Référence : Laure Adler, La voyageuse de la nuit, éditions Grasset, 224 pages, septembre 2020

 

Le titre est tiré d'une citation de Chateaubriand dans "La vie de Rancé" :  « La vieillesse est une voyageuse de nuit : la terre lui est cachée; elle ne découvre plus que le ciel ».

 

    

 

Jusqu’à présent, je connaissais Laure Adler surtout pour ses biographies, celle de Marguerite Duras et celle de François Mitterrand, qu’elle a bien connu et en dresse également un beau portrait dans un livre-témoignage intitulé L’année des adieux.

 

 

Déjà en 1970, Simone de Beauvoir écrivait que la société pensait que le vieillard était non son semblable mais un être différent, soit mis sur un piédestal comme un Sage vénérable, soit comme un type plus ou moins sénile. Elle écrivit ce livre parce que dit-elle « il est nécessaire de briser ce silence. »

 

            
Simone de Beauvoir          Roland Barthes                 Annie Ernaux

 

« J'ai tout fait trop vite, trop tôt » dit  Laure Adler dans une interview, elle qui s’attaque à un sujet que « personne ne veut entendre parler ». Elle l’aborde en effet de façon frontale et avec justesse, voulant briser la « conspiration du silence » traitant d’un domaine qui en général ne fait guère recette, parlant sans ambages des tabous dont sont entourés les EHPAD.

Sur ce sujet, Laure Adler dénonce les prix exorbitants que pratiquent les Ehpad, leur niveau de qualité et la sous-valorisation du personnel qui y travaille. Une dénonciation pour une prise de conscience d'une meilleure considération des personnes âgées.

 

         
Françoise Giroud             Laure Adler et son mari Alain Veinstein

 

« Est-ce un hasard si, après les récents cimetières situés en dehors du cœur des villes, les nouveaux EHPAD sont, eux aussi, pour la plupart, loin du cœur de la cité ?  »

 

Elle part de ce constat d’évidence que « on est toujours la vieille ou le vieux de quelqu'un, alors autant s'y préparer. » Mais ça ne signifie pas qu’il faille traduire vieillesse par retraite. Cette journaliste-née et grande amatrice de littérature convoque pour cela les écrivaines qu’elle admire comme Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Annie Ernaux, ou le philosophe Roland Barthes qui dit être devenu « le père de sa mère », dans son "Journal de deuil". Peut-être que la vieillesse commence quelque part par le traumatisme né de la perte de ses parents.

Dans son essai, elle a aussi convoqué bon nombre d'écrivains parmi lesquels Edgar Morin, Victor Hugo, Stéphane Hessel, Marcel Proust, George Sand, Voltaire... du beau monde pour étayer et illustrer son propos.

 

                  

 

Emmanuel Macron a participé lui-même à cette tendance en véhiculant l’idée qu’il valait mieux être (comme lui) jeune et en bonne santé, que l’économie et ceux qui travaillent priment sur tout le reste et même que les vieux possèdent un patrimoine supérieur aux jeunes. Pendant la campagne électorale, on ne lui a guère reproché d’être trop jeune, de manquer d’expérience et d’être ainsi « perçu comme un handicap. » Nous ne sommes à l’époque où Georges Clémenceau pouvait revenir au pouvoir à l’âge de 77 ans.
Même si son récit peut parfois avoir un goût doux-amer, il n’en demeure pas moins qu’il a un ton d’ironie roborative soutenu par une grande sincérité.

 

         
                                           Laure Adler er Emmanuel Carrère

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