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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 19:20

Michel Onfray, "Le canari du nazi, « essai sur la montruosité", éditions Autrement, collection Université populaire, paru le 23/01/2013, isbn 2746734117

Avec les contributions de Séverine Auffret, Nicolas Béniès, Alexandra Destais, Arno Gaillard, Gilles Geneviève, Myriam Illouz, Bénédicte Lanot, Jean-Pierre Le Goff, Françoise Niay, Michel Onfray, Paule Orsoni, Gérard Poulouin, Antoine Spire.

 

Ce livre est issu d'un cycle de conférences de la célèbre Université populaire de Caen qui a eu lieu au théâtre du Rond-Point en 2010-2011 et avait pour titre « Qu'est-ce que le monstre ? ». Les meilleures interventions, dans les domaines les plus variés (littérature, cinéma, mythologie, religion, philosophie, histoire, économie, politique…), ont été rassemblées ici pour décrypter la figure du monstre et le concept de monstruosité.

Qu'ils soient mythiques ou fondamentalement humains, les monstres nous entourent, si proches de nous, comme nous, nous-mêmes ? A travers ce thème décliné en 13 variations c'est une profonde interrogation sur la nature humaine et sur la nature du monde qui se dégage. Pourquoi « le canari d'Eichmann » ?

 

Michel Onfray, le directeur de l'ouvrage, nous livre la clef dans son introduction : « Je n'oublie jamais qu'après une journée de "travail" à préparer et assurer l'intendance de la solution finale, Eichmann ôtait ses chaussures en rentrant chez lui à une heure tardive... pour ne pas réveiller son canari endormi ! Cette image me hante souvent – elle m'aide à comprendre certains hommes... ». Tout est là...

C’est l’occasion de s'interroger sur la nature humaine ainsi que sur le monde qui nous entoure, car écrit Michel Onfray « Nous ne manquons pas de voie d’accès à l’éternelle monstruosité des hommes. » [1] Reconnaître le montre à sa "gueule" serait trop simple, les monstres humains n’ayant pas un profil spécifique ni même la tête de l’emploi, et « le pire n’est pas que le monstre soit, mais qu’il n’ait pas toujours la tête de l’emploi…Quand il ressemble à ce qu’il est, la chose devient facile. Mais la plupart du temps, le monstre arbore une figure humaine… »

 

L’ouvrage contient des interventions dans des domaines aussi variés que la littérature, le cinéma, la mythologie, la religion, l’histoire, l’économie, la politique… et la philosophie bien sûr, qui se sont fixées comme objectif d’analyser le concept de monstruosité et la figure du monstre. Ils déclinent ce thème en 13 variations qui interroge sur le mystère de la nature humaine et le type d’univers qu’il façonne.


En complément

Dans Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt rapporte que le criminel de guerre a affirmé lors de son procès qu'il était un lecteur attentif de Kant mais qu’Eichmann n'a rien compris au message du philosophe. Or, contrairement à ce que l'auteur des Origines du totalitarisme écrit, le national-socialiste avait lu, et bien lu la Critique de la raison pratique et les autres œuvres éthiques du philosophe de Königsberg. Eichmann connaissait Kant et ses thèses majeures : sa pensée de la loi et de l'obéissance, sa philosophie de l'Etat et du droit, de la légalité et de la moralité, de l'impératif catégorique et du serment, l'impossibilité dans le corpus kantien de toute possibilité de désobéir.

Or, tout cet arsenal philosophique constitue une pensée paradoxalement compatible avec la mécanique du IIIème Reich... Michel Onfray en propose une double démonstration : par un texte théorique intitulé «Un kantien chez les nazis» et par une pièce de théâtre qui met en scène Eichmann, Kant... et Nietzsche. Dans Le Songe d'Eichmann, le philosophe allemand vient rendre visite en songe au criminel de guerre deux heures avant sa pendaison. Un dialogue s'engage alors entre les deux hommes - avec Nietzsche en tiers... Le philosophe, compagnon de route du national-socialisme, ne se révèle pas celui qu'on aurait pu croire...

A son procès, le planificateur nazi de la solution finale déclara qu'il avait mené sa vie selon la définition que donne Kant du devoir. La nuit avant sa pendaison, il rêve que le philosophe le rejoint dans sa cellule et lui parle : « J’ai eu tort d’appeler les hommes à viser haut, trop haut. Pourquoi pas. J’ai trop cru à la raison, pas assez à la réalité du monde. Je plaide coupable ».

Notes et références
[1]
Introduction à l'ouvrage, page 6

 

Sélection bibliographique

Maxime Moraldo, « Michel Onfray (dir.), Le Canari du nazi. Essais sur la monstruosité », Lectures en ligne, Comptes rendus 2013, éditions Galilée, collection Débats, 97 pages, octobre 2012 , isbn 2718608781

* Le songe d’Eichmann, dialogue de Michel Onfray, lecture de Dominique Pinon au théâtre du Rond-Point, Histoires, nouvelles, récits, témoignages 18 lectures sur le thème des monstres, 2010-2011. (Songe d’Eichmann)

* Le postanarchisme expliqué à ma grand-mère : Le principe de Gulliver, Michel Onfray,

 

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