« La société industrielle liait un mode de production et un mode de protection. Elle scellait ainsi l'unité de la question économique et de la question sociale. La “société post-industrielle”, elle, consacre leur séparation et marque l'aube d'une ère nouvelle. »
 Daniel Cohen, Trois leçons sur la société post-industrielle

 

       

 

Au fil de ses livres et de ses articles, Daniel Cohen décrypte les évolutions de l’économie libérale, reliant mutations historiques et analyse économique.  Déjà dans Richesse du monde, pauvretés des nations en 1997, il se préoccupait de l’augmentation des inégalités,  basée sur des pratiques intra groupes, endogamiques, à travers ce qu’il appelle des « appariements sélectifs ».

 

 

Dans son recueil d'articles paru en 2003 et intitulé Chroniques d'un krach annoncé, Daniel Cohen non seulement analyse la crise de la nouvelle économie qui renvoie au titre, mais aborde aussi les enjeux du monde contemporain. Il traite en particulier de la dette des pays pauvres, la dimension économique de l'Islam, les difficultés de la nébuleuse européenne, le prolétariat et la gauche...

 

  
Daniel Cohen et Julia Cagé                                 Daniel Cohen et Thomas Porcher

 

Il pense que la troisième révolution industrielle a commencé et qu’elle fonctionne selon le principe des "appariements", les meilleurs allant avec les meilleurs, aux autres de se débrouiller pour ne pas devenir des" laisser pour compte". Dans ce type de configuration, le stress devient ainsi « le mode de régulation de la société post-fordiste, » le travail prenant une importance considérable. [1]

 

 

Aux théories économiques de la division du travail, il oppose l’analyse historique de Fernand Braudel qui met l’accent sur l'opposition entre le centre et la périphérie. Dans ce cas, selon lui « les pauvres sont moins exploités qu'oubliés et marginalisés. » De plus, les nouvelles technologies de l'information ont tendance à créer des besoins difficiles à tenir, engendrant ainsi des frustrations. [2]

 

           

 

La fin annoncée de la société industrielle ne se fera pas sans soubresauts : « À l'image de la société féodale, la société industrielle du XXe siècle lie un mode de production et un mode de protection. Elle scelle l'unité de la question économique et de la question sociale… » Ce qui signifie que la société post-industrielle scellera « la fin d’une solidarité inscrite au cœur de la firme industrielle. » [3]

En brossant une grande fresque des évolutions socio-économiques au cours de l’histoire, il montre que la naissance du capitalisme marque le passage d’une mentalité malthusienne qui stoppe la croissance du revenu par personne pour cause de stagnation démographique à un accroissement des richesses qui est loin d’être synonyme de bonheur personnel, ce qu’il appelle le paradoxe d'Easterlin. [4] [5]
Ce paradoxe est pour lui essentiel et il pointe les risques d’un trop grand décalage entre les modes de coopération et les modes de compétition. [6]

 

                 

 

Notes et références
[1] Voir son ouvrage Nos temps modernes paru en 2000
[2] Voir son ouvrage La Mondialisation et ses ennemis paru en 2004
[3] Voir son ouvrage Trois leçons sur la société post-industrielle Éditions du Seuil, 2006
[4] Voir son ouvrage La Prospérité du vice, Une introduction (inquiète) à l'économie paru en 2009
[5] Le paradoxe d'Easterlin, mis en évidence en 1974 par l'économiste Easterlin, repose sur le constat que, au-delà d'un certain seuil, la poursuite de la hausse du revenu ou du PIB par habitant ne se traduit pas nécessairement par une hausse du niveau de bonheur que peut ressentir un individu.
[6] Voir son ouvrage Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux paru en 2012

 

Voir aussi
Daniel Cohen, Il faut dire que les temps ont changé --
 Thomas Piketty, Capital et idéologie --

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<< Ch. Broussas, Cohen Socio-éco 06/06/2021 © • cjb • © >>
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