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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 21:48
Référence : Daniel Pennac, Bartleby mon frère, éditions Gallimard, collection Blanche, 96 pages, mai 2021

 
         

 
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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 21:32

Dans son essai biographique sur Henri Curiel, Gilles Perrault revient sur des séjours  de Roger Vailland en Égypte, en particulier à un moment clé où la royauté de Farouk est renversée par le coup d'état du général Néguib puis par Nasser.

 

« La vallée du Nil est le plus riche jardin du monde et le fellah le plus misérable jardinier. » Choses vues en Égypte, éditions Défense de la paix, août 1952

 

       
      Roger Vailland       Choses vues en Égypte                  Gilles Perrault

 

Mohamed Chatta, ouvrier du textile, est un des moteurs de la Révolution égyptienne dont Henri Curiel disait : « Je vois traiter comme des héros des gens qui n'ont pas fait le centième de ce qu'il a fait. » [1] Roger Vailland datait de sa rencontre avec Chatta sa décision de devenir communiste. Il connaissait aussi Gaby Aghion et avait obtenu d'elle des recommandations pour un séjour au Caire. « Roger était quelqu'un d'un peu farfelu disait-elle, et je pensais qu'Henri lui plairait. »

 

    
                                                             Bingo. Leur amitié ne serait rompue que par la mort. Vailland retrouvait en Curiel son romantisme, sa faculté d'enthousiasme, "le besoin contraignant d'un environnement de sensuelle féminité." Il l'admirait, aspirant à devenir lui-même un "vrai bolchévik", malgré ses contradictions. [2]

 


Portrait d'Élisabeth Vailland

 

Curiel et ses amis connaissaient Vailland de réputation et avaient lu ses livres. Il ne se laissa pas détourner par "les belles filles d'Iskra" mais c'est la visite du faubourg cairote de Choubra-el-Kheima qui fut le clou du voyage avec ses taudis et sa misère inimaginable. Vailland éprouva le même choc que Curiel. C'est là qu'il rencontra Mohamed Chatta et ses luttes syndicales. [3]

 

                   
                Roger et Élisabeth Vailland à Capri chez Malaparte



« Mon amour, mon amour, mon amour, nous sommes des lions et de vrais bolcheviks, mais ça semble devenir bien démodé. Il va falloir inventer quelque chose de drôle pour distraire notre vieillesse. Je t’embrasse comme je t’aime, c’est-à-dire comme le Vésuve et l’Etna combinés. »
"Écrits intimes", À Élisabeth, avril 1956 à Prague

 

Printemps 1950. Henri Curiel, persona non grata en Égypte, s'exile à Rome, assez isolé, attendant la visite des ses amis. Parmi eux, Élisabeth Vailland, la femme de Roger. Son mari est à Capri, hébergé par son ami Curzio Malaparte, devant la rejoindre à Rome à la fin de l'été.

« Une pièce sombre illuminée par son merveilleux sourire, se souvient-elle. Je lui dois quelques-unes des plus belles heures de ma vie. » Il lui fait lire ses auteurs préférés et ils en parlent longuement. L'air de rien, il savait expliquer les choses en vous mettant à l'aise... et toujours en évoquant l'Égypte. [4]

 

                  
Roger Vailland chez Seghers    Henri Curiel                  Curzio Malaparte

 

Dans la nuit du 22 au 23 juillet 1952 les Officiers libres du général Néguib renversent la royauté de Farouk. Tous les partis communistes crient à la dictature sauf... Curiel et son parti le MDLN. D'autant que se produit une bavure (ou une provocation) où deux syndicalistes sont exécutés. Vailland est sur place, envoyé du journal communiste Défense de la Paix, briffé par Curiel, il sait à quoi s'en tenir et va mettre les pieds dans le plat.

Il fouine et se balade avec le poète Kamal Abdel Halim, animateur du Mouvement de la Paix. Leur arrestation dans un village du delta sera largement médiatisé et ils seront vite relâchés.

 

« Les jardiniers du plus fertile jardin du monde ont perpétuellement le ventre creux; les fournisseurs de coton du monde occidental sont des loqueteux. » 
Choses vues en Égypte, éditions Défense de la paix, août 1952

 

De retour à Paris, Vailland est fêté comme un héros, contant son aventure « avec le lyrisme dont il était habité à l'époque. » Mais sur le fond, et contre la version officielle des communistes, Vailland soutint que le putsch reposait sur une véritable base populaire et le coup d'État une vraie Révolution. [5]

 

         
Vailland correspondant de guerre, 1944   
Mes fiches Vailland du Livre groupe de Wikipedia  --  Kamal Abdel Halim

 

Bien sûr, la presse communiste donna peu d'écho à un reportage plutôt gênant et la plupart des exemplaires de son livre témoignage intitulé Choses vues en Égypte, furent détruits dans un incendie. Selon Élisabeth Vailland, seuls les exemplaires du livre de son mari en furent victimes...
Mais on n'en voulu pas vraiment à Roger Vailland et ce d'autant plus que les communistes se rapprochèrent rapidement du progressiste et décidément très présentable Nasser qui avait succédé à Néguib.

 

Roger Vailland avait parfaitement analysé une situation qu'il résume ainsi : « Le corps des officiers égyptiens ne constituent pas une caste comme dans certains pays d'Amérique du sud ou en Turquie. La majorité des officiers sont issus de la plus petite bourgeoisie. Ils sont mal payés.

 

              
Écrits intimes       Roger et Élisabeth Vailland "colleurs d"affiches" - Bourg 1948

 

Par leur père, leurs frères, leurs parents, ils connaissent à chaque instant les misères et les revendications des boutiquiers, des fonctionnaires, des petits magistrats, de tout le menu peuple d'Égypte. Il n'y a pas de cloison étanche entre le corps des officiers et les sous-officiers, armature de l'armée; ils ont été victimes des mêmes humiliations de la part des instructeurs anglais dans une époque toute proche. Les soldats appartiennent aux couches les plus pauvres puisqu'il suffit d'un versement de 40 livres pour être exempté de service militaire.

 

Enfin, ce sont les ateliers de l'armée, où furent occupés pendant la guerre des dizaines de milliers d'hommes, qui depuis lors fournissent à la classe ouvrière égyptienne ses meilleurs militants syndicaux et politiques. L'armée égyptienne n'est donc pas séparée de la nation, ni incapable de refléter et de défendre les aspirations populaires. »

 

Roger Vailland n'oubliera pas ses amis les communistes égyptiens comme Chehata Haroun, celui qu'on appelait "le dernier des Mohicans", qui lui faisait visiter Le Caire comme un touriste. Il n'hésitera pas à recevoir pour des réunions dans sa maison de Meillonnas, des personnalités comme Henri Curiel accompagné de Didar Rossano et Khaled Mohieddine. [7]

 

          
Vailland, revue Europe   Vailland par Christian Petr

 

Notes et références
[1] Si le mot "héros" signifie quelque chose dans l'action politico-syndicale, Mohamed Chatta fut le héros de Choubrah-el-kheima... un homme courageux, inventif, infatigable.
[2] Écrivant par exemple dans son journal : « Acheté aujourd'hui un manteau de cuir qui sera épatant pour faire la révolution. »
[3] Voir Gilles Perrault, Un homme à part, pages 226-229
[4] Voir Gilles Perrault, Un homme à part, page 292
[5] Voir Gilles Perrault, Un homme à part, pages 315-316
[6] Voir Roger Vailland, Boroboudour, Choses vues en Égypte, éditions Gallimard, page 165
[7] Khaled Mohieddine fit partie du groupe des Officiers qui renversa le roi Farouk mais dut s'exiler après un putsch manqué contre Nasser

Voir aussi
Roger Vailland à Meillonnas --
Vailland, Engagement et écriture --

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<< Ch. Broussas,  Vailland en Égypte 19/06/2021 © • cjb • © >>
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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 21:25

Marcel Maréchal (1937-2020), acteur, metteur en scène et écrivain.

Pour le premier anniversaire de sa mort, c’est pour moi l’occasion de rendre à Marcel Maréchal l’hommage de l’adolescent que j’étais alors, fasciné  par cet homme dont les yeux brillaient dès qu’il parlait théâtre.
Un metteur en scène né, qui avait le théâtre dans le sang, c’est ainsi qu’il m’est apparu très rapidement.

 

                   
Au festival d'Avignon en 1973           Marcel Maréchal et Guignol

 

Je l’ai connu quand il était encore pion au lycée Chaponnay à Lyon, travail alimentaire qui ne l’intéressait pas vraiment. J’avais seize ans et lui vingt cinq je crois mais il avait déjà une sacrée expérience de son métier (pardon, de sa vocation) et une culture littéraire encyclopédique qu’il nous faisait partager. C’était un plaisir indicible de l’entendre discourir à l’infini de théâtre, des auteurs (surtout contemporains), de la mise en scène ou de l’interaction avec les acteurs.
Pour sûr, il était meilleur comme dramaturge que comme pion !

 

         
Avec Louis Guilloux             Dans le rôle de Cripure en 1967

 

Un vrai canut de la Croix-Rousse qui allait nourrir Lyon de théâtre, du Cothurne au théâtre du Huitième pendant quelque dix-sept ans, de 1958 à 1975.

Ah ! Le Cothurne. Une vraie référence alors, un théâtre de poche en pleine ville, rue des marronniers entre le Rhône et Bellecour, vraiment un théâtre de poche, l’expression n’est pas usurpée puisqu’on pouvait y loger… peut-être deux cents spectateurs… en serrant un peu. C'est là que j'ai pu rencontrer des comédiens débutants comme Pierre Arditi et sa sœur Catherine ou Bernard Ballet, son complice de toujours.



C’est là que j’ai découvert la mise en scène, avec quelques autres jeunets mordus de théâtre, à travers des auteurs que je connaissais peu ou pas du tout, théâtre de l’absurde aux costumes et aux décors minimalistes, l'humour décalé d'Obaldia, les pièces grinçantes d’Anouilh, celles de Jacques Audiberti comme L'Opéra du monde, Cavalier seul ou La Poupée…  de Samuel Beckett ou d’Eugène Ionesco. Pour Les Chaises par exemple, que Marcel prisait particulièrement, on avait tout simplement récupéré de vieilles chaises qu’on avait repeintes de couleurs vives… toutes ces chaises qui peu à peu, au fil du spectacle, envahissent tout l'espace de la scène.

 

               

Le regard amène et le sourire plutôt ironique, la tignasse bouclée et sa bonne bouille un rien enfantine, Marcel Maréchal avait les traits mobiles de l’acteur qui peut jouer tous les rôles. Il pouvait tour à tour être avenant, grincheux, tonitruant, il pouvait jouer aussi bien Scapin que Sganarelle, Fracasse que Falstaff, maître Puntila que Cripure.

 

Son domaine de prédilection, c'était d'abord la mise en scène. Là il se sentait vraiment à l’aise, dans son élément, donnant de sa personne, n’hésitant pas à faire l’acteur pour bien montrer ce qu’il voulait, la façon dont il envisageait tel ou tel rôle. Il a toujours voulu aller vers un spectacle complet, endossant le costume d'acteur et assurant la mise en scène.

 

Marcel Maréchal fut aussi une sorte de pionnier en matière de festivals d’été. Je me souviens d’un été où  je fus vraiment gâté, participant à la création des Estivales de Sail-sous-Couzan, une commune de la vallée du Lignon située entre Saint-Étienne et Montbrison. Je me retrouvai avec l’équipe qui monta La mort de Danton, une pièce de Georg  Buchner au sous-titre évocateur Images dramatiques de la Terreur en France, que Marcel Maréchal reprendra en 1969 au théâtre du Huitième dans une autre mise en scène.
Une pièce qui fut donnée dans l’enceinte du château (ou plutôt de ses ruines) de Sail. Une belle soirée où les dieux du théâtre… et le temps furent avec nous.

 

               
Le bourgeois gentilhomme       Avec Francine Bergé dans Cher menteur de Jerome Kilty

 

Marcel Maréchal devait aussi monter l'année suivante au festival de Sail, un spectacle intitulé "Shakespeare notre contemporain" inspiré de l'ouvrage éponyme de l'essayiste polonais Jan Kott, montrant toute la modernité de l'auteur classique par rapport aux crises du XXe siècle. De Shakespeare, il devait également proposer sa propre vision d'Hamlet et de Roméo et Juliette au théâtre du Huitième au début des années 70.

 

        
                                          Oncle Vania de Tchekhov

 

Je l’ai retrouvé ensuite avec bonheur au théâtre du Huitième dont il venait de prendre la direction, sans doute la plus grande scène lyonnaise d'alors, bien loin de l’époque héroïque du Cothurne, fidèle en tout cas à ses dramaturges préférés avec des mise en scène de La poupée et du Cavalier seul de Jacaues Audiberti, Le sang de Jean Vauthier ou Fin de partie de Samuel Beckett.



Plus tard, Marcel Maréchal espéra un temps revenir à Lyon pour prendre la direction du prestigieux théâtre des Célestins mais le destin en a décidé autrement...

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6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 20:19

« La société industrielle liait un mode de production et un mode de protection. Elle scellait ainsi l'unité de la question économique et de la question sociale. La “société post-industrielle”, elle, consacre leur séparation et marque l'aube d'une ère nouvelle. »
 Daniel Cohen, Trois leçons sur la société post-industrielle

 

       

 

Au fil de ses livres et de ses articles, Daniel Cohen décrypte les évolutions de l’économie libérale, reliant mutations historiques et analyse économique.  Déjà dans Richesse du monde, pauvretés des nations en 1997, il se préoccupait de l’augmentation des inégalités,  basée sur des pratiques intra groupes, endogamiques, à travers ce qu’il appelle des « appariements sélectifs ».

 

 

Dans son recueil d'articles paru en 2003 et intitulé Chroniques d'un krach annoncé, Daniel Cohen non seulement analyse la crise de la nouvelle économie qui renvoie au titre, mais aborde aussi les enjeux du monde contemporain. Il traite en particulier de la dette des pays pauvres, la dimension économique de l'Islam, les difficultés de la nébuleuse européenne, le prolétariat et la gauche...

 

  
Daniel Cohen et Julia Cagé                                 Daniel Cohen et Thomas Porcher

 

Il pense que la troisième révolution industrielle a commencé et qu’elle fonctionne selon le principe des "appariements", les meilleurs allant avec les meilleurs, aux autres de se débrouiller pour ne pas devenir des" laisser pour compte". Dans ce type de configuration, le stress devient ainsi « le mode de régulation de la société post-fordiste, » le travail prenant une importance considérable. [1]

 

 

Aux théories économiques de la division du travail, il oppose l’analyse historique de Fernand Braudel qui met l’accent sur l'opposition entre le centre et la périphérie. Dans ce cas, selon lui « les pauvres sont moins exploités qu'oubliés et marginalisés. » De plus, les nouvelles technologies de l'information ont tendance à créer des besoins difficiles à tenir, engendrant ainsi des frustrations. [2]

 

           

 

La fin annoncée de la société industrielle ne se fera pas sans soubresauts : « À l'image de la société féodale, la société industrielle du XXe siècle lie un mode de production et un mode de protection. Elle scelle l'unité de la question économique et de la question sociale… » Ce qui signifie que la société post-industrielle scellera « la fin d’une solidarité inscrite au cœur de la firme industrielle. » [3]

En brossant une grande fresque des évolutions socio-économiques au cours de l’histoire, il montre que la naissance du capitalisme marque le passage d’une mentalité malthusienne qui stoppe la croissance du revenu par personne pour cause de stagnation démographique à un accroissement des richesses qui est loin d’être synonyme de bonheur personnel, ce qu’il appelle le paradoxe d'Easterlin. [4] [5]
Ce paradoxe est pour lui essentiel et il pointe les risques d’un trop grand décalage entre les modes de coopération et les modes de compétition. [6]

 

                 

 

Notes et références
[1] Voir son ouvrage Nos temps modernes paru en 2000
[2] Voir son ouvrage La Mondialisation et ses ennemis paru en 2004
[3] Voir son ouvrage Trois leçons sur la société post-industrielle Éditions du Seuil, 2006
[4] Voir son ouvrage La Prospérité du vice, Une introduction (inquiète) à l'économie paru en 2009
[5] Le paradoxe d'Easterlin, mis en évidence en 1974 par l'économiste Easterlin, repose sur le constat que, au-delà d'un certain seuil, la poursuite de la hausse du revenu ou du PIB par habitant ne se traduit pas nécessairement par une hausse du niveau de bonheur que peut ressentir un individu.
[6] Voir son ouvrage Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux paru en 2012

 

Voir aussi
Daniel Cohen, Il faut dire que les temps ont changé --
 Thomas Piketty, Capital et idéologie --

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<< Ch. Broussas, Cohen Socio-éco 06/06/2021 © • cjb • © >>
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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 20:06

Référence : Tatiana de Rosnay, Célestine du Bac, éditions Robert Laffont, 336 pages, mai 2021

 

Une bouleversante amitié

 

       



« Un livre rescapé  » selon Tatiana de Rosnay elle-même. Elle s'en explique en précisant  : « Ce roman, je l’ai écrit en 1990. J’avais rangé le manuscrit dans un carton, puis l’avais oublié. Jusqu’au jour où, à l’occasion d’un déménagement, nous nous sommes retrouvés, lui et moi. Je l’ai relu avec émotion et il m’a semblé qu’il avait aujourd’hui une résonance particulière. Il est là, entre vos mains. »

Deux êtres que tout sépare, qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Et Pourtant... Martin Dujeu a dix-huit ans, né dans une famille aisée, un rêveur solitaire. Célestine du Bac est une paumée, sans âge, sans domicile, qui a connu les épreuves de la vie.

 

              



Et pourtant, ils vont vivre un jour à Paris rue du Bac, une rencontre décisive. Naît entre eux une belle amitié, une extraordinaire amitié qui va changer le cours de leur vie et les marquer à jamais.
Il y a bien un mystère dans cet échange qui, comme on dirait aujourd'hui, ressemble si bien à une relation gagnant-gagnant.

 

Martin a deux passion, un beagle nommé Germinal et l’œuvre d’Émile Zola. C'est un grand maigre et myope, mal dans sa peau, qui parle peu, en échec scolaire, en froid avec un père avocat. Il a perdu sa mère Kerstin à l'âge de deux ans dans un mystérieux accident d’avion et ne s'en est jamais vraiment remis. Avec son père, c'est le silence, un silence lourd du passé et des mots qui ne viennent pas, même s'ils s'aiment sans en être vraiment conscients.

 

   

 

C’est en promenant son chien dans cette rue du XVe arrondissement que Martin va croiser Célestine qui vit sous un porche. Rien n'aurait dû les rapprocher, sauf l'écriture à laquelle tous deux vouent une passion, se découvrant peu à peu, apprenant à s'apprivoiser. Lui se pose les questions incontournables, qui est-elle, quelle est sa vie d'avant et ce qui fait qu'elle a aboutit là, sous ce porche ? Mais est-ce vraiment important ?

 

Ce qui les rapproche, c'est apparemment leur goût pour l'écriture, Célestine écrit un Journal intime que Martin brûle de le lire et tente aussi d'écrire à la manière d'Émile Zola, son auteur fétiche. Mais c'est sans doute cette phrase qui les caractérise le mieux : « Je vous aime d'un amour sincère et respectueux comme l'amour d'un enfant pour un parent et moi je t'aime comme si je t'avais tricoté, j't'aime comme si je t'avais porté dans mon ventre. »

Un hiver très rigoureux que Célestine supporte mal et c'est l'hôpital où elle sera reconnaissante à Martin de sa générosité et sa fidèle amitié, lui demandant de lui confier ses trois les plus chers.

 

               

 

Voir aussi
Tatiana de Rosnay, Célestine du Bac, A l'encre russe, Les fleurs de l'ombre -
Delphine de Vigan, Les gratitudes - Les loyautés - Les heures souterraines -
   D'après une histoire vraie - Les enfants sont rois -

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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 05:14

Référence : Romuald Fonkoua, Aimé Césaire, éditions Perrin, 392 pages, avril 2010  

 

« Aimé Césaire est tout l’homme, il en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases. » André Breton

 

Romuald Fonkoua, professeur de littérature française à la fac de Strasbourg et responsable de la revue "Présence africaine", est l’un des meilleurs spécialistes des cultures d’Afrique noire et antillaise. Il est l’auteur d’un ouvrage de référence sur l’écrivain antillais Édouard Glissant.

 

            Romuald Fonkoua

 

Dans cet essai, Romuald Fonkoua se penche sur une grande figure de la francophonie, Aimé Césaire, disparu le 17 avril 2008, où il analyse la place de la poésie et de la politique dans la vie et l’œuvre de celui qu’on appela aussi le "nègre fondamental".

 

La plage de Basse-Pointe

 

Aimé Césaire (1913-2008) l’intouchable. Il fut tout à la fois écrivain, poète, dramaturge, militant politique et surtout l’un des intellectuels les plus écouté et respecté dans ce qu’il a lui-même appelé « la négritude. »
« Ma Négritude, écrit Césaire, ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre [...] ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'oeil mort de la terre ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale. »

 

    Patrick Chamoiseau et Édouard Glissant

 

C'est toujours le poète qui s'exprime, c'est pour lui le plus important : « C’est dans ma poésie que se trouvent mes réponses. La poésie m’intéresse, et je me relis et j’y tiens. C’est là que je suis. La poésie révèle l’homme à lui-même. Ce qui est au plus profond de moi-même se trouve certainement dans ma poésie. »

S’il est surtout connu comme poète, il fut aussi un dramaturge important qui écrivit des pièces fortes et engagées dénonçant les impostures politiques et les injustices.



                   



Enfant de la République, il incarne également le défenseur des idéaux de justice et de liberté. Né à Basse-Pointe, petit village martiniquais, Aimé Césaire a passé son enfance sur une plantation. Cette période est pour lui une référence, un bonheur tranquille qui va ensuite nourrir sa poésie.

 Il fut un élève particulièrement doué, fréquentant le lycée Louis-le-Grand puis l’École normale supérieure. Dans le Paris des années trente, à la ségrégation "rampante", le jeune homme va nouer des liens puissants avec d’autres africains comme Léopold Senghor, futur président du Sénégal, Alioune Diop, l’éditeur de Présence africaine et Suzanne, celle qui sera "sa muse". C’est là qu’il prend conscience du sort fait aux Noirs, celui qui agira bientôt pour en changer la condition.

 

         
Aimé Césaire et Léopold Senghor       Aimé Césaire et Léon Gontrans Damas
Césaire cofonde le mouvement de la Négritude avec Léopold Sédar Senghor et le guyanais Léon Gontrans Damas

 

Comme beaucoup des jeunes intellectuels de son époque, il va rejoindre le communisme,  adhérant au PCF avant de se rapprocher des socialistes et de créer son propre parti, le PPM. Il a rejoint les jeunesses communistes dès 1935 et y restera jusqu’au rapport Khroutchev en 1956. Ce sera de fait la rupture avec un Aragon qui refuse de condamner le stalinisme. Quelque vingt ans de fidélité émaillée par des odes à Staline, à Thorez… des écrits qu'il reniera par la suite dans ses Sept poèmes reniés.

Il réfléchit à la condition humaine, écrivant par exemple : « C'est quoi une vie d'homme ? C'est le combat de l'ombre et de la lumière. C'est une lutte entre l'espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur. Je suis du côté de l'espérance, mais d'une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté. »

 

         
Texte de Patrick Chamoiseau

 

Son approche de la condition humaine l'amène logiquement à la condition des Noirs dont il dénonce le sort, comme dans ce texte : « On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes... Moi, je parle de millions d’hommes arrachés à leurs Dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité... le désespoir... »

Dans ce cadre, il se veut le porte-parole des opprimés : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cahot du désespoir. »

Romuald Fonkoua insiste sur le lien quasi organique entre ce qu’il est et ce qu’il écrit, entre son œuvre et son action politique. Ces deux volets convergent vers le concept de « négritude » qu’il va définir, imposant sa vision de l’histoire et les voies de l’émancipation.

 

Le philosophe nègre, "ouvrage trop nécessaire" :

 

Le Philosophe nègre, ouvrage de Gabriel Mailhol (1725-1791) publié en 1764, n’a jamais été réédité. Romuald Fonkoua en a écrit une édition critique qui renouvelle l’éclairage qu’on peut avoir sur cette œuvre. Elle présente une vision du Nègre qui s’apparente à un philosophe des Lumières qui critique la pratique de l’esclavage européen et la supposée supériorité de l’Occident civilisé.

 

         

 

Voir aussi
Patrick Chamoiseau, Texaco -- Derek Alton Walcott --  VS. Naipaul --
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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 11:11

Avec Salammbô, publié en 1862, Flaubert nous transporte deux mille ans plus tôt, dans la Tunisie actuelle, « à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar ».

 

                
Adolphe Cossard, Salammbô, 1899     Tophet de Salammbô, stèle votive, IIIè siècle av.JC

 

Himilcar Barca, c’est avec son fils Hannibal les deux généraux les plus célèbres de Carthage, la grande rivale de Rome, qui lui fait de l’ombre et qu’il faut absolument raser.

Rome et Carthage se sont longuement affrontées pendant presque un siècle, de 263 à 146 av. J.-C., au cours de trois guerres dites « puniques », autre nom donné aux Carthaginois. Vaincue et détruite même dans ses fondations, Carthage disparaît et laisse à Rome le monopole en Méditerranée occidentale. De ce fait, elle permet les légions romaines de conquérir la Méditerranée orientale et hellénistique.

 

                  
                     G.A. Rochegrosse, Salammbô et les colombes, 1895

Mais ce qui intéresse d’abord Flaubert, c’est un autre épisode, la guerre des mercenaires, que les Carthaginois appelaient la « guerre inexpiable » (241-238 av. J.-C.). Hamilcar guerroie alors en Sicile et, sur place, le Conseil qui dirige la cité craint une rébellion des mercenaires qui n’ont pas été payés. Solution drastique retenue et utilisée par Hamilcar après son retour : les exterminer dans le défilé de la Hache, ce qui fera quelque 40 000 morts. Mais cette solution ne fera qu’affaiblir Carthage.

Le roman est dominé par les scènes de bataille qui sont homériques et guident le lecteur au sein des événements. La profusion des descriptions parvient même à desservir l’intrigue et on se trouve en présence d'une Salammbô assez effacée dans l'ensemble, manipulée par le grand prêtre Schahabarim.
Les guerriers comme Mathô, Spendius et Hamilcar représentent  vraiment la base de l’histoire et ce sont eux qui sont projetés sur le devant de la scène.

Flaubert s’est beaucoup documenté pour faire corps avec cette époque lointaine, au total une centaine de livres, dit-on. Il est aussi allé voir du côté de son ami et historien Jules Michelet, auteur d’une Histoire romaine publiée en 1831. Il a même entrepris en avril 1858, un voyage du côté de Carthage, s’imprégnant de l’atmosphère de la région pour mieux la restituer dans son roman.
C’est pour lui l’occasion de prendre ses distances avec le romantisme et de s’orienter vers le symbolisme.

 

                  
Salammbô par Mucha 1896    Salammbô par H.A. Tanoux 1921            
Léon Bonnat 1896 : Rose Caron dans le rôle de Salammbô

 

Un exemple du style "flaubertien" : Les mercenaires dans les jardins d’Hamilcar

« Les capitaines, portant des cothurnes de bronze, s'étaient placés dans le chemin du milieu, sous un voile de pourpre à franges d'or, qui s'étendait depuis le mur des écuries jusqu'à la première terrasse du palais...

Le palais, bâti en marbre numidique tacheté de jaune, superposait tout au fond, sur de larges assises, ses quatre étages en terrasses. Avec son grand escalier droit en bois d'ébène, portant aux angles de chaque marche la proue d'une galère vaincue, avec ses portes rouges écartelées d'une croix noire, ses grillages d'airain qui le défendaient en bas des scorpions, et ses treillis de baguettes dorées qui bouchaient en haut ses ouvertures, il semblait aux soldats, dans son opulence farouche, aussi solennel et impénétrable que le visage d'Hamilcar. »

Mes fiches sur Flaubert
Gustave Flaubert en Bretagne -- Le perroquet de Flaubert --
Flaubert, de Déville à Croisset -- Le dernier bain de Flaubert --
A. Un automne de Flaubert -- Flaubert le normand --

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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 11:06

Référence : Jonathan Coe, Billy Wilder et moi, éditions Gallimard, collection "Du monde entier", traduction de Marguerite Capelle, 304 pages, mai 2021

Jonathan Coe né en 1961 à Birmingham, fut professeur de littérature. C’est son roman Testament à l’anglaise qui le fit connaître. En 1998, il reçoit le prix Médicis étranger pour La Maison du sommeil.

 

         
                                  Jonathan Coe à Londres en 2019

 

- Thème du roman : La narratrice, une jeune Grecque, a l’opportunité de côtoyer le réalisateur Billy Wilder lors du tournage de son film « Fedora », en 1977.  
- Style et technique utilisés : une soixantaine de pages sont écrites à la manière d’un scénario, avec les dialogues et les didascalies (indications de lieu et de lumière).
- La présentation de l’éditeur note que, « en nous racontant les dernières années de carrière d’une icône, le romancier anglais nous offre une histoire irrésistible sur le temps qui passe, la célébrité, la famille et le poids du passé. »

 

               

 

Le roman retrace la trajectoire du cinéaste, jeune juif né dans l’empire austro-hongrois qui part pour Berlin au début des années 1930, puis à Paris et jusqu’à Hollywood où il devint célèbre. Il pense à ceux qu’il a laissés en Allemagne et dont il a ignoré le sort. Ce retour sur le passé lui suggère un documentaire sur les camps nazis, Death Mills en 1945, ayant été aussi l’un des premiers à voir les images des lieux où sont morts sa mère, son beau-père et sa grand-mère, sans qu’il connaisse les conditions de leur disparition.

         

Deux scènes m’ont particulièrement interpelé :
- Le cinéaste qui ne sait pas ce qu’est devenue sa mère et visionne en boucle des tas de documentaires sur les camps de concentration, contemplant tous ces morts et ces corps décharnés pour tenter de retrouver l’image de sa mère.
- La scène du restaurant et sa rencontre avec une jeune fille, alors qu’il est désespéré  et voudrait par-dessus tout tourner des films magnifiques et romantiques.

 

          

 

ENTRETIEN AVEC L’AUTEUR

Ce « Moi » du titre représente aussi bien lui-même que la narratrice Calista. Elle a pris de plus en plus d’importance à mesure de l’avancée du roman. Il voulait d’abord écrire une méditation à partir de sa relation avec les films de Billy Wilder mais il s’est pris d’amitié pour « cette Grecque à la fois naïve et curieuse ».
Il parle de l’influence qu’a exercée sur lui Billy Wilder, son écriture élégante, son sens de la structure, si essentielle dans la composition d’un roman et des émotions qu’elle suscite.

 

                   

 

Depuis l’écriture de son roman précédent Le cœur de l’Angleterre, il s’est rendu compte qu’il devenait plus spontané. Dans ce dernier roman, il voulait raconter la manière dont Billy Wilder a fui l’Allemagne nazie dans les années 1930. Son problème était de savoir comment s’y prendre et finalement l’idée lui est venue d’écrire certaines scènes sous forme de scénario puis il a continué dans cette voie.

De son pays l’Angleterre dont il écrit dans le roman cette "boutade" « Je sais que techniquement, l’Angleterre appartient à l’Europe, mais… l’Angleterre est à part, vous voyez ? », il dit que c’est « un endroit unique et bizarre» La figure séculaire de l’« Anglais excentrique » est devenue réalité… et « quoi de plus excentrique (et de plus pervers) que le Brexit ? »

 

         

 

Voir aussi 
Jonathan Coe, Le coeur de l'Angleterre --

Mes articles sur d'autres auteurs anglo-saxons :
Jim Fergus Chrysis -- Tom Wolfe, Bloody Miami --
David Lodge, Thérapie, Pensées secrètes & La vie en sourdine --
John Irving, A moi seul bien des personnages & Avenue des mystères --

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27 mai 2021 4 27 /05 /mai /2021 10:07

Référence : William Boyd, Trio, , éditions Le Seuil, 496 pages, mai 2021

         

 

A l'été 1968, loin des contestations et des révoltes, une équipe de cinéma tourne dans la station balnéaire de Brighton en Angleterre un film au titre improbable : titre invendable : « L'épatante échelle pour la lune d'Emily Bracegirdle ».

Le premier du trio, c’est Talbot Kydd, producteur à l’homosexualité refoulée, aidé par un associé sur lequel il ne peut guère compter. Sa principale activité consiste à gérer tous les impondérables, l’inorganisation régnant sur le tournage et l’énorme égo des stars.

 

          

 

Elfrida Wing sa femme, en vaine d’inspiration, cherche un dérivatif dans l'alcool, s’accrochant à un projet impossible traitant du jour du suicide de Virginia Woolf. Son mari la délaisse et l’inspiration aussi depuis ses premiers succès littéraires qui sont loin désormais.

Dernier personnage important, Anny Viklund est l’actrice principale du film, célèbre et ingérable, tourmentée par son ex-mari recherché par la CIA pour terrorisme. Elle trouve son plaisir dans la drogue et les aventures amoureuses, avec  son jeune partenaire dans le film tout en vivant en couple avec un vieux philosophe français gauchiste.

« Elfrida, écrit William Boyd, se sentit en proie à l’habituelle panique qui la saisissait dans les soirées : tous ces inconnus, toutes ces heures d’échanges de banalités avec des hommes et des femmes qu’elle ne reverrait jamais. Pourquoi les gens se donnaient-ils cette peine ? »

 

                       
 

Dans ce contexte, chaque personnage cherche à préserver les apparences, soucieux de donner le change aux autres et de préserver une bonne image de soi.
Ces êtres ambivalents sont tout de même attachants par la grâce du brio de William Boyd. Le roman vire à la farce avec les amours d'Anny et les hallucinations éthyliques d’Elfrida tandis que Talbot doit se débrouiller avec les problèmes de son associé.

 

             
                                              Boyd à Bergerac en 1990 où il possède une maison

 

Le roman se passe dans un milieu que l’auteur connaît bien pour être lui-même scénariste et réalisateur.  Il en connaît aussi tous les travers qu’il restitue avec une ironie blasée.  On est dans l’univers du clinquant et des apparences ponctué d’intrigues continuelles.

Les trois personnages principaux sont pris ans cette spirale intenable et vivent une difficile crise identitaire.  Ils vont petit à petit comprendre la réalité de l’écart entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle.  Mais cette prise de conscience ne peut se faire qu’en sacrifiant leurs désirs et leurs aspirations.  Dès lors, ils devront choisir entre ces sacrifices pour reprendre en mains la conduite de leur existence ou sombrer en laissant cours à leurs démons.  

 

         

 Voir aussi 
William Boyd, L'amour est aveugle, --

Mes articles sur d'autres auteurs anglo-saxons :
Jonathan Coe, Le coeur de l'Angleterre --
Jim Fergus -- Jim Fergus Chrysis -- Jim Harrison -- Tom Wolfe, Bloody Miami --
David Lodge, Thérapie et Pensées secrètes --
John Irving, A moi seul bien des personnages --

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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 22:51

                                 HOMMAGE
Une année 2021 pour célébrer le bicentenaire de la naissance de Charles Baudelaire.

 

« Lui qui détestait tout le monde, il se détestait aussi » Jean Teulé

 

             
 

Après mes articles sur La jeunesse de Baudelaire, Un été avec Baudelaire paru dans la belle collection Un été avec.... et la biographie de Jean Teulé, voilà un nouvel article écrit en hommage au bicentenaire de sa naissance.

Un poète maudit, oui maudit car immoral disait-on de lui, condamné pour avoir écrit une œuvre immorale Les fleurs du mal qui est aujourd’hui considérée comme un monument de la poésie française et qui l’a largement influencée. Il se disait d’ailleurs « mécontent de tous et mécontent de moi » comme le rappelle son biographe, le romancier Jean Teulé.

 

   

 

Il fut en tout cas un homme très controversé au caractère difficile qui était comme chien et chat avec sa mère, et pis encore, avec son beau-père.
On peut en effet le juger comme assez odieux et misogyne. Il aimait sans doute qu’on le déteste et ne faisait guère d’efforts pour se faire aimer. Son côté maso. Il disait de lui : « avec mon talent désagréable, je voudrais mettre l'humanité toute entière contre moi. Je vois là une jouissance qui me console de tout. »

 

               

 

Résultat : sur les cent poèmes des Fleurs du mal, six furent interdits par la censure pendant presque un siècle. Sa préoccupation n’avait rien à voir avec la morale, ce n'était certes nullement sa préoccupation, il cherchait avant tout à ciseler ses vers à travers ses états d’âme, s’épanchant dans un sentiment de spleen et de mélancolie. « On finit par le trouver touchant et émouvant, à avoir de l'empathie pour lui, parce que c'est l'histoire d'un type très malheureux qui a eu un chagrin d'enfance dont il ne s'est jamais remis » pense Jean Teulé qui précise que  « c'est aussi simple que ça, la vie de Baudelaire."
Il meurt en 1867, à 46 ans, atteint de la syphilis.

 

         

 

La quantité est peu abondante : de son vivant, son œuvre se limite aux Fleurs du Mal, aux Paradis artificiels, aux Salons et à ses traductions d'Edgar Poe. Mais question qualité, les Fleurs du Mal parues en 1857 puis rééditées en 1861, représentent l’un des recueils de poésie les plus lus et les plus étudiés, et pas seulement dans notre pays, sans doute parce que, comme l’écrivit Michel Jarrety, [1]« se resserrent quelques-uns des signes majeurs de la modernité. »

Ce qu’on a appelé la modernité qui caractérise son époque, contenait en elle-même  un sentiment de doute, une inquiétude qui se traduit chez Baudelaire par l’expression de son spleen.

 

         

 

Être moderne, c’est s’intéresser à ce qu’on négligeait avant, le passage des « petites vieilles », l’agitation des rues,  cette rue symbole de la modernité, ce qui passe, qui est fugace. Pour Baudelaire, la foule est un élément important [2] comme le paradoxe de la solitude qu’on peut parfois ressentir parmi la multitude de la foule.

Être moderne, c’est aussi se pencher sur ce qui est impondérable, abstrait. Dans Le Peintre de la vie moderne, Baudelaire revient sur cette notion, disant que « la modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » Il peut ainsi écrire un poème entier sur une inconnue, une passante croisée au hasard qui suscite en lui des images sublimées.

 

                

 

Baudelaire est représentatif de son époque, il a su en saisir le substrat, cette espèce de désenchantement qui en fait la modernité. Les cadres anciens de la religion et de la monarchie se sont peu à peu effacés, créant chez les gens un mal-être persistant. 

Voilà un exemple de cette mélancolie lancinante qu’on a qualifiée de spleen puisée dans le poème Spleen des Fleurs du mal :
« Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité. »

 

L’ambivalence de Baudelaire entre méchant et gentil, le sublime et le trivial et surtout le bien et le mal, l’a conduit à revoir le concept même de poème et évoluer vers le poème en prose dont le contenu est toujours de même nature : « Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. […] Surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux pour qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler… tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir. » 

 

           

 

Notes et références
[1] Michel Jarrety est professeur de littérature française à la Sorbonne et l'auteur de plusieurs essais sur la critique littéraire, la poésie et le lexique littéraire.
[2] « La rue assourdissante autour de moi hurlait » Les Fleurs du Mal, "A une passante"

Voir aussi mes fiches :
Jean Teulé, Crénom, Baudelaire et Fleur de tonnerre --

Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire --
Charles Baudelaire, Une jeunesse --

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