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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 14:21

 « Écrivain de la rupture » selon l’Académie Nobel


La sortie de son dernier récit consacré  à son enfance en Bretagne et à Nice m'a incité à revenir sur son itinéraire que j'avais déjà retracé en 2012 dans un article sur son parcours et son œuvre à plusieurs occasions.

Au fil des années, j'ai rendu compte de plusieurs de ses livres, que ce soit sur son œuvre et sa portée [1], celui qui suivit l'attribution de son Prix Nobel de littérature, centré sur deux de ses ouvrages, Désert et Ritournelle de la faim, une biographie intitulée Voyageur et citoyen du monde ou des articles plus récentes comme Tempête en 2014, Alma en 2017 qui revient sur ses racines mauriciennes ou Chanson bretonne, sur son enfance en Bretagne et à Nice.

       
Le Clézio à 23 ans en 1963                            En 1991 à Cannes


Après un premier succès en 1963 avec son roman Le Procès-verbal, histoire d’un mal de vivre qui conduit  à la folie, JMG Le Clézio est plutôt lié au Nouveau roman jusqu’à la fin des années 70. Romancier, conteur,  nouvelliste éclectique, il est surtout connu pour sa trilogie sur l’île Maurice, saga familiale qui comprend Le Chercheur d’or, Voyage à Rodrigues et La Quarantaine ainsi que des récits largement autobiographiques comme L’Africain, portrait de son père, Onitsha, sa grande fresque Révolutions centrée sur sa vie à Nice et à Maurice ou Ritournelle de la faim axé sur sa mère Ethel, sans doute l’un des ses ouvrages les plus accomplis. [1]

JMG Le Clézio À Montréal en 2008
 
Interview : Trois questions essentielles
 
Pourquoi écrivez-vous ?
« Écrire est pour moi une nécessité vitale, conditionnée par un besoin intérieur. » Ce besoin, c’est une réaction contre la société occidentale qu’il qualifie de "violente et d’artificielle". Pour lui, le rôle de l’écrivain est de « retranscrire les expériences et déchiffrer ce que cela dit des comportements humains. »

 
Qu’en est-il de votre "roman familial" ?
Son œuvre, pense-t-il, repose sur une période précise de sa vie qui se situe entre l’âge de 6 ou 7 ans, « où naît la conscience d’exister. » Il considère cette tranche d’âge cruciale, le temps où « on engrange des sensations et des émotions suffisantes pour constituer un répertoire qui durera toute une vie. » Ceci est vrai pour tout écrivain et que lui a toujours fait « de l’autofiction sans le savoir. »

 
Comment écrivez-vous ?
Son credo : partir à la campagne avec du papier et un stylo bille, choisir un endroit très tranquille, s’asseoir à l’écart, « regarder longtemps autour de soi… et dessiner avec les mots ce qu’on a vu. »
Il dit aussi écrire parfois dans un bistrot, mêlant des bribes des conversations ambiantes, des images, des articles de journaux. Ceci ne signifie pas privilégier l’immédiat et « confondre la "mise en récit", le lieu de l’instantané  et la "dactylographie" qui est le lieu de corrections. »


  JMG Le Clézio en 2018
 

  L’écrivain-monde


« Écrire, c'est comme l'amour, c'est fait de souffrance, de complaisance, d'insatisfaction, de désir. » 

Il apparaît comme un homme assez secret, peu bavard, d’une élégance discrète, un globe trotteur qui sillonne la planète pour se rendre compte par lui-même des conditions de vie en Asie, en Afrique ou en Amérique latine.  

Sa façon d’envisager la littérature repose toujours sur les mêmes idées car  « l'écriture est la forme parfaite du temps », écrit-il dans son essai L'Extase matérielle, constatant que « la beauté de la vie, l'énergie de la vie ne sont pas de l'esprit, mais de la matière. » Dès son premier roman, il obtient le prix Renaudot, exprimant le malaise d'une dominée par la consommation.

Il aura toujours le sentiment d’être un déraciné, sans véritables points d’attache, né à Nice, réunissant des origines bretonnes et mauriciennes, issu d’un père anglais, médecin de brousse, qu'il rejoint en 1948 au Nigeria. Le long voyage en bateau vers l'Afrique restera pour toujours gravé dans son esprit. Déjà, âgé de huit ans, il prend des notes, pense à de futurs récits. Après ses études, il la littérature à l'université du Nouveau-Mexique aux États-Unis.

 

JMG Le Clézio en 2019


Il voyage au hasard des circonstances, scrutant le monde, tâtant son pouls, partageant sa vie entre le Mexique, l'île Maurice, Nice et la baie de Douarnenez. Il s’en évade pour aller à la rencontre des "civilisations oubliées" chez qui il fait d’importants séjours.


Par exemple, il part vivre pendant quatre ans avec des Emberas, dans la forêt tropicale du Panama, expérience impressionnante dont il dira qu’elle : « a changé toute ma vie, mes idées sur le monde et sur l'art, ma façon d'être avec les autres, de marcher, de manger, d'aimer, de dormir et jusqu'à mes rêves. »

De sa révolte initiale, dominé par un sentiment d’exil né de son déracinement et de la découverte de la colonisation, il évolue vers une vision plus écologique et diversifiée de l’humanité.  Il revient aussi sur ses origines dans des œuvres biographiques où il évoque en particulier son grand-père à la recherche d’un trésor hypothétique dans Le Chercheur d’or, son père dans L’Africain en 2004 ou sa mère dans Ritournelle de la faim.  

On le dit solaire et méditatif, en phase avec une société qui s’interroge sur la précarité de la condition humaine, inquiet du devenir des peuples premiers et des désordres que l’homme inflige à la nature.  


A Stockholm pour son prix Nobel

 

Notes et références
[1] Ma contribution intitulée L'homme et son œuvre concerne les ouvrages suivants : Le procès-verbal, Révolutions, Onitsha, Ritournelle de la faim, le Mexique et Diego et Frida, la trilogie mauricienne.



Voir aussi
* France Culture, Le Clézio Paradoxe et secret : Vie secrète, Une œuvre plurielle, Absolument moderne, Dans la forêt de ses paradoxes

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 13:47

            
 

« Je vais vous dire un grand secret ... . N'attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours. »
 

La Chute [1] est un long monologue, la confession d’un homme à un autre avocat, touriste rencontré dans un bar d’Amsterdam, [2] qui se poursuit à travers les canaux de la ville qu'il a sans doute choisis parce qu'ils sont l'illustration des cercles concentriques de l’Enfer de Dante puis vers l'ancien quartier juif de la ville qui a connu les pires exactions pendant la guerre et sur les eaux de Zuyderzee à l'horizon indéfini.
Jean-Baptiste Clamence, au nom prédestiné, [3] ancien avocat parisien, va voir son destin bouleversé par un fameux évènement qui a tout remis en question.

 

     La maison de Lourmarin

Avant cet évènement, Clamence était un égoïste, un individualiste soucieux de son image. Mais un soir en rentrant chez lui, il traverse le pont des arts et perçoit derrière lui le bruit d'un corps qui se jette à l'eau. Sans se retourner, il poursuit son chemin comme si de rien n'était. Mais il ne cesse d'y repenser, sa conscience le travaille et la culpabilité l'envahit, devient obsession. Il voit alors sa vie de façon différente, la juge vaine et frivole. Il change profondément face à cet événement qui le hante.

 

                                  
Le Caravage St Jean-Baptiste dans le désert      La Chute, premières leçons

 

La genèse de ce texte trouve son fondement dans la polémique qui, à partir de 1952, opposa Albert Camus à la revue Les Temps modernes et aux existentialistes. Certaines notations contenues dans ses Canets où il notait surtout des réflexions et des idées sur ses travaux en cours, en attestent comme « Temps modernes. Ils admettent le péché et refusent la grâce », « Leur seule excuse est dans la terrible époque. Quelque chose en eux, pour finir, aspire à la servitude », lit-on dans ses Carnets. [4] Ou encore en décembre 1954 : « Existentialisme. Quand ils s’accusent on peut être sûr que c’est presque toujours pour accabler les autres. Des juges pénitents ».

Voilà une bonne définition des "juges-pénitents", qui font en fait semblant de faire leur mea culpa pour mieux piéger les autres.
 

Jan van Eyck Les juges intègres
 

On pense aussi à la grave dépression qui a conduit son épouse Francine au bord du suicide, à un moment où il traverse lui-même une passe fort difficile -que l'on peut suivre aussi dans ses Carnets- qui ne se résorbera qu'après son retour de Stochholm pour la remise du Nobel, lors de son voayge en Grèce. Le personnage de Clamence tient ainsi autant de ses ennemis que de Camus lui-même.

 

On va apprendre aussi que le bruit de cette "chute" qui résonne dans sa tête a été précédée par le refus de l'avocat de secourir une victime qu'il aurait dû défendre et cette ration d'eau qu'il avait volé à un compagnon de captivité. Mais son repentir est-il vraiment sincère : s'il se confesse, c'est aussi pour mieux accuser l'humanité et pour Camus, de dénoncer ceux qui désespèrent des valeurs de liberté et de dignité, faisant le jeu des systèmes totalitaires.

 

  
Le Caravage La décollation de St Jean Baptiste                    (détail)

 

Jean-Baptiste Clamence finit par recevoir son compagnon dans sa chambre où il a  caché dans un placard Les Juges intègres,  et panneau dérobé du tableau de Van Eyck, L’Agneau mystique. Ainsi sans doute un jour va-t-il être arrêté et pouvoir expier sa faute, et d'autres fautes peut-êtrre encore moins avouable que celle dont il s'est accusé. Et peut-être que le "juge-pénitent" sera alors confronté aux "juges intègres" du tableau de Van Eyck.
 

Sa fille Catherine et son petit-fils Antoine
 

Notes et références
[1] Quelques repères :

* Octobre 54 : Amsterdam. Prises de notes durant ce voyage pour la future rédaction de La Chute. Balade dans La Haye, visite du musée Mauritshuis.
Amsterdam et promenade en bateau sur les canaux avec ses amis les Gallimard.
* 11 juillet 55 : en vacances à Montroc-le-Planet (74).  Camus termine la rédaction de La Chute.

* 16 mai 56 : Publication chez Gallimard de La Chute. Premier tirage : 16 500 exemplaires.
[2] Le court voyage qu’il a effectué deux mois plus tôt en Hollande a servi de cadre au récit
[3] Référence à Saint-Jean Baptiste prêchant sa doctrine seul dans le désert, "clamans" en latin signifiant criant, allusion à Jean-Baptiste criant dans le désert.
[4] Les 3 tomes de ses Carnets ont été publiés à titre posthume : tome I en 1962, tome II en 1964 et tome III en 1989

 

Le choc de la chute (extrait du livre)

« Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation.

J'avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j'entendis le bruit, qui malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d'un corps qui d'abat sur l'eau. Je m'arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j'entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s'éteignit brusquement. »

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 09:39

«  De plus loin que je me souvienne, il a toujours suffi qu'un homme surmonte sa peur et se révolte pour que leur machine commence à grincer ». Albert Camus
 

       
Albert Camus au théâtre Antoine en 1959

 

L'État de siège, comme Caligula sa pièce précédente, est d’abord une réflexion sur le pouvoir absolu, ici plus particulièrement sur la dictature.  Comme Camus l’a située à Cadix en Espagne, c’est bien sûr la dictature franquiste qui est visée, continuité de la part de celui  qui soutiendra jusqu’à sa mort les républicains espagnols. [1] En ce sens, il avait au moins ce point en commun avec André Malraux. [2]
Et n’en déplaise à Gabriel Marcel qui critiqua ce choix et aurait préféré que fût visée la dictature stalinienne. En cette matière, Albert Camus n’avait nulle leçon à recevoir, pas plus de Gabriel Marcel que d’un autre.
Camus n'a-t-il pas confié à propos de cette pièce qu'elle était  « l’un des écrits qui me ressemble le plus ».

 

Ceci dit, on a beaucoup reproché à Camus une trop grande ambition pour cette pièce conçue au départ pour 26 acteurs et une durée de quelque 3 heures. Il avait d’ailleurs dit lui-même : « Mon but avoué était d'arracher le théâtre aux spéculations psychologiques et de faire retentir sur nos scènes murmurantes les grands cris qui courbent ou libèrent aujourd'hui des foules d'hommes. »
 

     
                                                          Cadix, ville où se situe la pièce

 

Cette ambition se retrouve dans l’objectif de Camus de faire de sa pièce un "spectacle" au sens médiéval du terme, référence aux "autos sacramentales" espagnoles. [3] Dans une interview, le premier metteur en scène de la pièce Jean-Louis Barrault a précisé  qu’il s’agissait « d'un spectacle dont l'ambition est de mêler toutes les formes d'expression dramatique depuis le monologue lyrique jusqu'au théâtre collectif, en passant par le jeu muet, le simple dialogue, la farce et le chœur. » D’où la profusion et la longueur du spectacle.
 

  Scène de l'état de siège
 

En 2016, la metteuse en scène Charlotte Rondelez en a donné une version plus courte et plus nerveuse, qui avait justement été saluée par la critique. Elle avait condensé la pièce, focalisée sur son fil conducteur, expurgeant les thèmes qui depuis ont perdu de leur intérêt comme la dénonciation du franquisme.
J’en avais donné à l’époque un compte-rendu que vous pourrez au besoin consulter en cliquant sur Rondelez L’état de siège . 

 

       
L'état de siège, mise en scène de Charlotte Rondelez et son portrait

 

La pièce repose sur la dimension socio-politique de La Peste,  l’instauration et le fonctionnement d’une dictature d’un régime totalitaire à travers l’instrumentalisation de la peur. Elle tourne autour de Quatre personnages dont chacun renvoie à un symbole : le symbole du pouvoir (la Peste), de l’absurde (la Secrétaire), de l’amour (Victoria) et de la révolte (Diego)
 

       
 

Une ville somme toute banale est soudain confrontée à une épidémie qui oblige à établir l’état de siège, symbole d’ordre et de contrôle. La terreur peut alors être instaurée jusqu’à ce que Diego prenne l’initiative de la révolte, « qu'ai-je donc à vaincre en ce monde, s'écrit-il, sinon l'injustice qui nous est faite ».


Ici, nul docteur Rieux comme dans La Peste, mais une autre figure de proue de la révolte, Diego, qui va en prendre la tête, une révolte contre le dictateur qu’on appelle "La Peste". Sur lui, aucun mécanisme de soumission à la peur ne fonctionne. Diego représente celui qui incarne la résistance, la révolte et la liberté contre tout ce qui est renoncement et passivité, autant de façons de baisser les bras,  favorisé par les techniques de manipulation que pratique le dictateur : « Le désespoir est un bâillon. et c'est le tonnerre de l'espoir, la fulguration du bonheur qui déchirent le silence de cette ville assiégée. »


Contre le cynisme de La peste qui part du principe que « Si le crime devient la loi, il cesse d'être crime » (p 119), Camus a placé en contrepoint Diego et Victoria dont le credo est « Ni peur ni haine, c’est là notre victoire !  » (p 164)

 

       
L'état de siège, mise en scène d'Emmanuel Demarcy-Mota

 

Notes et références
[1] Voir à ce sujet mon article intitulé Camus et l’Espagne  --
[2] Voir à ce sujet mon article intitulé Camus et Malraux autour de l’Espagne  --
[3] Pièce de théâtre espagnole basée sur une allégorie religieuse comme par exemple Le Grand Théâtre du monde de Calderón, auteur que Camus appréciait beaucoup. Il avait d'ailleurs mis en scène en 1953 au festival d'Angers La Dévotion à la croix, autre pièce de Calderón.

 

Voir aussi
*Mon article sur La Mer et les prisons de Roger Quillot, 1ère partie, chapitre 7 : Du bon usage de la peste, Guerre et peste
et L'État de siège : de l'apocalypse au martyre
 

Repères bibliographiques
Michel Autrand, « L’État de siège, ou le rêve de la ville au théâtre », dans Albert Camus et le théâtre, éd. Jacqueline Lévi-Valensi, Paris, IMEC, 1992, p. 57-70.

Madalina Grigore-Muresan, « Pouvoir politique et violence dans l’œuvre d’Albert Camus. La figure du tyran dans Caligula et L’État de siège », La Revue des lettres modernes, Série Albert Camus, éd. Philippe Vanney, no 22, 2009, p. 199-216.

Pierre-Louis REY, « Préface », p. 7-24 et « Dossier », p. 189-221, dans Albert Camus, L’État de siège, Paris, Gallimard, 1998

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 18:28

« La première chose à apprendre pour un écrivain c’est l’art de transposer ce qu’il sent dans ce qu’il veut faire sentir. Les premières fois c’est par hasard qu’il réussit. Mais ensuite il faut que le talent vienne remplacer le hasard. Il y a ainsi une part de chance à la racine du génie. »
Albert Camus

 

  
                                  
La "Maison forte" du Panelier

 

Albert Camus a séjourné plusieurs fois au Panelier, situé sur la commune de Mazet-Saint-Voy, à côté de la petite ville de Chambon-sur-Lignon dans la Haute-Loire. Son premier séjour s'est déroulé après son départ d'Algérie et sera suivi de son départ pour Paris.
Du Panelier, il écrira que « c'est un très vieux pays qui remonte jusqu'à nous en un seul matin à travers des millénaires. »

 

En janvier 1942, l'éditeur Gallimard vient d'accepter son roman L’Étranger et va bientôt être édité. Mais Camus subit une nouvelle attaque de tuberculose. A Oran, il crache le sang, son second poumon est aussi atteint. Sa femme Francine étant enseignante, ils attendent le mois d'août pour gagner la "maison-forte" du Panelier, à quatre kilomètres du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire. Ils y sont accueillis par la belle-mère de la tante de Francine, madame Oettly qui tient une pension de famille.
 

      
Au temps du Panelier                          Le couple Camus  

 

Tous les douze jours, Camus "descend" à Saint-Etienne pour des insufflations. Bénéficiant de l'air plus sec des montagnes, il se repose, lit en particulier Joyce et Proust, travaille au Malentendu et prend des notes pour La Peste. Début octobre, Francine repart enseigner à Oran et Camus espère bien la rejoindre fin novembre.

 

Mais le débarquement allié en Afrique du Nord le 7 novembre, va venir bouleverser ses projets. En réponse au débarquement, les Allemands franchissent la ligne de démarcation et envahissent la zone libre. Désormais, Camus est "coincé" en métropole.
Il se retrouve au début de l’hiver bloqué au Panelier, séparé de sa femme et très démuni.

 


Cartes de presse de Pascal Pia et Albert Camus

 

Pascal Pia, son ami qui dirigea Alger républicain avec lui, lui trouve un emploi à Paris-Soir où il travaille lui-même, et lui  obtient un statut de "lecteur" aux éditions Gallimard, poste qu'il conservera longtemps. Pascal Pia lui présente aussi son ami et résistant Francis Ponge qui fréquente parfois la pension du Panelier et dont il admire beaucoup son livre Le Parti pris des choses.

 

Lors de ses visites lyonnaises, il loge chez René Leynaud, poète et résistant exécuté par les nazis en 1944, au 6 de la rue Vieille-Monnaie (aujourd'hui rue René Leynaud) dans le bas du quartier de la Croix-Rousse, à deux pas de la place des Terreaux. À Lyon, il rencontrera aussi René Tavernier qui publie des poèmes d’Aragon dans sa revue Confluences. Sa maison, située rue Chambovet dans le quartier de Montchat, [1] sert en particulier de lieu de réunion au Comité national des écrivains. Camus y croisera Aragon et Elsa Triolet.

 

Même s’il fréquente assidument Pascal Pia, Francis Ponge et René Leynaud, Camus ne s’engagera vraiment dans la résistance qu'après son arrivée à Paris fin 1943 et commencera sa collaboration avec le journal clandestin Combat. Au début du mois de janvier 1943, refusant de passer un nouvel hiver solitaire au Panelier, il décide de s’installer à Paris où on lui trouve du travail aux éditions Gallimard rue Sébastien-Bottin et trouve une chambre d’hôtel au 22 rue de la Chaise.

 

       
Le Malentendu au théâtre des Mathurins avec Maria Casarès

 

Pendant sa retraite forcée, il commence à écrire une pièce de théâtre Le Malentendu, qu’il voulait d’abord intituler L’Exilé, mais rapidement il s'ennuie au Panelier: « Je vivais alors, à mon corps défendant, au milieu des montagnes du centre de la France. Cette situation historique et géographique suffirait à expliquer la sorte de claustrophobie dont je souffrais alors et qui se reflète dans cette pièce ». L’écriture ne suffit pas à Camus, il a besoin d’activité. Il se dirige vers Lyon pour retrouve Pascal Pia puis à Paris.

 


René Leynaud                                                 Lyon 1er, la rue René Leynaud

 

Néanmoins, il retournera au Panelier pour peaufiner le manuscrit de sa pièce Caligula, commencée en 1937 et basée sur le livre de Suétone. Il va en particulier la réactualiser à la lumière des événements qu'il est en train de vivre. A ce propos, il avait écrit cette note six ans plus tôt : « Non, Caligula n’est pas mort... Il est en chacun de vous. Si le pouvoir vous était donné, si vous aviez du coeur, vous le verriez se déchaîner ce monstre ou cet ange que vous portez en vous ». Il colle vraiment à l'actualité comme ce sera aussi le cas pour La Peste, le roman qui commence à lui trotter dans la tête.

 

Sitôt qu'il a mis un point final à son manuscrit, Camus part s'installer à Paris. dans le studio de la fille d'André Gide, retiré à Alger, au 1bis de la rue de Varennes. Son poste de lecteur aux éditions Gallimard lui permet de rencontrer Michel Gallimard dont il deviendra au fil des années, un ami intime.
Camus reviendra au Panelier y passant tous ses étés de 1947 à 1952, séjournant en particulier dans la villa Le platane.

 

       
Lyon 3ème, Le parc Chambovet à Montchat

 

Notes et références
[1] Cette maison a été démolie et son parc est maintenant un espace public appartenant à la ville de Lyon.

 

Repères bibliographiques
* Albert Camus, Une vie, par Olivier Todd. Folio n°3263.
*Albert Camus, par Herbert R. Lottman. Points Seuil.

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 14:14

Haut lieu historique, culturel, touristique et vinicole de la Haute-Savoie, Ripaille à Thonon-les-Bains est aussi un des plus grands et remarquables sites naturels au bord du Lac Léman.
 

       
                                                          Le château vue générale

 

Le château de Ripaille, situé sur la commune de Thonan-les-Bains en Haute-Savoie, sur les rives du lac Léman, a été édifié au XVe siècle par le premier duc de Savoie Amédée VIII et restauré à partir de 1892 par l'industriel Frédéric Engel- Gros.

 

Vue sur le château (1)


Déjà habité à l’Âge du Bronze, Ripaille fut une villa prospère à l'époque gallo-romaine, comme en témoignent d’importantes ruines.
 

Vue sur le château (2)


Son histoire est riche d'enseignements sur l'histoire de la région et l'impact du duché de Savoie. Elle commence au XIIIe siècle avec le règne d'Amédée VIII le Pacifique, marquée ensuite par le rôle des Chartreux, propriétaires du domaine au XVIIe siècle jusqu'à la Révolution française.
 

Un autre industriel, alsacien cette fois, reprendra ensuite le château et son domaine et effectuera vers 1900 une remarquable restauration. Car le domaine, c'est aussi un terroir, des jardins et la forêt qui entoure d'édifice.

 

        
Vues de la salle de bains et de la grande cheminée

 

Lors de la visite du château, on peut admirer de beaux objets des XIVe et XVe siècles dans la salle des Amédée, découvrir l'ancienne cuisine et la salle à manger d'hiver dans le style Belle époque, les grands salons et la salle de bains. On peut alors profiter de la terrasse et des jardins. 

 

       
Le château de Ripaille en carte postale et en timbre-poste

 

La forêt de Ripaille

Ancien terrain de chasse des comtes de Savoie dès le XIIIe siècle, d'une superficie de 53 hectares, elle est constituée d'un réseau d'allées en étoiles. André Engel y a fait planter entre 1930 et 1934, de nombreuses essences d'arbres, ce qui a attiré beaucoup d'espèces d'oiseaux. Pour la visite, ont été tracés des itinéraires partant de la maison forestière.
 

Départ de l'arboretum 
 

Elle donne accès à la Clairière des justes, mémorial en hommage à tous ceux qui, au péril de leur vie, ont aidé et sauvé des juifs pendant la dernière guerre mondiale.


Vue des chais
 

Le sentier géoroute

Ripaille est un géosite du géopark chablais UNESCO. Le sentier reloe directement le château au bois à travers un magnifique parcours dans les vignes avec vue sue la Dent d'Oche.
 

Ripaille : L'entrée du château

 

Des panneaux d'information ont été installés tout au long du parcours, donnant des précisions sur la géologie des terrasses de Thonon,l'histoire de la vigne et du vin à Ripaille ainsi que l'histoire du château.


Ripaille : vue sur les jardins

 

Chaque saison est ponctuée d'événements culturels, de concerts et de conférences comme l'exposition "Vogue l'affiche" en 2019 qui offre un panorama d'affiches anciennes allant de la fin du XIXe à la fin du XXe siècle ventant les vertus de Thonon, de ses bains, de son site et du lac Léman.

 


Ripaille intérieur, Le salon Belle époque

 

Voir aussi mes fiches
* Divonne-les-Bains et ses fontaines --
* Balade à Yvoire -- De Gruyères à Yvoire -- Balade à Nyon en Suisse --
* Daniel-Rops le savoyard -- Anna de Noailles en Haute-savoie -- Expo Anna de Noailles --
* Louise de Savoie, la louve -- Les Français en Savoie sous Louis XIII --
* Lamartine en Savoie --  Lamartine en Isère et en Savoie --
* J. J. Rousseau aux Pâquis à Genève, J. J. Rousseau à Lyon et à Chambéry --

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 13:59

      
 

« Je comprends ici ce qu'on appelle gloire : le droit d'aimer sans mesure. » Noces
 

Alger à travers ses textes, c’est d’bord les deux nouvelles de Noces, dont la plus connue Noces à Tipasa et L’été à Alger, qui comptent parmi ses plus beaux souvenirs de jeunesse, c’est aussi les nombreuses notes qu’on trouve dans ses Carnets, et d’abord dans le tome I qui couvre la période allant de mai 1935 à septembre 1942.  [1]

 

        
                                                      « Un grand bonheur se balance dans l'espace »


Dans ces deux textes en particulier, Albert Camus veut nous faire partager les sentiments que lui inspirent les paysages contrastés qu’il contemple, l'exaltation de sa balade dans les ruines de Tipasa où écrit-il,  « Le monde est beau, et hors de lui, point de salut », une beauté qui le conduit à définir ainsi le bonheur : « Qu’est-ce que le bonheur sinon l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène ».

 

Il s’efforce de "positiver" comme on dirait aujourd’hui, les périodes moins faciles à vivre car pour lui « une certaine continuité dans le désespoir peut engendrer la joie », ce qui llui inspire cette réflexion « l’espoir, au contraire de ce qu’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner ».

 

       
                           « Que d'heures passées à écraser les absinthes »

 

« Qu'est-ce que le bonheur, sinon l'accord vrai entre un homme et l'existence qu'il mène. »

 

Dans ses Carnets, il évoque Alger, souvent avec nostalgie, prenant conscience de lui-même en regardant les jardins d’Alger, confronté à « l’ombre du monde ». [2]

Lors d’une de ses promenades sur une colline donnant sur la mer, dans « un soleil délicat, avec dans tous les buissons, des églantines blanches, il nous confie ses impressions d’un bonheur simple et tranquille d’une « journée traversée de nuages et de soleil, rêvant à « l’espoir du monde» [2]

 

        
Albert Camus à Tipasa

 

Cette sérénité retrouvée, il la vivait avec ses amis dans de grandes balades sur les hauts d’Alger où la limpidité des paysages enveloppait la perfection qu’il ressentait. Intuitivement, il lui semblait qu’il fallait retenir et emmagasiner ces instants furtifs si fragiles.  Ces moments privilégiés, engloutis dans le passé, il fallait absolument en retenir quelques atomes volés à l’oubli.



« Le soleil sur les quais, les acrobates arabes et le port bondissant de lumière. On dirait que ce pays se   prodigue et s’épanouit. Cet hiver unique et tout éclatant de froid et de soleil. […] Confiance et amitié, soleil et maisons blanches, nuances à peine entendues, oh, mes bonheurs intacts  qui dérivent déjà et ne me délivrent plus dans la mélancolie du soir qu’un sourire de jeune femme ou le regard intelligent d’une amitié qui se sait comprise. » Carnet I pages 23-25 mars 1936

 

       
Noces version audio                         Autre vue de Tipasa

 

 Sur les hauteurs d’Alger, il est fasciné par cette lumière extraordinaire qui descend du ciel, « en bas, la mer sans une ride et le sourire de ses dents bleues. Sous le soleil qui me chauffe un seul côté du visage, debout dans le vent, je regarde couler cette heure unique sans savoir prononcer un mot. » (p25 mars 1936)

 

Sa découverte de Tipasa, ce site célébrant « un jour de noces avec le monde », se produit un jour où il décide avec des comédiens de sa troupe de théâtre, d’aller camper vers les ruines antiques qui dominent la mer. Il en revient bouleversé, se rêvant « le fils d’une race née du soleil et de la mer. »
   

        
                         Camus à Tipasa avec ses amis Jaussand

 

Rapidement, Camus eut envie de consigner ce qu'Alger représentait pour lui. Dans L’Été à Alger,  la ville lui apparaît comme une ville ouverte, contrairement à Paris ou Prague, « refermées sur elles-mêmes. »


Son témoignage procède aussi de son écriture, comme un projet qui mûrissait pour devenir une œuvre, comme une chrysalide devient papillon. C'est cette nécessité, née à Tipasa, qui suscite chez lui cette réflexion :
« Il y a un temps pour vivre et un temps pour témoigner de vivre. Il y a aussi un temps pour créer, ce qui est moins naturel. Il me suffit de vivre de tout mon corps et de témoigner de tout mon cœur. Vivre Tipasa, témoigner et l’œuvre viendra ensuite. Il y a là une liberté. » (Essais page 59)   

 

Cette quête nostalgique et parfois désespérée sublime l'intensité de ses sentiments, quête qu'il poursuivra jusqu'à décider d'écrire Le Premier homme

 

Sa jeunesse fut un véritable parcours initiatique qui va nourrir sa mémoire et son œuvre. Il passa de Belcourt, quartier pauvre où il habite, aux quartiers opulents du centre ville qu'il découvre en allant au lycée Bugeaud, fut fier de cette mère handicapée, de l'oncle Acault, boucher rue du Languedoc dans le centre ville qui l'accueillera chez lui après sa première crise de tuberculose. Il découvrit la philosophie avec son prof Jean Grenier qui l'entraînait dans de longues promenades dans les rues d'Alger [3], la poésie dans la librairie d'Edmond Charlot. [4]
Il forgea sa passion du théâtre à la Maison de la culture d'Alger [5], passion qui l'habita toute sa vie [6], y vivra le Front Populaire et à l'occasion y rencontrera André Malraux. [7]

 

     

 

Puis il connaîtra un temps d'insouciance, installé sur les hauts d'Alger chez ses deux amies Marguerite Dobrenn et Jeanne Sicard dans la maison Fichu qu'il avait surnommée « la maison devant le mond ». De là-haut, il avait une vue magnifique sur Alger et sa baie, il disait « qu'elle n'était pas une maison où l'on s'amuse mais où on est heureux. » (Carnet I page 37) et il utilisera largement cette époque de sa vie pour écrire un roman, La mort heureuse, publié à titre posthume.


Ensuite, c'est l'aventure d'Alger Républicain où, avec son ami Pascal Pia, il défendit les valeurs de la Gauche, lutta contre le colonialisme, les inéglités et le sort fait aux populations musulmanes, écrivant en particulier une série d'articles "Misère  de la Kabylie" qui eut un grand retentissement. Mais Alger Républicain allait être vaincu par par un pouvoir colonial qui ne supportait plus la ligne éditoriale du journal et Camus poussé peu à peu vers Oran où il rejoignait régulièrement Francine puis vers la métropole où Pascal Pia le fit embaucher à Paris-Soir.

 

Alger allait alors s'embellir peu à peu dans son esprit, d'autant plus que l'éloignement se prolongeait. Il ne devait plus guère revoir "sa" ville et l'Algérie que lors de courts séjours ou pour rendre visite à sa mère. Il en garde des images éblouies, « L'odeur de miel des roses jaunes coule dans les petites rues. D'énormes cyprès noirs laissent gicler à leur sommet des éclats de glycine et d'aubépine... Un vent doux, le golfe immense et plat. Du désir fort et simple. » (Carnets I page 201)
 

        


En 1953, il est de retour à Tipasa [8] en plein hiver, à la recherche des sensations qui l'ont tant marqué, à la recherche d'un temps perdu. Il atteint le site antique par un temps exécrable, une pluie qui finirait par « mouiller la mer elle-même. » Pour y accéder, il doit maintenant passer sous les barbelés qui ceignent le site. Mais malgré tout, malgré Tipasa en hiver, sa joie est intacte

 

Il retrouve à Tipasa une source de bonheur inextinguible « comprenant que dans les pires années de notre folie le souvenir de ce ciel ne m’avait jamais quitté. » C’est une nouvelle communion qu’il célèbre avec cette terre promise, sur cette colline inspirée dont le souvenir « l’empêchait de désespérer ». Il en repart avec cette certitude que « au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. »

 




La poétique chez Albert Camus [9]

Noces est sur ce plan très symptomatique de la poétique dans l'œuvre de Camus mais on pourrait aussi s’appuyer sur ses autres recueils de nouvelles, L'Été et L'Exil et le royaume. La poésie de Noces est particulièrement marquante dans le premier texte intitulé Noces à Tipasa, apparaît comme spontanée, incantation à cet appel à la nature et à la sensualité. Son style s’appuie sur un contraste des couleurs [10], une profusion des descriptions, la puissance de la présence intime des éléments, des images multiformes comme on en trouve aussi dans le texte suivant,  Le vent à Djemila où il perçoit « le son feutré de la flûte à trois trous... des rumeurs venues du ciel... »

 

La personnification des éléments, la mer « qui suce les premiers rochers avec un bruit de baiser » finissent par créer un symbolisme, la mer est synonyme d’infini et la montagne, de pureté. À Tipasa, écrit-il, « tout est munificence et profusion charnelle. »

 

L'Italie également possède une grâce particulière, sensuelle, des couleurs à profusion dans « les lauriers roses et les soirs bleus de la côte ligurienne. » Il est très sensible à certaines compositions picturales, surtout celles de  «  Cimabue à Francesca, une flamme noire », la beauté confrontée à la pauvreté de la condition humaine. Djemila qui, comme Tipasa possède  son soleil et ses ruines mais ne peuvent rien contre ce vent constant qui ronge la pierre, « tout à Djemila a le goût des cendres et nous rejette dans la contemplation. » On retrouve le même cas dans certains crépuscules d'Alger, « la leçon de ces vies exaltées brûlées dès vingt ou trente ans, puis silencieusement minées par l'horreur et l'ennui. »

 

          

 

Notes et références
[1] Le tome I est divisé en 3 parties : les cahiers n°1 de mai 1935 à septembre 1937, n°2 de septembre 1937 à avril 1939 et n°3 d'avril 1939 à février 1942  

[2] Carnet I p 21 (mars 1935) et p 16 (janvier 1936)
[3] Voir la Correspondance Camus-Grenier --
[4] Edmond Charlot publiera les deux premières œuvres de Camus, ses recueils L'Envers et l'endroit et Noces
[5] Après avoir été acteur, Camus devint vite directeur du théâtre de l'équipe d'Alger, renommé ensuite le théâtre du travail
[6] Voir mon article intitulé Camus et le théâtre --
[7] Sur Camus et Malraux, voir mes notes sur leur correspondance, À propos de l’Étranger (Camus, Malraux et l’Étranger) et Camus et Malraux, Autour de l'Espagne.
[8] Retour à Tipasa, une des nouvelles du recueil L’Été --
[9] Reprise de mes notes de lecture de l’essai de Roger Quilliot intitulé La mer et les prisons
[10] « Les bougainvillées rosats, hibiscus rouge pâle, roses thé épaisses comme la crème, long iris bleus sans compter la laine grise des absinthes... »

 

Voir mes fiches sur Camus :
* Ses recueils : L'Exil et le Royaume -- L'Envers et L'Endroit -- L’Été  --
* Actuelles III, "chroniques algériennes", dans Actuelles, chroniques -
* Mon article : Camus, A la recherche de l'unité --

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<< Ch. Broussas, Camus & Alger 22/03/2020 © • cjb • © >>
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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 13:42

  


Parce que…
Mais pourquoi alors chercher des raisons
Quand les choses se font et se défont,
Hésiter, douter n’est pas de saison,
Autant de ces belles raisons dont on
Se moque.

 

Cœurs qui s’ouvrent,
Que suscite une rencontre impromptue
Ici ou là, le long d’une avenue
Puis s’éprouvent,


Cœurs émus,
Intimidés, qui ne savent quoi dire,
Aiguillonnés par un tendre désir
Inconnu.

 

Parce que…
C’est finalement vouloir déflorer
Tout ce qu’il y a soudain d’ineffable
Dans une rencontre en forme de fable
Que personne ne saurait expliquer
Ou presque…

 

En faut-il
De ces petits riens, de ces hasards
Qui se conjuguent en un simple regard,
En idylle.


Car un jour
Que sans raison le temps s’est arrêté,
Sans que rien ne change en apparence
Se met à souffler le vent de la chance
Qui emporte des cœurs bouleversés
Par l’amour.

 

Oh, car oncques
On ne vit la sagesse l’emporter
Sur les élans du cœur et triompher
De cet indicible pouvoir d’aimer
Qui transforme les désirs en pensées
Romanesques.
 

Tout est dit.
Si le scénario n’est jamais le même
c’est bien quand le cœur tressaille qu’on aime,
C’est ainsi.

   

<< Christian Broussas – Sans raison - 04/11/2019 - © cjb © >>

 

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 13:28

   
 

« Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité. »
Antoine de Saint-Exupéry

 

Venez, venez, je vous offre mes rêves,
Vous serez ainsi comme ma relève,
J’en ai plein les poches, plusieurs milliers,
A vrai dire toute une infinité
Pour vous tous, les jeunes, selon vos goûts,
Pour aspirer aux espoirs les plus fous.

Oh, Il m’en reste encore tant et tant
Mais je suis maintenant pris par le temps,
Une simple vie n’y pourrait suffire
Et pour en apprécier tous les plaisirs,
Ce que je ne pourrai réaliser,
Je vous en fais don bien volontiers.

Oh, les rêves, ça ne coûte pas cher,
Ça pèse peu et ça ne compte guère
Mais c’est un peu comme l’air qu’on respire,
Un impondérable pourrait-on dire,
Qui, au moindre petit souffle, vibre
et nous suggère qu’on est libres, libres.
 


 

Aussi, prenez-en le plus grand soin,
Ne les abandonnez pas dans un coin
Car voyez-vous, ils me sont si précieux,
Un don des cieux quasi miraculeux,
Ils sont comme de pâles primevères
Qui éclosent au sortir de l’hiver.

 

Aujourd’hui, je vous les offre mes rêves,
Prenez, prenez les tous, ils sont ma sève,
Toute ma vie, ils m’ont accompagné
Et simplement m’ont aidé à aimer,
Je n’ai rien d’autre pour tout héritage,
Je n’ai vraiment qu’eux pour tout apanage.
 

Les rêves sont comme des papillons
Voletant, qui s’échappent et puis s’en vont,
Ne tentez pas de les emprisonner,
Ne jouez pas avec leur liberté,
Il faut y penser encore et encore
Il faut y croire fort, vraiment très fort,
Pour qu’ils puissent alors se réaliser,
Il faut apprendre à les apprivoiser.
 

 

<< Christian Broussas – Mes rêves... - 01/10/2019 - © cjb © >>

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 13:22

Dites, notre bon ami Cornélius,
C’est quand même un cas, un sacré Gugus.
Chez lui, il s’ennuyait fort le pauvre homme,
Il ne se sentait pas toujours en forme,
Alors, il inventait des tas d’objets,
Étudiant,  multipliant les essais,
Des machines d’une grande beauté
Mais peut-être sans grande utilité,
Peu importe il en avait tant et tant
Pour les tout-petits comme pour les grands.



L'esprit constamment en ébullition,
Il créait toutes sortes d'inventions,
Et puis un jour, un jour vraiment béni,
Ça devait bien être vers les midis
Soudain, une idée géniale lui vint,
Ah, il n’avait pas travaillé en vain,
"Euréka" cria-t-il, j’ai inventé
la machine à fabriquer des baisers !
 

Il me faut confectionner sans tarder
Des baisers par centaines, par milliers,
De tous les formats, de toutes couleurs,
Des ronds, des carrés, en forme de cœur,
De gros baisers sucrés pour les enfants
Très sages et même pour les plus gourmands.
 


 

Envolez-vous mes baisers les plus doux,
Je vais préparer un truc un peu fou
Pour mieux duper cette fichue sorcière
Et sa vilaine langue de vipère,
La faire très belle, la transformer
En une douce petite mémé.
Quelle bonne farce, quelle fierté
De ce bon tour que je vais lui jouer !

Car dans la vie, il faut parfois un rien,
Un mal peut aussi devenir un bien
Par la magie de l’ami Cornélius

Un véritable professeur Nimbus,
Et la sorcière, méchante mégère,
Peut devenir une belle grand-mère.
 

Et si alors vous êtes vraiment sages,
Elle vous distribuera des images,
Elle vous racontera des tas d’histoires,

Si belles que vous ne pourrez qu’y croire.
Vous y passerez de si bons moments
Que vous vous en souviendrez très longtemps.
 

<< Christian Broussas – Cornélius - 05/10/2019 - © cjb © >>

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 13:14

Tourner la page

   
 

Comme un simple écrit sur la neige
Qui se décline en maints arpèges,
Comme sur le sable une empreinte
Qui se dilue, semble hors d’atteinte,
Tout, un jour ou l’autre, s’efface
Sans rémission, quoi qu’on fasse.

 

Une page ainsi se tourne, tourne, tourne,
Vole, vole au vent belle page
Qui m’entraîne, je n’ai plus d’âge,
Et ma tête alors tourne, tourne,
Tournoie comme une feuille morte,
Qui, dans un ciel sans nuage, monte, monte…
 

Laissez-moi donc mes souvenirs,
Laissez-moi à mes las soupirs, 
Ils ne sont que mélancolie
Face aux liens qui  nous ont unis
Puis peu à peu se sont défaits,
Quelque sentiment que j’en ai.

 

Je me sens si peu de chose, vraiment si peu,
Dusse me peser cet aveu
je me sens indigne, sans âme, 
Si impuissant devant ce drame 
Qui fut pour moi si douloureux
Mais qui peut paraître si peu, vraiment si peu…
 

Aussi loin que je m’y hasarde,
Sans que j’y prenne vraiment garde
J’ai cru que la maison, ce toit,
Tout ça faisait partie de moi 
Mais non, le temps défait les vies
Et l’on s’éloigne, on se renie.



L’esprit se met à rêver et il plane, plane
Mais tout se dissout et se fane,
Rien ne peut arrêter le vent
Et rien ne sera comme avant.
Comment alors vraiment admettre,
Continuer à paraître, être, être.
 

On ne revient pas en arrière,
Si j’y consens, je vois mon père,
Son œil exercé de maçon
Qui jamais ne fit la leçon,
J’y vois le passé qui me presse,
Révélateur de mes faiblesses.


Alors peu à peu, les choses se font, font, font
Puis un jour se défont, font, font,
Petit à petit avec l’âge,
Ainsi se tourne chaque page,
Palimpseste d’une mémoire
Qui conservait tant d’histoires, ô tant d’histoires.
 

Autant de pages à arracher
Pour oublier, n’y plus penser
Puisqu’il faut vivre, malgré tout
Et continuer jusqu’au bout.
Une maison possède une âme
Et c’est bien là tout mon drame.

 

Objets inanimés, vous me manquez, manquez…
Pas simplement pour posséder,
Pour ce que vous représentez,
Des moments rares à conserver
Quand alors je revois la scène
Et que je mesure toute ma peine, peine.
 

Épanche-toi donc, cœur de pierre
Pas de quoi faire le fier,
Parfois une larme m’échappe
Ainsi, sans que je la rattrape,
Coule, coule perfide larme,
J’ai enfin épuisé ton charme,
Le temps va bien te sécher,
Tout sera alors terminé.

 

C’était naguère ou bien peut-être avant-hier,
Je revois encore mon père
Rêvant, assis sur le banc vert
Qu’il remisait pendant l’hiver,
Ah, réminiscences  éphémères,
C’était naguère ou simplement avant-hier.

Pourquoi être attachés aux choses
Malgré le chagrin qu’elles nous causent
En sachant, le cœur déchiré,
Qu’il faudra bien s’en séparer,
Gommer ce qu’elles nous rappellent,
Et tous les regrets qu’elles entraînent ?

 

Oui simplement, je le revois mon père, père,
Concentré, prenant ses repères,
Redressant les murs patiemment,
Gâchant, Maçonnant, crépissant,
Préservant sa part de mystère,
Oh, je le revois encore mon père, père.
 

De cette maison tant aimée,
De ces murs qui m’ont protégé,
Je m’en croyais propriétaire,
Je n’étais que dépositaire,
Sans savoir veiller au grain,
Je n’ai pu passer le témoin.

 

Ainsi, maintenant tout est joué, bien joué,
J’ai signé, les dés sont jetés,
On croit choisir en êtres libres,
Rester maîtres de ses désirs
Mais non, la vie choisit pour nous
Toujours, envers et contre tout,
J’ai cédé, j’ai donné les clés,
Ainsi, maintenant tout est joué, bien joué.
 

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Voir aussi mon fichier Remords II
<< Ch. Broussas, Remords I 25/11/2019 © • cjb • © >>

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