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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 17:48

Georges Brassens et André Sève

Georges Brassens : toute une vie pour la chanson

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Brassens : toute une vie pour la chanson est un récit biographique sous forme d'interviews, écrit par André Sève sur son ami, le chanteur et interprète Georges Brassens.
Référence : André Sève, "Brassens, Toute une vie pour la chanson", éditions Le Centurion, 1975, ISBN 2 227 32003 6


Brassens crespieres.jpg    Brassens ami betes.jpg

Georges Brassens chez lui au moulin de la Bonde à Crespières


Georges Brassens est comme dans la vie : taillé dans un bois franc, sans aspérités, un fût bien droit. Sa vie est à son image, assez facile à ponctuer de points de repère : sa jeunesse d'enfant rêveur sur les hauteurs de Sète, [1] la période de la guerre et le STO en Allemagne à Basdorf, [2] sa période libertaire entre le retour d'Allemagne et ses débuts de chanteur [3] et la rencontre avec Jeanne, [4] les premiers succès du chanteur, Brassens à Crespières et en Bretagne, [5] le temps de la rue Santos-Dumont à Paris, [6] ses dernières années avec la fin des récitals et sa disparition.[7]

Brassens et "frère André" 

Interviewer Brassens n'est pas une mince affaire. Il faut le laisser libre d'aller à sa pensée, de l'approfondir sans l'interrompre. Témoin cet échange où Brassens affirme la primauté de la musique sur le texte, ce qu'a du mal à admettre André Sève. « Tu n'y connais rien, » réplique Brassens. Témoin cette autre remarque à André Sève sur son manque d'écoute. [8]


Brassens Battista.jpg. . . . Brassens battista bretagne.jpg   

    Biographie d'Éric Battista                    Brassens et Battista en Bretagne


La chanson a toujours fait partie de la vie de la famille Brassens, de toutes ses générations. Tout le monde chante les ritournelles à la mode. Au collège, Brassens va découvrir un nouvel univers, la poésie, grâce à son professeur de lettres Alphonse Bonnafé. Il résume son style d'écriture par cette formule : « Ma victoire, c'est de séduire sournoisement, en contrebande. Les gens croient que ma musique est inexistante et c'est ce que je veux, je veux qu'elle soit très discrète, comme de la musique de film. » e problème, c'est que les gens maintenant "consomment du fond sonore".

 

Brassens travaillait alors dans deux univers séparés, la chanson et la poésie et, quand les deux se sont rejoints vers 1944, le vrai Brassens-chanteur est né. En général, il commence par un vers, un petit texte pour ne pas être enfermé dans une musique puis essaie plusieurs musiques jusqu'à ce que l'une d'elles colle bien avec le texte. Au départ, il lui vient une idée, , quelque chose qu'il lit, qu'il voit, un événement, ce qui produit des images et qu'il met en mots. Les « fioritures poétiques » viennent en plus dans un second temps. C'est cette "cuisine" qui constitue son "mystère de la création".


Sur scène, poussé au départ par Patachou, il ne s'est jamais vraiment senti à l'aise, peur d'oublier ses textes, de mal gratter sa guitare, buté par les reproches, d'où sa "mauvaise réputation" d'ours. Ce qui compte pour lui, c'est la liberté, un grande aversion de l'autorité et de l'autoritarisme... un vieux fond d'anarchie. Mais surtout, pas de message dans ses chansons : « Tout ce que j'ai lu, j'ai vécu est entré en moi, ressort un jour dans une chanson. »

Ne me parle pas de message 

Brassens s'estime être entièrement dans ses chansons, dissimulé derrière sa pudeur naturelle mais ceux qui aiment vraiment ses chansons pourront, en cherchant bien, y découvrir l'homme. L'inspiration se cache derrière les richesses intérieures de chacun et seuls les créateurs sont capables de les traduire en expressions artistiques, romans, musiques, films, chansons... Il chante de sa voix "limitée" des chansons d'auteur où tout est lié, « mes confidences, mon caractère, es musiques, mêmes mes accords de guitare et le choix de certains mots. » Les mots "modernes", du genre ordinateur ou satellite, s'accommodent mal de sa poésie, ce qu'il trouve intemporel et non pas passéiste.


Sa vie est simple : chansons, amis, livres... et Bobino ! Son temps a été longtemps rythmé par les passages à Bobino, les tournées mais la composition est sa préoccupation constante. La Bretagne près de Paimpol, c'est il la connut par Jeanne, y était bien, s'y était fait des amis. Crespières au sud de Paris, c'était sa maison de campagne où il prenait de l'exercice mais qui est devenu par la suite une ville à la campagne. D'où son départ.
Brassens est un dévoreur de livres, très éclectique dans ses choix.


Brassens n'aime guère parler de lui et se laisser interviewer (André Sève en sait quelque chose) : ce qu'il pense est tout entier dans ses chansons. Ce qui lui paraît essentiel, c'est le respect de la liberté. L'entente dans un couple est une question de caractère : le couple vit tant que les caractères s'accordent, même si lui « aime mais ne cohabite pas, » comme dans sa chanson "La non demande en mariage". Tout commence par une relation charnelle comme dans "La chasse aux papillons" ou "les amours d'antan", les deux exemples cités dans le livre. La suite, c'est justement selon les caractères, pour lui un amour qui dure comme dans "Embrasse-les tous" ou 'l'éternelle fiancée' de "Saturne".


Il ne veut "à aucun prix" se laisser enfermer dans aucune catégorie, quelle qu'elle soit, « je reviens toujours à chaque être, c'est l'anarchiste en moi qui refait surface. » À propos de sa chanson "Le pluriel" qu'on lui a parfois reproché, il précise : « Je déteste les moutons mais ça n'a rien à voir avec les nécessaires efforts collectifs. » Les copains d'abord, c'est parfait mais incorrigible anarchiste, il refuse de se laisser embrigader par qui que ce soit. Il conclut en précisant, « j'ai à la fois le sens de la solitude créatrice et de la solidarité créatrice. »

Infos complémentaires 

Quelques citations extraites du livre
- « Avec le temps] je prends davantage les êtres tels qu'ils sont. » page 98
- « Il y a une autre intelligence, celle de la patience. »

 

Notes et références 

  1. Voir le témoignage de l'ami Emile Miramont, "Brassens avant Brassens", éditions de L'Archipel, 1993, réédition 2001
  2. Voir le témoignage de l'ami André Larue, "Brassens ou la mauvaise herbe", éditions Fayard, 1970 ou de René Iskin, "Dans un camp, Basdorf 1943, Georges Brassens et moi avions 22 ans", éditions Didier Carpentier, novembre 2005, ISBN 2-841-67365-0
  3. Voir "Georges Brassens libertaire", ses articles parus dans Le Libertaire et réunis par Marc Wilmet, éditions Les Eperonnières, 1991, réédition 2000, ainsi que les lettres de Brassens à son ami Toussenot, 1946-50, réunies par Jeannine Marc-Pezet, éditions Textuel, 2001
  4. Voir le témoignage d'Eric Zimmermann, "Brassens... chez Jeannne (1944-52)", préface de Pierre Onteniente, éditions Carpentier, 1996
  5. Voir Pierre Berruer, "Brassens en Bretagne", éditions Ouest-France, 09/1991
  6. Voir (entre autres) Mario Poletti, "Brassens me disait", éditions Flammarion, 233 pages, 2006, ISBN 2-08-011635-2
  7. Voir le témoignage du médecin qui l'a suivi jusqu'à la fin, Maurice Bousquet, "Monsieur Brassens", éditions Équinoxe, 1991
  8. « Tu suis ta pensée, je sens ça. Tu viens ici avec des idées préconçues et tu veux toujours suivre ton chemin, pas le mien. Quand j'avance quelque part sur une idée, il faut me laisser partir et tu m'arrêtes. Là, j'aurais pu dire des choses mieux. Mais il faut le temps pour que ça vienne.» (page 27) Remarque de même nature page 59 : « La seule chose qui t'intéresse, c'est de me faire dire ce que, d'après toi, ce que Brassens dit dire, ce que Brassens doit être. [...] On attend toujours les êtres comme on les veut, on n'est pas prêt à la surprise. »

Sélection bibliographique 

  • Mario Poletti, "Brassens l'ami", éditions du Rocher, 2001
  • René Fallet, Brassens, éditions Denoël, 1967
    - - - réédition augmentée d’extraits inédits du Journal de A à Z sur Brassens : éditions Denoël, octobre 2001
  • Philippe Chatel, Georges Brassens, vedette à la une, éditions Saint-Germain-des-prés, 1972
  • Hervé Bréal, Brassens de A à Z, éditions Albin Michel, 2001 ISBN 2-226-11117-4
  • François Ruy-Vidal (conception, présentation), Jean-François Ferrané, Anne-Marie Gaignière et Philippe Gavardin (ill. Alain Letort, Alain Gauthier, Gérard Hauducœur, Bernard Durin, Serge Cecarelli, Bruno Raffaelli, Claude Lapointe), Georges Brassens : 35 chansons chantées par Georges Brassens, publiées de 1952 à 1956, Marcom Music, coll. « Publication Alain Pierson », 1977, 168 p.

Voir aussi  

<< Christian Broussas - Feyzin, 9 décembre 2012 - << © • cjb • © >> 

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