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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:37

 Référence : Béatrice Delaurenti, Thomas Le Roux (dir), De la contagion, préface de Thomas Piketti, éditions Vendémiaire, 440 pages, octobre 2020

 

Des usages divers du mot "contagion"

                  

 

La définition du concept de contagion que les auteurs nous proposent ici est éminemment large et couvre le champ d’application du socio-culturel aussi bien que du médical car « la contagion, loin d’être uniquement un concept médical, est un processus omniprésent dans le monde d’aujourd’hui, aussi bien à l’échelle des nations qu’à celle des événements les plus infimes de notre vie quotidienne. »

Le Dictionnaire historique Robert de la langue française précise bien que le sens médical du mot est très spécifique. L'origine du mot vient de "contactus", qui signifie "toucher, attouchement". La prééminence de son sens médical, surtout à l'époque contemporaine, a largement gommé ses autres sens, et d'abord son sens moral. La contagion n'est pas uniquement le fait d'agents infectieux qui se transmettent mais aussi le fait de phénomènes émotionnels.

 

         

 

On peut donc dire que la contagion représente une façon de parler des échanges physiques et moraux entre personnes, rejoignant les sciences sociales qui ouvrent largement le champ du concept.

Le plan médical est celui qui vient immédiatement à l’esprit, surtout dans le contexte actuel, avec les épidémies qui ont marqué l’histoire du monde, les peurs du Moyen-âge, la variole au XVIIIe siècle, à celles plus récentes des maladies infectieuses, de la lèpre, de la peste au choléra.

 

                   

 

Au-delà de l’actualité, on passe ainsi de l’Antiquité à l’époque contemporaine jusqu’à l’assimilation de l’antisémitisme à une maladie contagieuse. On passe aussi de la diffusion du Covid-19 à une pandémie mondiale, à la pollution généralisée des espaces naturels.

À partir de là, les auteurs abordent la diffusion de mouvements sociaux tels que les mouvements de foule, ceux qui se propagent à travers les réseaux sociaux, les modes de consommation (modes vestimentaires, musique), les attaques de hackers, l’essaimage très dangereux de particules radioactives…

 

            

 

Ils parlent aussi de types de contagions plus générales comme dans le passé les possessions démoniaques, la diffusion des innovations chez les enlumineurs ou les sculpteurs du Moyen Âge ou plus récemment le partage mondialisé des connaissances par la mise à disposition informatique de bases de données.

 

Les auteurs ont privilégié une approche historique dans leurs exemples, que ce soit dans la transmission des coutumes dans les écrits chinois, la contamination des mœurs dans la Rome antique, les conséquences des modes de colonisation en Afrique ou de façon plus cocasse de l'arrivée de la valse allemande en France, espèce de défoulement après une période de Terreur.

 

  

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<< Christian Broussas, De la contagion, 04/08/2021 © • cjb • © >>
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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:32

 Référence : Jean-Paul Cointet, Hippolyte Taine, Un regard sur la France, éditions Perrin, 440 pages, 2012

« J'ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure.  »  Taine

Je profite de la réédition de cette biographie de Jean-Paul Cointet consacrée à Hippolyte Taine pour écrire cette fiche après celles que j’ai consacrées à ses contemporains Jules Michelet et Ernest Renan.

 

               



J’aurais tendance à écrire sur Taine (1828-1893) un peu la même chose que pour Renan. Il a aussi joué un rôle considérable, eut beaucoup d’influence à son époque sur la façon d’envisager l’histoire et malgré tout, il n’est plus guère lu maintenant justement sans doute parce que ses idées ont si bien été intégrées qu’elles paraissent maintenant tout à fait naturelles.

 

Comme l’écrit l’auteur, « on a du mal aujourd’hui à se représenter l’importance, pour plusieurs générations, en France et dans le monde, de son œuvre. » Ce frondeur  n’était pas en odeur de sainteté chez les autorités du Second Empire. Il a appliqué la méthode scientifique à l’étude de l’histoire, discutant le mythe révolutionnaire pour « remonter aux sources de notre modernité. »

 

           

 

Taine et Renan se connaissaient fort bien, ce dernier assista à son mariage avec Thérèse Denuelle en juin 1868 et ils furent voisins à Boringe, sur les bords du lac d’AnnecyTaine possédait une propriété. Mais les deux hommes, souvent en rivalité, ne s’appréciaient pas vraiment.

Il fut aussi un grand voyageur, critique d'art réputé, philosophe de l'histoire guidé par la passion de la vérité et un excellent écrivain. Il connut le succès avec des œuvres comme Voyage aux Pyrénées, Histoire de la littérature anglaise, De l'intelligence mais c’est surtout avec Les Origines de la France contemporaine, publiée entre 1875 et 1893, qu’il fut reconnu comme l'un des plus grands historiens français de son époque.

 

                

« Le moyen de s'ennuyer est de savoir où l'on va et par où l'on passe.  »  Taine

 

Taine s'intéresse beaucoup à l'histoire contemporaine même s’il répugne à tout engagement politique. Comme Guizot, il admire le modèle politique anglais et serait plutôt pour une monarchie constitutionnelle, ce qui n'arrange pas ses affaires avec les autorités du Second Empire. Très marqué par l'épisode de la Commune qui l’oblige à fuir Paris, il se rallie à la République conservatrice de Thiers qui lui semble proche d'une monarchie modérée. [1]

Il collabore à plusieurs publications dont La Revue des Deux Mondes et le Journal des Débats, participant aussi à la création de l’École libre des sciences politiques (sciences po) fondée par son ami Émile Boutmy.

 

         



Il fut aussi un grand voyageur en France,en Angleterre où il fit trois séjours, dont il appréciait le régime et la culture libérales avec des auteurs comme John Stuart Mill, en Allemagne avec des philosophes comme Hegel qu’il lit en allemand ou encore Herder et également en Autriche et en Italie.
Sa liaison avec la romancière allemande Camille Selden dura près de dix ans avant son mariage avec Thérèse Dénuelle.

 

Son image brouillée est sans doute le résultat du conservatisme de l'homme comparée à la curiosité de l'historien et à la difficulté de cerner une pensée complexe. Elle s'explique aussi  par la diversité de son œuvre, depuis son guide touristique Voyage aux eaux des Pyrénées (1855), sa thèse sur Les Fables de La Fontaine (1860), ses tableaux de mœurs dans Notes sur Paris, Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge (1867) ou des essais comme Les philosophes français du XIXe siècle (1857) et L’histoire de la littérature anglaise (1864).
Son malheur fut aussi que son image a été récupérée par des réactionnaires comme  Maurice Barrès ou Charles Maurras.

 

 

              



Notes et références
[1] On pourrait lui reprocher de s’être opposé, à partir de 1870, au suffrage universel « par réelle peur sociale » écrit l'auteur.

À Voir aussi
Jules Michelet -- Ernest Renan --
Les écrivains et la Commune --

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<< Christian Broussas, Cointet/Taine, 30/07/2021 © • cjb • © >>
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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:29

Sacré Raymond Devos qui nous a tant régalé avec ses boutades et des jeux de mots qu'il était seul à manier en virtuose.

Son humanité était sans égal. Je me souviens du jour où il était allé à l'hôpital voir son ami Georges Brassens mal en point après une opération où on lui avait retiré des calculs.
Pour lui remonter le moral et lui faire passer un bon moment, il n'avait pas hésiter à chausser un nez rouge pour faire le clown un moment et dérider son copain.

Il pouvait s'adresse à Dieu et au diable, disant : « Même avec Dieu, il ne faut pas tenter le diable ! »
Il pouvait de même tirer les leçons de Mai 68 ainsi : « En mai 68, j'ai vu des doyens qui avaient perdu toutes leurs facultés et des coiffeurs qui rasaient les murs. »


Ce jongleur de mots expliquait (sans rire) que « si on peut trouver moins que rien, c'est que "rien" vaut déjà quelque chose ou que pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose ».

Ce franco-belge traduira cette double appartenance par cette formule pleine de verve : « Je suis né avec un pied en Belgique et un pied en France, c’est pour cela que je marche les pieds écartés. »

             
                  
               

                
               

                 
                          

À Voir aussi
Les mots de Picasso - La complainte du légume - Mark Twain - Pierre Dac -
Michel Audiard, citations -- Pierre Desproges -- Anne Roumanoff --

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<< Christian Broussas, Devos, 01/08/2021 © • cjb • © >>
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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:24

 Annecy est parfois surnommée la Venise des Alpes, tant par la présence de son lac que des canaux qui sillonnent la ville ancienne. Par sa superficie, le Lac d’Annecy est le deuxième lac d’origine glaciaire de France après celui du Bourget. La balade peut se faire aussi à pied qu'à vélo ou même à pédalo, et conduire aux plages d’Albigny ou des Marquisats.         

 

               
Du Palais de l’Isle au château

 

1. Les Parcs et jardins

Le Pâquier ou Champ de Mars est une vaste promenade paysagère dépassant les sept hectares, située sur les bords du Lac d’Annecy offrant une superbe perspective sur le lac et les montagnes environnantes. Il représente l’élément d’un vaste ensemble de parcs et jardins avec les Jardins de l’Europe, de l’Impérial et la plage d’Annecy le Vieux.

 

             

Le Parc Charles Bosson et le Jardin de l’Impérial situé le long du lac, fait le lien entre le Pâquier et le Jardin de l’Impérial et offre une vue incomparable sur le lac, permet aussi bien le repos que la promenade, en particulier dans L’Impérial Palace, superbe hôtel situé sur les bords du lac. 
Sur les bords du lac, à l’entrée du canal du Vassé, se trouve Le Pont des Amours ou Passerelle du Jardin Public, pont du début du 20ème siècle permettant de relier le Pâquier aux Jardins de l’Europe.

Les Jardins de l’Europe attirent de nombreux promeneurs pour flâner sur les bords du lac, pique niquer ou prendre quelque repos.sont inscrits à l’Inventaire Général du Patrimoine Culturel.

 

          
                                              L'Impérial Palace


2. La Ville ancienne et le château

La Vieille Ville est sillonnée de petites rues, de ruelles et de canaux bien fleuris à la belle saison,  où on peut flâner au hasard de ses envies pour découvrir parcs et maisons médiévales. Le Palais de l’Isle, monument emblématique de ce quartier, se situe sur un îlot triangulaire sur le canal du Thiou. Érigé au XIIème siècle, c'est une ancienne prison devenue un lieu d’exposition sur l’architecture et le patrimoine de la région d’Annecy.

Le Château d’Annecy est un château fort datant du XIIème siècle, qui fut autrefois la demeure des comtes de Genève.  La cour du château offre une vue magnifique sur le Lac d’Annecy, la ville ancienne, ses ruelles étroites et ses toits entrelacés.
À noter que la visite est payante.

 

      



3. Prenons de la hauteur

La Basilique de la Visitation est un bâtiment majestueux datant du début du 20ème siècle, qui surplombe Annecy depuis le Crêt du Maure. Elle représente un symbole majeur du prestigieux passé religieux de la ville.

Pour avoir une vue panoramique sur le Lac d’Annecy, il faut aller au Col de la Forclaz de Montmin, situé à environ 40 minutes en voiture d’Annecy.
On peut par exemple se garer près du restaurant Edelweiss qui permet de monter jusqu’à l’aire de décollage des parapentistes.

 

           

 

Voilà, cette présentation n'épuise pas le sujet, tant s'en faut,  et on peut aussi s'intéresser à la gastronomie de la région, allez voir les derniers pêcheurs du lac pêcher la féra ou faire une incursion dans le massif des Bauges voisin pour rendre visite à des producteurs et affineurs de fromages.

 

                 
La basilique de la Visitation               Le lac vu du col de la Forclaz

 

Voir aussi

    Voir aussi le tour du lac en voiture pour découvrir les communes des deux rives du lac.
(Veyrier du Lac, Menthon Saint Bernard, Talloires Montmin, Doussard, Duingt, Saint Jorioz et Sévrier).
   Voir aussi la Balade au Mont Veyrier et Mont Baron

À Annecy :
Le Festival International du film d’animation (au mois de juin)
La Fête du Lac (premier samedi d'août)

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<< Christian Broussas, Annecy, 29/07/2021 © • cjb • © >>
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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:14

              
                            Dumouriez par Rouillard 1837
 

Agrégé d’histoire et docteur en lettres, Jean-Pierre Bois, spécialiste en particulier des relations internationales, s'est surtout spécialisé dans les biographies, publiant celles de Maurice de Saxe (Fayard, 1992), Bugeaud (Fayard, 1997), Dumouriez (Perrin, 2005), Don Juan d'Autriche, Le héros de toutes les nations, (Tallandier, septembre 2013), La Fayette, la liberté entre révolutions et modération (Perrin, septembre 2015).

 

         
Mémoires de Dumouriez             La bataille de Valmy

 

Du prestigieux général devenu paria, aucune place ou avenue en France, Charles-François Dumouriez (1739-1823) est souvent considéré comme un traître, traître à la Révolution, en tout cas à une certaine Révolution qu'il considère comme une dérive autoritaire.

 

À l’âge de 53 ans, vainqueur à Jemmapes et à Valmy le 20 septembre 1792 puis à Jemmapes le 6 novembre suivant,nimbée dans sa gloire, il va abandonner la Révolution à laquelle il doit tant mais qui lui doit aussi beaucoup. Né en 1739, maréchal de camp en 1789, Dumouriez est connu pour avoir conduit des missions secrètes entre 1764 et 1773 ou pour son commandement à Cherbourg depuis 1778.

 

        
Le tilleul de Jemappes           La bataille de Jemappes



La Révolution lui a d'abord permis de relancer sa carrière : ministre des Affaires étrangères puis général en chef des armées, entre mars et novembre 1792, il dirige  la politique extérieure française.

La rupture va se produire quand la Révolution se radicalise. Profitant de la bataille de Neerwinden le 18 mars 1793, il pense pouvoir dissoudre l'Assemblée Nationale pour rétablir la monarchie constitutionnelle prévue par la Constitution de 1791. Mais Mars est contre lui et, après la défaite, il est obligé de s'exiler en Angleterre.

 

              
Dumouriez par Houdon      Dumouriez à la Société des amis de la liberté



Proscrit, Dumouriez va vivre une trentaine d'années, écrivant des essais sur le libéralisme et le rôle des petites nations. Ni Napoléon qui se méfiait de lui, ni Louis XVIII ensuite, qui ne lui pardonne pas son attachement aux Orléans et ses activités de conseiller auprès du futur duc de Wellington, ne pouvaient accepter son retour en France.

 

           
Dumouriez & Thermidor    L'arrestation de Dumouriez

 

Pendant toute cette époque, le proscrit complota souvent contre la France, offrant d'abord ses services au tsar Paul 1er, à l'Angleterre qui lui octroya une pension puis en 1807 à Gustave de Suède mais la paix de Tilsitt ruina ses espoirs.  

 

   Dumouriez à la tête de son armée



C'est au Portugal et en Espagne qu'il aura le plus d'influence, mettant en particulier au point une technique de guérillas qui a beaucoup aidé à résister aux armées napoléoniennes et a longtemps servi de référence en la matière.

Dumouriez meurt en Angleterre à Turville-Park dans le comté de Buckingham où il repose encore, mais son nom figure cependant sur l'Arc de triomphe.

 

    Dumouriez à Mons en Belgique

 

Repères bibliographiques

  • Jean-Piere Bois, Dumouriez : héros et proscrit : un itinéraire militaire, politique et moral entre l’Ancien régime et la Restauration, Paris : le Grand livre du mois, 2005. 484 p.
  • Isabelle Henry, Dumouriez : Général de la Révolution, 2002
  • Sophie de Lastours, Fers croisés sur Dumouriez (1739-1823), éditions L'Harmattan, 2013

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<< Christian Broussas, Dumouriez 23/07/2021 © • cjb • © >>
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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 22:40

Sur la pollution lumineuse

     
                                Mauvaise luminosité - Bonne luminosité

 

La démarche générale

Évaluer la pollution lumineuse suppose de définir objectifs et moyens et de poser un diagnostic selon 3 couleurs (en élargissant le spectre si nécessaire) :
- Résultats positifs : vert
- Résultats acceptables : jaune-orange
- Résultats mauvais : rouge


Le défi consiste bien entendu à passer du rouge au jaune et du jaune au vert, selon une démarche bien définie et d'un point de vue général :
* En définissant les objectifs et en prévoyant les moyens adaptés,
* En répertoriant les acteurs concernés par le dispositif, aussi bien la population que les acteurs publics et privés parties prenantes au dispositif,
* En listant les dispositifs existants, leurs avantages et leurs inconvénients,
(Voir aussi la section "Les principes d'un bon éclairage")
*
En cartographiant la zone géographique concernée,
* En planifiant la réalisation des objectifs définis (diagramme des tâches par exemple),
* En auditant les opérations réalisées tenant compte du respect des délais prévus, du positionnement de chaque opération selon le schéma rouge/jaune-orange/vert,
* En effectuant un bilan global.

 

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Le coût de la pollution lumineuse : gaspillage énergétique + Santé + Environnement
•  Éclairages inadaptés/mal conçus/inutiles • Gêne pour les particuliers
•  Émissions de CO2 (Sommeil de mauvaise qualité / Maladies (cancer, dépression,...)•Absence de spiritualité, de créativité (ciel non visible)
• Perte de biodiversité (faune/flore) /Perte de services éco systémiques (pollinisation, résistances faune, perturbation chaines de nourriture...)
• Difficulté d’observations astronomiques, découvertes scientifiques
• Perte de racines culturelles, patrimoine nocturne + Perte de possibilité de créer l’altruisme

 

         
Samuel Challéat, Sauver la nuit, éditions Premier Parallèle

 

Les principes d’un bon éclairage :,
1 Évaluer les différents besoins,
2. Vérifier que son emplacement est adéquat et prévoir les changements à effectuer,
3. Contrôler sa bonne orientation et sa bonne intensité,

4. Contrôler la durée et le temps d'éclairage(quand est-ce nécessaire ?),
5. Tester la température selon les couleurs, sachant que les couleurs chaudes sont réputées moins nuisibles.

 

 

L'arrêté du 27 décembre 2018 : (application en 2020)

Pour maîtriser le flux lumineux, il est interdit de diriger la lumière vers le ciel. L’arrêté exige que sur les nouvelles installations de lampadaires l’ULR (Upward Light Ratio) soit inférieur à 1%. C’est-à-dire que le flux lumineux ne doit pas dépasser la ligne horizontale du luminaire LED.

 


Seuils des températures couleur en Kelvins

 

L’unité choisie pour mesurer la température de couleur d’une lumière est le Kelvin. Plus le nombre de degrés est faible, plus la couleur est chaude.
Dorénavant, les équipements lumineux ne doivent plus dépasser 3000 Kelvins pour un meilleur confort visuel. Ce qui correspond à une lumière blanche chaude utilisée habituellement pour des ampoules domestiques.

Au-dessus de ce seuil, la lumière équivaut à celle du jour, perturbant la biodiversité. Par exemple, les insectes pollinisateurs ont réduit de 62% leurs visites nocturnes dans les zones trop éclairées.
Désormais aussi, il faudra adapter l’éclairage nocturne aux conditions de son environnement, plus d’éclairage systématique et maximum pendant tout le spectre nocturne par exemple.

 

De la notion de corridor biologique

 
Corridor biologique et réserves 

 

Aménager le territoire a consisté pendant trop longtemps à créer des équipements et des structures favorisant l’essor économique (autoroutes, remembrement…) au détriment de la faune et de la flore qui à force ne peuvent plus communiquer avec leur milieu naturel.
D’où une prise de conscience (récente) de ces effets et des solutions à mettre en œuvre pour "réparer les dégâts" autant que faire se peut et dégager une stratégie basée sur la notion de corridor biologique.

 

    Exemple de pont-corridor
 

Le corridor biologique (ou écologique) désigne au moins un milieu reliant plusieurs habitats vitaux pour une espèce ou une population. Ces milieux naturels indispensables à la circulation de la faune et de la flore (propagules) pour satisfaire leurs besoins (manger, dormir, hiberner, se protéger de prédateurs, se reproduire, se reposer) ont souvent été endommagés par les activités humaines et une technologie prédatrice. Il faut donc "réparer" (reconnecter) dans la mesure du possible les circuits et structures écopaysagères.
C’est en quelque sorte comme réparer les mailles d’un filet percé (en plus complexe).

 

 
Corridors continus et discontinus

 

La plupart du temps, deux solutions sont utilisées : restaurer les mailles du réseau d'un habitat fragmenté, protéger ou restaurer les habitats endommagés. Cette évolution a progressivement engendré une législation pour protéger ces milieux, ensemble de textes aussi bien locaux que nationaux selon le niveau d'intervention, aussi bien préventifs que curatifs selon l'état du réseau.

On a recours à des procédés assez simples comme créer un pont au-dessus d'une autoroute pour faciliter la circulation des animaux ou une échelle à poissons pour permettre aux poissons de circuler dans un cours d'eau comme celle qui permet aux saumons de pouvoir franchir un obstacle.

 
Les tritons tracent leur liaison bio

On peut aussi mettre en place des moyens plus importants en réalisant par exemple des "couloirs d'eau" pour permettre une circulation des eaux interrompue par la construction d'un barrage. On en trouve un bel exemple au sud de Lyon avec la création sur le Rhône du barrage de Pierre-Bénite où la construction des couloirs d'eau a permis de réalimenter les zones humides en aval (les lônes lyonnaises), pour faire revivre la faune et la flore et de réactiver la roselière de Vernaison à hauteur du parc Bernard Clavel.


Malheureusement, la roselière du village de Pierre-Bénite a disparu, ce qui montre bien les limites d'une telle action curative qui ne peut pas tout réparer et l'absence dans ce cas de toute politique préventive et de définition d'actions de préservation du milieu naturel. 

On est parfois obligé d'utiliser des techniques plus sophistiquées  pour réparer des milieux naturels particulièrement sensibles comme dans le cas de l'étang de l'Or présenté ci-dessous, qui a consisté (entre autres) à construire un système de vannes pour aller pomper de l'eau dans un fleuve côtier (le Vidourle) pour diminuer la teneur en sel des eaux saumâtres de l'étang et rétablir ainsi un certain équilibre indispensable à cet environnement entre l'eau douce et l'eau salée.

 

Un écosystème local : le cas de l’étang de l’Or dans l’Hérault


L'étang de l'Or et les étangs palavasiens

 

L'étang de l'Or et ses rivages, au sud de Montpellier, c’est une étonnante diversité biologique. Au fil de ce mélange saumâtre d'eau douce et salée, on découvre un univers lagunaire très riche avec ses paysages, sa faune et ses oiseaux, ses reptiles, ses insectes, sa flore où on trouve par exemple la luzerne ciliée, plante endémique qui fait partie des espèces menacées en France.
C’est un site exceptionnel pour l’accueil des oiseaux d’eau, intégré au réseau Natura 2000 qui doit concilier conservation de la biodiversité et maintien des activités humaines dans un voisinage très urbanisé.

 


L'étang de l'Or & son éco système, faune & flore

 

L’étang de l’Or compte encore quelques pêcheurs professionnels, pêchant surtout l'anguille mais aussi des alevins de loups, des dorades, des soles, autant de poissons migrateurs venant de la mer pour grandir dans la lagune, véritable nurserie ouverte dès le mois d'avril. De plus, quelques espèces protégées s’y abritent.

 


L'étang de l'Or, vue de l'éco système

 

C’est un milieu aquatique qui demeure fragile, surveillé par des équipes du CNRS ou d'Ifremer (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer) dans ses unités de Sète et de Palavas.

Le taux de salinité de la lagune a tendance à augmenter, l’équilibre entre eau douce et eau salée est menacé, avec pour conséquences de détruire les roselières qui abritent des espèces protégées, de s'infiltrer dans le sol et nuire aux cultures. Le Symbo suit donc attentivement le taux de sel par litre d’eau.

 

Exemple de milieux continu et discontinu :

1- Dingy Saint- Clair (74) : Vallée barrée par un torrent, le Fier, mais permettant le maillage des haies et boisements.
2- Espaces boisés isolés empêchant les invertébrés de circuler.

 

Le Symbo (SYndicat Mixte du Bassin de l’Or) a pour objectif de coordonner et animer, sur le Bassin de l’étang de l’Or :
- La prévention des inondations et la défense contre la mer, la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ;
- La préservation, la gestion et la restauration de la biodiversité, des écosystèmes aquatiques et des zones humides.

 

Étang de Vic-la-Gardiole

 

Dans ce cadre, et en particulier pour le second point, il exerce les missions suivantes :

  • Assure l’animation et la concertation relative à la prévention des inondations, à la gestion et à la protection de la ressource en eau et des milieux aquatiques
  • Anime les démarches de protection et de préservation des espaces naturels et de la biodiversité des sites Natura 2000 de l’étang de l'Or (ou étang de Mauguio)
  • Exerce la mission de gestion courante des ouvrages hydrauliques de la Porte de Carnon et de la station de pompage de Tamariguières et de ses ouvrages associés.
  • Intervient dans l’élaboration d’études sur les pollutions des eaux superficielles, de transition et souterraines, la protection des eaux superficielles et souterraines, la mise en place et l’exploitation de dispositifs de surveillance de la ressource en eau et des milieux aquatiques.
  •  

      
L'Étang de l'Or vers Carnon-Pérols                    et vers Lansargues

 

Pour ce qui nous intéresse plus particulièrement dans cette présentation, le syndicat a pour rôle de s’assurer que les flux qui viennent des eaux douces et des eaux de mer assurent bien la bonne salinité des eaux saumâtres des étangs lagunaires. Leur circulation représente la condition indispensable aux échanges entre étangs et au sein d’un même étang (l’étang de l’Or en l’occurrence), seule solution du continuum d’échanges pour la conservation de la faune et de la flore locales.

 

    
Pêche dans l'Étang de l'Or                         L'Étang de l'Or et le salaison 



Dit autrement, ceci revient en fait à créer un corridor biologique entre les zones différenciées de l’étang de l’Or et un large corridor biologique entre les étangs lagunaires qui forment un ensemble dans la Petite Camargue entre le canal du Rhône et l’étang de Tha, entre L’étang de l’Or et les étangs dits palavasiens (Étangs de Méjean, de l’Arnel, du Grec à Palavas, du Prévost, de Vic et d’Ingril à Frontignan).
 

Ceci est d’autant plus délicat à gérer que l’ensemble de ces étangs est traversé par le canal du Rhône à Sète, suite du canal du Midi.
On peut avoir accès à ces milieux naturels en visitant en particulier le site naturel des Salines de Villeneuve à Villeneuve Lès Maguelone, à l'ouest de Montpellier, quelque 276 hectares autour de l'étang de Vic et le Parc Naturel du Méjean, espace protégé et paradis pour les oiseaux, à Lattes au sud de Montpellier.

 

Voir aussi
* Suivi de biodiversité -- Corridors bio Grand Genève -- Corridors, agir, participer -- L'étang du Méjean --

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<< Christian Broussas, L'écologie 23/07/2021 © • cjb • © >>
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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 22:34

Référence : Jean Viard, La révolution que l'on attendait est arrivée, éditions de l'Aube, 240 pages, mai 2021

 

                     

 

Le titre est à lui seul une profession de foi : La révolution que l'on attendait est arrivée... Et Jean Viard d'ajouter en sous-titre : Le réenchantement des territoires. Mais n'est-ce pas en fait une nouvelle version du bon vieux Aménagement du territoire qui rappelle la DATAR (aménagement du littoral), les villes nouvelles et les parcs naturels.

 

                  

 

Son message commence par ce constat : « Nous avons changé» Il veut dire essentiellement qu'il sent le profond désir des gens de changer de vie, de ne plus se laisser séduire par le miroir aux alouettes du consumérisme. Son analyse repose sur les évolutions apportées par la covid 19 comme le recours au local et aux circuits courts, malgré l'aspect planétaire de la pandémie, le télétravail, les livraisons à domicile et autres drives.

 

Ce recours au local, Jean Viard l'analyse de la façon suivante : « Peu à peu, l'école, les maires... parurent aux citoyens plus protecteurs des valeurs républicaines que l'armée ou le président de la République… Autrement dit, le "proche" parut plus défenseur des valeurs républicaines que les institutions plus lointaines : le proche avait gagné dans la bataille des appartenances positives. »

 

               



Finalement, beaucoup de pratiques en gestation depuis des années dans toutes ces nouveautés, sinon une reconnaissance bien éphémère pour ceux qui sont "allés au charbon", soignants et professions de santé, caissiers, livreurs, agriculteurs... [1] ceux qui bossent beaucoup et sont mal payés. Mais à contrario, défiance face aux politiques et aux bureaucraties publiques.

 

               

 

c'est ainsi qu'il aborde la question des décentralisations manquées, « l'hypertrophie des appareils de gestion » dans les hôpitaux comme la crise l’a montrée, la police ou l’éducation. Cette situation est non seulement mangeuse de temps en reportings ou en réunions mais aussi génère  une grande dilution des responsabilités que toute décision est lente, souvent loin du terrain. Or « la crise a bien montré qu’il existe un lien direct entre ceux qui font et ceux qui décident »,  les niveaux intermédiaires risquant dorénavant d’être largement remis en cause.

 

En attendant, on a tendance à quitter les grandes villes pour des structures à dimensions humaines, à vouloir quitter aussi son conjoint ou pire encore. D'après Jean Viard, on aurait enfin pris conscience de l'urgence d'une lutte contre les problèmes climatiques et cette tragédie sanitaire « nous a fait grandir ».

 


« Il faudrait une révolution de la pensée du territoire non métropolitain »



L'aspect positif de tout ceci est de rebrasser les cartes. Finis l'attrait des villes et de la société industrielle, les débats sur la lutte des classes (et la mort des idéologies), on se recentre sur les territoires (son petit coin de France), sur son cercle restreint des amis et de la famille et on voudrait bien donner un sens à sa vie.

 

           



Jean Viard se demande quel avenir ont ces nouvelles tendances mais on sent bien qu'il les appellent de ses vœux. De même qu'il espère que la société industrielle va enfin déboucher sur une autre forme de civilisation, orientée sur le numérique et l'écologie, supports d'une véritable révolution des modes de production engendrant une révolution des modes de vie. [2]

 

            

 

De l'industriel au numérique (extrait)
« La civilisation industrielle est derrière nous. Elle laisse un monde qui sera (beaucoup) plus chaud... auquel nous devons nous préparer... Mais la civilisation qui s'achève dans cette tragédie fut grandiose et innovante. La vie s'y est allongée comme jamais. Les guerres mondiales y ont été contenues, le monde numérique, scientifique et technologique a changé le quotidien, a permis la réunification d'une humanité éparse. De considérables créations artistiques, intellectuelles, scientifiques, ont été faites. Immenses avancées. Mais le point de rupture qui s'annonçait vient d'être atteint. Le Covid-19 est l'avant-garde d'un combat plus large... »

 

Notes et références
[1] Voir sur l'agriculture, Jean Viard, "Le sacre de la terre". En la matière, il met l'accent sur le problème central du foncier.
[2]  Voir Jean Viard, "Nouveau portrait de la France", La société des modes de vie

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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 22:29
Référence : Edgar Morin, Leçons d'un siècle de vie, éditions Denoël, 160 pages, juin 2021
 
Avec Edgar Morin, la sociologie compte au moins un centenaire qui revient dans ces Leçons d’un siècle de vie, sur une existence qu'il parcourt avec le recul de son âge. C'est aussi peut-on lire, « une invitation à la lucidité et à la vigilance. »
 

              


« À force de sacrifier l'essentiel pour l'urgence, on finit par oublier l'urgence de l'essentiel » a-t-il écrit. dans Changeons de voie, il a tenté de tirer quelques leçons de la pandémie de la Covid, mettant l'accent sur la dialectique entre certitude et incertitude, ainsi que sur les dangers du néo libéralisme.  
 
 
         

 
Le "vieux sage", champion de l'analyse du complexe [1], nous avertit d'emblée : « Qu’il soit entendu que je ne donne de leçons à personne. J’essaie de tirer les leçons d’une expérience séculaire et séculière de vie, et je souhaite qu’elles soient utiles à chacun, non seulement pour s’interroger sur sa propre vie, mais aussi pour trouver sa propre Voie. »
 
 

Sa femme Sabah Abouessalam « Edgar n'a pas d'âge ! »
 

Son centième anniversaire ne l'empêche pas de continuer à s'intéresser aux événements de son temps. Et il en a connu des événements tout au long de ce vingtième siècle de "bruit et de fureur", de ses errances, de ses espoirs aussi, des crises qui ont jalonné son cours.
Et il tente ici de nous transmettre quelques préceptes tirés de sa réflexion et de sa longue expérience.

 
               


Il est resté un humaniste qui, pour donner corps à la lucidité, prône une prise de conscience permanente pour se détacher des tendances actuelles, pour retrouver les voies de la solidarité dans un humanisme renouvelé en évitant surtout les sirènes d'une révolution violente comme elle a déjà sévi avec le stalinisme.

 
                   
 
L'humanisme signifie aussi combler le besoin de reconnaissance inhérent à tout homme, refuser que des gens soient humiliés, dédaignés, traités comme des objets et reconnaître l'humain dans l'autre.

 
         
Edgar Morin et Jean Daniel
« Nous sommes intoxiqués par un mode de vie accéléré, chronométré. »


Ça veut dire aussi oser réaliser ses aspirations, rechercher la convivialité pour privilégier l'humain, rendre complémentaire l'individuel et le collectif, la raison et la passion pour intégrer la poésie à la vie une poésie synonyme d'enthousiasme, d'étonnement, d'émerveillement, d'amitié, en s'efforçant de préserver « l'unité dans la diversité. »
 
.
                
 

Il sait bien que rien n'est jamais acquis et qu'il faut toujours se garder des tentations d'un néo fascisme, disant : « Je garde la capacité de révolte intérieure face à la cruauté du monde et la sagesse consiste à contrôler mes passions par la raison et à nourrir la raison par mes passions. » Cette sagesse qu'on lui impute, ce n'est en fait que « l'expérience de la vie ! »
 


    Montpellier 2019
« Le confinement nous apprend à être délicat à l'égard du conjoint. »



Notes et références
[1] Voir en particulier ses essais intitulés "introduction à la pensée complexe" (ESF, 1990) et "Connaissance, ignorance, mystère", (Fayard, 2017)

Mes fichiers sur Edgar Morin
Entrée dans l'ère écologique -- Actualité et complexité --
Les souvenirs viennent à ma rencontre -- Mes philosophes --

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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 22:15

« J’ai lutté contre toutes les formes de gouvernement autoritaire et de droit divin, voulant que l’homme se gouverne lui-même selon ses besoins à son profit direct et suivant sa conception propre. »  Courbet

 

    
Le musée Courbet à Ornans          Autoportrait à la pipe 1848
"Courbet" par Valérie Bajou

 

Le Musée Gustave Courbet se trouve dans l’hôtel Hébert du XVIe siècle, maison natale du peintre à Ornans, dont la façade donne sur la rivière la Loue. L'essentiel de sa collection comprend quelque 75 œuvres de l’artiste, plus des toiles de ses amis et de disciples. C'est sa réouverture après une longue période de travaux qui ont permis d'offrir un nouveau parcours au visiteurs et l'Atelier Courbet a été étendu et largement réaménagé.

 

          
Dame à l'ombrelle 1865        Femme nue près d'un ruisseau 1845
Jeunes anglaises à la fenêtre 1865

 

L’œuvre de Courbet qui s’étend de 1840 jusqu’à sa mort en 1877, se trouve en France dans les grands musées nationaux, à Orsay avec L'Enterrement à Ornans et L'Atelier de l'artiste, au Petit Palais ou au musée Fabre à Montpellier mais aussi maintenant au musée d’Ornans dans le Doubs, son village natal. Et ce surtout depuis de récentes acquisitions comme Le Veau ou un superbe portrait de Juliette sa sœur cadette.

 

        
Juliette Courbet 1844   Juliette Courbet à 12 ans   Zélie Courbet, sa sœur aînée



Outre son intérêt pictural, son œuvre est marquée par son réalisme, est complexe et fait écho à la réalité sociale et politique de son temps. Les grandes scènes de chasse par exemple, que ce soit Le chevreuil mort, La curée, Chiens de chasse, sont de véritables peintures historiques, soulignant les liens entre le peintre et la nature, vision symbolique de la souffrance, aussi bien animale qu’humaine. [1]

 

        
Coucher de soleil sur le Léman 1874    Château de Chillon sur le Léman 1874

Le réalisme est alors confronté à l’essor de la photographie et Courbet n’échappe pas à cette évolution, ce qu’on voit très bien dans son rapport à Manet ou même à Whistler.

 

         
Les casseurs de pierre 1849          Bonjour monsieur Courbet 1854

En ce sens, le musée Courbet d’Ornans organise en cette année 2020 une exposition consacrée aux liens entre Courbet et Picasso.

 

    
Falaise d'Etretat après l'orage 1870         Autoportrait à Ste-Pélagie 1871 [2]



Gustave Courbet, c’est peintre controversé du XIXe siècle, qui signe la fin de l’académisme et la naissance de l’impressionnisme et fossoyeur de l’académisme.

 

  L'enterrement à Ornans (détail) 1849

 

Pablo Picasso, c’est l’artiste symbole des évolutions du XXe siècle, initiateur du cubisme et de cet élan vital d’un retour vers l’instinct, clamant « Savoir pour pouvoir, telle fut ma pensée […] faire de l’art vivant, tel est mon but, » interrogeant l’œuvre de Courbet pour nourrir sa réflexion.

 

         
La fileuse endormie 1853                Les cribleuses de blé 1854

 

Le meilleur exemple de cette filiation entre les deux artistes est le tableau de Courbet intitulé Les Demoiselles des bords de la Seine et la réinterprétation qu'en fit Picasso en 1950.

 

             
Le saut du Doubs 1852   Le chemineau 1848    Papeterie à Ornans 1865

 

Malgré la différence entre le réalisme des corps de Courbet et la recomposition de Picasso, la composition est pratiquement la même avec la Seine, la barque amarrée au rivage, le contraste des deux robes et l'attitude générale des corps.

 

         
Le Veau 1872                    Les demoiselles des bords de Seine 1856

 

La famille Courbet et Flagey

Situé à côté d’Ornans, le petit village de Flagey est le berceau de la famille Courbet qui a toujours été très attachée à ce lieu. Les gens, les paysages bucoliques qu'on retrouve dans plusieurs toiles, ont fortement inspiré le maître d’Ornans qui rendit ainsi célèbre son village.

 

   
Les 3 soeurs Courbet 1846  L'après-dîner à Ornans 1849   Villageoise au chevreau 1860

 

Son père Régis Courbet était un homme influent et respecté, peut-être maire du village comme l’affirme Gustave dans une lettre. Le cadastre du 19ème siècle qui énumère ses biens, le qualifie de « propriétaire aisé ». C’est après l’incendie de la maison que la famille s’installa pour un temps à Ornans, à l’hôtel Hébert, alors que Gustave avait une douzaine d’années.

 

               
Les paysans de Flagey revenant             Le chêne de Flagey 1864
de la foire 1852



Une fois la maison reconstruite, la famille passera le plus souvent les beaux jours à Flagey et la mauvaise saison à Ornans. On vivait au rythme des saisons, Gustave participait avec ses sœurs aux travaux des champs, s’initiant aux pratiques et aux usages, ce qui eut une grande influence sur son travail de peintre.

 

         
Le sommeil 1866                                Femme couchée 1868

 

Ce fut pour lui une source d’inspiration, comme notamment Le Chêne de Flagey peint en 1864 du musée d’Ornans ou Les paysans de Flagey revenant de la foire peint vers 1852 au musée de Besançon.

 


Son ami Max Buchon 1855     Le désespéré 1844   

 

Son ami Jules Castagnary, critique d’art, en séjour à la ferme de Flagey écrivit « qu’il s’en dégageait je ne sais quel parfum rustique, d’un charme tout à fait pénétrant. On s’y aimait beaucoup. »

 

   
Bouquets de fleurs 1862 et 1865                                           Le treillis 1863

 

Juliette, sa sœur cadette, fut sa légataire universelle. Elle n’oublia jamais son frère ni son village, finançant par exemple le mécanisme d’horloge et de cadrans du clocher de l’église de Flagey, déclarant : « Les Flagey, je les aime de tout mon cœur… Et je veux qu’ils jouissent de la propriété de mon père qui les chérissait tant. »

 

   Cerf courant dans la neige 1867 
 

Dernière lettre de Courbet quelques jours avant sa mort, à son père et sa sœur, 23 décembre 1877 : « Soyez absolument sans inquiétude et restez bien tranquillement au chaud, si c’est possible à Flagey. » 

 

                 
Les amants dans la campagne 1865       Chasseur allemand 1855

 

La collection permanente du Musée Courbet

Elle compte quelque 400 œuvres dont une soixantaine de l’artiste et cette diversité permet d'avoir une idée précise de l’œuvre de Courbet.

 

       
Ornans Vue générale                             Le miroir d'Ornans 1872

 

Des œuvres de jeunesse (Le Pont de Nahin, 1837) à ses cercles de connaissances (Portrait de Lydie Joliclerc, 1869 ; Portrait d’Urbain Cuénot, 1847), la collection du musée privilégie les thèmes favoris du peintre.

 

  Chasseurs dans la neige 1867

 

Parmi eux, on peut retenir les plus importants comme les animaux (Le Veau, 1873), les scènes de chasse (Le Renard pris au piège, 1860), les marines (les vues d'Étretat...), et les paysages de Franche-Comté (Le Chêne de Flagey, 1864).

 


La femme à la vague 1867     Son ami Proudhon et ses enfants 1865         
Vieil homme buvant du vin 1872

 

Les œuvres de la dernière partie de sa vie sont aussi présentes à travers la Commune de Paris (Autoportrait à Sainte-Pélagie, vers 1872) et l’exil en Suisse (Château de Chillon, 1874).
Le parcours intègre aussi des lettres, des dessins, des gravures et des sculptures, permettant de mieux connaître l'homme.

 

           
La Loue près d'Ornans                    Le pont de Nahin à Ornans 1837

 

En complément : Le destin de deux de ses œuvres

Le retour de la conférence

Cette œuvre datée de 1862, a été jugée scandaleuse et détruite pour une question de morale religieuse.

Depuis peu, on possède cependant une photo agrandie aux dimensions de l'original (2,30 x 3,30 m) qui donne une idée de l'effet produit à l'époque et des réactions suscitées. Ce tableau montre les penchants républicain et anticlérical de son auteur. Il semble d'ailleurs que Courbet ait voulu, à travers cette toile éminemment provocatrice, tester comme il disait « le degré de liberté que nous accorde notre temps », sous le Second Empire.
Il n'a été déçu. Le tableau aurait en effet été acquis par un catholique rigoriste qui s'est empressé de le détruire.

 

                 
Retour de la conférence 1863    Vue du lac Léman, 1876 [3]

 

Le Pêcheur de Chavots

Le Pêcheur de Chavots (poisson de rivière) est la première œuvre que sculpta Courbet en 1860, suite à un défi artistique. Courbet offre le tirage en bronze à Ornans, sa ville natale. Dès son installation sur la place des Îles-Basses (actuelle Place Courbet), c’est la polémique car elle représente, dans sa première version, un enfant entièrement nu. Une pétition n’y change rien. Mais, après sa participation à la Commune, la statue est mutilée, puis retirée de la fontaine de la place.


Courbet donne alors l’original en bronze à son ami Alexis Chopard. En 1882, Juliette la sœur cadette de Courbet en fait de nouveau don à Ornans. Et lors d’une commémoration, la statue est réinstallée sur la fontaine de la place Gustave Courbet.

 

                    
Le pêcheur de chavots              Vendange à Ornans 1864
(copie dans le hall de la mairie)

 

Notes et références
[1]
Dans ce genre, on peut noter : Biche morte et La curée (1857), Chiens de chasse et le chevreuil mort (1858), Cerf courant sous bois (1865), Le renard pris au piège (1860), Combat de cerfs (1861), Remise de chevreuil en hiver (1866), L'hallali du cerf et chasseurs dans la neige (1867).
Voir aussi Courbet, Notes sur la chasse, BNF et Michèle Haddad, Courbet peintre et chasseur, catalogue exposition Ornans 2007 

[2] Autoportrait à Sainte-Pélagie (1871). En mai 1871, accusé d'avoir participé à la Commune, et jugé complice de la destruction de la colonne Vendôme, Gustave Courbet est condamné à 6 mois de prison à Sainte-Pélagie.
[3] Ce tableau du musée de Granville fut longtemps considéré comme un faux avant d'être "réhabilité" il y a quelques années. Il fait partie de ses dernières toiles peintes pendant son exil en Suisse

Voir aussi
* Mon fichier Gustave Courbet, La Vague --
* Courbet, Autoportraits --

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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 21:58

  Théodore de Banville par Félix Nadar

 

Théodore de Banville (1823-1891), ça vous dit quelque chose ? Peut-être, la chanson de Georges Brassens intitulée Le verger du roi Louis, vous dit-elle quelque chose, bien qu’elle ne soit pas vraiment connue. Brassens, fait assez rare pour lui, a mis en musique ce poème pour sa musicalité mais sans doute aussi parce qu’il est un hommage à François Villon et une référence à sa Ballade des pendus.


Brassens mettra également en musique un poème de François Villon sous le titre La Ballade des dames du temps jadis. Théodore de Banville quant à lui, écrira un court poème en hommage à François Villon, qu'il intitula simplement Dizain à Villon.

 

         

 

Celui qu'on appelait « le poète du bonheur, » ami d’Hugo, de Théophile Gautier et de Baudelaire, Théodore de Banville a joué un rôle important dans les lettres françaises, considéré comme l’initiateur du mouvement des parnassiens.

 

Dans son poème Ballade de Victor Hugo père de tous les rimeurs, s'il reconnaît que « Gautier parmi ces joailliers est prince, et Leconte de Lisle forge l’or dans ses ateliers », il écrit comme une litanie que  « le père est là-bas, dans l’île, » faisant référence à l'exil de Victor Hugo à Guernesey. Il écrivit aussi un poème intitulé "À Auguste Vacquerie", après la noyade tragique qui coûta la vie à son frère et à sa femme Léopoldine, la fille de Victor Hugo.

Il rejetait autant le courant réaliste que l’évolution du courant romantique qu’il condamnait, cherchant entre les deux son inspiration. Il hébergea un temps Arthur Rimbaud qui se montra ingrat en critiquant ensuite son  style poétique.

 

Dans son poème Ballade sur lui-même (tiré de son recueil Trente-six ballades joyeuses), il confesse qu'il se considère comme "un poète lyrique" et se traite « d’assembleur de rimes ».

Il fut aussi un critique dramatique influent, un chroniqueur littéraire travaillant pour les journaux « le Pouvoir » en 1850 puis « le National » en 1869, devenant une figure majeure du monde littéraire, membre de la « Revue fantaisiste » où se réunissent en particulier les poètes du « Parnasse ».

 

En 1872, il publie son Petit Traité de poésie française, rompant ainsi avec le courant symboliste. Très prolifique, il publie dans les années suivantes un recueil de poèmes chaque année. Il s’est particulièrement intéressé à la forme poétique, utilisant toutes les nuances de la poésie française.

 

         
Théodore de Banville Les Roses et l'été

On lui a parfois reproché un certain formalisme au détriment de la sensibilité et de l'imagination mais son originalité lui permit d’exercer une grande influence sur la génération montante de la poésie française. Il a été comme une plaque tournante entre les mouvements réaliste, romantique et symboliste.

 

Il fut un inconditionnel de Charles Baudelaire, aussi bien de l'homme que de son oeuvre, s'occupant de la troisième édition des "Fleurs du mal" et le 2 septembre 1867, devant une assistance clairsemée, faisant l'éloge du poète, sur sa tombe au cimetière du Montparnasse.

 

 

Le verger du roi Louis

Sur ses larges bras étendus,
La forêt où s'éveille Flore,
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.

Ce bois sombre, où le chêne arbore
Des grappes de fruits inouïs
Même chez le Turc et le More,
C'est le verger du roi Louis.

Tous ces pauvres gens morfondus,
Roulant des pensers qu'on ignore,
Dans des tourbillons éperdus
Voltigent, palpitants encore.

Le soleil levant les dévore.
Regardez-les, cieux éblouis,
Danser dans les feux de l'aurore.
C'est le verger du roi Louis.

Ces pendus, du diable entendus,
Appellent des pendus encore.
Tandis qu'aux cieux, d'azur tendus,
Où semble luire un météore,

La rosée en l'air s'évapore,
Un essaim d'oiseaux réjouis
Par-dessus leur tête picore.
C'est le verger du roi Louis.

Prince, il est un bois que décore
Un tas de pendus enfouis
Dans le doux feuillage sonore.
C'est le verger du roi Louis.

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