HOMMAGE
Une année 2021 pour célébrer le bicentenaire de la naissance de Charles Baudelaire.

 

« Lui qui détestait tout le monde, il se détestait aussi » Jean Teulé

 

             
 

Après mes articles sur La jeunesse de Baudelaire, Un été avec Baudelaire paru dans la belle collection Un été avec.... et la biographie de Jean Teulé, voilà un nouvel article écrit en hommage au bicentenaire de sa naissance.

Un poète maudit, oui maudit car immoral disait-on de lui, condamné pour avoir écrit une œuvre immorale Les fleurs du mal qui est aujourd’hui considérée comme un monument de la poésie française et qui l’a largement influencée. Il se disait d’ailleurs « mécontent de tous et mécontent de moi » comme le rappelle son biographe, le romancier Jean Teulé.

 

   

 

Il fut en tout cas un homme très controversé au caractère difficile qui était comme chien et chat avec sa mère, et pis encore, avec son beau-père.
On peut en effet le juger comme assez odieux et misogyne. Il aimait sans doute qu’on le déteste et ne faisait guère d’efforts pour se faire aimer. Son côté maso. Il disait de lui : « avec mon talent désagréable, je voudrais mettre l'humanité toute entière contre moi. Je vois là une jouissance qui me console de tout. »

 

               

 

Résultat : sur les cent poèmes des Fleurs du mal, six furent interdits par la censure pendant presque un siècle. Sa préoccupation n’avait rien à voir avec la morale, ce n'était certes nullement sa préoccupation, il cherchait avant tout à ciseler ses vers à travers ses états d’âme, s’épanchant dans un sentiment de spleen et de mélancolie. « On finit par le trouver touchant et émouvant, à avoir de l'empathie pour lui, parce que c'est l'histoire d'un type très malheureux qui a eu un chagrin d'enfance dont il ne s'est jamais remis » pense Jean Teulé qui précise que  « c'est aussi simple que ça, la vie de Baudelaire."
Il meurt en 1867, à 46 ans, atteint de la syphilis.

 

         

 

La quantité est peu abondante : de son vivant, son œuvre se limite aux Fleurs du Mal, aux Paradis artificiels, aux Salons et à ses traductions d'Edgar Poe. Mais question qualité, les Fleurs du Mal parues en 1857 puis rééditées en 1861, représentent l’un des recueils de poésie les plus lus et les plus étudiés, et pas seulement dans notre pays, sans doute parce que, comme l’écrivit Michel Jarrety, [1]« se resserrent quelques-uns des signes majeurs de la modernité. »

Ce qu’on a appelé la modernité qui caractérise son époque, contenait en elle-même  un sentiment de doute, une inquiétude qui se traduit chez Baudelaire par l’expression de son spleen.

 

         

 

Être moderne, c’est s’intéresser à ce qu’on négligeait avant, le passage des « petites vieilles », l’agitation des rues,  cette rue symbole de la modernité, ce qui passe, qui est fugace. Pour Baudelaire, la foule est un élément important [2] comme le paradoxe de la solitude qu’on peut parfois ressentir parmi la multitude de la foule.

Être moderne, c’est aussi se pencher sur ce qui est impondérable, abstrait. Dans Le Peintre de la vie moderne, Baudelaire revient sur cette notion, disant que « la modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » Il peut ainsi écrire un poème entier sur une inconnue, une passante croisée au hasard qui suscite en lui des images sublimées.

 

                

 

Baudelaire est représentatif de son époque, il a su en saisir le substrat, cette espèce de désenchantement qui en fait la modernité. Les cadres anciens de la religion et de la monarchie se sont peu à peu effacés, créant chez les gens un mal-être persistant. 

Voilà un exemple de cette mélancolie lancinante qu’on a qualifiée de spleen puisée dans le poème Spleen des Fleurs du mal :
« Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité. »

 

L’ambivalence de Baudelaire entre méchant et gentil, le sublime et le trivial et surtout le bien et le mal, l’a conduit à revoir le concept même de poème et évoluer vers le poème en prose dont le contenu est toujours de même nature : « Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. […] Surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux pour qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler… tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir. » 

 

           

 

Notes et références
[1] Michel Jarrety est professeur de littérature française à la Sorbonne et l'auteur de plusieurs essais sur la critique littéraire, la poésie et le lexique littéraire.
[2] « La rue assourdissante autour de moi hurlait » Les Fleurs du Mal, "A une passante"

Voir aussi mes fiches :
Jean Teulé, Crénom, Baudelaire et Fleur de tonnerre --

Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire --
Charles Baudelaire, Une jeunesse --

----------------------------------------------
<< Ch. Broussas, Baudelaire 21 12/05/2021 © • cjb • © >
----------------------------------------------