Marcel Maréchal (1937-2020), acteur, metteur en scène et écrivain.

Pour le premier anniversaire de sa mort, c’est pour moi l’occasion de rendre à Marcel Maréchal l’hommage de l’adolescent que j’étais alors, fasciné  par cet homme dont les yeux brillaient dès qu’il parlait théâtre.
Un metteur en scène né, qui avait le théâtre dans le sang, c’est ainsi qu’il m’est apparu très rapidement.

 

                   
Au festival d'Avignon en 1973           Marcel Maréchal et Guignol

 

Je l’ai connu quand il était encore pion au lycée Chaponnay à Lyon, travail alimentaire qui ne l’intéressait pas vraiment. J’avais seize ans et lui vingt cinq je crois mais il avait déjà une sacrée expérience de son métier (pardon, de sa vocation) et une culture littéraire encyclopédique qu’il nous faisait partager. C’était un plaisir indicible de l’entendre discourir à l’infini de théâtre, des auteurs (surtout contemporains), de la mise en scène ou de l’interaction avec les acteurs.
Pour sûr, il était meilleur comme dramaturge que comme pion !

 

         
Avec Louis Guilloux             Dans le rôle de Cripure en 1967

 

Un vrai canut de la Croix-Rousse qui allait nourrir Lyon de théâtre, du Cothurne au théâtre du Huitième pendant quelque dix-sept ans, de 1958 à 1975.

Ah ! Le Cothurne. Une vraie référence alors, un théâtre de poche en pleine ville, rue des marronniers entre le Rhône et Bellecour, vraiment un théâtre de poche, l’expression n’est pas usurpée puisqu’on pouvait y loger… peut-être deux cents spectateurs… en serrant un peu. C'est là que j'ai pu rencontrer des comédiens débutants comme Pierre Arditi et sa sœur Catherine ou Bernard Ballet, son complice de toujours.



C’est là que j’ai découvert la mise en scène, avec quelques autres jeunets mordus de théâtre, à travers des auteurs que je connaissais peu ou pas du tout, théâtre de l’absurde aux costumes et aux décors minimalistes, l'humour décalé d'Obaldia, les pièces grinçantes d’Anouilh, celles de Jacques Audiberti comme L'Opéra du monde, Cavalier seul ou La Poupée…  de Samuel Beckett ou d’Eugène Ionesco. Pour Les Chaises par exemple, que Marcel prisait particulièrement, on avait tout simplement récupéré de vieilles chaises qu’on avait repeintes de couleurs vives… toutes ces chaises qui peu à peu, au fil du spectacle, envahissent tout l'espace de la scène.

 

               

Le regard amène et le sourire plutôt ironique, la tignasse bouclée et sa bonne bouille un rien enfantine, Marcel Maréchal avait les traits mobiles de l’acteur qui peut jouer tous les rôles. Il pouvait tour à tour être avenant, grincheux, tonitruant, il pouvait jouer aussi bien Scapin que Sganarelle, Fracasse que Falstaff, maître Puntila que Cripure.

 

Son domaine de prédilection, c'était d'abord la mise en scène. Là il se sentait vraiment à l’aise, dans son élément, donnant de sa personne, n’hésitant pas à faire l’acteur pour bien montrer ce qu’il voulait, la façon dont il envisageait tel ou tel rôle. Il a toujours voulu aller vers un spectacle complet, endossant le costume d'acteur et assurant la mise en scène.

 

Marcel Maréchal fut aussi une sorte de pionnier en matière de festivals d’été. Je me souviens d’un été où  je fus vraiment gâté, participant à la création des Estivales de Sail-sous-Couzan, une commune de la vallée du Lignon située entre Saint-Étienne et Montbrison. Je me retrouvai avec l’équipe qui monta La mort de Danton, une pièce de Georg  Buchner au sous-titre évocateur Images dramatiques de la Terreur en France, que Marcel Maréchal reprendra en 1969 au théâtre du Huitième dans une autre mise en scène.
Une pièce qui fut donnée dans l’enceinte du château (ou plutôt de ses ruines) de Sail. Une belle soirée où les dieux du théâtre… et le temps furent avec nous.

 

               
Le bourgeois gentilhomme       Avec Francine Bergé dans Cher menteur de Jerome Kilty

 

Marcel Maréchal devait aussi monter l'année suivante au festival de Sail, un spectacle intitulé "Shakespeare notre contemporain" inspiré de l'ouvrage éponyme de l'essayiste polonais Jan Kott, montrant toute la modernité de l'auteur classique par rapport aux crises du XXe siècle. De Shakespeare, il devait également proposer sa propre vision d'Hamlet et de Roméo et Juliette au théâtre du Huitième au début des années 70.

 

        
                                          Oncle Vania de Tchekhov

 

Je l’ai retrouvé ensuite avec bonheur au théâtre du Huitième dont il venait de prendre la direction, sans doute la plus grande scène lyonnaise d'alors, bien loin de l’époque héroïque du Cothurne, fidèle en tout cas à ses dramaturges préférés avec des mise en scène de La poupée et du Cavalier seul de Jacaues Audiberti, Le sang de Jean Vauthier ou Fin de partie de Samuel Beckett.



Plus tard, Marcel Maréchal espéra un temps revenir à Lyon pour prendre la direction du prestigieux théâtre des Célestins mais le destin en a décidé autrement...

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