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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 18:33

Alexandre Jardin, né à Neuilly-sur-Seine en 1965, est à la fois écrivain et cinéaste, fils de Pascal Jardin, écrivain et scénariste et petit-fils de Jean Jardin (1904-1976), homme politique, directeur de cabinet de Pierre Laval. Leur importance se révèle dans son œuvre où il revient à de nombreuses reprises sur sa biographie familiale.

 

A vingt ans, il publie Bille en tête qui obtiendra le prix du 1er roman en 1986. Puis deux ans plus tard, Le Zèbre sera couronné par le prix Fémina, adapté au cinéma par Jean Poiret en 1992. Il est l'auteur de suites :

 

- Les Coloriés, suite pour les enfants, constituée de trois titres : Les Coloriés, [1] La Révolte des Coloriés [2] et Le Secret des Coloriés; [3]

- Fanfan [4] et sa suite intitulée Quinze ans après (ou Fanfan acte II); [5]

- La saga des Jardin constituée de Le Zubial, Le roman des Jardin et Chaque femme est un roman (voir ci-dessous), auxquels il faut ajouter  Des Gens très bien paru en 2011, portrait de son grand-père, Jean Jardin, influent sous le régime de Vichy. 

 

       Pascal Jardin

La saga des Jardin

  • LE ZUBIAL

Le Zubial, surnom de son père Pascal Jardin, est un roman autobiographique d'Alexandre Jardin basé sur le besoin de reconnaissance paternelle. Alexandre avait quinze ans à la mort de son père et il a voulu lui rendre cet hommage, ce qu'avait déjà fait Pascal Jardin avec son roman Le Nain jaune pour son père, l'homme politique Jean Jardin. Ce qui l'intéresse chez son père, c'est son insatiable passion de vivre, ce qui l'amène à réfléchir à son propre parcours.

 

Voici ce qu'en dit Alexandre Jardin lui-même : " Le jour où mon père est mort, le 30 juillet 1980, la réalité a cessé de me passionner. J’avais quinze ans, je m’en remets à peine. Pour moi, il a été tour à tour mon clown, Hamlet, d'Artagnan, Mickey et mon trapéziste préféré ; mais il fut surtout l'homme le plus vivant que j'ai connu. Pascal Jardin, dit le Zubial par ses enfants, n'accepta jamais de se laisser gouverner par ses peurs. Le Zubial avait le talent de vivre l'invivable, comme si chaque instant devait être le dernier. L’improbable était son ordinaire, le contradictoire son domaine. S’ennuyait-il au cours d’un dîner ? Il le déclarait aussitôt et quittait la table, en baisant la main de la maîtresse de maison. Désirait-il une femme mariée ? Il ne craignait pas d'en faire part à son époux, en public, et d'escalader la façade du domicile conjugal le soir même pour tenter de l'enlever. S'il écrivit des romans et plus de cent films, cet homme dramatiquement libre fut avant tout un amant. Son véritable métier était d'aimer les femmes, et la sienne en particulier... "

 

Référence : "Le Zubial", Alexandre Jardin, Éditions Gallimard, 1997, ISBN 978-2-07-074386-5

 


  •     LE ROMAN DES JARDIN

" Dans ce roman vrai, dit-il, je perce mes abcès de silence. Je vagabonde enfin au sein de ce clan qui, à lui seul, incarne la fantaisie, l'irrégularité en tout et un moment d'incroyable liberté. Pour la première fois, je redeviens un Jardin. Suis-je digne de ces grands fouleurs de principes ? Je leur dois, en tout cas, la meilleure part de ce que je suis."

Il dépeint à l'aide de nombreuses anecdotes les frasques des membres de sa famille qui l'ont marqué. Vraiment nombreuses mais surtout farfelues. On y rencontre le 'Nain Jaune' bien sûr, et puis Zouzou, Merlin, le Zubial ou encore Louse, tous ceux qui ont influencé sa vie et l'influenceront certainement encore dans l'avenir. S'il est ce qu'il est, c'est aussi en partie grâce à eux. " Avec la famille Jardin, j'ai un compte d'admiration à solder, mais aussi un compte de colère à régler".
Et il le fait fort bien.

 

Référence : "Le roman des Jardin", Alexandre Jardin, Éditions Grasset, 314 pages, 08/2005, ISBN 2-246-69281-4


  • CHAQUE FEMME EST UN ROMAN

Chaque femme est un roman est un ouvrage d'Alexandre Jardin paru en 2008, le dernier de sa trilogie autobiographique avec Le Zubial, surnom de son père, paru en 1997 et Le Roman des Jardin sur la saga des Jardin, paru en 2007.

 

Dans ce livre, il rend grâce aux femmes qui ont fait son éducation. Il se compose de chapitres courts comprenant chacun un portrait haut en couleur d'une femme qui a marqué sa vie. Il y évoque les femmes qu’il a croisées, sans être lourd, pas de règlements de compte, mais des rencontres avec une lectrice, une juge, une professeur, une amie, une banquière, une paparazzi etc. Bref des femmes hors du commun qui le touchent par une expression personnelle, une façon d'être.

 

Une succession de portraits touchants, une galerie de femmes idéalisées, fantasmées, réinventées à la mesure d'un écrivain fertile en imagination. On y rencontre pêle-mêle son extravagante mère, une belle japonaise Hatsuyo qui lui offre d'emblée ses charmes en le prenant pour Daniel Pennac, Denise et son côté assistante sociale, toujours prête à faire le bien. Un mélange d'autobiographie et d'imagination pour celles qui sont ses 'professeures de métamorphoses'.

 

Référence : "Chaque femme est un roman", Alexandre Jardin, Éditions Grasset, 2008, ISBN 978-2246713616


  •   L'île des gauchers

L'Île des gauchers présente Jérémy Cigogne, jeune aristocrate qui voudrait convertir en grand amour sa passion pour sa femme Emily. Pour réaliser ce rêve, il décide d'aborder sur une île secrète et ignorée des géographes, située dans un archipel du Pacifique sud, habitée par une population exclusivement constituée de gauchers, qui savent mieux vivre leur vie qu'en Occident. Leur principale préoccupation est de répondre à cette question : " comment fait on pour aimer ? " Ici, les rapports entre les hommes et les femmes sont empreints d'une tendresse infinie. A leur contact Jérémy va acquérir une autre approche de l'amour et de la vie.

Référence : "L'île des gauchers", Alexandre Jardin, Éditions Gallimard, 1995, ISBN 2-070-40168-5 

Informations complémentaires

Notes et références

[1] Un ethnologue Hippolyte Le Play découvre un jour sa fille jouant dans sa chambre avec Dafna, une coloriée qui est arrivée de l'île de la Délivrance pour retrouver sa mère et va être confrontée pour la première fois au monde des adultes. Hippolyte va être ensuite transporté dans le monde de Dafna où pour survivre, il devait se conduire en enfant. 

[2] Un jeune homme Ari décide de fonder une ville peuplée uniquement d'enfants, plus exactement d'orphelins qui forment des groupes. Mais ils sont bientôt menacés par des catastrophes naturelles, un professeur qui veut tout le pouvoir et se retrouvent dans une société clanique. 

[3] Au terme d'une odyssée mouvementée, Dafna retrouve à Paris Lulu qui est la fille du narrateur Hyppolite Le Play. Il va suivre Dafna qui, déçue par le monde des adultes, a décidé de retourner chez elle au pays des coloriés.

[4] Alexandre Crusoë est déchiré entre son amour pour cette femme imprévisible qu'est Fanfan et sa femme Laure. Il rêve d'une vie stable et se méfie de lui. Il fait alors ce pari fou : ne pas céder à Fanfan pour lui éviter l'usure du temps. Mais Fanfan ne l'entend pas de cette oreille et usera de tout ses charmes pour faire fléchir Alexandre.

[5] Fanfan et Alexandre se retrouvent quinze ans après mais bien sûr, ils ont changé. Fanfan a vécu deux mariages ratés répugne à s'engager dans une autre aventure conjugale et Alexandre est convaincu qu'il peut faire de l'amour une exaltation toujours renouvelée. Chercher l'idéal et réinventer leur couple. 

 

Voir aussi :
- Présentation

 

Principales œuvres d'Alexandre Jardin :

 

Le zèbre 1988 Fanfan 1990 Le zubial 1997 Les coloriés 2004 Des gens très bien 2011

   

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 14:00
Cet ensemble regroupe les textes suivants :

1- Camus ou les promesses de la vie par Daniel rondeau
2- Camus, nouveaux regards sur sa vie et son oeuvre par Payette/Olivier
3- Camus par lui-même par Morvan Lebesque

 

1- Camus ou les Promesses de la vie

Camus ou les promesses de la vie est un essai du romancier, éditeur, journaliste et diplomate Daniel Rondeau sur la vie et l'œuvre de l'écrivain Albert Camus.

Référence : Daniel Rondeau, "Camus ou les promesses de la vie", éditions Mendès, novembre 2005,174 pages, isbn 2-85-620461-9

 

« La littérature française était un jardin » écrit Daniel Rondeau en préambule. Un beau texte, « un texte inspiré, écrit Jean-Marc Parisis 1, l'ouvrage est richement illustré (.. .). Beau programme auquel ce livre solaire pourrait servir de socle en ces temps boueux. »

 

Lundi fatidique que ce 4 janvier 1960 où Albert Camus trouve la mort dans l'accident d'une Facel Vega que conduisait son ami Michel Gallimard. Fauché en pleine gloire, à peine deux ans après avoir reçu le Nobel de littérature. Un demi siècle plus tard, il est toujours autant d'actualité, l'homme, « ni bourreau, ni victime » comme il l'affirmait, qui parlait avec son cœur, n'a rien perdu de son humanité, son œuvre atteste de ses engagements, de cette ardeur qu'il voulait communiquer, de ses doutes aussi parce que tout n'est pas uniforme, univoque, que « la vérité est toujours à construire, comme l'intelligence, comme l'amour », et que l'Algérie est une blessure ouverte à tout jamais.

 

« Ses douleurs, sa joie d'exister, sa capacité d'espérer, ses silences et ses livres, conclut Daniel Rondeau, appartiennent à chacun d'entre nous, de part et d'autre de la mer »

Données complémentaires

  • J. Majault, Camus, révolte et liberté, Le Centurion, collection Humanisme et religion, 1965
  • Nguyen Van Huy, La métaphysique du bonheur chez Camus, Neuchâtel, 1964
  • Revue Esprit, janvier 1950 : Emmanuel Mounier , Albert Camus ou l'appel des humiliés
Notes et références
  1. Jean-Marc Parisis, dans L'Express du 8 Décembre 2005
2- Camus, nouveaux regards sur sa vie et son œuvre

Camus, nouveaux regards sur sa vie et son œuvre est un essai biographique sur l'écrivain Albert Camus, écrit par Jean-François Payette et Lawrence Olivier, portant sur sa vie et son œuvre.

 

Référence : JF Payette & L Olivier, "Camus, nouveaux regards sur sa vie et son œuvre", éditions Presse de l'université du Québec, 166 pages, 2004, isbn 978-2-7605-1506-2

 

Décidément, Camus n'en finit pas de redevenir actuel ou 'à la mode'. Le cinquantième anniversaire de sa mort a suscité un nouvel engouement pour l'homme et sa pensée. La base des travaux de Jean-François Payette et Lawrence Olivier1 est d'expérimenter la pensée de Camus. En ce sens, c'est un livre surprenant qui ne cherche pas le signifiant d'une œuvre, son 'idéité', mais de s'en servir pour développer ses possibilités.

 

« Pour Albert Camus, nous restons toujours libres, écrit Jean-François Payette, libres de nous battre contre les conditions qui nous accablent. » C'est ce qu'il décrit dans des ouvrages comme L'Homme révolté, Les Justes ainsi que La Peste. C'est la révolte. Mais il faut d'abord en passer par l'absurde, et c'est Caligula et Sisyphe. Il n'a pas malheureusement eu le temps de développer le dernier volet de son triptyque qui devait rejoindre l'amour et la mesure car son œuvre s'est achevée « Un certain 4 janvier 1960. »

 

Pour Camus, il serait absurde de se borner à des principes idéologiques, poursuit Jean-François Payette... Ce qui compte, c'est de la défendre (la vérité) car dit Camus « L'Homme n'a pas besoin d'espoir, il a besoin de vérité. » C'est ce genre de position, ce refus par exemple s'assujettir l'homme à un régime, à une idéologie, qui lui a valu les foudres de Sartre.

 

Albert Camus et Maria Casarès

Structure

  • Un certain 4 janvier 1960... plongé dans l’univers d’Albert Camus, (sous forme de nouvelle), Jean-François Payette
  • Camus: un homme de lucidité, Jean-François Payette
  • Albert Camus ou la politique de Sisyphe, Roger Payette
  • Morale et esthétique chez Camus, Céline Huyghebaert
  • Absurde et révolte : chaos et élément rebelle, Lawrence Olivier
  • L’absurde, la révolte et la fin de l’histoire chez Albert Camus, Frédérick Bruneault
  • Albert Camus: une vie, une œuvre, Gérard Boulet

Données complémentaires

Notes et références
  1. Jean-François Payette enseigne la science politique à l'université du Québec à Montréal, est coauteur du livre Le nationalisme repensé en 2007 et Lawrence Olivier également enseignant en science politique à l'université du Québec à Montréal et auteur de plusieurs ouvrages : Le savoir vain (1998), À chacun sa quête (2000), La politique par le détour de l’art, de la philosophie et de l’éthique (2001), Contre l’espoir comme tâche politique (2004).

 

3- Albert Camus par lui-même

Albert Camus par lui-même est un essai paru en 1963 du journaliste et essayiste Morvan Lebesque sur l'œuvre de l'écrivain Albert Camus.

Référence : Morvan Lebesque, "Albert Camus par lui-même", éditions Le Seuil, 189 pages, 1983

 

Le temps d'Alger

Pour la famille Camus et les "pieds-noirs" de condition modeste, l'Algérie de la Belle époque n'a rien d'une sinécure et rien d'un éden non plus. Camus a assez peint son quartier ouvrier de Belcourt pour qu'on ait une idée exacte de leur situation quand, après la mort du père, la mère et ses deux fils doivent revenir vivre chez la grand-mère à Alger 1.

 

À travers les récits largement autobiographiques de L'Envers et l'endroit, il décrit sa vie à Alger, l'atelier de l'oncle tonnelier qui vivait avec eux 2 ou sa passion pour le football qui le poursuivra toujours et ses "exploits" comme gardien de buts Au R.U.A, le Racing-club Universitaire d'Alger. Il passe de l'école de son quartier et la tendre affection qu'il portera toujours à son instituteur monsieur Germain 3 au lycée du centre-ville où il verra concrètement la différence entre quartier riche et quartier pauvre mais où il va rencontrer aussi des professeurs qu'il apprécie et qui l'apprécient en retour comme le philosophe Jean Grenier qui deviendra "son ami et son maître" 4.

 

Les principaux chapitres
  • Les soleil et l'histoire
  • L'absurde
  • Homme, rien qu'homme
  • L'exil et le royaume
  • Camus aujourd'hui

Sa première grande passion outre le football- qui ne se démentira jamais, c'est le théâtre. L'action théâtrale sous toutes ses formes : aussi bien l'écriture que la mise en scène et même faire l'acteur 5 ou diriger un festival.

 

Dans sa jeunesse, ce fut d'abord le Théâtre du Travail qui devint le Théâtre de l'Équipe. (Pour lui, tout un symbole). il écrira à cette époque un texte symptomatique de son conception du théâtre dans un fascicule intitulé Manifeste de Poésies et Théâtre. Lui pour qui l'amitié est fondamentale y rencontre ceux qui resteront toujours ses amis, l'écrivain Gabriel Audisio, quoi qu'il arrive, qu'il défendra vigoureusement au besoin comme Claude de Fréminville. « Je comprends ici, écrit-il, ce qu'on appelle gloire : le droit d'aimer sans mesure. »

 

         

La guerre et l'absurde

Le 2 septembre 1939, il veut partir pour la Grèce... mais la guerre le rattrape; ce sera pour beaucoup plus tard. Pour le moment, il est 'persona non grata' à Alger et son ami Pascal Pia lui décroche un emploi de journaliste à Paris-soir. Il est à Paris. Fin décembre 1940, il se marie à Lyon avec Francine avant d'aller vivre avec sa jeune femme à Oran dans sa famille. Là, il découvre la ville qu'il appellera "le minotaure", ce contraste qu'il le frappe entre Oran et Alger et sa nostalgie pour cette dernière.

 

Mais la maladie le rattrape et il part dans la Haute-Loire au Panelier pour se reposer et offrir à ses poumons malades l'air vivifiant de la montagne. Il fait le point, il a déjà publié des nouvelles autobiographiques, L'Envers et l'endroit puis Noces et le cycle de l'absurde est largement entamé : L'étranger et Caligula sont terminés, Le Malentendu bien avancé et Le Mythe de Sisyphe commencé.

 

La-bas, c'est la guerre qui va le rattraper. Peu à peu, sous l'influence de Pascal Pia en particulier, il va s'y impliquer jusqu'à sa participation au journal Combat qu'il va ensuite diriger et la publication de ses Lettres à un ami allemand.

 

Combat et journalisme

Son après-guerre sera surtout fait de combats, défense et illustration de ses idées dont on retrouve les principaux textes dans le tome II de ses Carnets. C'est le temps de son combat contre Franco chaque fois qu'il peut, dans ses articles, ses discours ou ses actes (défenses de républicains espagnols emprisonnés). C'est le temps de la parution de L'Homme révolté, les polémiques qui vont se développer à son propos puis la rupture avec les existentialistes et Jean-Paul Sartre.

 


Abert Camus et sa femme Francine            Albert camus et sa fille Catherine

Données complémentaires

Notes et références
  1. Il évoque ce temps en ces termes « Je vivais dans la gêne mais aussi dans une sorte de jouissance [...] Ce n'était pas la pauvreté qui ferait obstacle à mes forces : en Afrique, la mer et le soleil ne coûtent rien. »
  2. Que l'on retrouve aussi dans la nouvelle Les muets (L'exil et le Royaume)
  3. Auquel il dédiera ses Discours de Suède
  4. Auquel il dédiera L'homme révolté et qu'il décrit au début de Le Premier homme
  5. Voir par exemple Camus en costume d'époque dans le rôle d'Olivier le Daim de Gringoire par La compagnie théâtrale de Radio-Alger avec qui il partit en tournées

Voir aussi

  • J. Majault, Camus, révolte et liberté, Le Centurion, collection Humanisme et religion, 1965
  • Revue La table ronde, numéro spécial, février 1960
  • Revue La N R F, numéro spécial, mars 1960
  • Société des Études Camusiennes
  • Yann Férec, Morvan Lebesque au Canard Enchaîné, Mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, Brest, 1997
  • Morvan Lebesque le breton

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 17:23

 

  Camus et sa fille Catherine

 

Albert Camus, Solitaire et Solidaire est un album-récit biographique sur la vie et l'œuvre de l'écrivain Albert Camus, écrit par sa fille Catherine Camus.

1- Présentation et structure

Portrait intime dû à sa fille Catherine Camus avec la collaboration de Marcelle Mahasela. Un demi siècle après la disparition brutale d'Albert Camus le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture, sa fille Catherine Camus, livre de son père cet émouvant album souvenir. Au fil des pages et des photographies, nous découvrons un Camus inédit en plus de l'écrivain engagé et acteur de son époque. Du quartier pauvre d'Alger à Stockholm et au prix Nobel, de ses engagements à Alger-Républicain ou à Combat, de La Peste dénonçant la 'peste noire' fasciste, sa vie aura été un long combat, une lutte incessante de luttes en luttes d'un homme qui se voulait conscience et humanisme.

 

Catherine Camus nous livre des photographies de famille inédites, images d'Algérie, articles de journaux, manuscrits, affiches, scènes de théâtre pour dresser de son père ce portrait que seule elle pouvait proposer.

 

Sommaie de l'ouvrage :

   La genèse 1913-1936
   L'éveil, l'action 1937-1945
   La révolte 1946-1951
   Solitaire, solidaire 1952-1960

2- La genèse, 1913-1936

« Chaque artiste garde ainsi, au fond de lui, une source unique qui alimente pendant sa vie ce qu'il est et ce qu'il dit. [...] Pour moi, je, sais que ma source est dans L'Envers et l'Endroit, dans ce monde de pauvreté et de lumière où j'ai longtemps vécu... »  [1]

Albert Camus, L'Envers et l'Endroit – Préface - OCI page 32

Les textes retenus dans ce chapitre sont d'abord des textes à caractère autobiographiques qui renvoient à cette époque, de la naissance de Camus à 1936, essentiellement L'Envers et l'Endroit, Le Premier Homme et le tome I des Carnets ou quelques citations tirées de Noces.

 

Mais Catherine Camus a aussi puisé dans des textes moins connus comme celui paru dans la revue 'Évidence' ou des extraits de lettres adressées à Louis germain son instituteur,à Jean Grenier, à ses amis Jean de Maisonseul ou René Char ou des éléments empruntés au questionnaire de Carl A. Viggiani. Elle a sélectionné des photos là aussi classique sur la jeunesse de Camus ou sur sa famille (dont certaines inédites) mais également des fac-similés de documents (actes de l'état civil...), Photos du RUA, [2] des cartes postales d'époque ou des coupures de presse.

 

Les citations évoquent la pauvreté que Camus a maintes fois évoquée :

 « La pauvreté n'a jamais été un malheur pour moi : la lumière y répandait ses richesses... » (L'Envers et l'Endroit)
« Mais finalement, il n'y a que le mystère de la pauvreté qui fait les êtres sans nom et sans passé. »
(Le Premier Homme) « J'ai découvert qu'un enfant pauvre pouvait s'exprimer et se délivrer par l'art. »
(Questionnaire de Carl A. Viggiani)
3- L'éveil, l'action 1937-1945
                   « Pour moi devant ce monde, je ne veux pas mentir ni qu'on me mente. » [3]
— Albert Camus, Noces – Le vent à Djémila - OCI page 115

 

« Une vérité est chose qui croît, qui se fortifie. Elle est une œuvre à faire. Et c'est cette œuvre qu'il faut poursuivre sur le papier et dans la vie avec toutes les ressources de la lucidité. » 

                                        — Albert Camus, Sans lendemains - OCI page 1201


Ce chapitre contient aussi des textes autobiographiques : on y retrouve L'Envers et l'Endroit, Le Premier Homme, le tome I des Carnets ou des références tirées de Noces, d'Actuelles III et de L'Été. Mais il contient d'autres textes intéressants tirés essentiellement de sa correspondance avec Jacques Heurgon, R. Hadrich, Marcel Aymé et Pascal Pia, le Manifeste du Théâtre de l'Équipe ou des articles d'Alger Républicain ou de Combat.

 

Il contient outre des photos de Camus avec sa femme Francine, avec Pascal Pia, beaucoup de fac-similés et d'articles de journaux. Dans une lettre à son ami R. Hadrich, il donne son sentiment sur L'Étranger : « 'L'Étranger' n'est ni réaliste, ni fantastique. J'y verrais plutôt un mythe incarné, mais très enraciné dans la chair et la chaleur des jours. On a voulu y voir un nouveau type d'immoraliste. C'est tout à fait faux. » (8/09/1954) 

4- La révolte 1946-1951
 « Qu'est-ce qu'un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas : c'est aussi un homme
qui dit oui, dès son premier mouvement.
»
— Albert Camus, L'Homme révolté - OC III page 71 —

Ce chapitre contient des citations contextuelles de L'Homme révolté bien sûr, de La Peste, de L'État de siège, de L'Exil et le royaume (Jonas, La femme adultère) ainsi que des Carnets (tomes I et III), des références à des œuvres moins connues comme Réflexions sur la guillotine ou Pluies sur New-York. [4] Il contient aussi des extraits relatifs à ses amis René Char (lettre,La Postérité du soleil), Louis Guilloux et des témoignages de Maria Casarès. De son voyage à New-York il écrit « J'aime New-York, de ce puissant amour qui vous laisse parfois plein d'incertitudes et de détestations : il arrive qu'on ait besoin d'exil. » (Pluies sur New-York, OCII page 693)

 

Les illustrations s'appuient sur des photos de la famille Camus : Albert, Francine, les jumeaux. Camus a écrit cette réflexion, non dénuée d'humour, à propos de la famille : « On s'obstine à confondre le mariage et l'amour d'une part, le bonheur et l'amour d'autre part. Mais il n'y a rien de commun. C'est pour cela qu'il arrive, l'absence d'amour étant plus fréquente que l'amour, que des mariages soient heureux. » (Carnets, OCIV page 1066)
On y trouve également des photos de Camus avec Louis Guilloux et René Char, avec la troupe du théâtre Marigny (Jean-Louis Barrault, Maria Casarès...)

 

     

5- Solitaire, solidaire 1952-1960
« Je me sens d'abord solidaire de l'homme de tous les jours
— Albert Camus, Interview d'octobre 1957 —

C'est un homme partagé qui écrira aussi : « Une part de moi a méprisé sans mesure cette époque. Je n'ai jamais pu perdre... le goût de l'homme et le cœur m'a souvent manqué devant l'extrémité de déchéance qu'a touché le siècle. Mais une autre part a voulu assumer la déchéance et la lutte commune... » (Carnets 1949-1959, OCIV, page 1129)

 

Ce dernier chapitre contient aussi des références autobiographiques à travers Le Premier Homme, le tome III des Carnets ainsi que Actuelles II ou tirées de L'Été, de La Chute, de L'Exil et le royaume (Jonas, Les Muets, L'hôte). Mais il contient d'autres textes moins connus tirés de ses éditos à L'Express, de Calendrier de la liberté, Désert vivant ou d'une lettre à Mohamed Aziz Kessous.

 

Il repose sur quelque temps forts comme le prix Nobel avec des extraits de ses discours, les réactions d'hommes comme Roger Stéphane ou Jacques Laurent, le théâtre avec des textes et des photos tirés du festival d'Angers, de Requiem pour une nonne (Camus et Catherine Sellers), Le chevalier d'Olmedo (répétition avec les jumeaux) ou Les Possédés (Catherine Sellers, Pierre Vaneck, Pierre Blanchar). Du prix Nobel, il dira  : « J'ai reçu cette nouvelle avec une sorte de panique. Ce qui m'aide, ce sont les signes de quelques-uns que j'aime. » (lettre à Nicola Chiaromonte, 20/10/1957)

 

Est-ce prémonition quand il écrit dans Le Premier homme que « le livre doit être inachevé. » (OCIV page 927) et qu'il pense ainsi à la mort : " Même ma mort me sera disputée. Et pourtant ce que je désire de plus profond aujourd'hui est une mort silencieuse, qui laisserait pacifiés ceux que j'aime." ("Carnets" 1949-1959)

 

Et René Char, face à cette mort brutale qui le bouleverse, écrira ces vers d'une terrible beauté :

 

« Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence. [...]
À l'heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d'énigme, soudain commence la Douleur,
Celle de compagnon à compagnon, que l'archer cette fois, ne peut pas transpercer.»

 

(René Char, L'Éternité à Lourmarin, L'Isle-sur-la-Sorgue le 17 avril 1960 - OC page 412.)

Informations complémentaires
[1] Tous les références renvoient aux Œuvres complètes, suivi du numéro du tome; 
exemple : Albert Camus, L'Envers et l'Endroit – Préface - OCI page 32
[2] Racing Universitaire d'Alger où Camus jouait gardien de but
[3] Tous les références renvoient aux Œuvres complètes, suivi du numéro du tome;
 exemple : Albert Camus, L'Envers et l'Endroit – Préface - OCI page 32
[4] Voir son livre Journaux de voyage réédité chez Gallimard en 1978, isbn 2-07-029853-1 

Bibliographie

  • Les Derniers jours de la vie d'Albert Camus, José Lenzini, éditions Actes Sud, 2009, ISBN 2-7427-8629-5
  • Résidente privilégiée, Maria Casarès, éditions Fayard, 1980

Liens externes

Voir les articles : Camus libertaire, Camus et Nietzsche


Voir aussi mes autres fiches  :

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 17:05

Albert Camus à Briançon

    <<<<<<<<<<<<<< Albert Camus lors d'un séjour à Briançon >>>>>>>>>>>>>>



Présentation

L’hiver 1946-47 à Paris est particulièrement humide et donc malsaine pour un homme tuberculeux comme Albert Camus qui a déjà connu plusieurs rechutes. Dans la capitale, son appartement de la rue Séguier, trop haut de plafond, est inchauffable, surtout dans cet immédiat après-guerre de pénurie énergétique. [1] Comme en 1939 où une grave rechute à Oran l’obligea à aller se soigner au Panelier dans la Haute-Loire [2] , il se résout à partir respirer le bon air des Alpes.

 

Il arrive à Briançon le 17 janvier 1947 au terme d’un fatigant voyage de 16 heures et s’installe au Grand Hôtel près des remparts. En cette saison, l’établissement est désert et inconfortable, sans électricité ni eau chaude, ce qui ne remonte pas le moral de Camus dont la famille est partie se reposer à Oran. Ce "fils de la mer et du soleil" déteste d’autant plus cette montagne que depuis son arrivée, il ne cesse de neiger. Dans ses Carnets, il note : « Le soir qui coule sur ces montagnes froides finit par glacer le cœur. Je n’ai jamais pu supporter cette heure du soir qu’en Provence ou sur les plages de la Méditerranée. »

 

Nostalgie du soleil d’Oran où se trouvait sa femme Francine, bien qu’il préférât toujours Alger à Oran, cette ville qu’il avait choisie pour y situer son récit La Peste. Il a toujours détesté les villes sombres, traversées de pluie et de brume et choisira justement une ville du nord et une ville de canaux, Amsterdam, pour y situer son roman La Chute que son héros Jean-Baptiste Clamence a choisi comme une pénitence.

Briançon l'hiver

 

Pour surmonter sa déception et sa solitude, Camus organise avec soin ses journées : [3]

 

- Debout à 9 heures, il lit pour se mettre en forme, surtout Hegel et Orwell pendant son séjour, en prenant des notes ; - L’après-midi, il s’occupe d’abord de sa correspondance, écrit surtout à "son cher professeur" Jean Grenier alors en poste en Égypte. [4] Entre eux, c’est une grande amitié et une longue correspondance, il lui écrit à cette occasion, « Vous ai-je dit que j’ai passé en novembre huit jours à errer d’Avignon à Lourmarin et j’en ai gardé une profonde impression. » Il évoque Henri Bosco et Lourmarin que Jean Grenier connaît bien, ce village de Lourmarin que Camus retrouvera dix ans plus tard. [5]

 

- Á partir de 16 heures, il travaille à son essai sur la révolte qui deviendra L’Homme révolté et, après le repas, jusqu’à 22 heures 30. Il se promène dans la ville de Briançon tout en échafaudant des projets sans lendemains comme une pièce de théâtre sur le gouvernement des femmes. Sa vie est alors comme une respiration dans les difficultés de l’écriture, de la vie parisienne et du journalisme, malgré le climat qui l’exaspère. Peu à peu, il reprend du poids, sa santé s’améliore enfin et son moral par la même occasion. Il relit La Peste qui doit paraître dans quelques semaines, pense avec le journaliste Rambert « qu’il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul » ou au docteur Rieux qui le ramène à sa condition d’écrivain quand il dit que « l’essentiel est de bien faire son métier. »

 

Le succès de La Peste « ne changera rien à son travail ni à ses doutes sur lui-même » écrira son biographe Herbert R. Lottman. C’est sans doute à Briançon qu’Albert Camus prit la décision de se centrer de nouveau sur l’écriture et de quitter le journal Combat qu’il dirigeait depuis 1943.

 

Repères bibliographiques

  • Jean Grenier, « Camus », biographie, éditions Gallimard
  • Albert Camus, "Carnets, tome II", édition Gallimard

Notes et Références

 

[1] Il décrira cet appartement avec beaucoup d’ironie dans l’une des nouvelles de L’Exil et le royaume, « Jonas »
[2] Il s’est installé près du Chambon-sur-Lignon dans la pension tenue par madame Œthly, tante par alliance de Francine Camus
[3] Voir la biographie de Camus écrite par Herbert Lottman page 87
[4] Voir la correspondance entre Albert Camus et Jean Grenier parue chez Gallimard
[5] Á la fin de sa vie, Camus achètera à Lourmarin, commune où il est enterré, une maison où il pensait passer de plus en plus de temps et écrire dans le calme

 

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 15:15
<<<<<<<<<< Le séjour de Camus en Bretagne avec Jean Grenier >>>>>>>>>>>>>>

 

Dans la biographie qu’il écrivit sur son ami Albert Camus, l’écrivain Jean Grenier évoque le voyage qu’ils entreprirent tous deux en Bretagne.

 

C’est le 4 août 1947 qu’ils partent en direction de Rennes. Ils y passent la nuit et prennent le lendemain la direction de Saint-Malo dans une campagne couverte de genêts et de bruyères et font une longue halte à Combourg. Devant les grilles du château, ils demandent à visiter la chambre de Chateaubriand : « laquelle ? » demande leur interlocutrice. Stupeur des deux écrivains pour qui la hiérarchie aristocratique n’a guère de sens. Déception : le parc est défiguré par des constructions sans charme et la maison a subi des transformations faites sans grand discernement.

 

Malgré tout, Camus trouva dans Combourg et Saint-Malo cette "impression de grandeur" qu’il aimait et qui lui rappelait Chateaubriand. Par contre, Camus le méditerranéen ne goûte guère les marées avec leurs énormes reflux et l’apparition trop parcimonieuse du soleil. Il est également surpris par le culte rendu aux morts, qu’il trouve démesuré, trop ostentatoire. Le voyage se poursuit avec leur ami breton, l’écrivain Louis Guilloux qui les emmena à Tréguier visiter la maison d’Ernest Renan, l’église de belle pierre grise et son cloître. Camus pensait encore à Chateaubriand et à son style ample, coulé, confiant à Jean Grenier : « Je voudrais tremper ma plume, l’assouplir. »

 

Albert Camus retournera en Bretagne pour se rendre sur la tombe de son père, mort à la guerre en 1914 et enterré au cimetière militaire de Saint-Brieuc. C’est à l’occasion de recherches sur sa famille pour écrire son dernier roman Le Premier homme, qu’il entreprit ce voyage. Il y retrouva à cette occasion son vieil ami Jean Grenier, alors retiré dans les Côtes d’Armor, dont il écrivit dans son roman : « Grenier, que j’ai reconnu comme un père, est né là où mon vrai père est mort et enterré. » [1]

 


 

Repères bibliographiques

  • "Carnets tome II", Albert Camus, éditions Gallimard, 1962 ;
  • "Albert Camus, Jean Grenier, Louis Guilloux" : écriture autobiographique et carnets, actes des Rencontres méditerranéennes, 5 et 6 octobre 2001, Château de Lourmarin, Éditions Folle Avoine, 2003 ;

Voir aussi mes fiches sur d'autres sites :

Références

[1] Voir Le Premier homme page 293. Jean Grenier apparaît dans ce roman de Camus sous les traits de Victor Malan Le Premier homme pages 36 à 38)

 

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 14:49

Ce livre témoignage sur Albert Camus qui porte ce titre éponyme, a été écrit par son ami l'écrivain Jean Grenier.

Référence : "Albert Camus", Souvenirs, Jean Grenier, éditions NRF/Gallimard, 1968

 

  

 

Cette amitié entre Albert Camus et Jean grenier, qui ne se démentit jamais, commença au lycée d'Alger quand ce dernier devint le professeur de philosophie de ce jeune homme de 17 ans venu de Belcourt, quartier pauvre de la ville. Camus, d'une fidélité indéfectible en amitié, a toujours reconnu ce qu'il lui devait, son influence sur sa pensée, surtout dans ses débuts. Ce livre porte bien ce sous titre de "souvenirs" pour se démarquer du récit biographique et parcourt leur amitié à travers des rapports passés au tamis de la mémoire.

 

Cet homme discret, qui dans sa présentation dit ses réticences, nous livre son témoignage sur leurs discussions touchant l'Algérie bien sûr, et souvent la politique, la religion, la littérature... de quoi connaître un peu mieux, sous un nouvel angle, l'homme Camus et avoir un éclairage différents sur ses écrits. Cette pudeur réciproque, on la retrouver dans ce souvenir marquant qui ouvre le livre quand Camus souffre de montrer à son professeur son intimité, ses conditions de vie fort modestes. Une pudeur pense Jean grenier "qui a fait dire des âmes nobles qu'elle ne veulent par faire partager le trouble qu'elles ressentent." Pudeur et fierté lui dictent de refuser aide et compromis, ce qui se traduira dans son œuvre par une rigueur exigeante dans l'expression et les thèmes qu'il développera. Il refusa le poste de professeur qu'on lui offrait à Bel-Abbès, étant "juge exact de sa valeur... en revanche il avait à se faire reconnaître par les autres."

 

 

"Écrire, c'est mettre en ordre ses obsessions" note Jean Grenier. Si influence il a exercé, c'est à son corps défendant. Inspirateur, au moins au début, concède-t-il, surtout avec son récit Les Îles, symbole de l'isolement, vision pessimiste du monde qui fera dire à Camus : "Jean Grenier n'est pas un humaniste." Camus c'est au contraire la révolte et l'espoir, ce qu'il a appelé son passage "du non au oui". [1] Esprit avant tout curieux et concret, il se méfiait de "l'existentiel". Un homme à facettes où prédominaient tout à tour "l'homme heureux" avec sa part de chance et "l'homme fier", l'homme du sud attaché à ses idées et les défendant pied à pied. Outre "Les Îles" dont il écrira la préface de la réédition, Camus trouve dans "Inspirations méditerranéennes" "la passion du soleil" et dans "L'esprit d'orthodoxie", "l'amour de la vérité".

 

Dans les années trente, Camus anime le Théâtre du Travail, [2] joue Le temps du mépris de Malraux dans la salle des Bains Padovani à Bab-el-Oued, adhère au Parti communiste et croit à une vie meilleure pour les arabes. C'est sur les conseils de Jean Grenier qu'il adhère au PCF, pour "faire évoluer les choses". [3] Contrairement à beaucoup d'autres, il s'engageait avec fermeté pour les causes qui lui paraissaient justes, comme pour Gary Davis refusant d'être mobilisé, restant discret sur son action dans ses relations privées; double attitude d'un homme qui passait pour sévère en public et plutôt décontracté en privé. Le moraliste aimait "la justice et la vérité", l'homme se sentait parfois bien seul et cherchait quelques certitudes parmi se doutes.

 

Camus concevait le théâtre comme un jeu charnel dominé par le mouvement, non comme un vecteur d'idées. Il porte "la marque d'une nostalgie de l'absolu" pense Jean grenier, celle de la mer et du soleil dans "Le Malentendu", celle de la perte de l'absolu dans "Caligula".

 

Dans L'Homme révolté, Camus s'attèle à démontrer la nocivité du culte de l'histoire et de la volonté de puissance. Dans cette logique, il dénonce l'approche hégélienne et critique certains aspects du surhomme nietzchéen. Il se tourne de nouveau vers la Grèce, confiant à Jean Grenier : "Plus j'avance et plus je suis étonné par la quantité de choses toujours vraies et neuves que les Grecs ont formulées." Au retour d'un voyage en Amérique, il est atteint d'une de ces crises de confiance, de découragement dont il est parfois victime. Il doute du succès de L'Homme révolté, se demandant s'il existe vraiment des valeurs éternelles, tachant comme il l'écrit "de faire son profit de l'ombre comme du soleil." Entre innocence et culpabilité, "ni bourreaux, ni victimes" écrira-t-il dans le journal Combat à cette époque, il cherche sa voie.

 

Son théâtre lui apporte alors peu de satisfactions, surtout après le double échec de L'État de siège puis des Justes. Après 1955 et la parution de L'Exil et le royaume, il voulait se lancer dans un récit qui ne soit pas comme les précédents ce qu'il appelle "un mythe organisé" mais "un roman d'éducation" par référence à L'Éducation sentimentale de Flaubert. Ce récit biographique, Le Premier homme, qui restera inachevé, il l'écrivit en grande partie à Lourmarin où il comptait s'installer loin du bruit et des rumeurs de Paris.

 

Jean Grenier eut l'occasion de rencontrer à Alger l'oncle Aicault chez qui Camus résidait alors. [4] C'était un homme affable et exubérant qui fit découvrir à son neveu l'œuvre d'Anatole France et Ulysse de James Joyce. De son côté, Grenier l'initia à Gide et Proust, qu'il apprécie beaucoup, se demandant ce qu'on peut bien pouvoir écrire après ce dernier. Il lui présente aussi Charlot, jeune homme de son âge qui deviendra vite éditeur et publiera à Alger les deux premiers livres de Camus L'Envers et l'endroit puis Noces, qui auront leur succès dans le milieu estudiantin. C'est l'époque où le touche des romans tels que La Douleur d'André de Richaud et La Maison du peuple de Louis Guilloux où on trouve une enfance pauvre à la soue de l'œuvre, "changer le malheur en beauté, écrit Grenier, comme si celle-ci ne pouvait entrer en nous que par une blessure." 

 

Notes et références

[1] Voir par exemple dans L'Envers et l'endroit, la nouvelle intitulée "Entre oui et non"

[2] qui deviendra bientôt Le Théâtre de l'Équipe

[3] Voir sa lettre à Jean Grenier du 21 juin 1934 où il se refusera toujours "à mettre entre la vie et l'homme, un volume du Capital." 

[4] Il y résida quelques mois après sa première attaque sérieuse de tuberculose (NDLR)

 

Voir les articles : Camus libertaire, Camus et Nietzsche
Voir aussi les fiches que j'ai développées sur d'autres sites :

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 12:55

Camus libertaire est écrit à partir d'un texte de l'écrivain Teodosio Vertone, L'œuvre et l'action d'Albert Camus, dans la mouvance de la tradition libertaire, avec une préface de Roger Dadoun.
 
            
Camus avec Sartre
 
Introduction
 

VOIR AUSSI

Antony Fresne :
"Albert Camus et les libertaires" - éditions Volonté anarchiste, 1985


Roger Dadoun :
"Albert Camus le méditerranéen" - Simoun n°3 - juin 1952

 

Ce qui fait la particularité d'Albert Camus : "La combinaison unique d'intransigeance politique et de discrétion morale, récusant toute forme de compromis." Sa révolte, il l'exprime contre tous les terrorismes, qu'ils soient le fait du franquisme, du FLN ou de l'armée française en Algérie, et à travers son essai "L'Homme révolté" paru en 1950, contre toute forme de totalitarisme, d'où qu'il vienne, l'aveuglement de ceux qui faisaient l'impasse sur la liberté au profit de la Révolution.
 
La polémique avec Sartre dans "Les Temps modernes" éclaire en contrepoint une image libertaire d'un Camus contre le destin et le pouvoir en place : " L'âme de la révolte, c'est le nerf de la pensée libertaire. " Son attitude est une mise à distance, une capacité d'analyse -la lucidité camusienne- lui permettant autonomie et affirmation de soi.
 
"L'Homme révolté" et "Les temps modernes"

"L'Homme révolté" donne aussi lieu à des échanges entre Camus et l'anarchiste Gaston Leval au sujet de Bakounine et de son évolution du nihilisme vers l'anarchisme. Dans ses courriers, Camus reconnaît qu'il a suivi la même évolution et reprendra le passage incriminé de "L'Homme révolté" à la lumière des informations de Leval. [1]

Sa filiation libertaire s'exprime aussi bien dans sa pensée , ses écrits que dans son action. Il a longtemps collaboré à des revues telles que "Témoins" ou "La révolution prolétarienne". Cependant, les critiques n'ont guère retenu cet aspect de sa pensée. Même si Pierre-Henri Simon dans "Présence de Camus" [2] pense que chez Camus " la peste, ce soit l'état tout court ", il le qualifie aussi d'anarchiste sentimental. Les difficultés qu'il rencontre, ses problèmes de santé vont "vacciner sa révolte contre les tentatives de l'absolu. "
 
Le Figaro parlera même de Camus comme "' le prince des bien-pensants ", suscitant les réactions indignées du mouvement libertaire [3] et de son ami René Char. Camus affirmait qu'il n'y a pas de liberté pour tous si certains peuvent s'enrichir sur la misère des autres, la vraie liberté impliquant la justice. [4] "Les Temps modernes" s'acharnent sur "L'Homme révolté" et la position de Camus entre la statu quo bourgeois et le socialisme césarien. Acharnement, le mot n'est pas trop fort : un article de Jeanson de 22 pages, la réponse de Sartre de 20 pages et celle de Jeanson de 30 pages. La polémique suscitait autant de pages que l'œuvre elle-même.
 
               
   « Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. »


L'engagement de Camus
 

********
" Albert Camus libertaire : "
" Une démonstration cohérente et rigoureuse de la pensée d'Albert Camus. " Roger Dadoun

Jean-Pierre Samson met l'accent sur l'engagement personnel de Camus dans son essai qui apparaît dans la compilation qu'il présente des différents aspects de la polémique dans "Actuelles II", refusant d'être prisonnier d'un système quel qu'il soit, une espèce de renégat, du nom de la nouvelle qu'il écrira plus tard. Dans son rejet de l'existentialisme, Camus face à l'absurde, refuse toute compromission et prône la révolte pour s'affirmer et défendre ses valeurs. Il écrivait déjà en 1945 dans "Combat" : " Je n'ai pas beaucoup de goût pour la trop célèbre philosophie existentialiste, et pour tout dire, j'en crois les conclusions fausses, " sans doute la raison profonde de la polémique. La réputation de Camus était d'ailleurs contrastée entre 'l'anti communisme et le 'saint laïc' issu du personnage de Tarrou dans "La Peste". [5]
 
Cette interprétation, Pierre-Henri Simon la réfute totalement [6] et Camus tient à préciser que son optimisme en l'homme s'oppose aux chrétiens qui croient en un absolu métaphysique et aux marxistes qui croient en un absolu de l'Histoire. [7] Avec ses amis anarchistes de "Révolution prolétarienne", qu'il contribua à financer, Camus fonda "Les groupes de liaison internationale" pour aider les familles victimes de Staline et de Franco. [8] Il fut aussi correspondant de "Témoins" de ses amis Monate et Samson, y participa activement avec Rirette Maîtrejean, anarchiste et femme de Victor Serge. Avec les groupes anarchistes et en particulier son ami Maurice Joyeux qui dirigeait "Le Libertaire", il fit de nombreuses interventions contre la répression en Espagne et dans pays communistes.  [9]

 


 
Sur le plan littéraire, Camus affirmera inlassablement que la seule réponse aux diverses formes de l'absurde, qu'elles soient de type nihiliste ou totalitaire, est la révolte de l'homme libre. Les thèmes de ses œuvres de fiction y contribuent largement : harmonie entre l'homme et le monde (Noces, L'Eté), réserve quant aux mécanismes institutionnels (L'Etranger), affirmation et limites de la révolte (Caligula, L'Etat de siège, Les Justes), liberté et solidarité (La Peste, Jonas). Sur le plan théorique, il définit "Le Malentendu" comme "une pièce de révolte " et intitule une série d'article dans "Combat" : Ni victimes ni bourreaux.

                     


La justice et la liberté

Pour Camus, la liberté est liée à la vie dans "Noces", " que la vie soir libre pour chacun et juste pour tous, c'est le but que nous avons à poursuivre, [10] ce qui implique le recours à une liberté collective, la seule "vraie liberté" qu'il connaisse, c'est la liberté d'esprit et d'action " écrit-il dans "Le Mythe de Sisyphe". [11]
 
Il rejette aussi bien " la société de l'argent et de l'exploitation que les états policiers... qui ne font que leur métier " ajoute-t-il dans son discours "Le pain et la liberté", discours prononcé devant des ouvriers à Saint-Etienne en mai 1953. Le socialisme césarien a choisi : la justice contre la liberté (avant de sacrifier la justice), son grand crime est d'avoir mutilé la révolte des libertaires et chassé la morale de la révolution.

Il voit bien, dans la tradition proudhonienne, la contradiction existant entre révolte et gouvernement. Seul l'Etat césarien peut se permettre de définir ce qui est juste, ce qui est vrai, qui est innocent ou coupable. Contrairement à la révolte, le communisme est une doctrine de culpabilité quant à l'homme et d'innocence quant à l'histoire. La vitalité de la pensée libertaire es tournée pour Camus vers sa tradition autant que vers son avenir.

A propos du " Mythe de Sisyphe "
C'est la confrontation entre l'homme et le monde 'déraisonnable' qui fonde la notion d'absurde. [12] La réponse à ce dilemme s'appelle la révolte, revendication de la dignité de l'homme et de sa liberté. La révolte dit 'non' à la condition métaphysique et historique de l'homme. Elle est avant tout un équilibre entre refus d'absurde et d'injustice et affirmation des valeurs communes aux hommes.


Voir l'article : Camus et Nietzsche
Voir aussi les fiches que j'ai développées sous Wikipedia :

 
Albert Camus et Michel Onfray, auteur de "Camus : L'ordre libertaire" 

Notes et références
[1] édition de La Pléiade, tome II, p. 152 et p. 750-753 - Voir aussi "Défense de l'homme révolté", La Pléiade II p.1702-1716
[2] Voir Pierre-Henri Simon, "Présence de Camus", éditions La renaissance du livre, 1961 </ref>
[3] Voir "Témoins" n°30, 1962
[4] Voir La Pléiade II p. 1697-98
[5] Voir La Pléiade II p. 355 
[6]Voir l'ouvrage de Vertone p. 32
[7] Camus a toujours affirmé son optimisme quant à l'homme et son pessimiste quant à sa condition.
[8] Voir "Témoins" n° 23 de mai 1960 
[9] Voir ses articles dans Le Monde libertaire en février 1955, Témoins n°5 en 1954 puis été 1956, Franc-tireur de mars 1957 
[10] Voir "Combat" de septembre 1944, Actuelles I ou La Pléiade pages 271-72
[11] Voir La Pléiade tome II page 140
[12] " Ce qui est absurde, c'est la confrontation d'un monde irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme. "  [Le Mythe de Sisyphe p. 113] 
 
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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 11:10

Albert Camus n'a jamais séparé son engagement politique dans les évolutions qui ont concerné aussi bien la France que l'Algérie ou que l'Espagne, pour ne citer que ces principales références, de son œuvre proprement dite.

 

1- Son engagement politique et littéraire

2- Entre journalisme et engagement

3- Albert Camus et l'Espagne

4- Notes complémentaires

 

 

1- Son engagement politique et littéraire

« L’une des seules positions philosophiques cohérentes, c’est ainsi la révolte » (Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, 1942)

En octobre 1951, la publication de L'homme révolté provoqua de violentes polémiques où Camus est attaqué de tous côtés et particulièrement par la gauche. La rupture avec Jean-Paul Sartre a lieu en 1952, après la publication dans Les Temps modernes de l'article de Francis Jeanson qui reproche à la révolte de Camus d'être « délibérément statique ». En 1956, à Alger, il lance son « Appel pour la trêve civile », tandis que dehors sont proférées à son encontre des menaces de mort. Son plaidoyer pacifique pour une solution équitable du conflit est alors très mal compris, ce qui lui vaudra de rester méconnu de son vivant par ses compatriotes pieds-noirs en Algérie puis, après l'indépendance, par les Algériens qui lui ont reproché de ne pas avoir milité pour cette indépendance. Haï par les défenseurs du colonialisme français, il sera forcé de partir d'Alger sous protection. [1]

 

Toujours en 1956, il publie La Chute, livre pessimiste dans lequel il s'en prend à l'existentialisme sans pour autant s'épargner lui-même. Il démissionne de l'Unesco pour protester contre l'admission de l'Espagne franquiste. C'est un an plus tard, en 1957, qu'il reçoit le prix Nobel de littérature. Interrogé à Stockholm par un étudiant musulman originaire d'Algérie, sur le caractère juste de la lutte pour l'indépendance menée par le F.L.N. en dépit des attentats terroristes frappant les populations civiles, il répond clairement : « Si j'avais à choisir entre cette justice et ma mère, je choisirais encore ma mère. »

 

Cette phrase, souvent déformée, lui sera souvent reprochée. Il suffit pourtant de rappeler d'une part que Camus vénérait sa mère, d'autre part que celle-ci vivait alors à Alger dans un quartier très populaire particulièrement exposé aux risques d'attentats. Albert Camus était contre l'indépendance de l'Algérie et écrivit en 1958 dans la dernière de ses Chroniques Algériennes que "l'indépendance nationale [de l'Algérie] est une formule purement passionnelle[.]", il dénonça néanmoins l'injustice faite aux musulmans et la caricature du pied noir exploiteur, et disait souhaiter la fin du système colonial mais avec une Algérie toujours française, proposition qui peut paraitre contradictoire.

 

2- Entre journalisme et engagement

Roger Quilliot appelle ce volet de la vie de Camus La plume et l'épée, plume qui lui a servi d'épée symbolique mais sans exclure les actions qu'il mena tout au long de sa vie (voir chapitre suivant sur l'Espagne). Camus clame dans Lettres à un ami allemand son amour de la vie : « Vous acceptez légèrement de désespérer et je n'y ai jamais consenti » confessant « un goût violent de la justice qui me paraissait aussi peu raisonné que la plus soudaine des passions. » Il n'a pas attendu la résistance pour s'engager. Il vient du prolétariat et le revendiquera toujours, n'en déplaise à Jean-Paul Sartre ; [2] la première pièce qu'il joue au Théâtre du Travail, Révolte dans les Asturies, évoque déjà la lutte des classes. [3]

 

Il va enchaîner avec l'adhésion au Parti communiste et son célèbre reportage sur La misère en Kabylie paru dans Alger-Républicain. [4] Il y dénonce « la logique abjecte qui veut qu'un homme soit sans forces parce qu'il n'a pas de quoi manger et qu'on le paye moins parce qu'il est sans forces. » Les pressions qu'il subit alors vont l'obliger à quitter l'Algérie mais la guerre et la maladie vont le rattraper. Malgré cela, il va se lancer dans la résistance. [5]

 

À écrire dans Combat, à lutter pour des causes auxquelles il croit, Camus éprouve une certaine lassitude. [6] Ce qu'il veut, c'est pouvoir concilier justice et liberté, lutter contre toutes les formes de violence, [7] défendre la paix et la coexistence pacifique, combattre à sa façon pour résister, contester, dénoncer. [8]


 

3- Albert Camus et l'Espagne

Les origines espagnoles de Camus s'inscrivent aussi bien dans son œuvre, des Carnets à Révolte dans les Asturies ou L’état de siège, par exemple, que dans ses adaptations de La Dévotion à la Croix (Calderon de la Barca) ou Le Chevalier d'Olmedo (Lope de Vega). [9] Comme journaliste, ses prises de position, sa lutte permanente contre le franquisme, se retrouvent dans de nombreux articles depuis Alger républicain en 1938, des journaux comme Combat bien sûr mais aussi d'autres moins connus, Preuves ou Témoins, où il défend ses convictions, affirme sa volonté d'engagement envers une Espagne libérée du joug franquiste, lui qui écrira « Amis espagnols, nous sommes en partie du même sang et j'ai envers votre patrie, sa littérature et son peuple, sa tradition, une dette qui ne s'éteindra pas. » [10]

 

C'est la profession de foi d'un homme qui est constamment resté fidèle « à la beauté comme aux humiliés. »

Pour ce qui est du communisme, après son adhésion pendant l'effervescence du Front populaire, sur les conseils de son ami et "maître" Jean Grenier, il s'en éloignement rapidement, dénoncera les ravages du stalinisme et protestera avec véhémence par exemple contre la répression sanglante des révoltes de Berlin-Est (juin 1953) et contre l'expansionnisme communiste à Budapest (septembre 1956).

 

Voir les articles : Camus libertaire, Camus et Nietzsche
Voir aussi mes autres fiches :

Sur Camus, écrivain engagé : [1]

 

Notes et références

[1] Voir La trêve civile 

[2] Qui lui a reproché dans Les Lettres françaises, de "s'être embourgeoisé"

[3] La pièce sera d'ailleurs interdite par le gouvernement général de l'Algérie

[4] En particulier, les articles intitulés La Grèce en haillons, Un peuple qui vit d'herbes et de racines ou Des salaires insultants

[5] « Pour être tout à fait précis, je me souviens très bien du jour où la vague de révolte qui m'habitait a atteint son sommet. C'était un matin à Lyon et je lisais dans le journal l'exécution de Gabriel Péri. » (réponse à Emmanuel d'Astier de la Vigerie, Actuelles page 185) 

[6] « Pour un temps encore inconnu, l'histoire est faite par des puissances de police et des puissances d'argent contre l'intérêt des peuples et la vérité des hommes. » Actuelles page 235

[7] « Jusqu'à nouvel ordre, résistant inconditionnel, -et à toutes les folies qu'on nous propose. » (Défense de l'homme, juillet 1949)

[8] « Le monde étant ce qu'il est, nous y sommes engagés quoi que nous en ayons. » (Ni victimes ni bourreaux)

[9]  Voir Les XXIe Rencontres méditerranéennes Albert Camus en 2004

[10] Ce que je dois à l'Espagne, 1958

 

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 10:11

Avec Camus : Comment résister à l'air du temps ?

    <<<<<<< Essai biographique sur Albert Camus écrit par le journaliste et écrivain Jean Daniel. >>>>>>>
          <<<<<<<<<<<< Editions Gallimard, 155 pages, isbn 2-07-078193-3, 2006 >>>>>>>>>>>>

         

Présentation

"Comment résister à l'air du temps ?", telle est la question qui préoccupe Jean Daniel au sujet d'Albert Camus, un "pied-noir" comme lui, qu'il a fort bien connu et qui fut son ami [1]. Ou plutôt, pourquoi cet engouement qui ne se dément pas, aussi bien pour l'homme Camus que pour son œuvre, comment expliquer sa surprenante pérennité, se demande-t-il mais bien sûr Jean Daniel connaît trop l'homme Camus et son époque pour être dupe d'une telle question. Il nous emmène sur les pas du Camus journaliste qui a dans ce domaine aussi exercé une grande autorité dans ce milieu.

De Alger Républicain à L'Express

Dans cet essai, c'est avant tout le journaliste qui intéresse Jean Daniel, lui qui a dirigé pendant si longtemps le Nouvel Observateur et en assure toujours les éditoriaux. Camus fut heureux dans son métier de journaliste et d'éditorialiste [2] : « il était comblé, donc en accord avec lui-même, sans nostalgie, sans aucun regret de ce que le journalisme l'empêchait de faire... »

 

À l'époque de sa jeunesse et d'Alger Républicain, il vit son affaire Calas, l'histoire du commis de ferme Hodent injustement emprisonné sur l'accusation de son patron. « J'ai connu Albert Camus en 1940, devait raconter Lemoine, longtemps 'typo' à France-Soir, » on pouvait lui faire des remarques, des suggestions, « il était tout de suite d'accord et avec la plus extrême gentillesse. » Puis dans la clandestinité et à la Libération, il devint l'homme de Combat, ce fut Ni victimes, ni bourreaux et bien d'autres articles.

 

« Quel sont les vices de la presse, se demandait-il dès le 31 août 1944, sinon l'appétit de l'argent et l'indifférence à la grandeur. » Il déplore que la presse veuille « plaire plutôt qu'éclairer. » Camus fera en 1955 une nouvelle expérience d'éditorialiste avec L'Express. Il recherchait avec angoisse une position juste dans le drame algérien. Mais les relations se dégradent avec Jean-Jacques Servan-Schreiber et l'expérience tourne court.

 

Après le retentissant appel Trêve pour les civils, il décide de se taire pour ne pas ajouter au drame : « Il ne devait plus se manifester publiquement que pour l'inlassable défense des torturés, des condamnés, des opprimés, en associant son action avec celle de Germaine Tillon. Encore exigeait-il... que on témoignage demeurât secret. »

 

« Que faire devant la terreur ? » s'interroge Jean Daniel, cette terreur en Algérie qui annihile toutes les bonnes volontés et hypothèque les solutions pacifistes. On a beaucoup reproché à Camus, remarque-t-il, la quasi absence de personnages arabes dans son œuvre, dans l'Étranger ou dans La Peste, mais « comment tenir pour rien ses reportages en Kabylie, les Chroniques algériennes [3] , sa correspondance avec Mouloud Ferraoun, Jean Amrouche et les autres ? Dans Le Premier Homme, n'écrit-il pas : « On est faits pour s'entendre, aussi bêtes et bruts que nous, mais le même sang d'hommes. »

 

Pour Sartre, il était « l'admirable conjonction d'un homme, d'une action et d'une œuvre. » L'homme et l'action sont dans le journalisme dont on peut dire qu'il fut, avec le théâtre, sa grande passion. « Mon royaume est de ce monde » écrit-il et il cite Pindare :« Ô mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible. » Supprimez 'âme', ajoute Jean Daniel, cela pourrait avoir été écrit sur les murs de La Sorbonne (en 1968).

 

Si dans les années soixante, Camus a été quelque peu oublié en France, il n'en a pas été de même à l'étranger où il était très estimé dans l'Europe communiste et L'Homme révolté considéré comme une référence essentielle. Des hommes comme Milan Kundera, Sakharov ou Boukovski « ont évoqué la dimension libératrice de l'œuvre de Camus. » En France, le retour à Camus coïncida avec « la vague antitotalitaire » qui secoua la France vers 1975. Jean Daniel rappelle les quatre règles que Camus définit :

 

- Reconnaître le totalitarisme et le dénoncer;
- Ne pas mentir et savoir avouer ce qu'on ignore;
- Refuser de dominer;
- Refuser en toutes occasions et quel que soit le prétexte tout despotisme même provisoire.


Retour à l'air du temps

L'actualité de Camus, c'est le refus de "l'illusion messianique", la volonté de vivre le présent avec toutes ses difficultés et d'éviter l'utopie des "lendemains qui chantent". Réfutant aussi bien le côté marxiste de Sartre que l'attrait de Raymond Aron pour Hegel, Camus plaçait dos à dos le communisme comme le libéralisme économique.

« L'innocence est un état d'ignorance... c'est la nostalgie d'un manque. »

 

Avant le meurtre, Meursault est innocent sans le savoir. Il ira même jusqu'à réclamer la malédiction des hommes : « il découvre en fait que l'innocence n'existe pas. » Car ajoute Jean Daniel, « l'innocence est, autant que l'imposture, au cœur de ce livre clé qu'est La Chute. Camus ne se veut "ni victime, ni bourreau" [4] » mais ne se sent pas pour autant innocent. Il s'agit bien, insiste Jean Daniel, du constat, et superbement dérisoire, de l'innocence perdue, de la communication impossible... c'est d'ailleurs ce que Clamence dit lui-même, que l'idée la plus naturelle à l'homme « c'est l'idée de son innocence. [5] » Sa méfiance vis-à-vis du marxisme s'explique aussi de cette façon : « Le marxisme est une doctrine de la culpabilité quant à l'homme, d'innocence quant à l'Histoire. »

 

En avril 2005, s'est tenu à l'université d'Alger un important colloque sur Albert Camus, encore impensable quelques années plus tôt, où même le président Bouteflika' s'est déplacé, lui qui connaissait par cœur des passages de Noces. Comme André Gide qui dénonce le stalinisme après son voyage en Russie soviétique en 1936 dans son livre Retour de l'URSS, Camus se veut un « homme qui résiste à l'air du temps, » avec courage et lucidité, dût-il beaucoup en souffrir.

 

Commencer la lecture de Camus par Le Premier Homme, c'est ce que préconise Jean Daniel. Dans cet ouvrage largement autobiographique, se distingue son enracinement dans le peuple, lui le fils d'une femme de ménage, son « oscillation entre le bonheur et l'absurde [6] », lui qui a écrit qu'il « avait constamment vécu comme un être comblé et menacé », avec une lucidité qui n'était pas à son époque dans l'air du temps.

C'est sans doute pourquoi Jean Daniel a placé en tête de la seconde partie de son livre cette citation de René Char, le poète et l'ami intime de Camus [7] : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. »

 

Bibliographie et références

Notes et références

 

[1] Voir la préface qu'il écrivit pour le premier récit de Jean Danien intitulé L'Erreur
[2] Ce qui ne fut pas forcément le cas dans d'autres domaines : voir Albert Camus ou la parole manquante
[3] Tome III de ses articles de journaliste consacrés à l'Algérie (1939-1958)
[4] Voir la série d'articles qu'il écrivit sous ce titre dans ses Carnets
[5] Comme illustration, Camus prend l'exemple de ce 'petit Français' qui, à Buchenwald, crie son innocence et dépose une réclamation: « Mon cas est exceptionnel, je suis innocent » clamait-il
[6] Dilemme qui rejoint un texte de L'Envers et l'Endroit intitulé Entre oui et non
[7] René Char vivait dans le Vaucluse à L'Isle-sur-la-Sorgue, pas très loin de Lourmarin

 

<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<< Christian Broussas - Feyzin - 20 mars 2012 - <<<<<<< © • cjb • © >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 19:31
Cette fiche Avec Camus fait référence à des textes biographiques ou des témoignages parus essentiellement lors de la commémoration du cinquantième anniversaire de sa disparition en 2010 :
1- Les derniers jours de la vie d'Albert Camus par José Lenzini
2- Albert Camus contemporain par Dolorès Lyotard
3- "Camus" par Virgil Tanase
4- Albert Camus, fils d’Alger par Alain Vircondelet
5- Camus l'intouhable par Jean-Luc Moreau

 


 
- Voir en rubrique Bibliographie les ouvrages de référence.
- Voir aussi la fiche présentant l'ouvrage de sa fille Catherine : Albert Camus, solitaire et solidaire 
1- Les derniers jours de la vie d'Albert Camus par José Lenzini
Les Derniers jours de la vie d'Albert Camus est un livre biographique retraçant dans le détail les jours qui ont précédé la mort brutale de l'écrivain Albert Camus, écrit par José Lenzini qui connaît particulièrement bien l'écrivain puisqu'il lui a consacré trois ouvrages. [1]
 
La trame de ces fêtes de fin d'années qu'Albert Camus et sa famille passent dans leur maison de Lourmarin dans le Vaucluse est bien connue. Le 3 janvier 1960, Albert Camus quitte la maison pour rejoindre Paris. Il voulait prendre le train mais son éditeur Michel Gallimard le convainquit finalement de prendre place dans sa voiture. Voilà donc le destin en marche.
 
Pendant le voyage, Camus est surtout préoccupé par l'écriture de ce roman qu'il a des difficultés à écrire, roman qui est près de lui dans l'auto, dans une serviette. C'est un homme célébré en particulier par le prix Nobel de littérature et encore jeune à quarante-sept ans, malgré des ennuis de santé dus à une tuberculose persistante. Mais il s'est difficilement remis des polémiques sans fin qui ont succédé à la publication de L'Homme révolté et de la remise du prix Nobel. Mais au cours du voyage, dans une grande ligne droite, la voiture de Michel Gallimard quitte subitement la route. Camus est tué sur le coup et dans sa serviette à ses côtés, on retrouvera le manuscrit inachevé du Premier Homme.
                                
Le livre de José Lenzini          José Lenzini                de Dolorès Lyotard
 
2- Albert Camus contemporain, Dolorès Lyotard
Albert Camus contemporain est un essai biographique sur l'écrivain Albert Camus, écrit sous la direction de Dolorès Lyotard, portant sur sa vie et son œuvre.
 
Comment approcher la modernité d'Albert Camus qui disait lui-même qu'il n'était « pas moderne. » C'est que justement à travers son style classique, il a tracé le chemin d'un humanisme dont son siècle l'avait désespéré mais qui y puisait pourtant les ressources nécessaires pour dépasser la problématique de l'absurde en espérant malgré tout découvrir un « Sisyphe heureux' » et du nihilisme, sublimant ses héros de sa pièce Les Justes.
 
Il établit dans L'Homme révolté le diagnostic d'un époque dominée par l'autorité de la raison totalitaire justifiant l'injustifiable au nom du progrès de l'Histoire. Avoir raison contre l'Histoire, c'est ce que ses contemporains ne lui pardonnèrent guère mais c'est son honneur d'avoir toujours défendu l'homme avant la raison. Et c'est aussi ce qui fait son actualité, un succès qui ne se dément pas.
 
C'est en ce sens qu'il apparaît à beaucoup comme 'contemporain', écrivain qui a posé en moraliste les questions qui sont encore propres à notre époque en ce début de XXIe siècle et dont la lecture de l'œuvre nous montre à la fois la grandeur de l'homme et ses faiblesses face aux évolutions et à la marche de l'Histoire.
                  
Le livre de Vircondelet               de Virgile Tanase
 
3- "Camus" par Virgil Tanase

Camus est un récit biographique sur la vie et l'œuvre de l'écrivain Albert Camus, écrit par le romancier et dramaturge Virgil Tănase. [2]
 
Si Albert Camus a beaucoup parlé de 'révolte', il a par contre rejeter l'idée de révolution telle qu'elle a été appliquée au XXe siècle. Homme à l'écoute de son temps, il en a épousé les doutes et les contradictions, cherchant sa voie dans un monde où la route semblait toute tracée par les grandes utopies qui l'ont parcouru.

 

Tour à Tour essayiste avec L'Homme révolté, dramaturge avec Caligula ou L'État de siège, romancier avec La Peste ou l'Étranger, journaliste avec ses nombreux articles dans Combat ou L'Express le prix Nobel de littérature qu'il reçut en 1957 ne changea rien à ses engagements.
 
Cet humaniste croit en la puissance de la vérité, en une révolte porteuse d'espoir dont il écrit : « Même mes révoltes ont été éclairées par la lumière. Elles furent presque toujours, je crois pouvoir le dire sans tricher, des révoltes pour tous, et pour que la vie de tous soit élevée dans la lumière. »
 
Si son œuvre a connu une telle résonance qui a fait de l'ombre à certains, [3] c'est qu'il a toujours cru en un monde solidaire, à l'innocente de l'homme face à l'indifférence du monde et que son humanité nous parle plus que jamais.


       
 
4- Albert Camus, fils d’Alger par Alain Vircondelet

Albert Camus, fils d’Alger est un livre biographique sur l'écrivain Albert Camus, écrit par Alain Vircondelet, essentiellement centrée sur sa vie, sa jeunesse à Alger. [4]
 
Camus et l'Algérie, c'est plus qu'un pays de naissance,, une relation passionnée où a pris racine l'imaginaire de l'écrivain et l'engagement de l'homme. « Oui, écrit Camus en parlant de l'Algérie, c'est ici que je me sens le droit de mourir tranquille, ici que je puis dire : "J' étais faible, j'ai fait pourtant ce que j'ai pu". » Avec le conflit et l'exil, elle est même devenue une sorte de paradis perdu, illuminant au fil du temps cette part intime qu'il appelait "obscure" et dont il regrettait, un an avant sa mort, qu'elle ne fut pas davantage perçue. La déchirure quand est venue de la guerre, l'idéalisation de son paradis perdu où il désespérait de pouvoir retourner, est vécue comme un exil et un "royaume" qui s'éloigne.

 

« En 1959, écrit l'auteur, quelques mois avant sa mort, contemplant les vignes dans la vallée et les lignes bleutées du Luberon, de la terrasse de la maison qu'il vient d'acheter à Lourmarin, Albert Camus aime à dire qu'en « envoyant la main", il touche l'Algérie. »


 
Si beaucoup d'ouvrages consacrés à Albert Camus font référence à sa pensée, à son action, cette biographie d'Alain Vircondelet ambitionne de nous parler de l'homme, l'homme intime un peu comme un ami, l'humaniste qui parle de la nature dans le lyrisme de Noces, à qui l'on reprochait justement ses recherches et ses doutes d'homme, cette tendresse dont sourd tant de ses écrits. « Aucun travail théorique, écrit Julien Demets, ne pourrait s’approcher davantage de ce penseur humain et indulgent, rebelle à toute pensée mécanique, raillé par qui considérait l’empathie comme une faiblesse. »
 
Il défend aussi Camus comme si les polémiques étaient toujours là, infligeant autant de blessures à l'homme, n'hésitant à mettre Jean-Paul Sartre sur la sellette pour finir par une critique de l’indépendance algérienne. Cette "défense et illustration" donne en tout cas une vision du personnage Camus absente des analyses des penseurs.

5- Camus l'intouchable. Polémiques et complicités par Jean-Luc Moreau
Camus l'intouchable. Polémiques et complicités est un essai écrit par Jean-Luc Moreau qui revient sur les polémiques qui ont jalonnées la vie d'Albert Camus et le succès pérenne de son œuvre.
« Intouchable » dit Jean-Luc Moreau dans son titre à propos d'un homme qui n'a cessé au cours de sa vie, d'être attaqué et que l'un de ses principaux contradicteurs Francis Jeanson, avait surnommé « le grand prêtre de la morale absolue. »
 
Cet homme, connu surtout comme écrivain, n'en a pas moins été aussi un journaliste engagé dès l'avant guerre à Alger Républicain, à Combat pendant et juste après la guerre puis en 1956 à L'Express. Il n'a guère cessé de susciter la polémique, que ce soit lors de la parution de L'Homme révolté avec Sartre et les existentialistes, [5] les controverses qui ont marqué ses relations avec André Breton, Roland Barthes ou Georges Bataille que même l'attribution du prix Nobel de littérature n'a pas suffi à éteindre.

Tel est l'objectif que s'est fixé Jean-Luc Moreau, de confronter les écrits, les points de vue en présence avec le recul nécessaire au "'regard froid'" de l'analyste. 
 
Alger Bellecourt
Informations complémentaires
Bibliographie
  • José Lenzini, Les derniers jours de la vie d'Albert Camus, Éditions Actes Sud, Collection Romans et nouvelles, octobre 2009, isbn 2742786295
  • Dolorès Lyotard, Albert Camus contemporain, Éditions Presses Universitaires du Septentrion, Collection Objet, 218 pages, novembre 2009, isbn 2757401114
  • Virgil Tanase, Camus, Éditions Gallimard, Collection Folio Biographies, 21 janvier 2010, 410 pages, isbn 2070344320
  • Alain Vircondelet, Albert Camus, fils d’Alger, Éditions Fayard, 2010
  • Jean-Luc Moreau, Camus l'intouchable,Polémiques et complicités, Éditions Écriture/Neige, 2010, isbn 978-2909240961
Liens externes
 

Voir les articles : Camus libertaire, Camus et Nietzsche

Voir aussi mes fiches suivantes :
Jean Daniel, Avec Camus : Comment résister à l'air du temps
Camus vu par Jean-Jacques Brochier  ----  Jean Sarocchi, Camus
Roger Grenier, Albert Camus, soleil et ombre
Morvan Lebesque, Albert Camus par lui-même  ---- Daniel Rondeau, Camus ou les promesses de la vie
 
Sur Camus, écrivain engagé : [2]
 
Notes et références
[1] Voir aussi, "Camus et l'Algérie", José Lenzini, isbn 2745908413 et "Albert Camus", José Lenzini, 2002, isbn 2745908413
[2] Voir Virgil Tanase raconte Camus
[3] Voir par exemple la polémique avec Sartre réunie dans Actuelles II ou le pamphlet de Jean-Jacques Brochier sur 'l'impotance' de Camus </ref>
[4] Voir aussi "Albert Camus. Vérités et légendes", Alain Vircondelet, photographies Jean et Catherine Camus, éditions du Chêne, 28/10/1998, 184 pages, [1]
[5] Lui que l'on a si souvent présenté comme un existentialiste et s'en est maintes fois défendu
 
<<< Christian Broussas - Feyzin - 20 février 2012 - © • cjb • © >>>
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