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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 11:10

Albert Camus n'a jamais séparé son engagement politique dans les évolutions qui ont concerné aussi bien la France que l'Algérie ou que l'Espagne, pour ne citer que ces principales références, de son œuvre proprement dite.

 

1- Son engagement politique et littéraire

2- Entre journalisme et engagement

3- Albert Camus et l'Espagne

4- Notes complémentaires

 

 

1- Son engagement politique et littéraire

« L’une des seules positions philosophiques cohérentes, c’est ainsi la révolte » (Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, 1942)

En octobre 1951, la publication de L'homme révolté provoqua de violentes polémiques où Camus est attaqué de tous côtés et particulièrement par la gauche. La rupture avec Jean-Paul Sartre a lieu en 1952, après la publication dans Les Temps modernes de l'article de Francis Jeanson qui reproche à la révolte de Camus d'être « délibérément statique ». En 1956, à Alger, il lance son « Appel pour la trêve civile », tandis que dehors sont proférées à son encontre des menaces de mort. Son plaidoyer pacifique pour une solution équitable du conflit est alors très mal compris, ce qui lui vaudra de rester méconnu de son vivant par ses compatriotes pieds-noirs en Algérie puis, après l'indépendance, par les Algériens qui lui ont reproché de ne pas avoir milité pour cette indépendance. Haï par les défenseurs du colonialisme français, il sera forcé de partir d'Alger sous protection. [1]

 

Toujours en 1956, il publie La Chute, livre pessimiste dans lequel il s'en prend à l'existentialisme sans pour autant s'épargner lui-même. Il démissionne de l'Unesco pour protester contre l'admission de l'Espagne franquiste. C'est un an plus tard, en 1957, qu'il reçoit le prix Nobel de littérature. Interrogé à Stockholm par un étudiant musulman originaire d'Algérie, sur le caractère juste de la lutte pour l'indépendance menée par le F.L.N. en dépit des attentats terroristes frappant les populations civiles, il répond clairement : « Si j'avais à choisir entre cette justice et ma mère, je choisirais encore ma mère. »

 

Cette phrase, souvent déformée, lui sera souvent reprochée. Il suffit pourtant de rappeler d'une part que Camus vénérait sa mère, d'autre part que celle-ci vivait alors à Alger dans un quartier très populaire particulièrement exposé aux risques d'attentats. Albert Camus était contre l'indépendance de l'Algérie et écrivit en 1958 dans la dernière de ses Chroniques Algériennes que "l'indépendance nationale [de l'Algérie] est une formule purement passionnelle[.]", il dénonça néanmoins l'injustice faite aux musulmans et la caricature du pied noir exploiteur, et disait souhaiter la fin du système colonial mais avec une Algérie toujours française, proposition qui peut paraitre contradictoire.

 

2- Entre journalisme et engagement

Roger Quilliot appelle ce volet de la vie de Camus La plume et l'épée, plume qui lui a servi d'épée symbolique mais sans exclure les actions qu'il mena tout au long de sa vie (voir chapitre suivant sur l'Espagne). Camus clame dans Lettres à un ami allemand son amour de la vie : « Vous acceptez légèrement de désespérer et je n'y ai jamais consenti » confessant « un goût violent de la justice qui me paraissait aussi peu raisonné que la plus soudaine des passions. » Il n'a pas attendu la résistance pour s'engager. Il vient du prolétariat et le revendiquera toujours, n'en déplaise à Jean-Paul Sartre ; [2] la première pièce qu'il joue au Théâtre du Travail, Révolte dans les Asturies, évoque déjà la lutte des classes. [3]

 

Il va enchaîner avec l'adhésion au Parti communiste et son célèbre reportage sur La misère en Kabylie paru dans Alger-Républicain. [4] Il y dénonce « la logique abjecte qui veut qu'un homme soit sans forces parce qu'il n'a pas de quoi manger et qu'on le paye moins parce qu'il est sans forces. » Les pressions qu'il subit alors vont l'obliger à quitter l'Algérie mais la guerre et la maladie vont le rattraper. Malgré cela, il va se lancer dans la résistance. [5]

 

À écrire dans Combat, à lutter pour des causes auxquelles il croit, Camus éprouve une certaine lassitude. [6] Ce qu'il veut, c'est pouvoir concilier justice et liberté, lutter contre toutes les formes de violence, [7] défendre la paix et la coexistence pacifique, combattre à sa façon pour résister, contester, dénoncer. [8]


 

3- Albert Camus et l'Espagne

Les origines espagnoles de Camus s'inscrivent aussi bien dans son œuvre, des Carnets à Révolte dans les Asturies ou L’état de siège, par exemple, que dans ses adaptations de La Dévotion à la Croix (Calderon de la Barca) ou Le Chevalier d'Olmedo (Lope de Vega). [9] Comme journaliste, ses prises de position, sa lutte permanente contre le franquisme, se retrouvent dans de nombreux articles depuis Alger républicain en 1938, des journaux comme Combat bien sûr mais aussi d'autres moins connus, Preuves ou Témoins, où il défend ses convictions, affirme sa volonté d'engagement envers une Espagne libérée du joug franquiste, lui qui écrira « Amis espagnols, nous sommes en partie du même sang et j'ai envers votre patrie, sa littérature et son peuple, sa tradition, une dette qui ne s'éteindra pas. » [10]

 

C'est la profession de foi d'un homme qui est constamment resté fidèle « à la beauté comme aux humiliés. »

Pour ce qui est du communisme, après son adhésion pendant l'effervescence du Front populaire, sur les conseils de son ami et "maître" Jean Grenier, il s'en éloignement rapidement, dénoncera les ravages du stalinisme et protestera avec véhémence par exemple contre la répression sanglante des révoltes de Berlin-Est (juin 1953) et contre l'expansionnisme communiste à Budapest (septembre 1956).

 

Voir les articles : Camus libertaire, Camus et Nietzsche
Voir aussi mes autres fiches :

Sur Camus, écrivain engagé : [1]

 

Notes et références

[1] Voir La trêve civile 

[2] Qui lui a reproché dans Les Lettres françaises, de "s'être embourgeoisé"

[3] La pièce sera d'ailleurs interdite par le gouvernement général de l'Algérie

[4] En particulier, les articles intitulés La Grèce en haillons, Un peuple qui vit d'herbes et de racines ou Des salaires insultants

[5] « Pour être tout à fait précis, je me souviens très bien du jour où la vague de révolte qui m'habitait a atteint son sommet. C'était un matin à Lyon et je lisais dans le journal l'exécution de Gabriel Péri. » (réponse à Emmanuel d'Astier de la Vigerie, Actuelles page 185) 

[6] « Pour un temps encore inconnu, l'histoire est faite par des puissances de police et des puissances d'argent contre l'intérêt des peuples et la vérité des hommes. » Actuelles page 235

[7] « Jusqu'à nouvel ordre, résistant inconditionnel, -et à toutes les folies qu'on nous propose. » (Défense de l'homme, juillet 1949)

[8] « Le monde étant ce qu'il est, nous y sommes engagés quoi que nous en ayons. » (Ni victimes ni bourreaux)

[9]  Voir Les XXIe Rencontres méditerranéennes Albert Camus en 2004

[10] Ce que je dois à l'Espagne, 1958

 

<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<< Christian Broussas - Feyzin - 20 mars 2012 - <<<<<<< © • cjb • © >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

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