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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:34

Jean Daniel : Entretiens avec Martine de Rabaudy

                       Cet étranger qui me ressemble

Daniel-etranger.jpg                            Jean Daniel en 2011.jpg

 

Jean Daniel né Jean Daniel Bensaïd le 21 juillet 1920 à Blida en Algérie, est un écrivain et un journaliste français, éditorialiste dans l'hebdomadaire Nouvel Observateur qu'il a fondé en 1964.A travers ces entretiens, il revisite les petits et les grands événements de sa vie.

 

"Cet étranger qui me ressemble" remarque Jean Daniel à propos de l'image qu'il renvoie de lui-même. Est-ce bien lui cet homme encore jeune, cet homme mûr qui se lance dans la bataille et veut défendre ses idées ? La page de garde nous en donne un aperçu : 4 photos à des périodes différentes de sa vie, ce jeune homme sérieux à la cravate sombre, cet homme à l'air plutôt soucieux qui allume une cigarette ou celui-ci à la belle chevelure grisonnante. Dans la vie comme sur les photos, il a toujours cet air sérieux qui ne le quitte guère et lui donne un petit côté docte et professoral.

 

C'est au journaliste que d'abord il pense quand il place en épigraphe cette citation de François Mauriac tirée de ses œuvres complètes, tome IX parues en 1952 :


« J'ai pris le journalisme au sérieux : c'est pou moi le seul genre auquel convienne l'expression de "littérature engagée". La valeur de l'engagement m'importe ici au même titre que la valeur littéraire : je ne les sépare pas...»

C'est à la journaliste Martine de Rabaudy qu'il a décidé de confier ce bilan qu'il fait à plus de quatre vingts ans, cette qu'il a été et qu'il fut dans les aventures d'un enfant d'un siècle qui en compta de nombreuses, dont certaines qui ne sont pas à mettre au crédit de l'humanité. De la guerre à "La Blessure", il a eu sa dose de chance pour traverser les événements sans grand dommage, " Cette confiance insensée que j'avais dans mon étoile, " écrit-il dans "Le Temps qui reste". L'année 2004 marque pour lui, fondateur-directeur du Nouvel Observateur , le quarantième anniversaire de son hebdomadaire. « Aimer, dit-il aussi en pensant aux deux femme de sa vie Marie et Michèle, c'est s'attendrir sur les défauts de l'autre. »

 

" Lorsqu'on voit défiler sa vie, on se dit, devant certaines scènes : comment ai je pu ? Et devant d'autres : qui est cet homme ?..." Il revoit ainsi sans indulgence cet homme sûr de lui dans l'action et sceptique dans les idées, péremptoire et désenchanté, esthète et engagé, laïc et mystique, "gidien", "camusien" et "mendésiste". Du journaliste à l'écrivain, de l'écrivain au journaliste, il est cependant resté fidèle à son humanisme viscéral qui oscille entre la fin des utopies et les échecs de la décolonisation particulièrement douloureux pour lui, le pied-noir, cherchant ailleurs la voie d'un certain bonheur. Les honneurs, l'éditorialiste soucieux de son indépendance s'en méfie, la légion d'honneur acceptée après beaucoup de réticences sur l'insistance de François Mitterrand, et cette réponse à l'empressement du président Bouteflika : "Monsieur le président, après un tel accueil, et après l'émotion qu'il provoque chez moi, pour conserver néanmoins ma liberté l'esprit, je dois vous dire que je ne choisirai jamais entre la gratitude et la vigilance."

 

Martine de Rabaudy

 

Sur sa propension au narcissisme qu'on lui a parfois reproché, il répond par cette citation de Jacques Derrida : "Sans un mouvement de réappropriation narcissique, le rapport l'autre serait absolument détruit d'avance. Il faut que le rapport à l'autre esquisse un mouvement de réappropriation dans l'image de soi-même pou que l'amour soit possible par exemple". Pour surmonter, sinon régler, les contradictions les plus flagrantes, il "fait comme si" l'antisémitisme n'était pas inéluctable, "comme si" on était éternel, "comme si" on croyait à un humanité possible, "comme si" les artistes pouvaient sauver le monde des agressions de sa vulgarité. Ce n'est pas une méthode de Coué ou un fuite en avant, mais le besoin d'ancrer ses illusions dans la réalité et de progresser en conservant l'optimisme nécessaire.

 

"Jean Daniel ouvre les tiroirs secrets de sa mémoire" écrit Martine de Rabaudy. Comme souvent, il pense à Camus et à cette phrase tirée du Mythe de Sisyphe : "Un homme est plus un homme par les choses qu'il tait que par celles qu'il dit. Il y en a beaucoup que je vais taire". Pour une fois, il ne suivra pas le conseil de son ami. Le Nouvel Observateur , c'était pour ses fondateurs l'alliance de la politique et de la culture, de la tradition et de la modernité, de l'événementiel et de la spiritualité. "Jean Daniel en est toujours l'inspirateur et la référence." Comme tous ceux de se génération, il a été confronté à "L'Ère des ruptures" (paru chez Gallimard en 1979) [1] dont il tirera ce constat "qu'il nous faut désormais apprendre à mener notre vie d'homme sans modèle et sans avenir."


L'épitaphe de celui qui se déclare "un voluptueux puritain" est simple et limpide : "Jean Daniel, journaliste et écrivain français."

 

Jean Daniel

 

Structure de l'ouvrage
- Chapitre 1, La ligne de chance : « Cette confiance insensée que j'avais dans mon étoile. » (Le temps qui reste)
- Chapitre 2, De France-Observateur au Nouvel Observateur : « A ma petite-fille, je raconterai comment le Nouvel observateur a été fondé avec une vision idéologique et culturelle de lévénement. J'ai choisi des collaborateurs pour leur talent et leur optique esthétique autant que pour leurs opinions.  » (Avec le temps)
- Chapitre 3, Avec Jean-Paul Sartre : « Pourquoi ai-je désiré associer Sartre au premier numéro du journal ? Je me suis adressé à une légende, non à une pensée. J'ai voulu m'emparer pour le journal de quelques lambeaux de gloire et non recueillir un message auquel je ne croyais pas. » (La Blessure)
- Chapitre 4, Du pouvoir : « Tu as voulu le pouvoir, tu l'as eu, il est énorme, tu en as trop. » (La Blessure)
- Chapitre 5, L'éditorialiste : Mona Osouf : « Jean c'est l'édito et l'édito c'est Jean. »
- Chapitre 6, L'homme de gauche : « La gauche est une patrie. On en est ou on n'en est pas. C'est ainsi. » (Le Nouvel Observateur, 19/11/1964)
- Chapitre 7, De PMF à Mitterrand : « Ce qui m'attache à François Mitterrand, c'est qu'il me parle de la politique avec la distance d'un historien et de la littérature avec l'intimité d'un écrivain. » (Avec le temps)
- Chapitre 8, De l'amour : « Je suis né couvert de tendresses féminines et même lorsque j'en étais privé et par les seuls éloignements, je me suis senti imprégné de leur protection. » (Soleil d'hiver)
- Chapitre 9, L'Algérie comme une enfance : « Je n'aurais jamais pu dire comme mon ami d'enfance Jean Pélegri devait l'écrire plus tard, :"Ma mère l'Algérie. » (Avec le temps)
- Chapitre 10, Gide et ce grand Narcisse : « Le narcissisme ne consiste pas à se rouer supérieur, mais à trouver son infériorité intéressante, plus que celle des autres plus que l'éventuelle supériorité des autres. » (Avec le temps)
- Chapitre 11, La judéité : « Dans mon enfance, j'ai vécu la judéité comme une religion 'ségrégante' mais qu'on pouvait on non pratiquer, non comme un univers idéologique et encore moins comme une ethnie. » (L'ère des ruptures)
- Chapitre 12,Paraître ou disparaître : « Il faut que je triomphe de cette obsession des disparus. » (Avec le temps)

 

Bibliographie

  • "Jean Daniel, 50 ans de journalisme, de l’Express au Nouvel Observateur", Corinne Renou-Nativel, Éditions du Rocher, Paris, novembre 2005, 515 pages
  • Maison des journaliste : Actu
  • Présentation bibliographique : Librairie gaia
  • Jean Daniel : Interview sur son livre

Œuvres de Jean Daniel :
- Les Religions d'un président : regards sur les aventures du mitterrandisme, Grasset, 352 pages, isbn2-246-39991-2, 1988
- Œuvres autobiographiques, Grasset, 2002 : sont réunis les ouvrages suivants : le Refuge et la source, le Temps qui reste, la Blessure, Avec le temps, Soleils d'hiver, avec un index général
- Avec Camus : Comment résister à l'air du temps ?, Gallimard / NRF, isbn 2-070-78193-3, 2006
- Les Miens, Grasset, isbn 978-2224-674651-5, 2009
- Autour de Camus, Table ronde à l'Auditorium du Monde, avec Bernard-Henri Lévy et Michel Onfray sur CD audio (Frémeaux & Associés)

 

Références
[1] Voir l'article intitulé "Œuvres autobiographiques"

 

       <<<<<< Christian Broussas – Feyzin, 27 novembre 2012 - <<<<< © • cjb • © >>>>>>>

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