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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 14:06

TONI MORRISON ECRIVAIN AVANT TOUT

           <<<<<<<< L'écrivaine américaine Toni Morrison (née le 18 mars 1931) >>>>>>>>
                             <<<<<<<< Voir aussi Sula et L'oeil le plus bleu >>>>>>>>
                     <<<<<<<<<<<  • • •°°°°°°°°°• • •  >>>>>>>>>>>
T Morrison.jpg

Être une femme, afro-américaine de surplus, ne semble vraiment pas propice pour décrocher le prix Nobel de littérature. [1] C'est pourtant le destin de Toni Morrison, professeur de littérature puis éditrice qui a obtenu le prix Nobel en 1993. Rien ne la prédestinait à une telle reconnaissance internationale. Chloé Anthony Wofford naît le 18 mars 1931 à Lorain, petite ville dans l'état de l'Ohio, dans une famille ouvrière -son père est soudeur- , deuxième des quatre enfants de George et Ramah Willis Wofford.

Ses parents quittèrent le sud des États-Unis pour échapper aux difficultés liées au racisme et avoir dans l'Est de meilleures conditions de vie. A la maison, elle est très vite férue de littérature, et ses parents lui font rapidement découvrir la culture noire du Sud en lui transmettant leur héritage afro-américain. Elle restera à jamais marquée par son enfance, le communautarisme de la société américaine qui vire parfois à la ségrégation et au racisme, même si son cursus dans le système éducatif américain est exceptionnel.

Très tôt, elle s'intéresse à la littérature, assez éclectique dans ses goûts, allant de Jane Austen, Virginia Woolf à Tolstoï, en passant par des auteurs américains comme Faulkner. Après des études à la Howard University of Washington et à l'Université Cornell, elle enseigne l'anglais au Texas Southern University de Houston puis revient enseigner à Howard.

Toni Morrison 1986.jpg

Toni Morrison en 1986

Si sur le plan professionnel sa réussite est éclatante, son mariage avec un architecte jamaïcain Harold Morrison, rencontré lors de son retour à Howard, se dégrade rapidement. 1964 représente un tournant dans sa vie : elle divorce puis se consacre à l'édition à la Random House de New-York où elle va publier les ouvrages d'Angela Davis, d'Andrew Young ou une anthologie d'écrivains noirs The Black Book en 1973. Elle s'installe d'abord dans la petite ville de Syracuse [2] puis à New-York. En parallèle, elle continue d'enseigner l'anglais à L'Université d'état de New-York puis la littérature à L'Université de Princeton, une ville entre Philadelphie et New-York où elle va rapidement s'établir.

L'écriture est pour elle une vocation tardive. Elle publie son premier roman The bluest eye en 1970 à l'âge de 39 ans, [3] obtient un grand succès avec ses deux romans Sula en 1973 et Song of Solomon en 1977 [4] avant d'atteindre la reconnaissance internationale avec Beloved en 1988. [5]

Elle se défend d'être la représentante de la communauté noire, son porte-parole et elle résiste difficilement à la pression de son audience internationale, les journalistes lui posant toujours le même genre de questions sur ce sujet. Son œuvre s'y prête aussi. [6]

De son père, Toni Morrison a retenu la prise de conscience de son identité noire et des difficultés relationnelles entre les Noirs et les Blancs. Parlant de son enfance, elle dira : « mon père était raciste. Enfant en Georgie, il a été marqué par le comportement des adultes blancs; et toute sa vie, il eut le sentiment que c’était justifié pour lui de mépriser les Blancs, alors qu’eux n’avaient pas de justification pour le mépriser. » Lorsque démarre le mouvement des droits civiques au début des années soixante, elle fréquente des personnes comme Andrew Young [7] ou Stokely Carmichael [8] ainsi que des membres éminents des Black Panthers.

En 1984, elle est nommée à la State University de New York à Albany, où elle supervise de jeunes écrivains en troisième cycle et écrit sa première pièce de théâtre Dreaming Emmett, inspirée de la véritable histoire d’Emmett Till, un jeune noir tué par des blancs en 1955, accusé d'avoir sifflé une Blanche dans la rue. Apprenant qu'elle était lauréate du prix Nobel de littérature, elle déclara : « Ce qui est le plus merveilleux pour moi est de savoir que ce prix a enfin été décerné à un afro-américain. Gagner en tant qu’américaine est très spécial, mais gagner en tant que Noire Américaine est sensationnel. Et ce qui est aussi très important c'est que ma mère soit vivante pour partager cette joie avec moi. » Sur cet engagement qu'on lui a parfois reproché, c'est la romancière qui a répondu : «  Je ne pense pas qu’il y ait de vrais artistes qui n’aient jamais été engagés. Ils ont peut-être été insensibles à tel ou tel fléau, mais ils étaient engagés car l’essence d’un artiste est d'être engagé. »

tumb . . . Toni Morrison dans sa jeunesse tumb

  1. A ce propos, elle écrit : « Je pense vraiment que la gamme d'émotions et de perceptions auxquelles j'ai eu accès en tant que personne noire et que femme est plus grande que celle des personnes qui ne sont ni l'un ni l'autre. Il me semble alors que mon monde ne s'est pas rétréci parce que je suis une femme noire écrivain. Il s'est agrandi. »
  2. Située dans l'Etat de New-York
  3. Le roman raconte l'histoire d’une jeune fille noire, Pecola Breedlove, qui pense qu’avoir les yeux bleus serait pour elle une bénédiction. Mais elle sera cruellement déçue.
  4. "Sula", qui a obtenu le "National Book Critics Award", est l’histoire de deux amies noires, Sula, considérée comme une menace envers sa communauté, et son amie Nel, dans la ville fictive de Medallion, dans l’Ohio (où elle est née). "Song of Salomon" (la chanson de Salomon) qui lui vaudra le prix de "l’Institut Américain des Arts et des Lettres" est une chronique familiale qu'on a parfois comparée à "Racines" d’Alex Haley.
  5. Adapté au cinéma par Jonathan Demme en 1998 avec Danny Glover et Oprah Winfrey.
  6. Dans ses descriptions de l'univers réel ou imaginaire du peuple noir, Toni Morrison a rendu au peuple afro-américain son histoire morceau par morceau (l'académie du Prix Nobel)
  7. Qui travailla avec Martin Luther King et devint maire d’Atlanta
  8. Qui fut ensuite le leader du "Student Nonviolent Coordinating Comittee"
<<< Christian Broussas - Feyzin, 10 décembre 2012 - << © • cjb • © >>>> 

 

 

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 13:58

Référence : Toni Morrison, "L'œil le plus bleu", éditions Christian Bourgeois, Collection Fictives, traduction Jean Guiloineau, 218 pages, octobre 1994, édition originale 1970, isbn 2-267-01243-x

            

Quand Claudia et Frieda hébergèrent la petite Pecola, c'était normal pour un dépannage, parce que sa famille se retrouvait "à la rue". Pecola Breedlove, petite noire d'un quartier pauvre, rêve d'avoir les yeux bleus. Ainsi, on la remarquerait enfin, c'est sûr. Elle serait plus belle et attirerait tous les regards. Sa famille serait réconciliée, finies les fugues du frère et les beuveries du père.

Aux yeux des blancs, elle n'existe pas, elle est transparente, ils ne la voient pas. Comme Maureen, blanche aux yeux si bleus et qui se trouve si mignonne. Et près du lac Erié, au-delà des aciéries où le ciel est taché d'orange, le ciel est toujours bleu.

    

Pauline Williams, la mère de Pecola et de son frère Sammy, venait du Kentucky et c'est peu après son mariage avec Cholly qu'elle s'installa à Lorain dans l'Ohio. Elle inculqua à sa fille cadette la respectabilité, c'est-à-dire « la peur des autres et de la vie. » Toutes ces femmes, Pailine, tante Jimmy qui a élevé Cholly, leurs amies qui plient l'échine et reçoivent des ordres de tout le monde, prennent comme elles peuvent leur revanche sur la vie. « En réalité, elles régentaient les maisons des Blancs et elles le savaient. »

La réalité pour Pecola est pire encore, elle se transforme en cauchemar le jour où son père Cholly commet l'irréparable. La réalité pour Pecola n'a vraiment pas les yeux bleus. Alors, elle est allée consulter Elihue, un drôle de type qu'on surnomme Soaphead -tête de savon- pasteur devenu « lecteur, conseiller et interprète des rêves » espèce de conseil-relation à la sauce psy. Mais Soaphead n'a que le pouvoir de faire croire aux autres qu'il possède un pouvoir, pas de donner à Pecola les yeux bleus.

Ces fameux yeux bleus, même si personne ne les voit, ELLE les verra et « désormais elle vivra heureuse » prédit Soaphead. Méfiance de ces enfants noirs envers les adultes, « considérant toute parole comme un code que nous devions percer et tout geste comme l'objet d'une analyse attentive » dit Claudia la narratrice. Et comme personne ne faisait attention à eux, ils étaient centrés sur eux-mêmes. Quant à Pecola, il ne lui restait que la folie pour se protéger des autres et du monde.

 

<<< Christian Broussas - Feyzin, 5 août 2012 - << © • cjb • © >>>> 
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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 17:50

Biographie de l'écrivain japonais Yasunari Kawabata

La jeunesse de Kawabata dans la région d'Osaka

 
    

 

C'est à Osaka qui naquit Yasunari Kawabata le 14 juin 1899 pendant l'ére Meiji, dans une famille bourgeoise et cultivée. L'enfant né prématurément à sept mois restera fragile toute sa vie. Ses parents auraient pu jouer un rôle important dans sa vie, sa mère Gen issue d'une famille fortunée et surtout son père Eikichi grand amateur de poésie et de peinture, mais ils rapidement décéder tous les deux de tuberculose. Dès l'âge de trois ans, l'enfant est orphelin.

 

Yasunari Kawabata part vivre dans le village natal de sa mère à Tyosato dans la banlieue d'Osaka puis un peu plus loin à Toyokawa avec ses grands-parents paternels. Il s'adapte facilement à sa nouvelle vie et, à l'école primaire de Toyokawa, est considéré comme un brillant élève. Mais son grand-père Kawabata Sanpachiro, un notable local qui a vendu ses terres, fait des placements aventureux qui précipitent sa ruine. Le sort semble s'acharner sur cette famille puisqu'en 1919 l jeune garçon alors âgé de dix ans perd d'abord sa sœur Yoshiko, cette sœur dont il a dit "qu'il n'a gardé au fond du cœur aucune image," puis sa grand-mère en septembre.

File:Yasunari Kawabata 1917.jpg   En 1917

Resté seul avec son grand-père, il entre en avril 1912 au collège d'Ibaraki. C'est à cette date que se dessine sa vocation d'écrivain, mêlant une grande soif de lecture à ses premiers écrits. Il vivra huit années avec ce grand-père qui peu à peu s'affaiblit et devient aveugle. A son décès, il retourne à Toyosato chez un oncle maternel. Sa douloureuse expérience de jeune garçon confronté très tôt à la mort des siens marquera son œuvre avec ce rapport obsessionnel à la solitude et à la mort, qu'on retrouve dès 1916 dans Ramasser des ossements, au titre significatif, puis Les sentiments d'un orphelin ou encore Voiture funéraire dans les années vingt.

 

Son rapport aux autres est déterminé par l'image négative qu'il se fait de lui-même, complexé par un aspect malingre et un physique ingrat, il sera toujours tiraillé par une homosexualité refoulée qui lui fera d'abord aimer Kiyono l'un de ses condisciples au lycée de Ibaragi, jeune homme plutôt androgyne, aux traits gracieux et efféminés. Alors âgé de 19 ans, lors d'un séjour à Yugashima, station thermale dans la péninsule d'Izu, il ressent une "puissante émotion esthétique" pour une danseuse filiforme qui n'est pas sans lui rappeler Kiyono, et deviendra la source de son premier roman La danseuse d'Izu publié en 1926.

 

Cet épisode qui l'influencera tant qu'il retournera de temps en temps à Izu pendant une dizaine d'années, est récurrent dans son œuvre, depuis ses Souvenirs de Yugashima en 1922 jusqu'à des ouvrages plus connus comme Le grondement de la montagne ou Les belles endormies au début des années soixante.

 

Son fantasme de la femme éternelle va s'incarner dans une toute jeune fille de 14 ans Itō Hatsuyo, qu'il rencontre avec des amis puis revoit de temps en temps avant de subitement la demander en mariage. Ce qu'elle finira par refuser, le laissant désespéré, hantant longtemps son esprits et ses écrits. Ni ses succès littéraires, ni même la notoriété du prix Nobel [1] qui viendra couronner son œuvre en 1968, ne le délivreront de ses angoisses, de ses démons et du poids du passé. Il entamera avec son contemporain Yukio Mishima [2] un dialogue épistolaire plein d'enseignements sur leur génération, reflétant le déchirement d'un Japon écartelé entre le rejet du passé de leur jeunesse et le poids de la modernité.

 

Homme complexe et complexé, secret et plein de contradictions, se voulant à la fois en phase avec son époque et ancré dans ses traditions culturelles, patriote mais aussi féru de littérature occidentale, Yasunari Kawabata parviendra à transcender ce sentiment tragique de la vie qui l'habite, dans des nouvelles d'un style vif, alerte et épuré, courts récits qu'il appelait Tenohira non shōsetsu, les récits qui tiennent dans la paume de la main.

 

En 1972, Yasunari Kawabata est hospitalisé et sa santé devient de plus en plus précaire. Il choisit de mettre fin à ses jours le 16 avril dans le petit appartement qu'il habite parfois, au bord de la mer à Zushi, à proximité de Kamakura où il est enterré.


File:Yasunari Kawabata c1946.jpg    

Dans sa maison de Kamakura en 1946        Avec Mishima en 1946

 

Repères bibliographiques

 

- Pays de neige, traduit par Fujimori Bunkichi, texte français par Amel Guerne, 1960, Édition originale Livre de poche, 1982/Albin Michel, 1996

- Le grondement de la montagne, 1969, Édition originale Livre de poche, 1986/Albin Michel, 1988

- Le maître ou le tournoi de go, Édition originale Livre de poche, 1988/Albin Michel, 1992

- Les belles Endormies, Édition originale Livre de poche, 1982/ Éd. Albin Michel, 1983

- Tristesse et beauté, 1981, Édition originale Livre de poche, 1996/Albin Michel, 2000

- Kawabata-Mishima, correspondance 1945-1970, traduit et annoté par Dominique Palmé, préface de Diane de Margerie – 2000


    "Les belles endormies"

  

Autres fiches à consulter :
- Yukio MISHIMA à Tokyo

- Alexandra DAVID-NEEL à Paris, Toulon, Digne et en Asie

 - Marguerite Yourcenar : Yukio Mishima

Références

1.        Il fera à Stockholm lors de la remise du prix le 12 décembre un discours en forme d'hommage à son pays intitulé « Utsukushii nihon no watakushi » (Le beau Japon en moi)

2.        le 25 novembre 1970, Yasunari est bouleversé par l'annonce du suicide par 'seppuku' de son ami Mishima. Le 24 janvier 1971, il préside la cérémonie des obsèques publiques de Mishima au temple Tsukiji Honkanji de Tōkyō, et lit un extrait d'une lettre que son ami lui avait adressée le 4 août 1969 (voir leur correspondance page 223).

 

<<< Christian Broussas - Feyzin, 13 juin 2012 - < © • cjb • © >>> 

 

 

 

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 17:44

Kenzaburō Ōe entre Shikoku et Tokyo

Kenzaburō Ōe, écrivain japonais, prix Europalia 1989 et prix Nobel de littérature 1994 

Le jeudi 19 janvier 2012 par Christian Broussas.

 

 

S'il est une œuvre autobiographique, c'est bien celle de Kenzaburō Ōe, une œuvre pleine de son passé, sillonnée des traumatismes qui l'ont marqué.


Il a 20 ans quand survient la terreur absolue d'Hiroshima dont il retracera les suites dramatiques, les répercussions sur la population dans Notes de Hiroshima en 1965. On retrouve aussi son analyse du Japon de cette époque dans Notes d'Okinawa en 1970 et surtout dans Dix-sept ans où il tente d'approcher la mentalité d'un adolescent qui s'engage dans le néo-fascisme, devient un assassin et finit par se suicider.


Il a 28 ans à la naissance de son fils Hikari, handicapé mental qui « modifie son univers avec autant de violence qu'une explosion solaire. » Ses se font alors plus personnelles, plus sombres aussi, surtout dans Agwii, les monstres des nuages qui se suicide après avoir tué son enfant atteint d'une malformation cérébrale.


Sa jeunesse se passe à Ose (Oose ou encore Ozu), un village de montagnes « cerné par la forêt » dans l'île de Shikoku au sud-est de l'archipel nippon. Son enfance est plutôt difficile, marquée par la mort de son père bûcheron lors qu'il n'a que neuf ans, laissant une veuve et sept enfants. Dans un pays ravagé, fortement marqué par la guerre, il ressent un besoin de sécurité qui le fera se réfugier volontiers dans les arbres des forêts alentours et dans la proche montagne. Il poursuit ensuite ses études secondaires à Matsuyama, principale ville de la région. Contrairement à ses ancêtres qui n'ont jamais quitté leur île, il rejoint l'université de Tokyo pour étudier la littérature française que lui avait connaître sa mère, surtout deux auteurs qui l'ont le plus marqué François Rabelais et Jean-Paul Sartre sur qui portera sa thèse de fin d'études.


Dans les années 80, Kenzaburō Ōe revient sur les pas de sa jeunesse dans des œuvres inspirées par les paysages familiers de Shikoku où se dégage un Japon plus rural et communautaire, tout en développant ses idées à travers son héros Gii, sur la défense de l'environnement et une certaine forme de distance avec le réel qu'il déplore, la pacifisme dans ses romans Le jeu contemporain en 1979 (Dojodai gemu), M/T et le conte des merveilles en 1986 (M/T to mori non fushigi no monogatari) et Lettres aux années de nostalgie en 1989 (Natsukashii toshi e no tegami). « Écrire, dit-il, c'est marcher sur une corde raide. »


Dans une interview à L'Express en mars 2011, Kenzaburō Ōe affirme "reconnaître le danger du nucléaire", estimant que "C'est une catastrophe encore plus dramatique que les désastres naturels -car elle est due à la main de l'homme", et il espère que "l'accident à la centrale de Fukushima" sera salutaire et permettra "aux japonais de renouer avec les sentiments des victimes d'Hiroshima et de Nagasaki", mais surtout "de reconnaître le danger du nucléaire, (...), et de mettre fin à l'illusion de l'efficacité de la dissuasion prônée par les puissances détentrices de l'arme atomique".


(JPG)  Oe avec son fils

 

Christian.broussas at orange.fr

Repères bibliographiques

-- Un drôle de travail, Kimyō na shigoto, 1957
-- Gibier d'élevage (Une bête à nourrir) , Shiiku, 1958, prix Akutagawa
-- Agwii, le monstre des nuages , Sora no kaibutsu Aguii, 1964
-- Notes de Hiroshima, Hiroshima nōto, 1965
-- Une affaire personnelle , Kojinteki na taiken, 1965, éditions Stock, 1994
-- Dites-nous comment survivre à notre folie , Warera no kyōki wo ikinobiru michi wo oshieyo, 1966, éditions Gallimard, 1982
-- Le Jeu du siècle , Man'en gannen no futtobōru, 1967, éditions Gallimard, 1985
-- M/T et l’Histoire des merveilles de la forêt, 1986
-- Moi, d’un Japon ambigu , Aimai na Nihon no watashi, 1995), éditions Gallimard 2001
-- Le Faste des morts (Shisha no ogori, 1957, Hato, 1958, Seventeen, 1963, éditions Gallimard, 2005

 

Autres fiches à consulter :

 

-Yukio MISHIMA à Tokyo

-Marguerite Yourcenar : Yukio Mishima

-Gao Xingjian



(JPG)

<<< Christian Broussas - Feyzin, 28 mai 2012 - << © • cjb • © >>>> 

 

 

 

 

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 14:12

Par les champs et par les grèves 

Par les champs et par les grèves, par Gustave Flaubert et son ami Maxime Du Camp, est un récit de voyage en Bretagne, publié en 1881.

Référence : Édition originale 1881,  Réédition Pocket, 2002, isbn 2-266-11220-1

 

tumb tumb La Bretagne entre champs et grèves

 

Gustave Flaubert et Maxime Du Camp

Gustave Flaubert et Maxime du Camp sont deux jeunes amis, une amitié qui durera toujours, à l’image de Frédéric Moreau et de Deslauriers dans "L’Éducation sentimentale". Ils décident d’aller visiter la Bretagne, long voyage d’agrément s’étalant sur environ quatre mois, et ils partent tous deux sac à dos la 1er mai 1847, changement de climat jugé salutaire pour Flaubert qui souffre des nerfs depuis sa grave crise de janvier 1844.

Nous connaissons bien leur périple, aussi bien par la relation qu’ils en ont faite dans leur récit "Par les champs et par les grèves" [1] que par les lettres que Flaubert envoya à sa maîtresse Louise Colet. [2] Après être passés par le Val de Loire, ils arrivent à Carnac où Flaubert est surpris par l’importance et le mystère de ces alignements, se perd en conjectures sur cette civilisation qui a hissé dans de gigantesques efforts de tels symboles. « Voici donc, écrit-il mi figue mi raisin, ce fameux champ de Carnac qui a fait écrire plus de sottises qu’il n’a de cailloux. » (p. 90) Il flâne aussi sur le bord de mer, prend des bains de soleil sur la plage, contemplant « le soleil s’abaissant sur la mer qui variait ses couleurs… »

Ils donnent leurs impressions sur les contrées qu'ils traversent et les gens qu'ils rencontrent, émaillées de quelques digressions, intéressante évocation d'un récit qui nous entraîne essentiellement en Bretagne, but ultime du voyage, mais aussi en Touraine et dans l'Anjou.

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En route vers Saint-Malo

Ils remontent vers la presqu’île de Quiberon, « à gauche les îles d’Houat et d’Hoedic bombant sur la surface du pâle azur leurs masses d’un vert-noir, Belle-Île grandissant les pans à pic de ses rochers couronnés d’herbe et la citadelle dont la muraille plonge dans la mer… » Belle-Île qui l’impressionne par « la roche s’ouvrant dans toute sa grandeur montait subitement ses deux pans presque droits que rayaient des couches de silex et où avaient poussé de petits bouquets jaunes. »

 Voyage culturel aussi bien sûr : ils visitent la Vénus de Quinipily, statut de granit, femme dénudée « posant une main sur sa poitrine. » (p. 127) Les deux amis se rendent ensuite en Cornouaille, Quimperlé très agréable mais sans cachet, le grand marché de Rosporden, Quimper « le centre de la vraie Bretagne. » (p. 130 et 139) Quimper ville étape offre sa « belle promenade d’ormeaux le long de la rivière. » C’est la fête avec les rues tendues de drap de calicot, les cloches qui sonnent à toute volée, des pétales de roses et des juliennes semés sur les pavés ; un dimanche de fête avec une belle procession.

 Dans le sud du Finistère, ils trouvent une pluie tenace qui leur gâche la visite de Concarneau avec ses hautes murailles et « ses mâchicoulis encore intacts comme au temps de la reine Anne. » Ils traversent la forêt de Fouesnant sous une pluie battante et arrivent à Pont-L’abbé fort trempés. Flaubert est conquis par les nombreuses petites églises bretonnes fort pauvres mais ô combien émouvantes, par la ferveur religieuses de ses habitants, de ces églises « semble se concentrer toute la tendresse religieuse de la Bretagne. » Cette ferveur l’amène à cette réflexion : « L’ascétisme n’est-il pas un épicurisme supérieur, le jeûne une gourmandise raffinée ? »

 Le beau temps finit par revenir. De Crozon à Landévennec, « la campagne est découverte… une mousse rousse s’étend à perte de vue sur un sol plat avec parfois quelques champs de blé. » Á l’évidence, le paysage de cette région ne lui plaît guère. Après les étendues de landes, ils longent la crête d’un promontoire « qui domine la mer… se répandant du côté de Brest, tandis que de l’autre, elle avance ses sinuosités dans la terre qu’elle découpe, entre des coteaux escarpés, couverts de bois taillis. (p. 172)

Flaubert admira la côte sauvage

Brest et son port ne l’enthousiasment guère, même la mer lui semble assujettie à l’activité industrieuse des hommes. Le reste est à l’avenant, un théâtre désaffecté, « des églises déplorables, une place d’armes carrée »… seule éclaircie,  l’esplanade des derniers remparts, sa vue grandiose sur la rade et le large.

 « En s’écartant du littoral et en remontant vers la Manche, la contrée change d’aspect, elle devient moins rude »quand on entre dans le pays de Léon, plus fertile. « Saint-Malo, bâti sur la mer et clos de remparts semble une couronne de pierres posée sur les flots dont les mâchicoulis sont les fleurons. » Manifestement, il aime la ville et ses alentours, ira se recueillir sur la tombe de Chateaubriand sur l’île du Grand-Bé.

 Avant de quitter Saint-Malo, les deux amis font un crochet par Cancale, « aligné sur un quai de pierres sèches », où ils mangent des huitres et jouent aux touristes, faisant, note Flaubert, « chauffer ma guenille au soleil à faire le lézard... le corps inerte, engourdi, inanimé… » Par Dol et Pontorson, ils prennent la route du Mont-Saint-Michel qui se détache au loin sur son éperon rocheux. Il reste sans voix, plein d’admiration devant « la muraille de la Merveille avec ses tente-six contreforts géants […] Entre deux fines tourelles, la porte d’entrée du château s’ouvre par un voûte longue où un escalier de granit s’engouffre.» (p. 237)

 Á l’époque, le lieu n’est pas encore un centre touristique connu, Flaubert découvre un atelier de tissage dans la salle des Chevaliers et la nef de l’église sert alors de réfectoire aux prisonniers car le Mont reçoit encore de prison avec des cachots redoutés et inexpugnables. (détails p. 237-238)

Saint-Guénolé

De Combourg à Rennes

Leur périple breton continue par une visite-pèlerinage à Combourg dont l’enfance de Chateaubriand a été bercée. Ils trouvent le château en piteux état, aucune réfection n’ayant été entreprise depuis fort longtemps. Combourg : « Quatre grosses tours rejointes par des courtines… des meurtrières dans les tours, sur le corps du château de petites fenêtres irrégulièrement percées font des baies noires inégales sur la couleur grise des pierres. » Un large perron dessert un étage devenu rez-de-chaussée devant le comblement des douves.

C’est le tableau général qu’en dresse Flaubert quand il arrive au pied de l’édifice. Il est déçu par la vétusté des lieux et impressionné de retrouver l’intimité du jeune Chateaubriand : « Rien ne résonnait dans la salle déserte où jadis à cette heure, s’asseyait sur le bord de ces fenêtres, l’enfant que fut "René". Le second étage est à l’abandon. Il entre dans une petite pièce avec émotion : « C’était là sa chambre. Elle avue vers l’ouest, du côté des soleils couchants. […] Assis sur l’herbe, au pied d’un chêne, nous lisions "René". »

Le soir, ils flânent le long du lac, toujours sur les traces de Chateaubriand. Devant la fenêtre ouverte de sa chambre, il pense à cet homme « qui a commencé là et qui a rempli un demi-siècle du tapage de sa douleur. » (p. 244 à 249) Ils partirent fort tristes de Combourg pour aller découvrir Rennes. Déambulant le long de la Vilaine, ils assistent à un spectacle donné par une troupe locale. La fin du voyage approchait : « Bientôt allait finir cette fantaisie vagabonde que nous menions… le retour aussi a ses tristesses anticipées qui vous envoie par avance la fade exhalaison de la vie qu’on traîne. »

Pont-Croix

Pont-Croix où ils passent en 1847 et où ils sont contrôlés par les gendarmes

Conclusion

Pour Flaubert, ce voyage a été "une fort jolie excursion". Sacs au dos et souliers ferrés, ils ont fait tous deux 160 lieues dans des conditions parfois difficiles. Il est très satisfait de son expédition, impressionné par la mer, « le grand air, les champs, la liberté, j’entends la vraie liberté, celle qui consiste à dire ce qu’on veut, à penser tout haut à deux, et à marcher à l’aventure en laissant derrière vous le temps passer sans plus s’en soucier que de la fumée de votre pipe qui s’envole. »

En fait, il est désolé qu'il arrive à son terme son équipée à travers la Bretagne commencée un matin de mai 1847, deux écrivains à l'aube de leur carrière partant à l'aventure dans une région alors assez sauvage, loin de la 'civilisation', loin du tapage du monde, un peu comme Bouvard et Pécuchet, pour écrire aussi ce livre à 'quatre mains', Flaubert se chargeant des chapitres impairs et Du Camp des autres.

Notes et références

[1] Gustave Flaubert, "Par les champs et par les grèves", édition de poche Pocket n° 11574, 2002

[2] « J’ai fini le dernier chapitre de "La Bretagne" écrit Flaubert à Louise Colet courant septembre1847

Bibliographie

* Gustave Flaubert, "Correspondance", choix et présentation de Bernard Masson, Folio classique, Gallimard, 1988

* Claude Mouchard et Jacques Neefs, "Flaubert, une vie, une œuvre, une époque", éditions Balland, 1986

* Herbert Lottmann, "Flaubert", éditions Fayard, 1989, réédition collection Pluriel 

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 14:02

Eugène Émile Paul Grindel, dit Paul Éluard (du nom de sa grand-mère) n'était pas vraiment destiné à devenir poète et communiste. Né dans un milieu bourgeois, il naît à Saint-Denis au 46 boulevard Châteaudun. [1] et la famille s'installe à Paris une dizaine d'années plus tard rue Louis Blanc dans le dixième arrondissement. De santé fragile, il part en Suisse avec sa mère Jeanne-Marie Cousin à Montreux dans le hameau de Glion mais il est pris d'un accès d'hémoptysie qui se transforme en tuberculose et part se soigner au sanatorium de Clavadel près de Davos dans l'est de la Suisse.

En 1914, il y rencontre une jeune fille russe en exil dont il tombe amoureux, Helena Diakonova qu'il surnomme Gala. Sa personnalité, sa vaste culture l'impressionnent beaucoup, il lui compose des poèmes, elle inerve tousses écrits. Dès sa majorité, il l'épouse le 21 février 1916 et, triomphal, il écrit en mai 1918 à l'un de ses amis : « J'ai assisté à l'arrivée au monde, très simplement, d'une belle petite fille, Cécile, ma fille ».


  Paul Eluard et Nusch

 

La Première guerre mondiale l'a bouleversé, toute sa vie il luttera contre la guerre, se battra pour la paix et rejoindra rapidement le mouvement Dada de Tristan Tzara puis son prolongement dans le surréalisme, nouant une relation amicale étroite avec André Breton. [2] Dès 1920, il considère que le langage peut être un « but en soi » et promet à André Breton de « ruiner la littérature. » Crise existentielle aussi qui fait qu'il s'éloigne, part pour un long voyage de six mois en 1924. Toujours en lutte, soutenant en 1925 la révolte des Marocains, il adhère au Parti Communiste en janvier 1927 et s'en explique dans un tract intitulé Au grand jour.

 

  
Maison de Paul Éluard à Eaubonne, où il habite à partir de 1923

 

A la fin des années vingt, s'il publie deux recueils importants Capitale de la douleur en 1926 et L'Amour la poésie en 1929, il subit de nouvelles épreuves. La tuberculose le taraude de nouveau et il repart se soigner en sanatorium. Il y passera un dernier hiver en 1928 avec Gala qui est déjà la maîtresse de Max Ernst et le quitte pour Salvador Dali, Gala à qui il écrit  « Ta chevelure glisse dans l'abîme qui justifie notre éloignement. ». Heureusement, il va rapidement rencontrer sa nouvelle égérie Maria Benz, une artiste de music-hall alsacienne qu'on surnomme "Nusch" avec qui il se marie en 1934. Véritable ambassadeur des Surréalistes, il se bat toujours pour la paix, allant porter la 'bonne parole' dans toute l'Europe et écrit en 1936 le poème Victoire de Guernica. comme contrepoint au tableau de son ami Picasso.

 

Mobilisé en 1939, Paul Eluard est cantonné à Mignières dans l'Eure-et-Loir où Nusch vient le rejoindre et à la démobilisation, ils regagnent leur appartement parisien de la Max-Dormoy. [3]

 

En janvier 1942, il s'installe avec Nusch chez leurs amis Zervos près de Vézelay et demande sa réinscription au Parti Communiste. Il va devenir célèbre, "le poète de la Résistance", quand les vingt et une strophes de son poème Liberté du recueil Poésie et vérité 1942, sont parachutées sur la France à des milliers d'exemplaires [4] Poète encensé à la Libération, il va connaître un nouveau drame quand Nusch meurt subitement d'une attaque cérébrale alors qu'elle se rend au chevet de la mère d'Eluard. (ci-contre : Nusch & Eluard)

 

Sous le choc, il écrit :

Vingt huit novembre mil neuf cent quarante-six
Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour
En trop: le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d'un supplice.

 

Il continue néanmoins son combat pour la paix, participe aux congrès de Wroclaw en Pologne, de Paris à la salle Pleyel et de Mexico où il rencontre Pablo Neruda. Il passera ses dernières années avec le soutien d'une nouvelle compagne Dominique Lemort avec qui il se marie en 1951, écrivant, tout à sa joie retrouvée le recueil intitulé Le Phénix. Le 18 novembre 1952, il succombe d'une crise cardiaque à son domicile du 52 avenue de Gravelle à Charenton-le-Pont dans le Val-de-Marne.

 

   

  L'avenue de Gravelle à Charenton

 

Notes et références

[1] Qui s'appelle aujourd'hui le boulevard Jules Guesde
[2] Il dédie en 1924 à Breton son recueil Mourir de ne pas mourir, avec cet exergue « Pour tout simplifier je dédie mon dernier livre à André Breton. »
[3] La rue de la Chapelle est devenue la rue max-Dormoy à partir du 7 Juillet 1945
[4] Francis Poulenc le mettra en musique en 1944 dans sa cantate pour double chœur Figure humaine. Il sera aussi illustré à travers des œuvres de Jean Lurça et de Fernand Léger

 

Repères biographiques

  • Raymond Jean, Paul Éluard par lui-même, Écrivains de toujours no 79, Éditions du Seuil, 1968.
  • Paul Éluard : l'amour, la révolte, le rêve, Balland, 1982.
  • Jean-Charles Gateau, Paul Éluard ou le frère voyant, Robert Laffont, 1988
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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 10:11

Référence : Claude Roy, Nous, éditions Gallimard/Folio, 1972, tome II de son cycle autobiographique

 

Vivre un grand amour aide à conjurer la morosité, Claude Roy rejoint ce rêve, concilier l'idéal et le réel, quand un jour terne de décembre 1940 il rencontre Claire Vervin dans le Vichy de l'Occupation. Lune de miel avecc ette femme qu'il aime et dont il apprend qu'elle est juive au moment où sont promulguées les lois anti-juives. « L'irruption de la tragédie politique dans l'enclos de l'alcôve.» (P 36)

 

Amour entre parenthèses, il est à la préfecture de police de Paris en août 1944 et chante La Marseillaise sur le parvis de Notre-Dame. Sa trajectoire communiste louvoie entre la défense de l'expérience soviétique contre le cynisme du libéralisme occidental et le sectarisme du Parti Communiste, les purges, les procès truqués, toutes ces couleuvres à avaler et défendre malgré tout, croire envers et contre tout. « Je ne voulais pas encore me rendre à l'évidence : il me semblait que ce serait me rendre à l'ennemi » écrit-il en guise de conclusion. (p 135) Mais entre le déçus, ceux qui s'éloignent doucement mais sûrement et les exclus, il ne restera pas grand monde de ses amis.

 

Ses amours de guerre avec Claire sont des amours de fugitifs, de garnis en hôtels meublés. Ils vécurent à Marseille “en phalanstère“ rue des Bons-Enfants [1] avec Albert Ollivier, Olivier Messiaen et quelques autres. A Nice, ce fut une maison pleine d'icônes louée à des russes blancs, à Antibes sur les remparts puis de nouveau Paris avenue Reille à Denfert-Rochereau près du réservoir de Montsouris.


Rue de la Chapelle
La rue de la Chapelle

 

Ils rejoignaient souvent chez eux Nusch et Paul Eluard  au 35 rue de la Chapelle dans une grande bâtisse sale et décrépite. Petit appartement peint en beige et gris, moulures 'belle époque' au plafond et cheminée de marbre, des tableaux et ds livres un peu partout. Un grand portrait de Nusch aux seins nus par l'ami Picasso et beaucoup d'autres tableaux, un vrai musée en désordre avec Max Ernst, Fernand Léger, Villon, De Chirico... et d'autres Picasso. Des sculpteurs aussi où domine un buste d'Eluard par fenellosa, entouré de statues océaniennes, africaines et de vases péruviens.


       nusch-nusch.1294405807.jpg

                                                          Nusch Eluard (1906-1946)

 

« J'ai retrouvé plus tard une atmosphère très proche dans l'atelier d'André Breton au 42 de la rue Fontaine » note Claude Roy. Ils s'entouraient de ce qu'ils aimaient, « leur coquille était à leur image. » Pour Eluard, la guerre était le mal absolu, celui contre lequel il fallait lutter en priorité, l'absolu passif du capitalisme. Discutaqnt un jour avec Max Ernst, Eluard s'aperçut qu'en 1917 ils étaient proches l'un de l'autre, chacun dans sa tranchée.


Avec Elsa, Breton, Éluard et Nusch   Elsa, Breton, Eluard et Nusch 

 

[1] La rue des Bons-Enfants a inspiré un roman éponyme à patrick Cauvin, qui a reçu le prix des libraires en 1990

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 18:19

Roger Vailland correspondant de guerre

1945, Roger Vailland a fait ce qu’il devait faire dans la Résistance, son orgueil cornélien satisfait, mais pas question pour lui de médailles ou de rempiler dans l’armée régulière. Il reprend son errance de journaliste dans les fourgons de la Première armée française de De Lattre de Tassigny. [1] mais plus pour France-Soir maintenant, pour les journaux communistes issus de la Résistance, surtout le journal Action.

 

Un article de Vailland paru dans Action

« Impressions de Londres » dans l’hebdomadaire Action

Finis les articles de circonstance comme celui sur le préfet Chiappe qui déplut si fort à André Breton, finis désormais « phrère François » du Grand Jeu, les pseudos d’un double jeu, d'une double face, Etienne Merpin ou Georges Omer, il est désormais Roger Vailland bientôt auréolé d’un prix Interallié décerné en 1945 pour son premier véritable roman Drôle de jeu. [2] Un roman plus sur Roger Vailland que sur la Résistance, ses héros comme deux facettes de lui-même, moitié libertin tel ce Lamballe-Marat [3] auquel il réglera son compte dans "la suite" Bon pied bon œil [4], moitié communiste tel ce Rodrigue au nom si lumineux, un pur prêt à avaler bien des couleuvres aurait dit son ami Claude Roy qu’il rencontre justement à cette époque. Finie aussi l'amour-passion dévorant avec Andrée Blavette dite Boule, sa première femme à laquelle il réglera également son compte dans son deuxième roman Les mauvais coups.

 

En vue du pont de Remagen [5], un officier américain contemplant le pont bombardé, dit par bravade : « Alors, on y va ? » Roger Vailland, plus cornélien que jamais, le « regard froid » [6] de l’homme d’acier, traversa le pont un stick à la main, ralentissant soigneusement ses pas sous les bombardements. [7] Une façon aussi de marquer auprès des américains « sa singularité d’être Français ». [8]

 

Il retrouvait à Paris ses amis, Jacques-Francis Rolland [9] et Claude Roy qui dit de Vailland qu’il avait de belles mains, expliquant doctement à ses copains la stratégie des opérations comme son modèle, le général d’artillerie Laclos, « l’aristocrate passé aux Jacobins, avec le goût de la mathématique, sa culture, son brillant et la séduction des belles manières de la cour, légèrement soufrés de libertinage désinvolte. » [10]


    Vailland et le roman

 

Notes et références 

[1] Voir ses livres témoignage La dernière bataille de l'armée De Lattre, Paris Ed. du Chêne, 1945 et La bataille d'Alsace, Paris Jacques Haumont, 1945

[2] D’après Vailland lui-même, Drôle de jeu n’est pas un livre sur la Résistance, ni l’histoire d’un réseau [3] de résistants qui témoignent de leur action, ni une vision personnelle de la France occupée. (voir l’avertissement qui ouvre le roman)

[3] Personnage double, issu d’un libertin débauché Louis Alexandre Stanislas de Bourbon, prince de Lamballe (1747-1768) et de Jean-Paul Marat le révolutionnaire dont il écrivit aussi un essai inachevé "Marat-Marat", paru aux éditions Le Temps des Cerises en 1995

[4] Bon pied, bon œil : «mes adieux à la culture bourgeoise, » écrit Roger Vailland dans ses Écrits intimes le 24 mars 1950. Et il ajoute : « Ma position relativement en marge pendant ce deuxième 'entre-deux-guerres' (...) n'est plus tenable aujourd'hui. Dans les circonstances actuelles, il n'est plus possible pour moi comme pour toi d'écrire autrement que dans une perspective communiste. » (Lettre à son ami Pierre Courtade)

[5] Le pont de Remagen en Allemagne, fut le dernier pont intact qui enjambait le Rhin durant la phase finale de la Seconde guerre mondiale, conquis par les Alliés le 7 mars 1945.

[6] C'est en exergue de son essai « Esquisse pour un portrait du vrai libertin » que Vailland place cette citation de Sade : "Il posa sur moi le regard froid du vrai libertin," qui sert de titre à son recueil paru en 1963 et qui sera aussi reprise dans la monumentale biographie que Yves Courrière lui a consacré

[7] Voir "Nous", Claude Roy, tome II de son autobiographie, pages 75-76

[8] Voir ma présentation de son essai intitulé Quelques réflexions sur la singularité d'être français,

[9] Voir son livre-témoignage intitulé Un dimanche inoubliable près des casernes paru chez Grasset en 1984

[10] Voir "Nous", Claude Roy, tome II de son autobiographie, page 120

 

 

Voir aussi mes fiches de lecture sur les œuvres deVailland :

- Drôle de jeu, Le Regard froid, Quelques réflexions sur la singularité d'être français,

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 15:14

La vie de Georges Brassens a donné lieu à de nombreuses biographies sur certains de ses aspects, sur une certaine période ou qui embrasse toute sa carrière et tendent parfois vers l'essai. Pour les études et essais sur Georges Brasssens, voir Brassens études et essais.


Je vous propose ce morceau choisi de celles qui m'ont paru intéressantes ou en tout cas les plus représentatives dans leur façon de retracer l'itinéraire du poète-chanteur-compositeur-interprète, sachant que j'ai pour l'instant laissé de côté les biographies-témoignages de ses amis ou connaissances.


Brassens villa santos-dumont 42.jpg Brassens joha.jpg. Villa Santos-Dumont . Brassens et Joha

Sommaire

  • 1 Sur les traces de Georges Brassens
  • 2 Georges Brassens, la marguerite et le chrysanthème (P. Berruer)
  • 3 Georges Brassens, histoire d'une vie (Robine/Séchan)
  • 4 Brassens, le livre du souvenir (Monestier/Barlatier)
  • 5 Georges Brassens, biographie intime (D. Ichbiah)
  • 6 Quelques autres résumés pour compléter ce florilège
    • 6.1 Brassens, au bois de son cœur, 30 ans de chansons (JP. Sermonte)
    • 6.2 Georges Brassens (LJ. Calvet)
    • 6.3 Georges Brassens, un copain d'abord (M. Zaragoza)
    • 6.4 J'aurais pu virer malhonnête (B. Lonjon)

1- Sur les traces de Georges Brassens

A Paris, Georges Brassens a toujours vécu entre le XIVe et le XVe arrondissement, un petit circuit qui aboutit à sa dernière demeure au 42 de la rue Santos-Dumont dans le XVe. Une virée qui permet de suivre ses traces, tout près des anciens abattoirs de Vaugirard devenus aujourd'hui le parc Georges-Brassens. C'est donc au 42 de la rue Santos-Dumont, qu'il décide de s'établir en 1969, après avoir quitté l'impasse Florimont dans le XIVe et passé quelques temps dans un immeuble de la rue Emile-Dubois. Dans cette rue constituée de petites maisons de ville à deux étages, se trouve la villa Santos-Dumont : en fait, une impasse où il fait bon vivre et où on n'est guère soumis au vacarme de la capitale. Maisons et lofts ont peu à peu remplacé les ateliers d'artistes, et les plantations empiètent largement sur le pavé. C'est dans cet endroit de la capitale, un peu retiré, que Brassens pouvait recevoir ses copains et composer en toute sérénité.


Tout près de là, le "parc Georges Brassens", rue des Morillons, invite à une balade digestive à travers les allées baptisées du nom de ses chansons. La flânerie permet de découvrir les anciens abattoirs, le jardin des senteurs, le rucher ou le beffroi, dernier vestige du pavillon des ventes à la criée. Un marché aux livres anciens et d'occasion de tient chaque week-end sous l'ancienne halle aux chevaux. On peut aussi poursuivre jusqu'au restaurant qui fait face au parc, 75, rue de Brancion, "Aux Sportifs ­Réunis", qu'on considérait comme la "cantine de Brassens" avec bien sûr nombre de photos du chanteur, seul ou avec des amis.

2- Georges Brassens, la marguerite et le chrysanthème (P. Berruer)

Georges Brassens, la marguerite et le chrysanthème est un récit biographique écrit par le journaliste Pierre Berruer, retraçant le parcours du chanteur Georges Brassens. [1]

« Il n'y a plus de marguerites; simplement des chrysanthèmes » constate Pierre Berruer ce samedi 31 octobre 1981 où Georges Brassens vient de s'éteindre. Cette marguerite qu'il aimait tant et dont il a fait le titre d'une de ses chansons, fleur de la liberté « qui pousse, anarchique, dans les champs, un peu sauvage mais qui se laisse apprivoiser par les amoureux », celle aussi qui tombe du bréviaire de l'abbé ou qu'il se refuse d'effeuiller dans le pot-au-feu. [2]


Ce livre devait justement paraître ces jours-ci. Devra-t-il jamais voir le jour ? 'Oui' répondent en chœur tous les amis qui y ont participé, ils sont nombreux mais citons quand même les 'mis de toujours', Éric Battista, Pierre Onteniente, Roger Thérond et les écrivains René Fallet et Jean-Pierre Chabrol.


Pierre Berruer retrace d'abord la vie de Brassens, du jeune sétois fils d'un maçon et d'une italienne très pieuse qui, victime d'une 'mauvaise réputation' après une 'ténébreuse affaire' migre chez sa tante à paris où il fera la connaissance de Jeanne Le Bonniec. Il va s'installer avec elle dans la petite maison de l'impasse Florimont, « dans un coin pourri du pauvre Paris » comme il l'écrira plus tard. [3]


Ce n'est qu'en 1952 après la rencontre avec Patachou que la vie de l'homme et du chanteur se rejoignent et que finit le temps 'de la vache enragée'. Il sera alors successivement Grand prix du disque de l'Académie Charles-Cros, Prix de poésie de l'Académie française. Malgré tous ces honneurs, il n'a jamais varié, il reste celui qui a puisé dans l'anarchie la revendication viscérale de la liberté, sa haine de toute forme de domination et de la guerre. Il meurt d'un cancer à l'âge de 60 ans et ce livre est aussi un hommage à l'occasion du vingtième anniversaire de sa disparition.


Informations complémentaires
Bibliographie

  • René Iskin, Dans un camp, Basdorf 1943, Georges Brassens et moi avions 22 ans, éd. Didier Carpentier, novembre 2005 , isbn 2-841-67365-0
  • Jacques Vassal, Brassens, le regard de « Gibraltar », éditions Fayard/Chorus, août 2006, isbn 2-213-62813-0
  • Jean-Claude Lamy, Brassens, le mécréant de Dieu, Éditions Albin Michel,
  • Pierre Berruer, Bourvil, du rire aux larmes, éditions Presses Pocket, 1976, 254 p
  • Pierre Berruer, Jacques Brel va bien, il dort aux Marquises, Presses De La Cité
  • Pierre Berruer, Le bon dieu n'a pas d'oreilles, prix littéraire Georges-Brassens, éditions Plon, 1986

Voir aussi :
- Hervé Bréal, Brassens de A à Z, éd. Albin Michel, 2001, isbn 2-226-11117-4
- Liens externes: Site officiel consacré à Georges Brassens


Berruer1.jpg . . Berruer2.jpg la marguerite et le chrysanthème

3- Georges Brassens, histoire d'une vie (Robine/Séchan)

Georges Brassens, histoire d'une vie est une biographie du chanteur Georges Brassens écrite par Marc Robine et Thierry Séchan en 1991, à l'occasion du dixième anniversaire de sa disparition, avec une préface du chanteur Renaud.


En exergue, les auteurs ont placé de façon malicieuse cette citation de Gustave Flaubert tirée de La tentation de Saint-Antoine : « Hypocrite qui s'enfonce dans la solitude pour se livrer mieux aux débordement s de ses convoitises!Tu te prives de viandes, de vin, d'études, d'esclaves et d'honneurs; mais comme tu laisse ton imagination t'offrir des banquets, des parfums, des femmes nues et des foules applaudissantes! Ta chasteté n'est qu'une corruption plus subtile, et ce mépris du monde l'impuissance de ta haine contre lui. »


Cette biographie très complète reprend les grandes étapes du parcours du chanteur. Sa jeunesse assez préservée dans le centre ville de Sète pendant l'entre-deux-guerres, le départ chez sa tante à Paris après « une ténébreuse affaire ». C'est dans ce quartier où il s'établira plus tard qu'il goûte au piano en autodidacte.


La guerre et l'immédiat après-guerre seront des périodes difficiles. La guerre pour lui, c'est le STO à Basdorf près de Berlin, la « désertion » chez la chère Jeanne. L'impasse Florimont, c'est Jeanne et son mari le père Planche, des années de grande pauvreté dont Brassens s'accommode fort bien et d'engagement dans le mouvement anarchiste. La suite est beaucoup plus connue et rejoint la lente course vers le succès qui n se démentira plus jusqu'à la fin.


L'intérêt de cette biographie tient d'abord à sa présentation : après une biographie fort complète, les auteurs proposent une analyse thématique de son œuvre, intéressante et fouillée.


Informations complémentaires
Bibliographie

  • Émile Miramont dit Corne d’aurochs, Brassens avant Brassens – De Sète à l’impasse Florimont, éd. L’Archipel, 2001, isbn 978-284187-327-2
  • René Iskin, Dans un camp, Basdorf 1943, Georges Brassens et moi avions 22 ans, éd. Didier Carpentier, novembre 2005, isbn 2-841-67365-0
  • Louis Nucera, Brassens, délit d'amitié, L'Archipel 2001, isbn 2-84187-326-9

Voir aussi :
- François-René Cristiani, Jean-Pierre Leloir, Trois hommes dans un salon, Brel, Brassens, Ferré (retranscription de leur conversation diffusée sur RTL, le 6 janvier 1969), éditions Fayard/Chorus, 2003, isbn 978-22136-1671-1
- Jean-Louis Garitte, Parlez-vous le Brassens ?, Éditions Le Bord de l'eau, 2007, isbn 978-2-915651-65-2
- Liens externes: Site officiel consacré à Georges Brassens

4- Brassens, le livre du souvenir (Monestier/Barlatier)

  • Ce livre-album est paru en deux versions :

Martin Monestier, Pierre Barlatier : Brassens, le livre du souvenir
--- Grand format (265 x 365), illustré de photographies avec retranscription d’un entretien avec Philippe Nemo diffusé sur France Culture en 1979, éditions Sand & Tchou, septembre 2001 (ISBN 2-7107-0143-XI)
--- édition petit format (153 x 240), sans photographies, éditions Tchou, septembre 2006, 2-7107-0744-6
--- On peut aussi noter une première édition datant de 1982 et complétée par la suite, ainsi que la réédition du 1/10/2001 aux éditions Sand Tchou dans la collection Beaux livres, 232 pages, isbn 2-71-070253-3


Naissance de Brassens « Sète, au 54 de la rue de l'Hospice : L'arrivée, le 22 octobre 1921, de cette petite chose joufflue et braillarde n'est pas l'événement de la saison. Qui pourrait deviner que son nom figurera un jour dans le dictionnaire ?» Georges-Charles vient d'arriver mais par la suite, il s'en tiendra à son premier prénom.


L'éditeur parle de livre-culte à propos de cet ouvrage. On y retrouve en tout cas ce qui a fait son succès à son corps défendant, ses costumes en velours côtelé, son air à la fois bourru et si fraternel. compter. Il y eut aussi ses chats quand il aimait rester 'auprès de son arbre' ou sur 'un banc public', tous les copains avec qui on se marrait, on se gobergeait, on blaguait et on se faisait des blagues.


Il était comme ça, peu de choses semblaient le toucher vraiment sauf ce qui était sacré à ses yeux, les copains bien sûr et puis la paix et la liberté, ses deux valeurs fondamentales. Il restait un peu à l'écart, marginal, un peu bougon, sans révolte contre l'irrémédiable.


Brassens le livre du souvenir monestier.jpg Martin Monestier et Pierre Barlatier, le livre du souvenir

5- Georges Brassens, biographie intime (D. Ichbiah)

Georges Brassens, biographie intime est un récit biographique du chanteur Georges Brassens écrite par l'écrivain et biographe Daniel Ichbiah et paru chez City Éditions.

Lorsque Georges Brassens disparaît en octobre 1981, il est aussi bien un 'grand' de la chanson française qu'un auteur considéré comme un poète; l'ouvrage qui lui est consacré aux éditions Seghers en est l'une des meilleurs expressions.

 

Sa carrière, longue et régulière, est jalonnée de succès jamais démentis et de chansons qui donnent à sa création des qualités inimitables. Plus d'un demi siècle après sa disparition, le succès est toujours là, on ne le critique plus guère, il est même devenu 'intouchable', ce qui l'aurait fort surpris, lui le modeste -du titre de l'une de ses chansons- et certainement provoqué ce petit air de gorge ironique qu'il avait quand il avait fait une bonne blague à un copain (ce qu'il affectionnait). [4]


On ne lui reproche plus aujourd'hui sa 'mauvaise réputation' ou d'avoir dénoncé l'hypocrisie de la société, souvent de façon assez ironique et 'gaillarde'. Ce livre nous plonge dans le Brassens, lui dont un ami disait lors du dixième anniversaire de sa mort : « Ça fait dix ans qu'il n'est pas mort. » D'un point de vue biographique, les grandes époques sont passées en revue, souvent appuyées par des documents peu connus ou inédits : son enfance sétoise de fils de maçon, le STO en Allemagne et sa vie à Basdorf, l'anarchiste de l'immédiat après-guerre. Il existe aussi chez Isbiah une volonté d'aller un peu plus loin dans les années de succès que les stéréotypes tenaces du moustachu à la pipe, à la guitare et aux chats. Mais bien sûr, Le gorille et Brave Margot font toujours partie du portrait... sans oublier Les copains d'abord.

61- Quelques autres résumés pour compléter ce florilège

611- Brassens, au bois de son cœur, 30 ans de chansons (JP. Sermonte)

Brassens, au bois de son cœur, 30 ans de chansons est une anthologie sur le chanteur Georges Brassens écrite par Jean-Paul Sermonte, qui est en fait une réédition d'après son ouvrage Brassens, le prince et le croque-notes paru aux éditions du Rocher en 1990.


C'est sans doute la première fois qu'un ouvrage sur Brassens présente une discographie et une bibliographie complètes comprenant la liste intégrale des interprètes de Brassens à travers le monde.


Cet ouvrage est une véritable encyclopédie illustrée de plus de 400 photographies diverses et d'une documentation, avec de nombreux inédits, des extraits de correspondance privée ainsi que le témoignage rare et précieux de sa compagne Püppchen.


L'auteur Jean-Paul Sermonte a écrit deux ouvrages sur la vie et l'œuvre de Georges Brassens et il est aussi le fondateur et le rédacteur en chef de la revue Les Amis de Georges.

 

    

Biographie de Louis-Jean Calvet                                      Brassens et Pupchen

612- Georges Brassens (LJ. Calvet)

Georges Brassens est un récit biographique du chanteur Georges Brassens écrite par Louis-Jean Calvet avec une préface de Louis Harmand.


C'est un travail en profondeur sur Georges Brassens que nous propose Louis-Jean Calvet, qui s'appuie sur sa grande connaissance de la chanson en général, sur les témoignages et interviews de proches du chanteur ainsi que sur de nombreux documents. Il retrace dans son livre l'extraordinaire destin de ce fils de maçon sétois qui sut résister à toutes les mode, et devint le symbole de la chanson poétique, le 'poète de la chanson française'.

613- Georges Brassens, un copain d'abord (M. Zaragoza)

Georges Brassens, un copain d'abord est un récit biographique du chanteur Georges Brassens écrit par Marcel Zaragoza, avec une préface de son ami et impresario Pierre Onteniente.


Ce livre offre la particularité d'être livrée accompagné d'un disque CD audio.

Illustré de nombreux dessins et photographies, cet ouvrage retrace l'itinéraire de chanteur et nous le, présente sous différents aspects connus ou moins connus : l'anarchiste, celui pour qui l'amitié est une valeur essentielle, l'amoureux... et pas seulement des bancs publics, l'humaniste et l'anti militariste...


Une peinture intime complétée par des souvenirs de l'ami Pierre Onteniente, celui qu'il avait surnommé "Gibraltar" et à la fin une présentation de sa chanson Bonhomme, chanson qui lui était particulièrement chère et dont il disait qu'il se séparer de presque tous ses textes, sauf celui-là.

 

De la subtile harmonie entre texte et musique, il disait : « Ma musique doit être inattendue, elle doit être comme la musique d'un film : il faut qu'elle donne une atmosphère à l'image qu'on est en train de voir mais il ne faut pas qu'elle prenne le pas sur celle-ci, sinon c'est foutu. » Le CD qui l'accompagne est composé de textes récités et de chansons peu connues.

614- J'aurais pu virer malhonnête (B. Lonjon)

J'aurais pu virer malhonnête est un récit biographique du chanteur Georges Brassens écrit par Bernard Lonjon.


J'aurais pu virer malhonnête , Secrets d'une jeunesse tumultueuse précise Bernard Lonjon en sous-titre.


C'est Brassens lui-même qui disait mi figue, mi raisin : « J’aurais pu être un gangster. Si je n’étais pas chanteur, c’est voleur que j’aurais été. Piquer du fric… ça doit être bath ! » Il le dit expressément dans une de ses chansons Stances à un cambrioleur. [5] Il y fera allusion dans d'autres chansons comme La mauvaise réputation, La mauvaise herbe ou Je suis un voyou. [6]


Adolescent à Sète, il participa à une 'ténébreuse affaire' de petits larcins qui lui valut effectivement une mauvaise réputation et de partir se faire oublier chez sa tante Antoinette à Paris, dans ce quartier qu'il ne quittera plus guère par la suite, histoire qu'il mettra plus tard en vers dans une chanson intitulée Les quatre bacheliers.


Les chansons de Brassens servent de fil conducteur à cet ouvrage qui présente aussi nombre d'histoires inédites. Comme tous les anarchistes, Brassens est fiché aux Renseignements Généraux comme « anarchiste intellectuel qui écrit des chansons inspirées des théories libertaires, qui insulte la Police, la Gendarmerie et l’Armée et est poursuivi pour complicité d’adultère ». On y trouve sa fiche de police, les rapports qu'avait alors le chanteur avec les francs-maçons ou les communistes, ce qui peut paraître assez curieux pour cet anarchiste impénitent qui disait aussi : « Quand on est anarchiste, on le reste, c’est congénital. Je n’ai pas de maître. » Il est vrai que l'on retrouve tout Brassens dans ces paroles et d'abord 'son violent amour' pour la liberté.


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  1. Voir Brassens et la Bretagne (P. Berruer)
  2. Voir sa chanson La non demande en mariage
  3. Voir sa chanson Le bistrot
  4. Parmi les nombreuses biographies consacrées à Brassens, voir : Éric Battista et Mario Poletti, Georges Brassens, souvenirs et portrait d'intimes, éditions du Grésivaudan, 1986/1987
  5. Voir son avant dernier album intitulé Fernande
  6. Voir ses albums intitulés Les Sabots d'Hélène et La Mauvaise Réputation
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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 14:53

Dans la veine de ma présentation sur les biographies consacrées à Georges Brassens, (Brassens biographies) je vous propose cette fois un aperçu sur des ouvrages consacrés à l'étude, à l'analyse de ses textes, à sa technique de composition et à sa façon d'envisager l'écriture.

Je vous propose donc quelques morceaux choisis sur toutes celles qui existent et qui contiennent une analyse intéressant de ses écrits.


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Sommaire

  • 1 L'Univers symbolique de Georges Brassens (A. Tytgat)
  • 2 Brassens par Brassens (L. Rochard)
  • 3 Les Mots de Brassens (L. Rochard)
  • 4 Brassens ... à la lettre (C. Radiguet)
  • 5 Parlez-vous le Brassens ? (JL. Garitte)

1- L'Univers symbolique de Georges Brassens (A. Tytgat)

L'Univers symbolique de Georges Brassens est une étude sur les textes du chanteur Georges Brassens écrit par Agnès Tytgat, auteur-compositeur qui collabore à la revue Les Amis de Georges consacrée à Brassens, avec une préface d'André Tillieu.


Référence : Agnès Tytgat, L'Univers symbolique de Georges Brassens, éditions Didier Carpentier, novembre 2004, 107 pages, isbn 284167293X


L'émotion que provoquent les chansons de Brassens, il faut la chercher dans les mythes qu'il développe, dans le foisonnant imaginaire du poète et dans les mots choisis qu'il utilise, des mots dont certains reviennent souvent, auxquels il donne une coloration particulière comme la nature avec la marguerite ou le myosotis, le saule ou le chêne, les animaux lui l'amoureux des chats ou le défenseur du gorille.


La mythologie aussi l'inspirait beaucoup, il y trouvait une source de symboles extraordinaires dont ses proférés furent Bacchus, Noé, Vénus, Cupidon, Jupiter... et sa chanson Le grand Pan que semble affectionner l'auteur, ceci à travers des thèmes classiques sur le sens de la vie avec une mort souvent présente. Une analyse rigoureuse qui peut expliquer pourquoi bien longtemps après la disparition du poète ses chansons sont toujours présentes et pourquoi il compte de par le monde quelque six cents interprètes.


L'univers symbolique de Georges Brassens illustré à partir de la chanson Le grand Pan nous présente la plus grande partie de ses chansons pour tenter une explication de son succès plus de vingt ans après sa mort. L'auteure nous parle de la symbolique et des mythes que le poète, à travers sa culture et son imaginaire, voulait nous faire partager, ses images de sa faune et sa flore, son univers personnel, marguerite ou myosotis, saule ou chêne, chat, gorille, mansarde, vent, lune, soleil... personnages mythologiques Bacchus, Noé, Vénus, Cupidon, Jupiter, le Christ... qui traversent son œuvre et développe des thèmes éternels.

2- Brassens par Brassens (L. Rochard)

Brassens par Brassens est une étude sur les déclarations et les interviews du chanteur Georges Brassens écrit par Loïc Rochard avec une préface de René Fallet.


Référence : Loïc Rochard, Brassens par Brassens, éditions Le Cherche-Midi, collection Autoportrait, mai 2005, 270 pages, isbn 274910405X


De ses débuts chez Patachou en 1952 jusqu'à sa mort en 1981, si Brassens a beaucoup chanté, il a aussi beaucoup parlé. Loïc Rochard [1] a méticuleusement repris toutes ses déclarations et nous en livre ici son analyse. Georges Brassens n'aimait pas beaucoup parler en public ou répondre à des interviews et cette initiative n'en a que plus de valeur. Il est tour à tour le libertaire adversaire de l'ordre établi, homme de tolérance antimilitariste, luttant contre la guerre et la violence, moraliste solidaire tout en restant sur son quant-à-soi, provocateur bien sûr qui n'allait pas sans une grande tendresse, mélancolique parfois et rabelaisien toujours.


Autoportrait attachant, « autoportrait imprévu » précise la présentation, entre une certaine rudesse et son immense tendresse, ses provocations calculées et son sens de l'auto dérision, c'est un Brassens qui apparaît sous de multiples facettes. Il est dépeint tout à tour en jeune chahuteur, en chanteur mal à l'aise, suant et bougonnant, en amoureux 'des bancs publics' jouant avec le langage, tolérant, libertaire et anti-militariste [2] moraliste aussi même s'il s'en défendait, un brin individualiste mais tout aussi solidaire, tout à la fois « solitaire et solidaire » selon la formule d'Albert Camus, [3] mélancolique parfois quand il évoque le passé et le temps qui passe [4] surtout dans les dernières années où il sentait peser la maladie qu'il raillait volontiers. [5]


3- Les Mots de Brassens (L. Rochard)

Les Mots de Brassens est une étude sur le vocabulaire du chanteur Georges Brassens écrite par Loïc Rochard.


Références : Loïc Rochard, Les Mots de Brassens, éditions Le Cherche-Midi, Collection Brassens D'abord, 357 pages, 2009, isbn 2-74-911503-5


Se plonger dans les chansons de Georges Brassens permet d'y faire d'étonnantes trouvailles et découvertes. Des mots qu'on n'emploie plus guère maintenant, des bigots, des loustics, des jean-foutre, des jobards, des fesse-mathieu, des maritornes, des engeances, des foutriquets, des grimauds, des succubes, des sycophantes, des pendards, des harengères, des folliculaires, des grisons, des cousettes, ou des ribauds : tout un monde de mots et d'univers qui font la spécificité de Brassens et de son style autant que sa façon de chanter.


Les synonymes sont un peu sa spécialité et il n'a pas de mots de trop pour désigner les flics, lui l'anarchiste impénitent : les argousins, les cognes, les 'chaussettes à clou', les pandores, les sbires... ses mots témoignent de la variété de son vocabulaire qui peut aussi bien faire appel au langage commun qu'au langage recherché... voire être tiré de l'argot.

Loïc Rochard nous donne là un catalogue à la Brassens avec toute sa succulence : mots délaissés ou peu usités, tournures argotiques ou populaires, jurons ou adages, vocables familiers ou expressions suggestives...


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4- Brassens ... à la lettre (C. Radiguet)

Brassens ... à la lettre est une étude biographique sous forme de dictionnaire sur le chanteur Georges Brassens écrite par Chloé Radiguet.


Références : Chloé Radiguet, Brassens ... à la lettre, éditions Denoël, 240 pages, 2006, isbn 2-20-725873-4


Il s'agit d'un ouvrage sous forme de dictionnaire, de A comme Accordéon à Z comme Zizanie où l'on découvre l'homme Brassens avec son univers musical, ses amis et ses amours, ses ambivalences concernant les femmes et la religion... Toute une foule de détails sur sa vie et son comportement avec ses amis, les nombreux personnages qui l'ont marqué ou qui ont traversé son existence.


Grand admirateur de Brassens, Georges Moustaki y dénote « richesse de l'anecdote, confidences insolites, citations éloquentes, tout ce qui rend Brassens si attachant, si familier, si surprenant. »


Il s’agit d’une sorte de dictionnaire amoureux, un « Brassens de A (comme Accordéon) à Z (comme Zizanie) » où défilent son univers, sa vie, ses amours, ses faiblesses, ses passions, sa vénération pour la musique et la littérature, ses doutes et ses antipathies, son art, sa philosophie, ses amitiés, les secrets et l’historique de ses chansons, les détails et les grandes lignes de son itinéraire, la face cachée et les facettes lumineuses de l’artiste, les pérégrinations de l’homme, les savoureuses digressions, la galerie de portraits des fidèles et des courtisans.

 

Car il y a d’innombrables Brassens en Brassens, mille personnages qui composent son personnage... Chloé Radiguet les a approchés méticuleusement, avec humour, lucidité, impartialité, avec tendresse et admiration. Il y a, dans cet ouvrage, un pied de nez à l’hagiographie laudative et barbante, en lui préférant la richesse de l’anecdote, les confidences insolites, les citations éloquentes ; tout ce qui rend Brassens si attachant, si familier, si surprenant. Extrait de la préface de Georges Moustaki.

5- Parlez-vous le Brassens ? (JL. Garitte)

Parlez-vous le Brassens ? est une étude sur les textes du chanteur Georges Brassens écrite par Jean-Louis Garitte.


Références : Jean-Louis Garitte, Parlez-vous le Brassens ?, éditions Le bord de l'eau, collection Musique & chansons, 225 pages, 2007, isbn 2-91-565165-5


Jean-Louis Garitte se propose d'analyser ce qui fait l'originalité des textes de Brassens : mélange des mots argotiques et châtiés, références classiques, archaïsmes et constructions elliptiques se conjuguent et se complètent pour donner un ensemble qui fait son originalité. Le style de Brassens, c'est tout cela : des références mythologiques à la verve gauloise, de la culture classique à la culture populaire pour mieux surprendre celui qui écoute ses chansons ou qui lit ses textes.
Tel est l'objectif de ce livre : faire comprendre et donner envie.


L'analyse correspond à une mise en évidence de la richesse de l'œuvre et permet de rentrer dans l'univers du poète. Le livre comprend 7 parties: le vocabulaire, les expressions, les allusions littéraires, les jurons, les phrases "défigéees", les noms propres et enfin, des citations.


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Voir aussi mes autres articles sur ce thème

Notes et références

  1. Loïc Rochard vit en Bretagne, au bord du golfe du Morbihan où il s'adonne à ses deux passions favorites : la mer et Georges Brassens
  2. Voir par exemple sa chanson Les deux oncles
  3. Voir le livre album écrit par sa fille Catherine Camus Albert Camus, Solitaire et Solidaire
  4. Voir par exemple sa chanson Le temps passé
  5. Voir dans son dernier album les deux chansons Trompe la mort et Le boulevard du temps qui passe

Références bibliographiques

  • Hervé Bréal, Brassens de A à Z, éd. Albin Michel, 2001, isbn 2-226-11117-4
  • Linda Hantrais, Le Vocabulaire de Georges Brassens, 2 volumes, éditions Klincksieck, 1976
  • Loïc Rochard, Brassens, sans technique un don n'est rien..., 11/2010, isbn 978-2-9510494-2-0
<<< Christian Broussas - Feyzin, 13 novembre 2012 - << © • cjb • © >>>> 
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