Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 mai 2019 4 02 /05 /mai /2019 14:51

Référence : Paul Ricœur, La Mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Éditions du Seuil, 2000

 

   

 

Ouvrage touffu s’il en est puisqu’en 660 pages, Paul Ricoeur n’aborde pas moins de 23 auteurs. Autant dire qu’il est présomptueux de vouloir résumer tant de thèmes abordés et même de trouver une structure évidente à ce livre.

 

On nous dit que l’objet de ce livre se structure autour d’une phénoménologie [3] de la mémoire, d’une épistémologie [1] de l’histoire et d’une herméneutique [2] de l’oubli. Voilà un jargon qui ne nous avance guère. Mais   Ricœur n’était-il pas maître dans l’art de résoudre les contradictions et d’assembler les contraires ?

 

On sait qu’en philosophie, il existe des questions d’approche de la connaissance, des problèmes épistémologiques [1] comme disent certains, qui concernent la mémoire, par exemple :
- Que devient l’image-mémoire quand on n’y pense plus et comment retrouver une image ? – Comment peut-elle être réactivée ?
- Comment se fait-il qu’on « oublie » ceci plutôt que cela et pourquoi certains souvenirs reviennent-ils parfois en mémoire ?

 

 
 
En matière d’histoire, d’autres questions essentielles se posent également :
- Quelles différences entre histoire et fiction, un livre d’histoire et un roman ?
- Un historien peut-il être objectif ou tout n’est-il question que de points de vue ?

La dialectique de Ricœur ne veut pas seulement mettre l’histoire entre la mémoire et l’oubli dans un louable effort de synthèse. Non, ce serait trop simple.

L’origine de l’idée de trace, l’une des relations essentielles entre la mémoire et l’histoire, c’est le symbole de la trace qui reste en mémoire, cette « empreinte qui s’inscrit dans la cire ». Mais Ricoeur ne nous dit rein du lien entre l’image et la notion de temporalité. Ce lien entre la mémoire et l’histoire ne peut être que le témoignage [4], tout recours à des formes pathologiques  occulterait la description préalable de la mémoire.

 

     

 

La mémoire est d’abord affaire de motivation quand on peut réciter un poème par exemple mais est aussi parfois bloquée, comme le dit Ricœur, il en existe trois formes, la mémoire empêchée, la mémoire manipulée et la mémoire abusivement commandée.

 

 La mémoire empêchée repose sur des lésions, des traumatismes qui ne peuvent guère être traités que par la psychanalyse.  Si l’histoire est une forme de mémoire collective, elle est sujette aux mêmes problèmes que la mémoire individuelle. Aller de la mémoire individuelle à la mémoire collective permet d’établir un lien entre la mémoire et l’histoire.
Dans la mémoire manipulée, c’est l’idéologie qui est en cause, cette volonté de légitimation de tout pouvoir, reposant sur quelque chose de fondateur, des références (ou mémoires) communes.

 

La mémoire commandée repose sur les histoires "officielles" que récitent les écoliers  ou les chants collectifs.  Mais se souvenir passe aussi par autrui, par les souvenirs communs, ce qui nous renvoie à la question du témoignage. Ceci passe donc aussi par des intermédiaires comme la famille et les proches. [5]

Conclusion de Paul Ricœur sur ce thème : « Ce n’est donc  pas avec la seule hypothèse de la polarité entre mémoire individuelle et mémoire collective qu’il faut entrer dans le champ de l’histoire, mais avec celle d’une triple attribution de la mémoire : à soi, aux proches, aux autres ».

 

 

       

 

La deuxième partie est centrée sur l’étude critique (épistémologie) de la notion d’archive qui constitue la première source de l’histoire. À la suite de Platon, il se demande ce que représente l’écriture pour la mémoire. Le lien entre les deux tient au souvenir personnel qui fait référence à l’espace, aux lieux et aux souvenirs collectifs qui eux, tiennent à la géographie.

 

Outre les souvenirs et les écrits, l’archive repose aussi sur les conditions d’accès aux documents. Ceci sans oublier les éléments non écrits comme les objets d’art, la monnaie, les outils…

 

En s’appuyant sur l’histoire culturelle ou l’histoire des mentalités, il tente de comprendre le rôle que joue "la représentation" dans la compréhension explicative de l’opération historique. Selon Ricœur, le discours historique « doit transiter à travers la preuve documentaire, l’explication causale / finale et la mise en forme littéraire. Cette triple membrure reste le secret de la connaissance historique. »

 

       

"N'exerce pas le pouvoir sur autrui de façon telle que tu le laisses sans pouvoir sur toi."

 

La troisième partie est consacrée à ce que Ricœur appelle la « condition historique », avatar d’une démarche herméneutique.
Après une digression sur une comparaison entre le juge et l’historien, qui lui permet de contester l’idée d’une prétention de l’histoire à être absolue et totalisante mais qui nous éloigne du thème de l’oubli, il se penche sur le rôle de l’historien et des d’interprétations qui proviennent soit de sa subjectivité, quelle qu’en soit la cause, soit  de la plus ou moins grande fiabilité des documents qu’il utilise. (Herméneutique dans l’histoire)

 

L’oubli apparaît à la fois comme une menace et un défi pour la mémoire et l’histoire et ne peut être contrecarré que par l’archive, surtout contre "l’oubli ordinaire", les cas cliniques posant d’autres problèmes.
Ricœur  revient sur le fonctionnement de la mémoire, constatant après Freud que quand elle a été éprouvée, elle est ineffaçable, même si elle n’est pas toujours accessible. Dans la "mémoire manipulée", réside les secrets, les non-dits, tout ce qui est "officiellement" interdit. [6]

 

À cela s’ajoute l’oubli institutionnel, l’amnistie comme l’Édit de Nantes d’Henri IV en 1598. L’amnistie implique alors le pardon et pour lui, « le pardon, s’il a un sens et s’il existe, constitue l’horizon commun de la mémoire, de l’histoire et de l’oubli ». [7]


Le paradoxe de la situation est qu’il faut demander un pardon qui est lui-même un "don inconditionnel" : « Nous avons attaché ce caractère relationnel au vis-à-vis qui confronte deux actes de discours, celui de l’aveu et celui de l’absolution… » Il se produit ainsi une dialectique permanente entre l’amnésie et l’amnistie.

 

Selon Paul Ricœur, on peut dire que la mémoire, élément essentiel du témoignage et de l’archive sur qui repose l’histoire, dan ses trois dimensions que l’auteur appelle l’archive, l’explication historique et la mise en forme narrative. Reste à préciser le rôle que joue l’écriture dans le processus de mémoire et l’articulation entre mémoire, histoire et oubli. Comme  souvent, cet ouvrage de Ricœur laisse un certain nombre de questions pendantes.

 

      

 

Notes et références
[1] Épistémologie : étude de la connaissance en général et plus particulièrement étude critique des sciences et de la connaissance scientifique.
[2] L’herméneutique concerne l’interprétation des textes, plus précisément ici, l’interprétation des témoignages et des discours sur l'histoire.
[3] La phénoménologie est une démarche consistant à comprendre l’essence des choses par la conscience, à écarter toute interprétation abstraite pour se limiter à la description et à l'analyse des seuls phénomènes perçus.
[4] L’origine de l’archive est le témoignage : « Avec le témoignage s’ouvre un procès épistémologique qui part de la mémoire déclarée, passe par l’archive et les documents, et s’achève sur la preuve documentaire » écrit Ricœur
[5] « Les proches, ces gens qui comptent pour nous et pour qui nous comptons sont situés sur une gamme de variation des distances dans le rapport entre le soi et les autres. »
[6] « En tout cela, la structure pathologique, la conjoncture idéologique et la mise en scène médiatique ont régulièrement joint leurs effets pervers, tandis que la passivité excusatoire composait avec la ruse active des omissions, des aveuglements, des négligences ».

[7] Sur ces thèmes de la culpabilité et du pardon, il se réfère à Jacques Derrida,  « le pardon s’adresse à l’impardonnable ou n’est pas », à Karl Jaspers sur les types de culpabilité.
Sur cet aspect de la problématique, Ricœur s’appuie sur le cas de la Commission « Vérité et Réconciliation » de l’Afrique du Sud après la fin de l’apartheid, et la compare aux procès de Nuremberg et de Tokyo après la Deuxième Guerre Mondiale.

 

           

 

Voir aussi
* Paul Ricœur, De l’interprétation : Essai sur Freud. Paris, Éditions du Seuil, 1965
* Paul Ricœur, La Métaphore vive, Paris, Éditions du Seuil, 1975
* Paul Ricœur, Temps et récit, Tome I, II, III, Paris, Éditions du Seuil, 1983, 1984, 1985
*
Paul Ricoeur : Gabriel Marcel et Karl Jaspers Philosophie du mystère et philosophie de paradoxe
, Lirephilosopher --
* Ma fiche : Paul Ricoeur, biographie --

 

<< Christian Broussas – Paul Ricoeur 2- 23/04/2019 • © cjb © • >>

 
 
Partager cet article
Repost0
29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 12:51

 

S’instruire et s’amuser avec le LANGAGE.
Ah, ces subtilités de notre langue!

  1. Le mot «heureux» est utilisé deux fois plus que le mot «triste», en tout cas à l’écrit.
  1. L’anagramme de « chien » est «niche».
  1. L’anagramme de « police » est «picole».
  1. Les mots «après-midi», «enzyme», «palabre», «country» ou «HLM» n’ont pas de genre clairement défini. On peut donc aussi bien les employer au masculin qu’au féminin.
  1. Le mot «hymne» est masculin lorsqu’il désigne un chant païen ou profane, mais féminin lorsqu’il désigne un chant religieux dans la liturgie chrétienne.
  1. La moitié des lettres du mot «réensemencée» sont des «e».
  1. Le pluriel de « ail » peut s’écrire aussi bien « ails » que « aulx ».
  1. Dans certaines régions du Sud de la France, on fait la distinction entre les sons «un» et «in». Par exemple, «brun» et «brin» sont prononcés différemment. Le «in» se prononce comme si on essayait de dire «è» avec le nez, alors que le «un» se prononce comme si on essayait de dire «e» avec le nez.
  1. Certains adjectifs n’ont qu’un genre féminin. C’est le cas de «enceinte», «bée» («bouche bée)», «cochère» («porte cochère») ou encore «épinière» («moelle épinière»).

Voir aussi

* Polysémie et jeux de mots -- Les cinq règles -
* L'Assomption -- Quelques particularités... -- Un peu de détente --

 

<< Christian Broussas – Langage - 29/04/2019 <><> © • cjb • © >>

Partager cet article
Repost0
27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 07:40

Référence : Didier van Cauwelaert, La personne de confiance, éditions Albin Michel, 209 pages, mars 2019

 

            

 

« L’écrivain de la reconstruction » comme il se qualifie lui-même, nous entraîne dans un de ces imbroglio dont il a le secret.


Max est un jeune banlieusard qui travaille comme un petit gars de banlieue, conducteur grutier à la fourrière. Ce boulot, il y tient mais un événement  va le menacer.

 

                

 

Un jour, peut-être merveilleux ou peut-être néfaste, allez savoir, il enlève comme d’habitude  une voiture sur un emplacement réservé à la livraison. Mais voilà qu’il découvre sur la banquette arrière, une vieille dame. Plus question d’enlever la voiture, mais que faire ? Et en plus, il la connaît cette vieille dame : c’est Madeleine Lamor, héroïne de la Résistance, patronne d’une biscuiterie dont le portrait se trouve sur ses paquets de galettes bretonnes.

 

La pauvre le confond avec son amant de 1944, résistant traqué par la Gestapo. Max se retrouve piégé dans cette histoire, obligé de défendre Madeleine contre l’appétit vorace de son neveu qui la bourre de médicaments pour la spolier.

 

           

 

Madeleine l’apprécie de plus en plus et c’est ainsi qu’il devint son homme de confiance. Sa vie va basculer dans cet univers de l’entreprise qu’il découvre et le déstabilise au point qu’il ne sait, comme dit sa voisine Samira, si c'est « le kif absolu ou le plus dangereux des pièges »...

 

La trame du récit repose sur une belle histoire entre Max et Madeleine, un écart de générations qui ne les empêche pas de se comprendre et de se réconforter. Un récit , agrémenté du franc-parler de Max, le narrateur, qui ne manque pas d'humour.

 

     

* Mes fiches sur Didier van Cauwelaert --

 << Christian Broussas DVC Dame - Divonne, 11/04/2019 © • cjb • © >>

Partager cet article
Repost0
26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 20:13

Référence : Theodor Fontane, Effi Briest, 1894 (première édition allemande), éditions Gallimard avec traduction d'André Coeuroy et préface Joseph Rovan, mars 2001

 

        

Le roman réaliste semble maintenant aussi loin de nous que le modèle social dans lequel évolue Effi Briest. Les sociétés, surtout celle de Guillaume II, devaient être très étouffantes pour de jeunes bourgeoises rêveuses en quête d’absolu et vite déçues par des relations amoureuses, par le mariage comme l’a été Emma Bovary.

 

Theodor Fontane, comme beaucoup de lecteurs, a lu la longue épopée des Rougon-Macquart - son roman "Nana" est même évoqué dans "Effi Briest". Mais il va seulement lui emprunter le dur regard qu'il porte sur la société en le transposant sur la réalité de la société prussiennes. On en revient ainsi aux bases du réalisme.

 

Effi Briest correspond bien à cette image, une jeune fille sans histoire menant une vie ordinaire, choyée par ses parents, dans la belle demeure de Hohen-Cremmen, un village situé en Prusse. Et, cerise sur le gâteau, c’est la liesse dans la famille quand le fier baron von Innstetten demande Effi en mariage.

 

         

 

Ce mari est beaucoup plus âgé –il aurait dit-on déjà courtisé la mère d’Effi- est un homme cultivé mais peu présent et la jeune femme tente de se faire à cette nouvelle vie à Kessin, malgré un train de vie moyen et une élite locale assez ennuyeuse et rébarbative à laquelle elle essaie tant bien que mal de s’adapter.

 

La naissance d’une fille ne modifie pas les relations du couple, Effi s’ennuie et s’éloigne même de son mari. Elle finit par tomber amoureuse de Crampas, un beau militaire avec qui elle a une courte liaison. Puis le couple s’installe à Berlin et Effi a tendance à oublier son adultère.
Mais son passé va finir par la rattraper.  

 

Les mariages entre une jeune fille et un barbon ne sont pas rares à cette époque mais la pression sociale est telle que peu de choses, peu de conflits émergent et sortent du cadre familial. Non-dits et secrets sont fréquents et les rumeurs à la hauteur des silences qui minent les familles.

 

      
Images du film de Fassbinder (1974)

 

Effi et Geert von Innstetten ne dérogent pas à cette tendance. Elle a dix-sept ans et manque sans doute de maturité qui « aime s’amuser avec de jeunes camarades. »

 

Theodor Fontane sait fort bien décrire l’état d’esprit de la jeune femme, ses déceptions, son ennui, ce mari qui ne sait pas l’aimer, qui reste distant, accaparé par ses obligations professionnels. Quand son adultère est dévoilé, lui se soucie d’abord des apparences et du qu’en dira-t-on.

Il veut donner à leur fille Annie une éducation conforme à son milieu et a tendance à la séparer de sa mère. Il représente bien la mentalité de cette société prussienne hypocrite et frustrante pour l’individu.

 

Voir aussi mes fiches :
* Les écrivains de langue allemande --

<< Christian Broussas – Fontane Briest - 13/04/2019 < • © cjb © • >>

Partager cet article
Repost0
26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 20:05

Référence : Stephen Bourque, Au-delà des plages. La guerre des Alliés contre la France, éditions Passés Composés, 414 pages, 2019

 

          

 

« Ce livre contient une sombre révélation : plus de 60 000 civils français sont morts sous les bombardements alliés pendant la libération de la France. »  Robert O. Paxton

 

Le second volet du titre peut surprendre : les Alliés de la France étaient donc aussi contre elle. Si les différentes péripéties des opérations militaires sont largement développées, l’auteur aborde ce qu’il appelle  les « dommages collatéraux », ceux qui montrent les effets d'une guerre totale qui ignorent ceux qui la subissent ont référence cachant bien que la mémoire des bombardements est toute autre en France.

 

En tout cas, c’est un ouvrage qui vient à temps pour le 75e anniversaire du Débarquement. On pourrait penser « encore un livre sur le débarquement », eh bien, s’il s’y réfère amplement bien sûr, il traite aussi de l’après débarquement, la période incertaine de la bataille du bocage puis la « course au Rhin ».


Très bien documenté, l’ouvrage nous entraîne sur les traces de la mise en œuvre de l’opération Overlord, des bombardiers « lourds » du Bomber Command de Harris et de la 9th USAAF de Spaatz.

 

        
Le débarquement                                                               Débarquement à ouistreham

 

Comme dans d’autres phases de la guerre, l’État-major militaire a privilégié la poursuite de la victoire à la sauvegarde des populations civiles. La Normandie en particulier a payé un lourd tribut à cette stratégie, en témoignent le nombre de morts et de blessés civils, les énormes destructions provoquées par les bombardements, des villes de la région comme Cherbourg, Caen ou Le Havre en partie anéanties.     

 

              
Stephen Bourque, Les 27 fusillés de La Bouvardière        
Déploiement de blindés dans le bocage

 

« Un livre important et perturbant. Après sa lecture, l'opération Overlord ne sera plus jamais vue de la même manière. » Richard Overy

 

L’ouvrage part de la présentation d’une France occupée et du commandement du général Eisenhower. Les huit chapitres suivants sont consacrés aux grandes opérations  et cibles choisies comme l’opération « Crossbow » contre les V1 et les V2 et l’opération « Fortitude », la destruction des  ponts et des centres ferroviaires …

 

La définition de ces objectifs a donné lieu à des débats houleux comme le montre l’auteur à travers des exemples fort bien choisis et des témoignages pertinents  de civils qui subirent ces bombardements. Les chiffres concernant l’ensemble du territoire sont assez éloquents : au moins 57 000 Français sont morts sous les bombes entre 1940 et 1945, bombardements qui feront en outre près de 74 000 blessés et détruiront au moins 300 000 logements.

 

            
Autres ouvrages qui traitent de cette question

 

Tout ceci pose la question centrale de savoir si cette politique de "la terre brûlée" était vraiment indispensable  et aurait-on eu pu faire autrement. Cet ouvrage sert d’abord à se faire une idée plus précise de la situation telle qu’elle se présentait alors, sachant comme le soutient l’auteur que si Hitler avait su vraiment gérer ses réserves de Panzer-Division, même avec la supériorité aérienne alliée. Dans cette hypothèse, tous ces bombardements meurtriers n’auraient pas servi à grand-chose.

 

Autres fiches de mon site Autour de l'Histoire :
* Eric Branca, Les entretiens oubliés d'Hitler -- Dorothy Thomson, J'ai vu Hitler ! --
* Rosella Postorino, La goûteuse d'Hitler -- Pierre Péan, Ma petite France --
* Gilles Perrault, Les vacances de l’oberleutnant von La Rochelle - Lambron, 1941 -
* La Résistance à Lyon -- Dr Ménétrel, éminence grise de Pétain --

<< Christian Broussas – Bourque - 10/04/2019 < • © cjb © • >>

Partager cet article
Repost0
25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 21:59

Référence : Stefan Lemny, "Emmanuel Le Roy Ladurie, Une vie face à l’histoire", éditions Hermann, 570 pages,  décembre, 2018

 

   

 

Emmanuel Leroy Ladurie fait partie de cette génération qui, dans le sillage de Fernand Braudel, a envisagé l’histoire non plus comme une suite d’événements, de destins personnels ou dynastiques mais dans sa dimension sociologique. Il a fait partie de ce mouvement qu’on a appelé L’École des Annales avec des historiens comme Lucien Febvre, Georges Duby ou Jacques Le Goff.

 

Son apport particulier est qu’il a su allier la synthèse socio-historique d’une époque à des talents de conteur, en écrivant un ouvrage de référence dans ce domaine Montaillou, village occitan dont le succès a vraiment été une surprise dans un domaine qui n’a pas l’habitude des grands tirages.

Cette biographie retrace ses principaux apports, plus particulièrement en ce qui concerne l’étude de la France rurale de l'Ancien Régime, vue aussi bien à travers la vie quotidienne que les variations du climat.

 

   

 

Deux œuvres ont marqué son parcours : son Histoire du climat depuis l’an mil parue en 1967 en deux tomes chez Flammarion et Montaillou village occitan de 1294 à 1324 (Gallimard, 1975) où, à partir des registres de l’Inquisition, il a retracé la vie des habitants de ce village de Haute-Ariège, voué au catharisme, montrant qu’on pouvait, tout en étant attractif, étudier l’histoire autrement et la replacer dans le cycle d’évolution de l’humanité. [1]

 

Au cours de sa longue carrière, Emmanuel Leroy Ladurie  a connu bien des honneurs, par exemple parmi les plus prestigieux, professeur au Collège de France, président de la Bibliothèque Nationale de France (BNF), créateur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) ou depuis 1993 membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

 

                
 
Son parcours biographique part d’une enfance en Normandie auprès d’un père qui sera Ministre de l’Agriculture sous Vichy avant de démissionner en 1942. Dans l’immédiat après-guerre, il va intégrer la Khâgne du lycée Henri-IV puis Normale Sup, devenant aussi militant syndical et communiste tout en passant un certificat d’histoire du Moyen-Âge et un diplôme d’Études supérieures sur la guerre du Tonkin.

Avant de devenir professeur d’université puis au CNRS, il enseigne à Montpellier de 1953 à 1957. Ce séjour sera pour lui un tournant puisqu’il y débute une thèse sur « L’histoire agraire du Bas-Languedoc sous l’Ancien Régime » avec Ernest Labrousse et Fernand Braudel, exploitant à cette occasion des données météos pour introduire sa thèse. Fernand Braudel l’embauche alors dans son  Centre de Recherches Historiques (CRH), à l’École Pratique des Hautes Études, où il participe à une enquête sur les « Villages désertés ».

 

                    

Après sa thèse publiée en 1966 sur « Les Paysans du Languedoc », il revient à Paris comme directeur d’études au CRH où il s’intéresse surtout à l’histoire de la France urbaine, la production agricole sous l’ancien régime, la statistique française, ainsi qu'une anthropologie du peuple français.

 

Sa thèse a en effet été très remarquée, novatrice, analysant la vie rurale sous ces différents aspects : relations familiales, alimentation, conscience paysanne, religion et mentalités. Elle constitue une approche multi dimensionnelle avec ses aspects politique, socio-économique, religieux et s’inscrit ainsi pleinement dans l’esprit des Annales.

 

À cela s’ajoute une thèse complémentaire « Les Fluctuations du climat en Europe occidentale depuis l’an mil ». C’est le début d’une étude systématique du climat et de ses conséquences sur l’histoire humaine qui débouchera sur son Histoire du climat depuis l’an mil  parue en 1967, constituant dont Pierre Chaunu dira qu’il constitue « une vraie révolution ». [2] Profitant de la notoriété des Annales, il défend la coopération internationale du CRH avec les universités américaines.

 

                  

À cette occasion, il constate la présence de deux France : « D’un côté, au Nord-Est une France plus riche, plus développée, plus intégrée,… de l’autre, une France pauvre et souvent rebelle. » Analysant le fonds Vicq d’Azir de l’Académie de Médecine, il tente d’établir des liens entre  les maladies et le climat au XVIIIe siècle. [2]


En 1973, il succède à Fernand Braudel  au Collège de France, à la chaire « Histoire de la civilisation moderne ». Sa première leçon, « L’histoire immobile », privilégie le temps long (de 1300 à 1700), qu’il constate marqué par une grande stabilité, surtout sur le plan démographique, note les phénomènes importants tels que « l’agent microbien » responsable d’épidémies comme la peste, la malnutrition et les famines, la responsabilité des armées propagatrices de microbes aussi mortels que la guerre elle-même. Il étudie également le rôle des pratiques sexuelles et du mariage dans l’équilibre démographique.


L’étude des transformations sur un temps long comme sa saga sur l’évolution de la famille d’origine suisse des Platter (en trois volumes) ne l’empêche pas de s’intéresser aussi au fonctionnement des mécanismes sociaux dans son Saint-Simon ou le système de la Cour ou Le carnaval de Romans.
 

           

 

À partir des années 2000, il participe à de nombreux débats et émissions audiovisuels et télévisés, élargissant son champ de recherche, s’intéressant à l’évolution de l’Europe et s’impliquant dans la défense des libertés et d’abord contre l’antisémitisme, le racisme et la xénophobie.


Il va aussi s’engager pour transformer la Bibliothèque Nationale, devenant administrateur en 1987, travaillant à sa transformation en Bibliothèque Nationale de France (BNF) en 1994, œuvrant pour l’enrichissement des collections patrimoniales.

 

La distance qu’il a prise avec l’enseignement lui a permis depuis quelques années de revenir à des synthèses comme sur l’Histoire de France avec LHistoire de France sur l’Ancien régime (en trois volumes) et sa Brève histoire de l’Ancien régime du XVe au XVIIe siècle parue en 2017 qui va d’Henri IV au début de la Révolution (1461-1789).

 

Il se veut tout à la fois un novateur et un continuateur, prônant l'approfondissement de la méthode historique, à travers une démarche alliant recherche documentaire, synthèse et réflexion sur leur signification par rapport au champ de l’étude entreprise. [3]

 

 
                                  Au Collège de France

 

Notes et références
[1]
Montaillou, village occitan a connu un succès mondial, avec vingt-deux traductions recensées depuis. 

[2] Il a publié aussi une monumentale Histoire Humaine et Comparée du Climat en trois volumes qui correspondent à trois périodes successives : Canicules et glaciers XIIIe-XVIIIe siècle ; Disettes et révolutions, 1740-1860 ; Le réchauffement de 1860 à nos jours
[3] Voir par exemple sa pensée sur la manière de « Faire l’histoire » qu’il aborde dans sa contribution à l’ouvrage collectif Le territoire de l’historien parue chez Gallimard en 1978.

 

<< Christian Broussas – E. Le Roy Ladurie - 12/01/2019 © cjb © • >>

Partager cet article
Repost0
25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 21:39

Jérôme Fourquet  La France, le grand bouleversement

Dans son dernier ouvrage, l’analyste Jérôme Fourquet décortique de nombreuses données qui dessinent une société française qui a atteint selon lui « le stade ultime de la fragmentation. »
Son livre L’archipel français a reçu le prix 2019 du livre politique.

 

            
Référence :
Jérôme Fourquet, L’archipel français, éditions du Seuil, 380 pages, 2018

 

« La démarche suivie a permis de croiser trois regards et offert une boîte à outils plus complète pour établir un constat le plus incontestable possible. »

 

Il nous présente une somme de données considérables et d'analyses qui pourraient bien susciter quelques polémiques. La France, selon le directeur du département opinion à l'Ifop, auteur de L'Archipel français paru aux éditions du Seuil, « la France connaît un véritable bouleversement "anthropologique" ». Délitement des références culturelles communes et des références du catholicisme, naissance d'une nation multiculturelle, retrait des élites, effritement  du clivage gauche-droite… « Notre société est, comme jamais, en voie "d'archipélisation" ».

 

      

« Nous sommes passés d'une société en silo à une société en millefeuille », explique au Point l'auteur, qui a, pour en arriver à cette conclusion, étudié un nombre considérable de données diverses (chiffres de l'Insee, l'Ined, sondages, listes électorales…) pour dessiner cette France d'aujourd'hui qui profile aussi celle de demain.

 

D'abord un : la déchristianisation de la société. De nombreuses données, allant de la disparition du prénom Marie à la baisse drastique du nombre de prêtres ou celle du nombre de baptêmes, montrent que le pays est entré dans une « ère post-chrétienne », comme le prouvent les graphiques publiés. [1]
 

          


À partir de la base de données de l'Insee recensant l'ensemble des prénoms donnés en France depuis 1900 ainsi que de la consultation de listes électorales, l’auteur a mis en évidence plusieurs phénomènes qui affectent la société, comme la recrudescence de l’individualisme [2], le retrait idéologique et culturel des catégories populaires [3] ou « le regain identitaire ».

Il note en particulier la forte hausse pour les nouveau-nés en 2016 en France portant un prénom arabo-musulman (18 %), augmentation moindre mais pourtant fort intéressante touchant les prénoms hébraïques et régionaux. [4]

         

Il faut aussi évoquer l’influence de grands médias qui créait du sens commun. TF1 par exemple qui a connu jusqu'à 40% d’audience, largement plus bas actuellement. même chose pour la presse écrite (L’express, Le Point, l’Obs, Le Monde...) qui proposait une grille de lecture partagée par leurs nombreux lecteurs. Ils n’ont pas disparu certes, mais ont perdu une bonne partie de leur puissance. A l'inverse, on assiste au succès des réseaux sociaux et la fragmentation des audiences.

Enfin, en cette époque où "la France d'en bas" se révolte contre celle "d'en haut", Jérôme Fourquet en conclut que les élites ont tendance à se détacher du reste de la société, « les occasions de contacts et d'interactions entre les catégories supérieures et le reste de la population se raréfient », écrit le politologue.

 

           
Jérôme Fourquet et Hervé Le Bras

 

Interview de  Jérôme Fourquet (fragments)

Le mot Archipel s'est imposé peu à peu comme celui d'une société française fragmentée comme un archipel. La France ne forme plus une seule communauté mais est devenue un ensemble d'îles et d'îlots tel une nation multiple et divisée.

 

Ce projet a été lancé au lendemain de l'élection présidentielle de 2017. Mais je me suis appuyé sur les travaux menés depuis de longues années par le département opinion de l'Ifop que je dirige. Après la présidentielle hors norme, j'ai éprouvé le besoin de mettre tout ça en cohérence pour comprendre comment on en était arrivé là.


C’est l'analyse des résultats électoraux de cette élection qui montre cette fragmentation entre villes et campagnes, entre villes et périphérie… Ce qui s'est passé en 2017 est l'illustration, selon moi, de quarante ans de mutations profondes de la France.

   

En outre, nous sommes parvenus à démontrer, chiffres à l’appui, au déclin définitif de l'influence catholique en France, la fin d'une société façonnée par la matrice judéo-chrétienne. Ça signifie le passage, en un demi siècle, de moins 10% de naissances hors mariage à 40% aujourd'hui par exemple ou dans d’autres domaines la préférence des Français pour l'incinération ou l'évolution de la société face à la PMA pour toutes les femmes… On est en train de passer de la sexualité sans procréation à la procréation sans sexualité !


Depuis les années 70, la société a été confrontée à des phénomènes migratoires massifs qui ont abouti à des modifications ethno-culturels… ce qui veut dire que la société française n’est désormais plus homogène sur le plan culturel.

La situation de perte de contact des élites avec le reste de la population, ces ghettos de privilégiés aurait avant tout une cause démographique.


Une élite qui représente 4 à 5% de la population ne peut que rester en contact avec la société. Mais quand ce chiffre grimpe à 15 à 20% d’un groupe sectorisé sur le plan géographique, chacun de ceux qui habitent une grande ville et côtoient des gens qui lui ressemblent, peut penser qu’il n’appartient plus vraiment à une société où le plus grand nombre n’a ni le même niveau, ni le même mode de vie.

Concernant l’électorat d’Emmanuel Macron qu’il aborde dans la dernière partie de son livre, il y voit surtout des gens "surdiplômés" tournées vers l'Europe et l'international, qui rejette le clivage droite/gauche. Reste à savoir si les électeurs de la droite modérée compenseront ceux du centre gauche déçus par l’action du président de la république.

 

             

 

Notes et références
[1] Selon une enquête, le nombre de personnes se déclarant aller à la messe est passé de 35% à 6% en quelques décennies, le nombre de prêtres qui exercent encore leur magistère a été divisé par deux en l’espace de seulement 20 ans.
Ce processus de sortie de la religion a très bien été décrit par Marcel Gauchet il y a une trentaine d'années.
[2] La montée en puissance de l’individualisme rappelle le livre “L’ère du vide” de Gilles Lipovestky  qui décrivait déjà ce phénomène dès le début des années 80.
[3] Il faut noter le déclin du communisme qui fut un autre grand pôle structurant avec 20 à 25% du corps électoral qui se reconnaissait dans cette idéologie, dans cette sociologie.
[4] Nous avions un cadre totalement stable qui a fait qu’entre 1900 et 1950, la France a fonctionné avec un portefeuille d’à peu près 2000 prénoms qui étaient donnés chaque année et que nous en sommes aujourd'hui à 13 000. On peut y voir une volonté de distinction qui s’est développée dans notre société sachant que ces 13000 prénoms dénombrés par l’INSEE s’ajoute la catégorie des prénoms rares (donnés moins de trois fois) dans l’année en France.

 

<< Christian Broussas – J. Fourquet - 7/04/2019 < • © cjb © • >>

Partager cet article
Repost0
25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 21:30

Référence : Jean-Christophe Rufin, Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla, éditions Gallimard, mars 2019

          Résultat de recherche d'images pour "jean christophe rufin photos"

Un roman aux relents autobiographiques puisque Jean-Christophe Rufin s’est lui-même remarié deux fois avec la même femme. [1] Là, il en rajoute… sept fois pour Edgar et Ludmilla [2], ça devient de l’acharnement. À chaque fois, c’est à peu près le même scénario, l'éloignement, l’incompréhension, et puis inéluctablement la séparation et le divorce.

 

Certes ils sont très différents, lui  est un aventurier sympa quelque peu escroc sur les bords, elle est une ukrainienne exilée devenue  une cantatrice reconnue qui se produit dans les grandes salles du monde. Ce qui, il est vrai, ne facilite pas l’intimité. Alors, ils ont compris qu’il fallait faire autrement.

 

        

 

Leur rencontre improbable a lieu pendant un reportage d'Edgar dans ce pays très fermé qui goûte peu les rares visites d’étrangers qui sont "largement encadrées", sera pour eux une rupture, comme écrit l’auteur, elle met un terme à « une vie qu'ils ne vivraient jamais plus : celle pendant laquelle ils ne s'étaient pas connus. »

 

Leur histoire se déroule sur la seconde moitié du 20e siècle, c'est-à-dire d'une situation très difficile correspondant à la reconstruction, puis à l'embellie des Trente Glorieuses, avant de virer dans les crises à répétition qui ont commencé en 1974. Ils vont en quelque sorte épouser leur époque, chaque phase étant vécue comme un échec de leur couple. Pourtant ce sera aussi l'occasion de dépasser les crises conjoncturelles et de renforcer leur amour.

   Rufin chez lui en Haute-Savoie

 

Pour l'auteur, « le mariage est quelque chose de trop sérieux pour le confier à des jeunes gens. Ce devrait être... un but à atteindre, l'idéal. Pour y parvenir, il faudrait toutes les ressources de la maturité, toutes les leçons de l'expérience et le temps surtout, le temps pour rencontrer la bonne personne et la reconnaître… »

  

Pour comprendre le fonctionnement de ce couple, il fallait les suivre pas à pas, de Russie jusqu'en Amérique, du Maroc à l'Afrique du Sud, scruter à la loupe leur biographie, traquer leurs relations jusqu’aux années 2000. Jean-Christophe Rufin dit que  « je suis le seul à avoir recueilli leurs confidences, au point de savoir à peu près tout sur eux. Parfois, je me demande même s'ils existeraient sans moi. »

      

 

Extrait d'une interview de Jean-Christophe Rufin :

« Alors qu’on impute la fragilité du couple à l’allongement de la durée de la vie, mes personnages misent sur cette même durée pour le sauver. Le temps long favorise les ruptures mais aussi les retrouvailles. On peut se remarier, dans les livres et dans la vraie vie ! Se perdre pour mieux se retrouver, voilà peut-être la vraie façon de s’aimer.Un pacte sans cesse renouvelé ?

J’essaie de dépasser la vision binaire du couple : soit fusionnel, soit déchiré. Trop d’entre nous se séparent définitivement faute d’avoir résolu cette contradiction. Dans Le guépard, le prince Salina dit : "Le mariage, six mois de feu, trente ans de cendres." C’est terrible ! Edgar et Ludmilla ne se résignent pas à vivre un amour de basse intensité. Ils maintiennent l’exigence de la flamme. Les épreuves n’entament pas leur réserve de joie…

 

Beaucoup de héros de romans contemporains sont désespérés et désespérants. Comme si hors du malheur il n’y avait pas de littérature sérieuse. Enfant, j’adorais Alexandre Dumas mais ses héros solaires n’avaient pas droit de cité dans le Lagarde et Michard. Moi qui suis venu à la littérature par la médecine, j’ai toujours recherché la lumière dans les livres... »

 

Notes et références
[1] J’ai lu que Jean-Christophe Rufin s’était inspiré pour ses personnages de Bernard Tapie et de Maria Callas (Ludmilla est cantatrice). Il n’en demeure pas moins que la première femme de l’auteur était d’origine russe et qu’il a épousé 3 fois Azeb, une "exilée", une érythréenne rencontrée en Éthiopie.
[2]Le chiffre sept est un symbole fort, image de la totalité, de la perfection dans un cycle complet, la fusion des contraires et la représentation du dualisme. Pour eux, le long chemin vers la maturation.

 

Voir mes fiches sur Jean-Christophe Rufin --

<< Christian Broussas – JC Rufin - 13/04/2019 < • © cjb © • >>

Partager cet article
Repost0
25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 21:14

Petit rappel historique

          

 

Née en 1938 en Ukraine dans une ville de garnison, Svetlana Alexievitch a fait ses études en Biélorussie pour devenir journaliste. Son premier livre, La guerre n’a pas un visage de femme (Presses de la Renaissance, 2004), paru en 1985 en Union soviétique, dénoncé comme “antipatriotique, naturaliste, dégradant” mais soutenu par Gorbatchev, a provoqué un énorme scandale et a eu un immense succès.

Chacun de ses livres est un événement : Les Cercueils de zinc (10/18, 1997), Ensorcelés par la mort (Plon, 1995), Derniers témoins (Presses de la Renaissance, 2004), La Supplication (Lattès, 1998)… Elle vit actuellement à Berlin pour fuir le régime de Loukachenko, le président de la Biélorussie.

 

Référence : Svetlana Alexievitch, La Fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement, traduction Sophie Benech, éditions Actes Sud, septembre 2013

        

 

Svetlana Alexievitch est un écrivain qui écrit avec son stylo et son magnétophone. Elle se balade d'interviews en interviews pour conserver la mémoire de ce qu'était ce qu'on appelait alors l'URSS, à travers "la petite histoire d’une grande utopie". « Le communisme avait un projet insensé, dit-elle : transformer l’homme "ancien", le vieil Adam. Et cela a marché… En soixante dix ans et quelques, on a créé dans le laboratoire du marxisme-léninisme un type d’homme particulier, l’Homo sovieticus. »

 

Cet "homme rouge" représente l'essentiel de son projet : le prototype condamné à disparaître avec l’implosion de l’Union soviétique qui s'effaça sans heurts et sans procès, emportant avec elle les longs cortèges de sacrifiés du régime communiste. Pour retracer cette époque, Svetlava Alexievitch utilise une "technique littéraire polyphonique particulière", qui donne la parole à tous ces témoins anonymes.

 

« Les gens cherchaient à trouver un sens à tout ce qui se passait, un fil quelconque... Même l'Enfer, les hommes ont envie de le comprendre.»

 

        

 

Des témoins qui sont le plus souvent des humiliés et des offensés, qu'ils soient respectables ou pas, des condamnés du régime, parfois des mères déportées avec leurs enfants, des staliniens sans états d'âme malgré Soljenitsyne et le Goulag, des défenseurs d'une perestroïka qui vira vite à un capitalisme sans états d'âme lui aussi et maintenant après tous ces soubresauts, des résistants à de nouvelles dictatures…

Elle présente ainsi sa façon de procéder : « Je pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu.

« Une balle trouve toujours sa cible.» (page 229)

C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier et d’essayer de raconter quelque chose. De deviner quelque chose... L’histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne.»

 

  
---------------------------------------------------------------------------------

 

Quelques commentaires de presse

«  L'Homo sovieticus existe : Svetlana Alexievitch l'a rencontré.
Dans cet ouvrage polyp-honique, où se mêlent propos de micro-trottoir, conversations rapportées et extraits d'émissions de télévision, chaque voix sonne juste. Un charme fascinant s'en dégage. (…) Ce livre dense et puissant comme un fleuve.  » Étienne de Montety, Le Figaro Littéraire

 

« Pendant vingt ans, l'écrivain-journaliste Svetlana Alexievitch a recueilli le témoignage de centaines d'anonymes de l'ex-URSS. Résultat : l'impressionnant Fin de l'homme rouge. Extraordinaire. (...) Tous ceux qui s'expriment dans ces quelque 500 pages, derniers spécimens de ce qu'elle appelle l'"Homo sovieticus", nous passionnent.  » Baptiste Liger, Lire

 

 « Découverte en 1991 avec Les cercueils de zinc, où elle faisait raconter leur guerre à des soldates soviétiques rentrés d'Afghanistan, Svetlana Alexievitch récidive avec ce livre capital, bouleversant d'humanité et, politiquement, intransigeant récit de la détresse qui suivit la chute de Gorbatchev.  » Michel Schneider, Le Point

 

         

 

« Svetlana Alexievitch a le don de confesser les hommes. De les faire sortir de leurs gonds. De libérer la verve poétique des uns, l'imagination des autres. (…) De raconter, aussi, de merveilleuses histoires d'amour, antidote à la folie du monde. Là, le miracle se produit : aucune lourdeur, aucune redondance dans cette juxtaposition, mais une musique, un souffle. Le témoin devient personnage, le récit se fait littérature.  » Emmanuel Hecht, L'Express

 

  Femmes soviétiques en uniforme 

 

« Elle transforme la vie quotidienne des humbles en morceaux de littérature. (...) Comment choisir parmi toutes ces voix cinglantes et bouleversantes? On se retrouve ici saisi au cœur, parmi des histoires d'amours et de morts, par de petits actes de courage anonymes. (...) La Fin de l'homme rouge peut se lire comme une méditation sans œillères sur la liberté et la responsabilité.  » Marie-Laure Delorme, Journal du dimanche

 

    La guerre en Afghanistan

 

Voir aussi mes fiches :
* Svetlana Alexievitch, Biographie -- La supplication, Tchernobyl --
* Nicolas Ostrovski, Et l'acier fut trempé... --

<< Christian Broussas – L'homme rouge- 21/04/2019 • © cjb © • >>

Partager cet article
Repost0
25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 20:48

Exposition « Goûter au paradis. Anna de Noailles et les rives du Léman »

 

        
                                          
La Maison Gribaldi

« Le lac Léman m'apportait tout, depuis ce nom d'Amphion, donné par un lointain hasard de terroir à notre rive et à notre demeure. »

 

C’est à partir de cette phrase d’Anna de Noailles que se structure l’exposition 2019 organisée dans la Maison Gribaldi. [1] « Petite fille née dans un milieu privilégié, j’ai goûté au paradis à Amphion dans l’allée des platanes, étendant sur le lac Léman une voûte de vertes feuilles… »

 

Affiches de l'exposition 

 

Anna de Noailles, comme d’ailleurs la plupart des poètes, est plutôt délaissée à notre époque. C’est oublier qu’elle a connu de son vivant une notoriété considérable pendant la Belle Époque et jusqu’aux débuts des années trente. Elle connut aussi les honneurs puisqu’elle fut lauréate du grand prix de littérature de l’Académie française et première femme commandeur de la Légion d’honneur.


  Arc votif et jardin

 

Cette privilégiée née princesse Bassaraba de Brancovan, a passé, jusqu’à la Grande Guerre, la plupart de ses étés à Amphion, près d’Evian, où sa famille possédait une grande propriété, la villa Bassaraba.

 

      
Anna et l'arc votif d'Amphion                       Différents portraits d'Anna

Moments importants pour elle puisqu’elle y a puisé une grande partie de son inspiration dans cette relation intime qu’elle avait nouée avec les rives du Léman, aussi bien du côté suisse, de Lausanne à Montreux, de Coppet à Morges, de Genève à Vevey, que du côté français, d’Évian à Thonon, de Ripaille à Yvoire.

« Étranger qui viendra,
Lorsque je serai morte,
Contempler mon lac genevois,
Laisse, que ma ferveur

Dès à présent t'exhorte,

A bien aimer ce que je vois. »

 

       

Conformément à sa volonté, son cœur a été placé au cimetière de Publier (à côté d’Évian) où elle fréquentait le couvent des Clarisses, [2] et ses amis ont créé en 1938 à Amphion (toujours à côté d’Évian), sur les lieux de son enfance, un monument et un jardin pour honorer sa mémoire.

Anna de Noailles chez Seghers

Cette année 2019 revêt une importance particulière puisqu'elle rappelle deux dons majeurs, celui de Francillon-Lobre en 1949 et le legs Anne-Jules de Noailles fait en 1979 à la Ville d’Évian-les-Bains.

 

On trouve ainsi dans l’exposition à la Maison Gribaldi la vaste collection réunie au fil des années autour d’Anna de Noailles, complétée par de nombreux prêts.

 


Anna (droite rang 2) avec les Polignac devant & Proust (au fond)

 

Elle permet au visiteur de se laisser guider à travers des objets personnels, des portraits, des photographies originales, d’ouvrages et de correspondances ainsi que des pastels que peignit Anne de Noailles à la fin de sa vie.

  
 

Notes et références
[1] Maison Gribaldi, ruelle du Nant d'Enfer, 74500 Évian-les-Bains
[2]  Que l’on retrouve dans cet extrait :
« Pousse la porte en bois du couvent des Clarisses,
C’est un balsamique relais,
La chapelle se baigne aux liquides délices
De vitraux bleus et violets.

Peut-être a-t-on mis là, comme je le souhaite,
Mon cœur qui doit tout à ces lieux,
A ces rives, ces prés, ces azurs qui m’ont faite
Une humaine pareille aux dieux.

S’il ne repose pas dans la blanche chapelle,
Il est sur le coteau charmant
Qu’ombragent les noyers penchants de Neuvecelle,
Demain montez y lentement. »

 

   

Voir aussi
* Site Comtesse de Noailles --
* Anna de Noailles en Haute-Savoie --

<< Christian Broussas – Évian Noailles- 19/04/2019 • © cjb © • >>

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Jacques Frachet culture
  • : Articles sur des thèmes littéraires et historiques
  • Contact

Recherche

Liens