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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 20:45

Référence : Laurence Giordano, Marie Brick et ses frères, éditions Payot & Rivages, 215 pages, septembre 2020

 

"Une histoire de survie et de destin dans la France du choléra"

 

     
Alexandre Antigna Marchand d'images MBA Bordeaux -- Laurence Giordano

 

En préambule, Laurence Giordano pose cette question : « Quand on a tout perdu et que le sort s'acharne contre nous, jusqu'à quel point notre chemin est-il tracé ? »

Ce livre est né d’un hasard : la future auteure, professeure d'histoire-géographie, réalisait une étude historique [1] quand son attention fut attirée par un dossier un peu plus fourni que les autres qui lui donna envie d’approfondir le destin de trois jeunes anonymes, Marie et ses eux frères.

 


Le choléra vu par Pavel Fedotov

 

Elle partit donc sur leurs traces, les suivant autant que possible dans leurs pérégrinations. On va suivre ainsi la famille de Gravisse en Moselle près de la frontière, dont ils sont originaires jusqu’à Paris où ils espèrent une vie meilleure. Longue route pour cette époque où avec la locomotion chevaline, on mettait des jours et des jours pour se rendre à Paris, via Thionville, Metz, Verdun, Sainte-Ménéhoulde, Chalons, Meaux et (enfin) Paris.

 

   Le choléra vu par Horace Vernet 

 

En fait, la vie à Paris est aussi difficile qu'à la campagne, d'où ils viennent car la vie y est plus chère et plus précaire. La famille déménage plusieurs fois dans des conditions difficiles et sans qualification, le chef de famille est peu payé. La catastrophe viendra de l'épidémie de choléra qui ravagea pour la seconde fois en quelques années la capitale en 1849. [2] Oncles et tantes ne pouvant durablement les héberger, les enfants orphelins seront alors confiés à l'Assistance publique et placés dans des familles d'accueil.

 

       

 

Les deux garçons, Nicolas et Michel Brick, après un séjour à l’Assistance publique, seront placés comme apprentis, d’où de nouvelles pérégrinations. Pour Michel, ce sera assez court, de Paris à Gaillon dans l’Eure en 1853. Nicolas ira d’abord à Marolles dans l’Indre-et-Loire en 1850 en passant par Orléans et Tours. Puis il se retirera à Sommesous en 1852 dans un petit village de la Marne. Sans doute, contraint par l’Assistance, n’a-t-il pas apprécié ces voyages à leur juste valeur.
Marie leur sœur est morte en 1852, encore adolescente alors qu'elle apprenait la couture, d’une pleurésie, morte dans la prison Saint-Lazare où elle avait été incarcérée pour une petite affaire de grivèlerie.

 

 
 Le choléra sous Louis-Philippepar Luke Fildes

 

Marie, Michel et Nicolas étaient des gens du peuple, de ceux qui tombent dans les oubliettes de l’Histoire, mais que cette fois Laurence Giordano a décidé de sortir de l’anonymat. Elle a reconstitué une partie de leur parcours essentiellement à travers les dossiers de l’administration communale parisienne à l’occasion de la grave épidémie de choléra qui laissa les trois enfants orphelins.

 

 

Laurence Giordano a retrouvé la trace de Nicolas Brick à l'asile d'aliénés de Châlons-sur-Marne (maintenant Châlons-en-Champagne) où il est mort en 1893. Les actes de l'état civil ont permis de savoir que Nicolas avait eu deux fils Albert né en 1874 à Sommesous qui devint tonnelier [3] et Émile né en 1877 à Sommesous également, qui devint épicier. [4] Ils ont tous deux été mobilisés en 1914. 

« Nés pauvres, ils sont morts pauvres et engloutis dans l’oubli » écrit Laurence Giordano qui nous fait partager le quotidien d'une société où les plus défavorisés subissent la plupart du temps, s'adaptent et résistent tant qu'ils peuvent. Leur vie est marquée par la précarité et on le voit très bien avec le destin de Nicolas et de Michel qui finiront tous deux misérablement dans la salle commune d'un hospice.

 

 

 

Cette précarité, outre le choléra, avait aussi été accentuée par les guerres. Michel a vécu la guerre de 1870 et surtout l'épisode de la Commune, lui qui habitait pas très loin de la Mairie qui brûlera pendant le siège. Il est fort possible qu'il ait participé modestement à la Commune mais ne fut pas poursuivi. Nicolas subit la guerre de 1870 encore plus difficilement puisque dans la Marne, il n'était pas très loin du front et que les Allemands occupèrent ensuite ce département, procédant à des réquisitions jusqu'au paiement total du tribut de 5 milliards de franc-or par la France.

 

Notes et références

[1] Dans le cadre d’une recherche universitaire, Laurence Giordano a consulté 150 dossiers dans le cadre de son mémoire sur "Les orphelins du choléra à Paris de 1832 à 1849".
[2] Plusieurs épidémies de choléra ont frappé la France entre 1832 et 1859. Celle de 1849 a marqué un tournant dans l’histoire de la santé publique et a contribué à l’adoption de la loi du 13 avril 1850 sur les logements insalubres.
[3] Michel Brick (1839-1901), marié en 1870 à Rachel Caën, eut un fils Michel junior né en 1866 qui fut manutentionnaire.
[4] Nicolas Brick (1835-1893), marié en 1859 à Marie-Marguerite Collard, eut 2 fils, Albert né en 1874, tonnelier, marié en 1897 à Marie Fagnières et Émile né en 1877, épicier, marié en 1902 à Lucy Rémy .

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 18:59

« A-t-on remarqué à quel point la musique rend l’esprit libre ? Donne des ailes aux pensées ? Que, plus on devient musicien, plus on devient philosophe ? » Nietzsche, Le cas Wagner

 

       
                                              Vladimir Jankélévitch à son piano

 

Vladimir Jankélévitch et la musique est une longue histoire, une histoire de sensibilité qui aide beaucoup à saisir celle du philosophe, de comprendre plus avant sa réflexion sur la Résistance où il aura largement sa place, la mémoire et le judaïsme.

 

 

Jankélévitch a beaucoup écrit sur la musique et les musiciens (voir références musicales à la fin de cet article), un ouvrage comme L’enchantement musical rassemble des textes peu connus qui ouvrent sur l’univers de l’homme et du philosophe. Même si dans sa vie, il a toujours tenu à bien distinguer les deux disciplines, ces écrits nous renseignent sur son goût pour certains musiciens comme Maurice Ravel ou Claude Debussy par exemple, auxquels il a consacré une monographie et sur ses choix en matière musicale.

 

     

 

Musique et musiciens

La musique tenait dans sa vie une place essentielle. Chaque jour, il jouait du piano, donnait des réceptions où il invitait des musiciens et collectionnait les partitions. Il pensait que le plaisir n’est jamais coupable et reste un moteur incomparable de l’âme humaine.

 

 

S’il fut un inconditionnel de Ravel, défendit Fauré, trouvant même son Requiem bien meilleur que celui de Verdi, la musique sérielle ne l’a jamais vraiment touché.
Il s’intéressa à l’œuvre de Claude Debussy qui considérait la musique comme essentiel dans la vie, plus que le théâtre ou la poésie. Il ne ménage pas non plus ses critiques contre « la musique prolétarienne » La symphonie des machines de Mossolov, se demandant ironiquement : « à quand la rhapsodie des hauts fourneaux, la sonatine des machines à coudre ? »  

 

       

 

Franz Liszt d’abord

Liszt serait celui qui a permis à « la France de se délivrer de Wagner». Ce qui lui plaît d’abord est que Liszt cherche à rapprocher les hommes, et en premier lieu au sein de l’Europe. Pour cela, il lui faut un langage commun et ce langage sera bien sûr la musique. Il voudrait « une Europe dans un monde déchiré et une Europe qui ne soit pas en même temps un Europe passionnelle et agressive. »

 

         

 

Jankélévitch s’attache à l’importance des Tziganes pour Liszt, ces hommes sans patrie, « ces prolétaires qui ne possèdent rien », opprimés et libres des contraintes de la vie civilisée, qui circulent dans toute l’Europe et de ce fait, jettent un pont entre les hommes.

Il étudie aussi ses talents de virtuose, sa contribution à l’art du piano, son jeu personnel dans l’échange des mains qui donne plus de puissance, car « pour exécuter ces cascades de notes, des procédés barbares deviennent nécessaires : le pianiste balaye les touches avec le dos de sa main, assène sur le clavier des coups éperdus ».

 

   

 

Musique et philosophie chez Jankélévitch

À travers son rapport à la musique,  on retrouve le Résistant, celui qui rejette l’inertie, qui agit selon sa conscience, libération de soi et d’autrui. Il s’appuie sur l’exemple de Paul Paray qui refusa de licencier des musiciens juifs et dirige La Marseillaise en 1942 à Lyon, . « Paray a eu de l’honneur pour tous les homoncules qui n’en n’ont pas eu ; dans ce marécage de Vichy-la-Honte où s’ébrouèrent tant d’affreux coquins et tant de polissons dynamiques. »

Son rapport à la musique est certainement lié intimement à son histoire, celle de l’exilé qui finit par accepter sa situation et qui, pour lui, reviendra pendant l’Occupation, ce qu’il appelle « le pathos de l’exil ». L’implantation dans un lieu définit une identité qui fait que la musique va devenir peu à peu nationale, propre à chaque pays. Ce phénomène explique «  la différence entre l’esprit rhapsodique et l’esprit symphonique » dit Jankélévitch, car « une rhapsodie est espagnole, basque, ibérique, slave, bulgare ou portugaise, mais une symphonie est héroïque ou pastorale ou fantastique », celle-ci se référant à « la corde qu’elle fait vibrer en nous,» au fameux pathos…

 

     



Liszt appartient à ce courant qu’il a plus accompagné qu’initié et cette tendance fait que « la musique elle-même devient alors une sorte d’acte insurrectionnel. » Pour JankélévitchLiszt n’est pas seulement un virtuose, c’est un humaniste « ennemi de la tyrannie, le défenseur des nationalités opprimées par la monarchie des Habsbourg, l’insurgé qui fait cause commune avec les martyrs, les révoltés, les exploités, les humiliés, les offensés. »
Et on pourrait reprendre la même démarche pour des musiciens comme Moussorgski ou Bartok.

 

     

 

Debussy et le mystère de l'instant

Vladimir Jankélévitch, dont l’œuvre a toujours mêlé philosophie et musique, veut cerner dans cet ouvrage le mystère de l’instant qui est central dans la musique de Debussy.

Le mouvement musical chez Debussy est dominé par la tension entre une phase descendante symbole de la profondeur et une phase ascendante symbole de lumière. Mais au-delà, l’essentiel réside dans cet instant indéfinissable, évanescent, qui surgit à partir du vide et du silence.

On peut le voir comme un instant bref et impalpable, qu’on peut définir comme une espèce d’éclair ou d’étincelle, cette insondable fraction de seconde où tout devient possible. Mais aussi qui est insaisissable, comme la lumière à la fois sublime au zénith et déjà sur le déclin.

Le génie de Debussy a été de réussir à traduire en musique ce qui est le plus impondérable à exprimer, à transposer ainsi sa sensibilité. Sa musique est comme une respiration, une pulsation, comme un reflet à la surface d’une eau dormante, ce "presque rien" comme disait Vladimir Jankélévitch [1], qu’il cherche inlassablement à représenter en notes de musique.

 

       

 

Notes et références
[1] Voir son ouvrage intitulé "Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien", éditions PUF, 216 pages, 1957

 

Ses écrits en matière de musique

* La Musique et l'ineffable, Armand Colin, 198 p, 1983
* Le Nocturne, Lyon, Marius Audin, 50 p. ; 1957, réédition Albin Michel
* La Musique et les heures. Satie, Rimski-Korsakov, Chopin, Le Nocturne, recueil de Françoise Schwab, Le Seuil, 293 p. 1988
* Gabriel Fauré et ses mélodies, Paris, Plon, 250 p, 1938, Nouvelle édition Plon, 1951, 350 pages et Fauré et l'inexprimable, De la musique au silence, Plon, 384 p., 1974, réédition Presse Pocket, 1988

* Maurice Ravel, Paris, Rieder, 130 p, 1939, réédition éditions Le Seuil, 192 pages, 1995
* Liszt et la Rhapsodie, essai sur la virtuosité, De la musique au silence, t. III, Plon, 183 p., 1979, réédition 1989 et Liszt, rhapsodie et improvisation, Flammarion, 1998

* La Vie et la mort dans la musique de Debussy, la Baconnière, 152 p., 1968
* Debussy et le mystère de l'instant, De la musique au silence, t.2, 1976, réédition 1989

Voir aussi mes fiches :
* Vladimir Jankélévitch, Biographie -- L'aventure, l'ennui, le sérieux --

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 18:44

Référence : Tatiana de Rosnay, Les fleurs de l’ombre

 

     
                                              Trois générations de De Rosnay

 

On retrouve bien dans ce roman les thèmes préférés de Tatiana de Rosnay, l’importance du deuil et des secrets, la puissance des lieux  des maisons… avec cette fois une incursion dans le futur inquiétant des technologies modernes.

Dans un Paris victime d’attentats, la Tour Eiffel disparue est devenue un hologramme… Nous sommes en 2024, peu de temps avant le début des Jeux olympiques, dans un pays dévasté par des attentas commis avec des drones, qui montre ses cicatrices et ses immeubles éventrés.

 

   

 

L’écrivaine Clarissa Katsef vient de vivre une rupture difficile d’avec François son second mari lorsqu’elle a appris qu’il menait une double vie. C’est pour elle une période très difficile, après un premier divorce avec Toby, un américain, et elle peine de plus en plus à écrire. 

Mais elle pense avoir enfin renoué avec la chance quand, contre toute attente, elle peut s’installer dans la très convoitée résidence pour artistes CASA, un bel appartement situé au 8e étage, une vue superbe sur Paris, un lieu préservé et tranquille. Et justement, CASA a été construit dans une zone dévastée pour rassurer les gens et les inciter à revenir dans ce quartier.

 


Tatiana de Rosnay avec son mari et son frère Joël

 

Dans cet univers connecté, elle a à disposition une assistance permanente nommée Madame Dalloway en référence à Virginia Woolf avec par exemple un robot polyvalent qui lit ses mails. Mais tout est à l'unisson : on ouvre la porte avec son empreinte oculaire, on pose ses mains sur un miroir de la salle de bain pour évaluer son état de santé... 

 

 

Même Chablis son chat fait le dos rond et aplatit les oreilles comme si son instinct l'avertissait d'une présence, d'un danger. Clarissa a l'impression que quelqu'un l'observe en permanence. Malgré le scepticisme de sa fille Jordan, c'est sa petite fille Andy qui va être son plus ferme soutien.

 

     

 

Ce qu'elle pensait être une chance durera peu et va se transformer en un malaise diffus, ses nuits deviennent agitées, des situations passées refont surface. Elle se demande alors qui voudrait s’en prendre à son intimité, qui se cache peut-être derrière cette association philanthropique nommée CASA, le centre adaptatif de synergie artistique et si finalement elle n’est pas victime de ses propres peurs.

En tout cas, elle a la fâcheuse impression d'être constamment surveillée, témoin de mystérieuses disparitions, de bruits bizarres, une psycho férue d'informatique qui joue au petit chef… un climat délétère qui la mine.

 

          

 

Ce roman d’anticipation est aussi l’occasion d’une réflexion sur l’écriture avec de nombreuses références littéraires essentiellement autour des œuvres de Virginia Woolf et de Romain Gary.

 

Voir aussi
* Tatiana de Rosnay, A l'encre russe --

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 18:24

Référence : Michel Winock, Jours anciens, éditions Gallimard, collection Blanche, 192 pages, octobre 2020

 

       

 

« En avançant dans notre obscur voyage », écrit-il, citant Lamartine.

 

Michel Winock a souvent ponctué son travail d’historien de notations plus ciblées comme dans La République se meurt en 1978, une chronique de la fin de la 4ème république où il s’était inspiré de carnets datant des années 1950 ou également La République gaullienne, suivie des Années Mitterrand en 2015 et 2018 où il utilise la forme du journal pour aborder tout un pan de l'histoire de la 5ème république.

 

   

 

Le temps de la jeunesse, ce n'est pas forcément pour Michel Winock celui de la nostalgie, c'est la distanciation entre un monde qu'il a connu et celui qu'il vit ici et maintenant qui lui paraît totalement différent, sans liens avec celui d'avant. Le temps vécu ne serait donc pas linéaire, porteur d'une continuité de progrès comme sa génération le croyait fermement.

Que reste-t-il de ce temps-là, se demande-t-il, que peut-on reconnaître après le passage de cette lame de fond du temps qui s'écoule, passé au filtre du sablier, méconnaissable ? « Je ne relate pas mes jeunes années dans l’illusion d’un paradis perdu, » prévient-il se refusant aussi à porter un jugement sur une époque révolue.

 

        

 

C'est ce passé que d'une certaine façon il veut faire revivre, ou plutôt redécouvrir à travers les échos, les résonances qu'il provoque encore chez l'auteur, ce qui reste des espoirs de cette génération.

Le temps de sa jeunesse s'étire dans l'immédiat après-guerre et la IVe République, temps incertain entre les années de guerre et les « Trente Glorieuses. » Il y voit un contraste entre une société encore traditionnelle où la religion est une force sur laquelle il faut compter, aux mœurs qui ont peu évolué et une grande partie de la population, issue de la Seconde Guerre mondiale, qui croit au progrès économique et social.

 

   

 

Jours anciens nous plonge dans la chronique d’une famille populaire de la France des années 1940-50 pour ressusciter un quotidien disparu. Nous retrouvons l'existence de disparités par exemple entre « l’école du peuple » aboutissant au certificat d’études et « l’école bourgeoise » conduisant au baccalauréat puis aux études supérieures.

Il rappelle également le rôle prépondérant, structurant du communisme et du catholicisme dans la société et d'abord dans les classes populaires, le curé plutôt proche de ses ouailles, l'émergence des prêtres ouvriers, l'importance de la contestation politique et de ce qu'on appelait alors "les banlieues rouges".

 

     

 

Sur le plan économique, l'heure était à la reconstruction et au progrès pour effacer les conséquences de l'économie de guerre et recouvrer le plus rapidement possible la prospérité dans le cadre du libéralisme, de l'Alliance atlantique et des guerres coloniales.
L'époque était à l'économie, pas à l'écologie.

Dans ce livre entre essai et témoignage, Michel Winock se raconte tout en racontant son époque, oscillant entre souvenirs intimes et chronique sociale, disant « sans vouloir rien démontrer, j'ai raclé mon violon sur mes photos sépia. »

 

      

 

Voir aussi
*
Jean-Claude Carrière, Le vin bourru --
* Hommage à Jean Daniel -- Jérôme Garcin, Le dernier hiver du Cid --
* Alain-Georges Leduc, Octave Mirbeau -- Pierre Péan, Ma petite France --

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 14:06

 Référence : Erri de Luca, Impossible, éditions Gallimard, 176 pages, 20 août 2020

 

« Le monde s’est retourné comme un gant. Ce 20e siècle est un temps si périmé qu’il est incompréhensible pour ceux qui sont venus après. » Erri de Luca Impossible

 

L’écrivain Erri De Luca, né à Naples en 1950, est aussi poète et traducteur. Parmi une œuvre foisonnante, on peut retenir Montedidio en 2002, qui lui valut de recevoir le prix Femina étranger, Le poids du papillon en 2011 ou Le tour de l'oie en 2019.

 

     

 

« J'étais fait pour naître dans un fjord norvégien, pas dans une ruelle de Naples ! » dit-il dans une interview. Il fut un jeune plutôt taciturne, se mêlant peu aux autres. Selon lui, « l'isolement ne se décide pas, c'est une question de caractère, de terminaisons nerveuses. »

Qu’est-ce qui est impossible en fait, se mesurer à la grandeur de la montagne, la défier et surmonter ses aléas ou découvrir la vérité au-delà de la logique formelle et des apparences ? Il fut un alpiniste émérite (avant ses problèmes cardiaques), un amoureux de la montagne qu'il exalte par exemple dans son ouvrage Le Poids du papillon. (Éditions Gallimard, 2011)

De son père, il dira : « J'ai écrit les livres qu'il n'a pas écrits, j'ai escaladé les montagnes qu'il aurait voulu escalader. Je suis son fils parce que j'ai hérité de ses désirs. »

 

   
Trois chevaux      Montedidio (Le mont de dieu)  Le plus et le moins

 

On est dans les Dolomites, les Alpes italiennes, subitement sur un sentier escarpé, un homme chute dans le vide. Immédiatement, l’homme qui le suit donne l’alerte. Jusque là, rien de particulier, un accident de montagne tel qu’il s’en produit régulièrement dans cette région.

Problème : Ces deux hommes se connaissent très bien et ont un contentieux à régler. Militant dans un groupe révolutionnaire à l’époque de leur jeunesse, le premier avait livré le second et tous les autres à la police. Pour le magistrat chargé de l'affaire, c’est limpide, une simple question de vengeance après tout ce temps passé à ressasser sa rancœur.

 


Erri de Luca dans sa maison de campagne romaine

 

La vengeance est un plat qui se déguste froid, c’est bien connu. Comment le magistrat pourrait-il croire un instant que cette rencontre n’est que le fruit d’une coïncidence ? Mais l’homme niera farouchement et donnera du fil à retordre aux certitudes du magistrat.

 

  
Pendant son procès à Turin en 2015
À la Libreria Italiana de Paris en juin 2015 après son acquittement par le tribunal de Turin

 

Un face à face tendu entre un jeune magistrat et un vétéran de la Révolution qui fait partie « de la génération la plus poursuivie en justice de l'histoire de l'Italie. » Mais a Erri de Luca, nous ne sommes pas dans une histoire policière, nous somme dans la vie, dans une confrontation qui sert de support à une réflexion sur l’engagement confronté à la conscience, le concept de justice, l’amitié "à la vie à la mort" entre ces deux hommes et ce que signifie la trahison.

 

       

 

Sur son époque, il écrit dans Impossible que « le monde s’est retourné comme un gant. Ce 20e siècle est un temps si périmé qu’il est incompréhensible pour ceux qui sont venus après. [...] La seule manière de comprendre quelque chose est de recourir aux vies personnelles. L’histoire du 20e siècle est si écrasante, une histoire qui a opprimé, éparpillé les gens, on ne peut la connaître à travers les actes des gouvernements, les traités de paix ou de guerre.  »

 

    
                                       Le passionné d'alpinisme

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 13:47

Référence : Michel Onfray, La vengeance du pangolin, éditions Robert Laffont, 312 pages, novembre 2020

 

         

 

Onfray et le virus, un thème alléchant s'il en est, il fallait bien que notre philosophe s'empare du sujet et nous régurgite le résultat de ses cogitations. Et comme souvent, on n'est pas déçus, ne serait-ce que dans la façon d'aborder le sujet car ce « virus virtuel n'était pas la seule réalité avec laquelle nous avions à compter » écrit-il.

 



Onfray traite de la question avec son mordant coutumier, le désossant de son scalpel acéré... « du savon, du gel et un coude : nous étions prêts, comme en 40, le virus n’avait qu’à bien se tenir. » (page 31)

"Les masques dites-vous" ? tour à tour inutiles et même dangereux puis obligatoires, salutaires, voire providentiels. En réalité : un mensonge d’un Etat qui a préféré couvrir la pénurie.

 

   

 

Dans la veine de ses chroniques écrites ou jour le jour en fonction de l’actualité comme sa "trilogie" récente composée de Décoloniser les provinces, La cour des miracles et Zéro de conduite, Michel Onfray nous raconte sa vision de la crise sanitaire et économique.

Il fut parmi les premiers à alerter sur les dangers de ce virus alors que certains n'y voyaient qu'une nouvelle variante de grippe. Pendant le temps du confinement, Michel Onfray a tenu un "journal des événements" où il a noté faits et réflexions. Il y souligne en particulier les incohérences des politiques suivies et le rôle du Président de la république, les limites de l'idéologie libérale et de ses moyens économiques.

 

   

Dans ce domaine surtout,  le sacro-saint leitmotiv de rentabilité est subitement devenu obsolète, les carences de l'hôpital apparues sous la lumière crue de ses conséquences, la dépendance industrielle du pays dans certains domaines névralgiques a largement choqué l'opinion publique. En bon philosophe, il nous renvoie à des grands anciens comme Plutarque, Sénèque et Marc-Aurèle.

 

 

Il y voit une espèce de révélateur de l'état de nos sociétés, « des folies de notre époque » marqué par la faiblesse de l'État français et de son chef aussi bien que de l’Europe de Maastricht. Il n'est pas plus bienveillant envers les intellectuels, les philosophes qui ont choisi l'économie contre les personnes âgées, dénonçant les batailles stériles entre scientifiques, la dévalorisation de l’expertise et d'une médecine médiatique, les carences des journalistes à rendre compte de la réalité.

Il y descelle une complicité de journalistes pour faire diversion : « La télévision montre donc […] le village Potemkine fabriqué pour cacher le réel, la réalité du réel, la cruelle réalité de ce réel cruel qui est que "la France n’est pas capable de produire des masques autrement qu’en laissant des bénévoles les tailler dans des coupons destinés à des slips." » (page 215)

 

  

 

« Penser le virus » écrit-il en sous-titre, histoire de revenir à la condition humaine : la vie qui recherche la mort pour perpétuer la vie. Cette vie qui nous est si chère, la crise nous a rappelé qu'elle est en fait indifférente à notre sort ! Ce que nous dit Michel Onfray à sa façon : « Car tout ce qui vit sur la planète ne vit qu’en tuant […] C’est au prix de la mort que la vie va !  » (page 250) Ce qui finalement n'est guère plus réjouissant.

 

   
 

Voir aussi
* Les fichiers de mon site Catégorie Michel Onfray --

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 13:27

 Référence : Mathias Énard, Le Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs, Éditions Actes Sud, 427 pages, octobre 2020

 

         
                                  Javier Cercas et Mathias Énard

« Journal d'un thésard à la campagne »

Mathias Énard nous avait donné l’habitude de nous balader vers Constantinople dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, vers Venise dans Désir pour désir, de sillonner le Moyen-Orient dans Boussole, prix Goncourt 2015 ou dans le Transsibérien dans L’Alcool et la Nostalgie, faire un tour dans l’ex-Yougoslavie dans Tout sera oublié et au Maroc dans Rue des voleurs. Dans ce nouveau roman, Mathias Énard, notre polyglotte des lointains, revient "chez lui" dans les Deux-Sèvres où il a grandi.

 

        

 

Pour nourrir sa thèse sur le thème de "la vie à la campagne au XXIe siècle", David Mazon un étudiant en anthropologie quitte Paris et s’installe à La Pierre-Saint-Christophe, village que l'auteur situe au bord du Marais poitevin, pour observer le microcosme local, le pittoresque de ses habitants, en tête de liste le Maire Martial, patron original de l’entreprise locale de Pompes Funèbres.
 



Il plonge tout de suite dans l’ambiance, logé à la ferme, nanti d'un deux-roues pour ses déplacements, fréquentant le Café-Épicerie-Pêche du village et le curieux maire-fossoyeur. Le laborieux David Mazon s’attelle à la tâche, à la rédaction d’un journal de travail où il inscrit les menus faits dont il est témoin et les mœurs des habitants pour mieux cerner ce qui fait toute la spécificité de la ruralité.

 

                   

David, installé à La pensée sauvage, dans une pièce au confort sommaire que leur loue Mathilde et Gary, un couple d'agriculteurs, commence son enquête par leur interview. Il poursuit par Arnaud, l'idiot du village capable de citer les grands évènements historiques à partir d'une date et sa cousine Lucie, divorcée luttant pour la défense de l'environnement. On est ainsi entraîné dans les histoires des familles du village comme le destin tragique d'aïeux de Lucie ou celui de Max, un ex prof des Beaux-arts au village depuis une dizaine d'années ou de nouveaux habitants représentés par un couple d'anglais.

 


Mathias Énard à Barcelone où il s’est installé
"Prendre racine" par Mathias Énard et Zeina Abirached

 

Ici, dans ce petit village, pendant trois jours se déroule le Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs, qui se tient dans le réfectoire monacal de l’abbaye de Maillezais, fréquentée jadis par Rabelais, véritable pied de nez à la mort où l’on s’adonne aux joies roboratives de la bonne bouffe et de la convivialité, de gargantuesques ripailles dignes de leur illustre prédécesseur.

On s’engage ainsi dans les pas de Balzac, dans cette chronique d’une nouvelle comédie humaine qui déploie ses tentacules dans le Poitou natal de l’auteur.

 

 

Voir aussi
* Mathias Énard, Boussole --

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 13:18

Référence : Jean Teulé  Crénom, Baudelaire !, éditions Mialet-Barrault, 432 pages, octobre 2020

 

       

 

La face sombre de Charles Baudelaire

Jean Teulé aime nous présenter avec réalisme, crûment même, des personnages qui ne sont pas vraiment des modèles, des biographies décalées de François Villon, de Rimbaud et de Verlaine qui le conduisent naturellement à celle de Baudelaire.

 

     

 

Il admire autant l’œuvre qu’il déteste le personnage mais il faut dire que Baudelaire se détestait assez lui-même pour qu’on l’aime sans détours. Fidèle à sa technique, il essaie de brosser un portrait réaliste du poète, au plus près de la vérité, sans concessions bien sûr venant de lui et dans son style direct genre coup de poing qui est sa marque de fabrique.

Et il ne nous cache aucun des traits de Baudelaire, un pervers accro à la drogue… Témoin son petit déjeuner : « À son réveil, il prenait de la confiture verte, de l'extrait gras de haschisch mêlé à du miel et des aromates » quand la plupart des autres artistes en prenaient parfois une demi-cuillère à café dans l'après-midi…

 

         

Plus tard, il a aussi utilisé l'éther et du laudanum et même du vin d'opium à haute dose pour soigner sa syphilis. À ce rythme là, sa santé en a subi le contrecoup et ce n’est une surprise s’il est mort à 46 ans et qu’il ressemblait quasiment à un vieillard. Le dernier mot qu’il prononça fut ce « crénom » qu’il lâcha en ratant une marche de l'église Saint-Loup de Namur. Hémiplégique à la suite de cette chute, il restera muet jusqu’à sa mort un an plus tard.

 


Lettre de Victor Hugo à Charles Baudelaire

 

Il fut aussi très misogyne. On impute ce sentiment au remariage de sa mère avec un homme en vue, le commandant Aupick, futur général et sénateur d'empire. Sa mère n’est plus à lui et c’est une blessure intime qui l’a toujours laissé meurtri. Le soir du mariage, il ira jusqu'à jeter la clef de la chambre conjugale dans le puits de la maison ! De ce jour, la femme est à ses yeux dévalorisée…
« Depuis la première qui m'a trahi, j'ai dorénavant d'odieux stéréotypes à l'égard des femmes, disait-il. En un mot, je ne leur fais plus aucune confiance. »

 

    
Frontispice de la 1ère édition des Fleurs du mal annotée par Baudelaire

 

Il fréquentera assidûment les prostituées dont Jeanne Duval, sa muse dit-on et en tout cas sa maîtresse. C’était une métisse de Saint-Domingue, aussi grande qu’il était petit… Dans les rues de Paris, ils ne passaient pas inaperçus, surtout quand il l’emmenait dîner à la Tour d’argent. Leur relation a toujours été très tumultueuse au point qu’un jour il essaiera de l’étrangler mais elle ne se laisse pas faire.
Cette partie sombre en lui, il la cultivait à loisir, exacerbant son côté sado maso.  

 

   
                                                                                      Jean Teulé

Son rapport avec les autres est de même nature, « Mécontent de tous et mécontent de moi », disait-il. Surtout mécontent de lui, et le mot est faible. N’ajoutait-il pas : « Si j'avais un fils qui me ressemble, je le tuerais par horreur de moi-même. » Ainsi exprimait-il son désespoir et son rejet du monde et paradoxalement, ce fut également le levain de son œuvre, son besoin d’exalter ce dérisoire qui l’accablait, qui lui faisait « pétrir la boue pour en extraire de l'or ».

 

 

 

Voir aussi
* Jean Teulé, Fleur de tonnerre --
* Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire --
* Charles Baudelaire, Une jeunesse --

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 13:00

George Orwell, l’homme d’un seul livre 1984, allez, de deux si vous voulez avec La ferme des animaux. Mais non, l’homme est très complexe et son œuvre protéiforme. Il aurait pu rester ce qu’il était dans sa jeunesse mais il a réussi à s'extraire de la condition où on aurait volontiers voulu le cantonner.

 


                                            Sa statue à Londres        Sa carte de journaliste

 

Au-delà de son style et d’un esprit parfois assez visionnaire, ce qui surprend chez lui est une honnêteté intellectuelle qui donne toute la force à sa pensée et à ses textes, même parmi les moins connus. Il apparaît tout à la fois lucide, sans concession et a contrario pourrait-on dire, comme un homme engagé qui vibre aux problèmes de son époque et qui choisit franchement sa voie.

 

 

Il a sans restrictions dénoncé l'impérialisme et le colonialisme, la pauvreté et le rôle du capitalisme dans ce mécanisme qu’il connaît très bien pour l’avoir vécu de l’intérieur. Il s’appuie ainsi sur la réalité, en témoin de son époque, de ces mouvements pour développer sa pensée. Il s'engage dans la guerre civile espagnole en 1936 sans se poser de questions, il sait d’emblée où est sa place et il l’écrira sans ambiguïté. Les événements qu’il a vécus l’ont profondément marqué et ont aussi largement influencé son œuvre.

 

   

 

Il a débuté au collège d'Eton, comme boursier parmi l'élite britannique, puis part en Birmanie où finalement il se sentira comme un simple rouage au service de l’impérialisme anglais, ira s’immerger dans les milieux ouvriers de Manchester et de Paris et y côtoiera les taudis et la misère.

 

            
Sa maison-musée à Katha en Birmanie

 

Il assistera également en Espagne, à Barcelone en particulier aux luttes intestines  entre les courants constituant la République espagnole, une véritable guerre entre les communistes et les anarchistes. On le retrouvera enfin sur l'île écossaise de Jura où, malgré ses problèmes personnels,  il parviendra à mettre un point final à 1984.

 

   

 

Après ses incursions dans les bas-fonds de plusieurs métropoles, sans argent, il est contraint d’accepter un poste d'enseignant dans une école privée, à Hayes dans le Middlesex où il achève d’écrire Dans la Dèche à Paris et à Londres, qui paraît en 1933. Pour éviter de lier son nom à un échec éventuel, il prend le pseudonyme de George Orwell. Après ce succès d’estime, il publie Une histoire birmane dont son éditeur craint d’être confronté à un procès en diffamation. À cette période, Orwell s'enthousiasme pour l'Ulysse de James Joyce qui va largement l’influencer.

 

 

Orwell est assez critique avec son deuxième roman, Une fille de pasteur, dont il dira que : « c'était une bonne idée mais je crains de l'avoir complètement gâchée. » C’est pour satisfaire à une commande de son éditeur qu’il se rend dans le Nord de l'Angleterre et étudie les conditions de vie des mineurs dont il tirera l’un de ses meilleurs romans, Le Quai de Wigan. Ce roman va susciter de nombreuses réactions au fait qu’Orwell essaie de savoir pourquoi la gauche ne parvient pas à rallier  à sa cause la classe ouvrière.  

 



Mais cette expérience va aussi ancrer Orwell dans la cause socialiste depuis qu’il a été confronté au  spectacle de l'injustice sociale et de la misère du prolétariat anglais.

Ce roman, avec Dans la dèche à Paris et à Londres, constitue une véritable expérience, basée sur son désir de se fondre dans le milieu ouvrier dont il défend le mode de vie, vivant par là-même dans une grande indigence et connaîtra l’humilité et la privation. [1]

 

 

C'est pendant la Seconde guerre mondiale dans Les Lettres de Londres qu'il défend l'idée qu'une victoire devait passer par une Révolution sociale, la guerre touchant surtout les moins riches. Il prolonge sa réflexion dans on essai intitulé Le Lion et la Licorne, qui paraît en 1941, où il préconise de nationaliser les grands moyens de production, instaurer une échelle des revenus allant de un à dix, d'instaurer une démocratie socialiste et révolutionnaire. Fin 1943, il écrit dans un article que le socialisme doit contribuer à améliorer le monde, et qu'il est nécessaire de « dissocier le socialisme de l’utopie. »

 

    
Orwell avec son fils Richard en 1946      Orwell à la BBC

 

La Ferme des animaux qui paraît en août 1945 est plutôt mal accueilli pour sa critique du communisme. Il part en Allemagne comme envoyé spécial mais revenu en Angleterre pour le décès de sa femme, il débute la rédaction de 1984. Il milite pour défendre les libertés aussi bien individuelles que collectives et met en garde contre les atteintes écologiques à la planète après des années d’érosion du sol et de gaspillage des ressources.

Lui-même est maintenant malade, miné par la tuberculose, il s'éteint à Londres le 21 janvier 1950 alors qu'il prenait des notes en vue d'un futur ouvrage.

 

 

Notes et références
[1] Voir la biographie de son ami George Woodcock intitulée "Orwell à sa guise", La vie et l'oeuvre d'un esprit libre, éditions Lux, traduction Nicolas Calvé, 418 pages, octobre 2020 pour la version française

 

Voir aussi Catérorie UK 2020
* Salman Rushdie, Quichotte -- Julian Barnes L'homme en rouge --
* Katakis, Ernest Hemingway, Archives d'une vie --
* Onfray Théorie de la dictature, Orwell et l’Empire maastrichien --

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 12:48

Référence : Alice Zéniter, L’art de perdre, éditions Flammarion, 500 pages, 2017

 
Alice Zéniter devant le temple de Lanleff (22)

 

Pour Naïma, l’Algérie n’a été pour elle qu’une carte de géographie qui n’évoquait pas grand chose dans son esprit. Jusque-là, elle n’a guère été confrontée à sa double culture, si ce n’est dans la société française, une tendance à une augmentation des comportements identitaires.

L’Algérie ? Un grand-père Ali, kabyle devenu harki , qu’elle n’a pas connu, Yema, sa grand-mère, peut-être, mais elle ne comprend pas la langue qu’elle parle, son père Hamid, n’en parlons pas, il reste obstinément muet sur l’Algérie de son enfance.

 



L’Algérie est donc pour elle « le pays du silence ». Aussi, elle va gratter, nous entraîner sur les pas des générations qui l’ont précédée,  entre la France et l'Algérie, coincées dans un passé qui leur colle à la peau. Naïma elle, même si elle renoue avec son passé familial, se veut d’abord une femme libre, libérée des contraintes de son environnement.

 

L'Algérie de la colonisation

Nous sommes en 1930, dans un petit village de Kabylie. Les trois frères Zekkar, Ali, Djamel et Hamza ont fait des jaloux, chez les Amrouche en particulier, depuis qu’ils ont bien réussi.

Ali est bien intégré dans la société coloniale, fort de sa bravoure pendant la guerre, et ne veut entendre parler ni d’indépendance ni de désobéissance civile, contrairement à Youcef Tadjer, un voisin qui en tient pour le leader d’alors, Messali Hadj.

 

         
                                                               Messali Hadj

Mais la situation va rapidement se déliter après l'embuscade de Palestro en 1956, un engrenage attentats-répression dans cette guerre qui ne veut pas dire son nom. La guerre d’Algérie apparaît à travers les montagnes de la Haute Kabylie, vue par un Kabyle qui refuse la situation mais se trouve confronté à la violence. Ali se veut neutre dans un pays où il faut choisir son camp. Rejeté par les Algériens lors de l’indépendance, il n’a d’autre choix que de s’exiler comme un harki avec Hamid son fils aîné.

 

   

 

L'exil, un déchirement

En France, La famille est regroupée au Camp de Rivesaltes, près de Perpignan, aux conditions de vie très difficiles où elle passe l'hiver 1962, ce qu'on a appelé « la danse des perdants des guerres coloniales ».

Ensuite pendant 2 ans, ce sera un dur travail de bûcheron, ponctuée de remarques racistes puis à Flers dans l'Orne dans un immeuble Sonacotra et l'usine de tôlerie Luchaire. Ali se sent déraciné et trahi par la France, il en détruira ses médailles de résistant. Mais la vie continue et Hamid grandit, tiraillé lui aussi par sa double culture.

En 1969, ils visitent Paris, visite mitigée entre une altercation avec un restaurateur kabyle et la rencontre entre Hamid et Clarisse; paris où ls s'installent tous les deux, vivant de petits boulots. Le père et le fils se brouillent à propos du diktat du gouvernement algérien pour qu'ils cèdent leurs terres à ceux qui sont partis. Les jeunes mariés vivent chichement dans des conditions très difficiles mais ils revoient leurs parents et vont dans les années suivantes avoir quatre enfants prénommés Myriem, Pauline, Naïma et Aglaé.

 

           
                            Portraits de harkis 

 

La génération suivante

On est en 2015, avec Naïma, l'une des filles d'Hamid, qui a 25 ans, à l'époque des attentats du Bataclan. Comme certains jeunes de sa génération, elle vit en colocation avec Sol et Romain et travaille dans une galerie d'art contemporain. Son responsable, organise justement une exposition des œuvres de l'artiste algérien Lalla, exilé pendant la guerre civile algérienne (1991-2002). 

 


                                                           
Village de Kabylie

Il demande alors à Naïma d'aller en Algérie pour ramener à Paris une partie de sa production. Ce sera l'occasion pour elle de se plonger dans l'histoire de l'Algérie et de sa famille, d'aller à la rencontre de ses origines, de combler les silences de son père Hamid, son grand-père Ali et sa grand-mère Yema.
C‘est aussi l’occasion pour elle de découvrir Alger, Tizi-Ouzou et le village familial, de renouer le fil rompu par la guerre et l'exil.

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