Référence : Alain Missoffe et Philippe Franchini, "Femmes de fer", Éditions Tallandier, 336 pages, juin 2020

 

Les « Femmes de fer » de la famille de Wendel

 

         
                                                          Hélène Missoffe avec Jacques Chirac

Chez les de Wendel la nostalgie est toujours ce qu’elle était. Peut-être même plus marquée maintenant que les maîtres de forge apparaissent plutôt comme les liquidateurs de la sidérurgie française, toute une époque révolue, celle de l’aristocratie industrielle imbue de son rôle économique et politique. Elle dominait la politique locale et hantait les cénacles du pouvoir politique à Paris, jouant sur les deux tableaux, hobereaux locaux dans leur chasse gardée et toujours bien placés dans les structures politiques, siégeant au Parlement, ministres à l’occasion, mélangeant leurs affaires et la politique.

Une autre façon d’écrire l’histoire des de Wendel et au-delà des grandes familles qui s’étaient taillé une belle principauté industrielle à l’image des Schneider ou des Michelin.
 

   
Mme François de Wendel née Odette Humann
Mme Maurice de Wendel née Andrée des Monstiers-Mérinville

Mme Jean Charles de Wendel née Marguerite d’Hausen

 

Alain Missoffe lui, a choisi de dérouler le fil historique à l’aune des femmes, 15 portraits de cette belle lignée au ré de trois siècles d’Histoire. Des "femmes de fer" comme il dit, ce qui pour une lignée de sidérurgistes est assez logique. Et cette lignée peut exhiber ses plus beaux fleurons, de Marguerite de Wendel (1720-1802) à Hélène Missoffe (1927-2015), en passant par Andrée qui fit paraît-il briller le nom des maîtres de forges dans le Paris des Années folles, Thérèse de Hauteclocque, l’épouse du maréchal Leclerc ou encore Dexia, surnom d’Élisabeth de la Panouse, résistante qui y entraîna aussi ses filles. [1]
 

La geste familiale débute avec Marguerite dans la belle ville d’Hayange, qui se dressera vaillamment contre les révolutionnaires de 1793 pour sauver le patrimoine. Le féminisme chez elles étaient naturelle, une affaire de famille, un peu comme la particule, comme dit-on Joséphine (1784-1872), devenue veuve très jeune, qui restera en Lorraine, fera prospérer l’entreprise et versera dans le social pendant que son fils fera construire l’hôtel particulier de la rue de Clichy à Paris.
 

         
Françoise de Panafieu et sa mère Hélène Missoffe
Le couple François et Hélène Missoffe

 

Et il y a Hélène, sa chère mère qui mènera de front ses activités domestiques, son engagement pour le sort des femmes qui élèvent seules leurs enfants et son engagement politique. Femme du cacique gaulliste François Missoffe [2] qui lui laissera son siège de député, elle entrera ensuite dans le gouvernement de Raymond Barre. Mais surtout, ne dites pas qu’en 1984, elle défendit bec et ongles l’école privée catholique contre la Gauche.
« Elles acceptent pleinement, ajoute Alain Missoffe qui ne manque pas d’un certain humour, le milieu dans lequel elles sont nées. » dans la famille Missoffe, on peut aussi citer leur fille députée de Paris Françoise de Panafieu. [3]

 

         
Élisabeth de La Bourdonnaye née de La Panouse, de Wendel par sa mère
Thérèse Leclerc de Hauteclocque

 

C’est une famille parfois confrontée à des choix cornéliens comme cette pauvre Berthe dont le mari Henri de Wendel en 1872 doit choisir, le pauvre chéri, entre rester français et se laisser confisquer ses entreprises situées en France annexée ou et les conserver en devenant allemand. Que croyez-vous qu’il choisît !
Et avec ça, il se fit engueuler par des beaux-parents furieux de son choix. À vous dégoûter de défendre son patrimoine familial. La pauvre Berthe en aura ce cri du cœur : « Nous restons ici comme une épave de France au milieu de la marée montante ».
Mais rassurons-nous, l’épave encore fort admirable ne fut pas emportée par les flots impétueux de la marée.

 

                   

Le XVIIe arrondissement : une affaire de famille

Françoise de Panafieu commence sa carrière au début des années 70 en tant que collaboratrice du député du XVIIe arrondissement de Paris, qui n'est autre que son père. En 1979, elle devient conseillère de Paris pour ce même arrondissement. Députée RPR de 1986 à 1995, elle cède son siège à son suppléant lorsque Alain Juppé la nomme ministre du Tourisme. Remerciée 6 mois plus tard, la "juppette" poursuit sa carrière politique dans la capitale. En 2001, elle devient députée-maire du XVIIe arrondissement. Candidate officielle UMP à la mairie de Paris, elle affronte Bertrand Delanoë en 2008.

 

Notes et références
[1] La Comtesse Elisabeth de la Bourdonnaye (nom marital) est la fille du Général Louis de la Panouse et de Sabine de Wendel
[2]
 François Misoffe (1919-2003) fut ministre de la Jeunesse et des Sports de 1966 à 1968. Sa femme, Hélène Missoffe, fut députée RPR de Paris et sénatrice du Val-d'Oise entre 1974 et 1995.
[3] Dans la famille de Panafieu, on peut citer aussi l'oncle Jean-François Poncet, ambassadeur et ministre des Affaires étrangères 1978-1981) et le cousin baron Ernest-Antoine Seillères, président du MEDEF de 1997 à 2005

 

Repères bibliographiques
Document utilisé pour la rédaction de l’article  Jean-Noël Jeanneney, "François de Wendel en République : L'argent et le pouvoir 1914-1940", Perrin, 2004
Document utilisé pour la rédaction de l’article Sophie Coignard et Romain Gubert, "Ces chers cousins - Les Wendel, pouvoirs et secrets", éditions Plon, 2015.
Document utilisé pour la rédaction de l’article Pierre Garelli, "Les Wendel et leurs alliances", Presses du village, 2008.

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