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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 14:56

Du fait divers à la fresque sociale

 

Référence : Florence Aubenas, L’inconnu de la poste, Éditions de l’Olivier, février 2021

 

Florence Aubenas l’appelle  « le routard immobile, » n’aimant pas trop s’éloigner de son territoire, même s’il se balade parfois  pour les besoins de son métier (épisodique) d’acteur ou pour rendre visite à Corinne son ex qui habite à Rochefort. Ce Thomassin est un enfant de la DDASS que le cinéma ne parviendra pas à sauver, qui connaîtra un parcours chaotique de marginal entre drogue, alcool et RSA, avec ses deux copains de débine Tintin et Rambouille, « on était les Dalton » diraTintin, et ferait un excellent gibier de potence. Un homme « attachant et décourageant » comme le décrit le cinéaste Jacques Doillon, qui l'a bien connu.

 

                   

 

Ce livre n’est pas la biographie de Gérald Thomassin, précise-t-telle, même s’il y joue le rôle principal, c’est l’histoire d’un meurtre à Montréal-La Cluse, village du nord de l’Ain, entre Oyonnax et le lac de Nantua,  la capitale historique du Haut-Bugey, dans ce qu’on a appelé "la vallée du plastique", en crise depuis plusieurs années.
Elle lui a rendu visite à sa sortie de prison et rapidement se prit au jeu.

C'est l'histoire d'une famille, un mari e qui va fuir ce drame avec leur fillette, son père, un notable dont l'univers s'est écroulé, animé par la vengeance, persuadé de la culpabilité de Thomassin.

 

C’est aussi l’histoire de ces villageois qui sont passés de l’agriculture à l’industrie du plastique,  de la bande de copines de Catherine Burgod, les deux potes de Thomassin qui traînaient avec lui, pris entre alcool et drogue, les derniers fermiers du village vivant tous les trois, retirés sur leurs terres avant de tout laisser tomber.

 

"L’Affaire", c'est le meurtre mystérieux de Catherine Burgod, tuée de vingt-huit coups de couteau dans le bureau de poste où elle travaillait. Florence Aubenas a mis sept ans pour reconstituer l’écheveau de ce fait divers, le climat d’un village de montagne où tout le monde se connaît, bouleversé par cette incroyable nouvelle : le meurtre d’une fille et femme de notables qui avait comme on dit, tout pour être heureuse et finit victime d’un crime que rien n’explique.

 

                   

 

L’enquête, malgré des investigations poussées, patine. Les enquêteurs n’ont guère de sérieux qu’une empreinte ADN qui ne "matche" pas comme ils disent, malgré les nombreux tests réalisés.   Même les "cadors" venus de Lyon se révèlent impuissants à élucider cette affaire. Les pistes classiques des proches et de la famille n’ont rien donné et il ne reste guère que les trois marginaux.

 

Tout oppose Catherine Burgod la victime et Gérald Thomassin le présumé coupable. Catherine est la petite fille gâtée qui malgré les apparences, ne trouve pas dans sa vie ce qu’elle y cherche obscurément et aboutira à deux tentatives de suicide. Gérald a toujours été traumatisé par ce père absent et cette mère qui ne lui a jamais rien apporté de bon. Ses succès au cinéma n’y ont rien fait, il porte en lui une fêlure où la réalité du quotidien n’a pas sa place. Ce sont ces blessures secrètes que la vie leur a infligées qui relient ces deux êtres.

 

Florence Aubenas nous entraîne dans un de ces univers dont elle a le secret dans une bouffée d'humanité et un climat délétère de crime, préférant s'intéresser aux êtres plutôt qu'au déroulement de l'enquête.
Reste ces deux questions essentielles : le comptable arrêté grâce à son ADN est-il réellement coupable, qu'est devenu Gérald Thomassin, disparu juste avant l'ultime confrontation et jamais réapparu depuis ?

 

Voir aussi ma fiche
Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham --
Joseph Ponthus, A la ligne, Feuillets d’usine --

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<< Ch. Broussas, Aubenas Poste 24/04/2021 © • cjb • © >
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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 14:51

Référence : Jean Verdon Étonnant Moyen âge, éditions Perrin, 365 pages, avril 2021

 

Un moyen Age hors des sentiers battus. 50 histoires qui refont l'Histoire.

 

Jean Verdon, spécialiste du Moyen âge, aborde cette fois-ci cette période de l’histoire à travers 50 anecdotes qui donnent une couleur particulière aux représentations traditionnelles qu’on a en général.  

 

         

 

Le Moyen Age est souvent passée pour une période assez sombre et violente pour mieux l’opposer à la rayonnante Renaissance. Mais peu à peu, beaucoup d’historiens ont bouleversé cette image dévalorisée. À partir de ces travaux, Jean Verdon nous donne un visage du Moyen Age plus conforme à la réalité, qui n’est pas sans nous étonner par sa complexité et la modernité, Pour peu qu’on se replace dans cette époque sans tomber dans l’anachronisme.

C’est à partir de cet objectif que Jean Verdon a choisi des faits et des événements représentatifs de la vie et des mentalités des gens de ces temps médiévaux dont on peut retenir quelques exemples pris au hasard.

 

               



La campagne alors se différencie assez peu de la ville, on trouve parfois des animaux paissant dans les rues de Paris, ce qui n’était pas sans dangers comme ce cochon qui fit tomber de son cheval le fils aîné du roi Louis VI le Gros qui fut tué dans cet accident ! À fait divers, grave conséquence qui fit disparaître le prétendant au trône de France.

Les rapports sexuels entre époux étaient largement réglementés par l’Église, les seuls rapports sexuels tolérés étaient alors limités à un nombre réduit de jours, dans le seul but de procréation. Violer cet interdit pouvait selon les curés provoquer la naissance d’enfants infirmes...
L'Église se trouvait vers la fin du XIVe siècle et au début du XVe, dans une situation très difficile, écartelée entre trois papes, ou plutôt deux papes et un antipape (un pape non reconnu officiellement), provoquant anarchie et désordres.

 

               

Le cimetière médiéval est aussi très différent qu’aujourd’hui. Il est bien sûr réservé uniquement aux chrétiens, la séparation d’avec les vivants n’étant pas hermétique. Vers la fin du Moyen Age, des réglementations interdirent peu à peu aux habitants d'y résider, d’y faire du commerce, de tenir des réunions ou de s’y amuser.

L’espérance de vie était bien plus courte et la mortalité infantile considérable. Les voyages sont longs et aléatoires, les routes n’étant souvent pas très sures. Ils pouvaient durer des mois, voire des années pour les plus longs. L’horizon de la plupart des gens se circonscrit à leur commune. Les rois ne connaissaient pas forcément leur royaume, ils sont souvent des itinérants, transportant en de longues processions tous leurs biens.

 

         

 

La langue française est considérée comme la langue européenne, parlée par les classes dirigeantes de la plupart des pays. Les Anglais en particulier qui s’exprimaient en français depuis la conquête de leur pays en 1066 par Guillaume, le duc de Normandie.

Autant d’exemples qui peuvent maintenant nous paraître très surprenants et nous présentent en tout cas un autre Moyen Age, bien loin des présupposés habituels.

Voir aussi ma fiche :
Jean Verdon La vie quotidienne au Moyen âge --

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<< Ch. Broussas, Verdon Étonnant MA 05/05/2021 © • cjb • © >
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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 14:38
Bernard Clavel dans le Rhône entre Lyon et Vernaison

Fiche du 5 octobre 2011 pour le 1er anniversaire de sa disparition
 

     
Clavel à Lyon et en 1968 pour le Goncourt


 Dès 1946, Bernard Clavel s’installe avec sa femme et son premier fils, dans une petite maison à Vernaison, village situé à la sortie sud de l’agglomération lyonnaise. Il se sent libre, un "sauvageon" dit-on, toujours pieds nus dans ses sahariennes, vivant l’existence quotidienne des riverains dans ce milieu entre terre et eau qu’on appelle "les lônes" du Rhône, formées d’une végétation touffue de plantes et d’arbustes parfois épineux, les "vorgines". Il aimait sentir la matière vivante, créer de ses mains comme son père pétrissait son pain, maniait avec plaisir la truelle et le rabot et passait de longues heures devant son chevalet à tenter de saisir sur sa toile les reflets irisés des eaux changeantes du Rhône.

         Inauguration du parc Clavel à Vernaison

Il écrit aussi et le virus de l’écriture ne va pas tarder à supplanter la peinture. Débuts difficiles avec la naissance de deux enfants, une vie d’artiste ponctuée de petits boulots. Il commence à écrire dans la revue Résonances dirigée par Régis Neyret, nombre d’articles sur la culture locale puis sera homme de radio à Radio-Lyon, s’exerçant à la fiction. Il connaît quelques succès d’estime, prix Résonances du jury (présidé par André Maurois) et prix des lecteurs pour sa nouvelle "La Cane". Il publie en feuilleton dans le journal Le Progrès de Lyon un récit intitulé "Vorgines", histoire largement inspirée de sa vie à Vernaison, paru plus tard sous le titre "Pirates du Rhône". [1] En 1957, il quitte Vernaison pour s’installer à Lyon, d’abord sur les rives de Saône, quai Romain Rolland dans le Vieux-Lyon puis à partir de 1961, sur le cours de la Liberté dans le quartier de la Préfecture.
 
  
Le Rhône à Vernaison                             Le pont de Vernaison vu du parc Clavel

Sa relation particulière avec Lyon et le Rhône naîtra très tôt d’un premier voyage chez des cousins qui habitent sur le cours Gambetta, près du fleuve et de la place du Pont. Il veut absolument voir les bas-ports du Rhône au pont de La Guillotière où débarqua "le Petit Chose" en oubliant son perroquet, cet endroit où « l’Hôtel-Dieu se reflète dans le fleuve. » [2] Il évoquera plus tard ce souvenir, écrivant : « Tout ce que j’ai écrit sur la batellerie, sur la puissance du Rhône, est parti de là. La ville de Lyon est devenue en quelque sorte ma deuxième patrie après le Jura. » Le Rhône exercera sur le gamin qu’il était alors, une telle fascination qu’il en fera le "héros" de plusieurs de ses romans, jusque dans ses dernières œuvres. [3] Il écrira même un roman "La Révolte à deux sous" dont la ville de Lyon est le véritable héros, histoire d’une des révoltes des canuts, les ouvriers lyonnais qui travaillaient la soie, qui ont émaillé le XIXe siècle. [4]

               
Inauguration de la bibliothèque Bernard Clavel à Courmangoux dans l'Ain
Clavel et sa femme Josette Pratte


Quelques temps après, lors d’une autre visite avec son père qui recherche son ami Ponard, il parcourt à pieds tout le quartier de La Croix-Rousse, arpentant les Pentes à partir de la place des Terreaux, passant devant le bâtiment des Beaux-Arts qu’il aurait aimé fréquenté, sillonnant en vain les rues du Plateau. Le lendemain, ils firent de même dans le quartier de La Guillotière où ils finirent par débusquer l’ami boulanger. De son premier roman, sa seconde femme Josette Pratte dira : « C’est exactement l’atmosphère qu’on retrouve dans tes romans lyonnais. » [5] Atmosphère qu’on retrouve aussi avec cette neige sale des rues de la Presqu’île entre la place Bellecour et la gare de Perrache dans son roman "Le Retour du père" ou les rues étroites et tristes du Vieux-Lyon dans "L’Homme du Labrador".
.
         
Expo images, SMIRL               Vernaison L’île de la Table ronde

Á Lyon, il se lie d’amitié avec deux autres écrivains lyonnais Gabriel Chevallier [6] et Jean Reverzy, "le médecin des pauvres", pour qui confie-t-il dans une interview : « j’ai pleuré comme un enfant quand il est mort en juillet 1959. » Avec Reverzy, ce n’est pas seulement la littérature qui les unit, leur passion commune pour Gauguin, [7] c’est une vision commune de la vie, « son poids d’humanité vraiment extraordinaire. » Gabriel Chevallier est plus distant, d’un abord plus difficile mais confie Bernard Clavel, « nous avons mis du temps à nous connaître, c’est ensuite une amitié indéfectible. »
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À Lyon : Au temps de l'affaire Devaux       Aux Célestins

C’est aussi à Lyon que Bernard Clavel va commencer le long combat pour la liberté, contre la violence et la guerre, qu’il mènera toute sa vie. [8] Il dénoncera par exemple les défilés militaires dans un article de Résonances. Il se battra contre les injustices et sera en particulier aux côté de Robert Boyer pour demander la révision du procès de Jean-Marie Devaux, injustement condamné pour le meurtre d’une fillette à Bron dans la banlieue lyonnaise. [9]

JPEG - 12.1 ko   Entrée du parc Clavel à Vernaison
 
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Clavel et le Rhône : Je te cherche vieux Rhône

Ce livre est dédié à ses amis de Vernaison, les Pirates du Rhône, et plus précisément : « Je dédie ce livre à la mémoire de Paul Beaupoux et de Jo Revolat... de Charles Vachon et à tous les charpentiers de bateaux, à Josian Olivier et à tous les bateliers meurtris, à René Portier et à tous les sauveteurs de la vallée... »

Bernard Clavel a célébré le Rhône tout au long de sa vie, ce fleuve auprès duquel il a longtemps vécu, il l'a particulièrement aimé et en a fait le héros de plusieurs de ses romans, en particulier Le Seigneur du fleuve, roman publié en 1972 aux Éditions Robert Laffont.

Il l'a aussi présenté dans un album où l'on retrouve l'atmosphère et certains personnages de Le Seigneur du fleuve, album paru sous le titre Le Rhône ou les métamorphoses d’un Dieu, Éditions Hachette Littérature, avec des photos d'Yves-André David en 1979, puis repris sous le titre Je te cherche vieux Rhône, aux Éditions Actes Sud, en 1984.

Je te cherche vieux Rhône
Dans cet album autobiographique consacré au Rhône, on retrouve le décor, les personnages, l’ambiance dont Bernard Clavel se servira pour écrire plusieurs de ses romans. C’est ce qu’il nous confirme ici : Sur une carte datant de 1845, « j’y retrouve le Rhône que j’ai suivi avec mes héros en écrivant Le Seigneur du fleuve. »

Le Rhône pour Bernard Clavel : point d’orgue de sa "géographie sentimentale", fruit d’un amour déçu qu’il traîne comme une blessure. Cette évolution apparaît dès la première page quand, à travers une citation de Jean Giono, il dit « Un fleuve est un personnage, avec ses rages et ses amours, sa force, son dieu hasard, ses maladies, sa faim d’aventures. » Puis à travers une nouvelle citation de Denis de Rougemont, il dit son amertume face aux attaques du progrès qui le défigurent : « J’appellerai maintenant pollution non seulement ce qui salit, mais ce qui est impropre aux êtres, aux choses et aux processus biologiques, et leur est brutalement imposé. »
Le progrès a fini par réduire en esclavage « le fleuve le plus fier de notre terre. »


Pour Bernard Clavel, le Rhône prend sa source à Lyon, « la cité des soies, des patenôtres et des brumes » au pied du pont de La Guillotière où remontait le confluent avant les travaux de Perrache quand les longues rigues se préparaient à la décize. Car, malheureusement pour le fleuve, « l’homme est un modeleur de l’univers. »

Il y décrit des personnages qui résonnent à travers son œuvre, cette guinguette qui en rappelle une autre, ces vorgines, ces lônes, lieux faits de terre et d’eau où se meuvent « les pirates au visage d’ombre, » Portier pilote et force de la nature, véritable « Seigneur du fleuve, » Revolat le champion de joutes, les sauveteurs-jouteurs de l’Union marinière ou Beaupoux l’infirmier qui s’occupe aussi des sauveteurs. « Il est des êtres tels qu’il faudrait qu’un romancier fût d’un orgueil dément pour espérer créer plus beau, plus fort, plus éloquent. »

 

Image illustrative de l'article Le Seigneur du fleuve Le Rhône et la batellerie

 

Il y décrit ce Rhône, dont dit-il « je l’ai pourtant emporté avec moi, comme j’ai partout emporté la terre de mon Jura natal, » la ville de Lyon d’avant Lugdunum, la ville celte de Condate au confluent, celle qu’il décrit dans son roman Brutus. Déjà, quel que soit le lieu où il habite, loin du bureau où il travaille, il vit dans sa tête, « une fois de plus, la millième peut-être, un des mes compagnons d’autrefois, entré de plain-pied et de plein droit dans mes romans, venait de s’en évader pour me tirer du lit. »

Il nous parle de mademoiselle Marthouret, la mémoire de la batellerie à Serrières-sur-Rhône, de son musée de la Chapelle des mariniers avec ses croix qu’on plaçait à la proue des bateaux avant l’irruption de la marine à vapeur, l’évocation de ces croix sculptées qu’il va graver dans la dernière page de son roman Brutus. Bernard Clavel l’a beaucoup fréquenté ce musée mais « par le rêve endormi ou éveillé, c’est des milliers de fois que j’ai fait le voyage. »

Son Rhône à lui, ce sont les émotions qu’il a ressenties, cette puissance, cette lumière qui lui a donné envie de se lancer dans l’écriture, une osmose avec la peinture d’abord puis avec la littérature. «  Ce n’est pas uniquement dans le lit qu’ils se sont creusé que coulent les fleuves, c’est en nous. Tout au fond de nous, douloureusement.

Merveilleusement. » Les milliers de tonnes de pierres déversées sur ces rives, les jetées, les murs édifiés, un énorme chantier a dompté et défiguré le fleuve. Mais la nature a tendance à reprendre ses droits et la vorgine repousse sur ce nouveau décor. Bernard Clavel est doublement malheureux : il ne parvient pas à admettre les blessures faites à son fleuve, il n’arrive pas non plus à condamner le progrès technique. « Le Rhône, il a sa force en lui, disait Beaupoux. Elle peut dormir des années ou des siècles… mais elle finira toujours par resurgir. »

Il se souvient de la première fois, quand il est tombé amoureux du Rhône, « ce regard d’astre pure et d’eau flamboyante qui m’accompagnera jusqu’au delta boueux de mon ultime décize. »

 

           
   
  Le Rhône à Serrières                        Le Rhône à Vienne

<< Christian Broussas - Le Rhône - Feyzin, 10/12/2009 - © • cjb • © >>

Bibliographie sélective

  • Romans : Le voyage du père, Robert Laffont, 1965, Le Seigneur du fleuve, Robert Laffont, 1972, La Révolte à deux sous, Albin Michel, 1992
  • Essais et récits : Le massacre des innocents, Robert Laffont, 1975, Lettre à un képi blanc, Robert Laffont, 1979
  • Préfaces : Mourir pour Dacca, Claude Mossé, Robert Laffont, 1972, Ecrits, Louis Lecoin, Union Pacifiste (UPF), Boulogne, 255 pages, 1974, Revue Liberté de Louis Lecoin, pacifisme et objection de conscience, Les Travailleurs Face à L'armée, Jean Authier, Union Pacifiste de France, Albin Michel, 1992

Autres fiches consultables :
* Bernard Clavel à Courmangoux dans le Revermont - à Château-Châlon - à Dôle -

Notes et Références
[1] « Il y a encore des gens qui me disent : "Je vous ai découvert en lisant ‘Vorgines’ dans Le Progrès" » aime à dire Bernard Clavel
[2] Les bâtiments de l’Hôtel-Dieu s’élèvent sur le quai, à l’angle de la rue de la Barre, face au pont de La Guillotière. L’Hôtel-Dieu a été désaffecté en 2010 et sera reconverti en centre d’activités et d’affaires dans les prochaines années.
[3] Sur sa description du Rhône, en particulier sur sa puissance, voir ses deux romans "Le Seigneur du fleuve" et "La Table du roi"
[4] Sur la révolte des Canuts, voir l'excellent livre de l'historien lyonnais Fernand Rude : "La révolte des canuts, 1831-1834", essai (poche), paru en 09/2007
[5] Roman intitulé "Le Retour", jamais publié et déposé dans le fonds Bernard Clavel à la bibliothèque de Lausanne
[6] Gabriel Chevallier : écrivain lyonnais surtout connu pour avoir écrit "Clochemerle" et la suite en trois volumes. Bernard Clavel aimait surtout son roman "La Peur", dénonciation de la guerre.
[7] Bernard Clavel écrira à cette époque une biographie du peintre Paul Gauguin
[8] Voir en particulier son essai-témoignage intitulé "Le Massacre des innocents"
[9] Voir ma fiche sur L'Affaire_Deveaux

     <<< Christian Broussas - Feyzin, 16/10/2012 - <<© • cjb • © >>>

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 14:20

Référence : Pierre Rabhi et Juliette Duquesne, « L’humain au risque de l’intelligence artificielle », éditions des Presses du Châtelet

« L’IA pourrait être le plus grand danger auquel nous serons confrontés en tant que civilisation. » Elon Musk

L'intelligence artificielle est en train de poser un grave problème dans la mesure où ses possibilités ont tendance à être surévaluées car on ne sait pas trop comment évaluer ses limites, comment se représenter de façon concrète cet univers prédictif difficilement évaluable.

 

          

Pour beaucoup, l’intelligence artificielle, c’est l’avenir, un avenir fait de robots et d’un impalpable qu’on appelle "super intelligence", faute d'une connaissance précise de ce concept.

L’ouvrage analyse les limites de l’intelligence artificielle dans les domaines de la publicité ciblée, des bugs algorithmiques difficilement décelables ou des questions de surveillance. Plutôt que tenter de cerner cette expression assez floue, il vaudrait mieux parler de capacité de calcul et laisser les fantasmes de côté.
Le problème est avant tout de savoir jusqu'à quel point ces mécanismes sont capables de se réapproprier la masse d'informations qu'ils gèrent et de quelle façon.

 

       
L'IA entre progrès et dangers

 

Des téléphones sur écoute

L’IA repose sur l’exploitation d’une masse de données qu’elle intègre ensuite à ses capacités de traitement. On met le doigt sur un point essentiel avec ces fameuses données qu’on nous "extorque" sur internet, espionnant nos comportements et qui servent nous dit-on à notre bien pour mieux cibler les publicités qu’on nous envoie gracieusement.
Cette constante surveillance crée un sentiment permanent de méfiance, amplifié par des scandales récents comme celui de Cambridge Analytica ou les révélations d’Edward Snowden.

Si le flicage des téléphones portables paraît très difficile pour des causes techniques, ce phénomène engendre quand même un climat de paranoïa ambiant. Il n’en demeure pas moins que d’autres pratiques posent de nombreux problèmes : surveillance d’objets connectés comme les enceintes ou des boîtes mails, captures d’écran de l’utilisation de leur application par certaines sociétés, sans autorisation et pouvant contenir des données personnelles comme des SMS, renforcement des idées complotistes qui fleurent sur le web.

 

       



La logique des plateformes sociales consiste à valoriser les contenus les plus « porteurs » générateurs de réactions, ceux qui sont le plus partagés et sont ainsi mis en valeur. Résultat, les fakes news fleurissent, créant une méfiance grandissante envers internet.
(Roger McNamee, investisseur historique de Facebook)

Une lourde tendance est « le rôle du complotisme qui est une "démission de la pensée", une explication démagogique. » (Marie-Jean Sauret, psychanalyste et chercheur à l’université Jean-Jaurès de Toulouse. « Douter de tout ou tout croire, ce sont des solutions… qui nous dispensent de réfléchir », disait en son temps le scientifique Henri Poincaré.

 

         

 

La relation homme-machine

Pour Marie-Jean Sauret, notre société « promeut le règne d’une idéologie scientiste qui répond à toutes les questions à travers la science ». Et celle-ci exclut la nuance de son champ d’investigation. Toujours selon lui, « le savoir de la science est paranoïaque par essence ». Or, la métaphysique ne peut rivaliser avec le savoir scientifique et toute une vie par exemple ne suffit pas à trouver des réponses satisfaisantes à la question du sens de la vie.

 

         
                                                          IA et information

 

Le complotisme, qui élimine tout raisonnement critique, devient alors la réponse à tout. Il suffit pour cela d’avoir envie de croire. L’effet pervers de l’IA est de pousser les gens vers la paranoïa. Ceci est d’autant plus vrai qu’on n’a pas vraiment testé l’efficacité de l’IA, ses programmes pouvant être parfois opaques ou sous-évalués et pose ainsi la question centrale du rapport coup-efficacité pour la société.

L'évolution technologique actuelle s'oriente vers un processus de connexion entre un cerveau humain et un ordinateur. (Voir la société Neuralik créée par Musk en 2016) Ce serait d'après Elon Musk lui-même la possibilité de créer « une symbiose entre le cerveau humain et l’intelligence artificielle. ».
Si ce futur inquiète Elon Musk [1], d'autres comme le PDG de la société chinoise Alibaba ne sont guère inquiets, soutenant que « les ordinateurs ont seulement des puces, les hommes ont le cœur. C’est du cœur que provient la sagesse. »
C'est un peu court pour évoquer les conséquences possibles de cette technologie et son impact sur nos modes de vie.

 

 

Notes et références
[1] Elon Musk dirige des sociétés comme SpaceX (espace), SolarCity (maisons solaires), Tesla (voitures électriques), Neuralink (neuro technologie) et Paypal.

Voir aussi
Vingt dangers de l’IA -

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<< Ch. Broussas, Dangers IA 09/05/2021 © • cjb • © >
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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 20:32

             
                                                             Si, si, c'est bien lui !
 

Voilà quelques touches pour esquisser un portrait en creux d'un homme qui se livre peu, sinon de temps en temps au hasard d'interviews,  sans doute à la recherche de notes couleur menthe à l'eau. 

Eddy Mitchell parlant littérature, c’est assez inédit me direz-vous. On le croirait plutôt féru de BD, les deux n’étant apparemment pour lui pas incompatibles. Dans la biographie écrite par Didier Varrot, "Il faut rentrer maintenant", il avoue être un fan de l’écrivain Céline dont il dit : « Voilà un écrivain qui assène une baffe magistrale à la littérature. En une phrase, il vous raconte ce qu’un autre mettrait deux chapitres à écrire. Si vous prenez le passage sur l’Amérique dans "Voyage au bout de la nuit", dès la première phrase on y est. Il arrive à New York et il écrit: "New York est une ville qui se tient debout". Voilà, tout est dit, c’est extraordinaire. »

 

   

 

Concernant la cause des femmes, il nous livre son sentiment : « Je ne suis pas féministe mais l’évolution de la femme est l’une des plus belles évolutions qui soit parce qu’elle est juste. Je n’ai jamais compris l’inégalité des sexes. Nos grands-parents étaient vraiment à la ramasse pour accepter qu’une femme ne puisse pas avoir les mêmes droits qu’un homme. Le droit de vote, l’indépendance économique, la liberté de procréer ou non… Pour au moins cela, merci Mai-68. »

 

         
Les écrivains Louis-Ferdinand Céline (le préféré) et Tennessee Williams (le détesté)

 

Le cinéphile n'est plus à présenter mais le défenseur du western a aussi un regard critique sur certains aspects du cinéma comme on peut le constater à travers ces quelques remarques : « Avoir un avis définitif sur James Dean, qui n’a enchaîné que trois films, c’est aller un peu vite en besogne.» Ou bien : Soudain l’été dernier", [1] je m’endors au même moment. Et s’il s’agit de "Un tramway nommé désir", [2] j’ai du mal à garder mon sérieux. »
Décidément, Tennessee Williams et son théâtre sans doute trop intello à son goût, ce n'est pas sa tasse de thé.

 

       
Eddy dans "Coup de torchon"                          Les vieilles canailles

 

Sur le plan politique, on connaît son scepticisme, ce qu’il pense de François Hollande « l’ami molette » ou Sarkozy « l’ami talonnette ». Il observerait plutôt une certaine neutralité sans illusions, précisant : « Dès les années 60, la politique m’a donné la nausée. Je laissais courir, d’ailleurs je refusais de voter. L’idéal serait d’opter pour le vote blanc, à condition qu’il soit réellement comptabilisé dans les résultats électoraux. Un signal politique fort plus responsable que l’abstention. »

Mais quand même, le P’tit Claude de Belleville le titille toujours quand il précise : « Il est vrai que mon cœur serait plutôt à gauche. Mais quelle gauche? Aujourd’hui, j’en suis revenu. Non pas de tout, mais je suis tout de même désabusé en ce qui concerne la politique. (…) Je m’oblige à voter parce qu’il y a toujours le spectre du Front NationalMarine Le Pen est un tribun redoutable, méfiance! Et, excusez-moi de le dire, ce parti-là me fait toujours aussi peur. »
Une remarque qui a goût d’unité républicaine.

 


L’humour "schmolien" de la légende : « Pendant que vous y êtes, faites-moi la barbe ! » [3]

 

Et toujours cet humour plein d’ironie qui le caractérise, par exemple dans ce trait à propos d’un paparazzi pas vraiment doué qui avait refilé au journal "Voici" une photo prise sur une plage, le représentant accompagné de Muriel, sa femme légitime. Une photo avec cette légende: « Eddy Mitchell avec sa nouvelle compagne ! » Information que le journal n’avait pas cru devoir vérifier.
Conclusion d’Eddy : « J’aime tellement ma femme que je ne sors qu’avec ses sosies. »
Des mots qui font mouche... comme ceux de Céline.

 

              
Eddy  et Laurent Gerra                                Eddy et Muriel

 

Notes et références
[1] Film de Mankiewicz d'après une pièce de Tennessee Williams, sombre histoire basée sur la psychanalyse, avec Élizabeth Taylor, Katharine Hepburn et Montgomery Clift

[2] Célèbre film d'Elia Kazan d'après la pièce de Tennessee Williams avec Vivien Leigh et Marlon Brando, une histoire de ménage à trois assez lugubre dans le climat humide de La Nouvelle-Orléans
[3] Une caricature du futur Eddy, parue dans Risque-tout en 1956

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<< Christian Broussas • Eddy portrait © CJB  ° 06/05/2021  >>
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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 15:30

Référence : Delphine de Vigan, Les enfants sont rois, éditions Gallimard, Collection Blanche, mars 2021

 

         
                              Delphine de Vigan et son compagnon François Busnel

 

Pour concevoir ses romans, Delphine de Vigan s’inspire d’épisodes de sa vie. Elle a ainsi évoqué son anorexie dans Jours de faim, les tendances suicidaires et les troubles maniaco-dépressifs de sa mère dans Rien ne s’oppose à la nuit, sa peur de la page blanche dans D’après une histoire vraie.

Elle a le souci de créer des personnages attachants confrontés à des problèmes de société comme le harcèlement moral au travail dans Les Heures souterraines, ou encore l’alcoolisme chez les jeunes dans son roman Les Loyautés.

 

                 

 

Comme souvent, Delphine de Vigan traite dans son dernier roman des problèmes inhérents à notre société avec des réseaux sociaux omniprésents, des mentalités mercantiles qui hypothèques le collectif, un monde des apparences.

Elle raconte l’histoire de deux femmes, Mélanie Claux et Clara Roussel, au destin contrasté. Leur première rencontre n’augurait rien de bon, Mélanie s’étonnant de la petite taille de Clara qui cachait cependant son autorité et Clara remarqua l’aspect apprêté de Mélanie qui lui faisait penser à une poupée.

 

                   

 

Mélanie Claux est obnubilée par l'idée de devenir célèbre. Jusque-là, elle n'a pas réussi : son unique participation à une émission de tété-réalité s'est mal passée. Elle a reporté ses espoirs sur ses enfants Sammy et Kimmy en organisant sur You Tube une chaîne nommée Happy Récré et c'est une réussite.
Ils sont suivis par des millions d'abonnés, qui commentent la moindre événement qui puisse célébrer les avantages du consumérisme.

Clara Roussel a un tout autre profil. Marquée par la mort brutale de ses parents et sa solitude, elle est embauchée par la Brigade criminelle comme "procédurière", collationnant les indices des scènes de crime puis résumant dans un compte-rendu les résultats de ses investigations.

 

         

 

Elles vont se rencontrer à l'occasion de la disparition de Kimmy, la fille de Mélanie âgée de sept ans pendant un jeu en bas de chez elle. Disparition inexpliquée que l'enquête qui suit tente d'élucider en pénétrant le monde des influenceurs.

 




Elle peut évaluer à cette occasion la perversité d'Happy Récré qui fait de ses deux enfants des rois avant d'en faire des victime.

Le lecteur est plongé dans cette société qui en 2010 débute pendant "les années loft" pour s'achever en 2031, une société où fleurissent les réseaux sociaux, marquée par l'individualisme et par la certitude que tout peut s'acheter.

Mes fiches sur Delphine de Vigan
* Les Gratitudes 2019- Les Loyautés 2018- Les heures souterraines --
* D'après une histoire vraie :
Prix Goncourt des lycéens et Prix Renaudot 2015, adaptation ciné en 2017 de Roman Polanski --

 

                 

 

Voir aussi
* No et moi, prix des libraires 2008 et Prix Rotary international 2009, adaptation ciné en 2010 de Zabou Breitman --
Rien ne s’oppose à la nuit , Prix du roman FNAC, Prix des lectrices Elle, Prix du roman France Télé et Prix Renaudot des lycéens 2011 --

<< Christian Broussas – Enfants rois - 03/03/2021 <><> © • cjb • © >>

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 15:21

Référence : Philippe Sollers, Légende, éditions Gallimard, Collection Blanche, mars 2021

 

              
Sollers et Julia Kristeva sur les marches du théâtre de Bordeaux en 2014

 

La société actuelle est « une société de l'indiscrétion générale » où la « discrétion est capitale. » Philippe Sollers

Une nouvelle fois, Philippe Sollers dénonce les troubles "obsessionnels" de son époque à travers une médiation historique mâtinée d'une bonne dose d’ironie coutumière. 
Il nous parle ici, dans sa "bibliothèque universelle", de
« ce qui doit être lu. » Et c’est bien l’étymologie du mot "légende".

Les choses peu à peu se sont délitées et tout va mal sur la planète Terre. Dominent désormais le système financier et bancaire, la technique qui entraîne en particulier une robotisation qui investit beaucoup d'activités, sévissent le sexe et la drogue.

En matière culturelle, la littérature classique disparaît progressivement, même si on ne s'en rend pas encore vraiment compte, mais en fait plus guère de gens continuent à écouter et à lire.
En matière écologique, la situation s'est aussi délabrée, le climat n'a jamais été aussi chaotique, les virus répandent leur ravages létaux.

 

            

 

Si ça continue ainsi, la Terre deviendra vite invivable, probablement dans une trentaine d'années. Cependant, une nouvelle mutation semble avoir commencer...

Philippe Solers confie dans une interview que la lecture est de plus en plus phagocytée par le numérique, même si l'on peut considérer que peu de livres méritent d'être lus. C'est une explication du titre "Légende", même si le livre peut être aussi "le commentaire d’une image constante en mouvement" et s'il fait référence à « La Légende des siècles » de Victor Hugo que l'auteur prend aussi comme personnage.

On peut également penser à l'essai que Gérard de Cortanze avait consacré à Sollers en 2007 et qu'il avait justement intitulé "Sollers, vérités et légendes".

 

                 
Roland Barthes Sollers écrivain                            Avec Christine Angot

 

Sollers veut mettre l'accent sur la dictature de la technologique, de la robotisation et les difficultés que ça implique dans l'évolution de la société, écrivant dans le chapitre "Désennui", « L’enfer est moderne, le paradis est classique. »

Il fait référence à un livre du XVIIe siècle, "Les douze clefs de la philosophie", ouvrage consacré à l'ésotérisme.
Il rappelle en l'occurrence que dans
"Désir", son roman roman, la présence de Louis-Claude de Saint Martin, « le philosophe inconnu ». Pour lui, l’ésotérisme est comme « un continent perdu, une force indestructible. »

 

         

 

Notes et références
Mozart version Sollers -- Légende --
Philippe Sollers et son œuvre avec Portrait du joueur et Casanova --
À propos de Machiavel -- L’Évangile de Nietzsche --
Portraits de femmes -- Médium -- L’Éclaircie --
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<< Ch. Broussas, Sollers Légende 13/03/2021 © • cjb • © >
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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 15:15

Référence : Régis Jauffret, Le dernier bain de Gustave Flaubert, éditions 336 pages, mars 2021

 

Si Régis Jauffret est surtout connu pour ses nouvelles de son recueil Microfictions, il a aussi écrit des romans comme Sévère, La Ballade de Rikers Island ou Papa.

 

             
                             Régis Jauffret avec Eric Fottorino

 

Il revient sur les circonstances de la disparition de Flaubert : « Le 8 mai 1880 au matin Gustave Flaubert prit un bain. Il décéda peu après dans son cabinet de travail d’une attaque cérébrale sans doute précédée d’une de ces crises d’épilepsie dont il était coutumier. »

 

               

 

Avant cette fin annoncée, allongé dans l’eau, repassent devant ses yeux quelques images de sa vie : « Il revoit son enfance, sa jeunesse, ses rêves de jeune homme, ses livres dont héroïnes et héros viennent le visiter. Il se souvient d’Élisa Schlésinger, la belle baigneuse de Trouville qui l’éblouit l’année de ses quinze ans, de Louise Colet dont les lettres qu’il lui adressa constituent un petit chef-d’œuvre mais aussi de l’écrivain Alfred Le Poittevin qui fut l’amour de sa vie. »

                 

Il repense à sa jeunesse, une jeunesse heureuse de fils de bourgeois sans soucis matériels. Il joue avec sa sœur Caroline, part en vacances, flâne dans la bibliothèque, écoute des histoires près d'un bon feu ou déguste les succulents repas que prépare Julie
Même s'il est épileptique, il vit parmi les chanceux. Adolescent, il peut même choisir entre faire son droit ou devenir écrivain.

 

               
Avec Frédéric Beigbeder

 

Puis la vie s'est écoulée, faite aussi de difficultés et de doutes. Il lui arrive de perdre le fil de son histoire. Ses personnages ressurgissent dans son esprit et bien sûr Emma Bovary revient le plus souvent. Emma, c'est lui, il l'a dit. C'est finalement, « La vie au fur et à mesure effacée. Elle laisse une trace plus labile encore qu'une barque sur l'eau. »

 

            



Heureusement, ses romans vont continuer à être une part de lui et à le prolonger encore un peu jusqu'à ce que le temps fasse son œuvre et déploie un voile d'oubli sur ses ouvrages. Reviendront alors les travers de l'homme et ses écrits seront alors considérés comme obsolètes, ennuyeux car « non content de nous effacer, le temps nous tourne en ridicule. »

 

Ce n'est bien sûr pas une biographie classique, il fallait s'y attendre de la part de Jauffret.Le récit se présente en deux parties, le narrateur, qui est Flaubert lui-même, parlant à la première personne dans la première partie puis à a troisième personne dans la seconde.

 

Tour à tour, les personnages de Flaubert critiquent ses œuvres, prennent la place du lecteur ou de l'auteur, mêlant les modes de narration. Le changement de style permet aussi de passer de l'écriture classique de Flaubert à à un style plus actuel, mêlant également saillies humoristiques et satiriques au récit.

 

Mes fiches sur Flaubert
* Gustave Flaubert en Bretagne -- Le perroquet de Flaubert --
* Flaubert, de Déville à Croisset --
* Alexandre Postel, Un automne de Flaubert --

 

Mes fiches sur Jauffret
* Le dernier bain de Flaubert --
* Régis Jauffret, Microfictions 2018 -- Claustria  et Papa --
* Couples et littérature --

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<< Christian Broussas, Gauffret, Flaubert 14/03/2021 © • cjb • © >>
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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 15:06

Françoise Chandernagor sur les traces d'une autre Cléopâtre

Référence : Françoise Chandernagor, L’homme de Césarée, Édition Albin Michel, 2021

 

                   

 

Si elle est surtout connue pour son roman historique consacré à madame de Maintenon, L’allée du roi dont on a tiré un film fort réussi avec Dominique Blanc, elle s’est penchée depuis plusieurs années sur le destin de la princesse Séléné, fille de Cléopâtre et de Marc-Antoine, dont elle vient de publier le troisième tome.

À travers le bassin méditerranéen, elle suit le destin de cette princesse d’Alexandrie à Rome, dans une famille issue de l’empereur Auguste. Dans cette société à la fois opulente et décadente, elle est à son aise pour décrire ces élites dignes d’un péplum à grand spectacle.

Dans ce troisième tome, Séléné va échapper à la touffeur de la famille impériale pour épouser Juba, le roi de Maurétanie, prince attachant qui exerce son pouvoir entre Césarée et Volubilis sur une région qui regroupe l’Algérie et le Maroc actuels.

 

                   

 

C’est d’abord un mariage politique décidé par Auguste Octave, le Prince. Rome voudrait bien placer sous sa tutelle cette riche contrée en mariant à la dernière descendante des Ptolémés, le jeune roi Juba II qu’on dit fin lettré, écrivain, botaniste et même explorateur.

Il fait bon vivre à Césarée, sa capitale, au bord de la Méditerranée et Césarée est enchantée de ce mari qui semble-t-il, a toutes les qualités. Elle est bien tombée et est heureuse avec ce descendant de Massinissa et profite de sa situation pour faire de beaux séjours à Rome et retrouver la famille impériale, toujours aussi extravagante et dangereuse.
Pendant ce temps, son mari s’attelle à réaffirmer son pouvoir sur les ruines de Carthage, avec temples, théâtres, remparts et jardins.

 

         
Sites historiques de Volubilis et de Césarée (mausolée royal)

 

Tout en écrivant un roman historique, Françoise Chandernagor ne sacrifie nullement à la réalité historique, compulsant avec une grande rigueur les archives pour donner de ces temps une couleur conforme à la réalité, précisant elle-même : « Pour ne pas violer l'histoire, je fais toujours attention à ne pas choisir des personnages de premier plan. »

Cléopâtre Séléné est une reine oubliée qui  accompagne François Chandernagor depuis déjà un bon moment, racontant son enfance, son adolescence, son destin dans les deux tomes précédents, intitulés "Les Enfants d'Alexandrie", et "Les Dames de Rome".

Les personnages historiques, on ne les connaît guère, uniquement par les historiens antiques qui ne font que les mentionner à l’occasion d’un événement familial ou d’une guerre. Ce qu’on sait, c’est que leur famille a été très malmenée par les Romains, qu’ils ont même à un moment servi d’otages. Elle rêve de venger ses parents qui ont été assassinés. Ils vont s’efforcer de créer l’un des royaumes les plus prospères de Méditerranée, lieu important de culture hellénistique, d’architecture comme le temple d’Isis à Césarée et économique avec par exemple l'exploitation et le commerce lucratif du murex, un coquillage dont on extrayait la pourpre.

 

     
                                                                      Denier à l'effigie de Juba II

Françoise Chandernagor a un talent particulier, non seulement pour s’approprier l’histoire de cette époque mais aussi pour faire revivre ce que pouvait être les mentalités et les modes de vie de ces temps anciens.  

Voir aussi
* Jude, frère de Jésus --

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<< Christian Broussas, Chandernagor, Séléné 8/04/2021 © • cjb • © >>
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23 avril 2021 5 23 /04 /avril /2021 18:48

Référence :  Alain (Georges) Leduc, De l’athéisme, Éditions Theolib, 104 pages, janvier 2020

 

                          

 

Gabriel Séailles (1852-1922) disait de l’athéisme que « l'athéisme est un dogme, » beaucoup d’athées pouvant finalement être aussi dogmatiques que les religieux qu'ils prétendent combattre. Alain (Georges) Leduc rassemble dans cet ouvrage des textes d'auteurs très différents pour initier un véritable débat sur le thème de l’athéisme

Ce dogmatique ne signifie pas que l’on puisse oublier la fraternité qui peut unir, à l’occasion de tel ou tel événement historique comme au temps de la Résistance, des hommes aux opinions différentes et même tranchées. Gabriel Séailles n’a-t-il par ailleurs écrit dans Les Affirmations de la conscience moderne : « Au nom de la Libre Pensée, demandons qu'il n'y ait plus d'opinions suspectes ou privilégiées, qu'on puisse être athée, sans être traité de scélérat, et croire en Dieu, sans être traité d'imbécile. »

 

                 
Quelques œuvres de Roger Vailland

 

Alain (Georges) Leduc  revient sur une « dispute » (au sens premier du terme)  entre Roger Vailland et Louis Martin-Chauffier. Cette partie est complétée par une conférence qui s’est tenue à Łódź en Pologne autour de trois écrivains athées de langue française, le Marquis de Sade, Octave Mirbeau et Roger Vailland et un texte de Sade, Dialogue entre un prêtre et un moribond, et enfin l'article Athéisme de l'Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure.

Nous assistons à une belle joute entre Roger Vailland qui vient de publier le roman qui le fera connaître Drôle de jeu, prix Interallié 1945, et Louis-Martin Chauffier, grand résistant arrêté par la Gestapo en 1943. Si la Résistance et le fait de travailler pour le journal communiste Action les réunissent, ils ont des conceptions fort différentes en ce qui concerne leur rapport à la croyance et à la religion.  

 

       

 

Pour Martin-Chauffier, « un athée ne peut être qu’un égaré cherchant Dieu » alors que Vailland est un libertin qui rejette la religion : ainsi débute la confrontation.

Pour Martin-Chauffier, Vailland est « ce garçon maigre qui va, le nez en l’air, un petit sourire au coin des lèvres, ne flaire pas le vent, il flaire la vie. » Il le voit comme un individualiste, un peu anarchiste, fort balancé de nature, « iconoclaste par amour caché d’un Dieu dont il redoute à la fois la rencontre et désire l’approche », ce qui n’a pas trop plu à un Vailland qui lui répondra dans un article publié ans le journal Action de décembre 1945 où il parle « d’appréciation singulière » lui qui se sent si étranger au problème religieux.

Ce d’autant plus que Vailland pense que « le catholique ne reconnaît pas la raison et ne procède d’aucune logique. »La religion lui paraît relever d’un comportement primaire de l’homme, d’un obscurantisme que la science se charge de faire reculer de jour en jour.

 

                   

 

Martin-Chauffier lui répond sur le même ton, écrivant que Vailland est un « rationaliste furieux », oscillant entre le goût de l’insoumission et le besoin de certitude, ajoutant qu’il n’est pas facile « d’être à la fois individualiste forcené de nature et marxiste d’esprit. » Voilà bien le problème et le "Dieu-marxisme" professe une idéologie pas forcément rationnelle, un marxisme qui ressemble à « l’inquiétude religieuse ».

Il pense ainsi qu’on peut discuter avec un marxiste, « l’échange est possible, car les positions sont nettes. » Même si l’on sait qu’on est en désaccord sur l’essentiel.

Alain (Georges) Leduc accompagne l’ensemble de notices explicitant le contexte et d’écrits complémentaires comme le réquisitoire de Laval de Martin-Chauffier, une plaquette de 2007 intitulée "Roger Vailland, Je ne cherche pas Dieu. La controverse avec Louis-Martin", publiée aux éditions Le Temps des cerises dans la collection Cahiers Roger-Vailland.

 

            
Des œuvres de Roger Vailland         Vailland avec sa femme Elisabeth

 

L’Œuvre de Alain (Georges) Leduc - Références
Alain (Georges) Leduc, sa biographie --
Octave Mirbeau -- JMG Le Clézio par AG Leduc --
Roger Vailland, Un homme encombrant --

Alain (Georges) Leduc et l'art contemporain --
Résolument moderne, Paul Gauguin céramiste --
Art morbide, morbid art --

Mes fichiers sur AG Leduc parus chez Wikipedia :
La Clef de Berne -- Vanina Hesse -- Et nous voilà ce soir --
Le Grand Diable Mammon d'Argent --

Céleste Bollack -- Guiboyer -- Kjell Pahr-Iversen -- Odile Levigoureux --

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Posté par : Frachet à

 

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