La musique et ses instruments a toujours été un thème de prédilection des peintres. [1] Une exposition qui confronte Picasso à la musique, surtout à travers les instruments qu'il a représentés tout au long de sa vie.
 

          
                                                 La Flûte de Pan, automne 1923

« Je n’aime pas la musique », aurait dit Pablo Picasso. [2] Réalité, provocation ou ironie ? En tout cas, l'exposition réalisée sur ce thème à Paris indique quand même que Picasso aimait les rythmes populaires, dont il était sans doute imprégné depuis l'enfance, qu'il connaissait fort bien les instruments qu'il a peints.
 

 
Le vieux guitariste aveugle 1903
 

Ce qu'il rejetait, c'était l'abstraction car il ne supportait plus au XXe siècle ce lien qu'on faisait entre abstraction et musique, ce qui n'empêche pas chez lui une grande présence de la musique. C'est pour bien illustrer le cheminement personnel de Picasso à la musique que le parcours de l'exposition est chronologique.
 

       
Violon & feuille de musique 1912  Guitare & feuille de musique 1912
        
Violon, 1912                                 Violon et raisins 1912

Il était très proche des poètes, des musiciens, des compositeurs. Il faut aussi se souvenir que Picasso a réalisé les décors, les costumes, les habits de scène de plusieurs ballets présents dans l'exposition et qu'il a de ce fait rencontrer des musiciens comme Éric Satie, Igor Stravinski, Manuel de Falla ou Darius Milhaud.
 


Violon au café 1913              Violon et guitare 1913  Violon, pipe, bouteille 1914
 

Cécile Godefroy, commissaire de l’exposition "Les musiques de Picasso" à la Philharmonie de Paris, affirme que Picasso « n’était pas mélomane ; a priori, il ne savait pas lire une partition, il n’avait pas besoin de la musique pour travailler comme Chagall», ou d'autres.
 

 
Violon 1915, tôle & fil de fer      Arlequin à la guitare 1918                 Piano 1920
 

Picasso mélomane ?

Encore une exposition, pourrait-on dire pour un artiste et une œuvre qui en ont déjà connu beaucoup. [3] Ce qui fait l'originalité de celle-ci est qu'elle est centrée sur le rapport entre la peinture de Picasso et la musique. En effet, comme le dit Cécile Godefroy, on peut remarquer que son œuvre « regorge d’instruments, de musiciens, de danse. »
 


Les deux versions des trois musiciens de 1921 (New-York et Philadelphie)
 

En fait, Picasso a surtout intégré des instruments de musique à ses tableaux dans sa période cubiste, surtout entre 1912 et 1915 puis après la Grande Guerre et la décennie 1920. À partir de 1930, les instruments de musique deviennent plutôt rares dans sa production, ses centres d'intérêt ont changé, les instruments aussi d'ailleurs puisqu'on trouve surtout de petits instruments à vent dans de grandes compositions comme Le joueur de flûte et l'Aubade
 

     
L’homme à la mandoline 1920          Guitare et compotier 1924
     
Punchinello guitare 1920            Mandoline et panier de fruits 1925 
 

En 1946, Picasso quitte Paris pour le Sud de la France s'intéresse de nouveau à l'Antiquité. Il retrouve aussi une certaine joie de vivre qui explose dans des oeuvres comme en 1955 "Bacchanale" et son joueur de flûte, le Bacchus d'un certain plaisir de vivre.
 

  Nature morte à la mandoline 1924
 

L'exposition a réussi à réunir vingt-deux instruments de musique issus de diverses collections, mais qui ont tous appartenu à Pablo Picasso.
 

  Mandoline et guitare 1924
 

L’exposition regroupe quelque 250 œuvres évoquant la musique, dont on peut citer des toiles comme Violon et feuille de musique, Nature morte au piano ou La Femme au tambourin. On peut aussi y admirer trois sculptures [4] en terre cuite blanche représentant des joueurs de flûte et de diaule (flûte antique double à deux corps) qui se trouvaient dans le jardin de sa villa "La Californie" sur la Côte d'Azur.
 

 
La femme au tambourin 1939           Nu couché et joueur de flûte 1932
 

Le rapport à l'enfance

Cette appétence pour la musique et les instruments (surtout à cordes) peut s'explique par l'influence d'un  père, José Ruiz y Blasco, passionné de flamenco, allant parfois tous les deux se balader dans  les quartiers gitans de Malaga, sa ville natale.
 


La joie de vivre 1946
 

Ce goût pour la musique populaire se retrouvera dans les airs qu'il écoutera plus tard à Barcelone, dans les corridas, le cirque ou les cabarets de Montmartre où il s’installe en 1909.
 


L’aubade version 1942                                 Composition à la mandoline 1959
 

C’est  ce genre de musique qu'il préfère et qu'on retrouve dans les toiles de ses débuts, Arlequin et sa  guitare par exemple, son instrument favori qui lui rappelle son Espagne natale ou le joueur saltimbanque qu'il utilise comme son propre reflet.
 

   
L'aubade 1965
 

Notes et références
[1]
Voir La musique et la peinture -
[2] Affirmation recueillie semble-t-il par la journaliste Hélène Parmelin dans les années 1960.
[3]
Voir par exemple mes fiches sur certaintes de ses expositions : Picasso à Évian 2018 - Picasso à Montpellier 2018, Picasso à Montélimar --
[4] Voir ma fiche Picasso et la sculpture --

 


Le triomphe de Pan (Bacchanales d’après Poussin) avec joueurs de trompes, août 1944
 

Sur Picasso, voir mes articles :
* Picasso & la musique --
* Picasso et les femmes - Expo Picasso-Giacometti - Les mots de Picasso -

* Picasso et le paysage méditerranéen -- Picasso au coeur des ténèbres --

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