Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 13:58

Référence : Toni Morrison, "L'œil le plus bleu", éditions Christian Bourgeois, Collection Fictives, traduction Jean Guiloineau, 218 pages, octobre 1994, édition originale 1970, isbn 2-267-01243-x

            

Quand Claudia et Frieda hébergèrent la petite Pecola, c'était normal pour un dépannage, parce que sa famille se retrouvait "à la rue". Pecola Breedlove, petite noire d'un quartier pauvre, rêve d'avoir les yeux bleus. Ainsi, on la remarquerait enfin, c'est sûr. Elle serait plus belle et attirerait tous les regards. Sa famille serait réconciliée, finies les fugues du frère et les beuveries du père.

Aux yeux des blancs, elle n'existe pas, elle est transparente, ils ne la voient pas. Comme Maureen, blanche aux yeux si bleus et qui se trouve si mignonne. Et près du lac Erié, au-delà des aciéries où le ciel est taché d'orange, le ciel est toujours bleu.

    

Pauline Williams, la mère de Pecola et de son frère Sammy, venait du Kentucky et c'est peu après son mariage avec Cholly qu'elle s'installa à Lorain dans l'Ohio. Elle inculqua à sa fille cadette la respectabilité, c'est-à-dire « la peur des autres et de la vie. » Toutes ces femmes, Pailine, tante Jimmy qui a élevé Cholly, leurs amies qui plient l'échine et reçoivent des ordres de tout le monde, prennent comme elles peuvent leur revanche sur la vie. « En réalité, elles régentaient les maisons des Blancs et elles le savaient. »

La réalité pour Pecola est pire encore, elle se transforme en cauchemar le jour où son père Cholly commet l'irréparable. La réalité pour Pecola n'a vraiment pas les yeux bleus. Alors, elle est allée consulter Elihue, un drôle de type qu'on surnomme Soaphead -tête de savon- pasteur devenu « lecteur, conseiller et interprète des rêves » espèce de conseil-relation à la sauce psy. Mais Soaphead n'a que le pouvoir de faire croire aux autres qu'il possède un pouvoir, pas de donner à Pecola les yeux bleus.

Ces fameux yeux bleus, même si personne ne les voit, ELLE les verra et « désormais elle vivra heureuse » prédit Soaphead. Méfiance de ces enfants noirs envers les adultes, « considérant toute parole comme un code que nous devions percer et tout geste comme l'objet d'une analyse attentive » dit Claudia la narratrice. Et comme personne ne faisait attention à eux, ils étaient centrés sur eux-mêmes. Quant à Pecola, il ne lui restait que la folie pour se protéger des autres et du monde.

 

<<< Christian Broussas - Feyzin, 5 août 2012 - << © • cjb • © >>>> 
Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Jacques Frachet culture
  • : Articles sur des thèmes littéraires et historiques
  • Contact

Recherche

Liens