Référence : JMG Le Clézio Le flot de la poésie continuera de couler, Éditions Philippe Rey, 208 pages, novembre 2020

 

« Dans les périodes difficiles nous avons besoin des poètes (...) qui essayent de combattre par les mots cette épouvantable situation et j'admire beaucoup la poésie pour ça. »

 

        

 

Jean-Marie Gustave le Clézio a une appétence particulière pour la poésie chinoise et l'époque Tang du VIIIème siècle. Selon lui, pour bien communier avec la Nature, il est nécessaire d'avoir « un passeur qui est le poète. » Et c'est justement la poésie de cette époque qui nous permet d'être en accord avec l'univers et de savoir mieux se comporter en société avec les autres êtres vivants sur terre.

Déjà au temps de sa jeunesse, cette civilisation le séduisait car disait-il, « je crois que c’était l’idée du faible qui l’emporte sur le fort, la force du non-agir. J’imagine que dans notre esprit [de lycéens], cela rejoignait l’idée de non-violence, pour nous très importante à l’époque de la guerre d’Algérie. »

 

              
Le processus de création dans l’œuvre de Le Clézio
Le Clézio à Saint-Maloen en Betagne, 1999



Il pense que, surtout « dans les périodes difficiles, nous avons besoin des poètes (...) qui essayent de combattre par les mots cette épouvantable situation. »
Ce n'est pas pour rien que l'époque Tang a été appelée l'âge d'or de la poésie chinoise dont les principaux représentants sont de Du Fu, Li Bai, Wang Wei, Li Shangyin et Meng Haoran. [1]

 

               
Li Bei                                         Du Fu                               Li Shangyin

 

C’est Li Bai (701-762, poète chinois du VIIIe siècle [2], qui a révélé à JMG Le Clézio toute la beauté de la poésie chinoise. Un poème qui confronte l’homme à la montagne, décrivant « un lieu d’immobilité et de majesté devant lequel l’être humain, dans sa faiblesse et son impermanence, ne peut que s’asseoir et regarder. »

« Je cours et je cours sans aucun but
Fuyant vers le sud à la poursuite des étoiles et des lumières. »
Li Bai

 

                      

 

Adolescent, il devient le disciple d'un ermite, Zhao Rui, sur le mont Omei où il s’initie au taoïsme et où il s’extasie devant la nature sauvage qui imprègnera ensuite toute sa poésie. Vers la fin de sa vie, reparti par les routes, il rencontre à Loyang où il réside, le poète Du Fu, rencontre extraordinaire entre ceux qu’on considère comme les deux plus grands poètes de la période Tang.

Ces poètes, qui ont évolué dans une époque troublée, étaient des bons vivants qui aimaient vivre dans un environnement naturel en communion avec la faune et la flore.

 

             

 

C’est une poésie qui déconcerte un occidental comme Le Clézio qui est confronté comme il dit et qui lui apporte « une plénitude, une paix intérieure. » Il ajoute que « la poésie Tang est sans doute le moyen de garder ce contact avec le monde réel, elle nous invite au voyage hors de nous-mêmes, nous fait partager les règnes, les durées, les rêves. »
L'ouvrage a également été illustré par Dong Qiang, de calligraphies et de peintures chinoises.

 

         
Spectacle "Le temps qui nous sépare de la foudre" sur des textes de Prévert et Le Clézio

 

Pour Le Clézio, l’homme contemporain a trop tendance à se mettre à l’abri des sentiments, se préserve et la poésie Tang apporte par sa simplicité même une profondeur essentielle qui nous manque tant aujourd’hui car dit-il « cette itinérance, tous inventent une liberté. »   

 

Notes et références
[1] Voir l'ouvrage Les Trois Cents Poèmes des Tang nommés aussi l'Anthologie de trois cents poèmes des Tang, compilation des poèmes de cette époque, datant de 1763.
[2] Li Bai est appelé aussi Li Bo ou encore Li Taibai, son nom de plume.

Voir aussi
* Anthologie de la poésie chinoise classique --

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