui a fait réagir Michel Onfray, c'est cette idée du président Sarkozy, qu'il trouve saugrenue, de transférer Albert Camus au Panthéon. Ce n'est pas d'aujourd'hui que Michel Onfray s'intéresse à Camus et il avait déjà proposé dans La pensée de midi, un essai paru en 2007, ce qu'il nommait une « archéologie de la gauche libertaire », en le plaçant dans la logique de Georges Palante et de Jean Grenier. [1] L'énorme popularité de Camus, c'est d'abord pour les passions idéologiques qu'il dénonçait alors, en particulier dans L'Homme révolté ont largement disparu pour mieux révéler sa grande lucidité ; "Aujourd'hui, l'Histoire lui a donné raison."

 

Si l'on définit le terme "philosophe" comme un écrivain " qui propose une vision du monde et vit à la hauteur de cette vision", alors Camus avait cette vision philosophique dans son "hédonisme tragique". L'actualité de Camus, c'est son refus de la violence révolutionnaire et des systèmes qui, par leur conservatisme, permettaient qu'elle existât. Camus a rejeté aussi bien le capitalisme et ses formes de libéralisme ou d'économie de marché qui règne avec son danger de déshumaniser toute politique et les dictatures de droite comme de gauche qui niaient la justice et la liberté."La justice sans la liberté, c'est la dictature ; la liberté sans la justice, c'est la loi du plus fort : il voulait la justice et la liberté, ce qui faisait de lui un libertaire..." L'intérêt actuel pour Camus, qui ne se dément pas, s'explique sans doute parce qu'il pensait au-delà des fractures classiques en visant "la justice sociale incarnée et non l'idée de justice" ; ainsi, il ne relève pas de la politique qu'elle soit stratégie ou spectacle, rétrograde ou idéaliste comme celle des Normaliens mais, fidèle à lui-même et à sa pensée, prend place aux côtés des opprimés, des exploités, et autres victimes de l'Histoire...

 

 

2- A propos d'un Camus libertaire

La modernité de Camus, plus réelle que jamais, c'est la conclusion de Michel Onfray. Ayant choisi la "mesure de Némésis" de ce qu'il nomme "la pensée de midi", Camus a dénoncé les deux travers essentiels de son époques, ses deux traits caractéristiques : la conjonction des dictatures de droite et de gauche, aussi intransigeant pour les unes que pour les autres, dictature politique pour la gauche communiste confisquant les libertés, dictature économique de la droite qui vide la liberté de tout contenu et nie la justice sous couvert de loi du marché et de capitalisme.

 

De la même façon -ce qui lui faisant effectivement beaucoup d'adversaires sinon d'ennemis- il refusait le laxisme des sociétés bourgeoises favorisant en fin de compte la violence, le recours aux solutions extrêmes. Son "hédonisme tragique", selon l'expression de Michel Onfray, fait qu'il n'existe aucune liberté sans justice et aucune justice sans liberté. Ainsi les deux termes de la dialectique sont posés et l'on ne peut transiger ou "remettre au lendemain"...

 

Vouloir les deux, justice et liberté, c'est être libertaire selon Michel Onfray et "Camus est un libertaire irrécupérable", car dit ce dernier "sans "le goût de l'homme... le monde ne sera jamais qu'un immense solitude." Ce moraliste avait des principes -ce qui participe de sa modernité- qui l'amenaient à dénoncer et à rejeter la haine -on le lui a assez reproché à propos de l'Algérie- le cynisme et les compromissions.

 

3- Camus, Sartre et les nouveaux réacs

Référence : Michel Onfray : "Camus, Sartre et les nouveaux réacs", Le Monde du 30 avril 2011.

 

Michel Onfray voit comme un gâchis le temps que Camus a passé et même a perdu, à répondre aux nombreuses polémiques qu'ont suscité ses textes alors qu'il aurait pu écrire un essai sur le socialisme libertaire qu'il nous aurait ainsi laissé. Il a focalisé sur lui -surtout après la parution de L'Homme révolté -"toute la médiocrité de son et de l'époque mais peut-être aussi toute la médiocrité de la nature humaine" ajoute Michel Onfray. En tout cas, une convergence hétéroclite d'attaques de gens "de plumitifs misérables", qui lui reprochent d'être du côté des chrétiens ou des athées selon le cas, d'être trop à gauche ou pas assez, selon leurs convictions.

 

Se penchant sur son époque, Albert Camus déplore que la polémique ait remplacé le dialogue, "le siècle de la polémique et de l'insulte." La polémique est pour lui une façon de nier l'autre, de le simplifier à l'extrême pour l'intimider, de l'agonir d'insultes et de calomnies. De ce point de vue, Camus est plus que jamais d'actualité quand il dénonce et propose une "morale de dialogue". Dans cette époque de véritable guerre psychologique relayée, amplifiée par les médias, on est loin de Camus et de Voltaire qui écrivait : "Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je me battrai toute ma vie pour que vous puissiez vous exprimer."

 

Pour le moment, la conception sartrienne domine toujours "comme une imprégnation éthologique", dans la logique de ce que disait Simone de Beauvoir en 1955, que "ce n'est pas un hasard si la droite professe le pluralisme." Ce à quoi Camus répliquait dans Actuelles II, pensant à une gauche libre, que "si la vérité devait être de droite, alors je serais de droite." Il est urgent de renverser cette logique de haine, de terrorisme intellectuel qui ferait un peu reculer "le spectre des 'échafauds concrets'."

 

Références

 

[1] Jean Grenier, ancien professeur de philosophie de Camus au lycée d'Alger et que ce dernier considérait comme son maître. Voir aussi l'ouvrage biographique que Jean Grenier a consacré à Albert Camus.

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 15:13
                Teilhard de Chardin : Le Phénomène humain

Le Phénomène humain est un essai philosophique et théologique écrit par le père Teilhard de Chardin qui paru en 1965 et fut réédité aux éditions du Seuil en 1970.

 

   Pierre Teilhard de Chardin, SJ (1881-1955) Son oeuvre maîtresse "Le Phénomène humain"

Présentation

Pierre Teilhard de Chardin possédait plusieurs champs d'activité, d'abord , théologien et jésuite, ce qui lui a valu quelques déboires avec sa hiérarchie, il fut aussi un paléontologue et philosophe écouté et reconnu dans les années cinquante.

 

Le phénomène humain qu'on considère généralement comme son œuvre la plus importante et donne une bonne idée de sa pensée qu'il reprendra dans des textes ultérieurs, est développé autour de trois volets. Les deux premiers sont complémentaires en ce sens qu'ils partent de l'apparition de la vie au sein du minéral et l'apparition de la pensée au sein du vivant.

 

Le dernier traite de la pensée humaine dans une "noosphère", unifiant atmosphère et biosphère et convergeant vers un point unificateur qu'il appelle le "point Oméga". C'est ainsi dans ce chapitre qu'on passe d'un travail essentiellement scientifique au point de vue du théologien chrétien, prenant une option plutôt dynamique et positive dans le rôle de l'évolution.

 

Dans cette œuvre qu'il nomme lui-même une "Introduction à une explication du Monde", il estime que la pensée dans ce qui fait sa spécificité, ses capacités de recherche et de découverte, représente le centre des possibilités d'évolution et qu'il est alors vital d'étudier « ce que devient et exige l'homme. »

 

Comme il a écrit dans un autre livre Le milieu divin, [1] qui synthétise bien sa pensée, lui qui cherchait un principe générateur et unificateur au monde, un être transcendant « capable d'opérer dans sa plénitude la synthèse de l'Esprit, [...] (car) il il n'y a qu'une manière possible de s'aimer : c'est de se savoir "surcentrés" tous ensemble sur un même " ultra-centre " commun, en qui les êtres ne puissent parvenir qu'à l'extrême d'eux-mêmes, qu'en se réunissant.

 

Informations complémentaires

Bibliographie

  • "La Place de l'homme dans la nature", sous-titré le groupe zoologique humain, fait suite au *"Phénomène humain" et développe les mêmes thèmes, réédition Albin Michel, février 1996, collection Espaces libres, isbn 2226084967
  • "Sur le bonheur : Sur l'amour", réédition Le Seuil, collection Points Sagesses, mai 2004, isbn 2020324563, qui se présente surtout comme un témoignage
  • "L'Énergie humaine", réédition Le Seuil, collection Points Sagesses, octobre 2002, 236 pages, isbn 2020526433, où il fait allusion à une l'énergie cosmique soumise à l'influence des activités humaines qu'il répartit en trois catégories : L'énergie incorporée (la machine humaine), l'énergie contrôlée, prolongement de l'homme par des machines, et l'énergie spirituelle de nos affections et de nos volitions. [2]
  • Biographie de Jacques Arnould, "Teilhard de Chardin", éditions Perrin, janvier 2005, 389 pages, isbn 2-262-02264-X

Notes et références 

[1] "Le milieu divin", essai de vie intérieure, réédition chez Le Seuil, janvier 1998

[2] Ensemble des actions par lesquelles la volonté se détermine à quelque chose

 

Liens externes

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 14:40

Bête noire est un récit-témoignage écrit par l'avocat d'assises Eric Dupont-Moretti et Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire, sur les rapports entre le système judiciaire et la défense.

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Référence : Éric Dupond-Moretti et Stéphane Durand-Souffland, "Bête noire", éditions Michel Lafon, 248 pages, avril 2012, ISBN 274991616X

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La "bête noire", c'est lui et la réputation qu'il a dans le milieu judiciaire, celui qu'on appelle aussi "l'acquitator', [1] alors qu'il s'exclame dans le journal La Provence, « je défends des hommes, pas des crimes. » De même, il dira dans une interview à "L'Express", qu'il « n'attend pas la vérité d'un homme mais une version cohérente. »

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Comme le disait Eric Dupont-Moretti lors d'une interview à France-Inter en avril 2012, il ne cherche pas, avec la publication de ce livre, à s'opposer de quelque façon que ce soit au système judiciaire français ou à se justifier sur tel ou tel de ses engagements. Il rappelle ce qu'il a maintes fois répété sur les origines de sa "vocation", « J’ai décidé de devenir avocat à quinze ans. C’était le 28 juillet 1976 et j’avais entendu à la radio que Christian Ranucci, l’homme du "pull-over rouge", avait été exécuté à l’aube. Ce n’est pas le récit d’une vocation que je fais ici, mais d’une sorte de fatalité. Je suis condamné à plaider. » [2]

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Son travail tel qu'il l'entend, sa profonde conviction, consiste à défendre autant la présomption d’innocence que le droit – pour les criminels quels qu'ils soient – à une peine qui soit considérée comme juste et varie le moins possible d’une cour d’assises à une autre. Sans être contre les magistrats, il traite des insuffisances du système français, l’absence de la notion d’humanité dans leur serment, qui figure dans celui des avocats. [3]

A travers son expérience et ses souvenirs, les grands procès d’assises où il a plaidé, il dresse un portrait peu flatteur d'une justice guettée par l'erreur judiciaire ou plus simplement par les petits "arrangements", l'influence de tel ou tel magistrat, tout ce qui biaise la crédibilité d'un verdict.

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     Eric Dupont-Moretti

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Commentaires critiques
« Eric Dupond-Moretti est un drôle de bonhomme. Il a un côté agaçant. Il peste contre l’absence totale de culture du doute en France, or lui ne semble douter de rien. Seul contre tous, il en veut à la terre entière - surtout à l’organisation judiciaire – et veut toujours avoir raison. Cela dit, c’est préférable quand on souhaite gagner ses procès. Son côté séduisant, c’est qu’il est franc, logique avec lui-même, rarement politiquement correct, et qu’il a, en plus, souvent raison, effectivement !. »
Yves Thréard, Le Figaro du 21 mai 2012

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« Eric Dupond-Moretti cite Claude Gueux, de Victor Hugo, qui narre l’histoire d’un détenu séparé de son compagnon - avec lequel il partageait son pain - par le directeur de la prison. Gueux tue ce dernier parce qu’il ne supporte pas cet arbitraire. «Hugo avait raison deux cents ans avant tout le monde», dit l’avocat. Lisez Claude Gueux. Vous en saurez un peu plus sur Dupond.. »
Didier Arnaud, Libération du 7 mai 2012

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Notes et références

  1. Voir son interview du 10 avril 2012 dans le journal du 13 heures de France2
  2. Peut-être aussi à cause de la mort de son grand-père en 1957, retrouvé le long d'une voie ferrée. Une mort restée inexpliquée, avoue-t-il dans la même interview
  3. Voir l'article "La présomption d'innocence est un leurre", Eric Pelletier et Anne Vidalie, L'Express du 5 avril 2012

Bibliographie
Christophe Perrin, Laurence Gaune, "Parcours d'avocat(e)s", éditions Le Cavalier bleu, 2010
Mathieu Aron, "Les grandes plaidoiries des ténors du barreau : Quand les mots peuvent tout changer", Editions Jacob-Duvernet, 274 pages, octobre 2010, ISBN 284724297X
Jacques Vergès, "Les Erreurs judiciaires", PUF, novembre 2002, 126 pages, ISBN 2130532225

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Liens externes
Vidéo France-Culture, Tête à tête avec Frédéric Taddeï
Dans-les coulisses de la Justice avec Dupond-Moretti

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 14:13


 
Référence : Roland Cayrol, "Tenez enfin vos promesses", éditions Fayard, janvier 2012, 224 pages, isbn 2213663165
 
Roland Cayrol, fondateur et ex-directeur de l’institut de sondage CSA, actuel directeur du Centre d’Etudes et d’Analyse -le Cetan- , conseil en stratégie et en communication, porte son regard d’homme d'expérience sur les relations difficiles entre les Français et leur classe politique. Des politiques, écrit-il qui sont « craintifs du peuple et vivant trop souvent à l’écart de ses préoccupations, dans une bulle pour privilégiés et selon des règles qui les mettent à l’abri du regard de leurs mandats ». Le jugement est sévère.

Selon son analyse, le système français est mal en point et éloignent les citoyens de la politique [1] : les problèmes sont récurrents, on en parle beaucoup sans jamais les traiter vraiment comme le cumul des mandats, les conflits d'intérêts, les privilèges, mainmise des élites sur le pays, qui perpétuent la domination d'une caste à caractère fortement masculin et bourgeois. [2]
 
Les Français n'ont plus guère confiance et constatent les liens étroits entre l'argent et la politique, les privilèges dont bénéficient leurs représentants. Mais la méfiance est à double sens, les politiques reprochant aux citoyens de rejeter des réformes portant nécessaires dans un monde en pleine évolution. Les élections qui approchent en ce début d'année 2012 seront-elles à la hauteur pour répondre à ces interrogations et définir des programmes qui sachent rassurer et apporter des solutions opérationnelles allant au-delà que des promesses électorales par nature difficiles à tenir.
 
Roland Cayrol pense que cette fois pour la présidentielle de 2012, les Français dans le contexte de la crise et parce qu'ils ont encore en tête l'épisode de 2002, préféreront voter utile dès le premier tour. [3] Mais les électeurs veulent aussi des réponses à leurs préoccupations immédiates, donc à la crise économiques actuelle et ne se satisferont plus de promesses électorales comme ils en ont l'habitude. [4]
 
Dans l'Express, Philippe Alexandre constate que Roland Cayrol regrette que les Français « optent majoritairement pour une dictature à la romaine mâtinée de suffrage universel ». Il n'apprécie guère la primauté d'un système présidentiel dont il dénonce les dérives et des hommes politiques qui parlent de rigueur et d'austérité mais « n'ont pas l'air de s'appliquer à eux-mêmes ce vertueux discours ».
 
Au fil des élections, Les Français ont pris plus d'autonomie, ce qui ne facilite pas la tâche des organismes de sondage, ce fonds réactif, surtout dans le vote de rejet, qui dit-il, « est dans nos tripes mais que condamnent notre intelligence et notre sensibilité,  » dilemme qui complique le choix de l'électeur. Aussi préconise-t-il des projets "sérieux", précis et chiffrés, dans des domaines comme par exemple la santé et les mécanismes de l'Assurance maladie, pour « savoir où l'on va. » [5] 

Dans ses dernières interviews, Roland Cayrol estime que les Français restent méfiants vis-à-vis des hommes politiques qui ont tendance à 'oublier' leurs promesses, à développer des slogans comme "produire français" sans analyse préalable et que l'événementiel a peu d'impact sur l'opinion publique comme par exemple les ventes d'avions 'rafales'. [6] Il fait aussi la différence entre un homme de parti comme François Copé et un homme d'opinion comme François Fillon.
 
La démocratie doit être avant tout tournée vers la bataille d'idées, pour trancher sur le fond et faire des choix essentiels. Les Français s'intéressent davantage à la nouvelle génération, est sensible aux signes que peut donner la classe politique, 'petits' signes comme la diminution des salaires ou plus significatifs comme la définition d'une charte de déontologie qui deviendrait opposable à terme.

Ce qui veut dire d'abord, faire une analyse de la société française et répondre à la question préalable : « de quoi a-t-elle besoin ? » [7] En cette période de crise durable, le principal souci des électeurs est de choisir le meilleur pour poser les bases d'une sortie de crise, au-delà des jeux de communication, des problèmes institutionnels et des promesses conjoncturelles. [8]
 
 
 
Notes et références 
 
[1] Il ajoute ce sous-titre significatif : "Essai sur les pathologies politiques françaises"
[2] Voir son livre "Le grand malentendu : les Français et la politique", où déjà en 1994, dans un contexte fort différent, son analyse rejoignait celle qu'il développe dans cet ouvrage
[3] Voir l'article du Parisien du 3 mars 2012 : « Le vote utile pèse beaucoup »
[4] Voir l'article de Joël Aubert du 24 mai 2012 paru dans Aqui.fr
[5]  Philippe Alexandre, l'Express du 16 mars 2012
[6]   Voir son interview par Ruth Elkrief du 1 février 2012 avec Jean-Luc Bennahmias sur BFM.tv
[7]   Voir son interview par Ruth Elkrief du 25 mai 2012 avec Jacques Séguéla sur BFM.tv
[8]   Voir son interview au salon du livre de Paris le 18 mars 2012


 
Bibliographie

    • "François Mitterrand 1945-1967", Presses des sciences politiques, 1967, 173 pages, ainsi que "François Mitterrand et la guerre d'Algérie"
    • "Les sondages d'opinion", Bureau d'Etudes de la R.T.B.F., 178 pages, 1981
    • "Le grand malentendu : les Français et la politique", Le Seuil, 185 pages, 1994
    • "Médias et Démocratie, la dérive", Presses de Sciences-Po, 1997
    • "Sondages, mode d'emploi", Presses De Sciences Po, 136 pages, mars 2000
    • "La nuit des politiques", Hachette, 2006
    • "La nuit des politiques", Hachette Littérarure, mai 2006, isbn 978-2012372313
    • "La revanche de l'opinion : Médias, sondages, Internet", avec Pascal Delannoy, Jacob-Duvernet, 205 pages, octobre 2006, isbn 2847241213
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 13:58
Présentation et résumé

Martial est un vieil ermite quelque peu misogyne, d'une dignité qui est celle des pauvres gens, dont la vie a ses secrets, celui en particulier d'un chef de la révolte des croquants qu'il raconte un soir à des inconnus.

 

Il devient un paysan sans terre, déraciné et se réfugie dans un village du Limousin, à Crocq (d'où le nom de croquants) où va gronder l'insurrection aussi bien contre les réformés de Coligny que contre les troupes royales.

Après la mort d'Henri IV, le sort de Martial et de ses compagnons est loin de s'améliorer. En Limousin et Périgord, très loin de Paris et du pouvoir royal, le peuple paysan ploie sous les impôts et les brimades de la soldatesque royale. On assiste dans les vastes forêts qui s'étendent entre Brantôme, Périgueux et Bergerac à des "révoltes de la misère et de la faim", régulièrement écrasés par les troupes royales.


 
     

Mais en 1635, l'un des leurs Pierre Grellety se place à leur tête, défie le pouvoir royal et résiste aux troupes envoyées pour les réduire. Il faudra toute l'habileté manœuvrière de Richelieu pour négocier leur intégration dans les armées royales.

Éditions
   Les Chiens sauvages, Robert Laffont, 2000, 416 pages, (ISBN 2-221-09243-0)
   Réédition Pocket, 2002, 520 pages, (ISBN 2266117033)

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 10:54

Jean Vautrin, de son vrai nom Jean Herman, est un écrivain, réalisateur de cinéma, scénariste et dialoguiste français, né le 17 mai 1933 à Pagny-sur-Moselle qui a travaillé pendant plusieurs années pour le cinéma sous son nom véritable avant de prendre un nom de plume comme écrivain.

 

Peu à peu, il s'est éloigné du cinéma, du polar et du roman d'aventures pour se rapprocher de la littérature avec des œuvres comme Patchwork, qui obtient le prix des Deux Magots,  Un grand pas vers le bon Dieu qui reçoit en 1989 le prix Goncourt. En 1998, on lui décerne le prix Louis-Guilloux pour l'ensemble de son œuvre.

 

JEAN VAUTRIN : Un grand pas vers le Bon Dieu

tumb A lormont 2010 tumb A Pessac 2010

Présentation

« A Jan Doat qui demeure, selon sa volonté, "une main tendue à travers le silence. »

Citations en épigraphe "C'est dans ce que les hommes ont de plus commun qu'ils se différencient le plus."
(Blaise Cendrars - Aujourd'hui)
"L'homme ne doit jamais s'avouer vaincu, dit-il. Un homme, ça peut être détruit mais pas vaincu."
(Ernest Hemingway - Le vieil homme et la mer)

La parabole de l'eskimo (également en épigraphe), dans le style antiphrase
Un chasseur eskimo demande au missionnaire :
- Si je n'avais jamais entendu parler de Dieu ni du péché, est-ce que j'irais en enfer ?
- Non, puisque tu serais alors dans l'ignorance !
- Alors, pourquoi m'en avez-vous parlé ?

 

Résumé et contenu
Vautrin le cri du peuple.jpg
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"Un grand pas vers le Bon Dieu", ce roman qui lui valut le prix Goncourt, est un roman d'aventures du genre picaresque comme on n'en rencontre plus guère aujourd'hui. Balade et dépaysement assurés.

Ce voyage en Louisiane, celle des Cadjins pris entre rêve et mélancolie, entre modernité et nostalgie, joie et spleen, se fait à travers des aventures picaresques, semé de personnages rabelaisiens au caractère rude, bien trempé, excessif même, une histoire qui se déploie sur trois générations entre 1893 et 1920.

 

D'abord le pionnier Edius Raquin en 1893, défricheur et coureur des bois, qui croit plus en Dieu qu'en l'homme, l'air rusé d'un maquignon qui jauge les autres d'un simple regard, puis son futur gendre qui porte un drôle de nom, Farouche Ferraille Crowley, sacré baroudeur qui nous entraîne chez les chasseurs de primes, qui traîne avec lui toutes les légendes du Far-West, tous les clichés des films hollywoodiens, et le marin du Nantuket, ancien harponneur jamais en veine d'aventures ou encore Palestine Northwood le fêtard.

 

Un voyage au pays de Louisiane ne s'accomplit pas sans musique, musique à la présence lancinante qui envahit le quotidien. Jim le petit-fils d'Edius Raquin, trouvé dans une poubelle de La Nouvelle-Orléans, deviendra Jimmy Trompette, le roi du ragtime et du blues, ces chants, ces musiques au son rocailleux, mélancoliques, qui vont peu à peu s'imposer. . "Il n'y a pas d'amour sans question" dit le narrateur. Des questions sur l'homme et sur sa destinée auxquelles sans doute chacun a sa propre réponse.

 

C'est un mode multiforme fait de gens venus d'ailleurs et de nulle part, drossés ici par les malheurs de l'Europe, déportés d'Arcadie, yankees, indiens créoles et métisses cherchant une patrie, une parcelle de terre et de bonheur dans le "parler français" de la Louisiane. Alors, comme on dit là-bas sur cette terre ouverte sur la mer, avec un brin de fatalité, "le bon temps roulera." Sur ces mots s'achève le récit de Jean Vautrin, mots d'Eddy Mitchell reprendra dans sa chanson Ma Nouvelle-Orléans, ajoutant ce trait d'espoir désenchanté qui leur est propre « Cajins, ça ira mieux demain. » [1]

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« Parler des rencontres essentielles, raconter les chemins de l'écriture, dire l'aventure des livres et des films, mesurer la vérité de l'amour, évoquer les amis, les maîtres, revoir les sourires à demi effacés, manger avec gourmandise, épeler le temps, sortir des nuages, réclamer justice, photographier les hommes, fouiller dans la vieille malle des souvenirs, renoncer à l'inutile, prêcher pour la liberté des esprits, lécher les blessures de l'homme abandonné sont de ma paroisse, » c'est ainsi que Jean Vautrin parle de sa vie dans l'interview qu'il a donnée à Noël Simsolo.

(Docteur Herman et Mister Vautrin, ensemble d'entetiens de Jean Vautrin avec Noël Simsolo, éditions Ecriture, 302 pages, octobre 2010

Vautrin chez lui à Gradignan près de Bordeaux

 

Informations complémentaires

Bibliographie sélective
"Billy-Ze-Kick", adapté au cinéma par Gérard Mordillat en 1985, 1974, "Mister Love", 1977, "Typhon gazoline", 1977
"Bloody Mary", adapté en bande dessinée par Jean Teulé en 1983, 1979, "Groom", 1981

"Canicule", adapté au cinéma par Yves Boisset en 1984, 1982, "La Vie Ripolin", 1987, "Un grand pas vers le bon Dieu", Prix Goncourt, 1989
"Symphonie Grabuge", Prix du roman populiste, 1994, "Le Roi des ordures", 1997, "Le Cri du peuple", Prix Louis Guilloux, 1998, "L’homme qui assassinait sa vie", 2001, "Le Journal de Louise B.", 2002

 

Lien externe

Ouvrage de référence

Un grand pas vers le bon Dieu, Date de parution : 1990
Éditions Grasset, Paris, 440 pages ISBN 2-246-40711-7
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Références

  1. Eddy mitchell, album "Jambalaya", "Ma Nouvelle-Orléans", paroles d'Eddy Mitchell (Claude Moine), musique de Pierre Papadiamandis
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 10:31

JEAN TEULÉ et l'histoire : CHARLY 9 et Le Montespan

 

Voir aussi l'article Jean Teulé "Fleur de tonnerre"

Charly 9, le roi Charles IX

Toujours dans le domaine historique, après son "Monsieur de Montespan", et son bras de fer avec ce roi qui mettait dans son lit tous les tendrons du royaume selon son bon vouloir, il s'occupe dans ce roman du sort du roi Charles IX, troisième fils du roi Henri II, 'fin de race' de la dynastie des Valois qui se meurt dans le sang de la Saint-Barthélémy et les fureurs de la guerre civile et religieuse.

 

« Le doux Charly 9 hallucine, blasphème, délire. Il se gorge de sang, cogne sa sœur, cette putain de Margot, fornique comme un dingue... » écrit Marie-Françoise Leclère dans Le Point, reprenant les termes de Jean Teulé. Ce roi n'a pourtant pas inscrit son nom dans l'histoire sinon d'avoir été manipulé lors du déclenchement du massacre de la Saint-Barthélémy le 24 août 1572 et mourra deux ans plus tard à l'âge de 23 ans.

 

Il faut dire qu'il n'est pas vraiment aidé par sa famille, une mère castratrice qui veut le pouvoir et lui préfère son frère Henri, le futur Henri III, son frère aîné, débile qui n'a occupé de trône que quelques mois avant de succomber, sa sœur Margot, nymphomane réputée... un roi entouré de fanatiques dans le sillage des Guise, qui prend le tournis entre les Ultras, la politique sinueuse de sa mère, les complots menés par un autre frère qui mourra avant de régner... un environnement bien trop lourd pour ses frêles épaules.

 

Son esprit ne survivra pas au massacre qu'il couvrit de son manteau royal, lui qui avait pourtant in fine tenté d'arrêter la tuerie, lui qui avait une si charmante épouse Élisabeth d'Autriche et qui offrait du muguet aux gentes dames de la cour et qui est à l'origine de cette charmante fête du 1er mai.

 

                  Charly 9 et Le Montespan

Le Montespan

Au temps de Louis XIV le Roi-Soleil, que sa femme soit choie et distinguée par le roi était source de gloire et de profits. C'est ce qui arriva à Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan que l'on jalousa de sa bonne fortune. C'était mal le connaître et louis-Henri, sourcilleux et gascon de surcroît, ne l'entendit pas de cette oreille. Il se permit, chose impensable à la cour, d'orner son carrosse d'énormes cornes -symboles du cocu comme chacun sait- et de guerroyer avec la monarchie absolue, refusant avantages de toutes sortes attachés au rôle de cocu royal.

 

Mal lui en prit car il essuya bon nombre d'avanies, prison, ruine ou même tentatives d’assassinat, mais poursuivit néanmoins de sa vindicte un roi soleil qui ne pouvait supporter pareil affront, étant lui-même fort amouraché de la belle et sublime Athénaïs.

Infos complémentaires

Voir aussi
- Jean-Christian Petitfils, Madame de Montespan, Paris, Fayard, 1988
- Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan

Ouvrages de référence

  • Jean Teulé, Charly 9, éditions Julliard, 2011, 230 pages, isbn 2260018246
  • Jean Teulé, Le Montespan, éditions Julliard, 2008, Grand Prix Palatine du roman historique, prix Maison de la Presse 2008, 310 pages

Bibliographie sélective

  • Le Magasin des suicides, éditions Julliard, 2007
  • Mangez-le si vous voulez, Julliard, 2009

Liens externes : Interview de Jean Teulé

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 11:20

Colette, une provinciale à Paris

De la rue Fontaine au Palais-Royal, Chéri et la place Colette

   

 

Une des pionnières du féminisme fut Colette, à la fois journaliste, danseuse de pantomime et écrivain au style inimitable, des lieux parisiens ont gardé son empreinte.

Capitale de ses amours libres, théâtre de ses romans et de sa vie, Paris révèle Colette en femme affranchie. Quand en 1889, certificat d’études en poche, Colette fait son premier voyage pour la capitale, la petite provinciale aux tresses infinies s’appelle encore Sidonie Gabrielle. Elle n’a pas déjà fait du nom de son père, le capitaine Colette, son nom de femme de lettres. À 20 ans, elle laisse derrière elle sa Puisaye natale pour épouser le corpulent Henry Gauthier-Villars, dit Willy, et le suivre à Paris. Les tourtereaux établissent leur nid au troisième étage du 28, rue Jacob (6e).


Colette en garde un souvenir vivace, plusieurs fois traduit dans ses romans. « Sombre, attrayant comme sont certains lieux qui ont étouffé trop d’âmes, je crois que ce petit logement était très triste. Je le trouvais pourtant agréable », écrit-elle dans Mes apprentissages (1936).

 

Ses débuts d’écrivain : la série des « Claudine »
Willy l’introduit dans les salons littéraires et musicaux de la capitale. Et comme l’argent vient à manquer, il incite sa femme à raconter ses souvenirs d’enfance.
Fureur et scandale : Colette écrit son premier roman Claudine, que Willy signe de son nom. Le jeune ménage, point de mire du Tout-Paris, se rapproche du quartier des théâtres, rue de Courcelles (17e), adresse plus propice à la vie mondaine parisienne. Colette poursuit la série des Claudine dans l’ombre de son mari : La Maison de Claudine, Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s’en va… Colette, une femme libre.

 

 Ses débuts au music-hall

Colette aussi s’en va. En 1906, elle s’émancipe de Willy et s’affranchit de la morale. La voilà jouant la pantomime au music-hall. Ses tenues très dévêtues font fureur au théâtre Marigny, au Moulin-Rouge, au Bataclan… Et sa liaison avec sa partenaire Mathilde de Morny, dite Missy, fait scandale.

  Colette sur son balcon

 

Journaliste, écrivain, engagée…indépendante !
Qu’importe, Paris offre à Colette toutes les libertés. Après la scène, elle reprend la plume. La première œuvre à être signée du seul nom de Colette, Le Blé en herbe paraît en 1923, confirmant le succès de l’auteur de Chéri.  
Sous le nom de Colette Willy, la romancière se fait connaître par ses Dialogues de bêtes (1904) ou La Vagabonde (1910). Elle est aussi journaliste pour Le Matin, La Vie parisienne, Marie-Claire, ou encore Paris-Soir. Les billets de Colette sont des petits bonheurs d’écriture. Elle raconte le courage des mères pendant la Grande Guerre ou encore plaide pour que les pigeons de Paris soient nourris pendant l’hiver…


« Chéri » adapté au cinéma
Roman de Colette publié en 1920, Chéri est adapté au cinéma en 2009 par Stephen Frears. Michelle Pfeiffer y tient le rôle principal de Léa de Lonval. Le lieu du tournage, Paris, évidemment ! Un parcours cinéma proposé par la Mission Cinéma de la Ville de Paris vous fait découvrir les lieux ou quartiers ayant servi de décors au film.

Une visite qui passe par l’hôtel particulier Mezzara (16e), au balcon duquel Léa se remémore les temps heureux passés aux côtés de Chéri, mais aussi par la place Colette (1er), à côté du Palais-Royal cher à l’écrivain, ou encore par l’église du Val-de-Grâce (5e), devenue dans le film « église Saint-Étienne-du-Mont », où Chéri épouse Edmée.

 

 

 

 La dame du Palais Royal

Après deux mariages, la naissance de sa fille dite « Bel Gazou » et quinze déménagements parisiens, Colette devient la « dame du Palais-Royal », au 9 rue de Beaujolais (1er). Elle occupe d’abord l’entresol puis l’« étage noble », au premier.

Ses fenêtres donnent sur les jardins du Palais-Royal.
« Le type du jardin pour grandes personnes, c'est le Palais-Royal. Ravagé par les jeux et le séjours des enfants, il comporte peu d'attraits pour ceux-ci. Point de sable ni de gravier, la terre battue la plus ingrate, un sol interdit à l'arrosage - seules les plates-bandes et les pelouses ont le droit d'être abreuvées, et le jardinier les soigne avec amour -, notre "cour" n'est lentement et séculairement imprégnée que des pluies, de l'urine canine et des déjections humaines, disons enfantines pour atténuer un peu." Colette - Le Fanal bleu

 

Dans son écriture riche en couleurs où elle brouille régulièrement les frontières de sa vie et la fiction, Colette dépeint son « palais » dans Le Fanal bleu (1949). Avec Cocteau, en voisins, ils fréquentent les restaurants du quartier, Le Grand Véfour, comme la très chic galerie Vivienne (2e). Au no 45, la librairie Petit Siroux, aujourd’hui Jousseaume, est le repaire de l’écrivain devenue première femme lauréate et présidente de l’académie Goncourt.

 

L’arthrose, le « lit-radeau
Immobilisée sur son « lit-radeau » par une arthrose de la hanche, Colette s’éteint doucement. En 1954, l’âme du Palais-Royal n’est plus… Sur le balcon de son ancienne chambre, un « C » gravé s’entrecroise avec un soleil. « Joyau tout en or » comme la considérait sa mère, Colette témoigne dans son autobiographie En pays connu (1949) que « quarante-cinq ans de Paris n’ont pas fait de moi autre chose qu’une provinciale en quête, sur vingt arrondissements et deux rives de fleuve, de sa province perdue… ». En pays connu.

 

« Au lieu d'aborder des îles, je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du cœur, pareil à celui du ressac. Rien ne dépérit, c'est moi qui m'éloigne, rassurons-nous. Le large, mais non le désert. »

Voir aussi

* Un musée Colette à Saint Sauveur en Puisaye : ww.saint-sauveur-en-puisaye.fr 
* La maison de Colette

 

<<< Ch. Broussas –Nietzsche, Nice - 14/03/2013 < • © cjb © • >>>

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