Référence : Philippe Djian, Vers chez les blancs, éditions Gallimard, 448 pages, 2000

 

« Il faut prendre des personnages ordinaires et les mettre dans des situations extraordinaires, pour qu’ils se révèlent. Et ça, ça m’amuse.» Philippe Djian

 

Vers chez les blancs, l'un des meilleurs livres de Philippe Djian dit-on, sans séparer la valeur intrinsèque du roman des scènes érotiques qu'il contient, et même pornographiques pour certains. On ne peut pourtant guère reprocher à l'auteur de distiller un parfum de scandale pour mieux attirer le succès.

 

         

 

Le livre se présente plutôt comme un roman noir racontant la vie de Francis, un  écrivain que fuit depuis longtemps le succès et suit avec envie la réussite littéraire de son ami Patrick. Après le drame qui a bouleversé sa vie, la mort de sa femme Édith et de ses enfants dans un accident d'avion et sans doute pour compenser son échec littéraire, il multiplie les aventures sexuelles qui risquent de briser un couple auquel pourtant il tient. C'est là le paradoxe de beaucoup de personnages de Philippe Djian qui sécrètent leur propre malheur, écartelés entre leurs pulsions et leur désir de donner un sens à leur vie.

 

Pour Philippe Djian tout est écriture, au-delà même du fil narratif, partant d'une infirmité qu'il a dû surmonter : « Je suis sourd d'une oreille, avoue-t-il. Peut-être que c'est pour cela - je n'entends pas bien, je n'entends pas tout - que j'essaie de créer quelque chose où il y ait de l'harmonie. L'écriture est le lieu où j'entends bien. »

 

         

 

C'est ainsi par la poésie que Djian a découvert l'écriture et explique l'intérêt qu'il porte à la langue, la phrase et le rythme. Ses tableaux sont autant de partitions et comme il l'a dit lui-même dans une interview : « Ce qui me semble intéressant dans un dialogue, c'est ce qui n'est pas dit, et qu'on peut retranscrire par des silences, des ellipses. »

 


« Écrire, c’est s’engager dans une voie très personnelle. » Philippe Djian

 

Depuis ses déboires littéraires, Francis gagne sa vie en vendant des algues chinoises à ses amis. Il séduit la femme de son ami Patrick, mais en même temps il se sent responsable de lui. Toujours le paradoxe de Djian. Cette contradiction interne que ses héros cherchent à résoudre, les entraîne en fait dans des situations inextricables.

 

Francis a une aventure érotique limite avec Nicole, la femme de son ami Patrick, qui aime pratiquer des exercices sado-mados (les bondages japonais)  et aussi une autre avec Olga, tantôt frigide, tantôt aguicheuse, qu'il aide par exemple dans ses essais de lingerie en cabine d'essayage.

 

           
                             Philippe Djian et son ami le chanteur Stéphane Heicher    

    

Dans un entretien à propos de ce roman, il dit : « On est à la fois de chair et d’esprit... on a un corps et un cerveau, ça doit fonctionner ensemble, c’est ça... l’équilibre à trouver en soi. [...] Souvent, les problèmes qu’ont les gens, c’est de ne pas trouver cet équilibre, soit c’est le cerveau qui explose, soit c’est le corps.      
Là, Francis a été obligé un moment de faire passer son corps en premier... en essayant de trouver cet équilibre avec une partie de son esprit qui avait été complètement carbonisée. Je ne sais pas, c’est une proposition, je ne dis pas qu’il faut faire comme cela, mais c’est possible de faire comme ça
»

 

         

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<< Ch. Broussas • Vers chez les blancs © CJB  ° • 30/05/ 2020  >>
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